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Mission effectuée au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan


FRANCOIS-PONCET (Jean) ; FRANÇOIS (Philippe) ; MINETTI (Louis) ; BARRAUX (Bernard) ; BÉCOT (Michel) ; BOYER (Jean) ; BRAUN (Gérard) ; COURTEAU (Roland) ; FATOUS (Léon)


RAPPORT D'INFORMATION 412 (97-98) - COMMISSION DES AFFAIRES ECONOMIQUES


Table des matières






INTRODUCTION -

Tout a changé en Asie Centrale, mais à y regarder de plus près, rien n'est encore vraiment différent. Jugement un peu trop hâtif sur cette partie du monde qui a recouvré son indépendance, ou simple constat sur une région qui constituait, il y a peu de temps encore, une fraction de l'empire soviétique ?

Six ans après le démembrement de l'Union soviétique, le moment semble venu, pour la France, de tourner sérieusement son regard vers ces nouveaux pays souverains.

Pour le plus grand nombre, l'Asie centrale est une contrée mal identifiée sur la carte du globe. Pour ceux qui la connaissent, elle est apparue, ces dernières années, comme un territoire situé dans la sphère d'influence de la Russie.

Ainsi tout se passe comme si notre pays, satisfait de la relance de ses relations politiques et économiques avec la Chine et la Russie, se contentait de résultats modestes pour assurer sa présence dans cette région essentielle du monde.

Quiconque s'intéresse au continent asiatique ne saurait, pourtant, ignorer l'Asie centrale.

L'histoire l'interdit. Elle renvoie au royaume des Parthes, aux cités de Merv et de Samarcande, aux empires de Gengis Khan et de Tamerlan. La célébration, en 1997, par l'UNESCO du 2.500 ème anniversaire de la fondation des villes de Boukhara et de Khiva témoigne du passé prestigieux et mouvementé de cette région tombée dans l'oubli depuis le début du XVIème siècle, et mise sous le boisseau depuis la fin du XIXème siècle.

L'Asie centrale, trait d'union entre plusieurs aires culturelles, couvre un espace de près de 4 millions de km² peuplé de 53 millions d'habitants. Elle rassemble cinq Etats, autrefois Républiques soviétiques : le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. L'Azerbaïdjan, bien que certaines caractéristiques l'apparentent à l'Asie centrale, appartient plutôt au Caucase.

L'indépendance de ces Etats a donné lieu, au début des années 1990, à trois pronostics sur le devenir de cette région.

Pour les uns, son potentiel énergétique, devait rapidement l'autoriser à occuper une place primordiale dans l'économie mondiale. Pour d'autres, une forte instabilité risquait de s'y développer du fait de l'ascension de l'islam, de la diversité ethnique des Républiques et du caractère artificiel de leurs frontières. D'autres enfin, annonçaient que la disparition de l'URSS laissait le champ libre à la Turquie, à l'Iran et à d'autres appétits venus de plus loin.

Aujourd'hui aucun de ces pronostics ne s'est réellement vérifié. Une certitude pourtant : l'Asie centrale est redevenue l'une des pierres angulaires de l'équilibre géopolitique de l'Eurasie, suscitant nombre d'interrogations stratégiques, économiques et culturelles.

Pour mieux comprendre ce miroir aux facettes multiples qu'est l'Asie centrale, la mission d'information de la Commission des Affaires Economiques, après avoir rencontré à Paris un certain nombre d'experts de la région, s'est rendue au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan.

Elle a volontairement restreint la durée de sa visite à dix jours en raison de la session extraordinaire du Parlement et n'a pas pu, en conséquence, se rendre au Kirghizstan et au Tadjikistan.

Invitée par le Sénat de la République du Kazakhstan, la mission d'information a réservé la première partie de son voyage à Almaty, où elle a été accueillie par la Commission des Affaires économiques, des Finances et du Budget du Sénat du Kazakhstan. Elle a pu mettre à profit son séjour dans la capitale pour rencontrer M. Noursoultan Nazarbaev, Président de la République, ainsi que plusieurs ministres et parlementaires.

La mission s'est ensuite rendue en Ouzbékistan. Après Tachkent, où elle a pu rencontrer les autorités gouvernementales et parlementaires ainsi qu'un grand nombre de chefs d'entreprises, elle s'est rendue à Samarcande et à Boukhara.

Elle a achevé son voyage à Achkabad au Turkménistan.

La mission d'information tient ici à adresser ses vifs remerciements à Son Excellence M.  Noursoultan Nazarbaev, Président de la République du Kazakhstan, à M. Outkour Sultanov, Premier Ministre de la République d'Ouzbékistan, aux Parlements kazakhstanais, ouzbèke et turkmène, ainsi qu'aux autorités gouvernementales, provinciales et locales pour l'accueil qui lui a été réservé et la disponibilité avec laquelle toutes les personnalités rencontrées se sont prêtées à ses questions.

Malgré le court laps de temps qui leur était imparti, les Sénateurs ont pu mieux cerner la réalité de ces Etats et identifier les défis que leur évolution lance à l'Asie et à l'Occident.

Si l'avenir de chacun de ces pays est intimement lié à l'histoire, à la civilisation, aux handicaps et aux atouts communs à l'ensemble de cette région, l'Asie centrale demeure aujourd'hui une terre de diversité sur laquelle la France est encore trop peu présente.

PREMIÈRE PARTIE -
KAZAKHSTAN, OUZBÉKISTAN ET TURKMÉNISTAN :
UNE HISTOIRE ET DES CARACTÉRISTIQUES COMMUNES

L'expression " Asie centrale " s'applique à l'une des grandes régions du continent asiatique. Lieu de rencontre d'une multitude de peuples et de cultures, cette région varie considérablement selon qu'on la définit en fonction de critères géographiques, linguistiques ou politiques.

L'espace est divisé en cinq Etats, créés par l'administration soviétique entre 1924 et 1936, et qui sont devenus indépendants en 1991 : le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan.

Bien que l'Asie centrale, entre Caspienne et Tian-Chan, n'ait jamais constitué une seule entité politique, l'avenir de chacun de ces pays est intimement lié à l'histoire, à la civilisation, aux handicaps et aux atouts communs à l'ensemble de la zone.

CHAPITRE IER -

LE POIDS DE L'HISTOIRE

L'Asie centrale a de tout temps constitué une des plaques " tournante " de l'histoire des continents.

Zone particulièrement instable durant des siècles, elle a été un " réservoir " de populations nomades dont les migrations ont submergé les pays sédentarisés. Sur l'espace conquis de puissantes confédérations de tribus nomades se sont créées -" les empires des steppes "- qui ont soumis à leur joug les pays voisins.

Le destin de l'Asie centrale est étroitement lié à celui des peuples et des grands événements qui ont marqué l'histoire de l'Asie : Indo-Européens, Scythes, bouddhisme, expansion musulmane, Turcs, Mongols, Chine, Russie, communisme... La complexité de cette histoire " partagée " de l'Asie centrale, terre de passage, d'invasions et d'empires, est d'ailleurs -en partie- à l'origine de la situation actuelle de ces Etats, qui peinent à affirmer leur identité.

I. DES SOCIÉTÉS PLURI-ETHNIQUES ENTRE NOMADISME ET SÉDENTARITÉ

A. 2.500 ANS D'HISTOIRE " PARTAGÉE "

L'histoire tourmentée de l'Asie centrale n'a pas empêché la région de développer une forte identité.

1. Des origines à l'indépendance de l'Asie centrale

Plusieurs caractéristiques marquent l'histoire de l'Asie centrale.

Elle a accueilli des peuples, des religions et des empires qui ont rayonné sur toute l'Asie. Son histoire a été peu étudiée, car les recherches ont été concentrées sur les périodes au cours desquelles le coeur de l'Asie battait aux rythmes transasiatiques : diffusion du bouddhisme, Empire Mongol, naissance de l'URSS... En outre, aucun de ces moments forts de l'histoire n'appartient en propre à l'Asie centrale, leur évocation renvoie à d'autres horizons : l'islam au Proche-Orient, la Révolution d'octobre à la Russie ou les populations d'expression turque à la Turquie. Enfin, le carrefour géopolitique qu'est l'Asie Centrale au cours de l'histoire a entretenu des relations privilégiées avec ses grands voisins : le monde grec, l'Inde, la Chine, la Russie et la Perse.

Ces caractéristiques se retrouvent tout au long des quatre grandes périodes qui ont marqué l'histoire de la région.

a) L'Asie centrale pré-islamique

L'historien Vincent Fourniau fait remonter les fondements de la dualité nomades-sédentaires à la période s'étendant du VIe siècle avant Jésus-Christ à la conquête islamique, qui date du VIIIe siècle après JC1(*).

Ainsi le sud de l'Asie centrale a fait face durant plus d'un millénaire à la steppe du Kazakhstan, les populations sédentaires étant en contact avec les nomades de la grande steppe eurasiatique, " le plus important domaine de nomadisme pastoral de la terre ".

Les achéménides (535-327 avant JC), l'empire d'Alexandre le Grand, la dynastie grecque des Séleucides (312 environ à 250 avant JC), le royaume des Parthes -(247 avant JC - IIIe siècle après JC)- et les rois sassanides (227-651 après JC) ont tous mené des campagnes contre les confédérations de nomades des steppes qui ont menacé leurs possessions.

Parmi ces puissantes confédérations nomades, il faut retenir les Sakas, les Scythes, la dynastie kouchan (IIe siècle avant JC - IVe siècle après JC) et les Kidarites. Les autres dynasties de nomades qui leur ont succédé à la tête des régions d'oasis, où elles ont connu une sédentarisation et une assimilation partielle, avaient une origine altaïque.

L'Asie centrale est donc, depuis l'aube de l'histoire, le lieu d'une intense circulation d'hommes et d'idées. L'ouverture d'une voie continentale entre la Chine et l'Occident au IIe siècle avant notre ère l'a placée au centre d'un équilibre entre grands empires.

b) La naissance de la civilisation islamique en Asie centrale

La conquête arabo-musulmane due à la dynastie des Omayyades de Damas au début du VIIIème siècle, a fait passer la Transoxiane -région au-delà de l'Oxus- dans l'orbite du monde musulman. La conquête de cette région a assigné pendant plusieurs siècles au fleuve Syr Daria, le rôle de frontière au-delà de laquelle l'islam n'a pénétré que bien plus tard et par paliers successifs.

L'époque qui a suivi l'établissement du pouvoir islamique en Transoxiane représente une étape majeure dans le renouvellement des zones d'influence politico-culturelle en Asie centrale. Elle a vu, en effet, la création d'un domaine politique musulman englobant les foyers les plus anciens des civilisations urbaines du Moyen-Orient. La civilisation islamique, qui est née dans le nouvel espace omayyade et s'est épanouie sous les premiers Abassides (750-1258).

Une symbiose entre le pouvoir turc préexistant et la religion islamique s'est ainsi opérée peu à peu, notamment lors de la dynastie des Seljoukides (1038-1194) sur la base d'une interaction entre nomades et sédentaires.

c) Le tournant du monde moderne

L'expansion des Mongols de Gengis Khan dans les régions soumises depuis des siècles à l'influence turque a jeté les bases d'une culture musulmane " turco-mongole " dans le développement de laquelle l'Asie centrale a joué un rôle essentiel.

La période allant du XIVème au XVIIIème siècle a vu la stabilisation et l'homogénéisation de l'Asie centrale.

L'empire de Timour Leng (Tamerlan),
de 1370 à 1405, a été le seul de l'ère turco-mongole musulmane ayant eu la Transoxiane pour centre. A la mort du fondateur, les Timourides sont restés des acteurs du jeu politique dans l'ensemble de ces régions jusqu'à la fin du XVè siècle, date à laquelle les Timourides ont été vaincus par les Ouzbèks, venus des steppes d'au-delà du Syr Dana.

L'effondrement de cette dynastie a entraîné le remodelage des frontières politiques et ethniques d'une large part de l'Asie centrale, donnant place aux nouvelles aires des Kazakhs et des Ouzbèks. Ces aires correspondent approximativement l'une au Kazakhstan, l'autre à l'Ouzbékistan. Une large part du Tadjikistan et l'Ouest du Turkménistan ont connu conjointement deux types d'évolution entre les XVIe et XIXe siècle : l'éclatement politique, avec la formation de plusieurs entités, et une lente unification ethnique dans chacune d'elles. Les maisons régnantes ont été toutes musulmanes, gengiskhanides et ethniquement kazakhes au Nord, ouzbèkes au Sud du Syr Daria.

Cette phase de stabilisation a permis l'affirmation d'identités ethno-politiques régionales fortes -kazakhe, ouzbèke- que d'aucuns estiment être les fondements des nationalités d'aujourd'hui. Cette période a été marquée parallèlement par la perte d'influence de cette zone, due en partie à l'ouverture des voies maritimes à partir du XVIe siècle.

d) " L'ère européenne " de l'Asie centrale

" L'ère européenne " de l'Asie centrale correspond à l'expansion militaire russe dans cette région, qui s'achève en 1895 dans le Pamir. Cette lente avancée terrestre vers le sud, à partir de la longue frontière de Sibérie, s'est effectuée tout d'abord à travers les territoires kazakhs, puis dans les khanats ouzbèks, enfin dans le désert turkmène. La conquête tsariste a opposé la Russie à la Grande-Bretagne qui progressait, dans le même temps en direction du bassin de l'Indus et de l'Afghanistan.

L'avancée de la Russie en Asie centrale jusqu'en 1916 n'est, comme l'indique Olivier Roy2(*), que l'aboutissement d'un processus multiséculaire d'expansion de l'Empire russe au détriment des populations musulmanes. La présence russe se concentre, sur le plan institutionnel et économique, sur quelques points vitaux, mais va provoquer les transformations profondes dans les steppes, au Turkestan et, dans une moindre mesure, dans les protectorats de Boukhara, Khiva et Kokand. Ainsi, l'appropriation par l'Etat russe des terres des nomades kazakhs, l'abolition du servage et l'expansion démographique russe vont engendrer un peuplement européen de grande ampleur dans les steppes, évolution renforcée par les " lois sur la terre dans les steppes " de 1889 et 1891.

La révolution d'Octobre a parachevé cette entreprise coloniale en Asie centrale en initiant la collectivisation de l'économie et la réforme culturelle -avec notamment l'élimination du persan-. L'Union Soviétique a définitivement fixé les frontières des républiques musulmanes en 1936.

L'installation d'une république islamique en Iran et le début de la crise afghane en 1979 ont créé une situation totalement nouvelle aux conséquences imprévisibles : pour la première fois depuis plus d'un siècle, un Islam revitalisé et expansionniste s'installe aux frontières des Etats musulmans soviétiques.

C'est dans ce contexte territorial et politique que les Etats d'Asie centrale accèdent à l'indépendance et entrent dans une période de reconfiguration politique.

2. Une identité régionale forte

L'histoire agitée de l'Asie centrale n'a pas empêché la région de développer une forte identité. A toutes les époques, s'y sont produits des contacts entre peuples, langues, religions et systèmes politiques et sociaux. Ils ont fait naître de nouvelles formes d'organisation sociale, d'expression intellectuelle ou artistique, dont l'une des constantes est l'interaction entre nomades et sédentaires.

L'identité de la région s'est façonnée avant le XVème siècle à l'intérieur de petites principautés ou de grands empires asiatiques. Les XVème et XVIème siècles ont été marqués par la création de vastes aires ethnopolitiques, correspondant approximativement aux cinq Etats actuels de la région, possédant une vie politique différente des autres sous-unités de Haute-Asie. Ces aires ethnopolitiques ont poursuivi leur existence, du XVIe au XIXe siècle, sans être conquises par leurs puissants voisins (Chine, Inde, Russie, Iran), mais sans qu'elles-mêmes étendent leur pouvoir sur les territoires de ceux-ci.

Les zones d'influence de ces empires dans la région entre le XVe et la fin du XVIIIe siècle ont modelé des identités ethnopolitiques dont les Républiques d'Asie centrale se réclament aujourd'hui. Elles revendiquent des filiations enracinées au fil des siècles, issues du morcellement récent d'une unité ethnique antérieure. Or, cette idée doit être considérée avec beaucoup de précaution.

En effet, aucun mouvement nationaliste n'est apparu en Asie centrale et n'y a préparé les indépendances comme en Arménie, en Géorgie ou dans les pays baltes. Les Républiques musulmanes de l'ex-URSS sont nées d'un décret de 1924. Des aires ethnopolitiques étaient en place dès la fin du XVème siècle. Mais c'est l'Union soviétique qui a, au cours du XXème siècle, joué le rôle de " machine à fabriquer des nations ", comme l'indique très justement Olivier Roy.

B. DES ÉTATS PLURI-ETHNIQUES

1. Une mosaïque de peuples durement éprouvés

Lorsque l'on évoque les populations qui composent les Etats d'Asie centrale, un constat s'impose : celui de l'hétérogénéité des ethnies vivant dans la région.

On dénombre au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan, parmi les principales nationalités3(*) :


 

KAZAKHSTAN

OUZBEKISTAN

TURKMENISTAN

Kazahks

44,3

4,1

2

Ouzbeks

 

71

9,2

Turkmènes

 
 

77

Russes

35,8

6

6,5

Ukrainiens

5,1

 
 

Allemands

2

 
 

Tatars

1,6

2,4

 

Tadjiks

 

4,7

 

Coréens

 

0,9

 

Karaklpaks

 

2

 

Ouighours

1,8

0,5

0,3

(en pourcentage des populations)

Source : Ministère des affaires étrangères


Le Kazakhstan et l'Ouzbékistan comptent en fait plus de 100 nationalités. La mission sénatoriale a pu constater que celles-ci vivaient globalement en bonne harmonie, la Constitution de ces Etats consacrant d'ailleurs le respect des minorités, ce qui n'a pas empêché depuis trois ans, une importante émigration russe : 330.000 départs en 1993, 500.000  en 1994.

La diversité humaine caractéristique de l'Asie centrale s'est accentuée à la fin du XIXe siècle, par l'arrivée de plus d'un million d'Européens (Russes et autres slaves, Allemands, mennonites en particulier), essentiellement des ruraux. Le nombre des Européens dans la steppe est passé de quelques milliers avant 1889 à 20 % de la population en 1897 et 40 % en 1911. La construction du tronçon occidental du transsibérien vers Omsk en 1892-1894 a accéléré ce mouvement qui a culminé entre 1896 et 1916. On peut noter que le déclin du nomadisme a suivi la courbe inverse, 30 % des Kazakhs étant devenus agriculteurs en 1913.

Le kaléidoscope ethnique de l'Asie centrale est sans équivalent : par le nombre de groupes humains, l'hétérogénéité de leurs modes d'identification et la variété des religions représentées (islamisme, judaïsme, bouddhisme, chamanisme). A cette mosaïque de peuples, sont venus s'ajouter les victimes des multiples déportations ou transferts de population : réprouvés de diverses origines, Coréens arrachés à la région de Vladivostok par Staline craignant l'influence japonaise, Tatars de Crimée, Allemands de la Volga, Grecs... Les pays voisins ont, eux aussi, jeté en Asie centrale leurs lots de réfugiés, Doungaves (Chinois musulmans), Ouïghours et Kazakhs du Xinjiang, Afghans enfin.

Sont ensuite arrivés les colonisateurs des " terres vierges " issus du monde slave dans le Nord-Kazakhstan sous Khrouchtchev, les " reconstructeurs " de Tachkent après le tremblement de terre d'avril 1966, enfin les ouvriers d'usine à l'occasion d'une industrialisation plus récente encore.

Alors que l'identité des populations d'Asie centrale reposait jusqu'au début du siècle sur l'interdépendance économique et sociale entre ethnies, le processus de soviétisation a oblitéré ces liens à la fois tribaux et ethniques, entre éleveurs et jardiniers, caravaniers et guerriers, commerçants et théelgours, artisans nomades du feutre ou des brocarts destinés aux cours princières. La distribution des rôles a été gommée par la colonisation d'abord, puis par la révolution bolchevique qui a balayé les traditions, qu'elles soient agricoles ou religieuses. Elle a provoqué ensuite le déclin définitif des relations commerciales, celui relatif des artisans et entraîné du fait de la collectivisation, la quasi disparition des troupeaux et de leurs maîtres.

2. Un certain appauvrissement des identités collectives

L'architecture et la langue témoignent aujourd'hui d'un appauvrissement des identités collectives en Asie centrale.

L'analyse de la société au miroir des villes emblématiques de la région est à cet égard révélatrice.
Tachkent, Samarcande, Boukara ont perdu leur bazar ancien. A Boukhara, quelques bâtiments commerciaux isolés et désaffectés se dressent épars sur des esplanades vides que, naguère encore, recouvraient des rues bordées d'échoppes et d'entrepôts. Il en va de même à Samarcande, autour du Registan -lieu magique dans une ville au nom magique- : la place rectangulaire harmonieuse et grandiose du Registan apparaît aujourd'hui étrangement installée non pas au creux d'un tissu urbain qu'elle aère, mais au milieu d'un espace vaste et vide, meublé ou marqué par des pelouses et des fontaines.

Sur le plan linguistique, les nombreuses langues turques d'Asie centrale, isolées les unes des autres, confinées dans les usages domestiques, remplacées par le russe en tant qu'idiome régional ont survécu dans les littératures nationales, dont la constitution ou le développement ont été officiellement encouragées. Mais, maniées par des savants ou des écrivains qui, dans la conversation courante, s'expriment en russe, elles ont connu le sort habituel des langues " colonisées " : elles se sont peu à peu étiolées.

On assiste néanmoins aujourd'hui, dans les républiques d'Asie centrale, à une rapide dérussification, avec, notamment, l'adoption de lois très strictes imposant l'usage de la langue nationale, même si le Kazakhstan maintient le russe, non comme langue officielle, mais comme langue de communication entre " nationalités ". Cette promotion de la langue nationale s'accompagne d'une réforme qui va, en Ouzbékistan et au Turkménistan, jusqu'au changement d'alphabet. Le choix a été fait de privilégier des alphabets latins différents pour chaque peuple et soigneusement distinct, bien sûr, de la langue turque. On peut noter dans ce processus de restauration, que le volontarisme politique anticipe souvent largement sur l'usage, notamment au Kazakhstan où l'élite est linguistiquement russifiée. En Ouzbékistan, l'éviction officielle du tadjik et a fortiori du persan, marque une certaine tendance au rejet de la mixité culturelle turco-iranienne qui a si longtemps marqué l'Asie centrale.

II. L'ISLAM EN ASIE CENTRALE : UN ENRACINEMENT SOCIO-CULTUREL DE PREMIÈRE IMPORTANCE

L'Asie centrale abrite une véritable civilisation islamique, comme ne manquent d'ailleurs pas de le rappeler régulièrement les responsables politiques actuels. Cette affirmation d'une identité religieuse suscite néanmoins quelques interrogations.

A. MILLE ANS DE CIVILISATION ISLAMIQUE

1. Un islam sunnite de rite hanéfite qui s'est imposé progressivement

La conquête arabo-musulmane a débuté par la Transoxiane. Comme au Moyen-Orient, l'islam s'est installé dans une des plus vieilles terres de civilisation urbaine, plaque tournante des échanges en Asie.

La première mosquée a été construite en 712, à Boukhara, sur l'emplacement d'un ancien temple zoroastrien. Outre la structure administrative, l'islamisation a concerné tous les domaines de la vie sociale et culturelle de la Transoxiane. A partir de la conquête arabe de Boukhara (709), la frontière de l'islam n'a cessé de se déplacer vers le Nord, pour se stabiliser dans l'espace kazakh, au contact d'un monde sibérien chamaniste, mongol et bouddhiste, ou russe et chrétien. Néanmoins, l'islamisation de la masse des nomades a été un mouvement extrêmement long, qui s'est étalé jusqu'au XIXe siècle.

La conversion à l'Islam de l'ensemble de la région s'est réalisée selon différents modes, par des raids guerriers au temps des premiers califes, puis par l'action diplomatique, jusqu'aux activités des missionnaires soufis -conduisant à la conversion tardive de nombreux groupes de nomades- et des marchands musulmans.

L'islam enseigné dans les madrasas -écoles supérieures coraniques- de Samarcande et de Boukhara est sunnite de rite hanéfite comme en Afghanistan et dans le sous-continent indien. Les chiites sont peu nombreux -moins de 500.000 personnes- et regroupent à la fois les chiites duodéciniens -c'est-à-dire reconnaissant douze imams- ainsi que les ismaéliens du Pamir, qui reconnaissent sept imams.

2. Le rôle central du soufisme

La culture sunnite de l'Asie centrale ne peut se comprendre en dehors de sa dimension soufie.

Cette région est le berceau d'au moins trois grands ordres soufis. Le plus important est La Naqchbandiyya, fondé à Boukhara au XIVe siècle ; les deux autres sont La Yasawiyya et La Kubrawiyya fondés au XIIe siècle.

L'islamisation de l'Asie centrale doit beaucoup à l'intense activité missionnaire de ces confréries. Quand, au XIIè siècle, pour la première fois dans l'histoire du monde musulman, l'islam fut menacé par des envahisseurs infidèles -Kara Kitay à l'Est, croisés à l'Ouest- le soufisme s'est érigé en défenseur de la foi et s'est métamorphosé en un mouvement de masse. C'est à cette époque que sont apparues les premières confréries regroupant des adeptes autour d'un maître. Le culte des saints soufis est l'un des éléments essentiels de l'islam populaire. En effet, la vénération d'un saint soufi n'est pas seulement le fait des adeptes de la confrérie à laquelle il a appartenu, mais un acte de foi et de piété populaire collectif auquel toutes les catégories sociales participent. Grâce à la vénération des saints, le soufisme est devenu l'avant-garde d'un mouvement spirituel de masse, et le mazar (tombeau) du saint, le lieu de rencontre entre la confrérie et la masse des croyants.

L'implantation rurale est un trait caractéristique du soufisme en Asie centrale. En outre, dans cette région, comme le souligne Olivier Roy, le soufisme duplique et dépasse à la fois la segmentation tribale. Le soufisme contribue, d'autre part, à contenir la renaissance de l'islam dans la sphère privée, cette tradition privilégiant aujourd'hui le mysticisme, la prière plutôt que l'organisation de la société.

B. ISLAM ET RÉGIME SOVIÉTIQUE : DES RAPPORTS COMPLEXES

1. Le semi-échec de l'islam soviétique

Si la pratique religieuse et la présence culturelle de l'islam ont été malmenées durant les décennies soviétiques, le fait musulman est néanmoins resté intact comme référence identitaire, débordant dans la sphère sociale (circoncisions, port du couvre-chef pour les hommes, prohibition sur le porc, etc...) à tel point que l'Etat soviétique a fini par qualifier ces comportements de " nationaux ". Par ailleurs, devant l'indigence de l'organisation officielle musulmane pendant l'ère soviétique, les lieux saints ont joué le rôle de centres de rassemblement pour les adeptes des confréries soufies et pour les croyants en général.

Deux périodes peuvent être distinguées pour appréhender les rapports entre l'islam et le régime soviétique.

De la révolution soviétique jusqu'en 1943, la répression contre l'islam a été sévère. Les tribunaux et les écoles coraniques ont été fermés de 1926 à 1928, ainsi que de nombreux lieux de culte, les confréries soufies interdites et l'alphabet changé.

En 1943, Staline met en place un système de quatre " muftiyya " à compétence territoriale. Commence alors -et, jusqu'en 1979-, une période durant laquelle l'Etat soviétique cherche à construire ses propres institutions islamiques, ainsi qu'à intégrer le fait islamique dans sa politique extérieure en direction des pays musulmans.

Parallèlement à cette volonté du régime soviétique de présenter une " vitrine musulmane " pour sa grande offensive de séduction en direction du tiers monde, N. Khrouchtchev a fait fermer de 1953 à 1962 un grand nombre de mosquées -environ 25 %-. Il en restait moins d'une centaine au début des années 60.

Comme l'indique Vincent Fourniau, " contribuer à limiter la pratique religieuse tout en présentant l'Asie centrale comme un modèle de développement de société islamique était le pari de la politique d'Etat soviétique, surtout durant les années soixante et soixante-dix "4(*).

L'évolution de la politique afghane de l'URSS et l'envoi de troupes soviétiques dans ce pays ont ruiné, bien entendu, ces années d'efforts diplomatiques en direction du monde musulman.

2. Le développement d'un islam parallèle

La politique soviétique en Asie centrale a entraîné le développement d'un islam parallèle. Des mollahs non enregistrés, plus ou moins autoproclamés, et les confréries soufies en ont été les artisans. Olivier Roy précise, néanmoins, que cet islam parallèle n'est pas allé jusqu'à la clandestinité. En effet, si les mosquées des villages étaient effectivement fermées, la pratique tranquille de la religion était générale5(*).

Après l'offensive de Gorbatchev en 1986 contre la religion musulmane, l'islam parallèle va révéler l'importance de son enracinement en Asie centrale. Le retrait russe écartant toute idée de menace islamique, les pouvoirs en place ont souhaité, dès l'indépendance, le rétablissement des traditions et des moeurs que défend l'islam.

C. LA RECONNAISSANCE D'UNE IDENTITÉ RELIGIEUSE, MAIS SOUS CONTRÔLE D'ÉTAT

1. L'islam, une référence identitaire

L'islam constitue la référence identitaire " obligée " dans laquelle les élites actuelles puisent leur légitimité. Ce renouveau religieux permet aussi de combler le vide idéologique laissé par la disparition de l'URSS.

Les dirigeants -tel Islam Karimov- ont prêté serment sur le Coran. En outre, le pouvoir participe au financement des mosquées. La loi turkmène réserve une place centrale à l'islam : le palais présidentiel a été inauguré avec la bénédiction d'un dignitaire musulman.

Mais, tout en reconnaissant l'importance du fait islamique en Asie centrale, le pouvoir politique entend le contrôler.

2. Une gestion prudente du facteur islamique

La laïcité est affirmée explicitement par les Constitutions du Turkménistan et du Kazakhstan. Quant à la Constitution ouzbèke, elle ne mentionne pas l'islam et les partis islamistes sont, en principe, interdits dans le pays.

Les autorités, pour encadrer le réveil de l'islam, ont souhaité l'organiser sur des bases nationales. La " Direction Spirituelle d'Asie centrale " créée par Staline en 1943 a été supprimée, chaque pays ayant élu ou nommé un mufti national indépendant du " mufti de Tachkent ". A partir de 1993, ces " muftiyyas " ont été contrôlées dans chaque Etat par une direction des Affaires spirituelles, rattachée directement au Conseil des Ministres ou à la Présidence de la République. Il ne subsiste plus aucune instance supranationale de l'islam en Asie centrale, le clergé national étant placé sous le contrôle des Etats.

A l'intérieur des pays, notamment au Kazakhstan et en Ouzbékistan, le fondamentalisme est sévèrement réprimé. A l'extérieur, l'évolution de la situation en Afghanistan, en Iran, en Turquie et au Pakistan fait l'objet d'un suivi attentif.

D. UNE MENACE PEU RÉELLE : L'ISLAMISME

La vigilance des autorités pourrait être interprétée comme l'indice d'un danger islamiste. Néanmoins, l'analyse des trois faits qui pourraient accréditer cette thèse -la présence de foyers fondamentalistes, l'existence de partis politiques islamiques et la proximité d'Etats islamistes- montre que la renaissance de l'islam reste, pour l'instant, en Asie centrale contenue dans la sphère privée.

1. Des foyers fondamentalistes circonscrits

Il n'existe pas, à proprement parler, de foyers fondamentalistes en Asie centrale, si ce n'est à Osh au Kirghizstan et dans la vallée du Ferghana en Ouzbékistan. Depuis 1992, plusieurs mouvements islamistes s'y sont développés. Les mollahs fondamentalistes de Tachkent sont d'ailleurs pour la plupart originaires du Ferghana.

En août 1995, l'imam de la grande mosquée parallèle d'Andijan fut arrêté. Selon certaines informations, des groupes islamistes armés chassés du Ferghana offraient leur service au Tadjikistan.

La dimension locale du radicalisme musulman est patente. C'est sans doute, en partie, parce que les régions du Ferghana sont très peu représentées dans les instances du pouvoir central que s'est développée une implantation islamiste en Ouzbékistan. Une telle constatation tend à minimiser l'importance des quelques foyers fondamentalistes existant en Asie centrale.

2. Une force politique limitée

C'est en juin 1990 à Ashakhan que s'est crée le parti de la Renaissance islamique (PRI) qui se présente comme une organisation socio-politique. Son but est " d'unifier les musulmans sur l'ensemble du territoire soviétique ".

Ce parti, qui s'est implanté très rapidement au Tadjikistan, s'est heurté à deux obstacles : le nationalisme et le clergé officiel. En fait, dès 1992, le PRI a implosé en raison des clivages ethniques. Sa défaite au Tadjikhistan, son incapacité à s'implanter réellement au Turkménistan et au Kazakhstan, ont montré que l'islamisme ne pouvait pas constituer à moyen terme une alternative politique.

Ainsi, le renouveau islamiste qui s'est manifesté depuis la fin des années 1980 en Asie centrale ne s'est pas, du moins jusqu'à présent, traduit par un islamisme politique, porteur d'un projet d'Etat.

3. Un risque relatif de contagion des Etats voisins ou le mythe du panislamisme

Cette " contagion " a quatre origines géographiques possibles : l'Iran, l'Afghanistan, le Tadjikistan et le Pakistan. On doit ajouter l'influence de l'Arabie saoudite.

L'Iran, dernier empire multi-ethnique et idéologique de la région, s'est toujours méfié de l'émergence d'Etats-nations fondés sur des critères ethniques. Ainsi, les seuls alliés réels de l'Iran sont les minorités chiites, quasiment absentes d'Asie centrale. Par ailleurs, l'Iran n'a jamais soutenu Massoud en Afghanistan ou Tonradganzade au Tadjikistan, alors que ces chefs de guerre sont persanophones. Sans nier les risques de " contamination " en Ouzbékistan, qui seront analysés plus particulièrement lors de l'examen de la situation ouzbèke, il faut rappeler que le prosélytisme iranien se heurte à un obstacle majeur, celui de l'opposition entre les iraniens chiites et les musulmans sunnites.

Les relations avec l'Afghanistan apparaissent plus complexes. Il s'agit, en effet, des mêmes ethnies qui constituaient autrefois une même civilisation et parlaient la même langue : le dari, persan d'Afghanistan, né à Boukhara. Or, l'arrivée des Talibans sur la frontière ouzbèke a accru les risques d'une relance de l'islamisme en Ouzbékistan.

La menace d'une contagion existe aussi, en provenance du Tadjikistan, Etat en crise depuis 1992, qui a vu s'affronter les tenants de l'ancien régime communiste et une coalition " islamo-démocrate ". Cependant, derrière ces affrontements idéologiques, se cachent de profonds clivages régionaux.

Par ailleurs, la " nationalisation " de l'islam en Asie centrale et la position du clergé officiel conduisent à relativiser le danger d'une expansion d'un fondamentalisme à l'iranienne. Comme l'a indiqué Olivier Roy lors de son audition au Sénat " l'islamisme politique cède le pas devant un néo-fondamentalisme conservateur qui veut réformer la société et les moeurs, mais ne franchit pas le seuil du politique ".

Quant au Pakistan, les Etats d'Asie centrale restent méfiants à son égard. La quasi absence de relations économiques avec cet Etat atteste cette attitude très prudente.

Sans nier le danger que pourrait présenter le développement du fondamentalisme, en cas de crise économique et sociale, notamment en Ouzbékistan, il est permis de penser que la diversité des approches de l'islam en Asie centrale et dans les Etats voisins protège la région contre les assauts du fondamentalisme.

III. L'ASIE CENTRALE : DE LA RUSSIE À L'URSS, DE L'URSS À LA RUSSIE

A. DE LA COLONISATION RUSSE À LA SOVIÉTISATION DE L'ASIE CENTRALE : UNE EMPREINTE INDÉLÉBILE

1. 350 ans d'expansion russe en Asie centrale

La Russie et l'Asie centrale sont entrées en contact bien avant la conquête russe du XIXe siècle.

Pendant sept siècles, du IXe siècle au milieu du XVIe siècle, les ancêtres des Russes furent confrontés à des voisins musulmans plus avancés techniquement, plus puissants militairement, d'un niveau culturel plus élevé, en un mot plus " civilisés ". Durant près de trois cents ans, du XIIIe au XVe siècle, les principautés russes furent conquises et soumises aux souverains musulmans de la Horde d'Or. Le souvenir du joug tatar n'a pas disparu en Russie.

De 1450 à 1650, la Russie qui n'était qu'une Grande Principauté, payant tribut au souverain musulman tatar de Kazan, devient par ce jeu l'Empire des Tsars.

Après les victoires russes de 1552 et de 1556, sur les Khanats de Kazan et d'Astrakhan, la Russie est le premier Etat européen à avoir une population en partie musulmane. Ses relations avec l'Asie centrale, surtout les khanats ouzbèks, furent des relations d'Etat à Etat. Durant trois siècles, la Russie est l'unique partenaire européen des souverains ouzbèks, qui cherchèrent à nouer des contacts avec ce pays pour désenclaver leur territoire.

