Au sens large, l'information désigne le fait de fournir à des
personnes des renseignements, des précisions ou le compte rendu
d'événements qui les intéressent.
D'un point de vue politique et sociologique, l'information est la
conséquence de la liberté d'opinion, d'expression et de choix,
valeur reconnue à chaque citoyen dans un régime
démocratique. Le libre accès à une information pluraliste
représente donc une nécessité constitutive de la
démocratie.
De fait, les progrès des techniques ont permis que l'information puisse
être délivrée à un nombre croissant de personnes, en
un minimum de temps, et dans un espace de plus en plus large.
Toutefois avec le développement des médias de masse
(mass-medias) nous constatons que l'information n'est plus le simple
compte rendu d'un événement qui s'est déroulé mais
que l'information peut elle-même générer
l'événement.
Ainsi, par exemple, le fait de relater, par l'image, à la
télévision, des troubles qui se sont déroulés dans
la banlieue d'une ville de France nous oblige à constater que dans les
jours suivants, très souvent, d'autres troubles de même nature se
sont développés dans d'autres villes de notre Pays . Il en
fût de même, fin 1997 et début 1998, avec le mouvement des
chômeurs.
C'est bien l'information qui alors crée l'événement.
UN PEU D'HISTOIRE
Afin de ne pas définir la civilisation mise en place après
l'invention de l'imprimerie à partir d'une opposition factice entre
l'écrit et l'oral, Breton et Proulx la qualifient de " civilisation
du message ". Ils considèrent que le XIXe n'a fait que
mettre la technique au service de la circulation de messages exprimés
des deux façons (avant que la diversification des moyens de transmission
ne conduise à s'interroger sur une " civilisation de l'image ",
qui, cependant, peut n'être considérée que comme une
variante nouvelle de cette " civilisation du message "
antérieure).
D'un point de vue technique, l'information est ce qui donne sens aux impulsions
électroniques véhiculées par les réseaux ou
traitées par les ordinateurs. De même, comme l'écrivent
BRETON et PROULX, " Le signal n'est rien d'autre que le déplacement
d'impulsions électroniques auxquelles on a donné au
préalable une signification. "
En d'autres termes, l'information ajoute de la valeur au signal.
Du reste, la théorie de l'information élaborée par Claude
SHANNON est une théorie du signal au sens large. Sans tenir compte de la
signification du message, elle se fonde sur le principe selon lequel
l'information doit être transmise à l'aide d'un canal et
préalablement codée. Et elle conclut qu'il est possible
d'optimiser, en présence de bruit, l'occupation de la bande de
fréquences, allouée grâce à des codes permettant de
maximiser la vitesse de transmission, en s'approchant des limites
supérieures de capacité du canal, tout en minimisant la
probabilité d'erreur de transmission.
La théorie de l'information fait ainsi appel au codage ainsi
qu'à la statistique : une information désigne un ou
plusieurs événements parmi un ensemble fini
d'événements possibles. Et elle s'avère donc d'autant plus
intéressante qu'elle peut être recherchée avec le moins
d'aléas possible. De sorte que la notion mathématique
d'information est ainsi différente de l'information au sens usuel.
Mais cette dernière n'en est pas moins, elle aussi, difficile à
définir car elle doit être distinguée de la notion voisine
de communication et du concept de connaissance.
S'il est plus fréquent, à l'heure actuelle, de parler de "
société de l'information " que de " société de
communication ", les techniques concernées sont désignées
sous le vocable commun de " nouvelles techniques d'information et de
communication. "
En fait, l'évaluation des technologies a conduit, on l'a vu, à
une dichotomie entre les médias qui diffusent, d'un côté,
un contenu préétabli et élaboré et ceux qui
permettent, d'un autre côté, l'échange de messages
improvisés par les correspondants.
Mais les notions de communication et d'information demeurent assez proches, ce
qui peut prêter à de nombreuses confusions (et cela d'autant plus
que l'interactivité semble introduire une certaine forme de
communication entre diffuseurs et destinataires d'informations).
A partir de la théorie de l'information évoquée ci-dessus,
le mathématicien Norbert WIENER a construit une théorie de la
communication, conçue comme une activité structurante de
l'information.
