SÉANCE DU 26 JUIN 1996
« Le Sénat,
« Vu l'article 88-4 de la Constitution,
« Vu la proposition de révision des perspectives financières présentée par la
Commission au Parlement européen et au Conseil en application des paragraphes
11 et 12 de l'accord interinstitutionnel du 29 octobre 1993 sur la discipline
budgétaire et l'amélioration de la procédure budgétaire SEC (96) 492 final,
« Se félicite de la transmission au Parlement, au titre de l'article 88-4 de
la Constitution, du projet d'accord interinstitutionnel portant sur la révision
des perspectives financières et demande au Gouvernement que toutes les
propositions relatives à des accords interinstitutionnels soient désormais
transmises au Parlement ;
« Considérant que la révision proposée par la Commission ne paraît pas
entièrement conforme à l'esprit et à la lettre de l'accord interinstitutionnel
du 29 octobre 1993 ;
« Considérant que la rigueur budgétaire que s'imposent actuellement les Etats
membres devrait conduire la Commission à adopter le même comportement pour le
budget des Communautés européennes et que la véritable économie conduirait à
diminuer la contribution des Etats membres plutôt qu'à réorienter les crédits
disponibles sous plafond vers d'autres dépenses communautaires ;
« Considérant que la Commission propose, sans relèvement du plafond des
perspectives financières ni augmentation des crédits de paiement, de dégager
2,7 milliards d'écus de crédits d'engagement ;
« Considérant que ces crédits, qui correspondent aux dépenses entraînées par
la proposition de la Commission, seraient dégagés par une reclassification des
dépenses au sein des perspectives financières, reclassification qui aurait pour
effet d'accroître les crédits disponibles pour les fonds structurels, les
politiques internes, les actions extérieures et les dépenses administratives
;
« Considérant que les demandes de la Commission ne sont pas justifiées :
« - le financement du complément du 4e programme cadre de recherche est déjà
assuré ;
« - une modification de l'ordre des priorités d'action dans le domaine de la
politique extérieure de l'Union n'apparaît pas actuellement justifiée ;
« - la reconstitution de la réserve pour les initiatives communautaires ne
s'impose pas dans l'immédiat ;
« - les mouvements de crédits entre la réserve pour aide d'urgence et le
relèvement du plafond de la rubrique des actions extérieures ne sont pas
acceptables dans leur principe ;
« - les dépenses immobilières du Parlement européen ne sauraient justifier une
révision des perspectives financières ;
« - la priorité en faveur des réseaux transeuropéens peut être assurée dans le
cadre budgétaire actuel ;
« Considérant que le redéploiement résultant de la sous-exécution de nombre de
programmes communautaires présente de nombreux risques, tant du point de vue de
la procédure budgétaire qu'au regard de l'utilisation prévisible des crédits de
la ligne agricole ;
« Considérant notamment que le principe d'un redéploiement des dépenses
obligatoires vers les dépenses non obligatoires ne doit pas être admis ;
« Considérant que la proposition entraînerait, du fait de l'annulation des
économies possibles dans la ligne budgétaire agricole, un relèvement de 2,1
milliards de francs de la contribution française au budget communautaire ;
« Demande au Gouvernement de s'opposer fermement à la proposition de révision
des perspectives financières présentée par la Commission ;
« Considérant, par ailleurs, que la gestion des finances publiques dans
l'Union européenne devrait tenir compte des réalités économiques et financières
des Etats membres et être cohérente avec les principes de la dépense
communautaire ;
« Demande également au Gouvernement de promouvoir ces principes en étant
vigilant devant les évolutions financières proposées par les instances
communautaires et en recherchant les moyens permettant de garantir une gestion
des finances publiques communautaires réaliste. »
Avant de mettre aux voix la résolution, je donne la parole à M. Genton pour
explication de vote.
M. Jacques Genton.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je voterai,
bien entendu, la proposition de résolution de la commission des finances, et
j'approuve la déclaration de M. le rapporteur sur le projet de budget pour
1997.
Je me réjouis que la conférence des présidents ait décidé que cette
proposition de résolution serait examinée en séance publique, afin de donner la
solennité qui convient à cet important sujet.
Notre collègue M. Denis Badré a excellemment expliqué, dans son rapport et
dans son intervention liminaire, les termes de cette proposition de résolution,
qui, je le souligne au passage, a été soutenue par la délégation du Sénat pour
l'Union européenne.