Le règne de Pierre Ier (1689-1725) marque un tournant dans l'histoire de l'expansion russe. Les premiers traités entre la Russie et le domaine kazakh ont été conclus entre 1700 et 1705 sous la forme de promesses d'allégeance de la part de plusieurs chefs kazakhs, karakalpaks et même turkmènes, en échange de la protection militaire russe contre les incursions djouhgares. A partir de 1730 a commencé la longue pacification de l'espace kazakh, dont le but n'était pas, alors, l'annexion mais l'établissement d'une frontière d'où l'hégémonie russe pourrait s'étendre dans la steppe et les échanges se développer avec les marchés asiatiques. C'est avec le règne de Catherine II, qu'a débuté une politique de conquête et d'administration directe de l'espace kazakh, qui a nécessité soixante-dix ans d'effort.

L'emprise politique et militaire russe a eu, dès le début du XIXè siècle, un contenu économique (octroi des droits de pâture, etc...).

Au Sud du domaine kazakh, la Russie a été mise en contact avec les khanats ouzbèks dont la conquête s'est effectuée de 1853 à 1873. Parallèlement, la Russie a créé, à partir de 1865, le cadre institutionnel de sa présence coloniale en Asie centrale. Celle-ci a comporté, d'une part, les territoires sous administration directe destinés à être intégrés à l'Empire, et d'autre part, des territoires sous tutelle, ou protectorats, dans les zones de contact avec la Grande-Bretagne. En 1881, après l'occupation de Khiva, intervient la soumission du pays turkmène.

La conquête et la domination coloniale qui suivirent provoquèrent au total peu de révoltes. L'agitation qui a marqué la période de 1870 à 1895, a été le produit des tensions propres aux sociétés d'Asie centrale, de l'activité des soufies, des retombées de la conquête coloniale, mais aussi des convulsions qui ébranlèrent l'Empire tsariste dans son ensemble.

2. L'URSS, héritière de l'Empire tsariste en Asie centrale

Quand la révolution de 1917 mit fin au règne des Romanov, aucun des problèmes fondamentaux concernant les relations entre l'Etat russe et ses sujets musulmans n'avait été résolu. Aucune des solutions, de la plus libérale -celle appliquée par Catherine II- à la plus répressive -celle du Général Kaufman en Asie centrale-, n'avait, en effet, abouti à un résultat satisfaisant pour les parties en présence. Ainsi l'assimilation religieuse, linguistique ou culturelle pratiquée à partir du XVIe siècle et jusqu'à la fin du XIXe n'avait touché qu'une minorité, non sans que s'accumulent rancunes et haines entre communautés russes et musulmanes.

Dès 1918 se produit un afflux massif de musulmans dans le rang des organisations locales du parti communiste. Mais ce phénomène repose, comme l'indique Chantal Lemercier Quelquejay6(*), sur un double malentendu : d'une part, l'illusion nourrie par les musulmans de profiter du nouveau régime pour mener à bien les réformes engagées au XIXe siècle par les réformistes musulmans Djadides ; d'autre part, l'espoir des bolcheviks russes de " rééduquer " leurs alliés et d'en faire des marxistes authentiques.

3. La soviétisation de l'Asie centrale

Le régime met en place à partir de 1922, une politique des nationalités destinée à unifier l'ensemble soviétique. Politique qui consiste, à fractionner la masse musulmane en Etats dotés de territoires bien délimités.

On distingue
deux réalités : d'une part, la nation, la nationalité et le groupe ethnique par référence au groupe humain, à son évolution historique et à son niveau culturel ; d'autre part, les entités administratives dotées de statuts différents. Ainsi, à la place des trois groupes ethniques (groupe nomade au Nord et à l'Est avec les Kazakhs et les Kirghizs, groupe sédentaire au Sud formé par les Ouzbèks et les Tadjiks et groupe turkmène à l'Ouest) l'URSS créé cinq républiques.

Le régime soviétique transforme profondément l'économie de la région qui était essentiellement rurale. La collectivisation menée de 1929 à 1939 entraîne la sédentarisation forcée des nomades : elle a provoqué au Kazazkhstan des famines, suivies d'une répression féroce et d'une désorganisation totale de l'économie. Le cheptel passe de 39 millions de têtes en 1929 à moins de 5 millions en 1989. Parallèlement à la collectivisation, Moscou développe intensément la culture du coton qui exige le creusement de grands canaux pour étendre les surfaces irriguées. En effet, si la planification soviétique a entraîné l'industrialisation de l'Asie centrale et la diversification des richesses de son sous-sol et favorisé l'implantation d'industries de transformation, elle a, en revanche, débouché sur la monoculture du coton.

Cette politique n'a pas manqué de susciter des réactions d'ordre nationaliste, religieux et démographique.

Face à la volonté du gouvernement soviétique de briser l'unité musulmane en la divisant en nations, nationalités et groupes ethniques, s'est dressée la conscience d'appartenances tribales héritées, d'un lointain passé et le sentiment d'une identité islamique trans-nationale, réactions qui ont constitué surtout des obstacles à l'assimilation des musulmans, sinon à la simple cohabitation entre autochtones et immigrés russes.

En outre, face à l'islam officiel domestiqué par les soviétiques, s'est développé un islam parallèle animé par les confréries soufies.

Enfin, l'explosion démographique de la communauté musulmane a modifié les équilibres initiaux. L'exemple de l'Ouzbékistan est particulièrement frappant :



Source : Central Asia/Lonely Planet Publications 1996

B. LES ÉTATS D'ASIE CENTRALE ET LA RUSSIE : UN DÉCOUPLAGE EN COURS

Certains observateurs estiment que les États d'Asie centrale n'ont pas recherché leur indépendance à tout prix en 1991. Celle-ci est arrivée, sans avoir été forcément -ou fortement- souhaitée. La réaction des Gouvernements d'Asie centrale durant l'été 1991, au moment du putsch, tend à accréditer cette thèse.

L'indépendance est désormais acquise, et même si on peut la qualifier six ans plus tard " d'inachevée ", le processus de " découplage " entre la Russie et l'Asie centrale est en marche. Les relations entre les Etats d'Asie centrale et la Russie restent néanmoins complexes, tant sur le plan politique ou économique que militaire.

1. L'indépendance politique des Etats d'Asie centrale face aux ambitions russes

Chacun des Etats d'Asie centrale est doté d'une Constitution et d'institutions politiques totalement souveraines. Les chefs d'Etat du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan et du Turkménistan n'ont d'ailleurs pas manqué à de multiples reprises d'affirmer leur indépendance vis-à-vis de la Russie et d'agir en conséquence.

Les ambitions russes en Asie centrale ont paru longtemps assez floues. La tentation a existé d'abandonner toute prétention à l'égard d'une région considérée comme un fardeau. Tel est le point de vue d'intellectuels, comme Alexandre Soljénitsyne qui l'a réaffirmé dans son ouvrage " Le problème russe à la fin du XXe siècle " : " Il faut quand même finir par le comprendre clairement : la Transcaucasie a sa voie propre, différente de la nôtre, la Moldavie a la sienne, les pays baltes ont la leur, et c'est encore plus vrai de l'Asie centrale. Presque tous les leaders de cette dernière région ont déjà annoncé que leurs Etats se tournaient vers la Turquie. Tout le monde n'a pas remarqué, en décembre 1991, la conférence lourde de promesses qui s'est tenue à Alma-Ata pour créer le " Grand Touran ", de la péninsule anatolienne à l'Altaï de Dzungarie. Au XXIè siècle, le monde musulman, qui connaît une rapide croissance démographique, se lancera sans doute dans des entreprises ambitieuses. Qu'aurions-nous à faire là-dedans ? ".

Il est sans doute plus exact de dire que la Russie n'a pas réussi, au début de l'indépendance, à définir clairement sa politique. Son objectif est de maintenir la région dans sa zone d'influence, mais elle hésite entre une politique de puissance et une politique d'influence, plus conforme aux principes qui régissent désormais ses relations avec le reste du monde.

Aujourd'hui, comme le souligne Olivier Roy : " la Russie a échoué dans le passage d'une structure impériale traditionnelle à la mise en place d'une sphère d'influence stratégique moderne 7(*).

L'absence de partis pro-russes dans ces Etats constitue d'ailleurs une indication sur les limites de l'influence russe.

2. L'émergence d'une souveraineté économique

Les relations économiques entre l'URSS et l'Asie centrale avant 1991 étaient pour le moins paradoxales. D'une part, l'Union soviétique achetait à bas prix -bien en-dessous des prix du marché- et transformait sur plan les matières premières -coton, pétrole, gaz- en utilisant une main d'oeuvre musulmane à bon marché. D'autre part, elle se chargeait de l'approvisionnement de la région en énergie à bas prix en donnant l'impression d'investir massivement -et à fonds perdus- dans une zone manifestement sous-développée.

L'affirmation de la souveraineté économique par les nouveaux Etats d'Asie centrale s'est manifestée tout d'abord par une réorientation des échanges qui diminue progressivement le poids de la Russie, les Républiques d'Asie centrale se tournant résolument vers des pays hors zone CEI. La mise en place de monnaies nationales a constitué une étape supplémentaire et décisive dans la perte d'influence de la Russie. Au début de l'indépendance, les Etats avaient préféré rester dans la zone rouble. Mais la Banque centrale russe les a très vite placés devant l'alternative soit de soumettre l'ensemble de leur politique monétaire à la férule russe, soit de sortir de la zone rouble. Ainsi, les Etats concernés ont-ils choisi, en 1993 et 1994, de frapper leur propre monnaie.

Enfin, la Russie ne participe plus au développement économique de la région. Elle ne dispense plus aucune assistance économique -envoi d'experts, dons, prêts, investissements- à l'Asie centrale. Elle s'est contentée, jusqu'à un passé récent, de conclure des contrats d'exportation, tous défavorables aux Etats d'Asie centrale, notamment en matière d'acheminement du pétrole à travers son territoire.

3. L'affirmation progressive de l'identité culturelle au détriment de la Russie

Les rapports entre les populations autochtones et les minorités européennes issues de la colonisation tsariste et de la période soviétique (Russes, Ukrainiens, Biélorusses...) ont beaucoup évolué depuis l'indépendance.

Sur le plan linguistique, le recul du russe paraît inéluctable. La Russie ne fournit ni coopérants, ni enseignants, ni bourses, ni livres et l'anglais tend à s'implanter dans les écoles, voire à supplanter le russe.

En matière d'éducation, une réforme des structures scolaires a été entreprise, dont les conséquences n'apparaissaient que peu à peu. L'élaboration de nouveaux systèmes éducatifs constitue un enjeu considérable, dont la langue russe pourrait faire les frais.

Ainsi, l'évolution du nombre d'écoles ouzbèkes et d'écoles russes est révélatrice.



 

1992/1993

1993/1994

Ecoles ouzbèkes

7603

8017

Ecoles russes

273

189

4. L'évolution de la politique militaire russe en Asie centrale

L'avancée russe, dès la fin du XIXème siècle en Asie centrale, trouve son fondement stratégique dans une doctrine militaire qui a de tout temps confondu défense et offensive conquérante. La configuration du terrain, et particulièrement celle des steppes kazakhes, a conduit les responsables russes à s'interroger sur les limites de l'espace stratégique et des intérêts de la Russie en direction du Sud. L'Union soviétique a consacré cette doctrine militaire sous le nom " d'expansionnisme défensif ".

L'empire soviétique, au XXème siècle, notamment après la seconde guerre mondiale, s'est arrêté à la théorie de " l'espace stratégique unique ".

La création de la Communauté des Etats indépendants en 1991 a substitué au principe de " Forces armées uniques " celui de " Forces armées unifiées de la CEI ", avec l'espoir de créer au sein de cette communauté une nouvelle alliance du type " Pacte de Varsovie ".

Aujourd'hui, la doctrine militaire de la Fédération de Russie n'envisage plus la défense de la CEI considérée comme un tout, mais préconise une coopération militaire entre les Etats de la CEI et la possibilité de faire stationner des forces russes sur le territoire de ces Etats. Ceci marque le renoncement à une organisation militaire centralisée.

Les formes prises par la coopération militaire entre la Russie et l'Asie centrale sont multiples : de la garde des frontières de la CEI au maintien de bases militaires, de l'aide à l'édification des armées nationales au soutien logistique des forces et d'aide à la formation et à l'instruction des personnels.

Cette présence paraît aujourd'hui hors de proportion avec les menaces extérieures, qui pèsent sur les Etats de la CEI. D'autant plus que la Russie n'était pas toujours étrangère aux crises locales, qui justifiaient le maintien de ses forces (Caucase, Tadjikistan...).

Le recul stratégique spectaculaire auquel la Russie a été contrainte ne signifie pas qu'elle ait renoncé à ses objectifs militaires multi-séculaires. Si elle ne peut plus définir seule les règles de la sécurité collective dans la zone, elle n'en conserve pas moins une vision de l'Asie centrale, qui tend à ignorer l'évolution récente de la région : affirmation des nationalismes, rôle grandissant des multinationales étrangères dans l'exploitation du pétrole et du gaz, coopération économique avec l'Occident, présence des Etats-Unis.

IV. STABILITÉ POLITIQUE ET FRAGILITÉS

Six ans après l'indépendance, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan ont échappé aux troubles intérieurs qui ont affecté d'autres Républiques de l'ancienne Union Soviétique. L'Asie centrale, que l'on présentait comme une " poudrière ", a-t-elle trouvé son équilibre ou la stabilité qu'elle connaît depuis la fin de l'ère soviétique n'est-elle que superficielle et temporaire ?

Il n'est pas facile de répondre. Les observateurs que la mission a pu rencontrer ont souligné qu'il était malaisé de décrypter les évolutions de la région, faute d'une grille de lecture pertinente.

Il apparaît cependant que les principaux facteurs d'instabilité que l'on recensait en 1991 ne se sont pas révélés aussi importants que prévus : les régimes politiques évoluent lentement et de manière différenciée, mais assurent, du moins à court terme, une certaine continuité politique. Celle-ci n'en comporte pas moins, pour l'avenir des éléments de fragilité.

A. DES RÉGIMES DE POUVOIR PERSONNEL

La concentration du pouvoir exécutif aux mains du chef de l'Etat et un parlementarisme de façade caractérisent les régimes politiques du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan et du Turkménistan.

1. Un pouvoir exécutif concentré dans les mains du chef de l'État

Depuis 1991, la vie politique de chacun des trois pays est marquée par la personnalité de leur Président.

La première Constitution kazakhe de 1993, établissait un régime de type présidentiel. Le président, M. Noursoultan Nazarbaev, ancien premier secrétaire du parti communiste kazakh, nommait, orientait et démettait le Gouvernement. Il avait l'initiative des lois, pouvait mettre son veto à celles qu'il désapprouvait et avait le droit d'organiser un référendum.

M. Nazarbaev, après avoir dissout le Soviet Suprême en 1993, gouverna par décret jusqu'au mois de mars 1994, date à laquelle eurent lieu de nouvelles élections parlementaires.

En mars 1995, après l'annulation des élections de 1994, M. Nazarbaev fit, par référendum, prolonger son mandat jusqu'en 2001. En août 1995, un nouveau référendum consacra l'adoption d'une nouvelle Constitution ménageant au Président des pouvoirs encore accrus.

Au terme de cette nouvelle Constitution, le Président a le droit de dissoudre le Parlement bicaméral et détient l'essentiel des prérogatives constitutionnelles.

Aux termes de la Constitution de la République d'Ouzbékistan, adoptée en décembre 1992, le Président, M. Islam Karimov, détient l'essentiel du pouvoir. Il nomme les hâkim (gouverneurs) de province. Il décide de l'organisation administrative, peut annuler et modifier les décisions de l'administration centrale ou locale.

Le 26 mars 1995, un référendum a prolongé son pouvoir jusqu'à 2000, avec 99 % des suffrages.

La vie politique au Turkménistan est dominée par la personnalité de M. Saparmourat Niyazov dit " Turkmenbashi " -chef des turkmènes- qui fait l'objet d'un culte de la personnalité omniprésent.

A la fois chef de l'Etat et chef du Gouvernement, le Président Niyazov a été réélu en juin 1992 avec 99,5 % des suffrages. La Constitution, adoptée en mai 1992, institue un régime de type présidentiel, le chef de l'Etat concentrant entre ses mains l'essentiel des pouvoirs. Reconduit dans ses fonctions jusqu'en 2002 par le référendum du 15 janvier 1994, le Turkmenbashi envisagerait de se faire désigner par " l'Assemblée du peuple turkmène " président à vie.

La mission sénatoriale a observé que le nom du Président était donné aux grandes avenues des villes, à l'aéroport d'Achkabad, la capitale, et au seul port sur la mer Caspienne, l'ex-Krasnovodsk.

2. Un pouvoir législatif de façade

Les Constitutions de ces trois pays confient le pouvoir législatif à un Parlement. Celui-ci est monocaméral au Turkménistan (Mejlis) ainsi qu'en Ouzbékistan (Olii Majilis ou Chambre Suprême). Bicaméral au Kazakhstan, où le Parlement élu en décembre 1995 est composé d'une chambre basse de 67 sièges (le Majilis) et d'une chambre haute de 47 sièges (le Sénat).

Si le Conseil Suprême du Kazakhstan a su, de 1991 à 1994, être un contre-pouvoir effectif, la nouvelle Constitution de 1995 a considérablement amoindri son rôle. La surreprésentation des Kazakhs (63 % des membres du Parlement) ainsi que du parti présidentiel est une réalité. Si le Parlement peut, en théorie, destituer le Président, les conditions requises pour une telle procédure paraissent impossibles à remplir : majorité des trois-quarts et vote commun des deux chambres. Actuellement, la Chambre basse, le Majilis, est élue au suffrage universel direct, le Sénat au suffrage universel indirect par les représentants des oblast -ou régions autonomes-. En outre, sept sénateurs sont nommés par le Président de la République. Le mandat des sénateurs est de quatre ans, renouvelable par moitié tous les deux ans.

L'Olii Majilis ouzbèke est une chambre d'enregistrement, les sessions parlementaires ne durant guère plus de quelques heures. Il est composé, pour l'essentiel, de fonctionnaires de l'Etat.

Le Mejlis turkmène est davantage une Chambre de Conseil qu'un organe législatif. Les 50 députés sont élus pour cinq ans au suffrage universel direct, mais lors des élections législatives de décembre 1994, un seul des cinquante sièges était disputé par plus d'un candidat !

B. DES FRAGILITÉS PERCEPTIBLES

1. Le délicat problème de la " succession "

Les chefs d'Etat kazakhstanais, ouzbèk et turkmène ont prolongé leurs mandats par référendum jusqu'après l'année 2000. Si leur pouvoir personnel a permis et semble, dans un proche avenir, garantir la stabilité politique de la région, il pose néanmoins un problème de succession.

La constitution ouzbèke limite ainsi à deux le nombre de mandats qu'un président peut exercer à la suite. Certes, M. Islam Karimov a obtenu en 1995 un prolongement de son premier mandat jusqu'en l'an 2000. Rien ne l'empêche donc d'en briguer un second. Une telle démarche annonce-t-elle, à l'instar du Turkménistan, l'introduction d'une présidence à vie ou la prolongation d'une période transitoire ?

La stabilité du régime politique et de l'élite dirigeante semble confortée par l'absence de tout alternative politique crédible ainsi que d'une société civile structurée. A l'inverse, l'exercice solitaire du pouvoir empêche toute autre légitimité de naître et fragilise, à terme, ces Etats.

2. Des entourages changeants

Cette personnalisation du pouvoir est d'autant plus problématique en termes de continuité politique que les entourages des différents chefs de l'Etat sont soumis à des changements fréquents et parfois soudains.

Ainsi, alors que la mission sénatoriale devait rencontrer M. Akejan Kajeguildine, Premier ministre du Kazakhstan, il lui a été indiqué que celui-ci était dans l'impossibilité de s'entretenir avec la délégation en raison de problèmes de santé. Or, le 10 octobre 1997, M. Nourlan Balguimbaev, ancien responsable du secteur pétrolier, était nommé Premier ministre de la République du Kazakhstan.

Libre de nommer et de révoquer les membres de son Gouvernement, le Chef de l'Etat a donc la faculté d'utiliser cette prérogative dès qu'un membre du Gouvernement, et a fortiori le Premier Ministre, apparaît comme un rival potentiel. La montée en puissance depuis quelques mois de M. Kajeguildine, dont les succès en matière de réforme économique étaient reconnus, laissait planer la menace de sa destitution.

3. Factions régionalistes et appareil d'Etat

Sous le régime soviétique, la rivalité du pouvoir tournait autour de trois postes : celui du premier secrétaire du Parti communiste, de Président du Soviet Suprême et de Président du Conseil des Ministres. La répartition de ces trois postes en fonction des clans ou des courants renseignait sur l'équilibre des pouvoirs.

Actuellement, si l'ethnie " nationale " est surreprésentée dans les instances politiques par rapport à la population totale, la notion de clan, quelle que soit sa base sociologique (tribale, régionaliste, familiale...) demeure essentielle à la compréhension de la vie politique de ces Etats. Il n'y a pas, d'officialisation des clans, mais il est important d'appartenir à un groupe, dans la mesure où le rapport à l'Etat ou aux ressources (eau, kolkhoze) est déterminé par le réseau auquel on appartient.

Ainsi l'appartenance tribale, forte chez les Turkmènes et les Kazakhs, est généralement connue et joue un rôle important dans le fonctionnement de la société et de la vie politique, notamment dans les zones rurales.

Cette caractéristique de la vie politique en Asie centrale tend, d'une part, à rendre plus complexe les questions de succession au sommet du pouvoir et, d'autre part, joue un rôle déterminant lors du renouvellement des élites.

4. Une contestation sociale qui s'amplifie

A l'aube de l'indépendance, les chefs d'Etat kazakhstanais et turkmène promirent à leur peuple des années de prospérité. Le Président ouzbèk, plus prudent, choisit une politique " gradualiste " afin " d'assurer le bien être de l'Ouzbékistan ".

Or, six années plus tard, l'insatisfaction de la population se développe, et peut, à moyen terme, fragiliser le pouvoir personnel des chefs d'Etat.

Au Kazakhstan, les problèmes sociaux ont émergé à partir de 1996. Le salaire mensuel n'excède pas 70 dollars en 1995 cependant qu'une classe de nouveaux riches fait son apparition. Il s'agit d'une petite élite dont l'activité s'exerce dans le commerce en devises fortes, le pétrole, les métaux et minerais. Par ailleurs, la santé publique s'est fortement dégradée.

En Ouzbékistan, le niveau de vie a été sérieusement affecté par la récession économique. Le salaire moyen mensuel représente l'équivalent de 80 dollars. La situation sanitaire s'est dégradée du fait d'une consommation alimentaire déséquilibrée, voire insuffisante, et du difficile accès aux soins médicaux les plus élémentaires.

Au Turkménistan, la population souffre de l'inflation. Le salaire moyen mensuel s'établit à 9,4 dollars. La mortalité infantile est la plus élevée de la CEI. En l'absence de réformes économiques, la quasi-gratuité de certains services, de règle sous le régime soviétique, a été maintenue, mais ceux-ci, la plupart du temps, ne sont pas disponibles. Dans ce pays aux énormes réserves de gaz, il n'est pas rare que la population doive supporter des coupures de gaz, d'électricité et d'eau.

Il apparaît excessif de parler de " paix sociale menacée ", mais force est de constater l'importante détérioration des conditions de vie de la population.

CHAPITRE II -

DES RICHESSES CONVOITÉES

La richesse du potentiel économique de l'Asie centrale est une réalité. Celle-ci attire d'ailleurs, à des degrés divers, les Etats-Unis, l'Europe et les pays limitrophes de la région, qui en ont mesuré les enjeux.

I. UN POTENTIEL ÉCONOMIQUE PROMETTEUR

Le recensement des ressources énergétiques et agricoles permet de mesurer la place que l'Asie centrale pourrait occuper dans les échanges internationaux.

A. D'IMPORTANTES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES

1. Un atout indéniable.

Les pays riverains de la mer Caspienne constitueront sans doute, dans les années à venir, la deuxième région exportatrice mondiale d'hydrocarbures après le Moyen-Orient. Une telle affirmation, sur laquelle s'accordent la plupart des experts, atteste l'importance des ressources pétrolières et gazières de la zone.

RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES DE L'ASIE CENTRALE

(1995)

 

Gaz (1)

Pétrole (2)

Charbon (2)

Electricité(3)

Kazakhstan

4,7

23

130

65,6

Ouzbékistan

50

8

3,8

48

Turkménistan

34,6

4

-

11,2

(1) en milliards de m3

(2) en milliards de tonnes

(3) en milliards de kwhs

Sources : Ministère des Affaires étrangères

BP statitiscal review


La zone recèle, notamment le long de la mer Caspienne et en off-shore, de considérables gisements de pétrole et de gaz. Ceux-ci ont été soit peu exploités, soit non explorés par le régime soviétique, à la fois pour des raisons d'ordre technique et financier et pour des motifs politiques, l'Union soviétique ayant misé sur la Sibérie et ayant spécialisé chaque République périphérique dans une production particulière.

Le Turkménistan devait, se consacrer à la production de gaz ( 88 milliards de m3 en 1990). Mais les ressources en hydrocarbures de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan n'ont pas été développées, l'Ouzbékistan étant voué à la production de coton et le Kazakhstan aux productions agricoles, particulièrement le blé.

Les réserves en hydrocarbures n'en situent pas moins l'Asie centrale dans le peloton des plus grands producteurs au monde de pétrole et de gaz.

2. De considérables réserves

Au-delà des quantités actuellement produites -déjà significatives-, les réserves énergétiques de la zone apparaissent considérables, l'Asie centrale étant appelée à devenir une région pétrolière majeure dans les années à venir.

Ainsi, en ce qui concerne les réserves en huiles, la dernière évaluation du " BP Statistical review 1997 " donne pour la région de la mer Caspienne un montant de réserves prouvées de quelque 16 milliards de barils -dont 8 pour le Kazakhstan et 1 pour le Turkménistan-, soit à peu près le montant des réserves prouvées de la mer du Nord ou encore 2 % des réserves mondiales.

En ce qui concerne le gaz, la mer Caspienne, aujourd'hui encore inexplorée pour les profondeurs au-delà de 100 mètres, peut être comparée au Golfe du Mexique dans les années 1950 ou à la mer du Nord des années 1960. Une centaine de nouvelles structures ont été identifiées, dont une dizaine seulement ont été forées. Selon le " BP statistical review 1997 ", les réserves de la zone s'élevait à 5.600.6 m3, soit l'équivalent des réserves de l'Europe ou encore 4 % des réserves mondiales.

B. DES RICHESSES MINIÈRES CONSIDÉRABLES

L'Asie centrale possède également des ressources minières importantes et diversifiées.

Le Kazakhstan se situe au 3e rang mondial pour l'uranium, au 1er rang mondial pour le tungstène, au 4e rang pour le manganèse et au 9e pour le fer.

L'Ouzbékistan est le 2e producteur de la CEI et le 7e producteur mondial d'or. Il dispose, en outre, d'importantes réserves en uranium, cuivre, zinc et plomb.

Le Turkménistan possède des ressources notables en or, platine et uranium.

C. UN VASTE SECTEUR AGRICOLE

L'Asie centrale reste une région à dominante rurale, le taux de la population urbanisée étant inférieur à 50 % en moyenne. Malgré les différences entre les Etats de la région et la difficulté à obtenir des statistiques fiables, il semble que le secteur agricole et alimentaire représente, en moyenne, environ 20 à 30 % du produit intérieur brut et emploie plus de 40 % de la main d'oeuvre totale.

Le Kazakhstan est un grand pays agricole qui, avant son indépendance, était le troisième producteur de l'Union soviétique, après la Russie et l'Ukraine. La filière grain reste de loin la plus importante.

En ce qui concerne l'Ouzbékistan, l'ONU estime à 45 % de la population active la main d'oeuvre employée dans l'agriculture. Selon le président Islam Karimov, " 70 % de l'activité économique du pays est liée à la culture du coton ", ce qui traduit l'hégémonie de cette culture non seulement dans la production agricole, mais aussi dans l'ensemble de l'économie.

Au Turkménistan, la quasi totalité des terres arables sont consacrées au coton et à l'élevage, notamment ovin.

RESSOURCES AGRICOLES EN 1995

 

COTON

CÉRÉALES

VIANDES

Kazakhstan

0,2

10

1,6

Ouzbékistan

1,1

2,7

0,68

Turkménistan

0,5

0,5

0,2

(en millions de tonnes)

Sources : CFCE

II. UNE RÉGION EN PROIE AUX CONVOITISES

Hormis la Russie -"incontournable " pour un certain temps, mais dont l'attrait pour l'Asie centrale se réduit-, on peut distinguer quatre catégories d'Etats particulièrement attirés par la région : la Turquie, les Etats musulmans voisins, l'Occident et le groupe des pays d'Extrême-Orient et l'Asie du Sud. L'attrait de ces Etats pour la région croît chaque jour davantage. Mais les résultats qu'ils obtiennent font l'objet d'appréciations contradictoires.

Signalons, afin de compléter ce panorama que l'Etat d'Israël a effectué depuis l'indépendance une percée remarquée dans la région.

A. LA TURQUIE

La Turquie est un modèle d'Etat laïque qui est régulièrement invoqué. Les Ouzbèks principalement, mais aussi les Turkmènes, ont fondé beaucoup d'espoir sur la coopération avec Ankara, qui leur apparaît comme une fenêtre sur l'Europe. Partenaire de tous les espoirs pour les républiques d'Asie centrale, la Turquie ne paraît pas avoir répondu à toutes leurs attentes.

La Turquie est assurément présente dans la région. Il existe, en Turquie, un quasi ministère de la coopération (TYKA) qui se charge de la coopération officielle, tandis que le secteur privé a investi massivement dans des créneaux où, aujourd'hui, la Turquie prédomine : bâtiment, consultance, informatique, transport, éducation -notamment religieuse-, formation supérieure, hôtellerie, tourisme...

Mais la Turquie a déçu par ses trop modestes capacités d'investissements qui sont, en dehors du secteur hôtelier, relativement faibles. En outre, le sentiment de supériorité affiché par les responsables Turcs dans leurs contacts avec leurs interlocuteurs d'Asie Centrale a été mal perçu par ceux-ci, qui n'entendent nullement placer leurs pays sous protectorat turc.

Si les grandes sociétés occidentales ne " sous-traitent " pas aux Turcs leur pénétration du marché centre-asiatique, Ankara est néanmoins considérée, notamment par les Américains, comme un relais utile susceptible de favoriser la promotion des intérêts américains dans la région.

Revenue de ses ambitions, la Turquie joue un rôle discret mais significatif et de long terme. Elle souhaite inscrire son influence dans la durée et mise notamment sur les contacts avec les petites et moyennes entreprises.

B. L'INTÉRÊT DES ETATS MUSULMANS VOISINS

L'objectif de l'Iran est de sortir de l'isolement dans lequel les Etats-Unis la confinent et de participer à l'exploitation des ressources de la Caspienne, dont elle est riveraine. L'influence de l'Iran dans le domaine culturel et religieux se heurte à des divergences qui en limitent l'extension (majorité sunnite en Asie Centrale et chiite en Iran). La politique de Téhéran tant dans le Caucase qu'en Asie centrale, n'a d'ailleurs pas pris la forme d'un prosélytisme fondamentaliste.

Très actif, néanmoins, dans les pays de la région, l'Iran a reçu en 1992 le sommet de l'Organisation de Coopération Economique regroupant la Turquie, le Pakistan, l'Iran, l'Azerbaïdjan et les cinq Républiques ex-soviétiques d'Asie centrale. En outre, l'Iran a cherché à renforcer ses liens avec les Etats centre-asiatiques à travers des accords bilatéraux concernant l'évacuation du pétrole et du gaz et les communications aériennes et terrestres, notamment avec le Kazakhstan et le Turkménistan. En soutenant la position de la Russie sur le statut de la mer Caspienne, l'Iran détient un moyen de pression sur les autres Etats du littoral pour défendre ses propres intérêts économiques et énergétiques.

Les relations avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite, considérés comme source d'une éventuelle agitation fondamentaliste -notamment par l'Ouzbékistan-, restent très discrètes.

C. UNE PRÉSENCE IMPORTANTE DU MONDE OCCIDENTAL

1. La forte présence américaine

Les Etats-Unis considèrent l'Asie centrale comme une zone stratégique. Ils ont, dans cette région, trois objectifs principaux : rendre viable l'indépendance des nouveaux Etats et assurer la stabilité régionale, développer leur propre présence commerciale, enfin diversifier leur approvisionnement énergétique qui repose aujourd'hui principalement sur le Golfe persique.

Les Etats-Unis défendent les intérêts de leurs compagnies dans l'exploitation à long terme des hydrocarbures de la zone. Différents instruments sont utilisés à cette fin : un soutien diplomatique actif à tous les niveaux, y compris les contacts personnels établis par le Président et le Vice-président des Etats-Unis avec les dirigeants des pays concernés, l'intervention de structures gouvernementales chargées de soutenir les investissements américains à l'étranger ; enfin, l'assistance technique et le soutien des institutions financières internationales basées à Washington.

Vainqueurs de la guerre froide, les Etats-Unis n'entendent pas laisser la fédération de Russie dominer une zone qui abrite des ressources énergétiques essentielles (que la Russie ne saurait d'ailleurs, faute de moyens financiers et techniques, exploiter seule) et veulent installer leur présence économique et leur influence politique entre l'Asie de l'Ouest et le Moyen-Orient.

Les Etats-Unis ont adapté leur aide à la situation de chacun des Etats d'Asie centrale, en tenant compte non seulement de leur évolution vers une économie de marché, mais aussi du potentiel estimé de chacune de ces Républiques.

Ainsi, l'aide financière et technique américaine bénéficient plus au Kazakhstan qu'aux autres Etats de la région. 66 % des investissements au Kazakhstan proviennent des Etats-Unis. On y dénombre 3.000 ressortissants américains.

Les grandes multinationales du secteur pétrolier (Mobil, Chevron), du négoce international de matières premières (AIOC, Cargill, Dunavant) et de l'industrie agroalimentaire (Philip Morris, Coca Cola), investissent au Kazakhstan chaque année des millions de dollars. En 1996, sur 2,35 milliards de dollars investis dans le secteur du pétrole et du gaz, la part de Mobil et Chevron était d'1,8 milliard de dollars.

En Ouzbékistan, les Etats-Unis sont les premiers investisseurs étrangers. Ils sont présents dans plus d'une centaine de sociétés mixtes, dont la plus importante est Uznewmont qui exploite des mines d'or.

Les intérêts américains se sont ainsi développés dans tous les pays de la zone. Certaines multinationales américaines sont aujourd'hui devenues, semble-t-il, les interlocuteurs privilégiés des chefs d'Etats d'Asie centrale ; tel est le cas notamment au Turkménistan.

Outre cette forte présence économique, les Etats-Unis interviennent dans la restructuration de l'armée et la reconversion des industries de défense en Ouzbékistan et au Kazakhstan, pays où ils implantent actuellement une école de sous-officiers. Par ailleurs, la fascination des populations d'Asie centrale pour les Etats-Unis est telle que des centaines d'étudiants Ouzbèks et Kazakhs effectuent des stages ou sont inscrits dans des universités américaines.

En outre, au Turkménistan, comme dans les autres pays, la diffusion de l'anglais est une des priorités des Américains, présents à tous les niveaux du système éducatif turkmène. Pour ce faire, ils ont recours au " Peace Corps ", composé de bénévoles, qui signent des contrats d'un ou deux ans, et que l'on envoie non seulement à Achkabat mais aussi dans les villes et les villages les plus reculés du pays. Même s'ils ne disposent pas de moyens financiers importants, ces bénévoles ont réussi à promouvoir très efficacement la langue anglaise à travers toute l'Asie centrale.

2. Le paradoxe de la présence européenne

La situation de l'Europe s'avère pour le moins paradoxale. En effet, le montant de l'aide technique européenne, à travers notamment le programme TACIS, est significatif puisqu'il se chiffre à plusieurs dizaines de millions d'Ecus représentant environ 80 % de la coopération technique dans la région. Néanmoins, cette assistance n'est guère visible en Asie centrale.

Ainsi, plusieurs projets -infrastructures, éducation, ...- reçoivent une aide technique et scientifique de la Communauté européenne sans pour autant que l'origine de cette aide soit perçue. Certains programmes TACIS s'avèrent lourds : entre le recensement des besoins et la mise en oeuvre des mesures, il faut compter de trois à quatre années. Dans des économies en transition, de tels délais sont rédhibitoires.

Enfin, les programmes TACIS portent parfois sur des secteurs dont il est quasiment impossible d'évaluer les retombées économiques.

Au Turkménistan, trois secteurs sont concernés par les programmes TACIS : l'énergie, l'agroalimentaire et le développement des entreprises. Six projets sont en cours : les soutiens à l'industrie de la transformation du poisson et au processus de privatisation, le soutien à la formation des entrepreneurs turkmènes, un programme relatif aux ressources humaines, la création d'un Institut d'administration publique et le soutien à l'Agence des Investissements Etrangers. Ces programmes disposent de 10 millions d'Ecus sur deux ans.

En Ouzbékistan, les programmes TACIS apportent une aide de 10 à 15 millions d'Ecus par an et sont orientés vers la formation des cadres, l'agriculture et la construction de l'Etat de droit.