Il analyse le monde (pas seulement celui de l'homme mais aussi celui de la
machine et celui du vivant en général) en termes de comportements
fondés sur l'échange d'information et sur la réaction aux
informations échangées (Feed-back). Ce qui le conduit à
préconiser la communication, l'échange et la régulation
par l'information comme moyens de lutter contre le désordre entropique
(situation de désordre maximal liée à l'arrêt des
échanges).
Il s'agit d'une nouvelle discipline, la cybernétique, qui
étudie, de la façon la plus générale possible, les
lois de la communication (y compris leur implication dans des
phénomènes biologiques, mécaniques ou sociaux) et qui
postule que l'ordinateur, machine universelle à traiter de
l'information, puisse non seulement réagir à des informations,
mais aider à prendre des décisions.
Cependant, la prétention de ce mouvement à appliquer à des
disciplines très diverses des schémas rappelant ceux de
l'automatique et de l'informatique rencontre assez vite ses limites : le
fonctionnement du système nerveux central, par exemple, n'a rien
à voir avec celui des ordinateurs ; les régulations biologiques
diffèrent également des régulations techniques. Autant
dire que développement de l'informatique illustre à sa
façon cette ambiguïté des relations entre information et
communication, liée à la proximité des deux notions.
Pour sortir de cette aporie, on peut rappeler avec BRETON et PROULX que"
Comme l'écriture l'informatique est née du calcul et de la
volonté de traiter rationnellement un certain nombre d'informations
sociales ".
Elle va s'appuyer initialement sur :
n les progrès du calcul, liés, notamment, à ses
applications militaires ;
n l'utilisation de la mécanographie pour le recensement des populations
puis l'organisation de l'intendance militaire pendant la Première Guerre
mondiale.
" Les premières machines informatiques seront très tôt
marquées par la tentation de la communication " soulignent les
mêmes auteurs. En effet, " on imagine de construire des machines dont
les éléments de base seraient ceux du matériel de
communication, au sein desquelles la circulation d'un courant électrique
pourrait permettre des opérations de comptage, donc de calcul ".
Dès l'origine, la maîtrise acquise par les ingénieurs en
matériel téléphonique autorisait une telle approche.
Car " L'idée du calcul fut immédiatement prise -
soulignent-ils - dans une perspective de communication et mise en
réseau. "
Des clivages vont cependant apparaître entre ceux qui, à l'instar
de Van Neumann , considèrent l'ordinateur avant tout comme une machine
à traiter l'information et privilégient le renforcement de ses
capacités internes, et ceux qui voient en lui, comme Norbert Wiener, une
machine à communiquer.
Retour, donc, à notre question liminaire : Comment distinguer
conceptuellement information et communication ?
Daniel BOUGNOUX a entrepris de le faire dans un récent ouvrage
intitulé " La communication contre l'information ". Il oppose
les
deux notions pour mieux les différencier et donc mieux les
définir.
Les deux concepts, fait-il valoir, entretiennent entre eux des rapports
dialectiques : l'information émerge de la communication mais peut
également y demeurer captive.
Il note par ailleurs qu'il y a dans toute communication deux aspects, l'un
relationnel, l'autre qui a trait au contenu, donc à l'information.
Mais dans la mesure où vivre, cela revient d'abord à communiquer,
la relation prime par rapport à l'information, moins consubstantielle et
naturelle à l'individu.
La relation englobe le contenu, qu'elle précède et qu'elle
pilote. Et l'information tend à se confondre avec la communication
dès lors qu'elle s'éloigne de la vérité et des
faits.
C'est donc par son système de valeur - nous y reviendrons - ainsi que
par ses rapports avec la réalité que l'information se distingue
de la communication.
" Quelle sorte de chose est l'information ? " s'interroge
BOUGNOUX ,
avant de conclure " qu'il n'y a pas d'information en
soi " et que
cette notion est donc subjective et relative. L'information, c'est ce qui fait
qu'un message circule, c'est pourquoi elle est proche de la communication et
différente de la connaissance.
L'information, d'après le mot de Heinz Von FOERSTER, est un
caméléon intellectuel qui, selon les cas, prend l'apparence de
simples nouvelles ou de données, ou d'un savoir. Elle n'est donc pas
nécessairement de nature cognitive. Dans la sélection des
informations à laquelle nous procédons tous, nous cultivons
inconsciemment nos stéréotypes intellectuels et
privilégions donc la reconnaissance par rapport à la connaissance.
