SÉANCE DU 23 OCTOBRE 1997
M. le président.
La parole est à M. Debarge.
M. Marcel Debarge.
Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les
ministres, mes chers collègues, à l'issue de cinq mois de guerre, nous
constatons que le pouvoir a changé de mains au Congo et l'interlocuteur est à
nouveau M. Denis Sassou-Nguesso.
Avant d'aller plus loin, je tiens tout de suite à exprimer ma reconnaissance,
celle de mon groupe, et peut-être au-delà, à toutes celles et à tous ceux, dans
la tradition qui est la leur - ambassades, consulats, services de la
coopération, militaires français, mais aussi sécurité civile : pompiers,
infirmiers, médecins - qui, dans ce pays, dans des conditions difficiles et
dangereuses, accomplissent avec courage et dévouement leur mission.
(Applaudissements.)
Par ailleurs, il faut constater, pour le déplorer, que les Congolais
n'ont pas réussi à régler leurs désaccords politiques sur le terrain électoral.
Il faut remarquer à cet égard un manque certain de préparation avant l'échéance
électorale, qui est, en grande partie du moins, à l'origine des affrontements
sur le terrain, de plusieurs mois de guerre, de destructions, de morts nombreux
et d'un élargissement du conflit entraînant des interventions étrangères.
La situation a évolué, les combats semblent cesser. Mais l'engrenage fatal de
la violence est-il arrêté ou s'agit-il d'une accalmie sans lendemain ? Il est
important de savoir ce que M. Sassou-Nguesso veut faire de cette victoire
obtenue par les armes.
On a pu noter avec intérêt qu'il a parlé d'élection, de gouvernement d'union
nationale ; il n'a toutefois pas cité de calendrier. Il s'agit maintenant de
savoir quel contenu exact il va donner à ces débuts d'engagements.
La situation au Congo doit être prise en compte en fonction du contexte
africain et des relations entre la France et l'Afrique. Le Gouvernement s'est
prononcé pour une politique de non-ingérence, parce qu'il considère qu'on ne
doit pas régler les conflits entre les différents clans dans les pays d'Afrique
par la force, par l'intervention directe.
Tout naturellement, on doit essayer de trouver un cadre légitime, un cadre
multilatéral, permettant de résoudre les conflits. Dans le cas du Congo, cela a
fait défaut. Les médiations tentées n'ont pas abouti et le conflit armé s'est
développé. C'est regrettable. Cependant, il faut remarquer que la France, à
juste titre, a appliqué sa politique de non-ingérence.
Face à cette nouvelle situation, nous pouvons nous inquiéter de l'évolution
des conflits pour le pouvoir au sein des nations africaines. En effet, quel
contexte prévaut en Afrique centrale ? Dans un certain nombre de pays - Rwanda,
Congo-Kinshasa, Congo-Brazzaville - des équipes arrivent au pouvoir par la
force et, souvent, avec l'aide de soldats de pays voisins.
Cela nous fait penser que si, pour la France, le temps de l'ingérence est
terminé, il ne l'est pas pour d'autres pays. Si l'exemple zaïrois ou congolais
venait à se propager, si la force militaire devenait le seul mode de règlement
des conflits, les conséquences seraient lourdes pour l'avenir des Africains.
M. le président.
Posez votre question !
M. Marcel Debarge.
Que pouvez-vous nous dire, monsieur le ministre, sur la situation de nos
compatriotes, du sort des ressortissants étrangers retenus au Congo ? Nous
savons que la France fait ce qu'il faut pour que les Français et les étrangers
présents au Congo soient en sécurité. Cependant, des informations
contradictoires sèment l'inquiétude en France. Pouvez-vous nous apporter des
éléments susceptibles de calmer ces légitimes inquiétudes ?
Enfin, nous savons qu'une réunion a lieu actuellement à Dakar, sur
l'initiative du Sénégal et de la France, réunion destinée à étudier la délicate
question du « maintien de la paix » en Afrique. Dix-huit pays africains y
participent, ainsi que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, la Russie
et des représentants des organisations internationales.
M. le président.
Vous avez largement dépassé votre temps de parole !
M. Marcel Debarge.
Il s'agit là d'une réunion très importante pour l'avenir du continent et des
relations franco-africaines. J'aimerais connaître la position que la France
soutient à Dakar et quelles sont les autres initiatives que le Gouvernement
français serait à même de prendre.