En outre, l'Union européenne a conclu avec l'Ouzbékistan et le Kazakhstan un accord de partenariat et de coopération (APC). Le dernier APC a été conclu avec le Turménistan.


 

APC

Accords intérimaires(1)

Kazahstan

Signé le 23 janvie 1995

Signé le 5 décembre 1995, entré en vigueur le 1er avril 1997

Ouzbékistan

Signé le 21 juin 1996

Signé le 14 novembre 1996

Turkménistan

paraphé le 24 mai 1997

Signé le 24 février 1998

(1) Ces accords mettent en application le volet commercial des APC dans l'attente de leur ratification par les quinze Etats membres et chacun des pays concernés.

Outre l'Allemagne, leader européen en Asie centrale grâce, en partie, à sa diaspora, trois pays européens se sont relativement bien implantés : la Grande-Bretagne, la Suisse et les Pays-Bas. L'Italie effectue depuis peu une forte percée dans cette région. La présence de la France, sans être négligeable, reste pour le moment très discrète.

D. LES ÉTATS D'EXTRÊME-ORIENT ET D'ASIE DU SUD

Au-delà des 200.000 coréens déportés par l'Union Soviétique d'Extrême-Orient en Ouzbékistan à la veille de la seconde guerre mondiale, le Japon et la Corée du sud s'intéressent activement à cette région, notamment au Kazakhstan et à l'Ouzbékistan.

Si le volume des échanges courants avec le Japon reste marginal, les entreprises japonaises manifestent un intérêt croissant pour l'Ouzbékistan, notamment dans le secteur énergétique (Mitsubishi, Mitsui), dans l'industrie métallurgique, le transport aérien (projets aéroportuaires), les télécommunications (Groupe Sumitono) et l'industrie textile. De plus, le Japon est le premier bailleur de fonds de l'Ouzbékistan avec 450 millions de dollars déboursés. Par ailleurs, la Corée a réalisé le plus important investissement direct à l'étranger en Ouzbékistan, avec l'usine d'automobile d'Asaka.

La Chine représente, après la Russie, le premier partenaire de l'Ouzbékistan. En outre, près de 4 % des échanges extérieurs kazakhstanais s'effectuent avec Pékin.

E. ISRAËL ET L'ASIE CENTRALE

La présence israélienne reste pour le moment limitée aux projets " clés en main " sans suivi régulier de la part des entreprises israéliennes.

Le volume des échanges commerciaux avec l'Asie centrale est modeste, mais en croissance rapide. Les relations ont d'abord été établies avec le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Ainsi en juillet 1997, une société conjointe formée de l'Américain AES Corp. et de l'Israélien Santri Power s'est vu confier l'exploitation de plusieurs centrales électriques du Kazakhstan d'une puissance de 1.384 mégawatts.

Israël souhaite, à travers l'Aise centrale, assurer en premier lieu des conditions favorables à l'émigration en Israël des populations juives d'Asie centrale, dont le nombre est évalué à environ 100.000. Son second souci est de contenir l'expansion du fondamentalisme musulman, autrement dit, de contenir l'influence iranienne et afghane.

CHAPITRE III -

DES CONTRAINTES GÉOGRAPHIQUES ET ENVIRONNEMENTALES FORTES

Au-delà des handicaps et des aléas propres à chacun des Etats de la région, qui feront l'objet d'une analyse détaillée dans la deuxième partie de cette étude, l'Asie centrale est soumise à deux contraintes globales : son enclavement et les menaces qui pèsent sur son environnement.

I. DES MONTS CÉLESTES AU DÉSERT DES SABLES NOIRS : L'ENCLAVEMENT DE L'ASIE CENTRALE

" L'Asie centrale " est parfois qualifiée " d'Asie intérieure ". Cette métaphore illustre bien la situation géographique de cette zone coincée entre, la mer Caspienne à l'Ouest, le mont Tian-Chan à l'Est et les solitudes minérales du Kopet-Dag iranien, au Sud.

A. L'ENCLAVEMENT, UN HANDICAP MAJEUR

La situation géographique dans laquelle se trouvent les Etats d'Asie centrale est à l'origine de deux difficultés majeures : l'absence de débouché sur la mer et un contexte géopolitique complexe dont le conflit relatif au statut de la Caspienne est la manifestation la plus évidente.

1. L'absence de débouché sur la mer

L'ouverture des grandes routes maritimes à partir du XVIe siècle a été l'une des causes essentielles de la perte d'influence de l'Asie centrale. Cette région, qui s'était imposée pendant des siècles comme la voie de passage obligée entre Est et Ouest est tombée progressivement dans l'oubli en raison de son absence de débouché sur la mer.

L'Ouzbékistan, considéré comme le coeur de la zone, est le seul pays au monde qui doit franchir deux frontières avant d'accéder à une mer ouverte. Certes, la Caspienne est facilement accessible : elle constitue la plus vaste des mers fermées du globe avec en son centre le Golfe de Kara-Bogaz, " la gueule noire " en Turkmène. Elle assurait, en 1995, le tiers des pêcheries et plus du cinquième du trafic maritime total de l'ancienne URSS. On peut évaluer le trafic sur la Caspienne en liaison avec la navigation fluviale sur la Volga, à une vingtaine de millions de tonnes par an, et ce même si cette mer est gelée près de la moitié de l'année. Par ailleurs, elle ne donne pas accès, contrairement à la Méditerranée ou à un océan, à des eaux libres permettant une réorientation des échanges.

2. La situation géopolitique : un voisinage difficile à assumer

L'Asie centrale doit à sa situation géographique d'être redevenue l'une des pierres angulaires de l'équilibre de l'Eurasie tout entière, suscitant par là même un grand nombre d'interrogations.

Au Nord se trouve la Fédération de Russie, à l'Est, la Chine dont la population est 250 fois plus nombreuse que celle de toute l'Asie centrale et avec laquelle les premiers contacts remontent à la dynastie des Hans antérieurs, fondateurs de l'Empire chinois ; à l'Ouest, le Caucase dont les fréquents soubresauts sont autant de sujets d'inquiétude ; enfin au Sud, le monde musulman constitué par l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan suscite attraction et méfiance.

3. Un conflit en voie de règlement : le statut de la mer Caspienne

Le statut de la mer Caspienne intéresse les cinq Etats riverains que sont la Russie, l'Iran, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et le Turkménistan. La base juridique du statut de la mer Caspienne est définie par le traité soviéto-iranien de 1926 qui mettait fin aux conditions imposées par la Russie impériale, maîtresse absolue de la mer depuis le début du XVIIIe et qui avait concédé un droit de navigation aux bateaux marchands perses en 1828 (traité du Turmantchaï). Le traité de 1926 autorisait en effet les Iraniens à posséder désormais leur propre flotte et à naviguer sous leur propre pavillon, et faisait de la Caspienne une mer exploitée en commun et à égalité par les deux riverains, l'URSS et l'Iran. Confirmant cet accord, le traité soviéto-iranien de 1940 définissait la Caspienne comme " une mer soviétique et iranienne ".

La Russie s'est fondée jusqu'à ces dernières semaines sur l'existence de ces traités pour défendre le principe d'une exploitation commune de la Caspienne, sans autre restriction qu'une zone côtière réservée aux Etats riverains. Elle considère que le droit international de la mer, qui implique la délimitation d'eaux territoriales exclusives, ne s'applique pas à la Caspienne dans la mesure où cette réserve d'eau continentale ne possède pas d'accès direct à un océan ou à une mer ouverte. Soutenant que la Caspienne est un lac, elle rejette également l'application de la convention internationale de 1982 qui prévoit le partage des mers fermées entre pays riverains. La déclaration d'Almaty de décembre 1991 créant la CEI, par laquelle " les Etats membres de la CEI garantissent ... le respect des engagements internationaux pris par l'ex-URSS " implique enfin, du point de vue russe, le respect du statut hérité des accords soviéto-iraniens jusqu'à ce qu'un nouvel accord soit signé par les cinq parties concernées ou qu'un régime de coopération soit instauré.

Les discussions multilatérales qui ont eu lieu depuis 1992 n'ont, jusqu'en 1997, abouti à aucune entente, notamment du fait de l'opposition de l'Azerbaïdjan à la conclusion d'un traité de coopération régionale en 1994 et à un accord de pêche maintenant le statut antérieur en 1995. Soutenue par l'Iran dans son projet de création d'un forum de coopération régionale sur la base d'une exploitation égale et commune de toutes les ressources de la Caspienne, la Russie défendait donc le principe appliqué aux lacs, qui garantit une zone de souveraineté limitée aux eaux côtières, le reste étant considéré comme bien commun. Cette thèse favorise la Russie et l'Iran qui possèdent les " petits côtés " du rectangle caspien et ceux dont les réserves en hydrocarbures paraissent les plus réduites. L'Azerbaïdjan et le Kazakhstan qui, disposent de côtes importantes, et souhaitent pouvoir exploiter à leur seul profit le sol et le sous-sol de la Caspienne s'opposent à cette prétention. Le soutien apporté par les Etats-Unis à l'Azerbaïdjan et au Kazakhstan dans leur opposition aux vues russes, renforce la position des deux Etats et favorise l'implantation des intérêts pétroliers américains dans le Caucase et en Asie centrale.

Le Turkménistan mène une politique autonome. Proche de Téhéran, il soutient la position russe et s'est accordé avec ces deux pays sur un statut de la Caspienne reconnaissant aux pays riverains une zone nationale de 45 miles (le droit international autorisant 12 miles) où chacun dispose de droits exclusifs sur les hydrocarbures, le reste de la Caspienne étant territoire commun. En même temps, Achkhabad laisse planer le doute sur ses intentions concernant ses pourparlers avec les compagnies occidentales sur l'utilisation de sa zone exclusive.

Soutenu par les Etats-Unis, l'Azerbaïdjan défend officiellement sa souveraineté sur sa zone de la Caspienne. Néanmoins, l'opposition russe à la thèse azérie pourrait évoluer si l'Azerbaïdjan s'ouvrait aux intérêts pétroliers russes (une importante participation russe à l'accord AIOC a été obtenue) et s'accordait avec la Russie sur le tracé d'oléoducs évoluant le pétrole de la Caspienne.

Le Kazakhstan se range du côté azéri tout en ménageant Moscou, conformément à sa politique régionale et du fait de sa très forte dépendance économique à l'égard de la Russie. Il est notamment ouvert aux intérêts russes dans l'exploitation des hydrocarbures.

Lacs et mers pouvant être soit divisés en secteurs soit gérés en commun, un accord entre les parties mettrait un terme à ce conflit.

Cet accord pourrait voir le jour dans les mois à venir. En effet, au mois d'avril dernier, la Russie a accepté le principe du partage des réserves pétrolières de la Caspienne aux conditions du Kazakhstan et de l'Azerbaïdjan. En renonçant à certains gisements, la Russie pourrait néanmoins voir ses chances d'obtenir plus rapidement l'attribution d'importants droits de transport pétrolier.

B. À LA RECHERCHE DE LA MEILLEURE VOIE DE DÉSENCLAVEMENT

Quatre tracés sont envisageables pour les oléoducs et les gazoducs qui sont appelés à évacuer les hydrocarbures d'Asie.

1. La voie du Nord : l'encombrant voisin

La voie russe est, notamment pour le Kazakhstan et le Turkménistan, la solution la plus adéquate techniquement. Les infrastructures (routes, pipe-lines) existent depuis la période soviétique. Les distances à parcourir sont importantes, mais restent raisonnables. Enfin, la grande majorité des échanges des Etats d'Asie centrale s'effectue encore avec la Russie et ce malgré leur progressive réorientation en direction d'autres Etats.

Cette voie, considérée comme incontournable en 1991 et qui paraît encore la plus simple et la plus économique, est néanmoins devenue aujourd'hui la plus complexe à mettre en oeuvre. Cela tient aux rapports difficiles que les Etats d'Asie centrale entretiennent avec la Fédération de Russie. Ainsi, par exemple, la Russie a-t-elle, au nom de sa doctrine " de l'espace de sécurité ", contraint les pays d'Asie Centrale à accepter des conventions bilatérales associant coopération militaire et échanges économiques. La Russie exige le contrôle des réseaux d'oléoducs et de gazoducs. Conformément à cette logique, la Russie commercialise le gaz turkmène (en fixant quotas et prix) et n'a pas hésité à procéder à des coupures arbitraires. En 1996, sous prétexte que les kazakhs ne payaient pas leurs dettes, la Russie ne les a autorisés à exporter que 4 à 5 millions de tonnes de pétrole et a privé, en octobre de la même année, tout le Nord Kazakhstan d'électricité.

Depuis la fin de 1996, Moscou semble vouloir infléchir sa politique souhaitant que la Fédération de Russie apparaisse plus comme un partenaire que comme une puissance " imprévisible et prédatrice ". Il est trop tôt pour confirmer cette évolution.

2. Les routes de l'Ouest : le passage par une région instable

Le tracé en direction de l'Europe occidentale est le plus complexe. Il se subdivise en trois branches. Deux branches existent déjà, qui toutes deux débouchent sur la mer Noire : le tracé par le Caucase du Nord (Grozny) et la Russie, qui rejoint le port russe de Novorossisk ; le tracé passant sous la Caspienne par le Caucase du Sud, via la Géorgie, et débouchant sur le port de Batoumi. Ces deux tracés présentent le même inconvénient : les ports auxquels ils conduisent ne sont pas équipés pour accueillir les super-tankers. Même si la modernisation des infrastructures portuaires doit se réaliser, elle ne résoudrait pas, en aval, le problème posé par le détroit du Bosphore. Saturé, celui-ci sera tôt ou tard interdit aux super-tankers. Une autre option consisterait à prolonger les oléoducs sous la mer Noire vers la Bulgarie et la Grèce : les hydrocarbures seraient chargés sur les super-tankers en mer Egée.

Ces routes ont un point commun : celui de traverser une région qui a été, depuis le début des années 1990, le théâtre d'importants conflits régionaux : Tchétchénie, Ingochie, Ossétie, Abkhazie, Daghestan, Haut-Karabakh.

Dernier itinéraire possible pour accéder à la Méditerranée en contournant le Bosphore : la Turquie anatolienne. L'itinéraire turc -troisième branche possible pour le tracé européen- comprendrait lui-même deux variantes : soit une prolongation Nord-Sud perpendiculaire au tracé géorgien, soit la construction d'un nouvel axe, Est-Ouest, à partir de l'Azerbaïdjan et à travers l'Arménie. Dans les deux cas, le débouché portuaire est Ceylan, port turc méditerranéen capable de recevoir des super-tankers et qui accueille déjà l'oléoduc en provenance de l'Irak du Nord.

La traversée de cette région considérée aujourd'hui encore comme une " poudrière " demeure donc problématique. Si le tracé Caucasien prévaut, les conflits locaux prendront inévitablement une autre signification : celui de moyen de pression à la disposition notamment de la Russie, ils pourraient se transformer en menaces pour les investissements.

3. Le choix du Sud : le tête à tête avec les Etats islamiques

Le choix du Sud se décompose en trois routes possibles qui rencontrent d'importants obstacles :

la voie Iran-Méditerranée via la Turquie a l'avantage d'être relativement courte et moins complexe que le tracé européen et ses trois branches analysées ci-dessus. Cette route se heurte jusque récemment à l'opposition des Etats-Unis et à sa volonté d'isoler le régime iranien. La loi d'Amato condamne toute société internationale qui investirait dans un pays participant tel l'Iran, au soutien du terrorisme international. L'évolution de la politique iranienne et les récentes déclarations iraniennes et américaines pourrait cependant conduire à relativiser cet obstacle et à privilégier cette route.

l'accès au Golfe persique par l'Iran connaît a fortiori le même type de difficulté puisqu'il s'agit de traverser l'Iran du Nord au Sud ;

la dernière solution consiste à accéder à la Mer d'Arabie ou à l'Inde après avoir traversé successivement l'Afghanistan et le Pakistan. La situation en Afghanistan a longtemps empêché cette voie d'apparaître comme une alternative réaliste, au grand dam de certaines multinationales américaines. Actuellement, il semblerait que des négociations soient en cours avec les talibans. Néanmoins leur irrésistible ascension a inquiété, au début de l'année 1997, les Etats d'Asie centrale, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan qui ont plus de 2.000 kilomètres de frontières communes avec l'Afghanistan.

4. L'ouverture vers l'Est ou la tentation ambigüe d'une ouverture vers la Chine

Les relations entre l'Asie centrale et la Chine datent de la " route de la soie ". Cette expression désigne classiquement un ensemble d'itinéraires commerciaux partant, dès le IIe siècle avant notre ère, de la capitale impériale chinoise de l'époque, Changa (l'actuelle Xian), vers le Nord-Ouest, traversant le corridor du Hexi (l'actuel Gansu) et la " Porte de Jade " : puis, la route continuait soit par le Nord du grand désert, soit par le Sud pour descendre vers l'Inde du Nord, l'Iran, l'Afghanistan et l'Ouzbékistan.

Cette notion de " route de la soie " renvoie à une période allant de la dynastie des Han en Chine à celle de l'arrivée en Inde des Portugais, dans les dernières années du XVème siècle. La soie fut pendant longtemps le principal article exporté par la Chine. Les caravaniers transportaient également des métaux précieux, des fourrures, de la vaisselle de porcelaine, des chevaux, de l'ambre...

Après le déclin de cette voie au début du XVIe siècle, le début des années 80 a vu se développer une " nouvelle route de la soie " qui relie Kashgar, au Xinjiang chinois, à Islamabad au Pakistan, par Tashurgan, le col de Khunjerab, le Hunza, Gilgit et le Kohestan. Cet itinéraire est, tout d'abord, touristique car la République populaire de Chine, à l'instar du Pakistan, a entrepris un réel effort pour attirer le tourisme. Par ailleurs, politiquement, cette route est sensée désenclaver le Xingiang vers le Sud et activer les échanges commerciaux de la Chine.

C'est en réalité une des routes " géopolitiques " que le Gouvernement chinois a percées à travers les plus hautes chaînes de montagne du globe, dans un but de développement économique, mais aussi de contrôle et d'intégration des populations. L'ouverture de la ligne ferroviaire reliant Roumtsi à Aktogay au Kazakhstan est révélatrice de la volonté de l'Asie centrale et de la Chine de développer à nouveau leurs relations politiques et économiques. Cette jonction ouvre une nouvelle frontière au commerce chinois.

Les relations entre la Chine et les Etats d'Asie centrale ont connu, ces derniers mois, des avancées notables. Ainsi, la mission sénatoriale a quitté le territoire kazakh le jour de l'arrivée de M. Li Peng, Premier ministre chinois, venu signer un contrat de 9,5 milliards de dollars d'investissement dans le secteur pétrolier.

Les relations entre l'Asie centrale et la Chine ne sont pas, pour autant, exemptes d'ambiguïté. En effet, la question ouïghoure (musulmans chinois réfugiés au Kazakhstan) et les expérimentations nucléaires chinoises sont autant de sujets délicats, même si l'avenir tend au renforcement des liens entre les deux régions.

II. DES RISQUES MAJEURS POUR L'ENVIRONNEMENT

L'Asie centrale a été longtemps interdite aux " étrangers " durant le régime soviétique. Ce n'est que depuis le milieu des années 80 que cette région s'est peu à peu ouverte, révélant, sur le plan de l'environnement, deux risques majeurs issus, en grande partie, de la politique menée par l'Union soviétique. Il s'agit, en premier lieu, du désastre de la mer d'Aral et, en second lieu, des pollutions d'origine nucléaire.

A. LA MER D'ARAL : UNE AGONIE PROGRAMMÉE

Si le niveau des mers est soumis naturellement à des oscillations en fonction des variations climatiques et des déformations de l'écorce terrestre. Mais la baisse dramatique du niveau de la mer d'Aral, depuis quarante ans, ne doit à peu près rien à ces facteurs naturels.

1. Les mirages de l'or blanc

La spécialisation cotonnière de l'Asie centrale date du XIXe siècle, alors que les empires anglais et russe s'affrontaient pour le contrôle du Turkestan. Par mesure de rétorsion devant l'avancée des Russes vers l'Inde et l'Afghanistan, Londres interdit l'accès de son marché aux acheteurs russes. Pour soutenir l'industrie textile alors en plein essor autour de Moscou, le gouvernement tsariste a entamé une politique systématique d'aide à la production de coton dans ses nouvelles colonies d'Asie centrale. L'extension du périmètre irrigué, à partir des fleuves qui alimentent la mer d'Aral, a entraîné une baisse du niveau de cette mer que les grandes Géographies universelles ont relevée dès le début du siècle. Mais, en systématisant l'intervention humaine sur ces milieux fragiles, le pouvoir soviétique a rompu définitivement les équilibres naturels.

Depuis 1917, la production de coton a été fortement encouragée en Asie centrale, entraînant l'extension des surfaces irriguées.

L'extension des surfaces consacrées au coton a suivi la tendance retracée dans le graphique ci-dessous :



Source : CFCE

La production brute de coton, qui de 0,6 million de tonnes en 1913 a atteint 8 millions en 1989, concerne essentiellement l'Ouzbékistan (66 %) et le Turkménistan (17%). Cette hausse provient, pour partie, de l'élévation des rendements mais surtout de l'accroissement des surfaces irriguées, passées de 2,2 à 7,1 millions d'hectares entre 1913 et 1987.

En outre, d'immenses travaux d'irrigation ont été menés dans les années 30 (construction des canaux du bassin du Ferghana et du Zerafchan) puis dans l'après-guerre (grand canal turkmène et canal Amou-Daria-Boukhara). Parallèlement, l'encouragement à la monoculture du coton a entraîné une désaffection corrélative des cultures vivrières et des plantations fourragères.

Paradoxalement, cet essor n'a pas toujours entraîné un progrès qualitatif : une partie des nouvelles terres est trop septentrionale et la durée d'ensoleillement trop courte pour permettre aux meilleures variétés -coton à longue fibre- d'y survivre. Si la sous-évaluation constante des surfaces cotonnières a permis, durant de nombreuses années, de faire état de prétendus " records " de rendements à l'hectare, elle s'est en fait produite par l'augmentation constante des surfaces irriguées.

Même si le développement de la chimie et de la métallurgie opère lui aussi à des réelles ponctions pratiquées sur l'eau disponible dans la région, c'est bien l'agriculture cotonnière qui totalise 70 % de la consommation, près des trois-quarts des prélèvements d'eau étant définitivement perdus pour la mer : s'infiltrant dans le fond des canaux en terre, ces prélèvements passent directement dans les nappes phréatiques ou sont déversés après usage dans d'autres cuvettes lacustres. Quant au quart restant, qui rejoint la mer, il est chargé de sels et de produits chimiques.

2. Une région en détresse

Au début des années 1960, on se moquait des vieux pêcheurs qui se perdaient en mer d'Aral : croyant se diriger vers l'île où était enterré tel de leurs ancêtres, ils se retrouvaient sur un nouvel îlot, tout juste sorti des flots. La baisse s'est peu à peu accélérée : de la côte + 53 mètres au-dessus du niveau des océans en 1957, on est passé à 51,6 en 1970, 49,4 en 1975 et 39 en 1989. Or, une des particularités du grand lac, qu'est en réalité la mer d'Aral, est sa faible profondeur. Cette baisse du niveau a entraîné une diminution spectaculaire de la surface de la mer, qui est passée de 66.085 à 40.400 kilomètres.

Les deux grands ports traditionnels, Aralsk au Nord et Mouinak au Sud, se trouvent aujourd'hui à plus de 30 kilomètres de la mer. Autour de la mer et le long des deux grands fleuves qui s'y jettent, l'Amou Daria et le Syr Daria, les grands damiers verts des champs de coton sont grignotés par des traînées blanches qui révèlent les remontées salines provoquées par une irrigation mal maîtrisée. M. Jean Radvanyc parle de plus d'un million d'hectares de terres ainsi perdues8(*).

Depuis 1988, la mer s'est divisée en deux parties inégales et le taux de salinité des eaux est passé de 9,25 à 30,3 grammes par litre. Ce sel n'est pas du sel marin : il s'agit de carbonates et sulfates de calcium, de chlorures et sulfates de magnésium et autres résidus provenant des défoliants, engrais et pesticides dont sont abondamment pourvues les eaux qui après le drainage des champs de coton, sont déversées dans la mer d'Aral.

Le climat s'est trouvé, en outre, modifié avec une accentuation de la continentalité. Ainsi, alors que la mer d'Aral recevait environ 50 à 60 km3 d'eau par an, on a assisté à son assèchement par une réduction de son alimentation à 10 km3 au milieu des années 1970. Entre 1978 et 1987, la mer n'a plus reçu d'eau, le delta du Syr Daria étant totalement asséché.

Catastrophe écologique, l'agonie de la mer d'Aral provoque celle des populations qui y séjournent. Outre la disparition de la pêche et de toute activité liée à la mer, les riverains ont vu péricliter l'agriculture. La mortalité a cru de façon dramatique. Diarrhées, typhoïdes, néphrites sont fréquentes. La région connaît un taux de mortalité infantile record.

3. Les perspectives d'avenir

Le programme de sauvetage de la mer d'Aral concerne avant tout les populations de la région. Il est en effet impératif d'améliorer leur approvisionnement en eau potable, ce qui nécessite la construction d'un réseau adapté d'aqueducs, de stations d'épuration et de désalinisation des eaux usées. Dans le même temps il est urgent de mettre en place un programme pour améliorer la situation sanitaire.

Pour la suite, la stabilisation puis la remontée des eaux est intimement liée à une reconversion de l'économie régionale. Quatre conditions sont nécessaires : arrêter toute extension des périmètres irrigués (c'est en principe le cas depuis 1990). Les surfaces cultivées en coton et en riz s'imposent (or, le coton constitue une denrée exportable de première importance, plus facile à transporter que les fruits et légumes) ; accélérer le programme de reconstruction des canaux afin de diminuer les pertes en ligne ; introduire des pratiques culturales modernes, plus économes en eau.

La réalisation d'un tel programme nécessite préalablement la mise à disposition de moyen de financement et la mise en place d'une autorité en mesure d'assurer la direction des opérations. Si l'on a admis, au moins dans les textes, le principe d'une participation de toute la CEI ainsi que celui d'une aide internationale, il se heurte aux conflits internes à la région à propos du partage des eaux au Ferghana, sur le moyen Amou Daria et dans son delta, ainsi que celui des eaux du Syr Daria. Dans l'attente de solutions concertées, le niveau de l'Aral poursuit sa baisse dramatique.

B. LA QUESTION DU NUCLÉAIRE

1. La dénucléarisation de la zone

Lors de la dissolution de l'URSS, le Kazakhstan, à l'instar de l'Ukraine et de la Biélorussie, s'est trouvé confronté au problème de la présence sur son territoire d'une partie importante de l'arsenal nucléaire soviétique. Se trouvaient ainsi au Kazakhstan 104 SS-18 et 370 ALCM, soit un total de 1.410 têtes nucléaires.

Après l'établissement d'un cadre commun posant les fondements juridiques de la dénucléarisation (accord d'Alma Ata du 21 décembre 1991, accord de Minsk du 30 décembre 1991 et protocole de Lisbonne du 23 mai 1992), chaque Etat a entamé avec la Fédération de Russie des négociations politiques et économiques. Le 28 mars 1994 un accord a fixé le processus de dénucléarisation. Les armes stratégiques ont regagné la Russie et les silos ont été détruits. Le Kazakhstan est ainsi devenu le 24 avril 1995 la première République dénucléarisée.

2. Les conséquences écologiques des expériences nucléaires

Le Kazakhstan a dû gérer les conséquences des expériences nucléaires pratiquées sur le site de Semipalatinsk qui s'est étendu sur 18.500 km² et a donné lieu à 470 essais nucléaires. Les conséquences des différentes expériences nucléaires sont considérées aujourd'hui comme catastrophiques pour la santé des différentes populations et l'état de la faune et de la flore.

Sur ce même site avait été enterrée une charge nucléaire en mai 1991 afin de réaliser un essai qui n'eut jamais lieu en raison de l'évolution politique. Le complexe comprenait l'important institut de recherche du Kurchatov, un centre d'assemblages d'armes nucléaires et des réacteurs de recherche. Par ailleurs, un centre de conversion et de stockage d'uranium a dû être fermé en raison de conditions de sécurité insuffisantes.

Un suivi très strict de ces installations s'impose pour la sauvegarde du Kazakhstan comme de l'ensemble de la région.

DEUXIÈME PARTIE -

L'ASIE CENTRALE : UNE TERRE DE DIVERSITÉ

Malgré une histoire et des caractéristiques communes, les Etats d'Asie centrale tendent, depuis leur accession à l'indépendance à accentuer leurs particularités. Les différences qui existent entre eux s'accentuent ainsi peu à peu.

Ces États souhaitent
échapper au marché que l'URSS leur avait imposé, au travers duquel ils étaient perçus par la communauté internationale, afin de suivre leur propre voie.

CHAPITRE IER -

LE KAZAKHSTAN : DES "AILES DE GÉANT "

Le Kazakhstan pourrait être comparé à " l'Albatros " de Baudelaire, empêché de marcher par l'envergure de ses ailes...

Etat aux potentialités exceptionnelles, le Kazakhstan est confronté à de sérieux défis. Sa réussite dépend de sa capacité à les relever.

I. DES POTENTIALITÉS CONSIDÉRABLES

A. LES RICHESSES DU SOL ET DU SOUS-SOL

1. Un grand pays agricole

Avant la collectivisation, la principale activité agricole du Kazakhstan était l'élevage extensif. La collectivisation a provoqué la sédentarisation forcée des nomades et a eu des répercussions particulièrement dramatiques dans ce pays : le cheptel a ainsi été décimé à plus de 80 % en quelques années.

La mise en valeur des terres vierges au milieu des années 1950 a placé le Kazakhstan, avant son indépendance, à la troisième place des producteurs agricoles au sein de l'Union soviétique, après la Russie et l'Ukraine.

Aujourd'hui, l'agriculture kazakhstanaise dispose de 150 millions d'hectares de prairies naturelles et de 35 millions d'hectares de terres arables -dont 23 millions consacrés aux céréales-. Elle représente environ 30 % du produit national brut. Le cheptel est constitué de 35 millions d'ovins, 9 millions de bovins, 1,6 million de chevaux et 2,5 millions de porcs.

Parmi les principales filières, celle du grain est de loin la plus importante. Le pays dispose d'une structure de production, malgré un équipement obsolète. Quelques aménagements et améliorations d'un coût relativement limité permettraient au Kazakhstan d'atteindre une capacité de production à un niveau compétitif.

La production moyenne des dernières années est d'environ 20 millions de tonnes de grains -ce qui correspond à peu près à 10 quintaux à l'hectare-, avec de fortes disparités selon les années. Les capacités à l'exportation sont de 10 millions de tonnes de céréales.

LA PRODUCTION KAZAKHSTANAISE DE CÉRÉALES

(en millions de tonnes)

1990

1991

1992

1993

1994

1995

28,5

12*

32

23,5

16,4

10

(*) année de sécheresse

Source : CFCE


La récolte globale en 1995 est estimée à un peu plus de 10 millions de tonnes, dont 6 à 7 millions de tonnes (Mt) de blé, 2,5 à 3,5 millions d'orge, 1 Mt de seigle et  0,5 à 1 Mt d'avoine/maïs. La demande intérieure en blé panifiable a été de 3,5 millions de tonnes et, en orge, de 2 millions de tonnes.

Le pays est, par ailleurs, largement autosuffisant en viande. Les produits animaux sont traités dans des entreprises d'Etat, abattoirs et laiteries, en cours de privatisation. Dans le même temps, une part importante est autoconsommée ou vendue en circuits fermés sur des marchés informels.

Le troupeau dans son ensemble (ovins, bovins, porcs, volailles,...) se trouve dans une situation sanitaire précaire due à une alimentation de mauvaise qualité et à un manque de suivi (produits vétérinaires et vaccins).

Par ailleurs, l'industrie de l'alimentation animale souffre d'une réglementation dépassée issue du système soviétique. En effet, les prix de vente sur le marché intérieur sont très inférieurs aux coûts d'achat des matières premières.

Les fruits et légumes sont pour l'essentiel vendus frais, les usines de traitement industriel ne fonctionnant plus normalement.

Pour ce qui concerne les huiles végétales, l'autosuffisance est possible par le développement de la culture du colza de printemps et l'intensification de la culture du tournesol. La production de sucre pourrait être augmentée, mais la totalité des besoins du pays est difficile à couvrir.

2. D'abondantes ressources en hydrocarbures

a) 1991-1995 : une stabilisation de la baisse de la production

La production d'huiles et de condensats en 1995 s'est élevée à 20,6 Mt, ce qui place le Kazakhstan au second rang des pays de la CEI et au trentième rang mondial (entre le Qatar et l'Equateur). Cette production a été en diminution constante de 1991 (année au cours de laquelle elle a atteint son maximum avec 26,6 Mt) à 1994, avant de remonter très légèrement en 1995.

Les principales causes de la diminution de la production depuis l'indépendance jusqu'en 1994 résident dans l'épuisement des anciens champs, la montée des eaux de la Caspienne (surtout dans la région de Mangystau) qui a ennoyé certains champs, l'usure des installations, le bas niveau des prix de vente du pétrole sur le marché intérieur, la hausse des prix des équipements et des matériaux, ainsi que les problèmes d'accès au réseau d'exportation et aux raffineries russes.

La stabilisation de la production d'huile en 1995 paraît être due pour une bonne part à l'accroissement de la production de Kumkol (Bassin de Turgay) qui a compensé la baisse de la production des anciens champs de l'Ouest du pays.

L'augmentation de 10 % de la production en 1996 s'explique par le développement du champ de Tengiz qui a doublé sa production estimée à 100.000 barils par jour (b/j).

La production de gaz s'est élevée, en 1995, à 4,8 milliards de m3, contre un maximum de 7,9 milliards en 1991. Comme la production d'huiles, elle a légèrement progressé en 1995 par rapport à 1994.

Les travaux effectués en 1995 sur le champ de Karachaganak, dans le cadre du contrat de partage de production provisoire avec AGIP, British Gas et Gazprom, ont permis au Kazakhstan d'augmenter sa production de gaz.

b) Des prévisions encourageantes

Le Kazakhstan espère produire en moyenne 550.000 b/j en 1997 et 595.000 b/j de pétrole en 1998. Un tel accroissement serait rendu possible par un meilleur accès au système des " pipes " russes, une plus forte production de condensats du champ du Karachaganah et une pleine utilisation de l'accord de swap entre le Kazakhstan et l'Iran.

En outre, bien que le système de classification des réserves dans les pays de l'ex-URSS soit différent de celui utilisé dans les autres pays du monde, on peut estimer que les réserves récupérables des gisements connus du Kazakhstan sont d'environ 2,8 milliards de tonnes pour le pétrole (brut et condensats) et 1.700 milliards de m3 pour le gaz9(*). Les caractéristiques géologiques très favorables de certaines zones (et notamment de la partie Nord de la mer Caspienne) permettent d'espérer y découvrir de nouvelles réserves d'huile et de gaz dont le volume pourrait s'élever à plusieurs milliards de tonnes équivalent pétrole (tep), voire plus de 10 milliards de tep selon des estimations optimistes.

Ainsi, l'annonce en mai 1997 des résultats de la plus grande campagne d'études sismologiques du monde (27.000 km²) menée par le consortium de la mer Caspienne dans la zone de Kashagan -située au large d'Atyra- laisse supposer que les réserves de pétroles offshore pourraient être dix fois supérieures à celles du gisement de Tenguiz. Ainsi les perspectives semblent très prometteuses puisqu'une première phase de production de 5 à 7 millions de tonnes par an est envisagée entre 2001 et 2004, pour atteindre un plateau de 60 millions de tonnes/an vers 2013. En outre, Tenguiz -qui produira 7 millions de tonnes en 1997- doit passer au seuil de 9 millions de tonnes en 1998, puis à 12 millions de tonnes en 2000 et atteindre un plateau à 35 millions de tonnes en 2010.

PRODUCTIONS ACTUELLES ET ENVISAGÉES DE PÉTROLE
PAR LE KAZAKHSTAN
(en millions de tonnes)

 

1990

1995

1997

2002

2007

2015

Caspienne

 
 

0

0

5

20

Offshore

 
 
 
 
 
 

Tenguiz

 
 

8

12

20

35

Karatchaganak

 
 

2

5

10

5

Ouzen

 
 

2

6

4

0

Divers

 
 

12

12

10

10

TOTAL

27

19

24

35

49

70

Source : ministère des affaires étrangères

En ce qui concerne le gaz, le champ de Karachaganak pourrait produire 2.546 m3 en 2006, permettant l'autonomie énergétique du Kazakhstan.

L'AVENIR DU GAZ KAZAKHSTANAIS

 

1998

2000

2010

Réserves prouvées

2 trillions de m3

Production

8,5 millions m3

28 millions m3

36,1 millions m3

Source : Ministère des affaires étrangères

Les projets d'exploration-production en cours sont au nombre d'une vingtaine. Il s'agit notamment du développement du champ géant de Terguiz associant Chevron et Mobil. L'évolution future de la production et des exportations de ce champ dépend de la réalisation du projet d'oléoduc dénommé " Caspian pipe line Consortium " (CPC).

Par ailleurs, la mise en valeur du champ géant de Karachaganak a été confiée à AGIP/British Gas, Texaco, Gazprom et le gouvernement Kazakh. Ce gisement est estimé à 2,4 milliards de barils de pétrole.

