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SÉANCE DU 23 AVRIL 1998




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M. le président. La parole est à M. Renar.
M. Ivan Renar. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, nous n'avons pas fini de mesurer les conséquences néfastes de ce vendredi noir du 20 mars, où quelques élus, soucieux de préserver leur fauteuil de président de région, n'ont pas hésité à pactiser avec le Front national. (Murmures sur les travées du RPR et de l'Union centriste.) Malheureusement !
Ceux qui refusent la subvention aux Chorégies d'Orange, qui ferment le théâtre de Châteauvallon ou le café-musique de Vitrolles, qui interdisent les chanteurs et artistes qui leur déplaisent, qui censurent les bibliothèques, les voilà aux affaires en Languedoc-Roussillon, en Rhône-Alpes, en Bourgogne, en Picardie !
Sous l'objectif affiché de « mettre fin à la dictature de la culture de gauche » se cache, en réalité, une attaque en règle contre la culture, et tout particulièrement la création contemporaine ; on l'a vu avec les attaques ignobles contre certains fonds régionaux d'art contemporain et les artistes de Montpellier.
On voit apparaître des listes noires d'artistes ou d'oeuvres comme en des temps funestes où l'on parlait aussi « d'art dégénéré ».
Mme Hélène Luc. Absolument !
M. Ivan Renar. La culture ne se découpe certes pas en tranches partisanes. Mais on ne saurait oublier que la liberté de création est inséparable de la liberté d'expression. Etouffer l'une, c'est mieux garrotter l'autre.
Une chose est certaine, comme le disait un antifasciste célèbre : « Hommes, veillez. »
C'est ce qu'ont d'ailleurs bien compris, il y a quatre semaines, ici même monsieur le président, les trois cents sénateurs juniors qui ont adopté la « Charte du jeune citoyen de l'an 2000 », dont un article ratifié à la quasi-unanimité est ainsi conçu : « Le racisme est une attitude incompatible avec les valeurs de la République. »
Mme Hélène Luc. Très bien !
M. Ivan Renar. « Combattre le racisme, c'est aussi lutter contre l'exclusion et pour l'acceptation de toutes les différences. »
M. Jean Chérioux. Toute dictature est condamnable !
M. Ivan Renar. « Les diversités culturelles sont autant de richesses qu'il nous faut préserver. » Voilà un grand souffle d'air frais, n'est-il pas vrai ?
La culture, les artistes, font partie de notre patrimoine national. Ils contribuent en permanence à nouer le lien social. La nation et ses représentants ont donc envers eux une responsabilité particulière d'aide et de protection.
Le Gouvernement a annoncé un certain nombre de mesures, comme la création du comité de vigilance anti-FN.
M. le président. Votre question, monsieur Renar !
M. Ivan Renar. J'y arrive, monsieur le président !
Les artistes, le public, les élus s'organisent aussi et manifestent, comme ils l'ont fait à Montpellier samedi dernier.
Je salue, par ailleurs, les déclarations et les actions courageuses de Mme Trautmann, notre ministre de la culture.
M. le président. Veuillez poser votre question.
M. Ivan Renar. Mais, au-delà, comment faire plus ? Mieux défendre la culture, mesdames, messieurs les ministres, n'est-ce pas aussi réaffirmer, par des mesures concrètes, notre volonté de la développer et de lui garder son indépendance, son pluralisme, sa liberté ?
Enfin et surtout, ne faut-il pas placer les artistes, la liberté de création et les structures culturelles menacés sous la haute protection de la République, c'est-à-dire du Président de la République, du Gouvernement et du Parlement ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen, ainsi que sur les travées socialistes et sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Christian Sautter, secrétaire d'Etat au budget. Monsieur le sénateur, Mme la ministre de la culture aurait souhaité vous répondre personnellement. Empêchée par un déplacement officiel, elle m'a prié de le faire à sa place, ce dont vous voudrez bien l'excuser.
Votre question revêt une importance particulière, en ces temps troublés par des alliances contre nature.
Nous savons bien que le Front national, en particulier dans les villes qu'il administre, s'est attaqué à la culture. Vous avez rappelé la censure qu'il impose dans les bibliothèques, l'expulsion des animateurs du café-musique de Vitrolles et la tentative de liquidation du centre chorégraphique de Châteauvallon.
Mais, aujourd'hui, sa stratégie est plus globale, et en même temps plus pernicieuse. Il n'est en effet nullement anodin que, dans les funestes accords proposés aux présidents de région élus grâce à lui, le Front national ait fait inscrire une référence à la défense de l'identité régionale. La manoeuvre est explicite : récupérer à son profit la tradition patrimoniale pour l'opposer à la création contemporaine et la disqualifier. En Languedoc-Roussillon - vous l'avez dit - il a immédiatement désigné les artistes qu'il veut réduire au silence.
Comme toujours, le Front national s'attaque à la création, à la diffusion de la culture et appelle de ses voeux un repli communautaire. Les stratégies totalitaires ou fascistes commencent par la domination des esprits, la remise en cause de la liberté d'expression, la suppression d'une culture ouverte et d'une création vivante.
Les artistes et les professionnels de la culture sont aujourd'hui en première ligne, aux côtés des élus républicains de toutes tendances, pour défendre la liberté fondamentale que représente ce droit à la culture qu'André Malraux a particulièrement illustré en son temps.
Des comités de vigilance ont été créés dans de nombreuses régions sur l'initiative des femmes et des hommes de culture. Ma collègue la ministre de la culture et de la communication a installé auprès d'elle un comité national de vigilance, constitué d'artistes ou de professionnels de la culture exerçant dans les régions Languedoc-Roussillon, Picardie, Bourgogne et Rhône-Alpes, d'artistes contemporains s'inspirant des traditions et des identités régionales et d'artistes de grande renommée qui ont souhaité appuyer sa démarche de vigilance.
Ce comité de vigilance aura une fonction d'observatoire, relayant auprès de la ministre toutes les informations concernant les mises en cause ou les attaques contre la création et la culture, ainsi qu'une fonction de réflexion et de proposition, pour riposter à ces attaques.
Le principe de l'égal accès de tous à la culture est inscrit dans notre Constitution. Aux côtés de l'Etat, les élus républicains ont contribué, depuis des années, à bâtir un formidable réseau de création et de diffusion.
Contre les tenants du repli et de l'exclusion, le Gouvernement réaffirme sa volonté d'inscrire le développement de la culture et de la création contemporaine au titre de ses priorités. Comme il l'a fait à Vitrolles, à Orange ou à Châteauvallon, comme il le fera demain dans d'autres régions si cela se révélait nécessaire, l'Etat protégera la liberté de la diffusion culturelle et les créateurs. (Très bien ! et applaudissements sur les travées socialistes, sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen et sur certaines travées du RDSE.)

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