(Très bien ! et applaudissements sur les travées socialistes.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Hubert Védrine,
ministre des affaires étrangères. Monsieur le sénateur, à propos de ce
conflit tout à fait navrant, désolant et regrettable qui a déchiré le Congo
pendant plusieurs semaines, notre politique a été claire.
J'en rappelle les principes. Tout d'abord, le temps de l'ingérence - vous
l'avez indiqué vous-même, monsieur Debarge - est terminé. Mais cela ne veut pas
dire inaction et passivité.
Pendant toute la durée de ce conflit, nous avons mis en oeuvre tous les moyens
politiques et diplomatiques dont nous disposons, nous avons été appuyés par les
efforts de médiation du président Bongo, de l'envoyé du secrétaire général de
l'ONU et de celui de l'OUA.
Ces efforts n'ont pas permis, et nous le regrettons, de régler ce conflit sur
le terrain politico-diplomatique. Ce sont donc les armes qui l'ont finalement
emporté.
Il s'agit d'un exemple déplorable qui vient à la suite d'autres, dans la
région. Nous devons nous préoccuper de cet effet de contagion, sans pour autant
revenir sur la ligne du Gouvernement et du Président de la République, à savoir
sur notre refus de toute ingérence directe, sauf si le Conseil de sécurité
décidait de mettre en place des forces d'interposition. A ce moment-là, en
effet, nous interviendrions par le biais de soutiens financiers ou de supports
logistiques.
Par conséquent, notre position repose sur le principe de non-ingérence ainsi
que sur un soutien politique et diplomatique visant à parvenir à une solution
politique durable.
S'agissant des Français et, d'une manière plus large, des étrangers sur place,
vous avez pu vous rendre compte à quel point les agents diplomatiques et
consulaires et, à Paris, la direction des Français de l'étranger ont été une
fois de plus dévoués, compétents et efficaces. Ils ont réussi à faire en sorte
que tous ceux qui avaient besoin d'une aide soient secourus. Aucun problème
grave ne s'est posé.
Notre action humanitaire s'est naturellement poursuivie au bénéfice des
Congolais, notamment de ceux de Brazzaville qui ont été les premiers touchés
par ces combats qui ont causé de nombreuses destructions et fait de nombreuses
victimes.
D'une façon générale, nous nous préoccupons des situations d'instabilité et de
crise. Nous sommes en train de renforcer, dans tous nos postes diplomatiques ou
consulaires concernés par des actions ou des situations de ce type, les
procédures d'information, d'alerte, de regroupement et d'évacuation afin que
tous les Français qui se trouvent dans de tels pays sachent qu'ils ont des
moyens de contacter les autorités susceptibles de leur apporter les
informations et l'assistance utiles en cas de nécessité.
Pour le reste, nous mènerons une politique africaine qui reste fidèle à nos
amis et partenaires traditionnels.
Nous incitons, nous encourageons ces pays à évoluer parce qu'ils doivent
s'adapter, eux aussi, à la nouvelle donne mondiale sur le plan tant du
développement de l'économie que de la consolidation des démocraties. Cette
évolution est difficile et nous sommes les premiers à déplorer les retours en
arrière. Mais nous devons nous efforcer d'aider à stabiliser la situation de
ces pays.
Nous ouvrons le dialogue politique à toute l'Afrique parce que ces pays, nos
amis les plus proches, nous le demandent.
En ce qui concerne la situation au Congo, nous allons maintenant observer avec
beaucoup d'attention sous quelle forme, à quel rythme M. Sassou Nguesso fera ce
à quoi nous l'encourageons vivement, c'est-à-dire donner un contenu concret au
début d'engagement qu'il a pris. Il a en effet parlé d'organiser, après une
période de transition, des élections libres et démocratiques.
Par ailleurs, il commence à faire preuve d'un état d'esprit de coopération par
rapport aux Nations unies, ce qui est important, ne serait-ce que dans le
contexte régional. Tel n'est en effet pas le cas d'autres régimes, eux aussi
issus de bouleversements et non pas d'élections.
(Applaudissements sur les travées socialistes, ainsi sur celles du groupe
communiste républicain et citoyen. - Mme Paulette Brisepierre et M. Yann
Gaillard applaudissent également.)
LOI-CADRE SUR LES TRENTE-CINQ HEURES
DANS LES PME