En outre, le consortium KCS (AGIP, British Gas, BP/Statoil, Shell, Mobil et Total) s'est vu confier, en 1995, l'étude sismique préliminaire de la partie Nord-Est de la Caspienne avec la société kazakhe " Kazakhoil ". L'essentiel des réserves se situerait probablement dans la zone des blocs 1 à 12 explorés par les sept compagnies du consortium. Les estimations varient entre 3 et 13 milliards de tonnes de pétrole et 6.000 milliards de m3 de gaz. Le consortium OKIOC a pris la suite du consortium KCS qui est arrivé à son terme en septembre 1997. Son objectif est de procéder en septembre prochain au premier forage.

3. Un secteur minier important et diversifié

Les traces d'une activité minière très ancienne sont nombreuses, en particulier dans l'Altaï qui était réputé pour ses forgerons et dont les richesses en or et en cuivre ont alimenté une orfèvrerie de qualité.

L'exploitation moderne a débuté au XVIIIè siècle avec la première fonderie de cuivre dans l'Altaï (1723). De nombreux gisements de plomb, zinc, cuivre, mais aussi d'or et de charbon, sont mis en exploitation dès la deuxième moitié du 19e siècle.

Le grand développement de l'industrie minière kazakhe date de la période 1930-1940. Un programme intensif d'exploration amène alors de nombreuses découvertes. On peut citer en 1928 le gisement de cuivre de Kounrad, en 1933 les bauxites d'Arkalyk et en 1936 la chromite de Kromtau. De 1940 à 1950, les grands gisements de fer et de manganèse sont découverts, puis les gisements polymétalliques. Les grands combinats se mettent en place : Balkash, Djezkazgan, Leninogorsk et Oust Kamenogorsk. Les complexes charbonniers de Karaganda et Ekibastuz se développent à la même époque.

Aujourd'hui, conformément à la législation sur le sous-sol, toutes les ressources appartiennent à l'Etat, qui peut accorder des autorisations d'exploitation. Trois ministères principaux sont impliqués dans la gestion des ressources minières. Le Ministère de la Géologie et de la Préservation des Ressources Naturelles (MinGeo) s'occupe surtout des études géologiques, de la diffusion des informations et de l'attribution des licences. Le Ministère de l'Industrie et du Commerce est en charge du secteur mines et métallurgie. Le Ministère de l'Energie et du Charbon supervise, notamment, les problèmes d'uranium. D'autres ministères interviennent à des degrés moindres : Construction, Ecologie, Economie, Finances, Justice. Ils sont surtout consultés au moment de la signature des accords d'exploitation. Le Comité d'Etat pour la propriété (GKI) est responsable des privatisations.

L'industrie minière du Kazakhstan se caractérise d'abord par un potentiel et une diversité remarquables. Le Kazakhstan jouait d'ailleurs un rôle essentiel dans l'économie de l'ex-URSS, occupant le premier rang pour la production de chrome et de métaux de base, mais aussi de nombreux métaux plus rares. Cependant, cette industrie doit aujourd'hui faire face à des problèmes grandissants : désorganisation des circuits d'approvisionnement, absence de fonds de roulement, manque d'investissements pour développer de nouvelles réserves, problèmes d'environnement, etc... Aussi les usines de cuivre, plomb ou zinc sont-elles très loin de fonctionner à leur capacité nominale.

RÉSERVES ET PRODUCTION DES PRINCIPAUX MINERAIS
AU KAZAKHSTAN EN 1994


(Part en % - Rang dans l'ex-URSS)

 

Réserves

Production

 

Part en %

Rang dans l'ex-URSS

Part en %

Rang dans l'ex-URSS

Fer

10

3

8

3

Manganèse

14

2

2

3

Chrome

99

1

100

1

Cuivre

29,9

2

30

2

Plomb

38

1

64

1

Zinc

35

2

56

1

Bauxite

22

2

36

2

Tungstène

54

1

4

3

Etain

2

3

2

2

Charbon

12

3

19

3

Molybdène

29

2

5

4

Phosphorites

65

1

65

1

Pétrole

8

2

4

2

Les dernières statistiques officielles publiées datent de 1994.

Source : Ministère des affaires étrangères.


 La part de la production d'or du Kazakhstan dans celle de l'URSS s'élevait à environ 7 % en 1989, correspondant à 20 tonnes d'or par an. Selon le ministère de la géologie et de la protection du sous-sol, le pays compte 196 gisements aurifères. Parmi eux, 126 sont des gîtes primaires, 47 des gisements polymétalliques (35,3 % des réserves d'or explorées) et 23 gisements alluvionnaires (0,5 % des réserves explorées).

Ces gisements sont recensés dans sept régions différentes, la teneur des minerais en or étant de 7,5 gramme par tonne en moyenne.

Ce secteur exigeant des investissements importants, le gouvernement a recours à des compétences et à des fonds étrangers. La première licence pour l'exploitation et l'extraction de l'or et des diamants sur le territoire du Kazakhstan a été attribuée à la société mixte Altyn-Tas, comprenant des capitaux australiens. Depuis l'indépendance, les autorités ont décidé de moderniser l'industrie de l'or et prioritairement certains centres industriels. L'activité d'importation et d'exportation de métaux précieux est réservée à la Banque centrale du Kazakhstan.

 En ce qui concerne le cuivre, le pays contribue pour 4,4 % à la production mondiale. Le minerai est traité dans différents combinats. Le cuivre, notamment rencontré dans l'Est du pays, représente 27 % du total des exportations du pays.

 Il est avec l'Afrique du sud, le principal producteur mondial de chrome. Le Kazakhstan possède 95 % des réserves de chrome de l'ensemble de la CEI. Selon le ministère de la géologie, il existe plus de 30 gisements actuellement en exploitation, dont les teneurs en minerai varient de 43 à 53 %. Les principaux gisements de chrome connus se trouvent à Khromtaou (Combinat Donskoï) dans l'oblast d'Aktiubinsk. Afin de lutter contre le dumping à l'échelle internationale, le Kazakhstan et l'Afrique du sud ont essayé de coordonner leurs politiques de prix depuis 1993. En 1992, la production a été de 3,6 millions de tonnes et les exportations de 700.000 tonnes.

 S'ajoutent à ce potentiel près de 40 gisements de nickel qui sont actuellement en exploitation dans les parties Nord et Nord-Est du Kazakhstan, ainsi que 21 gisements de titane dans le Nord du Kazakhstan et des gisements de bauxites.

 Par ailleurs, le Kazakhstan central recèle également des gisements dont les teneurs en plomb varient de 1,5 à 15 % et, en zinc, de 1 à 10 %. Les métaux associés sont très variés (argent, cadmium, baryum, cuivre, mercure, indium, gallium, germanium, sélénium et tellure). Les exportations représentent en moyenne 73.000 tonnes de zinc et 56.000 tonnes de plomb par an.

De plus, le Kazakhstan possède d'importants gisements en étain dont la principale production est le tungstène ou le tantale.

Le pays détient, en outre, 8 % des réserves mondiales de minerai de fer et 17 % des réserves de manganèse de la CEI.

 Ce pays est, de plus, réputé posséder d'importantes réserves en uranium, estimées à 65 % du total des réserves de l'ex-URSS avec 42 sites d'extraction.

Il existait du temps de l'URSS trois unités utilisant l'uranium : l'usine de Kazkor (Aktaou), l'usine de Tsélinii (Stépnogorsk) et le combinat d'Oulbinskii. Le minerai ainsi concentré était exporté en Russie pour y être enrichi. Le combinat d'Oulbinskii fabriquait ensuite, à partir de l'uranium enrichi, des pastilles utilisables par des centrales nucléaires civiles de type " russe ". Cet usine, ainsi que l'unité de concentration de Tsélinii, continue de fonctionner.

Enfin, le Kazakhstan recèle un grand nombre de terres rares telles que cérium, néodyme, holmium, ytterbium et lutécium dont les gisements sont associés aux différents métaux (niobium, zircon, tantale et barytine). Il est également l'un des deux seuls producteurs de béryllium raffiné au monde avec son usine métallurgique d'Oust-Kaménogorsk, l'autre étant la société américaine Brushwellman. En 1993, le Kazakhstan a baissé de 25 % les prix de vente afin d'augmenter ses exportations.

B. L'AMÉLIORATION DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

1. Une économie en transition

Après d'importants déficits en 1992, les autorités ont adopté des mesures énergiques qui ont permis d'endiguer la dégradation des comptes extérieurs en 1993.

En 1994, un programme économique rigoureux a été mis en place, à l'occasion d'un accord approuvé par le FMI. Le pays a pu ainsi constater une évolution des principaux indicateurs macro-économiques certes contrastée, mais allant dans le sens d'une certaine stabilisation de l'économie. La situation politique a cependant retardé d'un an le véritable démarrage du processus des réformes.

Des progrès sensibles ont été accomplis dans la gestion des crédits d'Etat. Les garanties de remboursement des prêts étrangers accordés et signés sans réel contrôle financier ont été interdites, de même que les crédits alloués à taux préférentiels.

Pour gérer et contrôler l'activité économique, le Gouvernement a mis en place des organismes interministériels, comme le Comité pour l'utilisation des capitaux étrangers et l'Agence pour la réorganisation des entreprises. Par ailleurs, une nouvelle loi fiscale a été adoptée en avril 1996, afin d'alléger les pressions subies par les entreprises.

Ce programme de réforme a permis certains progrès dans la stabilisation, qui se sont affirmés en 1996 et 1997. Le Gouvernement kazakhstanais s'est déclaré décidé à poursuivre cette transition, maintenant pour 1997 la rigueur monétaire et budgétaire.

2. La situation financière : un effort de stabilisation

La politique du pays en matière financière s'inscrit dans le cadre de l'accord " stand by " d'un montant total de 160 millions de dollars, signé en janvier 1995 avec le FMI. Celui-ci a débloqué, en janvier 1996, la troisième tranche de l'accord (40 millions de dollars), après avoir obtenu le règlement de tous les arriérés sur plusieurs contrats, lorsque la garantie de l'Etat avait été engagée. La quatrième et dernière tranche a été réglée, comme prévu, en juin 1996.

Un nouveau programme d'ajustement structurel (EFF : " Extended Fund Facility ") a été adopté le 17 juillet 1996 par le Conseil d'administration du FMI. Il s'étale sur 3 ans et comporte des mesures budgétaires et monétaires strictes, ainsi que l'accélération des réformes structurelles dont la lenteur a aussi été soulignée par la Banque mondiale. Le montant prévu est de 446 millions de dollars pour la période 1996-1998, dont une première tranche de 54 millions de dollars fut disponible dès la signature de l'accord ; la deuxième tranche, également de 50 millions de dollars, a été mise à disposition comme prévu, le 24 janvier 1997.

Succédant à plusieurs années d'indécision, l'effort de stabilisation ainsi amorcé à partir de fin 1994, s'est traduit par :

- une baisse de l'inflation, dont le rythme mensuel est revenu de 24 % en 1994 à 4,5 % en 1995 ;

- un meilleur contrôle du déficit budgétaire, ramené de 7 % du PIB en 1994 à 3 % en 1995 ;

- l'amélioration du solde commercial. Celui-ci a dégagé un excédent de 1,3 milliard de dollars en 1996, en raison d'un ralentissement des importations dû à la politique restrictive sur la demande intérieure et à la limitation de l'octroi de la garantie d'Etat.

Les réserves de change se sont accrues au-delà des objectifs du FMI (1,2 milliard de dollars fin décembre 1995) grâce à des recettes d'exportation importantes et des nouveaux financements multilatéraux (FMI, Banque mondiale).

3. Une volonté réelle d'ouverture

La mission sénatoriale a pu constater la politique d'ouverture dont fait preuve le Kazakhstan. Si celle-ci demeure encore insuffisante, elle est néanmoins révélatrice de la volonté des autorités d'une transition rapide vers une économie de marché.

a) Le développement des investissements étrangers au Kazakhstan

La crédibilité financière de ce pays tend à rassurer les investisseurs privés et institutionnels. Ainsi, le Kazakhstan a attiré en 1996 un quart de tous les investissements de la CEI. La formation du prochain consortium pour le bassin caspien pourrait, en outre, représenter 150 milliards de dollars d'investissements, dont 10 milliards pour la seule phase exploratoire les cinq premières années.

Sur la période 1992-1997, les contrats réalisés pour l'exploitation des champs pétroliers représentent un total cumulé de 32,3 milliards de dollars, dont 3,24 milliards effectivement investis dans le pays depuis 1994.

Le nombre total des investisseurs est estimé à environ 800, mais les 7 premiers totalisent 2,9 milliards de dollars, soit 91,2 % du total.

BILAN DE L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER (IDE) AU KAZAKHSTAN

Flux des investissements (en millions de dollars)

1992 et 1993 : (p. 882)

1994 : (p. 635)

1995 : (p. 723)

1996 : (p. près d'1 milliard de dollars)

Origines (en moyenne, de 1992 à 1996)

USA : (p. 66 % du total)

Corée du sud : (p. 9 %)

Royaume-Uni : (p. 6 %)

France : (p. 4 %)

Inde : (p. 4 %)

Turquie : (p. 3,9 %)

Principaux investissements (en millions de dollars)

Mobil (USA) : (p. 1 100)

Chevron (USA) : (p. 700)

Ispat (Inde) : (p. 308)

Philip Morris (USA) (p. 240)

KCS (Consortium international) : (p. 225)

Elf (France) : (p. 210)

Hurricance (USA) : (p. 120)

Japan Chrome (Iles Vierges des Caraïbes) : (p. 67)

Répartition par secteur

Le pétrole et le gaz représentent 73 % des investissements directs étrangers et l'agro-alimentaire 8 %.

b) La mise en place d'un cadre juridique favorable aux investisseurs

Ce succès de l'investissement direct étranger s'explique non seulement par la stabilité politique du pays, mais aussi par l'existence d'un cadre juridique favorable aux investisseurs, notamment la loi sur les contrats de partage de production pour les hydrocarbures.

La première loi sur l'investissement étranger date de décembre 1994. Ce cadre législatif a entraîné une vente des actifs de grandes sociétés kazakhstanaises sous diverses formes : appels d'offres, ventes de gré à gré, contrats de gestion avec ou sans options de rachat des actions. De nombreux grands combinats ont bénéficié de ces contrats de gestion qui obligent le repreneur à élaborer un plan de restructuration aboutissant à une privatisation.

On note, dans ce domaine, l'activité soutenue de la Kazkommerzbank, qui intervient comme consultant sur les privatisations. Le poids politique de cette banque en fait un point de passage obligé pour les grands projets, tous secteurs confondus. Ainsi elle pilote la gestion de JSC KazZinc, Kazaktelecom, Air Kazakhstan, les chemins de fer, et elle est devenue le conseiller financier du holding KazatomProm en charge de l'ensemble de la filière nucléaire.

Depuis décembre 1994, 57 contrats de gestion ont été signés. Les conditions d'attribution de ces contrats, d'une durée variable (entre 3 et 5 ans), ont fait l'objet de sévères critiques, notamment parce qu'ils obligeaient les sociétés étrangères :

- à régler l'intégralité du passif de la société kazakhstanaise dont l'endettement est généralement inconnu,

- à accroître le fonds de roulement,

- à payer un " bonus " d'entrée au gouvernement,

- et à apporter un investissement productif.

Depuis le 28 février 1997, une nouvelle loi sur l'investissement direct est venue clarifier une situation qualifiée parfois de confuse.

Cette loi comprend trois points fondamentaux.

Elle régit tout d'abord les garanties légales nécessaires à l'investisseur étranger. Les règles juridiques kazakhstanaises ne prévalent pas sur le droit international. A la différence de la législation de 1994, qui empêchait une société étrangère de détenir la totalité du capital social d'une entreprise de droit local ou qui soumettait à autorisation une prise de participation majoritaire, le nouveau dispositif ne restreint plus l'actionnariat ni le rapatriement des bénéfices et libéralise les mouvements de capitaux. L'Etat kazakhstanais s'engage à ne pas créer de monopoles qui viendraient gêner les activités de l'investisseur, à respecter dans l'ensemble les grandes règles de l'économie de marché et, enfin, à adopter une législation douanière protégeant les investisseurs.

La mise en place d'un système fiscal et juridique préférentiel, ensuite, permet d'accorder éventuellement soit une exonération de la TVA lors de l'acquisition de biens fonciers et immobiliers pendant les 5 premières années, puis une réduction de moitié, soit un dégrèvement total ou partiel des droits douaniers à l'importation en fonction des stocks d'IDE planifiés, du projet et du degré de priorité du secteur.

La création d'un Comité d'Etat pour les Investissements constitue la troisième innovation. Cet organisme est chargé de garantir la sécurité des investissements, de sélectionner les investisseurs, de représenter l'Etat en étant un guichet unique et de simplifier les relations avec les investisseurs.

Ce Comité est placé sous le contrôle direct et la supervision du Président Nazarbaev. M. Akhmetjan Essimov -qui occupe, par ailleurs, les fonctions de premier vice-premier ministre- en assure la présidence.

Directeur exécutif

Direction des évaluations de projets et des négociations

Direction des relations publiques et de la coordination

Direction administrative

Enregistrement et contrôle

Direction de la Recherche, de la Planification et de l'Information

Le bilan de l'intense activité législative de ces deux dernières années paraît largement positif. Bien entendu, des problèmes demeurent. Certains d'entre eux seront résolus par le biais d'amendements apportés à ces lois. La législation qui sera adoptée au cours des prochains mois réservera, très probablement, des surprises aux entrepreneurs étrangers. Il ne fait aucun doute cependant que ce régime juridique évoluera rapidement vers une plus grande maturité, et qu'il fournira, en temps voulu, une base plus stable aux investissements étrangers en République du Kazakhstan.

Les chefs d'entreprises rencontrés par la mission d'information du Sénat ont souligné que la définition des conditions d'un projet devait faire l'objet de négociations strictes, en conformité avec la législation existante, en gardant à l'esprit, d'une part, les restrictions prévues par la loi en matière de garanties fournies par le Gouvernement et d'exonérations fiscales et, d'autre part, l'évolution probable de la législation pendant la durée du projet. Les avantages spéciaux, qui ne sont pas conformes aux lois existantes, sont susceptibles d'être invalidés ou bien annulés à une date ultérieure. Les investisseurs étrangers doivent ainsi se protéger autant que possible au moyen de clauses contractuelles soigneusement élaborées, notamment en matière d'arbitrage, de changements défavorables, de force majeure, d'immunité de l'Etat souverain, grâce à des financements extérieurs, des garanties commerciales, ou en souscrivant une assurance contre les risques politiques et de non-convertibilité.

II. DES DÉFIS À RELEVER

En dépit de réels progrès dans la stabilisation de son économie et des atouts dont il dispose, le Kazakhstan doit, pour réussir, relever un certain nombre de défis.

A. L'ADMINISTRATION D'UN IMMENSE TERRITOIRE

1. Un atout ...

Le territoire kazakhstanais représente 2.700.000 km². Il s'étend d'Ouest en Est sur près de 2.800 kilomètres depuis les côtes septentrionales de la Caspienne et les abords de la Volga à l'Ouest jusqu'aux grandes chaînes de montagnes de l'Altaï et de l'Ala Taou de Dzoungarie à l'Est, où se trouve Almaty et qui mènent vers le Xinjiang chinois et la Mongolie. Dans le sens Nord-Sud, des frontières de la Russie jusqu'à celles de l'Ouzbékistan, le Kazakhstan couvre plus de 1.600 kms depuis les steppes herbeuses de la Sibérie occidentale jusqu'au désert du Kyzylkoum, au sud de la vallée du Syr Daria.

Si ce territoire, occupé en grande partie par des steppes et des grands lacs, représente une richesse sur le plan agricole, minier et énergétique, il constitue aussi un espace difficile à maîtriser.

2. ... difficile à maîtriser

Le Kazakhstan dispose de 6.023 kms de frontières communes avec la Russie et de 1.500 kms avec la Chine, ce qui influe inévitablement non seulement sur son attitude vis-à-vis de " ses grands voisins ", mais aussi sur sa politique intérieure. Ainsi, la proximité de la Russie a-t-elle été déterminante dans la politique linguistique du Kazakhstan. De même, sa politique pétrolière est largement soumise à son environnement géopolitique.

De plus, le pouvoir personnel du Président Nazarbaev doit disposer d'un nettement plus grand nombre de relais sur cet immense territoire afin d'être aussi efficace que celui de ses homologues ouzbèk et turkmène. Certaines régions, éloignées de la capitale de plusieurs milliers de kilomètres, ont d'ailleurs parfois quelques velléités d'autonomie, notamment en raison de leurs richesses en hydrocarbures.

Enfin, les distances rendent difficiles tout acheminement d'hommes, de marchandises et de matériels, d'autant que le réseau d'infrastructures routières secondaires s'est progressivement détérioré et que le réseau ferroviaire, bien qu'important, reste relativement lent.

La volonté de recentrer les activités de cet immense territoire a d'ailleurs, pour partie, motivé le transfert de capitale d'Almaty à Akmola, nouvelle capitale inaugurée officiellement le 10 décembre dernier par le Président Nazarbaiev.

Almaty, capitale économique et politique, -du moins pour quelques mois encore-, se situe à l'extrême Sud-Est du pays. Historiquement, elle est sur le territoire de la Grande Horde. Ville de garnison, elle a été choisie par les soviétiques pour des raisons stratégiques, la frontière chinoise se situant à moins de 200 kilomètres.

Le Président Nazarbaiev a souhaité, au lendemain de l'indépendance, que le centre économique et politique du pays permette un certain rééquilibrage, notamment vis-à-vis des régions disposant des principales ressources pétrolières et minérales du Kazakhstan qui sont situées à l'extrême Ouest. Le choix d'Akmola, " tombe blanche " en langue kazakh, fortin de colons cosaques au XIXe siècle, permet en outre au Président de s'extraire des rivalités des différentes djouz (ou hordes) qui constituent la division traditionnelle du pays. Il a donc décidé le transfert de la capitale à Akmola, ville située à plus de 1.000 kms au Nord-Ouest d'Almaty.

Cette opération a débuté durant l'automne 1997. S'il est aujourd'hui trop tôt pour en tirer les premières conclusions, une telle décision est révélatrice des difficultés que connaît cet Etat dans la gestion de cet immense territoire.

B. DES RÉFORMES ÉCONOMIQUES INSUFFISANTES

1. Un processus de privatisation relativement lent

La privatisation des grandes entreprises et la modernisation de l'appareil industriel accusent un certain retard. Selon les estimations officielles, le secteur non-étatique représentait moins de 20 % du PIB en 1994. Le secteur privé représenatit 40 % environ du PIB en 1996, exclusion faite des entreprises où la part de l'Etat demeure majoritaire.

Les privatisations se sont effectuées en trois temps. La première étape a débuté en juin 1991 et a concerné des petites entreprises du commerce et des services, qui ont été cédées à leurs employés ou à leur direction. La période 1993-1995 a vu, au cours d'une seconde étape, la privatisation de moyennes et grandes entreprises de plus de 200 employés, des entreprises comptant plus de 5.000 employés ayant été également proposées au secteur privé. Au total, 1.700 entreprises ont été ainsi offertes à la vente. Au début de 1996, 60 % des parts de ces entreprises étaient passées au secteur privé. Un tiers de ces parts a été échangé contre des coupons distribués à la population, un autre tiers réglé en espèces, le dernier tiers étant donné aux employés. Toutes les entreprises agro-alimentaires ont été privatisées, le plus souvent sous la forme de coopératives. Néanmoins, seules cinq grandes entreprises de plus de 5.000 employés sur 180 ont trouvé des acquéreurs.

La troisième étape, qui s'étale de 1996 à 1998, devrait voir l'aboutissement de la petite privatisation, la vente contre espèces de nouvelles parts de moyennes et grandes entreprises s'effectuant au cas par cas. En 1996, 11.000 petites entreprises de moins de 200 employés (70 % du total) étaient déjà passées dans le secteur privé.

Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaiev, vient de lancer un appel pour l'arrêt de la privatisation du secteur du pétrole et du gaz du pays. S'exprimant à Akmola, M. Nazarbaiev a estimé que le Kakazhstan a signé à ce jour suffisamment d'accords pétroliers et gaziers " pour les deux prochaines générations ". Il est maintenant temps, a-t-il dit, de préparer les bases à une autre phase, dans le futur, " pour la troisième génération de Kazakhs ", d'ouverture du pays aux capitaux étrangers.

Le Kazakhastan a, jusqu'à présent, privatisé moins de 50 % de son secteur du pétrole et du gaz naturel tout en ayant pourtant déjà attirer des milliards de dollars d'investissements étrangers (Chevron et Mobil sur Tenguiz, BG, Agip et Lukoil sur Karachaganak, etc.). Des analystes occidentaux pensent que la décision du chef d'Etat kazakh est sans doute largement inspirée par l'évolution récemment intervenue sur le marché pétrolier mondial, caractérisé par la chute des prix du baril : dans le contexte actuel, les prix de cession par le Kazakhstan de nouveaux actifs ne seraient pas à la hauteur des espoirs du pays.

Les observateurs attendent toujours que la compagnie pétrolière nationale du Kazakhstan, Kazakoil, noue tôt ou tard une alliance avec un partenaire stratégique, à l'image d'un certain nombre des géants russes du secteur.

En matière agricole, 90 % des entreprises et environ 80 % des terres avaient été privatisées à la mi-1996. La réforme agraire manque néanmoins de clarté en ce qui concerne les droits de propriété. Les paysans peuvent acquérir des baux à long terme depuis décembre 1995, mais l'achat et la vente des terres agricoles sont soumis à des conditions très restrictives et réservés aux citoyens kazakhstanais. Les étrangers peuvent acheter des terres non-agricoles dans le seul cas où s'y trouvent implantés des bâtiments et des équipements productifs. La restructuration du secteur agricole est ainsi très lente malgré la privatisation, la propriété collective et les sociétés monopolistiques dominant toujours.

La restructuration des entreprises industrielles rencontre, elle aussi, de nombreux obstacles. Une trentaine de grandes entreprises, très endettées, ont été placées sous le contrôle de la Banque de réhabilitation qui, avec l'aide de la Banque mondiale, doit procéder à leur restructuration ou à leur mise en liquidation. En avril 1995, Le Kazakhstan a adopté une nouvelle loi sur les faillites qui a eu, jusqu'à maintenant, peu d'effets.

2. Le retard des réformes structurelles

En dépit de la stabilisation de l'économie kazakhstanaise, la croissance redémarre extrêmement lentement (+ 0,5 % en 1996). Elle s'explique, pour partie, par la timidité des réformes structurelles.

Les années 1994, 1995 et 1996 ont été consacrées aux réformes allant de pair avec la stabilisation de l'économie, comme la libéralisation des prix, du commerce extérieur, du marché des changes et du marché monétaire. Depuis le début du second semestre 1996, les premières mesures d'ajustement structurel se mettent en place, afin de traiter les problèmes de fond liés à la transition économique du pays.

L'assainissement du système bancaire est une oeuvre de longue haleine. La crise du mois d'octobre 1996 (faillite d'une banque commerciale, la Kramdsbank), s'explique par la sous-capitalisation d'un nombre trop important de banques. Quant aux établissements les plus importants comme l'Eximbank (principale banque commerciale du pays) et l'Alembank, leurs portefeuilles sont grevés par des prêts -qualifiés parfois de douteux- à l'industrie et à l'agriculture.

La difficulté de mener à bien les projets, les interventions fréquentes des dirigeants du pays et les processus de décision anormalement longs ralentissent les opérations, non seulement des investisseurs étrangers, mais également des bailleurs de fonds internationaux. La BERD n'a retenu que quelques projets sur les 113 engagés dans la CEI et n'a déboursé que 40 millions de dollars (décembre 1996) sur les 102 millions de dollars qu'elle a prévu de financer. La BERD a également commencé à financer à la fin du premier semestre 1997, à hauteur de 54 millions de dollars, un projet de rénovation du port d'Aktau en mer Caspienne. La Banque mondiale a mis en place pour 958 millions de dollars d'engagements, dont 54 % ont été déboursés. Un environnement plus favorable ne manquerait pas d'accélérer l'arrivée de capitaux nouveaux.

C. LA VALORISATION DES HYDROCARBURES

Les abondantes ressources en hydrocarbures du Kazakhstan doivent lui permettre de devenir, à moyen terme, un exportateur de premier plan. Toutefois, il occupe encore une place modeste en ce domaine, en raison de difficultés géopolitiques, techniques et juridiques.

1. Les obstacles géopolitiques

Le potentiel du Kazakhstan représente un réel enjeu stratégique, suscitant la convoitise des principales compagnies pétrolières et gazières internationales.

L'ouverture aux compagnies occidentales, pourtant récente (1992), s'est immédiatement traduite par une présence massive des plus grandes d'entre elles, en particulier pour l'exploitation onshore du gisement géant de Tenguiz et l'exploration offshore de la mer Caspienne.

Toutefois, malgré cette ouverture à l'Occident, l'enclavement du Kazakhstan conduit ce pays à dépendre totalement des Etats frontaliers, en particulier de la Russie, pour l'évacuation de ses ressources en hydrocarbures.

Un rapide coup d'oeil sur la carte énergétique du Kazakhstan montre que la production de pétrole (Tanguiz, Uzeu, Mangnistan, Aktioubiusk, karachaganak) et de gaz se situe dans la partie occidentale, tandis que les zones de consommation sont au centre, au Sud et à l'Est où vit la majorité de la population.

Le paradoxe de cette situation veut que le Kazakhstan dépende des oléoducs Uzen-Atyran-Samara et Kerkiak-Orsk orientés vers le Nord-Ouest pour l'évacuation d'une partie de sa production alors que les deux plus grosses raffineries du pays (Pavlodar et Shimkent) sont approvisionnées en pétrole sibérien par l'oléoduc Surant-Oinsk-Parlodan-Shimkent10(*).

Le développement des exportations d'hydrocarbures vers des marchés solvables constitue ainsi un enjeu vital pour le Kazakhstan.

Ne disposant pas de débouché naturel pour ses exportations, le Kazakhstan a, en outre, hérité d'un réseau d'oléoducs essentiellement orienté vers le Nord-Ouest et destiné à approvisionner la Russie et les Républiques de l'ex-URSS. Ce réseau se révèle totalement insuffisant pour exporter la production potentielle du Kazakhstan et, notamment, celle des gisements de Tenguiz. De surcroît, le montant excessif des redevances de transit réclamées par les Russes et la vétusté des installations conduisent à des interruptions fréquentes et pénalisantes pour l'économie kazakhe.

Dans ce contexte, la diversification des voies d'évacuation des hydrocarbures, et plus particulièrement du pétrole, représente un objectif essentiel pour le Kazakhstan. Les cinq débouchés théoriquement envisageables sont confrontés à d'importants obstacles à caractère géopolitique.

L'augmentation des capacités d'exportation par le territoire russe constitue la première solution. Le consortium CPC (Caspian Pipeline Consortium) a ainsi pour objectif de construire un oléoduc de grande capacité reliant le Kazakhstan au port russe de Novorossisk sur la mer Noire. Conclu en 1992, modifié en 1996 et 1997 (les dernières négociations étant intervenues le 16 mai 1997), l'accord du CPC prévoit, tout d'abord, la rénovation de la ligne existante Tengiz-Komsomolsk qui suit le pourtour de la Caspienne, puis la construction d'un pipe Komsomolsk-Thikoretsk-Novorossisk (480 km) et enfin la réalisation d'un terminal flottant et des installations de stockage à Novorossisk (accroissement des capacités de 32 à 100 millions de tonnes/an). D'une longueur totale de 1.500 km, le conduit devrait permettre le transport de 560.000 b/j dans un premier temps. En phase de croisière, la capacité serait portée à 1,3 millions de b/j. La moitié des parts du projet sont détenus par les gouvernements de Russie (24 %), du Kazakhstan (19 %) et d'Oman (7 %), l'autre moitié étant divisée entre des partenaires internationaux -Chevron (15 %), Lukoil (12,5 %), Rosneft/Shell (7,5 %), Mobil (7,5 %), Agip (2 %), BG (2 %), Kzakoil (anciennement Munaigas) (1,75 %) et Oryx (1,75 %)-. Amoco a rejoint le CPC en échange du financement des 1,75 % de la compagnie kazakhe (70 millions de dollars) et d'un investissement de 60 millions de dollars, obtenant ainsi le droit d'acheminer 60.000 b/j (accord du 12 mars 1997).

Le montant du projet CPC est évalué à environ 2 milliards de dollars pour sa phase initiale. Les estimations montent jusqu'à 4 milliards à pleine capacité (1,3 millions de b/j au-delà de 2010). Bien que ce projet ait été, jusqu'à l'été dernier, le seul à progresser, il n'est pas sans inconvénients : sa réalisation confirmerait la dépendance du Kazakhstan a l'égard de la Russie et augmenterait le transit des pétroliers dans le détroit du Bosphore, en totale contradiction avec la volonté des Turcs de limiter le trafic des pétroliers et des méthaniers dans ce détroit. Ce choix de la Turquie provient certes de soucis environnementaux légitimes mais trouve aussi son origine dans son désir de favoriser un tracé aboutissant à un port turc sur la Méditerranée.

Par ailleurs, l'oléoduc " CPC " ne réglera pas tous les problèmes puisqu'il a vocation avant tout à évacuer la production de Tenguiz et des gisements exploités par les compagnies membres du CPC. Les autres compagnies devront ainsi trouver d'autres itinéraires vers l'Europe ou vers l'Asie.

Le deuxième débouché vise à approvisionner le marché asiatique, via notamment la Chine. Cette voie chinoise présente deux variantes.

L'une -ambitieuse-, traverserait le territoire chinois d'Ouest en Est. Cet immense marché, caractérisé par une forte croissance et qui demeurera importateur net de brut bien au-delà de l'an 2000, pourrait ainsi être alimenté. En outre, l'intérêt du Japon pour le pétrole du Kazakhstan (Mitsubishi se dit prêt à participer à un pipeline reliant le Kazakhstan Ouest à Kumkol) démontre la plausibilité de cette voie qui, malgré sa longueur (6.500 km jusqu'à la côte est de la Chine) débouche sur les marchés majeurs du XXIème siècle. Ce plus cette solution est moins hétérogène dans son parcours que le KPC ou le CPC qui traversent des zones incertaines, avant d'aboutir aux détroits turcs ou à la Méditerranée.

Cette voie, qui semblait tout à fait théorique, notamment aux yeux de certains industriels, compte tenu du coût exorbitant d'un tel tracé, a fait l'objet d'importantes négociations : ainsi au mois de septembre dernier, le jour où la mission sénatoriale quittait le territoire Kazakh, le premier ministre chinois, M. Li Peng, a signé un contrat de plus de 9 milliards de dollars.

Par ce contrat, la Chine s'est engagée à construire, d'ici à 2005, un oléoduc de 3000 kilomètres d'une capacité de 5 millions de tonnes/an entre des champs pétrolifères kazakhs situés au Nord-Est de la Caspienne jusqu'à sa frontière. La réalisation de cet oléoduc, d'un coût de 3,5 milliards de dollars, pourrait être financée par les investisseurs japonais et sud-coréens. La Chine avait signé préalablement, en juin dernier, un contrat de 4,3 milliards de dollars pour l'exploitation de champs de pétrole kazakhs.

L'autre perspective, plus modeste, vise à remplacer la fourniture russe de pétrole au Kazakhstan Est par un approvisionnement en provenance des champs pétroliers du Xin Jiang. L'actuelle recrudescence d'agitation des Ouïghours dans cette région n'est sans doute pas étrangère aux convoitises internationales sur ce gisement. Pour l'instant, à l'exception d'une récente déclaration de solidarité d'Almaty à l'égard de cette population turcophone ethniquement proche des Kazakhs, le gouvernement du Kazakhstan, inquiet d'un risque de débordement de sa propre minorité ouighoure (150 à 200.000 personnes), joue un rôle modérateur sur cette question, comme en témoigne l'arrestation, en avril 1997, de manifestants ouïghours devant l'ambassade chinoise d'Almaty.

 La voie transcaspienne constitue la troisième issue envisageable, en liaison avec les projets de développement en Azerbaïdjan. Elle conduirait à construire un oléoduc transcaspien passant par Bakou, en Azerbaïdjan. La faisabilité de ce projet pourrait se heurter à des problèmes technologiques liés à de grandes profondeurs d'eau lors de la construction de la partie sous-marine. De plus, ce tracé semble difficile à réaliser car il traverserait des pays confrontés à de graves difficultés politiques (tensions entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, mouvements séparatistes dans la partie kurde de la Turquie). Une variante à ce tracé de l'Ouest est une route du Sud-Ouest consistant à construire un conduit Tanguiz-Aktam-Macklachkrala et à le prolonger selon l'axe Mackladkala-Tbilissi-Ceylan. Le coût d'un tel projet approcherait 2 milliards de dollars.

