SÉANCE DU 26 JUIN 1996
« Le Sénat,
« - Vu l'article 88-4 de la Constitution,
« - Vu la recommandation de la Commission en vue d'une recommandation du
Conseil visant à ce que soit mis un terme à la situation de déficit public
excessif en France (n° E 648),
« Se félicite que le projet de recommandation de la Commission en vue d'une
recommandation du Conseil (n° E 648), soit présenté au Parlement au moment où
s'élabore le projet de loi de finances pour 1997, conformément à la demande
contenue dans la résolution n° 14 adoptée par le Sénat en séance publique le 20
octobre 1994 et conformément aux engagements pris par la Commission en novembre
1994 ;
« Prend acte que la recommandation constate le non-respect par la France, en
1995, des objectifs fixés par le programme de convergence de novembre 1993,
malgré une réduction du déficit public de 0,8 point de pourcentage de PIB par
rapport à 1994 ;
« Estime justifiée la nécessité inscrite dans la recommandation de poursuivre
la réduction du déficit en 1996 et en 1997 afin de parvenir à l'objectif d'un
déficit public égal à 3 p. 100 du PIB en 1997 ;
« Se félicite que la recommandation approuve la réforme du système de sécurité
sociale présentée par le Gouvernement en novembre 1995, les mesures de gel des
dépenses publiques prises au début de l'année 1996 ainsi que les orientations
budgétaires pour 1997 annoncées au mois de mai 1996 ;
« Considère important le rappel de la nécessité de veiller au respect des
objectifs de croissance des dépenses de santé et à la mise en oeuvre intégrale
de la réforme du système de sécurité sociale ;
« Se félicite que la recommandation encourage le Gouvernement à réduire les
dépenses de l'Etat en termes réels en 1997, pour compenser toute perte de
recettes et réaliser l'objectif fixé en matière de déficit ;
« Rappelle enfin que la rigueur budgétare que s'imposent actuellement les
Etats membres devrait conduire la Commission à adopter le même comportement
pour le budget des Communautés européennes afin de permettre aux Etats membres
de stabiliser leurs contributions et de progresser sur la voie de la réduction
du déficit. »
Par amendement n° 1, Mmes Luc, Beaudeau, Demessine et les membres du groupe
communiste républicain et citoyen proposent de remplacer les sept derniers
alinéas de la résolution par cinq alinéas ainsi rédigés :
« Considérant que la Commission souhaite, en application du traité de
Maastricht, placer sous sa tutelle l'économie française et la politique
budgétaire de l'Etat en imposant une austérité renforcée,
« Considérant que de telles orientations conduisent à remettre en cause les
grands services publics de transports, de l'énergie, des postes et des
télécommunications,
« Considérant que la Commission appuie une réforme de la protection sociale
creusant les inégalités sociales et attaquant les principes de solidarité
fondateurs de notre système de protection sociale,
« Considérant que les objectifs prioritaires de la France, comme de l'Union
européenne, doivent être la lutte contre le chômage et la réduction des
inégalités et non la réalisation de la monnaie unique soumettant toujours plus
les Etats et les peuples à la loi des marchés financiers,
« Demande au Gouvernement de s'opposer à l'adoption de la recommandation n° E
648. »
La parole est à M. Bécart.
M. Jean-Luc Bécart.
Je ne répéterai pas tous les arguments que nous avons exposés en défendant
notre motion tendant à opposer la question préalable et lors de la discussion
générale.
Nous nous plaçons dans une logique différente de celle du Gouvernement, dans
une logique partagée par les milliers de personnes, salariés, chômeurs,
retraités, qui ont défilé à Lyon hier après-midi, par exemple, pour dénoncer
les orientations décidées par les ministres des finances du G 7.
Dans les tout derniers jours, l'annonce en France de la suppresssion de plus
de 12 000 emplois ne peut que renforcer notre conviction à inventer un autre
chemin. Et le paroxysme a été atteint quand l'annonce de la suppression de 2
000 emplois chez Moulinex a provoqué une hausse du cours de son action en
bourse !
Au nom de la réduction des déficits publics, au nom du respect des critères de
la monnaie unique, vous alourdissez les charges pesant sur les plus démunis et
les classes moyennes.
Je vous ferai grâce du rappel de ce qu'ont coûté aux Français l'augmentation
de la TVA, la création du RDS et le transfert de charges sur les collectivités
locales !
Oui, vous avez accepté, au mépris de tous vos propos préélectoraux, de baisser
pavillon devant les partisans de l'orthodoxie libérale.
Un journal, traitant de la réunion de Florence, titrait non sans humour : « A
Florence, la vache qui cache la forêt... Le pacte de confiance pour l'emploi
aux oubliettes. »
Mes chers collègues, la construction européenne version Maastricht nous
maintient dans la crise. Voilà plus de dix ans que l'on nous ressasse les mêmes
recettes, pour les mêmes mauvais résultats en termes d'emploi.
Les atteintes contre nos grands services publics au nom du sacro-saint
principe communautaire de la concurrence ne seront pas de nature, selon nous, à
modifier la dégradation de notre cohésion sociale et nationale. S'enferrer dans
de tels choix relève d'une véritable soumission aux marchés financiers, comme a
pu le souligner le président de la Bundesbank, lors du sommet de Davos, en
expliquant que « tout gouvernement qui s'écarterait du chemin tracé par
Maastricht et de l'orthodoxie financière s'exposerait à des représailles de la
part des marchés ».
Nous ne pouvons accepter ce genre d'ultimatum et c'est pour cela que nous vous
proposons d'adopter notre amendement, afin que le Gouvernement s'oppose à
l'adoption de la résolution n° E 648.
Mme Hélène Luc.
Très bien !
M. le président.
Quel est l'avis de la commission ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. Cet amendement ayant pour objet de réécrire le projet de
résolution de la commission des finances, cette dernière n'a donc pu, par
cohérence, qu'émettre un avis défavorable à son encontre.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Alain Lamassoure,
ministre délégué. Défavorable, pour les mêmes raisons.
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 1, repoussé par la commission et par le
Gouvernement.
(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix la résolution.
Mme Hélène Luc.
Le groupe communiste républicain et citoyen vote contre.
(La résolution est adoptée.)
M. le président.
En application de l'article 73
bis, alinéa 11, du règlement, la
résolution que le Sénat vient d'adopter sera transmise au Gouvernement et à
l'Assemblée nationale.
12