Certes l'ouverture (vers les autres, vers le futur) demeure la valeur par
excellence de l'information, mais ce n'est pas spontanément, note Daniel
BOUGNOUX , la valeur dominante de l'individu.
Nul n'est tenu de comprendre les informations que les médias à
grand spectacle interdisent d'ignorer. De fait, " Les médias marchent
d'abord au Plaisir et au marché. " constate BOUGNOUX , "
l'appareil médiatique privilégie la vérité
affective au détriment du jugement critique fondé sur le principe
de réalité ".
Mais cette constatation ne constitue pas pour autant une approbation :
informer, c'est hiérarchiser ou évaluer. L'atténuation de
la distanciation critique par rapport aux faits tue l'information qui doit
s'affranchir de tout ce qui tend à travestir la réalité
(effets de mise en scène, recherche de sensations, énonciation
subjective...) dans un contexte où il est cependant difficile
d'éviter certaines concessions (notamment à la logique du
marché).
Les relations de l'information avec la vérité, la connaissance,
le savoir sont donc tout aussi complexes que ses rapports avec la
communication, les deux problèmes étant d'ailleurs liés.
BRETON et PROULX décrivent le passage progressif d'une culture de
l'argumentation (rhétorique) à une nouvelle culture de
l'évidence (scientifique et cartésienne), sous la
poussée intellectuelle des sciences exactes et expérimentales. Ce
mouvement culmine, selon eux, avec l'utopie cognitive d'un nouveau langage
susceptible d'imposer aux hommes l'évidence de la vérité.
On en retrouve les traces, au XIXe siècle, avec le scientisme.
Mais aujourd'hui, note Daniel PARROCHIA , dans son ouvrage " Les
grandes révolutions scientifiques du XXe
siècle ", la connaissance est frappée de
relativité. Après les trois grandes révolutions physiques
de la théorie de la relativité, de la mécanique quantique
et de la théorie du chaos déterministe, différentes
classifications des phénomènes sont possible (par exemple, les
approches ondulatoires, corpusculaires ou une approche quantique globale
coexistent dans la théorie actuelle de la lumière et peuvent
s'imposer selon les cas).
De sorte que la scission complète de la catégorie de la
connaissance et de celle de la totalité est accomplie et l'époque
du génie singulier (du style Pic de Mirandole) recréant l'univers
à partir de sa propre perspective ne désigne plus qu'un
passé de la culture. Autre façon de dire avec PARROCHIA , que"
Nos grilles cognitives actuelles nous rendent plus sensibles qu'autrefois aux
couplages et aux interférences entre ordres de réalité
différents ", tandis que " nos propres constructions
réticulaires accroissent encore l'interconnexion de tous les
événements ".
Bref," La raison doit se rendre compte qu'elle n'est pas toute la raison
".
Le même auteur estime, dans un autre ouvrage consacré à
" Laphilosophie des réseaux " que " l'une des
grandes
innovations des récentes techniques est de nous libérer de
l'ancienne problématique de la " racine " et du " Fondement
", solidaire
de logiques hiérarchisées, fixistes et rigides ". Notre
vision de l'univers ne peut - et ne doit - plus être ordonné sur
un mode strictement linéaire.
" On ne doit pas assigner au réel une forme quasi platonicienne et
définie une fois pour toutes - conclut-il -. Celui-ci est largement le
produit de notre interaction avec le monde, autrement dit, suppose
effectivement la présence et la médiation des réseaux
".
Il faut donc le souligner avec force : le relativisme et cette humilité
dans l'approche de la connaissance du savoir, sont de nature à apaiser
les craintes de ceux qui voient dans la réticulation de l'accès
aux données correspondantes un risque d'encouragement à la
superficialité, à la subjectivité, à
l'émiettement de la culture.
La mise en réseau et les interactions qui l'accompagnent participent
d'un processus général de complexification des connaissances et
des relations sociales en même temps que de démocratisation du
savoir et de la culture. Et la surveillance mutuelle dont les échanges
sur les réseaux font l'objet, la stimulation intellectuelle qui en
résulte, sont les meilleurs moyens de les faire contribuer au
progrès général des connaissances et de garantir la
validité de celles qui y circulent.
Comme me l'a fait remarquer Michel SERRES, lorsque je l'ai auditionné,
il n'est pas mauvais que les informations surabondent, au sein des
réseaux : c'est ainsi que se constitue l'humus qui fertilise la terre
où croîtront nos nouvelles connaissances.