 La quatrième voie d'exportation envisageable impliquerait la construction d'un oléoduc entre le Kazakhstan et l'Iran, via le Turkménistan. Le brut pourrait ensuite être exporté par le Golfe persique. Jusqu'à présent, ce débouché se heurtait à des difficultés liées à la situation iranienne et à l'embargo des Etats-Unis sur l'Iran. Néanmoins, cette situation géopolitique délicate a évolué favorablement depuis la mi-97. Cette voie d'exportation du brut kazakh présente de réels attraits sur le plan économique, aussi bien pour le Kazakhstan que pour les pays consommateurs, qu'il s'agisse de l'Europe, des Etats-Unis, ou des pays asiatiques. L'Iran a néanmoins émis des critiques sur la qualité du brut kazakhstanais, trop chargé en mercaptan, et que les raffineries du Nord Iran ne savent pas traiter. En outre, des difficultés financières ont retardé ce projet.

 Enfin, l'ultime route est la voie afghane à travers l'Ouzbékistan.

Deux compagnies projettent de construire des oléoducs et gazoducs à travers l'Afghanistan, malgré la permanence du conflit, mais en misant sur une prochaine " pax talibanica " : d'un côté Unocal (associé à Delta Oil, d'Arabie Saoudite), de l'autre le géant argentin Bridas. La possible implication des américains en faveur des talibans pourrait s'expliquer tant par la prévision américaine de leur probable victoire finale que par la volonté des Etats-Unis de faire pièce à l'Iran en ouvrant une voie d'évacuation alternative à travers un Afghanistan pacifié. Un accord de principe associant Unocal, Delta Oil, le gouvernement ouzbèk, Gazprom et des représentants du pouvoir afghan est intervenu récemment.

La question des débouchés pour les hydrocarbures kazakhstanais se révèle donc complexe. Toutefois, on peut espérer que les intérêts économiques des différents Etats concernés finissent par converger. Le Kazakhstan pourrait alors connaître un essor économique à la mesure de son potentiel énergétique.

2. Les difficultés administratives et juridiques

La structure de l'industrie pétrolière ainsi que le cadre fiscal et juridique de ce secteur d'activité pourraient être rationalisés et améliorés afin de doter le Kazakhstan des instruments nécessaires à la valorisation de son potentiel en hydrocarbures.

a) Une nécessaire réorganisation de l'industrie des hydrocarbures

Jusqu'en 1995, la société holding Munaygaz contrôlait l'ensemble des associations régionales qui géraient les opérations de production, de raffinage et de transport de l'huile, la société Kazakhgaz gérant, quant à elle, les aspects relatifs à la production et au transport. La distribution du gaz est assurée par des compagnies régionales.

Un fonds spécial, alimenté par une taxe perçue sur les revenus des compagnies pétrolières (8 % en principe, sauf exemption qui concerne, en pratique, la plupart des entreprises communes formées avec des partenaires étrangers), finance les activités des entités chargées, au sein du Ministère de la géologie, de gérer les opérations de prospection impliquant des technologies de géophysique et de forage.

En 1993, le Gouvernement du Kazakhstan a décidé une réorganisation du secteur fondée sur trois principes :

- le regroupement des entités existantes sous l'égide de sociétés holding ;

- la restructuration de ces nouvelles entités dans un objectif d'introduction de la concurrence ou de régulation de monopoles naturels ;

- la privatisation de ces entreprises. Ce dernier point semble avoir donné lieu à des résultats mitigés dans la mesure où l'actionnariat actuel n'a pas induit les effets attendus en termes d'objectifs et de mode de gestion.

La véritable privatisation du secteur pétrolier n'a en fait débuté que récemment, avec un succès limité. Des enchères se sont déroulées au printemps 1996 pour privatiser la raffinerie de Chimkent et une compagnie de production pétrolière opérant dans le bassin de Turgay (Yuzhmunaygaz). La raffinerie n'a intéressé qu'une seule compagnie occidentale (Vitol, société de trading des Pays-Bas), qui l'a emporté devant une compagnie locale d'investissement. Vitol s'est engagée à réaliser des investissements dans la raffinerie. Une compagnie américaine, Hurricane, a remporté les enchères concernant la privatisation de la compagnie de production. Enfin, les enchères pour la privatisation d'une troisième compagnie (Aktyubinskneft) ont dû être reportées. Un projet de fusion de cette compagnie avec le groupe pétrolier russe Onako paraît aujourd'hui abandonné.

Dans ce contexte, la structure définitive du secteur semble toujours en discussion, même si de multiples évolutions ont pu être notées :

- l'influence de Munaygaz sur les entreprises productrices a été réduite ;

- la société Munaionimderi, présente dans le stockage, le transport et la distribution de produits pétroliers, a été dissoute et les activités correspondantes ont été privatisées ou sont en cours de l'être ;

- de nouvelles dispositions ont été introduites dans l'organisation des associations de producteurs afin d'améliorer leur efficacité, aboutissant notamment à la formation de la compagnie pétrolière Uzenneft ;

- des entreprises communes établies avec des partenaires étrangers sont impliquées dans l'exploitation de 40 % environ des réserves d'hydrocarbures découvertes ;

- le statut de la société Uzenmunaygaz a été modifié, en vue de sa privatisation.

b) Un cadre juridique et fiscal à rationaliser

Une loi pétrolière a été approuvée en juin 1995 et est entrée en vigueur le 1er juillet 1995. Elle complète un ensemble législatif qui regroupe plusieurs dispositions visant à favoriser l'investisseur international tout en maintenant un certain contrôle de l'Etat :

- la loi sur le sous-sol de 1992, légèrement inspirée du code minier français, concerne la propriété de la sub-surface et les règles d'attribution des titres d'exploration et de production, ainsi que les aspects relatifs aux redevances tréfoncières associés. Ce texte a été par la suite remplacé par un décret-loi sur le sous-sol signé par le Président Nazarbaev le 29 janvier 1996, qui diffère peu de la loi de 1992, mais introduit sur certains points de meilleures garanties pour les investisseurs ;

- la loi sur les investissements étrangers précise les conditions de garantie de ces opérations ;

- le décret sur les taxes et versements obligatoires au budget, adopté au printemps 1995, décrit le cadre fiscal des opérations pétrolières. Ce cadre juridique prévoit notamment la possibilité de recourir à des contrats de partage de production, à des concessions ou à des contrats de services. Complété par des textes récents, il met également en place un environnement fiscal fondé, en premier lieu, sur l'application du régime fiscal de droit commun, en matière d'impôt sur les sociétés (30 % des profits) et de provisions, le taux de TVA étant de 20 % sur les ventes et sur les matériels importés. En second lieu, l'application de taxes spécifiques est prévue (bonus, redevances proportionnelles, prélèvements exceptionnels, etc.), les taux faisant l'objet d'une négociation individuelle par contrats. Il convient de signaler au passage que les entreprises étrangères sont exemptées du paiement des accises sur les quantités de pétrole exportées.

Cet environnement législatif rénové est une réelle avancée pour l'ensemble du secteur énergétique. Il doit maintenant se stabiliser afin d'encourager les différents acteurs économiques ainsi que les institutions internationales de crédit et d'assistance ou les entreprises internationales à prospecter du Kazakhstan.

3. Les problèmes techniques

Le Kazakhstan se heurte, pour valoriser son potentiel, à deux problèmes techniques.

a) La question du raffinage et du transport

Il existe trois raffineries au Kazakhstan, d'une capacité totale de distillation estimée à 20 Mt/an. Deux raffineries sont dans la région centrale : il s'agit de Pavlodar d'une capacité de 7,5 Mt/an (3 Mt traités en 1995) et de Chimkent d'une capacité 6,5 Mt/an (3,7 Mt traités en 1995). A l'Ouest (près de la principale région de production), la principale raffinerie est Atyrau d'une capacité de 6Mt/an (4,3 Mt traités en 1995).

De par leur situation géographique -elles sont à l'Est alors que la production se situe à l'Ouest- et la configuration du réseau de pipelines, les deux plus grosses raffineries du pays doivent être en partie alimentées par du brut russe. Au total, elles n'ont traité en 1995 que 11 Mt de brut, dont 4 à 5 Mt de brut russe. A partir de 1993, des litiges sont intervenus avec les Russes pour cause de non paiement des dettes, ce qui a entraîné une forte diminution des livraisons.

Ce différend a entraîné ainsi une réduction des importations russes de brut produit à l'Ouest du Kazakhstan. Seule une partie de la production Kazakhe peut être en effet traitée à Atyrau. Le reste est transporté par pipeline sur 1.400 km vers les raffineries russes de Samara, Novokuybyshev et Syzran, dans le cadre d'un accord de " swap " qui prend en compte les livraisons russes aux raffineries du centre du pays. Il faut un pipeline spécialement isolé et des stations de chauffage tous les 100 km (brut paraffinique). L'huile de Zhanazhol et Kenkiyak est transportée par pipeline vers la raffinerie russe d'Orsk (province d'Orenbourg), et le condensat de Karachaganak est transporté vers Orenbourg.

A l'Est du pays, les deux autres raffineries (Pavlodar et Chimkent) traitent essentiellement du brut sibérien amené par une conduite de 3.050 km. Une petite partie de l'huile de Zhanazhol est depuis 1993 transportée par voie ferrée vers Chimkent, qui traite aussi l'huile produite par le champ de Kumkol11(*) (situé à 600 km au nord de la raffinerie, dans le bassin de Turgay). La raffinerie de Pavlodar est, quant à elle, entièrement dépendante du brut de Sibérie.

Cette situation a conduit le Gouvernement à lancer un projet de pipeline trans-Kazakhstan pour relier le champ de Kenkiyak (à l'Est du Bassin précaspien) à Kumkol. Une joint venture (Kazfen) a été créée au premier semestre 1995 avec une compagnie turque pour réaliser ce projet. Dans une première phase, un tronçon (410 km) serait construit d'Atyrau à Kenkiyak. La capacité du système devrait être de 23 Mt/an et le coût total du projet dépasser 1 milliard de dollars. Ce projet est néanmoins toujours bloqué car son intérêt n'est pas démontré, du moins par rapport au système actuel d'échange de brut avec la Russie.

Le Kazakhstan vise à doubler sa capacité de raffinage d'ici le début du siècle prochain. Plusieurs projets de modernisation ou de construction de nouvelles raffineries ont été annoncés, dont l'implantation d'une nouvelle raffinerie à Aktau pour traiter des bruts lourds du bassin de Mangistau, la modernisation et l'extension de la raffinerie d'Atyrau (projet d'un consortium mené par la compagnie française Krebs Hydrocarbon), la modernisation de la raffinerie de Chimkent et l'extension de la raffinerie de Pavlodar.

b) Les difficultés propres au site géologique de la mer Caspienne

Les gisements les plus prometteurs de la mer Caspienne sont recouverts par une très faible profondeur d'eau. Cette particularité empêche non seulement le fonctionnement d'infrastructures utilisées habituellement lors de l'exploration et de l'exploitation d'hydrocarbures en eaux profondes, mais aussi l'installation de matériels traditionnellement mis en place pour l'extraction de gisements onshore.

En outre, une des caractéristiques du bassin est la présence d'une épaisseur considérable de sel. Dans l'infra-salifère, seules les zones de la périphérie du bassin, moins profondes, sont prospectives : le toit des objectifs se trouve déjà dans ces zones entre 4.000 et 7.000 mètres. Ce sont notamment des calcaires récifaux qui peuvent présenter d'excellentes caractéristiques de réservoir sur des épaisseurs considérables. Les structures peuvent y être de très grande taille, comme l'atteste l'existence des gisements géants, auxquels il faut ajouter celui d'Astrakhan en Russie.

Les gisements suprasalifères sont de taille plus modeste et sont situés en général entre quelques centaines de mètres et moins de 3.000 mètres.

Les hydrocarbures présents dans ce bassin sont de l'huile légère (à forte teneur en gaz dissout en général) et du gaz, souvent à condensats. Dans l'infrasalifère, le gaz peut avoir une forte teneur en hydrogène sulfuré (18 % à Tengiz, 26 % à Astrakhan) ; le gaz des niveaux suprasalifères est toutefois le plus souvent dépourvu de soufre.

L'exploitation des ressources pétrolières du bassin, qui se trouvent pour l'essentiel dans les couches antésalifères, a été retardée dans le passé pour diverses raisons : problèmes d'exploitation et d'environnement liés à la présence d'hydrogène sulfuré, grande profondeur des puits, complexité structurale, hautes pressions et problèmes de forage liés à la présence du sel...

4. L'affectation des ressources énergétiques

L'examen de la rente pétrolière du Kazakhstan dans les années à venir pose inévitablement la question de son affectation.

RENTE PÉTROLIÈRE KAZAKHSTANAISE
(Estimation prévisionnelle)

 

1997

2002

2007

Production

24 MT

35 MT

50 MT

Consommation

17 MT

20 MT

22 MT

Surplus

7 MT

15 MT

28 MT

Prix/Baril

20 dollars

20 dollars

20 dollars

Rente/Baril

10/12 dollars

10/12 dollars

10/12 dollars

Total rente pétrolière

500/600 M dollars

1.000 M dollars

2.000 M dollars

Mt : millions de tonnes

Source : Ministère de l'industrie


Un tel constat entraîne une série d'interrogations. Cette rente pétrolière sera-t-elle affectée au financement d'une industrialisation durable ou appropriée de façon privative par un clan ou une caste ? Dans cette hypothèse, ceux qui auront su s'approprier la rente auront-ils la sagesse de parier sur l'avenir de leur propre pays ? Cet enrichissement de quelques uns sera-t-il réintroduit dans le circuit économique du pays ou stérilisé sur des comptes étrangers ? Même réintroduite dans l'économie nationale, la richesse pétrolière sera-t-elle affectée à des projets générateurs de développement ou à des objectifs improductifs ? Ainsi, par exemple, la priorité actuelle donnée par l'Etat au transfert de la capitale à Akmola, pour compréhensible qu'elle puisse être d'un point de vue politique (recentrage ethnique, équilibre des " hordes " kazakhes), écologique (situation d'Almaty sur une ligne de fracture sismique) d'aménagement du territoire, n'en reste pas moins, pour certains experts, une affectation peu productive de la rente pétrolière comparée à un projet d'industrialisation du pays.

D. L'AMÉLIORATION DES RELATIONS AVEC LES " GRANDS VOISINS "

Le Kazakhstan a plus de 6.000 kms de frontières communes avec la Russie au Nord et environ 1.500 kms avec la Chine. L'amélioration des relations avec ces deux puissants voisins est un facteur déterminant pour son avenir.

1. Une Russie omniprésente, dont le Kazakhstan s'affranchit peu à peu

Le Kazakhstan est -sans aucun doute- l'Etat qui a subi la plus forte russification. On y compte actuellement environ 35 % de russes qui se concentrent essentiellement au Nord. Si l'évolution démographique a permis à la population kazakhe de franchir la barre de 45 % en 1995, son taux de natalité aujourd'hui est proche de celui des Russes. Par ailleurs, ces derniers -qui ont massivement quitté le Sud pour le Nord- ne manifestent en aucune façon la volonté d'émigrer vers la Russie. Malgré tout, le risque de sécession des territoires du Nord à majorité russe reste l'obsession du Kazakhstan.

Cette forte présence russe explique en grande partie la politique intérieure menée par le pays, notamment le retard de la proclamation d'indépendance, le rôle clé qu'il a joué dans la formation de la CEI, les signatures d'accords d'intégration avec la Russie, la reconnaissance du russe comme langue de communication, la restitution ou la distribution des armes nucléaires, la concession de la base de Baïkonour et, plus récemment, le transfert de la capitale d'Almaty à Akmola.

50 % des échanges extérieurs du Kazakhstan s'effectuaient encore avec des partenaires de la CEI en 1996 : Russie, Turkménistan, Ouzbékistan et Ukraine. La Russie, avec 33 % de part de marché, est de loin le premier fournisseur.

La faible pénétration du marché kazakh par les produits en provenance des pays à devises fortes s'explique en partie par la mise en place de l'Union douanière (créée en janvier 1995) qui a instauré un tarif douanier commun entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, rejoints en avril 1996 par le Kirghizstan.

En 1996, les exportations kazakhstanaises se sont élevées à 5,68 milliards de dollars et les importations à 6,03 milliards. Emerge, de plus en plus, le sentiment que le pays exerce un meilleur contrôle de ses ressources d'exportations, notamment en ce qui concerne les métaux qui représentent plus de la moitié de ces dernières.

Le Kazakhstan a néanmoins une dette extérieure élevée et la réputation de rembourser difficilement ses créanciers. En 1992, il s'est prononcé pour " l'option zéro " suivant laquelle sa part des dettes de l'ex-URSS (soit 2,6 milliards de dollars) a été imputée à la Russie. Selon la Banque mondiale, la dette extérieure totale se chiffrait à la fin de 1993 à 1,65 milliard de dollars et à 2,7 milliards un an plus tard. Dans une certaine mesure, la Russie a utilisé l'argument de la dette que le Kazakhstan a contractée vis-à-vis d'elle pour acquérir des parts dans les entreprises kazakhes, imposer ses compagnies dans les grands projets pétroliers, faire pression pour que le pétrole kazakh soit acheminé par les oléoducs passant par son territoire et faire valoir ses vues sur le statut de la mer Caspienne.

La stabilisation des réserves de change à quatre mois d'importations et du service de la dette à 7 % des exportations pourrait, en améliorant la solvabilité du pays, permettre au Kazakhstan de diminuer sa dépendance vis-à-vis de la Russie.

2. L'ombre du voisin chinois

Le Kazakhstan entretient des relations complexes avec la Chine. Celle-ci n'a jamais reconnu les " traités inégaux " donnant le Sémiretchié et le bassin inférieur de l'Ili à la Russie. Néanmoins, en deux ans une évolution importante s'est produite. Objet de craintes et de fantasmes (explosions nucléaires, envahisseur potentiel), enracinées dans l'histoire (les Djoungares), la Chine cesse peu à peu d'être perçue comme un danger.

Les visites répétées des deux côtés ont, semble-t-il, permis de surmonter les préventions kazakhstanaises. Après le voyage à Pékin du président Nazarbaev en octobre 1993, la visite historique du Premier ministre chinois Li Peng, en avril 1994, à Almaty a mis fin au différend sur le tracé des frontières. En septembre 1995, M. Nazarbaev a été reçu en Chine. En juillet 1996, M. Jiang Zemin s'est rendu à Almaty où il a prononcé un bref discours en russe devant une foule enthousiaste. Le choix d'un sinologue et sinophone averti comme Ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, M. Kasimjomart Tokaev (ancien secrétaire de l'Ambassade soviétique à Pékin de 1985 à 1991), a marqué l'intérêt prioritaire accordé par le Président Nazarbaev à la Chine.

Les explosions nucléaires chinoises de Lob Nor, dont les radiations étaient perceptibles et mesurables à Almaty, demeuraient toutefois un sujet d'inquiétudes pour les autorités kazakhstanaises. La fin de ces expériences en 1996 a rassuré les Kazakhs, très sensibilisés à ces problèmes par leur passé soviétique.

Les peurs d'une invasion invisible, alimentées par le constat d'une émigration clandestine pourtant limitée, et l'achat de vastes surfaces de terres (les 2,5 millions de km² du Kazakhstan ne sont peuplés que par 16 millions d'habitants) semblent avoir disparu.

En ce qui concerne la question ouïghoure, l'heure est à l'apaisement, grâce à la politique consistant à privilégier les bonnes relations avec la Chine plutôt que les similarités ethniques. La Chine est un voisin trop puissant et un partenaire économique trop important pour que le Kazakhstan se laisse aller à soutenir la communauté (proche ethniquement et linguistiquement des kazakhs) des ouighours du Xian Jiang, ou à fermer les yeux sur l'activisme des 200.000 ouïghours établis sur son territoire. La dérive terroriste Ouïghoure depuis les événements de Yining (Kouldja) en février 1997 permet au Kazakhstan d'accentuer ses distances envers ces revendications et de les traiter de purs problèmes intérieurs de la Chine, se référant aux accords signés en 1995 et 1996 sur la non-intervention réciproque dans les affaires du pays cosignataire. Almaty sait par ailleurs que son éventuel soutien à la cause des Ouïghours du Xin Jiang, pourrait provoquer, outre les critiques de Pékin, une contagion nationaliste sur son territoire où coexistent plus de 128 nationalités. Almaty ne manque donc pas d'agiter le spectre du " séparatisme ", malgré la présence au Xin Jiang d'environ 1.000.000 de Kazakhs ethniques, qui posent au régime de Pékin apparemment moins de problèmes que leurs cousins Ouïghours.

Dans le domaine de la coopération militaire, lors de sa visite à Almaty du 12 au 16 juin 1997, le Colonel Général Chi Haotian, Ministre chinois de la Défense et Vice-Président du Conseil suprême des armées aurait, semble-t-il, promis de doter prochainement le Kazakhstan de vaisseaux qui viendront renforcer la flotte de garde-frontières patrouillant sur la Caspienne.

L'accord historique sur le tracé des frontières demeure celui signé à Shanghaï en avril 1996, par la Chine et les quatre Etats frontaliers successeurs de l'URSS. Il reste encore néanmoins à préciser 1 % du tracé des 1.718 km de la frontière sino-kazakhstanaise.

Par ailleurs, l'accord de démilitarisation, signé en avril à Moscou par la Chine et ses voisins ex-soviétiques, prévoit de réduire à 260.000 le nombre de soldats déployés de part et d'autre de la frontière -longue de 7.300 km- entre les pays signataires.

Enfin, la coopération pétrolière est révélatrice de l'évolution des rapports entre ces deux Etats. Le 4 juin 1997, était signé par la Compagnie nationale chinoise du pétrole (CNPC), un contrat prévoyant l'exploitation de trois gisements pétrolifères (Janajol, Kenguiev 1 et 2) situés dans le Nord-Ouest du Kazakhstan pour 4 milliards de dollars sur 20 ans. M. Jiang Zemin s'est par ailleurs récemment déclaré favorable à un oléoduc de 3.000 km reliant le Nord-Ouest kazakhstanais au Xin Jiang chinois, d'un coût d'environ 3,5 milliards de dollars. M. Li Peng s'est rendu au Kazakhstan le 25 septembre 1997 pour signer un contrat d'extraction pétrolière sur le champ d'Ouzen, prévoyant un investissement d'1,3 milliard de dollars jusqu'en 2002. La commission des appels d'offre, présidée par le vice-Premier ministre et Ministre du commerce, M. Choukeev, a attribué, le 1er août dernier, le contrat à la CNPC malgré la concurrence d'Amoco, fort amère d'avoir été écartée, et d'un consortium américano-malaisien (UNOCAL/PETRONAS) appuyés par un fort lobbying américain. Il est possible que des considérations géopolitiques relatives au désenclavement -que permettrait le pipe-line transchinois- aient contribué à ce choix.

La Chine apparaît surtout aujourd'hui comme un important partenaire commercial (vols quotidiens entre Almaty-Urumqi) dont le brillant développement économique pourrait entraîner celui du Kazakhstan.

La politique menée par le Président Nazarbaev sera le facteur déterminant dans l'évolution de la stabilité du pays. Dans son " discours à la population kazakhstanaise " du mois d'octobre dernier, le chef de l'Etat a réaffirmé son souhait de consolider les relations du Kazakhstan avec ses deux principaux voisins tout en menant une politique d'indépendance.

CHAPITRE II -

L'OUZBÉKISTAN : UNE PUISSANCE RÉGIONALE À LA RECONQUÊTE DE SON HÉRITAGE

Au confluent des civilisations perse et touranienne, l'Ouzbékistan constitue le coeur de l'Asie centrale.

Ce pays dispose d'atouts importants qu'il a globalement réussi à mettre en valeur durant la première phase de son indépendance. Ainsi, il dispose actuellement d'une autonomie à la fois sur le plan agricole et énergétique. Néanmoins, cet Etat a aujourd'hui des noeuds gordiens à trancher.

I. DE NOMBREUX ATOUTS

L'Ouzbékistan dispose d'atouts importants. La politique menée par le Président de la République, M. Islam Karimov, a permis d'atteindre l'autosuffisance en matière énergétique et agricole. Cette politique volontariste a encouragé cette République à se tourner prioritairement vers l'Occident afin de consolider son indépendance et de se moderniser.

A. D'IMPORTANTES RICHESSES

1. Une population nombreuse, homogène et industrieuse

L'Ouzbékistan est, de loin, le pays le plus peuplé d'Asie centrale avec 23 millions d'habitants qui débordent sur les frontières de chaque pays voisin. Ce pays a bénéficié de la dévolution de trois khanats historiques (Khiva, Boukhara et Kokand) et de l'installation à Tachkent de la capitale de l'Asie centrale russe, puis soviétique. La moitié de la population d'Asie centrale est ouzbèke puisque sont recensés 400.000 ouzbèks en Turkménistan, 350.000 au Kazakhstan, 660.000 au Kirghizstan et 1,2 million au Tadjikistan.

La population de l'Ouzbékistan est, en outre, relativement homogène puisque 80 % est ouzbèke et qu'elle s'accroît de 500.000 personnes chaque année. La minorité la plus importante est celle des Tadjiks (5 à 20 % de la population selon les statistiques), la colonie russe ayant perdu environ un quart de ses ressortissants (de 1,6 million à 1,2 environ).

Sédentarisés depuis longtemps, les Ouzbèks se sont adaptés rapidement au monde moderne. La valeur des cadres supérieurs -encore peu nombreux- est reconnue par l'ensemble des entreprises internationales qui s'installent en Ouzbékistan.

2. Une culture cotonnière traditionnelle

La guerre de Sécession aux Etats-Unis a favorisé le développement de la culture cotonnière en Asie centrale afin de permettre l'approvisionnement de l'empire russe. A la veille de la première guerre mondiale, le coton occupait déjà 400.000 hectares de terres irriguées dans ce qui constitue depuis 1924 le territoire de la république d'Ouzbékistan. Le régime soviétique a systématisé la politique du pouvoir tsariste et multiplié cette superficie par cinq : les champs de coton couvraient en effet 2,1 millions d'hectares en 1987. Depuis lors, la proportion des terres arables consacrées à la culture du coton a été réduite à 40 %, la superficie n'étant plus actuellement que d'1,5 million d'hectares irrigués par près de 170.000 kilomètres de canaux.

La production de coton est assurée par toutes les régions irriguées, mais plus particulièrement par la vallée du Fergana qui assure un quart de la production totale, aucune autre région n'en fournissant plus de 10 %. Le coton est toutefois de meilleure qualité dans les régions les plus méridionales, celles de Karchi et de Termez en particulier.

L'Ouzbékistan est le cinquième producteur mondial après la Chine, les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan.

LA PRODUCTION DE COTON-FIBRE
(en millions de tonnes)

1992

1993

1994

1995

1996 (1)

1,31

1,31

1,22

1,31

1,06

(1) mauvaises conditions climatiques

Le volume de production de coton-graine est en diminution constante depuis le milieu des années soixante-dix, selon les statistiques officielles, en raison non seulement de la réduction de la superficie cultivée mais aussi de la baisse des rendements (de l'ordre de 25 % entre le milieu des années soixante-dix et le milieu des années quatre-vingt). Cette baisse résulte de l'épuisement des sols, de la pénurie d'engrais, de pesticides et de machines agricoles, ainsi que de la désorganisation du travail. En 1994, la production -avec moins de 4 millions de tonnes de coton-graine- était inférieure de 7 % à la récolte précédente. En 1995, la récolte a été anticipée de quelques semaines sur celle des années précédentes car, faute de machines, elle s'est effectuée à 80 % à la main.

Grâce à une meilleure sélection des semences, les autorités prétendent néanmoins mettre un terme à la baisse du rendement à l'hectare (soit 28 quintaux en moyenne). Elles escomptent aussi une augmentation des rendements à l'égrenage, qui sont sensiblement plus bas que dans la plupart des autres pays producteurs (ils sont de 32 % officiellement).

L'organisation de ce secteur est très contrôlée.

Les exploitations agricoles sont toujours astreintes à l'exécution d'un plan de production qui leur est fixé par l'Etat. Lorsqu'elles n'atteignent pas ces objectifs, la totalité de leur production doit être livrée à l'Etat à un prix, qui était en moyenne de 1.200 soums la tonne pour la campagne 1994 (soit 50 à 100 dollars, selon le taux de change considéré) et est de 11.000 soums en moyenne depuis le mois d'août 1995 (soit 350 de dollars environ au cours officiel du mois de septembre 1995). Lorsqu'elles ont atteint les objectifs fixés, elles peuvent en principe commercialiser librement 40 % de leur production.

Le Gouvernement s'est engagé à libéraliser complètement la commercialisation du coton avant trois ans. Cependant, jusqu'à présent, ces entreprises n'ont pas obtenu le droit d'exporter directement cette fraction sur les marchés extérieurs. L'obtiendront-elles à l'avenir comme le Gouvernement l'a annoncé ? Il n'est pas certain que l'Etat renonce à ce qui constitue la source essentielle de ses ressources en devises étrangères, soit environ 50 %.

La main-d'oeuvre reste, en outre, très peu coûteuse : en vertu d'un arrêté du 25 juillet 1995, elle est désormais rémunérée au minimum 1.200 soums la tonne récoltée (soit moins de 30 dollars) : une rémunération qui ne peut être suffisamment motivante et qui contraint le Gouvernement à recourir aux soldats, aux écoliers et aux étudiants pour aider une main-d'oeuvre rurale pourtant pléthorique !

L'Ouzbékistan exporte la presque totalité de sa production de fibres de coton si bien qu'en dépit d'un volume de production relativement limité, il est le second exportateur mondial après les Etats-Unis. 60 % du total des exportations sont achetés par Daewoo (Corée), Donavan (Suisse, filiale USA) et Ralli Brothers & Correy (USA). Il assure environ 15 % des approvisionnements sur le marché international du coton. L'Ouzbékistan serait donc en position de peser sur les cours d'un marché tendu par une augmentation régulière de la demande. Mais, faute d'un contrôle de qualité suffisamment rigoureux et de techniques de commercialisation sophistiquées (en dépit de la centralisation extrême de l'organisation de ces exportations), ce pays ne fait que subir toutes les variations des marchés mondiaux.

3. Un sous-sol qui suscite de légitimes espoirs

Si la richesse du sous-sol de l'Ouzbékistan n'est pas au niveau de celle de ses voisins, elle donne néanmoins de grandes espérances aux dirigeants ouzbèks.

En matière d'hydrocarbures, l'Ouzbékistan détiendrait 4,44 milliards de tonnes de pétrole, dont 527 millions prouvées, 5,429 milliards de m3 de gaz, dont 2.000 prouvés et 629 millions de tonnes de condensats, dont 198 prouvées.

En matière de minerais, l'Ouzbékistan est le septième producteur mondial d'or. Sa production atteint 80 tonnes par an, assure entre 15 et 20 % des recettes à l'exportation et pourrait doubler d'ici 1999, grâce à l'acquisition de nouvelles technologies. Le pays est, en outre, le quatrième exportateur d'uranium (3.000 tonnes/an) et possède une large gamme de minerais rares.

B. UNE POLITIQUE VOLONTARISTE D'AUTOSUFFISANCE

Au vu des statistiques officielles, l'Ouzbékistan a atteint l'autosuffisance énergétique et alimentaire.

1. Sur le plan agricole

Outre la culture du coton, qui représenterait environ 70 % de l'activité économique du pays, l'agriculture ouzbèke est potentiellement riche grâce au loess qui constitue les surfaces cultivables, spécialement dans la vallée du Ferghana, autour de Tachkent et Samarcande ainsi que dans le Sud.

L'Ouzbékistan importait, au début des années 90, les deux tiers de sa consommation de céréales, soit 4 millions de tonnes. Depuis, les autorités ont entrepris d'affranchir leur pays de cette dépendance alimentaire et d'augmenter rapidement le volume de production : la superficie emblavée a été portée de 300.000 hectares en 1993 à 750.000 hectares en 1994, puis à près d'un million d'hectares en 1995, la production ayant crû de 2,1 millions de tonnes en 1993 à 2,7 millions de tonnes en 1995.

L'année 1996, à cause de conditions climatiques défavorables, a vu la récolte céréalière chuter substantiellement ; les besoins nationaux n'ont été couverts qu'à 59,7 %.

Si les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des efforts et des investissements consentis, l'Ouzbékistan a néanmoins considérablement diminué sa dépendance alimentaire, notamment par la diversification de ses cultures.

2. Sur le plan énergétique

Depuis la proclamation de l'indépendance, les autorités ont privilégié le développement de l'exploitation pétrolière et de la production de produits pétroliers dérivés pour ne plus dépendre, sur ce plan, de la Russie.

Elles ont remporté dans ce domaine un indéniable succès
 : en 1993, l'Ouzbékistan importait encore 4 millions de tonnes de pétrole brut de Russie, mais n'en importait que 750.000 tonnes en 1994. Le pays est devenu, depuis 1995, exportateur net de pétrole et ses importations d'énergie, qui représentaient encore 20 % de sa consommation intérieure en 1994, n'intervenaient plus qu'à hauteur de 2 % dans les importations en 1995.

Ces résultats procèdent, certes, d'une réduction sensible de la consommation nationale du fait de la récession économique, mais aussi du développement de la production nationale de 3,4 millions de tonnes en 1992 à 5,5 millions de tonnes en 1994, 7,7 millions de tonnes en 1995 et 8,1 millions de tonnes en 1996.

C'est surtout le développement du gisement de Kokdoumalak (dans la région de Boukhara) qui a permis une augmentation du volume de la production nationale d'hydrocarbures. Un contrat entre un consortium composé de Kellog's, Nissho Iwai et Ouzneftegaz, pour la construction d'une station de compression, devrait encore augmenter les performances de ce gisement dans les mois à venir.

En matière de produits pétroliers, l'Ouzbékistan satisfait déjà l'essentiel de sa consommation et importe seulement de Russie et du Kazakhstan quelques centaines de milliers de tonnes de produits raffinés. L'essentiel de sa consommation est assuré par la raffinerie de Fergana, d'une capacité de raffinage de l'ordre de 8,6 millions de tonnes par an.

Parallèlement au développement du gisement de Kokdoumalah, les autorités ont entrepris, en 1995, de doter leur pays d'une réelle capacité de raffinage.

Les projets d'investissement dans le domaine énergétique visent avant tout à permettre à l'Ouzbékistan de raffiner les huiles provenant d'Asie centrale, riches en paraffine et en soufre. Cette politique d'indépendance se trouve confortée par la construction de la raffinerie de Boukhara, dont la première phase a été terminée en 1997 -les travaux de supervision étant conduits par le français Technip-, la modernisation de la raffinerie de Fergana (le début des travaux est prévu à partir de l'automne 1997 sous le contrôle de Mitsui), la construction du complexe pétrochimique à Tchourtan pour la production du polyéthylène et de gaz liquéfié (les négociations sont en cours entre le gouvernement ouzbèk et le consortium composé de Abb Lummus Global, Mitsui et Nissho Iwai) et enfin le développement du gisement de Kokdoumalak.

Par ailleurs, l'Ouzbékistan produit désormais plus de gaz naturel que le Turkménistan, vers qui il a exporté 580.000 tonnes d'huiles en 1996, et en exporte une dizaine de milliards de m3 dans les Etats voisins. Le pays souffre néanmoins de l'attraction qu'exercent ses voisins Kazakhstanais, Azerbaïdjanais et Turkmène, dans le secteur énergétique.

Les perspectives commerciales sont encore considérables pour l'Ouzbékistan tant dans le domaine de l'extraction (les réserves prouvées sont de 527 millions de tonnes de pétrole, de 200 millions de tonnes de condensât et de 2.007 milliards de m3 de gaz) que dans celui de la transformation du gaz.

C. UNE POLITIQUE ACTIVE EN MATIÈRE D'ÉCHANGES EXTÉRIEURS

1. La réorientation rapide des échanges commerciaux en direction des pays autres que ceux de la CEI

Avant le démembrement de l'Union soviétique, l'Ouzbékistan était l'une des républiques fédérées les plus intégrées, l'une de celles dont les échanges extérieurs (internes à l'Union soviétique, bien évidemment) représentaient la plus grande part du produit intérieur, soit plus de 69,2 %. En 1995, le montant total des importations de ce pays s'élevait à environ 3,6 milliards de dollars et les exportations à 3,8 milliards de dollars, permettant à l'Ouzbékistan de dégager un solde commercial positif de 200 millions de dollars. En 1996, les importations se sont élevées à environ 4,7 milliards de dollars et les exportations à 3,8 milliards de dollars, soit un solde commercial négatif d'environ 900 millions de dollars.

Le montant des échanges commerciaux de l'Ouzbékistan avec les autres états de la CEI a diminué, cette même année, de 16 % alors que les échanges extérieurs augmentaient de 13 %. Si cette évolution procédait en partie du différentiel du cours des produits échangés à l'intérieur de la CEI et dans le reste du monde en 1995, cela traduit bien, pour 1996, une réorientation des échanges extérieurs vers les pays non membres de la CEI.

a) Les échanges commerciaux au sein de la zone CEI

A l'intérieur de la CEI, l'Ouzbékistan s'affranchit progressivement d'une relation trop exclusive avec la Russie, mais sans se rapprocher vraiment des autres Etats d'Asie centrale.

En 1993, près de 58 % des exportations de l'Ouzbékistan vers les autres Etats de la CEI étaient destinés à la Russie, qui lui fournissait plus de 55 % de ses importations. Au premier semestre 1995, ces proportions n'étaient plus respectivement que de 30 % et 47,5 % (soit 16 % de l'ensemble des exportations et un tiers de l'ensemble des importations).