M. Denis Badré,
rapporteur. Je suis confus de ne pas l'avoir rappelé.
M. Jacques Genton.
Cela allait de soi, mon cher collègue, nous étions ensemble.
Je tiens, en cette circonstance, à exprimer mon inquiétude quant à la
légitimité des accords interinstitutionnels qui ne sont pas prévus par les
traités.
A ceux qui pourraient nous reprocher d'inviter le Gouvernement à s'opposer à
la proposition de révision des perspectives financières présentée par la
Commission, je répondrai, en reprenant les propos de M. le rapporteur : « Nous
ne voulons pas que les institutions de la Communauté jouent contre l'Europe. »
C'est, à mon avis, mes chers collègues, la meilleure conclusion.
(Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, des Républicains et
Indépendants et du Rassemblement pour la République.)
M. le président.
La parole est à M. Hamel.
M. Emmanuel Hamel.
Après les propos de M. Genton, dont je tiens à souligner la personnalité
éminente et les responsabilités qu'il assume en tant que président de la
délégation du Sénat pour l'Union européenne, j'aurais le devoir d'être très
bref.
Je manquerai toutefois à ce devoir en exprimant publiquement une confidence.
Ayant l'honneur d'être membre de la commission des finances, je dois faire part
à la Haute assemblée du plaisir intense que nous avons éprouvé en écoutant les
explications de notre rapporteur, M. Denis Badré.
Bien qu'il siège depuis peu de temps au sein de notre assemblée, il a déjà
acquis une grande autorité et a fait preuve d'une grande connaissance des
problèmes si délicats des finances communautaires. Voilà qui est véritablement
le signe d'un immense talent. J'ose espérer que la République le reconnaîtra un
jour en lui confiant des fonctions éminentes.
Son rapport est, bien évidemment, remarquable. Je tiens d'abord à le soutenir,
ce qui, politiquement, n'est pas sans importance.
Nous avons des conceptions différentes de l'Europe. Les uns ne sont peut-être
pas opposés à l'idée d'une Europe quasi fédérale. Les autres préféreraient que
la France reste un Etat protégeant son territoire et coopérant avec d'autres
pays européens.
Quelle que soit la sensibilité des membres de la commission des finances en ce
domaine, tous sont convenus qu'ils pouvaient voter le rapport de M. Badré. Ce
rapport contient en effet un certain nombre d'évidences.
Comme il le souligne dans la proposition de résolution, la révision des
perspectives financières proposée par la Commission n'est conforme ni à
l'esprit ni à la lettre de l'accord institutionnel du 29 octobre 1993. Comment
construire l'Europe si la Commission ou le Conseil des ministres se mettent
eux-mêmes en contradiction avec les textes déjà adoptés ?
Par ailleurs, il est incontestable, et M. Badré l'explique fort bien, que la
demande de la Commission n'est pas justifiée. Il suffit de se reporter à son
rapport pour en être convaincu.
Enfin, il affirme, et le groupe du Rassemblement pour la République partage ce
sentiment, que « le principe d'un redéploiement des dépenses obligatoires vers
les dépenses non obligatoires ne doit pas être admis », et nous sommes heureux,
monsieur le ministre, que vous l'ayez confirmé.
En outre, en tant que parlementaires français, nous ne pouvons pas admettre
une proposition qui aurait pour conséquence de relever la contribution
française, qui est déjà très forte, au budget communautaire.
Ainsi, le groupe du Rassemblement pour la République demande au Gouvernement
de s'opposer fermement à la proposition de révision des perspectives
financières présentée par la Commission. Tel sera le sens de notre vote.
Je pourrais ajouter d'autres arguments si je n'étais pas pris par le temps et
par l'obligation d'être concis. En effet, s'agissant de problèmes aussi
importants, plus nos affirmations sont nettes, plus l'expression de notre
volonté est concise et plus nous servons l'intérêt public et la construction de
l'Europe.
(Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et
Indépendants et de l'Union centriste.)
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix la résolution.
M. Alain Richard.
Le groupe socialiste s'abstient.
(La résolution est adoptée.)
M. le président.
En application de l'article 73
bis, alinéa 11, du règlement, la
résolution que le Sénat vient d'adopter sera transmise au Gouvernement et à
l'Assemblée nationale.
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