SÉANCE DU 23 AVRIL 1998
M. le président.
La parole est à M. Bonnet.
M. Christian Bonnet.
Ma question, vous voudrez bien m'en excuser, s'adresse également à M. le
ministre de l'agriculture et de la pêche.
(Exclamations.)
M. Paul Raoult.
C'est vraiment un excellent ministre !
M. Christian Bonnet.
Mais, rassurez-vous, je ne parlerai pas du chou-fleur !
(Rires.)
A la faveur de l'élargissement programmé de l'Union européenne, de nouveaux
membres, venus de l'Est, vont y entrer.
Leurs économies convalescentes vont en faire de grands consommateurs de fonds
structurels, comme l'ont été et le sont encore les pays du Sud.
Au moment où s'amorcent les négociations pour une énième réforme de la
politique agricole commune, ne redoutez-vous pas, monsieur le ministre, que la
part du budget de l'Union consacrée à l'agriculture ne devienne - à l'instar de
celle du budget de la défense dans celui de la France - la variable
d'ajustement rêvée ?
(Applaudissements sur les travées des Républicains et
Indépendants, du RPR et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées
du RDSE.)
M. le président.
Je remercie mon ami M. Christian Bonnet de la concision de sa question.
La parole est à M. le ministre.
M. Louis Le Pensec,
ministre de l'agriculture et de la pêche. Monsieur le sénateur, la France
a marqué son attachement à l'élargissement de l'Union européenne. Cela
n'exonère personne d'une extrême vigilance sur les coûts de cet élargissement,
en particulier pour la PAC.
Le principe est simple : l'élargissement ne doit pas priver les agriculteurs
des quinze actuels Etats membres des moyens nécessaires à la conduite de leurs
activités.
La Commission européenne a, dans ses récentes propositions, présenté un
chiffrage des implications budgétaires de l'élargissement pour la PAC. Elle
estime ce coût, sur l'ensemble de la période s'étendant de 2000 à 2006, à 100
milliards de francs, qu'il s'agisse de l'aide préalable à l'adhésion ou des
soutiens accordés aux nouveaux Etats membres.
En 2006, les dépenses liées à l'élargissement représenteraient, selon la
Commission, 7 % du total des dépenses agricoles.
Il faut noter que l'essentiel du soutien envisagé pour les pays candidats
porte sur les fonds structurels, soit 290 milliards de francs sur l'ensemble de
la période.
Les évaluations de la Commission résultent de trois séries d'hypothèses : tout
d'abord, d'un élargissement somme toute tardif, ce que l'on peut aisément
imaginer ; ensuite, des périodes transitoires importantes pour les nouveaux
adhérents ; enfin, des aides au titre de la PAC pour les agriculteurs des
nouveaux Etats membres, peu élevées dès lors que les prix, dans les pays
d'Europe centrale et orientale, les PECO, resteront plus faibles que dans les
quinze Etats membres actuels.
Nous faisons cependant preuve d'une grande vigilance dans les négociations qui
s'ouvrent, certains candidats ayant annoncé leur souhait de ne pas mettre en
place de période transitoire et de bénéficier d'aides à l'agriculture
identiques à celles qui sont accordées aux Quinze.
L'Union et, au premier chef, la Commission, devra faire preuve de prudence et
conserver des marges pour faire face aux dépenses liées à la réforme de la PAC,
aux dépenses imprévues du type de celles que nous avons mises en oeuvre au
moment de la crise de l'encéphalite spongiforme bovine ainsi qu'aux coûts réels
de l'élargissement avant et après 2006.
Cela devra se faire dans le cadre d'une incontournable discipline budgétaire
qui s'imposera à l'ensemble du budget communautaire. C'est, je le sais, le
légitime souci des parlementaires qui votent la contribution française au
budget de l'Union. C'est aussi le souci croissant d'autres Etats membres
contributeurs nets.
Je note à cet égard que d'importantes marges apparaissent sous la ligne
directrice agricole vers les années 2005 et 2006 dans les propositions de la
Commission. Certains en tirent la conclusion que la ligne directrice agricole
n'aurait plus de raison d'être. Il n'en est rien, en raison des précautions
budgétaires que nous devons prendre et que j'évoquais plus tôt.
Cela est d'ailleurs indissociable de la position du Gouvernement sur la
réforme de la PAC. En donnant aux dépenses agricoles une assise et une
légitimité accrues, nous garantirons d'autant plus la ligne directrice
agricole, qui reste pour la France un principe intangible, et le financement de
la PAC en faveur des agriculteurs français.
(Applaudissements sur les
travées socialistes, ainsi que sur certaines travées de l'Union centriste et
des Républicains et Indépendants.)
ASSASSINAT D'UN CHAUFFEUR ROUTIER