Avec les voisins d'Asie centrale, les projets d'union économique n'ont encore produit aucun résultat tangible et les échanges commerciaux procèdent principalement de l'interdépendance héritée de la période soviétique : l'Ouzbékistan livre du gaz naturel et de l'électricité au Kazakhstan, au Tadjikistan et au Kirghizstan. Il importe encore du gaz naturel du Turkménistan et importait naguère des céréales (2 millions de tonnes) et des produits métallurgiques du Kazakhstan, qui n'est plus en mesure de lui en fournir actuellement.

b) Les échanges hors zone CEI

Les échanges de l'Ouzbékistan avec les pays non membres de la CEI ont augmenté de 14 % en valeur en 1994, de 60 % en 1995 et de 44 % en 1996. Cette augmentation résulte du coût des matières premières sur les marchés internationaux, notamment du prix du coton qui représente près des quatre-cinquièmes des recettes en devises du pays et des importations de biens d'équipement.

Les principaux partenaires de l'Ouzbékistan non membres de la CEI sont les pays dont relèvent les grandes sociétés de négoce international de matières premières, c'est-à-dire les Etats-Unis (AIOC, Cargill, Dunavant), la Grande Bretagne (Meredith Jones, Ralli, Glencor), la Suisse (Stahel Harmeyer, Reinhart), les Pays-Bas (Richco) ou des exportateurs de biens d'équipement, tels que l'Allemagne, ou de biens de consommations, tels que la Turquie, la Chine ou la Corée du Sud. Ces huit pays accaparent une part importante des échanges extérieurs de l'Ouzbékistan, soit plus de 58 % des importations en 1996 et plus de 46 % des exportations.

En 1996, la part de l'Allemagne dans le commerce extérieur de l'Ouzbékistan avec les pays hors CEI est restée stable (7 %), et celle de la Suisse a diminué de 12 % en 1995 à 7,6 % en 1996 au profit des Etats-Unis dont la part dans le commerce extérieur est passé de 1,1 à 11 % selon les statistiques officielles. Les principaux clients de l'Ouzbékistan ont été la Grande-Bretagne, qui a absorbé 10,4 % de ses exportations hors CEI, la Suisse (9,3 %), les Etats Unis (8 %) et la Corée du Sud (7,6 %).

La chute des importations est essentiellement due à une politique très restrictive en matière de change, les pays exportateurs de biens de consommation courante ayant vu leur part de marché diminuer significativement. C'est ainsi que les importations en provenance de Turquie, qui représentaient 39 % du total des importations en 1995, ont chuté à 11,2 % en 1996.

L'Ouzbékistan accueille encore peu d'investisseurs étrangers, en dépit du nombre de sociétés mixtes. Les investissements réalisés sont néanmoins de grande ampleur, qu'il s'agisse de l'exploitation de mines d'or par la société américaine Newmont Mining, de la construction d'une usine automobile par Daewoo ou de la modernisation de l'industrie du tabac par British & American Tobacco. Compte tenu de la taille de l'économie ouzbèke (son PIB est estimé à 14 milliards de dollars), ces opérations ont une incidence directe sur les indices de croissance.

2. L'évolution de la structure des échanges extérieurs

L'Ouzbékistan est essentiellement un exportateur de matières premières, comme le coton (près de 50 % de l'ensemble de ses exportations et 76 % des exportations hors CEI), le gaz naturel (7 %), les engrais minéraux et les métaux non ferreux. Les ventes d'or effectuées par les entreprises étrangères qui exploitent des gisements ainsi que les placements d'or dans les banques étrangères ne sont pas comptabilisés dans les statistiques officielles du commerce extérieur. Les biens d'équipement ne représentent plus que 0,2 % de l'ensemble de ses exportations, ce qui traduit l'annulation des commandes passées par les entreprises d'autres États de la CEI.

La structure des importations évolue, par ailleurs, rapidement au profit, d'une part, des biens d'équipement et de moyens de transport, qui représentent plus d'un tiers des importations en provenance des pays tiers en 1996 contre moins d'un quart en 1994 et, d'autre part, des denrées alimentaires de première nécessité (un tiers de l'ensemble des importations en 1996).

Les importations de biens de consommation courante, qui sont l'apanage du secteur privé, ont chuté en 1996 en raison des réglementations sur le marché des changes qui ne devrait pas être libéralisé avant la fin de l'année 1997 selon les annonces officielles.

Malgré l'évolution rapide de la structure du commerce extérieur ouzbèk, celui-ci reste donc fragile car son équilibre dépend en grande partie des résultats agricoles, somme toute hypothétiques.

De ce fait, le pays qui programmait sa totale autosuffisance en céréales pour 1996, a subi un choc compte tenu des mauvais résultats agricoles et a dû importer des quantités importantes de céréales qui ont pesé largement dans le déficit de la balance commerciale. L'autosuffisance alimentaire reste donc très relative.

L'Ouzbékistan confirme, néanmoins, son indépendance en matière pétrolière et poursuit ses investissements dans le traitement d'huiles nationales.

D. LA MISE EN VALEUR D'UN HÉRITAGE MILLÉNAIRE

L'héritage des grands centres de l'Asie centrale constitue pour l'Ouzbékistan un atout primordial. Si Tachkent doit à son statut de capitale de l'ex-Turkestan russe, puis soviétique, l'installation des administrations, des universités et d'instituts de recherche, c'est surtout la présence des capitales des anciens khanats et des villes les plus prestigieuses de la région (Samarcande, Boukhara, Khiva...) qui confère à cette République une position privilégiée.

1. Des sites prestigieux

L'Ouzbékistan dispose de sites touristiques prestigieux dont la mise en valeur pourrait non seulement constituer une source non négligeable de devises mais aussi stimuler une part importante d'investissements.

Il s'agit, tout d'abord, de Samarcande, cité la plus renommée des villes d'Asie centrale. Coeur d'une vaste oasis nourrie par le Zérafchan, elle a été la capitale de la Sogdiane et a atteint son apogée sous Tamerlan. La jalousie des successeurs des Timourides, le déclin de la ville, puis plus récemment les tremblements de terre et l'urbanisme soviétique n'ont guère laissé subsister que quatre ensemble isolés : le Gour Emir (tombeau de Tamerlan), le Registan (trois madrasas du XVème et du XVIIème siècle), la Mosquée du vendredi (appelée Bibi khanim) et Chah-i Zind (rue bordée de mausolées du XIVème siècle). Aujourd'hui, les monuments épargnés, après avoir été l'objet de restaurations parfois zélées, sont menacés de mort rapide par les remontées salines de la nappe phréatique, qui rongent le bas de leurs murs.

Entre la mer d'Aral et l'Afghanistan, l'azur des coupoles du grand conquérant éclaire l'Ouzbékistan. Le merveilleux ouvrage12(*)l'or bleu de Samarkand " de Mme Frédérique Beaupertuis-Bresaud offre un somptueux bouquet de vues chargées d'édifices recouverts de carreaux émaillés où triomphe, comme a pu le constater la mission sénatoriale, le " bleu " de Samarcande "qui fait lever dans l'imagination des hommes, les images d'une ville orientale fabuleuse, traversée par les caravanes de la route de la soie ".

Avec ses vingt cinq siècles d'existence, Boukhara, l'une des plus importantes villes antiques et médiévales de l'Asie centrale, apparaît comme une véritable réserve architecturale, historique et culturelle où sont conservés les monuments d'époques très différentes. Qualifiée de "perle de l'orient ", Boukhara a joué le rôle d'un important centre administratif, commercial et culturel en Asie centrale. Les recherches archéologiques témoignent de la présence de colonies de chasseurs néologiques sur ce site. Cette cité a obtenu le statut de ville ouverte au monde et a fait l'objet d'un grand nombre de manifestations sous l'égide de l'UNESCO ces derniers mois.

Enfin, Khiva, apparue au milieu du premier millénaire avant notre ère, est l'une des villes phares de la région du Khorezm de l'Ouzbékistan indépendant. Elle constitue un véritable parc national d'architecture.

2. La découverte de l'Ouzbékistan par la modernisation de la flotte aérienne

Le fort potentiel touristique -800.000 entrées en 1996- a notamment conduit l'Ouzbékistan à moderniser sa flotte aérienne.

La compagnie aérienne Ouzbékistan Airways a souhaité développer les vols charters avec " les tour-opérateurs " asiatiques et européens pour favoriser l'entrée de devises.

A l'heure actuelle, cette compagnie, autrefois dans le giron d'Aeroflot, tire encore une part importante de ses revenus de son centre de maintenance de Tachkent, principal centre de révision dans le monde des Ilyouchin 62, des IL 76, des IL 86 et Tupolev TU 154. Elle possède encore une centaine d'avions de plus de 10 types différents, notamment des Tupolev TU 154 (mis en service en 1968) des Ilyouchin IL 62 (mis en service en 1967) et des Yak 40 classés " hors d'âge "; la compagnie a néanmoins acheté deux airbus A 310-300 en 1993 et 2 boeing 767. Ces derniers sont exploités sur les 75 vols internationaux hebdomadaires (Londres, Francfort, Amsterdam, Bangkok, New-York, Pékin, Kuala Lumpur et Athènes). En outre, Ouzbékistan Airways a commandé trois avions régionaux RJ 85 -construits par British Aerospace-, dont le premier exemplaire a été livré le 10 juillet dernier. Ces trois quadrimoteurs -dont le coût dépasse les 85 millions de dollars- seront exploités sur les lignes à fort potentiel touristique desservant les villes historiques.

Les atouts dont dispose l'Ouzbékistan sont largement mis en valeur sur la scène diplomatique internationale. Les voyages en France et aux Etats-Unis du Président Karimov en 1996, la signature de l'accord de partenariat et de coopération avec l'Union européenne, la résistance aux pressions russes et le renforcement de l'armée ouzbèke, dont l'effectif avoisine aujourd'hui 100.000 hommes, constituent les signes tangibles de l'ouverture de la politique étrangère de l'Ouzbékistan.

Cette affirmation sur la scène diplomatique ne doit pas masquer la présence de réelles difficultés.

II. DES NOEUDS GORDIENS À TRANCHER

L'Ouzbékistan est confronté à des problèmes dus à l'insuffisance des réformes structurelles aux risques de tensions sociales qui se développent ainsi qu'à sa situation géopolitique.

A. DES RÉFORMES STRUCTURELLES NETTEMENT INSUFFISANTES

1. Les conséquences de la " voie ouzbèke "

Les dirigeants ouzbèks se félicitent de ne pas avoir sacrifié le secteur public et la politique sociale sur l'autel de la " thérapie de choc " qui leur était recommandée. Si le rythme des réformes a été jugé lent au début de l'indépendance, il s'est accéléré en 1994. L'année 1995 a été d'ailleurs couronnée par un satisfécit du FMI et de la Banque mondiale, qui lui a été néanmoins retiré en 1996. Il semble que cette " voie ouzbèke " ait porté ses fruits, puisque le pays a subi depuis 1992 une récession moins forte que dans le reste de la CEI, et que l'année 1997 devrait marquer le retour à la croissance.

Toutefois, certains progrès, notamment en matière de contrôle du déficit budgétaire et de réduction de l'inflation, restent fragiles, les réformes structurelles étant largement insuffisantes.

La privatisation est menée à un rythme relativement lent
. A la mi-1995, 2.300 grandes ou moyennes entreprises sur un total de 11.800 (soit environ 20 %) avaient été privatisées selon des modes divers. Au cours de l'année 1996, le gouvernement prévoyait de dénationaliser plus de 400 grandes et moyennes entreprises. Un programme de privatisation plus massif faisant intervenir des fonds d'investissement est entré en application en octobre 1996.

Une seconde phase, allant de juillet 1997 à juin 1998, devrait permettre la vente de 300 autres entreprises. Néanmoins, un maximum de 30 % des actions revenant à des fonds d'investissement, l'Etat contrôle encore la plupart de ces entreprises prétendument privatisées.

S'agissant des petites entreprises, 63.000 -soit plus de 50 %- ont été cédées à des particuliers.

En outre, la restructuration des entreprises a été longtemps paralysée. Les effets de la loi sur les faillites, adoptée en mai 1994, restent relativement faibles : en 1995, une vingtaine de grandes et moyennes entreprises ont été mises en liquidation et moins de cinquante faillites ont été déclarées en 1996.

La réforme agraire ne semble pas constituer, malgré son importance, une priorité gouvernementale. Si nombre de fermes d'Etat ont été transformées en coopératives ou en sociétés anonymes, cela n'a pas eu de véritable impact sur le comportement des entreprises. L'Etat possède d'ailleurs encore la majeure partie des terres, même si des baux de 50 à 99 ans sont autorisés. De plus, seul un cinquième des terres est détenu par les fermiers privés.

Cette insuffisance des réformes structurelles fait que, de façon générale, la création d'entreprises privées reste encore marginale : on estimait, fin 1996, à 27.000 environ le nombre de PME privées.

2. L'encadrement du marché des changes et ses effets sur l'économie

Le risque de change est le risque le plus important que l'Ouzbékistan fait courir aux hommes d'affaires étrangers qui ont des activités commerciales sur son territoire. L'évolution du cours du soum tout au long de l'année 1996 est en effet révélateur. Ainsi, au cours de la période allant de fin juillet à début octobre 1996, la dépréciation nominale au cours officiel de la monnaie nationale, a été de 6,2 % (passant de 38 à 40,5 soums pour 1 dollar) alors que le taux sur le marché parallèle s'est déprécié de 28 % (passant de 51 à 70 soums pour 1 dollar). Le cours de la monnaie nationale, mise en circulation en juin 1994, et qui été dévaluée de 40 % en 1995, s'est stabilisé en 1996 du fait d'une politique de soutien artificiel. Néanmoins, cette politique a entraîné un écart avec le cours du marché " noir " atteignant 55 % fin 1996 et plus de 160 % en avril 1997.

Les procédures de change, dont les modalités échappent totalement aux observateurs extérieurs, ont été modifiées à plusieurs reprises par les autorités monétaires, et les banques commerciales ne disposent toujours pas librement de leurs avoirs, les transferts effectués au profit d'importateurs de biens de consommation devant toujours être expressément autorisés. Les sociétés, dont la totalité des recettes n'a pas été convertie, se voient proposer la possibilité d'accès à une bourse de " matières premières " où les prix pratiqués se situent à 10 ou 20 % au-dessus des cours mondiaux. Selon le Président Karimov, les montants convertis en 1996 seraient de 3,3 milliards de dollars, contre 1,3 milliard de dollar l'année précédente.

Les réformes annoncées par le Président Karimov concernant l'accès des banques commerciales au marché interbancaire des devises ont eu d'abord un effet d'annonce positif puis le marché parallèle a rapidement réagi en dévaluant le soum de 5 % qui est revenu à son taux de 110 soums pour 1 dollar.

En désaccord avec cette politique de change, le FMI a suspendu en décembre 1996 la signature de l'accord prévoyant l'octroi d'un crédit de confirmation de 185 millions de dollars, conditionné par la libéralisation de ce marché. Les organisations internationales avaient en effet attendu 1995, et le début des réformes, pour se décider à accorder leur soutien à l'Ouzbékistan : en janvier 1995, le FMI a versé au Gouvernement, au vu de son programme économique, 900 millions de dollars, suivis d'une deuxième tranche de crédit de 260 millions de dollars (facilité de transformation systématique) en décembre de la même année ; il lui a fixé alors pour objectifs de libéraliser le marché des changes et d'appliquer une politique monétaire et financière stricte.

L'encadrement de la politique des changes rend ainsi fragile les progrès ouzbèkes dans la lutte contre l'inflation et le contrôle du déficit budgétaire.

B. UN ÉTAT EN PROIE À DE NOMBREUSES TENSIONS

L'Ouzbékistan est soumis à de multiples tensions politiques tant à l'intérieur de ses frontières que de la part des Etats voisins.

1. Les clivages au sein de l'Ouzbékistan

Des risques d'instabilité politique existent en Ouzbékistan. Ils sont liés d'une part, à un fort régionalisme politique au sein de l'appareil de l'Etat et, d'autre part, à la présence de nombreuses minorités sur le territoire national.

a) Le poids du régionalisme au sein du pouvoir central

La représentativité de chaque région -et particulièrement de Boukhara, Tachkent et du Ferghana- au sein du pouvoir central constitue en Ouzbékistan un facteur déterminant dans le bon fonctionnement des institutions.

Ce régionalisme a conduit à l'apparition de véritables factions. Leur prise en compte est indispensable à une bonne compréhension de la vie politique ouzbèke.

De 1925 à 1937, un relatif équilibre entre régions (Tachkent, Ferghana et Boukhara) avait été respecté. Mais, dès 1937, c'est la faction du Ferghana qui a prédominé. Elle va s'allier progressivement avec la région de Tachkent, ces deux régions incarnant la partie la plus " ouzbèke " et la moins persane du pays. Cet axe Tachkent-Ferghana va conserver le pouvoir jusqu'en 1959, date à laquelle sont arrivés des apparatchiks, purs produits du système soviétique. La faction Tachkent-Ferghana reviendra au pouvoir dès 1988. L'élection d'Islam Karimov comme premier secrétaire en juin 1989 et son maintien au pouvoir consacre la domination actuelle de la faction Samarkand-Djizak.

b) L'importance du facteur ethnique

Si, parmi les " citoyens ouzbèks ", ceux de " nationalité ouzbèke " sont nettement majoritaires, deux ethnies, du fait de leur importance numérique, de leur conscience identitaire, de leur amertume face à des évolutions historiques plus ou moins récentes et de leurs appuis extérieurs potentiels, pourraient être sources de tensions dans l'avenir : il s'agit des Tadjiks et des Russes.

La minorité russe, à laquelle se sont assimilés des Ukrainiens, des Tatars de Kazan et de Crimée, des personnes issues de mariages mixtes, échappe difficilement au sentiment de supériorité classique chez les " colons " des divers empires. Cette conscience de constituer le peuple d'élite se mêle à la nostalgie de l'URSS, - " à l'époque de l'Union, nous allions en vacances en Crimée ou au lac Issyk-Koul "- et aux frustrations éprouvées face à " l'ouzbékisation ", celle -rapide- des cadres, celle -plus lente mais apparemment irréversible- de la langue. Les Russes s'estiment actuellement victimes d'un " favoritisme tribal " au profit des Ouzbèks et s'interrogent sur leur avenir dans ce pays qui fut le leur et dont ils ne savent plus très bien s'il l'est encore. Déjà 400.000 Russes, sur un total de 1,6 million, ont quitté l'Ouzbékistan. Ce rythme s'est néanmoins considérablement ralenti depuis deux ans.

Le risque que les 3/4 restants créent dans ce pays une agitation irrédentiste paraît aujourd'hui très réduit : l'éloignement de la Russie, avec laquelle l'Ouzbékistan n'a pas de frontière commune, la dispersion des Russes à travers le territoire ouzbèk -en dehors des " enclaves " où ils demeurent nombreux que constituent les combinats de Zarafshan, d'Outchkoudouk et de Navoi-, les efforts du pouvoir pour assurer une certaine convivialité entre les diverses ethnies amènent la plupart des " citoyens ouzbèks " de " nationalité russe " à considérer qu'ils n'ont le choix qu'entre deux solutions : le retour dans un pays où ils devront affronter les difficultés d'une réinsertion problématique et l'adaptation à une " ouzbékisation " guère enthousiasmante mais apparemment incontournable. Ce n'est que dans l'hypothèse d'une grave crise économique génératrice de tensions entre ethnies que les discours pan-russes de certains politiciens moscovites pourraient trouver ici un écho favorable.

Les Tadjiks, terme qui désigne actuellement les populations d'Asie centrale et d'Afghanistan ayant pour langue maternelle le Persan, sont estimées officiellement en Ouzbékistan à un million de personnes. Néanmoins les intéressés affirment être 4 millions, ce qui représenterait 20 % des " citoyens " ouzbèks. Ce flou n'est pas dû seulement aux estimations des diverses parties. Il résulte aussi de la difficulté à qualifier des gens qui, quasiment tous, parlent également l'Ouzbèk, langue comportant un très grand nombre de mots persans, et qui se déclarent de telle nationalité ou de telle autre selon les circonstances et les interlocuteurs.

Les Tadjiks sont habitués à dépendre des Gouvernements " étrangers " : en effet, depuis la fin de l'époque des Samanides, à la césure du Xème et du XIème siècles, et jusqu'à la conquête russe, ils ont été soumis à des pouvoirs turcs, mongols ou turco-mongols. Néanmoins les lettrés, qu'ils fussent tadjiks ou ouzbèks, ont eu le persan classique pour langue de culture. Or, avec la domination tsariste et surtout soviétique, le russe avait la place du persan. Les autorités " coloniales " ont d'ailleurs favorisé systématiquement les ouzbèks, moins résistants à l'acculturation, que les Tadjiks, plus soucieux de préserver leur patrimoine culturel. Ces derniers, après avoir souffert de la russification, subissent désormais " l'ouzbékisation ".

S'il est vrai que le Gouvernement a interdit le mouvement " nationaliste " intitulé " société Samarkand ", il continue à accorder aux Tadjiks un certain nombre d'avantages : là où ils sont majoritaires, en effet, ils contrôlent l'administration locale et la gestion des kolkhozes. De plus, dès qu'ils sont suffisamment nombreux, les tadjiks disposent d'écoles primaires et secondaires où l'enseignement est dispensé dans leur langue, avec toutefois l'obligation de poursuivre les études supérieures en ouzbèk ou en russe depuis que Tachkent a décidé de ne plus reconnaître les diplômes délivrés par l'Université de Douchambe.

Aussi, le sentiment qui prévaut, outre celui de l'injustice de l'histoire, est celui de l'impuissance à résister à " l'ouzbékistation ", les intéressés eux-mêmes n'utilisant pas toujours les facilités, notamment scolaires, qui leur sont offertes. En tout état de cause, dans leur immense majorité, les Tadjiks ne conçoivent pas leur avenir séparé des Ouzbèks. Ils vivent avec eux en symbiose étroite, partageant notamment les mêmes croyances religieuses et les mêmes coutumes, et sont liés au surplus par de nombreux mariages mixtes. Les plus téméraires rêvent même, pour l'avenir, d'une fédération entre les deux Etats ou chacune de ces ethnies est majoritaire. Il est vrai que beaucoup d'intellectuels de Boukhara ou de Samarkand ont poursuivi leurs études en langue tadjike à l'université de Douchambe et y ont noué des amitiés avec leurs condisciples originaires du Tadjikistan.

En revanche, lettrés et paysans affirment n'avoir aucune affinité avec leurs voisins afghans de langue dari et n'éprouver qu'indifférence à la perspective, fort hypothétique au demeurant, d'un regroupement de ces derniers avec les " citoyens " de la République du Tadjikistan dans un même État, comme pour la minorité russe. C'est seulement dans le cas où une crise profonde surviendrait à l'intérieur même de l'Ouzbékistan que l'idée d'un " grand Tadjikistan ", réunissant les Tadjiks des trois pays entre lesquels ils sont répartis, pourrait trouver ici des partisans.

Les autres groupes ethniques ne paraissent guère susceptibles de poser, à court ou moyen terme, un grave problème de coexistence, en raison notamment de leur faiblesse numérique. Les Juifs ont très largement émigré. Les Coréens vivent en bonne entente et en communauté d'intérêt avec les Ouzbèks. C'est le cas également pour les Arméniens : lors de la consécration de leur église à Samarkand, le Hakim de la région et celui de la ville étaient présents, et l'on se référa à la protection accordée par l'Islam aux " gens du livre ". Quant aux Ouïghours, qui constituent une ethnie proche des Ouzbèks, s'il est vrai qu'ils comptent ici quelques émigrés activistes qui rêvent d'un grand " Oüighouristan " et s'inquiètent de la sinisation du Turkestan chinois, ils ne constituent pas un facteur d'agitation, en raison de leur petit nombre -environ 30.000- et de la surveillance dont ils sont l'objet.

2. Une politique extérieure à l'épreuve des crises

Aux frontières de l'Ouzbèkistan, le conflit afghan et la crise tadjike créent des risques de déstabilisation.

La grande inquiétude de l'Ouzbékistan est de se voir marginaliser par l'axe Téhéran-Moscou, fondé sur le refus de la pénétration américaine en Asie centrale et de la mise en place de gazoducs et d'oléoducs qui passeraient ailleurs que sur les territoires russes ou iraniens.

Aux yeux des Ouzbèks, cet axe s'est en partie concrétisé au Tadjikistan et en Afghanistan : l'accord de paix au Tadjikistan entre les Gharmis (supposés pro-iraniens) et les Koulabis (pro-Moscou), ainsi que le soutien conjoint de l'Iran et de la Russie à Massoud, ont eu tendance à accréditer à Tachkent l'idée que Moscou et Téhéran jouaient la carte d'un " Grand Tadjikistan ". Les responsables ouzbèks considèrent que l'instabilité au Tadjikistan est un alibi utilisé par les Russes pour se maintenir militairement dans la région.

Par ailleurs, la complaisance américaine envers les Talibans a entraîné une certaine crise de confiance envers Washington, qui est pourtant, vu de Tachkent, le meilleur contrepoids à l'influence russe13(*).

L'armée des Talibans sur la frontière ouzbèke, outre le danger d'une relance de l'islamisme en Ouzbékistan, a mis en lumière une certaine faiblesse de la politique étrangère de Tachkent : une armée trop peu nombreuse, la permanence du facteur russe et la fiabilité relative de l'allié américain.

Soucieux de ne pas être impliqué dans le conflit afghan, l'Ouzbékistan a fermé complètement sa frontière sur l'Amou-Daria, des blocs de béton ayant été placés sur le " Pont de l'amitié " pour interdire tout passage.

Ainsi, la guerre civile qui sévit en Afghanistan paraît être le plus grand obstacle à l'ouverture de l'Ouzbékistan vers le Sud.

Dans une moindre mesure, il en est de même, de la crise au Tadjikistan
. En effet, depuis le départ du Général Dostum, l'Ouzbékistan, en fermant sa frontière sud, a compliqué du même coup le règlement du conflit au Tadjikistan, en empêchant le retour des réfugiés Tadjiks du Nord de l'Afghanistan. Les déplacements de Termez à Douchambe sont ainsi interdits de fait, rendant l'application de l'accord de paix du 27 juin dernier au Tadjikistan quasiment impossible alors que ce rapatriement avait joué un grand rôle dans le processus de réconciliation.

Si la mission sénatoriale a pu constater une attention vigilante des autorités oubèkes à toute évolution au Sud de ses frontières, elle a néanmoins pu se rendre compte du sang froid avec lequel un grand nombre d'interlocuteurs analyse les conflits tadjik et afghan.

C. DES TENSIONS SOCIALES SOUS-JACENTES

Malgré la politique gradualiste du Gouvernement, le niveau de vie de la population a été très affecté par la récession économique. Il est toutefois difficile d'évaluer la chute réelle du pouvoir d'achat des ménages : en effet, les revenus monétaires ne reflètent qu'une partie d'un niveau de vie grandement soutenu par l'auto-consommation. Néanmoins, les experts s'accordent à considérer que la situation sanitaire de la population s'est considérablement dégradée depuis l'indépendance, sous l'effet conjugué d'une consommation alimentaire déséquilibrée, voire insuffisante, et du difficile accès aux soins médicaux les plus élémentaires. La brusque augmentation des prix intervenue en avril 1996 n'a été que partiellement compensée par une réévaluation simultanée des salaires, retraites et pensions de 40 % en moyenne. Début 1997, le salaire moyen mensuel représentait l'équivalent de 80 dollars environ. Dans le même temps, la politique d'assainissement budgétaire à entraîné une réduction des subventions : en 1996, les aides aux services d'entretien des habitations ont été réduites de 50 % et les subventions aux consommations d'eau et de chauffage, de 80 %.

La privatisation des logements est, quant à elle, presque achevée. La plupart des logements ayant été cédés à leurs occupants avant le lancement officiel de l'opération en septembre 1992, celle-ci n'a pratiquement concerné que les logements appartenant à des entreprises ou aux autorités locales. Si depuis un an un véritable marché immobilier se développe, il se caractérise par une hausse assez rapide des prix, consécutive à l'interruption de la vague d'émigration russe.

Par ailleurs, le maintien du niveau de vie est difficile pour une population qui croit incomparablement plus vite que les emplois nouveaux et aura doublé dans vingt ans. Que se passera-t-il dans les années à venir dans le Ferghana surpeuplé - plus de 25 % de la population sur 5 % du territoire national ? La démographie la plus élevée de la région -500.000 habitants supplémentaires chaque année- créera immanquablement de graves déséquilibres économiques et sociaux. Dans un pays où la moyenne d'âge est de 15 ans, une jeunesse de plus en plus nombreuse, fascinée par le mode de vie occidentale mais trouvant difficilement des emplois, n'acceptera pas toujours le respect et l'obéissance qu'elle doit, selon les us et coutumes, aux anciens.

La cohésion sociale encore largement fondée sur des relations de famille à la fois étroites et étendues, pourrait être, par ailleurs, mise en cause par l'enrichissement rapide d'une minorité et les conditions de vie difficiles de la grande majorité, d'autant que le passage à l'économie de marché entraîne peu à peu une montée du chômage, actuellement maintenu artificiellement bas par la persistance du suremploi dans les entreprises d'Etat. Des catégories professionnelles naguère relativement favorisées par le régime, -intellectuels, artistes, enseignants, chercheurs- sont aujourd'hui exposées à d'importantes difficultés. L'enseignement, en particulier, est menacé par la fuite des cerveaux. Il continuera sans doute à former plus encore qu'auparavant une élite d'excellent niveau international, mais dès à présent, l'avenir est inquiétant pour la masse et les cadres moyens.

CHAPITRE III -

LE TURKMÉNISTAN : ENTRE TRADITION ET TRANSITION

Depuis son indépendance, le Turkménistan demeure dans la région l'Etat dont la stabilité semble la plus assurée. Par ailleurs, à la tête d'un pays, disposant de nombreux atouts, notamment sur le plan énergétique, le Président Saparmourad Niazov a entrepris une politique extérieure très active. Néanmoins, la recherche du désenclavement économique s'avère difficile pour ce pays en transition, très marqué par le poids du passé.

I. UNE POLITIQUE AMBITIEUSE

La politique ambitieuse menée par le Président Niazov repose en grande partie sur le potentiel énergétique et agricole du Turkménistan.

A. UN POTENTIEL IMPORTANT

Le sol et le sous-sol du Turkménistan constituent un atout considérable pour cet Etat d'Asie centrale. Le pays dispose d'ailleurs, à l'heure actuelle, de réserves en devises importantes que d'aucuns qualifient de véritable " trésor de guerre présidentiel " en raison de la forte personnalisation du pouvoir.

1. L'énergie des sables

a) La " manne " gazière

Le Turkménistan est la deuxième région gazière de la CEI après la Russie. Le champ de Danletabab Donmez (à l'Est du pays, à la frontière de l'Iran) constitue 50 % des réserves. Les champs de Shatlyk et Marskoye se trouvent dans la même région. Les autres champs en production sont situés dans le bassin de l'Amou Daria (Naip, Chardzhon...)

LA PRODUCTION GAZIÈRE

(en millions de m 3)

1985

1990

1995

1996

77,6

81,9

30,1

32,8

Source : BP

Malgré la forte chute de la production, le niveau relativement bas de la consommation intérieure permet à cet Etat de disposer d'une réelle capacité exportatrice.

LA CONSOMMATION DE GAZ

Consommation

en millions de m3

1985

1990

1995

1996

Turkménistan

8,6

9,8

8,0

8,4

Source : BP

Au-delà de la production actuelle du Turkménistan, la mer Caspienne, aujourd'hui encore virtuellement inexplorée pour les profondeurs au delà de 100 mètres, peut être comparée au Golfe du Mexique dans les années 1950 ou à la mer du Nord des années 1960.

Les réserves en gaz du Turkménistan sont évaluées à environ 8.000  millions de mètres cubes.

LES RÉSERVES EN GAZ

 

Rapport Gouvernement américain

BP statistical review

en millions de m3

Réserves prouvées

Réserves possibles

 

Turkménistan

4 400

4 500

2 980

Source : BP

b) La richesse pétrolière

La deuxième richesse industrielle du Turkménistan est le pétrole.

La production d'huiles s'est moins fortement dégradée lorsqu'on compare ce niveau à celui des autres pays de la mer Caspienne. Evoluant autour de 150.000 barils par jours (b/j) entre 1985 et 1990, il est descendu à 70.000 b/j en 1995, pour remonter à 111.000 b/j en 1996.

PRODUCTION D'HUILES

Production (1.000 b/j)

1985

1990

1995

1996

 

121

113

70

111

Source : AIE-BP

Le Turkménistan a adopté, en novembre 1993, un programme pour porter sa production de pétrole brut à environ 560.000 b/j en 2000.

La consommation étant relativement stable autour de 80.000 b/j, le bilan pétrolier est relativement équilibré et le pays importe seulement de petites quantités de produits raffinés.

CONSOMMATION D'HUILES

Consommation (1.000 b/j)

1985

1990

1995

1996

 

95

90

80

80

Source : AIE/ BP

Les réserves du Turkménistan sont évaluées à 1.500 millions de barils et les réserves possibles à 32.000 millions de barils.

LES RÉSERVES EN HUILES

(en millions de barils)

Rapport Gouvernement américain

BP Statistical review (1997)

Réserves prouvées

Réserves possibles

Réserves prouvées

1.500

32.000

1 000

Source : AIE/ BP

Les compagnies internationales jouent un rôle important dans la stratégie du Turkménistan, mais les difficultés rencontrées par la compagnie Bridas (production de 15.000 b/j en 1995), qui s'est vue suspendre sa licence d'exportation en novembre 1995, incitent désormais les grandes multinationales à faire preuve de prudence.

2. Un producteur de coton de qualité

L'agriculture représentait, en 1995, 17 % du PNB et occupe 50 % de la population active. Si l'élevage ovin ainsi que les peaux et laines (Astrakan) assurent une production de viande suffisante pour la consommation intérieure, le pays doit importer les deux-tiers de ses besoins en céréales, la moitié du lait et tout son sucre.

" Pays aux champs semés de laine végétale "... Ainsi décrivaient le Turkménistan, il y a deux mille ans, quelques voyageurs chinois attirés par les riches plaines irriguées, couvertes de coton, d'autant plus surprenantes qu'il fallait, pour les atteindre, traverser de terribles déserts.

L'agriculture reste donc centrée sur le coton, réputé pour sa qualité. Le pays est toujours parmi les dix premiers producteurs mondiaux, avec plus de 400.000 tonnes par an.

PRODUCTION DE COTON
(millions de tonnes)

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1,457

1,433

1,300

1,341

1,283

1,350

Source : Goskomskat, Banque mondiale

Les terres arables couvrent seulement 2,5 % du territoire turkmène. 50 % de ces surfaces cultivées sont irriguées soit par l'Amou Daria, soit par le canal du Karakoum, et consacrées à la production de coton. Les régions les plus productrices sont Tashanz (30 %), Mary (33 %), Lebop (25 %) et Aktal (12 %). Le coton représente ainsi 24 % des ventes du Turkménistan à l'étranger.

3. Les réserves monétaires du pays

S'agissant des réserves en devises, trois chiffres sont avancés. Selon le Président de la Banque centrale, elles s'élèvent à 1,150 milliard de dollars. Des sources officieuses estiment à près de 3 milliards de dollars les réserves du pays réparties dans des banques allemandes, britanniques et américaines. Il semble toutefois certain que le Turkménistan dispose auprès de la Deutsche Bank de réserves de l'ordre de 1,5 milliard de dollars (produit des ventes de gaz effectuées en Europe, par le canal de la Russie, pendant les neuf premiers mois de l'année 1993 au cours du marché mondial). Ce montant serait complété par des avoirs de l'ordre de 500 millions disséminés dans diverses banques à l'étranger.

Au total et selon les sources considérées (1,150 milliard, 3 milliards, 2 milliards de dollars), les réserves du Turkménistan représenteraient entre 12 mois et 27 mois d'importations.

Le niveau élevé de ces réserves a été un facteur important dans la décision du Turkménistan de ne plus livrer de gaz aux pays de la CEI depuis le début de l'année 1997.

B. UNE POLITIQUE DE NEUTRALITÉ ET DE STABILITÉ

La vie politique au Turkménistan est dominée par la personnalité du Président Niazov. Celui-ci a opté pour une politique de neutralité tant vis-à-vis tant des Etats voisins que des principales organisations internationales, permettant d'assurer une certaine stabilité à son pays.

1. Une politique de neutralité et de coopération

Le Turkménistan participe aux diverses organisations internationales telles que la CEI, l'ONU, l'OSCE et la BERD. Il a adhéré au mouvement des non-alignés et s'est engagé dans le processus du Partenariat pour la Paix. Néanmoins, le Président Saparmourad Niazov a refusé de faire adhérer le Turkménistan à des organisations supranationales afin de ne pas altérer la souveraineté du pays. Il a ainsi émis des réserves sur les volets politique et militaire de la CEI et a refusé d'intégrer l'Union économique et douanière conclue entre le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Kirghizstan. Le Turkménistan a, en outre, été doté d'un statut de neutralité permanente le 12 décembre 1996, à l'Assemblée générale des Nations unies.

