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Météo-France

22 septembre 2021 : Météo-France ( rapport d'information )

D. LA RÉVOLUTION DU PAYSAGE DES DONNÉES MÉTÉOROLOGIQUES

1. Le réseau d'observation propre à Météo-France : le choix de la stabilisation

Ces dernières années, le réseau d'observation de surface de Météo-France s'est considérablement enrichi. Des investissements significatifs ont été consentis pour conduire, entre 2017 et 2022, à presque doubler le nombre des systèmes d'observation qui composent ce réseau.

Accroissement du nombre de systèmes d'observation de Météo-France
entre 2017 et 2022

Source : commission des finances du Sénat d'après les réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

Les principales stations automatiques exploitées par Météo-France

Environ 700 stations pour le réseau opérationnel propre Radome67(*), dont une centaine outre-mer ;

Un peu plus de 70 stations feux de forêts exploitées pour le compte de la Délégation à la Protection de la forêt Méditerranéenne (DPFM) ;

Plus de 300 stations SALAMANDRE68(*) destinées à la surveillance du risque hydrologique, cofinancées par la direction générale de la prévention des risques (DGPR) et répondant aux besoins spécifiques des services de prévision des crues (SPC).

Un objectif, à l'issue du projet de modernisation, d'environ 850 stations liées à la modernisation du réseau climatologique d'État (RCE).

Source : Réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

Le réseau de radars exploité par l'opérateur a également connu une extension exceptionnelle entre 2010 et 2020. Neuf nouveaux radars ont été installés pour parvenir à un réseau de 33 unités en métropole et l'une des couvertures les plus denses en Europe. En outre-mer, six radars sont actuellement opérationnels et un radar de Nouvelle Calédonie est en cours de renouvellement après avoir été détruit par un cyclone en 2019.

Carte des radars opérationnels en métropole

Source : réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

Météo-France renouvelle en moyenne deux radars par an et les coûts sont partagés à parts égales avec la direction générale de la prévention des risques DGPR.

Le développement récent du réseau d'observation de l'opérateur induit une augmentation des coûts liés à sa maintenance ainsi que des effectifs qui lui sont dédiés. Cette augmentation est estimée par Météo-France à 1,8 million d'euros annuels et environ 19 ETP. En 2021, 99 ETP devraient être destinés à assurer la maintenance en condition opérationnelle du réseau d'observation à laquelle s'ajoute une équipe de techniciens spécialistes de la maintenance des radars représentant 40 ETP. Cette activité exige aussi une répartition géographique des équipes structurée autour de 27 pôles d'observation en métropole et 7 en outre-mer.

2. Une recherche de partenariats à poursuivre

En matière d'observation, la stratégie de Météo-France est désormais de stabiliser son réseau et de privilégier le recours à des collaborations pour collecter des données issues de réseaux partenaires. L'opérateur a d'ores et déjà mis en place des partenariats en ce sens avec des énergéticiens tels qu'EDF ou divers organismes qui détiennent des données susceptibles d'alimenter les modèles de PNT69(*).

Dans le domaine aérien, la DSNA met à disposition de Météo-France des données radar en mode S afin d'enrichir les modèles météorologiques de l'opérateur par des données captées par les aéronefs.

Cette recherche de partenariats, permettant d'enrichir les modèles de PNT à moindre coût ainsi que de mutualiser et d'optimiser l'usage de données collectées par des sources diverses mérite d'être développée. La stratégie poursuivie par l'opérateur en la matière apparaît rationnelle et pertinente.

3. Météo-France doit se positionner à la pointe de la révolution du paysage des données d'observation
a) La révolution du paysage des données d'observation

Dans les prochaines années, le paysage des données d'observation météorologiques promet d'être profondément bouleversé par l'émergence de données dites « opportunes », provenant de sources très diverses. Celles-ci iront des observations participatives collectées sur les réseaux sociaux aux données produites par des stations météo amateur ou agricoles en passant par les images de webcams ou encore d'informations issues de micro satellites privés. Les technologies relatives à l'internet des objets seront au coeur de cette révolution du paysage des données d'observation météorologique. Les objets connectés vont produire des masses de données toujours plus importantes dont certaines pourront utilement enrichir les modèles de PNT.

En partenariat avec l'entreprise Continental, Météo-France70(*) a déjà conduit des études expérimentales qui ont démontré l'intérêt météorologique des données produites en temps réel par les véhicules connectés. La collecte et l'exploitation de ces nouvelles données pourraient notamment faire progresser de façon significative la connaissance du climat en ville ainsi que le phénomène d'ilot de chaleur urbain. Dans le contexte du réchauffement climatique et de la fréquence accrue de périodes de fortes chaleurs, cette perspective semble particulièrement intéressante.

b) L'enjeu de l'exploitation des données opportunes

La collecte et l'acquisition des données opportunes posent des problématiques, notamment réglementaires, qui ont pu faire l'objet de recommandations dans le rapport de la mission Bothorel « pour une politique publique de la donnée » de décembre 2020.

Une fois qu'elles auront été collectées, l'exploitation de ces données présentera également des enjeux. Dans cette perspective, Météo-France doit innover, notamment pour être en mesure de garantir la fiabilité de ces données externes.

Météo-France a développé de premiers projets et démonstrateurs destinés à étudier l'exploitation des données opportunes. Désormais, ces projets doivent rapidement se concrétiser dans le domaine opérationnel. Le projet de COP 2022-2026 porte cette ambition.

L'exploitation des données opportunes nécessitera aussi un gros travail pour les intégrer dans les modèles de PNT et faire évoluer les algorithmes d'assimilation des modèles en conséquence71(*). Ces enjeux appellent à explorer des perspectives de coopérations et des pistes de mutualisation, à minima à l'échelle européenne.

Recommandation n° 18 : Après les premiers projets et démonstrateurs pour l'utilisation des données tierces, passer au stade opérationnel.


* 67 Réseau d'Acquisition de Données et d'Observations Météorologiques Étendues.

* 68 Ces stations ont été déployées dans le cadre de la convention entre Météo-France et la DGPR qui prend en charge leur coût d'installation ainsi que 80 % de leurs coûts annuels de fonctionnement.

* 69 Parmi lesquels l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), le comité interprofessionnel du vin de champagne (CIVC), le service de prévision des crues (SPC), le centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) etc.

* 70 Via sa direction des services d'observation (DSO) et le centre national de recherche météorologique (CNRM).

* 71 En particulier concernant le modèle à mailles fines AROME.