LOI DE FINANCES POUR 1998

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi de finances pour 1998, adopté par l'Assemblée nationale. [N°s 84 et 85 (1997-1998).]
Je rappelle au Sénat que la discussion générale a été close.
Nous passons à la discussion des articles de la première partie du projet de loi de finances.
M. Alain Lambert, rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Alain Lambert, rapporteur général. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, avant d'engager la discussion des articles, je souhaite, afin de faire gagner du temps au Sénat et éviter d'y revenir tout au long du débat, formuler quelques remarques préalables.
En premier lieu, je préciserai que la commission des finances est attachée au solde budgétaire. J'aurai, au cours de la discussion des articles, la redoutable et parfois ingrate tâche, au moyen des avis que l'on me demandera de donner au nom de la commission des finances, de veiller à ce que le solde budgétaire ne se dégrade pas.
Cela me donne l'occasion de saluer le sens élevé de la responsabilité de la majorité sénatoriale. Mais je suis également prêt, tout au long de la discussion, à saluer le sens élevé de la responsabilité de l'opposition sénatoriale, pour éviter que ne soient proposées et adoptées des mesures tout aussi pertinentes les unes que les autres, mais dont le coût global se révélerait incompatible avec l'équilibre budgétaire auquel nous souhaitons parvenir. C'est ce qui me conduira parfois, au nom de la commission des finances, à ne pas recommander d'adopter des amendements dont l'objet n'est pas contestable, mais dont le coût est totalement dissuasif.
En deuxième lieu, je rappellerai à tous nos collègues les contraintes de la procédure budgétaire. Je prendrai deux exemples : tout d'abord, on ne peut pas gager une moindre recette par une moindre dépense, même si, parfois, on est tenté de le faire ; ensuite, on ne peut pas transférer des crédits ou des emplois d'un ministère à l'autre. Je donne ces deux exemples parce que nous pouvons quelquefois, les uns et les autres, être tentés de procéder de cette manière.
Je souhaite également rappeler, en troisième lieu, que la volonté de la majorité sénatoriale est de contenir la dépense publique - cela a été dit à plusieurs reprises pendant la discussion générale - tout en reconduisant, en volume de dépenses, le montant de 1997, économisant ainsi 21,3 milliards de francs.
La discussion des articles de la première partie du projet de loi de finances donnera donc l'impression d'une dégradation du solde, puisque les économies réalisées sur les dépenses permettront de réduire les prélèvements. Lors de la discussion de l'article d'équilibre - je m'adresse au Gouvernement - le plafond de dépenses proposé rendra possible le rétablissement de l'équilibre convenu.
Lorsque les amendements de la première partie devront être gagés - ils ne sont d'ailleurs pas nombreux - ces gages seront, bien sûr, présentés de manière formelle. Ils pourront, le cas échéant, être annulés en fin de discussion si le Gouvernement, dans une courtoisie républicaine dont nous ne doutons pas, nous autorisait une seconde délibération pour les supprimer.
S'agissant enfin, en quatrième lieu, des relations entre le Sénat et le Gouvernement, je souhaite vous dire, monsieur le secrétaire d'Etat, que la commission des finances, devant une remarque que je lui ai faite vendredi après-midi, a marqué une certaine impatience face aux retards pris - je tiens à peser chaque mot que je prononce - plus par l'exécutif que par le Gouvernement. En effet, les gouvernements passent parfois un peu rapidement et celui qui est en fonction peut penser que la critique du Sénat s'adresse principalement à lui. L'exécutif tarde effectivement à rendre les rapports qui sont prescrits par la loi. Je prendrai quelques exemples : la fiscalité de la vignette et de la carte grise, la taxe professionnelle, la taxe sur les salaires, les réductions d'impôts.
Monsieur le secrétaire d'Etat, les rapports sont utiles, voire indispensables au Sénat pour qu'il puisse légiférer en pleine connaissance de cause. Ils ont été adoptés par le législateur. Un délai pour les rendre a été fixé et ce délai n'est pas respecté par l'exécutif.
L'argument auquel tout le monde songe est, à l'évidence, le changement de Gouvernement. Toutefois, si les gouvernements passent, il existe aussi des administrations et nous avons le sentiment que les rapports sont, pour partie, établis par leurs services, qui sont, nous le savons, très compétents dans notre pays. Nous nous plaisons tous, en effet, reconnaître la très grande qualité de notre administration.
Dès lors que ces rapports sont établis, ils doivent, après que le ministre a eu le temps de les examiner, bien entendu, être mis à la disposition du Parlement. C'est un souhait très fort du Sénat, et je vous remercie, monsieur le secrétaire d'Etat, d'y veiller tout particulièrement pour que nous puissions élaborer la meilleure législation fiscale possible.
M. Christian Sautter, secrétaire d'Etat au budget. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Christian Sautter, secrétaire d'Etat. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je souhaite répondre brièvement à M. le rapporteur général, avec la courtoisie républicaine dont il a lui-même fait preuve.
Premièrement, tout au long de l'examen des articles de la première partie du projet de loi de finances, nous nous trouverons, comme l'a dit M. le rapporteur général, dans une situation un peu délicate, dans la mesure où certains amendements tendront à réduire les impôts sans que l'on connaissent les mesures qui seront proposées parallèlement.
Certes, à propos de l'article d'équilibre, M. le rapporteur général a bien annoncé que la correction nécessaire serait effectuée, mais je trouve un peu délicat, je le répète, l'exercice qui consiste à réduire des impôts - il s'agit d'un exercice assez facile - sans connaître véritablement les économies, toutes douloureuses, qui seront présentées en contrepartie. Mais nous aurons l'occasion d'en débattre à nouveau tout au long de l'examen du projet de budget.
Deuxièmement, s'agissant des rapports que le Gouvernement doit présenter au Parlement, je ne fais pas de distinction, monsieur le rapporteur général, entre le Gouvernement et l'administration. Je me considère comme le chef de l'administration des finances. Si certains rapports ont été déposés en retard, je me tiens personnellement pour responsable. Je sais que c'est par courtoisie que M. le rapporteur général a esquissé cette distinction. J'ai déjà promis que le rapport sur la cotisation minimale à la taxe professionnelle serait remis. Je ferai en sorte, avec mes collaborateurs, que les rapports qui vous manquent vous soient présentés dans les meilleurs délais.
Je profite de cette occasion pour rendre hommage - vous l'avez fait vous-même, monsieur le rapporteur général - aux administrations qui travaillent avec le Gouvernement et qui - vous avez eu l'amabilité de le souligner - ont préparé un projet de budget avec huit semaines en moins par rapport au calendrier habituel. Cette compression du temps explique peut-être le fait que certains rapports, certes importants, n'aient pas été fournis à temps.

PREMIÈRE PARTIE

CONDITIONS GÉNÉRALES
DE L'ÉQUILIBRE FINANCIER

TITRE Ier

DISPOSITIONS RELATIVES AUX RESSOURCES
I. _ IMPÔTS ET REVENUS AUTORISÉS
A. _ Dispositions antérieures

Article 1er