Le Turkménistan cherche, par ailleurs, à promouvoir la stabilité régionale en menant une politique de bon voisinage. Cette politique extérieure active a deux objectifs essentiels : d'une part, attirer les investissements étrangers, d'autre part, faciliter la reprise d'échanges commerciaux réguliers permettant l'accès aux mers chaudes.

En raison de sa situation géopolitique, le Turkménistan -pays pris en étau entre l'Iran et la Russie- a opté pour un partenariat avec la Russie. Il a ainsi négocié avec cette dernière l'accord sur la double nationalité et a conclu, le 15 novembre 1995 un accord avec Gazprom -dénoncé depuis lors-. Il a, par ailleurs, développé une étroite coopération avec l'Iran.

D'aucuns estiment que le Turkménistan renoue actuellement avec la tradition du " grand jeu " du XIXe siècle en se rapprochant, non seulement des Etats-Unis par la signature d'un accord avec un consortium mené par Mobil pour valoriser une zone de 20.000 km², mais aussi de l'Iran, par la construction d'ici la fin de l'année d'un pipe-line d'une capacité de 12 millions de m3.

2. Un Etat dont la stabilité paraît assurée

La stabilité du Turkménistan tient, tout d'abord, à l'homogénéité de sa population. S'il existe une diaspora turkmène estimée à environ deux millions de personnes en Iran, Afghanistan et Ouzbékistan, 77 % de la population de cet Etat est d'origine turkmène. Cette grande homogénéité ethnique est à souligner dans une zone où elle s'avère rare.

La stabilité de cet Etat à la population homogène tient aussi, et surtout, à la personnalité de son Président
, qui fait l'objet d'un culte croissant de la personnalité. Avec le titre de Turkmen-bachi (Chef des Turkmènes), Saparnourad Niazov (ex-premier secrétaire du parti communiste turkmène depuis 1985) est devenu, le 27 octobre 1991, le Président d'un Etat au régime présidentiel de type personnel, soucieux avant tout de préserver la concorde entre les principales confédérations tribales des Turkmènes.

Après avoir été confirmé à son poste en juin 1992, il s'est fait réélire pour un mandat de 8 ans avec 99 % des suffrages. Selon certains, le Turkmenbachi préparerait la population et notamment le Mejilis à l'idée d'une présidence à vie.

Le Président Niyazov exerce donc un pouvoir sans partage.

II. LES HANDICAPS ET LES ALÉAS

La politique de stabilité et de coopération du Président Niazov se heurte à de nombreux handicaps et aléas.

A. DES RICHESSES NATURELLES DIFFICILES Á VALORISER

Le Turkménistan est confronté à deux difficultés majeures dans la valorisation de ses ressources de gaz et de pétrole. Il s'agit, d'une part, de la mauvaise solvabilité de ses clients qui ont été jusqu'au début de l'année 1997 constitués surtout des pays de la zone CEI ; d'autre part, cet Etat souffre d'un enclavement géographique.

1. La contrainte des débouchés

La définition des voies et des modalités d'acheminement des hydrocarbures de cette région constitue, aujourd'hui, le préalable indispensable à la mobilisation effective des investissements privés dans le domaine de l'exploration-production. De plus, les problèmes posés par le développement de nouveaux conduits apparaissent, à bien des égards, comme étant autant de nature stratégique que financière.

a) L'exportation du gaz turkmène

Le Turkménistan est aujourd'hui le pays le plus concerné par la problématique de l'écoulement gazier. Cet Etat a trois objectifs : réduire sa dépendance à l'égard du réseau de " pipes " russes, assurer le paiement de ses livraisons de gaz dans de meilleurs délais, enfin, trouver des investisseurs étrangers pour les projets de production.

Les gazoducs existants évacuent le gaz turkmène vers la Russie via l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Le gaz est ensuite redistribué vers des pays où il n'est pas en compétition avec le gaz russe (Ukraine et Caucase pour l'essentiel), les autorités russes ayant en novembre 1993 mis un terme à la possibilité pour le Turkménistan de livrer du gaz à l'Europe via le réseau Gazprom (11 milliards de m3/an). Plus précisément, les routes d'évacuation actuelles passent par le Nord le long de la mer Caspienne (Turkménistan-Kazakhstan-Russie), et par le Nord-Ouest (Chardhzou-Ouzbékistan-Kazakhstan-Russie), les deux lignes se rejoignant à Beyneu (Kazakhstan), au Sud-Est de Tenguiz.

Le Turkménistan avait passé un accord avec Gazprom, en novembre 1995, permettant la commercialisation de 48 milliards de m3 par an. Lassé de ne plus être payé, il ne fournit plus de gaz depuis mars 1997. Le pays recherche donc activement des itinéraires autres que la voie russe pour exporter vers des nations à devises fortes.

Quatre projets d'acheminement sont actuellement à l'étude, soulevant chacun, à l'instar des routes de désenclavement du pétrole kazakh, des difficultés d'ordre politique, juridique et technique.

La route de l'Est (Chine-Mer Jaune)

La construction d'un gazoduc de 6.700 km traversant le Kazakhstan et la Chine jusqu'en mer Jaune est envisagée, le Turkménistan étant déjà relié au Kazakhstan par le gazoduc Turkmenbashi-Beyneu. L'étude de faisabilité serait menée par Mitsubishi, Exxon (via Esso China Inc.) et CNPC (China National Petroleum Company). Il est à noter, par ailleurs, que la Russie et la Chine prévoient elles-aussi, la construction d'un gazoduc de 3.000 km à partir du champ de Kovyktin pour desservir la région de Pékin.

La route du Sud-est (Turkménistan - Pakistan)

La construction d'un gazoduc de 1.900 km à travers le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan est actuellement étudiée par les sociétés Unocal, Delta, Gazprom et Turkmenrosgaz. Les pourparlers sont déjà très engagés avec la signature du premier accord entre le Turkménistan, Unocal et Delta en octobre 1995, celle d'un protocole d'accord entre le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan en mai 1996, suivi d'un protocole d'accord entre le Turkménistan, l'Afghanistan, le Pakistan, Unocal et Delta en 1997. Le coût du projet est évalué à 2,5 milliards de dollars.

La route de l'Ouest (Turkménistan-Azerbaïdjan)

La construction d'un " pipe " (gazoduc/oléoduc) sous-marin reliant Turkmenbashi à Bakou permettrait d'évacuer le gaz turkmène via le gazoduc existant Bakou-Soupsa. Une option serait de relier les champs gaziers de l'Est, tels que Chardhzou, à Turkmenbashi.

La route du Sud-ouest (Turkménistan-Turquie)

Un protocole d'accord entre le Turkménistan, l'Iran et la Turquie sur la création d'un gazoduc vers la Méditerranée a été signé le 28 décembre 1996, suivi d'un deuxième protocole d'accord conclu le 14 mai 1997. Estimé à 190 millions de dollars, le projet connecterait les gazoducs turkmènes et turc existants au réseau iranien pour obtenir une ligne Ekarem-Neka-Tabriz-Erzurum-Ankara. La partie Neka-Tabriz existe, la partie Ekarem-Neka est en construction, et le tronçon Tabriz-Erzurum-Ankara est envisagé. Une variante à ce projet consisterait à relier Tabriz à Ceyhan par une ligne sud Ekarem-Neka-Tabriz-Midyat-Ceyhan. Une deuxième connection Turkménistan-Iran est également envisagée, qui relierait Chardhzou, dans l'Est turkmène, au gazoduc existant dans le Nord-Est de l'Iran (ligne Neka-Meched).

Trois accords principaux ont été signés au cours de la période récente pour des champs situés dans l'Ouest du pays.

- Le projet Nebitdag associe Monument, Mobil et le Turkménistan. Cet accord prévoit l'exploration d'une zone de 2.000 km² onshore et le développement de cinq champs gaziers et pétroliers, notamment Nebitdag, Burun et Kyzyl-Kum à l'Ouest du pays. Après le protocole d'accord signé en 1996, par lequel Monument s'engageait à investir 50 millions de dollars sur 5 ans (coût total de la campagne sismique évalué à 300 millions de dollars), Mobil a rejoint le Britannique en février 1997. Le même mois, la zone d'exploration onshore a été étendue à 18.000 km² avec des droits exclusifs accordés à Monument et à Mobil.

- Le projet Petronas Carigali (Malaisie) concerne, d'une part, l'exploitation des champs pétroliers de Livnacvna et Esenov et des champs gaziers de Barinova, Livanova et Gubkina au large de Chekelen. Le forage a débuté en août 1997 sur une surface de 1.467 km².

- Le projet Larmag Cheleken a trait à l'exploitation du champ pétrolier offshore de Cheleken. Les partenaires sont Dragon Oil (enregistrée en Irlande mais dont l'actionnaire majoritaire est Sinoil Philippines, filiales de Sinophil corp. HK) qui a formé avec le Hollandais Larmag une joint venture (JV) ayant 45 % des parts, le gouvernement turkmène (50 %) et Chelekenmorneftegaz (5 %). Le contrat, signé dès 1991 pour une durée de 25 ans, est renouvelable 10 ans à la discrétion de la JV. Un partage de la production existante à 50/50 entre la JV et le Gouvernement turkmène est prévu. La production dans d'autres zones à partir de puits existants sera partagée à 50/50 et la production issue de nouveaux puits appartiendra à 100 % à la JV. L'entrée de Cheklenmorneftegaz à hauteur de 5 % en 1997 ne bouleverse pas le partage de production initialement établi entre Achkhabad et la JV. La production maximale visée est de 85.000 b/j contre 8.000 b/j actuellement. Lamarg a investi 90 millions de dollars cumulés depuis la signature de l'accord.

Par ailleurs, la société saoudienne Delta et Petronas, compagnie malaisienne ont signé avec le Turkménistan un accord d'exploitation offshore de pétrole et de gaz, dont elle sont les seuls opérateurs.

Les difficultés du Turkménistan à trouver des clients solvables et son enclavement sont autant de contraintes qui pèsent sur les négociations autour de multiples projets.

b) L'exportation du pétrole turkmène

L'exportation du pétrole turkmène situé à l'Ouest du pays (offshore comme onshore) s'inscrit dans le cadre plus large de l'acheminement depuis les grands gisements azéris et kazakhs. En effet, les projets de routes vers le Sud et l'Ouest reliant le Kazakhstan à l'Azerbaïdjan passent à proximité des zones d'exploitation turkmènes (presqu'île de Cheleken notamment). A l'Est du Turkménistan, la route actuelle passe par le Nord, de Chardhzou à Pavlodar, d'où le brut poursuit sa route vers la Russie. De son côté, le pétrole de l'Ouest turkmène est actuellement évacué par rail vers le pipe de Chardhzou.

A ce jour, trois projets principaux sont pris en compte par les acteurs internationaux :

La Route de l'Est et du Sud-est (Turkménistan - Pakistan) -Central Asian Oil Pipeline (CAOP)- avec la construction d'un oléoduc parallèle au grand projet de gazoduc Turkménistan-Pakistan. Long de 1.700 km, l'oléoduc serait connecté à Chardhzou au réseau existant (ligne Chardhzou-Pavlodar) pour aboutir à un terminal offshore qui serait construit près de Gwadar (Pakistan). Les partenaires sont Unocal, Delta, Gazprom et Turkmenrosgaz [joint venture regroupant Gazprom (44 %), le gouvernement turkmène (51 %) et l'Américain Itera (5 %)]. La signature du premier accord entre le Turkménistan, Unocal et Delta a eu lieu en octobre 1995, suivi d'un second protocole d'accord entre le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan pour l'oléoduc. Sa capacité serait de 1 million b/j. Le coût du projet est évalué à près de 3 milliards de dollars.

La route de l'Ouest (Turkménistan-Azerbaïdjan) avec la construction d'un " pipe " (oléoduc/gazoduc) reliant Turkmenbashi à Bakou sous la Caspienne. Cette route sous-marine aboutirait à l'oléoduc principal qui devrait se construire au départ de Bakou (vers Batoumi/Soupsa et/ou Novorossisk).

La route du Sud-Ouest (Turkménistan - Turquie) : un mémorandum a été signé le 28 décembre 1996 par le Turkménistan, l'Iran et la Turquie, portant sur la création d'un oléoduc vers la Méditerranée. Il a été suivi d'un protocole d'accord intervenu le 14 mai 1997.

L'ÉVACUATION DU PÉTROLE TURKMÈNE

2. Des clients peu solvables

Le Turkménistan dispose de créances importantes sur ses voisins et clients. Le total des sommes dues par ses acheteurs de gaz s'élève, selon le Président de la Banque centrale, à 1,7 milliard de dollars. L'Ukraine est le plus gros débiteur, avec une dette qui dépasse le milliard de dollars : 736 millions ont fait l'objet d'un rééchelonnement en 1994 sous l'égide du FMI et 320 millions de dollars s'y sont ajoutés en 1995 au titre des livraisons effectuées, mais non payées. L'Ukraine a, en réalité, cessé tout paiement à partir de juin 1995 et n'a remboursé qu'une partie de sa dette en " marchandises " jusqu'à cette époque. La Géorgie doit, par ailleurs, 500 millions de dollars au Turkménistan au titre des fournitures de gaz. Le reste des sommes dues, 150 à 200 millions de dollars, est réparti entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie.

Les difficultés du Turkménistan à recouvrer ces créances auprès d'acheteurs défaillants ont entraîné une baisse de la production de gaz. Les ventes ont ainsi chuté depuis novembre 1993, date à laquelle les autorités russes ont mis un terme aux achats de gaz turkmène destinés à être exportés vers l'Europe.

Face à cette insolvabilité de ses principaux acheteurs, le Turkménistan a, depuis le mois de mars 1997, suspendu toute exportation de gaz à destination des Etats de la zone CEI.

B. UNE ÉCONOMIE À RÉFORMER

Malgré l'amorce d'un programme de réformes économiques au début de l'année 1996, le Turkménistan connaît une situation économique difficile. Il lui incombe de sortir de l'hyperinflation et d'opérer de véritables réformes structurelles.

1. Une situation financière et monétaire à assainir

Jusqu'à la fin de 1995, le Turkménistan a ignoré les réformes et fonctionné sur l'ancien modèle soviétique. Devant l'ampleur de la crise économique, M. Niazov a décidé, en décembre 1995, d'engager des discussions avec le FMI sur la mise au point d'un programme de réformes. Ce dispositif porte sur la libération des prix, la mise en place d'une politique de revenus pour protéger les salariés contre les effets de l'inflation et de la dévaluation de la monnaie, ainsi que sur le développement des privatisations. Actuellement, aucun accord n'a encore été signé avec le FMI.

Depuis 1991, les revenus des ventes de gaz ayant toujours été inférieurs aux prévisions compte tenu de l'insolvabilité des principaux clients, l'Etat a continué à subventionner les entreprises publiques et, afin d'éviter des mouvements de protestation populaire, a exercé un contrôle sur les prix de nombreux produits, introduisant même la gratuité pour le gaz et l'électricité jusqu'en juillet 1996. Durant 1995 et la première moitié de 1996, le nombre des groupes de produits et services dont le prix était contrôlé a été cependant ramené de 400 à 50, dont le pain, la viande, le sucre, le lait, le chauffage et les loyers.

L'introduction de la monnaie nationale, le manat, en novembre 1993, s'est faite dans de mauvaises conditions. Le gouvernement turkmène était persuadé qu'elle mettrait fin à l'inflation importée de Russie et que les ventes de gaz permettraient d'engranger d'importantes réserves de devises fortes, garantes de sa stabilité. Ce calcul s'est révélé irréaliste. Introduit à 1,99 pour 1 dollar, le cours du manat s'est rapidement effondré. Dès décembre 1993, coté officiellement à 10 pour 1 dollar, il s'échangeait déjà à 70 pour 1 dollar au marché noir. Après plusieurs dévaluations successives, le gouvernement s'est enfin décidé à remplacer, en avril 1996, les taux de change multiples par un taux unique plus proche de celui du marché parallèle.

Le système bancaire nécessite, par ailleurs, une complète restructuration. Le secteur bancaire comprend 5 banques d'Etat et 15 banques commerciales (5 ont été liquidées en 1995). Les premières sont largement utilisées par l'Etat pour distribuer les crédits aux différents secteurs de l'économie. Une partie des secondes appartient aux entreprises d'Etat qui sont les principales bénéficiaires de leurs crédits. En mars 1996, M. Niazov a autorisé l'ouverture de comptes bancaire anonymes, pour lesquels la provenance des sommes déposées n'est pas demandée, ce qui pourrait être une porte ouverte aux opérations de blanchiment d'argent.

Les banques sont, en outre, sous-capitalisées, fragilisées par des créances douteuses et peu enclines à évaluer les risques. Le gouvernement fait preuve à leur égard d'une attitude quelque peu prédatrice : un décret de février 1995 a ainsi annulé une partie des dettes de l'Etat, et les banques ont dû, de plus, reverser au budget 75 % de leurs revenus de 1994 et accorder des prêts aux entreprises d'Etat à un taux annuel préférentiel de 15 %, bien loin du taux de 185 % imposé aux entreprises privées !

Par ailleurs, depuis la fin de 1995, le Gouvernement prend des mesures pour redresser une situation monétaire et financière ayant entraîné une inflation qui dépasse celle du Tadjikistan. En l'absence de données précises, on estime que, grâce à une meilleure maîtrise du déficit budgétaire résultant de la suppression de la gratuité de certains services et à une augmentation des revenus du gaz, l'inflation a diminué en 1996. Elle s'établirait tout de même entre 250 et 800 % selon les sources.

2. Des réformes structurelles nettement insuffisantes

Selon les estimations officielles, le secteur privé emploie 22 % de la main-d'oeuvre et représente 9 % du PIB en 1995.

Jusqu'à maintenant, la réforme économique a été des plus timides et il n'existe pas vraiment de plan de privatisation crédible. A la mi-1994, M. Niazov avait annoncé que toutes les entreprises de moins de 500 employés seraient privatisées d'ici 1999. Celles de 500 à 1.000 employés seraient partiellement vendues, l'Etat gardant 49 % des parts pendant cinq ans. Cependant, rares sont les informations sur l'identité des entreprises à privatiser et la procédure utilisée. Selon la BERD, à la fin de 1994, 1.800 petites entreprises de moins de 20 employés dans le secteur des services avaient été vendues aux enchères à des particuliers ou achetées par des coopératives, soit 40 % du total, celles qui assurent le commerce des fruits et légumes restant aux mains de l'Etat. Cette première étape de la privatisation n'aurait rapporté au gouvernement que 600 millions de manats (1,7 million de dollars au taux de change du moment). A la fin des huit premiers mois de 1996, sur les 4.800 petites entreprises offertes à la vente, 2.100 avaient trouvé acquéreur et sur 600 moyennes et grandes entreprises, 2 % seulement avaient été privatisées.

Les réformes marquent également le pas dans l'agriculture où une petite partie des terres a été louée pour une longue durée à des fermiers. La propriété privée de la terre a été légalisée pour des parcelles n'excédant pas 15 hectares. Pour les surfaces plus grandes, seuls les baux sont possibles. Il n'existe aucun marché de la terre et les entreprises agricoles continuent de fonctionner comme dans le passé.

En outre, la restructuration des entreprises turkmènes est en panne. Depuis 1993, elles ont rencontré d'énormes difficultés d'approvisionnement et de fonctionnement, mais grâce à de substantiels crédits de l'Etat -du moins jusqu'au début de 1996-, elles ont pu garder leurs employés. La loi sur les faillites, adoptée en juin 1992, n'a pratiquement pas été appliquée.

Le gouvernement a tenté d'établir un environnement légal avec l'adoption d'un code commercial, d'un code civil, d'un code des impôts, d'une loi sur les investissements. Néanmoins, le manque d'expérience des administrations en réduit les effets positifs.

3. Des échanges extérieurs excédentaires mais fragiles

La balance commerciale fait apparaître pour 1995 un solde positif de 650 millions de dollars, soit une augmentation de 34 % par rapport à 1994. Les importations ont été de 1,350 milliard de dollars en 1995 et les exportations de 2 milliards de dollars.

Les ventes du Turkménistan à l'étranger sont constituées de gaz (58 %), de pétrole (11 %) et de coton (24 %). Les importations sont principalement des produits de première nécessité, tels que les produits agricoles (semences, phytosanitaires, pesticides), alimentaires (céréales, produits laitiers) qui représentent 30 % des achats à l'étranger, des biens d'équipements et des matériels divers (25 %). 58 % du commerce extérieur est réalisé avec la zone CEI, le premier partenaire hors CEI étant la Turquie.

Les informations relatives au commerce extérieur turkmène sont à utiliser avec précaution, dans la mesure où aucune distinction n'est faite entre le commerce en roubles, en manats ou en dollars et où le taux de change manat-dollar utilisé est inconnu.

C. DES CONDITIONS SOCIALES QUI SE DÉTÉRIORENT

L'aggravation de la crise sociale et la perte de confiance de la population, éprouvée par la dégradation de ses conditions de vie, contribuent à affaiblir la stabilité du Turkménistan.

La population souffre de l'inflation, les salaires réels ayant chuté de 27 % de 1991 à 1993. En mai 1996, les salaires du secteur public ont été doublés et le salaire moyen mensuel s'établissait à 30.000 manats, soit 9,4 dollars.

On dispose de peu d'informations sur l'état de la santé publique au Turkménistan, qui semble plus dégradé que celui de la moyenne de l'ex-URSS. La mortalité infantile y est la plus élevée de la CEI. Par contre, le taux de fertilité reste le second après le Tadjikistan et l'espérance de vie des hommes est passée de 61,8 ans en 1989 à 62,3 en 1993.

La population n'a pas ressenti les effets de la croissance économique enregistrée en 1996 et a du mal à croire aux dix ans de prospérité annoncés par le Président Niazov. L'absence de réformes économiques se traduit, certes, par la quasi-gratuité de certains services mais la plupart du temps, ceux-ci ne sont pas disponibles. Dans ce pays aux énormes réserves de gaz, il n'est pas rare que la population doive supporter des coupures de gaz ainsi que d'électricité ou d'eau courante. Elle est, de plus, confrontée aux pénuries alimentaires. Le pays manque ainsi de l'ensemble des produits de base nécessaires à sa survie.

Le pays utilise le système des cartes de rationnement qui autorisent, par exemple, chaque habitant à acheter chaque mois 2 kg de viande et de beurre, ainsi qu'1 kg de sucre et 8 kg de farine. A l'intérieur de ce dispositif de rationnement, il est à noter que les prix restent très largement en-dessous des prix pratiqués sur le marché libre (40 fois moins pour la viande, le prix au kilo étant de 50 manats avec ticket de rationnement et de 2.000 manats sur le marché libre). Dans un tel contexte, c'est un système de " débrouille " qui prévaut. Les Turkmènes ont ainsi plusieurs emplois.

TROISIÈME PARTIE -

LA PLACE DE LA FRANCE EN ASIE CENTRALE

L'Asie centrale est largement méconnue en Europe, et particulièrement en France, alors même qu'elle s'imposera sur la scène internationale dans les années à venir comme une zone stratégique et économique essentielle.

La France, tout en étant trop peu présente en Asie centrale sur le plan économique et financier, n'en est par pour autant totalement absente
. Les visites d'Etat, en septembre 1993 au Kazakhstan et en avril 1994 en Ouzbékistan et au Turkménistan, du Président de la République, M. François Mitterrand, furent les premiers voyages officiels d'un chef d'Etat occidental dans cette région. Le souvenir de ces visites reste fortement ancré dans les mémoires des Kazakhstanais, des Ouzbèks et des Turkmènes. En outre, le rang des personnalités qui ont reçu la délégation sénatoriale -le Président Noursoultan Nazarbaiev, le Premier Ministre de l'Ouzbékistan, M. Ouktour Sultanov, les vice-présidents du cabinet des ministres du Turkménistan, MM. Chikhiyev et Sardjaev - atteste de l'importance que cette région attache à ses relations avec la France.

CHAPITRE 1ER -

LA PART MODESTE DE LA FRANCE DANS LES INVESTISSEMENTS ET LES ÉCHANGES COMMERCIAUX

La présence française dans cette zone reste insuffisante, tant sur le plan des investissements que sur celui des échanges commerciaux.

I. LES INVESTISSEMENTS FRANÇAIS EN ASIE CENTRALE

La présence française en Asie centrale sur le plan des investissements fait l'objet d'une appréciation contrastée.

En effet, si la France a conclu de grands contrats avec plusieurs Etats d'Asie centrale, notamment dans les secteurs du bâtiment-travaux publics et de l'énergie, on constate une relative faiblesse de l'implantation des entreprises françaises dans cette région.

A. LES GRANDS CONTRATS

Deux secteurs d'activité donnent lieu à d'importants contrats entre la France et les différents États d'Asie centrale.

Il s'agit, en premier lieu, des secteurs pétrolier et gazier, qui ont d'ailleurs attiré la plus grande partie des investissements étrangers depuis l'indépendance. Elf a ainsi investi 180 millions de dollars dans le bloc de Termir au Kazakhstan, se situant en seconde position après Chevron.

Le volume des investissements du consortium Kaspishelf, dont fait partie Total, devrait s'élever, à partir de 1997, entre 300 et 500 millions de dollars pour les études sismiques et l'exploration.

En Ouzbékistan, les investissements étrangers restent encore relativement modestes, mais ceux réalisés ou en cours sont de grande ampleur. Le coût de la construction de la raffinerie à Karaoul Bazar par la société d'ingéniérie français, Technip s'est élevé à 1,5 milliard de dollars. L'année 1998 a, d'ailleurs, débuté en Ouzbékistan de manière satisfaisante par le succès du Klockner européan Gaz turbine (Groupe Gec Alsthom) dans la négociation pour la rénovation de la centrale de Navoi, d'un montant de 115,6 millions de dollars (dont 30 % de parts japonaises). Le 25 janvier dernier, Gec-Alsthom a signé avec Uzbek Ailways la vente de 15 locomotives, pour 265 millions de francs. Les projets de Technip au Turkménistan ainsi que les contrats signés par la société Sofregaz s'inscrivent dans cette logique de " grands contrats ".

Le secteur du Bâtiment- travaux publics est le second domaine dans lequel d'importants contrats ont été signés entre les Républiques d'Asie centrale et la France. Les ventes françaises au Kazakhstan, d'un niveau élevé en 1993 (387 millions de francs) et en 1994 (606 millions de francs), sont en grande partie dues à un seul grand contrat : la construction du palais présidentiel réalisé par la société Bouygues pour un montant de près de 500 millions de francs. Un contrat d'une ampleur identique a été conclu en Ouzbékistan pour la construction d'un hôtel 4 étoiles à Tachkent. Celui-ci devrait rentrer dans sa phase active à la fin de l'année 1997. De même, au Turkménistan, Bouygues a construit le palais présidentiel et la mosquée de Geoh-Tepe que la mission sénatoriale a pu visiter.

Outre ces secteurs de l'énergie et du Bâtiment- travaux publics, la France a signé quelques grands contrats dans l'électronique avec Thomson-CSF, dans l'agro-alimentaire et le secteur de l'eau.

B. LA RELATIVE FAIBLESSE DE LA PRÉSENCE DES ENTREPRISES FRANÇAISES EN ASIE CENTRALE

Malgré ces quelques grands contrats, les entreprises françaises restent peu nombreuses en Asie centrale.

On dénombre ainsi seulement une trentaine d'entreprises françaises implantées au Kazakhstan
à travers une société à 100 % française, une co-entreprise ou un bureau de représentation. Les principales entreprises qui comprennent des expatriés sont : Bouygues, Elf, Total, Cogema, la Société Générale, Sodexo, Sucden et Alternative Finances.

Par ailleurs, quelques PME/PMI ont été créées par des Français dans le secteur des services (restauration, pressing, traduction et assistance directe aux entreprises, import/export). La mission sénatoriale a pu s'entretenir avec plusieurs de ces chefs d'entreprises, qui font preuve d'un grand dynamisme.

Enfin, une vingtaine de sociétés françaises sont représentées par un importateur local, mais ne disposent pas d'exportateurs, telles que Ted Lapidus, Nina Ricci, l'Oréal, Moulinex ainsi que différentes marques dans le secteur agro-alimentaire (vins et spiritueux, produits alimentaires...).

Malgré le rôle essentiel joué par la Chambre de commerce franco-kazakhstanaise, présidée par M. Jean-Bernard Raimond, qui a ouvert un bureau de représentation à Almaty en juin 1995, la présence française au Kazakhstan reste relativement modeste.

Il en va de même pour la place de la France sur le marché ouzbèk. Si le secteur des biens d'équipement a crû de 280 % pour les années 1995 et 1996 grâce à deux grands projets (Technip et Thomson), la présence des sociétés françaises reste néanmoins très en deçà de celle de leurs partenaires européennes (allemands, italiens, néerlandais, ...) et ce malgré une bonne année 1997.

En ce qui concerne le Turkménistan, les entreprises françaises ont enregistré quelques succès commerciaux importants dans le secteur pétrochimique (unité d'hydro-traitement de naptha et de reforming catalytique, une unité de désulfurisation de gaz à Saman-Tepe et exploitation de nappes de saumure naturelle). Par ailleurs, l'informatisation bancaire a donné lieu à de nombreuses implantations. A la demande du Président Niazov, la société de négoce Centrocommerce international gère sur place un grand nombre de dossiers d'entreprises françaises par l'intermédiaire d'une société mixte dont le ministère turkmène du commerce et des ressources détient 51 % des parts. Les sociétés françaises présentes subissent une concurrence vive de la part des entreprises allemandes et britanniques.

C. LE PROBLÈME DE LA GARANTIE DES FINANCEMENTS FRANÇAIS EN ASIE CENTRALE

Au-delà de l'utilisation de fonds européens TACIS permettant de réaliser en amont des études de faisabilité de projets et de formations de cadres dirigeants et de techniciens, les entrepreneurs français en Asie centrale doivent faire preuve d'imagination pour pallier le manque de financements français. Ces chefs d'entreprises font appel à des crédits bancaires sécurisés ou s'associent avec des sociétés de " trading " japonaises. Ils participent, en outre, à des appels d'offres financés par les crédits d'aide japonais, particulièrement avantageux.

Lors de différents entretiens, les chefs d'entreprises ont souligné à la mission sénatoriale qu'une politique plus active en matière de financement devrait permettre de générer de nouveaux contrats. Cette amélioration des financements pourrait passer par :

un développement du financement des études de marché permettant de se prépositionner sur des projets ;

une augmentation des plafonds de financement COFACE, en fonction des performances économiques réelles des pays de cette région et de leurs ressources. En effet, les pays d'Asie centrale sont considérés par la COFACE comme présentant plus de risques que la Russie. Or, la plupart des entrepreneurs considèrent cette zone centre-asiatique comme étant plus sûre que la Fédération de Russie ;

une diminution des primes de crédit COFACE, dont le niveau actuel handicape la compétitivité globale de nos offres ;

une plus grande attention à l'égard des banques locales susceptibles d'être acceptées par la COFACE en contre garantie des montages financiers ;

un développement des cofinancements avec d'autres agences de crédit-export, notamment européennes (ECGD, HERMES) et japonaises (MITI, J.Exim), et avec les institutions multilatérales (Banque mondiale, BERD).

La mission sénatoriale constate, néanmoins, que la défection d'un certain nombre de banques locales crée, notamment pour la COFACE, une situation délicate dans la gestion des garanties d'investissements.

II. LES ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LA FRANCE ET LES ETATS D'ASIE CENTRALE

A. DES ÉCHANGES FRANCO-KAZAKHSTANAIS EN AUGMENTATION, MAIS QUI RESTENT LIMITÉS

Depuis 1992, les échanges bilatéraux ont été les suivants :

LES ÉCHANGES COMMERCIAUX DE LA FRANCE
AVEC LE KAZAKHSTAN

(en millions de francs, prix courants, exports FOB, imports CIF)

 

Importations

de la France

Exportations

de la France

Solde de la balance commerciale

1992

26

75

+ 53

1993

198

387

+ 189

1994

280

606

+ 326

1995

197

179

- 19

1996

216

250

+ 34

1997 (3 mois)

65

84

+ 19

Sources : Douanes françaises

En 1996, les exportations françaises se sont élevées à 250 millions de francs (MF), contre 179 en 1995, soit une hausse de 44 %. Dans le même temps, nos importations en provenance du Kazakhstan ont connu une augmentation de 9 %. Elles sont passées de 197 MF à 216 MF.

Notre balance commerciale, déficitaire en 1995 de 19 MF, présente un solde positif de 34 MF en 1996.

Les ventes françaises s'appuient principalement sur deux secteurs : les produits industriels, appareils mécaniques et électronique professionnelle et les produits chimiques. Il faut toutefois souligner que les biens de consommation courants, en particulier de l'agriculture et des industries agro-alimentaires, pénètrent mieux le marché kazakhstanais. Le poste est en hausse de près de 25 % en 1996 par rapport à 1995.

Les matières premières constituent toujours l'essentiel des produits kazakhstanais qui trouvent des débouchés sur le marché français. Les principaux postes de nos importations restent, comme en 1995, le cuivre, le nickel, l'étain, les ferro-alliages, le plomb et le zinc.

En 1996, comme en 1995, aucun grand contrat de fourniture de biens d'équipements ne figure dans les exportations françaises. La progression des produits français en 1996 (+ 71 MF par rapport à 1995) démontre une bonne pénétration globale, mais plus particulièrement dans le secteur des biens de consommation qui, jusqu'à présent, manquait de visibilité sur le marché local. Le noyau dur des exportations de la France se situe donc dans une fourchette de 230 à 270 MF. 1997 devrait néanmoins présenter pour la France un volume très nettement supérieur avec la signature en 1996, et l'imputation sur la ligne de crédits, des contrats Technip pour une distillerie de blé (85 MF) et Thomson pour le contrôle aérien (75 MF).

Pour les trois premiers mois de 1997, les exportations françaises atteignent 84 MF (soit une hausse de 127 % par rapport à la période de référence en 1996) et les importations 65 MF (soit exactement le même résultat que l'année précédente).

La mise en place de la Commission Intergouvernementale de Coopération Économique Franco-Kazakhstanaise a permis de dégager les principaux projets réalisés en commun. La troisième session du groupe de travail intergouvernemental, qui s'est tenue à Almaty les 15 et 16 mars 1996, a permis de donner la priorité aux domaines de l'industrie et des télécommunications, notamment dans la future capitale Akmola. En outre, il a été souligné que les entrepreneurs français devraient jouer un rôle important dans le développement du complexe agro-industriel du Kazakhstan, puisqu'ils disposent d'une expérience précieuse et d'importantes possibilités financières et techniques.

Les autorités gouvernementales estiment que la coopération bilatérale pourrait très rapidement porter ses fruits dans les domaines de l'énergie nucléaire, des télécommunications, de l'électronique et des industries agricoles et alimentaires.

La quatrième Commission Mixte Intergouvernementale de Coopération Économique devrait se réunir à Paris dans les prochains mois. Elle fait l'objet d'attention particulière du Président Nazarbaiev.

Le co-président kazakhstanais de cette Commission pourrait être M. Choukeev, vice-premier ministre et ministre de l'économie et du commerce, que la mission sénatoriale a pu rencontrer.

B. LA PROGRESSION DES EXPORTATIONS FRANÇAISES EN OUZBÉKISTAN, MALGRÉ UN VOLUME D'ÉCHANGES QUI DEMEURE MARGINAL

L'Ouzbékistan occupe une place tout à fait marginale dans les échanges commerciaux de la France avec 0,03 % du commerce extérieur français. La France représente, par ailleurs, 1,5 % du commerce extérieur ouzbèk.

Les exportations françaises ont augmenté fortement (+ 178 %) au cours de l'année 1996, dégageant un solde commercial positif. 1997 pourrait traduire un certain recul, mais les contrats conclus en fin d'année permettent d'espérer une excellente année 1998. D'autres contrats d'un montant global de 3 milliards de francs sont en cours de discussion.

Les ventes de la France étaient, en 1994, essentiellement constituées de denrées alimentaires de base (céréales, alcools, viandes). En 1996, ces ventes ont été relayées par les ventes de biens d'équipement, qui ont véritablement explosé sous l'effet des contrats signés par Thomson-CSF pour la modernisation du système de contrôle aérien et par Technip en vue de la construction d'une raffinerie de pétrole dans la région de Boukhara. La France souhaite que cette tendance se poursuive, dans la mesure où elle correspond à la volonté du Gouvernement ouzbèk de concentrer ses achats sur des biens d'équipement utiles à son industrialisation. En revanche, la structure des importations françaises reste concentrée sur le coton (92 % des achats français).

LES ÉCHANGES COMMERCIAUX DE LA FRANCE AVEC L'OUZBÉKISTAN
(en millions de francs, prix courants, exportations fob, importations cif)

 

1994

1995

1996

1997

Exportations françaises

150,1

250,9

703

196

Importations françaises

585,2

651,7

577

373

Solde de la balance française

- 435,1

- 400,8

126

- 177

Pour 1997 : janvier-juin

Source : Douanes françaises


Durant le premier semestre 1997, nos échanges cumulés totaux présentent une légère diminution (- 6,6 % par rapport à la même période en 1996). Il faut cependant distinguer les importations françaises qui ont cru de 18 % sur les 6 premiers mois de 1997 et les exportations qui connaissent une chute très sensible de 31,4 % sur la même période. Cette diminution est le résultat de l'absence des livraisons liées aux grands contrats.

Le seul grand contrat relatif à la construction de l'hôtel 4 étoiles à Tachkent réalisé par la firme française Bouygues devrait débuter à la fin de l'année 1997. Par ailleurs, les ajournements de certaines livraisons de matières premières, imputables aux nouvelles législations, pèsent encore sur les chiffres des exportations. Les perspectives sont néanmoins prometteuses grâce, cette année encore, aux commandes groupées pour compte de l'Etat. On note, en contre partie, le retour du niveau de nos exportations de biens de consommation courante à leur niveau de 1995, soit 44 MF pour les six premiers mois de l'année, contre 36 MF pour la même période en 1996.

C. LES ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LE TURKMENISTAN ET LA FRANCE : UNE COOPÉRATION ÉCONOMIQUE TRÈS MODESTE MAIS ENCOURAGEANTE

Entre 1994 et 1996, l'essentiel des exportations françaises au Turkménistan a consisté en matériaux de construction, équipements industriels, matériel électrique, meubles, parfumerie, la principale importation ayant été le coton.

Les exportations ont été et seront sans doute dynamisées par les contrats signés avec le Turkménistan pour la construction du palais présidentiel et d'une mosquée (Bouygues), d'un cracking catalytique (Technip) à Turkmenbachi, d'une unité de désulfurisation (Sofregaz et Technip) et d'une usine de papier à base de résidu de coton (Framatome).

A la demande du Président Niazov, la société de négoce Centrocommerce International qui gère aussi sur place les dossiers de ces entreprises françaises, a créé une société mixte.

LES ÉCHANGES COMMERCIAUX DE LA FRANCE AVEC LE TURKMÉNISTAN
(en millions de francs, prix courants, exports FOB, imports CIF)

 

1994

1995

1996

Exportations françaises

38,0

80,2

162,3

Importations françaises

271,0

125,2

100,4

Solde de la balance commerciale française

- 233,0

- 45,0

61,9

Pour 1996 : janvier-novembre

Source : Douanes françaises


La dette extérieure du pays, qui était nulle en 1992, s'élevait officiellement à 882,4 millions de dollars (14,7 % du PIB) en 1996. Le Turkménistan dispose néanmoins de créances importantes sur ses voisins et clients qui représentent au total 1,7 milliard de dollars, mais difficilement récupérables (Ukraine : 1 milliard ; Géorgie : 500 millions). Les principaux bailleurs de fonds du Turkménistan sont les Etats-Unis (200 millions de dollars), l'Allemagne (168 millions), la Turquie (119 millions), la Grande-Bretagne (86,6 millions), l'Iran (78 millions) et l'Union européenne (58,6 millions). Jusqu'à présent, une partie de ces sommes a été utilisée pour acheter des équipements agricoles, des produits pharmaceutiques et pour la modernisation de l'aéroport d'Achkhabad.

Le Turkménistan devait, en 1997, bénéficier de prêts supplémentaires de la part du Japon (85 millions de dollars pour le réseau de télécommunications) et de la BERD (13,8 millions de dollars pour le coton et le textile et 65 millions pour les transports urbains).

Les investissements directs étrangers, encore insuffisants, sont estimés par l'Economist Intelligence Unit à 500 millions de dollars pour la période 1992-1996. Ils se situent majoritairement dans les secteurs du gaz et du pétrole. L'investisseur le plus important dans le pays est la compagnie pétrolière argentine Bridas qui aurait déjà investi 395 millions de dollars depuis 1992. Le développement de la prospection off-shore en mer Caspienne voit l'implication des compagnies américaines (Mobil, Unocal, Amoco, Exxon), japonaises, italiennes (Agip), turques et françaises (Elf et Total).

Les liens entre la France et la région d'Asie centrale vont néanmoins au-delà des relations économiques. Il existe ainsi une spécificité de la présence française dans cette zone.

CHAPITRE II -

LES SPÉCIFICITÉS DE LA PRÉSENCE FRANÇAISE

I. LES AFFINITÉS CULTURELLES ET SCIENTIFIQUES

A. LA COOPÉRATION CULTURELLE, SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE AU KAZAKHSTAN

L'étendue de ce pays, le recul du statut du français, la modestie des moyens humains et financiers que la France met en oeuvre, expliquent en grande partie l'impact relativement limité de la coopération culturelle, scientifique et technique entre la France et le Kazakhstan, malgré le dynamisme de notre Ambassade.

1. L'action du bureau de coopération linguistique et éducative (BCLE)

Chaque année, l'attaché linguistique de l'Ambassade parcourt le Kazakhstan lors de missions qui maintiennent les contacts, une présence dans les écoles, et assurent l'apport de matériel didactique ainsi que la sélection des futurs boursiers du Gouvernement français.

Par ailleurs, la politique de bourses, action prioritaire entre toutes, se double de la gestion des dossiers de bourses du Gouvernement kazakhstanais, dont le but est d'envoyer en France des étudiants francophones prometteurs.

Des séminaires interrégionaux, dont rendent compte les médias, sont organisés dans différentes régions et mobilisent nos partenaires locaux. En 1996, un séminaire, animé par un spécialiste de Grenoble, a rassemblé des enseignants à Aktioubinsk, dans l'Ouest du pays. Cette année, sous la conduite d'un formateur de Besançon, un autre séminaire se tiendra dans une province plus centrale, à Kiraganda.

Le premier d'une série de trois manuels franco-kazakhs, " Marianne ", tiré à 28.000 exemplaires, disponible depuis février 1997, est le fruit d'une coopération tripartite (BCLE, Partenaires locaux et le " Centre international d'études pédagogiques "). Le deuxième manuel est confié à l'édition, le troisième est à l'état d'ébauche.

En outre, l'Ecole nationale supérieure d'administration publique du Kazakhstan (ENSAPK) et l'Ambassade, liées par une convention, proposent des cours de français dans les locaux de l'ENSAPK. A ce jour, on dénombre environ 70 participants.

Depuis septembre 1996, à la suite d'un échange entre les universités d'Akmola et de Dijon, deux lecteurs de l'université de Bourgogne enseignent le français dans des écoles, à l'université et à l'Institut de formation continue de la future capitale du Kazakhstan.

Enfin, le BCLE appuie financièrement le théâtre francophone de l'université des langues du monde.

Face à l'irrésistible engouement suscité par l'anglais, il convient de maintenir notre présence, en " épaulant " mieux les partenaires locaux, en étoffant notre propre réseau, en associant davantage aux actions les médias, sans omettre les entreprises françaises, pourvoyeuses potentielles d'emplois.

2. L'action culturelle

La politique culturelle de l'Ambassade se déploie principalement à Almaty, et s'est donnée pour priorité de servir la langue française et la francophonie. Elle a pour frein la modestie de ses moyens, pour moteur un legs d'une richesse exceptionnelle : l'héritage artistique de l'ex-URSS qui irrigue en effet encore cette région du monde et y forme des élites remarquables.

Le service culturel de l'Ambassade est conduit à mettre en valeur les concours locaux comme l'école chorégraphique, le conservatoire de musique d'Almaty, l'école de musique n° 5, le choeur d'enfants de l'école n° 25, certains artistes indépendants, le musée des beaux-arts " Kasteev ", les salles de cinéma et l'édition locale. 1996 a ainsi connu les manifestations suivantes : soirées françaises (conférences-débats), célébrations de la journée de la francophonie, de la semaine européenne, de la journée de la musique, spectacle de fin d'année de l'institut chorégraphique, vernissage de l'exposition consacrée à des oeuvres françaises des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, récital de musique française, semaines du cinéma français et la manifestation consacrée à la journée du sida. Les médias rendent le plus souvent compte de ces actions, lesquelles, pour n'être pas coûteuses, n'en insufflent pas moins un peu d'oxygène à nos partenaires locaux privés de moyens. Ces actions, naturellement associées à notre langue, maintiennent l'idée d'une France toujours soucieuse d'arts et de lettres.

3. La coopération scientifique et technique

La coopération scientifique et technique s'exerce dans le cadre du comité d'orientation, de coordination et de projets (COCOP). Ce comité se réunit périodiquement et se détermine sur les projets qui lui sont soumis tant par les partenaires français que locaux.

La coopération administrative peut s'enorgueillir d'avoir largement contribué à mettre sur les rails une " Ecole nationale supérieure d'administration publique du Kazakhstan " (ENSAPK), largement inspirée de l'Ecole Nationale d'Administration et co-dirigée par M. Christian Vincenty, fonctionnaire français expatrié.

En outre, la coopération juridique et judiciaire s'inscrit dans le cadre du jumelage de la capitale Almaty et de la ville de Rennes, avec le concours du ministère de la Justice. De nombreux échanges ont permis aux Kazakhstanais de s'intéresser tout particulièrement au code civil français. La France est aussi approchée pour d'autres projets de coopération en matière de police, lutte contre la drogue et sécurité civile.

Le domaine de la santé, prioritaire tant la dégradation est patente au Kazakhstan, concerne l'action en faveur des diabétiques, contre le sida et les MST, ainsi que le secteur épidémiologique, particulièrement préoccupant en raison d'une méconnaissance assez générale des règles d'hygiène. Il faut ajouter à cela les actions dans les domaines de l'eau, de l'élevage et de la géologie.

En 1996, le coût de la coopération culturelle, scientifique et technique s'est élevé à 5,6 millions de francs. La France a une réelle image au Kazakhstan, mais elle n'a pas de véritable vitrine. Or, la France a besoin d'un site, aisément reconnaissable par tous, rassemblant l'ensemble des moyens et proposant à tous l'ensemble des activités relevant d'un authentique centre de ressources. La réalisation d'un tel projet permettrait de valoriser sensiblement les actions menées par notre pays.

B. LES RELATIONS CULTURELLES ET SCIENTIFIQUES ENTRE LA FRANCE ET L'OUZBÉKISTAN

Le montant des crédits attribués à la coopération culturelle, scientifique et technique s'est élevé à 3,85 millions de francs en 1997, contre 4,1 millions de francs en 1996.

Les Ouzbèks voient souvent le prototype des relations franco-ouzbèkes dans la correspondance entre Tamerlan et le roi de France Charles VI. Plus près de nous, à l'époque de la décolonisation, le pouvoir soviétique a développé l'enseignement du français en Ouzbékistan, afin de former des coopérants à l'usage des pays nouvellement indépendants, notamment l'Algérie et l'Afrique francophone. A cet " accident " de l'histoire, notre langue doit une diffusion certaine en Ouzbékistan. On compte ainsi environ 3.500 professeurs de français dans ce pays.

Par ailleurs, avant la dissolution d'Intourist, les Français fournissaient les contingents les plus importants de visiteurs étrangers à Samarcande et à Boukhara.

La présence de l'Institut français d'études sur l'Asie centrale (IFEAC) à Tachkent et de l'Alliance française à Samarcande constituent un atout indéniable pour la France qu'elle se doit de promouvoir.

C. LA COOPÉRATION CULTURELLE, SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE ENTRE LA FRANCE ET LE TURKMÉNISTAN

Les crédits affectés à l'action culturelle et scientifique française au Turkménistan sont relativement faibles, puisqu'ils s'élèvent à 1 million de francs en 1995 et 1996.

L'obstacle majeur de cette coopération est en grande partie la disparition quasi-totale de l'enseignement du français dans cette zone.

L'Ambassade de France au Turkménistan, composée d'une équipe restreinte mais dynamique, a vu la nomination en décembre 1995 d'un attaché linguistique à Achkabad, chargé d'amorcer une coopération linguistique avec le Turkménistan.

La mission sénatoriale considère comme indispensable le renforcement des moyens humains et financiers de notre Ambassade, afin d'amorcer une réelle coopération économique et culturelle entre la France et le Turkménistan.

II. UNE INSTITUTION APPRÉCIÉE QUI FAIT HONNEUR À LA FRANCE : L'INSTITUT FRANÇAIS D'ÉTUDES SUR L'ASIE CENTRALE

A. LES AMBITIONS DE L'IFÉAC

1. " Déchiffrer " une région complexe

L'IFÉAC veut avant tout déchiffrer un monde doublement opaque, par son héritage soviétique et par sa structure patriarcale traditionnelle. Pour cela, elle privilégie les études contemporaines, qui représentent entre les deux-tiers et les trois-quarts de l'activité de l'Institut. Elle remonte néanmoins vers des " siècles " dont elle favorise l'étude pour elle-même -XIVe-XIXe siècles pour comprendre les formations ethniques, politiques et religieuses et période pré-islamique pour l'étude des routes commerciales et migratoires-.

Plusieurs colloques ont ainsi été organisés en 1995 sur " Les réformismes islamiques en Asie centrale depuis le XIXe siècle ", sur " l'Inde et l'Asie centrale, routes du commerce et des idées ", ainsi qu'en 1996 sur " l'Islam et la musique  ". L'IFÉAC a également passé un contrat avec l'Institute for developing Economies de Tokyo, organisme à but non-lucratif et semi-gouvernemental, pour une étude sur la transition des Etats centre-asiatiques vers l'économie de marché.

Pour éviter l'éparpillement des moyens au gré de formations individuelles, l'Institut développe des programmes de recherche, choisis à la fois pour s'intégrer à la société d'accueil et pour parer à des urgences ou saisir des occasions scientifiques.

2. Procéder à un recrutement de haut niveau

L'IFÉAC profite de son insertion locale, privilège dont elle est en Asie centrale le seul organisme de recherche étranger à bénéficier, pour explorer les " ressources humaines " de la région. Elle repère les savants prometteurs ou confirmés, les aidant à se concentrer sur leur recherche et à se former aux méthodes modernes d'abord et, pour les meilleurs, en Europe ensuite, à les faire voyager pour des formations approfondies en immersion. C'est pour la France un moyen de rayonnement intellectuel dans toute la région et une source précieuse d'information rare et de qualité.

Par ailleurs, le recrutement de chercheurs étrangers à l'Asie centrale est fondamental. L'IFÉAC reçoit, en outre, un chercheur-pensionnaire, deux allocataires du ministère, un ou plusieurs boursiers Lavoisier, et attribue également, sur dossier, ses propres bourses. En 1997, est apparue une nouvelle catégorie, les stagiaires, admis à l'Institut mais sans soutien financier de sa part.

Le principe d'une rotation assez rapide des chercheurs a été retenu en fonction des impératifs suivants :

- former un nombre suffisant de jeunes chercheurs, avec l'espoir de stimuler le milieu français ;

- ne pas laisser ceux qui préparent une thèse s'enfermer dans le confort trompeur de l'allocation ;

- éviter les effets négatifs de l'existence -malgré tout austère- qu'impose le séjour en Asie centrale. Le poids de l'isolement ainsi que les complications administratives et matérielles ne doivent en effet pas être sous-estimés.

3. Offrir un grand nombre de services

Pour faciliter ce travail de terrain, l'IFÉAC se présente aussi comme une plate-forme offrant plusieurs services. Ambition moins humble qu'il n'y paraîtrait puisqu'il s'agit de :

- mettre des outils de travail à la disposition des chercheurs (bibliothèque, divers types de documents) ;

- assurer un soutien logistique : véhicule tous terrains, matériel informatique, photocopieur, service d'aide aux visas, au logement, à l'achat des titres de transport.

B. LES MOYENS À LA DISPOSITION DE L'IFÉAC

1. Les moyens financiers

L'IFÉAC, établissement doté de l'autonomie financière, dispose d'une subvention annuelle, versée par le ministère des Affaires Etrangères, de 550.000 francs (800.000 francs avaient été prévus initialement, mais n'ont pu jusqu'ici être versés). Cette relative modicité était en partie compensée par le faible coût de certains services à Tachkent. Une subvention d'équipement de 850.000 francs a été consentie par le ministère fin 1994 (disponible en 1995) afin d'acheter les bâtiments de l'Institut, de les reconstruire et de les aménager, d'acheter un véhicule tous terrains et de l'équipement et de former le noyau d'une bibliothèque.

L'Institut cherche à trouver des revenus pour amortir au moins partiellement certains frais et à s'associer à des partenaires susceptibles de participer au financement de projets communs. C'est le cas de la Japan Fashion Association et d'autres partenaires japonais (Institute for Developing Economies, Japan Center for Asia Studies). Cela pourrait l'être également de certaines entreprises françaises, en particulier Thomson CSF, très actif en Ouzbékistan.

Si l'on prend en compte l'ensemble des recettes propres de l'Institut, elles se seront élevées, en 1997, à 18 % du montant de la subvention  : celle-ci étant de 580.000 francs, les sponsors fournissent 75.000 francs et les recettes de prestations s'élevent à 25.000 francs au minimum.

Une aide logistique, non évaluée, a été accordée à plusieurs reprises par la Fondation Konrad Adenauer (prêt de matériel pour la traduction simultanée lors des colloques) et des discussions sont en cours avec la Soros Foundation/Open Society Institute.

Des projets communs, notamment à la lisière des sciences humaines et soit des sciences de la nature, soit des activités culturelles, ont pu être menés avec le Service culturel de l'Ambassade de France et devraient être développés.

La mission sénatoriale souligne que l'Institut risque à court terme de manquer de moyens, l'alourdissement des frais généraux grevant le budget de cet organisme au détriment des investissements consacrés à la recherche.

2. Les moyens matériels

Jusqu'à la mi-94, l'IFEAC manquait de livres, de locaux et de chercheurs. L'année 1995 a vu l'Institut aménager sa propre bibliothèque et commencer à accueillir les premiers chercheurs. Après son installation, l'Institut a pu commencer à fonctionner à peu près normalement à partir de 1996.

Actuellement, l'installation dans les lieux et l'aménagement d'ensemble dessinent un cadre particulièrement agréable et fonctionnel. Un fonds documentaire (7.000 volumes) a été créé, des instruments de travail et de communication mis en place pour l'exploiter et l'enrichir.

C. LA NOTORIÉTÉ DE L'IFÉAC

Dans le monde scientifique, les réponses aux propositions qui ont été faites pour le comité de rédaction de la revue de l'IFEAC, les demandes de séjours de savants connus et la sympathie exprimée par des maîtres sont révélateurs de la notoriété mondiale de l'Institut.

Plus largement, les visites de personnalités à l'occasion de leur venue à Tachkent ont confirmé l'utilité de l'IFEAC. L'accueil de M. Bertrand Dufourcq, secrétaire général du Quai d'Orsay, de M. Robert Badinter, de plusieurs ambassadeurs de France (M. Plaisant, M. Lafrance), de sénateurs (récemment, M. Durand-Chastel, M. Dulait), l'intérêt de représentants de la société civile, de chefs d'entreprise présents à Tachkent (M. Michel Ricard, directeur de Thomson pour l'Asie centrale et le Caucase, M. Hervé Yon de la Société Générale, M. Christian Beleu de Bouygues) sont autant de témoignages de la renommée et de l'efficacité de cet organisme.

La mission sénatoriale a d'ailleurs eu l'occasion d'être accueilli à l'IFEAC par M. Pierre Chuvin, Directeur.

En Ouzbékistan, l'accréditation de l'Institut en tant qu'organisme culturel est déjà ancienne. L'Institut est bien accepté (ce dont témoigne un article paru fin 96 dans la très officielle revue de bord des lignes aériennes ouzbèkes), comme instrument d'une notoriété de leur nation dont les Ouzbèks ressentent cruellement le besoin. Des accréditations sont en cours au Turkménistan et au Kazakhstan.

Au titre des perspectives scientifiques, outre le fait de continuer les actions en cours, les projets associés devraient se poursuivre avec la coopération franco-allemande et la coopération franco-japonaise.

Il reste à élargir la dimension régionale de l'Institut. Mais cette dimension régionale passe par des liaisons établies sur des projets précis avec les chercheurs et les institutions locales.

CONCLUSION

Le démembrement de l'URSS, en décembre 1991, est un événement considérable, dont les conséquences se manifestent non seulement sur les équilibres globaux de la planète, mais aussi, et surtout, sur l'ancien territoire soviétique.

Après le premier pas des Républiques d'Asie Centrale en tant qu'Etats indépendants, celles-ci sont entrées dans une seconde période de leur devenir post-soviétique.

Dans cette phase où nous nous trouvons aujourd'hui, les caractères communs à l'ensemble de la zone sont encore nombreux, mais les différences d'évolution s'accentuent, qu'il s'agisse des données objectives, ou de la façon dont chacun est perçu sur la scène internationale et -surtout- dont il se perçoit par rapport à ses voisins.

Face aux problèmes d'enclavement qui les affectent, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan cherchent à réorienter leurs flux d'échanges et à diversifier leurs relations extérieures.

Deux événements survenus ces derniers mois peuvent permettre à l'Asie Centrale de s'affranchir quelque peu de la double contrainte que constitue l'enchevêtrement de leurs héritages et le poids de la politique russe.

Le 5 janvier dernier, tout d'abord, les dirigeants des cinq Républiques d'Asie Centrale se sont réunis à Achgabat. Ce forum témoigne non seulement d'un rapprochement entre ces Etats, mais aussi de leur volonté de développer une politique commune concernant de futurs oléoducs et gazoducs, ainsi que les domaines des transports et des télécommunications. A ce titre, il faut souligner l'importance historique de la déclaration faite à l'issue de ce sommet, où les participants ont exprimé leur intention de réunir leurs forces pour acheminer leurs richesses en dehors du territoire russe.

Le renforcement de cette coopération régionale, notamment sur le plan économique, a été interprété comme l'envoi d'un signal fort à la Russie.

Second événement marquant de la période récente, les conclusions de la conférence internationale sur les voies d'exportation du pétrole kazakhstanais -qui s'est tenue les 31 mars et 1er avril dernier- ont permis au Kazakhstan et la Russie d'envisager un accord sur le statut de la Mer Caspienne.

Il est aujourd'hui prématuré de conclure à la réussite de l'Asie Centrale, car les incertitudes ne manquent pas.

Ce qui est sûr, c'est que cette région du monde offre aux entreprises françaises un vaste champ de développement, qu'elles auraient grand tort d'ignorer ou de sous estimer.

Le capital de sympathie dont bénéficie la France dans cette zone doit trouver, au delà de ses implications culturelles ou politiques, une traduction économique à la hauteur des enjeux.

Une telle évolution suppose que la France comprenne dès aujourd'hui les formidables opportunités que présente cette région et qu'elle ait la volonté de développer, sans tarder, un partenariat avec les Etats qui président, désormais, à son avenir.

ANNEXE N° 1 -

EXAMEN EN COMMISSION

Au cours de sa séance tenue le mercredi 29 avril 1998, la commission a procédé à l'examen du rapport d'information, présenté par M. Jean François-Poncet, président, sur la mission d'information effectuée par une délégation de la commission au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Turkménistan, du 20 au 30 septembre 1997, pour étudier l'économie de ces pays ainsi que leurs relations économiques, commerciales et financières avec la France.

Après avoir annoncé la tenue d'un colloque sur l'Asie centrale, en collaboration avec le Centre français pour le commerce extérieur (CFCE) le 27 mai prochain, M. Jean François-Poncet, président, a rappelé que cette région, qui couvre un espace de près de 4 millions de km² peuplé de 53 millions d'habitants, rassemblait cinq états, autrefois républiques soviétiques : le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Il a indiqué que la mission sénatoriale avait dû restreindre la durée de sa visite à dix jours en raison, notamment, de la session extraordinaire du Parlement et n'avait donc pas pu se rendre au Kirghizistan et au Tadjikistan.

M. Jean François-Poncet, président, a observé que son potentiel énergétique et sa situation de carrefour stratégique faisaient de cette partie du monde au passé particulièrement brillant une région aujourd'hui essentielle.

Il a souligné que l'avenir des trois pays visités était intimement lié à des caractéristiques communes à l'ensemble de la zone.

Parmi celles-ci, il a relevé en premier lieu l'importance de l'islam. Evoquant l'installation et l'expansion musulmane dans la zone, il a rappelé que l'islam sunnite de rite hanéfite s'était imposé progressivement, le soufisme jouant un rôle central. Bien que la pratique religieuse et l'influence de l'islam aient été contrecarrées pendant les décennies soviétiques, le fait musulman, -a-t-il précisé-, n'en est pas moins resté intact comme référence identitaire, même si depuis l'indépendance les autorités, tout en reconnaissant son importance, entendent le contrôler. Evoquant à ce propos l'exemple du Maroc, il a précisé que malgré la proximité d'Etats fondamentalistes, les autorités, notamment Ouzbèkes et Turkmènes, avaient réussi à circonscrire ces phénomènes.

M. Jean François-Poncet, président, a observé, en second lieu, que la colonisation russe et la soviétisation de l'Asie centrale avaient marqué cette région d'une empreinte indélébile. Après avoir souligné l'importance des minorités et de la langue russes en Asie centrale, il a indiqué qu'on assistait actuellement à un découplage vis-à-vis de la Russie avec, d'une part, le renforcement de l'indépendance politique des états d'Asie centrale et, d'autre part, l'affirmation d'une souveraineté économique centre-asiatique.

Il a rappelé par ailleurs que ces pays connaissaient des régimes de pouvoir personnel -pouvoir concentré entre les mains du chef de l'Etat- mais observé que certaines fragilités étaient perceptibles, évoquant à ce propos le délicat problème de la succession et l'existence de factions régionalistes au sein de l'appareil d'Etat.

M. Jean François-Poncet, président, a, enfin, souligné la richesse du potentiel économique, notamment énergétique, de l'Asie centrale. Il a indiqué qu'au-delà des ressources déjà décelées, la Mer Caspienne semblait contenir de considérables réserves en gaz et en pétrole, mais que la question du statut de cette mer n'était toujours pas réglée.

Il a fait observer qu'au-delà des handicaps et des aléas propres à chacun des Etats de la région, l'Asie centrale dans son ensemble était soumise à deux contraintes majeures : l'enclavement et les menaces environnementales. En ce qui concerne l'enclavement, il a présenté les différentes voies d'évacuation des hydrocarbures vers l'ouest, le nord, le sud et l'est, chacune d'elles présentant des caractéristiques politiques et techniques spécifiques. En ce qui concerne l'environnement, il a évoqué les perspectives d'avenir pour le sauvetage de la Mer d'Aral et les conséquences écologiques des expériences nucléaires soviétiques.

M. Jean François-Poncet, président, a fait état des multiples convoitises dont cette région était l'objet, notamment de la part de la Turquie et des pays occidentaux. Insistant sur la forte présence américaine, il a relevé que l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse et les Pays-Bas avaient effectué une forte percée en Asie centrale.

Il a ensuite décrit la situation spécifique de chacun de ces trois pays.

S'agissant du Kazakhstan, il a rappelé son considérable potentiel énergétique et analysé une situation politique fortement marquée par la personnalité de M. Nazarbaiev. Il a évoqué les problèmes soulevés par le transfert de la capitale d'Almaty à Akmola.

Insistant sur la richesse de la civilisation ouzbèke, il a indiqué que l'Ouzbékistan disposait d'atouts importants qu'il avait réussi à mettre en valeur durant la première phase de son indépendance.

Il a souligné que le Turkménistan disposait d'une manne gazière très importante, mais que le désenclavement économique s'avérait difficile pour ce pays en transition, fortement marqué par le poids du passé.

M. Jean François-Poncet, président, a regretté que malgré le rôle positif des visites d'Etat du président Mitterrand en septembre 1993 et avril 1994, la part de la France dans les investissements et les échanges commerciaux en Asie centrale soit demeurée très modeste. Il a observé que si la France avait conclu de grands contrats, notamment dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics et de l'énergie, les entreprises françaises n'avaient dans cette zone qu'une implantation relativement faible. Il a considéré que la France pouvait néanmoins trouver un grand nombre d'opportunités en Asie centrale, en particulier dans le secteur de l'eau et dans le domaine alimentaire.

Il a ensuite abordé la présence culturelle française en Asie centrale -assez importante-, estimant notamment que l'Institut français d'Etudes sur l'Asie centrale était un organisme qui faisait honneur à la France.

M. Jean François-Poncet, président, a considéré que ce déplacement avait permis une bonne approche des grands problèmes de la région et a conclu que cette zone cruciale, notamment sur le plan énergétique, continuerait à susciter les appétits des grandes puissances. Il a précisé que cette zone offrait aux entreprises françaises un vaste champ de développement qu'elles auraient grand tort d'ignorer ou de sous-estimer. Enfin, la commission a autorisé la publication du présent rapport d'information.

ANNEXE N° 2 -

PROGRAMME DU DÉPLACEMENT DE LA DÉLÉGATION DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES DU SÉNAT EN ASIE CENTRALE
(21-30 SEPTEMBRE 1997)

KAZAKHSTAN (du 22 au 24 septembre 1997)

Lundi 22 septembre 1997


01 h 10 (p. Arrivée à Almaty)

01 h 20 (p. Accueil à l'aéroport par le Service du Protocole du ministère des Affaires étrangères du Kazakhstan, et par Son Excellence, M. Alain Richard, Ambassadeur de France)

9 h 00 (p. Petit déjeuner de travail à l'Hôtel Ankara en présence de Son Excellence, M. l'Ambassadeur et de ses principaux collaborateurs)

11 h 00 (p. Entretien avec M. Noursoultan NazarbaIev, Président de la République du Kazakhstan, en présence de M. Tokaev, ministre des Affaires étrangères et M. Khamzaev, vice-ministre des Affaires étrangères)

12 h 10 (p. Visite du Musée archéologique d'Almaty)

14 h 30 (p. Entretien avec M. Omirbek Baigueldi, Président du Sénat)

18 h 00 (p. Vin d'honneur offert par Son Excellence, M. l'Ambassadeur à l'Hôtel ASTANA en présence de la communauté française)

19 h 00 (p. Réception offerte par le Sénat de la République du Kazakhstan)

Mardi 23 septembre 1997

10 h 00 - 11 h 00 (p. Entretien avec M. Saybai Duzbayev, Premier Vice- président de la société nationale du Pétrole et du Gaz " Kazakhoil ")

12 h 30 (p. Visite du complexe sportif de haute montagne de MEDEO
Visite d'une grande surface commerciale)

14 h 45 (p. Entretien avec Mme Gouljhan Karagouzova, Présidente de la
Commission économique, des finances et du budget du Sénat)

16 h 00 (p. Entretien avec M. Jabaïkhan Abdildine, Président du Comité pour les affaires internationales, de la défense et de la sécurité du Sénat )

19 h 00 (p. Dîner offert par Son Excellence, M. l'Ambassadeur à la Résidence, en présence des représentants français des principales sociétés françaises travaillant au Kazakhstan)

Mercredi 24 septembre 1997

09 h 30 (p. Visite du marché central)

11 h 50 (p. Départ pour l'Ouzbékistan)

OUZBÉKISTAN (24 au 26 septembre 1997)

Mercredi 24 septembre


11 h 30 (p. Arrivée à l'aéroport - Accueil par Son Excellence, M. l'Ambassadeur Jean-Claude Richard, Ambassadeur de France)

15 h 00 (p. Entretien avec M. Abdoulaziz Kamilov, ministre des Affaires étrangères)

16 h 30 (p. Réunion de travail avec Son Excellence, M. l'Ambassadeur et ses principaux collaborateurs)

Jeudi 25 septembre

10 h 00 (p. Entretien avec M. Bougrov, Vice-président de l'Olii Majlis)

11 h 30 (p. Entretien avec M. Elyor Ganiyev, ministre des relations économiques extérieures)

13 h 00 (p. Déjeuner offert par M. Pierre Chuvin, directeur de l'Institut français d'études sur l'Asie centrale)

15 h - 16 h 00 (p. Entretien avec M. Outkour Sultanov, Premier ministre)

16 h 15 (p. Visite du musée des Timourides de Tachkent)

19 h 00 (p. Réception offerte par l'Olii Majlis en présence de M. Vladimir Norov, Conseiller d'Etat de la République d'Ouzbékistan)

Vendredi 26 septembre

06 h 30 (p. Départ pour Samarcande)

9 h 00 (p. Visite de Samarcande)

13 h 00 (p. Déjeuner à l'Alliance Française)

15 h 00 (p. Visite du site archéologique d'Afrasiab)

19 h 00 (p. Dîner en présence de M. Tukutaurarov, Maire du district de Bogishamal et de M. Nassgrov, Maire de Samarcande)

Samedi 27 septembre 1997

8 h 30 (p. Départ pour Boukhara)

10 h 00 (p. Visite de Boukhara)

14 h 00 (p. Déjeuner offert à la mairie par M. Nabiv Fazilov, Vice-Préfet de la région de Boukhara et M. Karim Kamalov, Maire de Boukhara)

TURKMÉNISTAN (27 au 30 septembre 1997)

Samedi 27 septembre 1997


19 h 30 (p. Accueil de la délégation à l'aéroport d'Achkabat par :)

(p. - M. Alexandre Grichine, président du comité pour l'économie et la politique sociale du Mejlis)

(p. - M. Erchkul Joumaev, président du Comité pour les relations internationales et interparlementaires du Mejlis)

(p. - M. Khomma Akmamedov, chef du département du protocole du ministère des Affaires étrangères)

(p. - Son Excellence, M. Yves Bargain, ambassadeur de France au Turkménistan)

Dimanche 28 septembre 1997

09 h 30 (p. Visite du marché)

12 h 30 (p. Déjeuner à Tchouly (dans la montagne, à la frontière iranienne))

14 h 30 (p. Visite de la Mosquée de GOEK DEPE)

16 h 00 (p. Visite des Haras (chevaux " Ahal Tekes "))

17 h 00 (p. Visite du site de Nissa, ancienne capitale des Parthes)

Lundi 29 septembre 1997

09 h 00 (p. Réunion de travail avec Son Excellence, M. l'Ambassadeur et ses principaux collaborateurs)

10 h 00 (p. Entretien avec M. Sahat Mouradov, Président du Mejlis)

11 h 00 (p. Entretien avec M. Ilaman Chikhiyev, vice-président du cabinet des ministres)

14 h 00 (p. Entretien avec M. Marc Jessel, représentant intérimaire de la Commission européenne pour le programme Tacis)

15 h 00 (p. Entretien avec M. Batyr Sardjaev, vice-président du cabinet des ministres et ministre de l'Industrie du pétrole et du gaz et des ressources minérales)

16 h 00 (p. Entretien avec M. Eully Gourbanmouradov, vice-président du cabinet des ministres et directeur de l'Agence d'Etat pour les investissements étrangers)

19 h 00 (p. Réception offerte en l'honneur de la délégation par Son Excellence, M. Yves Bargain, Ambassadeur de France)

Mardi 30 septembre 1997

02 h 25 (p. Retour à Paris)

ANNEXE N° 3 -

DONNÉES GÉNÉRALES SUR LES ÉTATS D'ASIE CENTRALE



PAYS

SUPERFICIE (km²)

POPULATION (millions)

P.N.B.
(milliards de $ US)

NOM DU PRESIDENT

LANGUE

RELIGION

Kazakhstan

2 717 300

16 400 000

22 143

Noursoultan Nazarbaiev

Kazakh, Russe, Allemand, Ukrainien, Coréen, Ouzbek

Chrétienne, Orthodoxe, Musulmane (sunnite)

Kirghizstan

198 500

4 600 000

3 158

Askar Akaiev

Kirghiz, Russe

Musulmane (sunnite)

Ouzbékistan

447 400

23 700 000

21 979

Islam Karimov

Ouzbek, Russe, Tadjik

Musulman (sunnite)

Tadjikistan

143 100

6 000 000

1 976

Imamali Rahmanov

Tadjik, Russe

Sunnites

Turkménistan

488 100

4 600 000

4 125

Separmourad Nyazov

Turkmène, Russe

Sunnites



1 " Histoire de l'Asie centrale " de M. Vincent Fourniau - Collection " Que Sais-je " ? PUF 1992.

2 " La nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations" de M. Olivier Roy, Edition Seuil, 1997.

3 Le terme de " nationalité " correspond à l'appartenance ethnique, dont le critère culturel est la langue. Il se distingue de la notion de citoyenneté définie en termes purement politiques.

4 " Histoire de l'Asie centrale " par M. Vincent Fourniau -Collection " Que Sais-je ? ". PUF 1992.

5 Cf. ouvrage précité page 17

6 " Asie Centrale : aux confins des empires, réveil et tumulte " - Autrement, Série Monde - HS n° 64 - octobre 1992, sous la direction de Mme Catherine Poujol.

7 Cf. ouvrage précité p. 17.

8 " Asie centrale : aux confins des empires, réveil et tumulte " - Revue Autrement, octobre 1992, dirigée par Mme Catherine Poujol.

9 Ces chiffres correspondent aux réserves prouvées et à une partie des réserves probables, selon les données officielles kazakhes. Selon les chiffres qui figurent dans la " BP Statistical Review ", les réserves prouvées d'huile du Kazakhstan ne seraient que de 700 millions de tonnes.

10 23 millions de tonnes évacuées en 1996, sur une production totale de 26 millions de tonnes.

11 Chimkent, prévue à l'origine pour traiter le brut sibérien, est inadaptée au brut de Kumkol. La raffinerie devrait être transformée, mais les projets se heurtent pour l'instant à des problèmes de financement.

12 " L'or bleu de Samarkand " de Mme Frédérique Beaupertuis - Bressand, novembre 1997.

13 Ministère des Affaires étrangères -Bulletin du Centre analyse et de prévision n° 69, printemps, été 1997, par M. O. Roy.