SÉANCE DU 23 AVRIL 1998
M. le président.
La parole est à M. Moinard.
M. Louis Moinard.
Monsieur le président, ma question s'adresse à M. le ministre de
l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation.
Le 8 juin prochain, le conseil des ministres de la pêche de l'Union européenne
se réunit et doit se prononcer sur l'interdiction totale du filet maillant
dérivant pour la pêche au thon blanc dit thon germon.
L'activité de nombreux ports vendéens et bretons dépend directement de cette
technique du filet dérivant ; permettez-moi de citer l'île d'Yeu, premier port
thonier français.
Comme vous le savez, monsieur le ministre, les pêcheurs ont, depuis dix ans,
consenti des sacrifices pour se conformer aux évolutions des règles
internationales dans ce domaine, c'est-à-dire que les filets ne dépassent pas
2,5 kilomètres et que la pêche est étroitement surveillée et les pratiques
contrôlées dans le cadre communautaire.
M. Charles Pasqua.
Mais que fait la police ?
(Sourires.)
M. Louis Moinard.
« Rien ne justifie d'aller au-delà des décisions prises par les Nations unies.
Si l'Europe persistait à vouloir liquider ce métier, elle me trouverait comme
un opposant totalement déterminé à cette mesure », déclariez-vous, monsieur le
ministre, à l'issue de la rencontre que vous avez eue le 22 janvier avec une
délégation de pêcheurs au filet maillant dérivant du Comité national des
pêches.
A la veille du conseil des ministres de la pêche de l'Union européenne, nous
ne disposons plus d'une minorité de blocage. Il est donc indispensable soit de
faire revenir les Britanniques sur leur position, soit d'entraîner d'autres
partenaires à nos côtés. Il existe, vous le savez, des contacts entre les
pêcheurs français et leurs homologues des pays de l'Union européenne, dont la
Belgique et le Danemark.
Dès lors, pouvez-vous, monsieur le ministre, faire état devant la Haute
Assemblée des négociations en cours et réaffirmer la position de la France ?
Nous devons, tous ensemble, nous opposer à une mesure discriminatoire qui
retirerait l'instrument de travail à nos pêcheurs dynamiques et courageux. Une
telle injustice ne doit pas exister !
(Applaudissements sur les travées de
l'Union centriste, du RPR, des Républicains et Indépendants, ainsi que sur
certaines travées du RDSE.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Louis Le Pensec,
ministre de l'agriculture et de la pêche. Monsieur le sénateur, depuis le
début de l'année, je me suis fortement mobilisé avec la profession contre
l'interdiction du filet maillant dérivant. Cette proposition communautaire ne
repose en effet que sur des considérations politiques afin de satisfaire une
partie de l'opinion publique et n'est aucunement justifiée tant au plan
scientifique qu'au regard de nos obligations internationales.
Le Royaume-Uni, qui assure actuellement la présidence du Conseil de l'Union
européenne, comptait aboutir sur ce dossier le 24 mars, lors du dernier conseil
européeen des ministres de la pêche, sans tenir compte des conséquences
socio-économiques très lourdes qu'entraînerait une interdiction, singulièrement
pour les pêcheurs de l'île d'Yeu.
La forte mobilisation de la France, de ses professionnels mais aussi de son
gouvernement, a donc permis d'éviter une décision brutale lors de ce conseil,
mais, comme vous l'indiquez, monsieur le sénateur, les débats ont clairement
montré qu'une majorité qualifiée était d'ores et déjà réunie pour interdire le
filet maillant dérivant. Nous avons pu obtenir que le vote n'ait pas lieu. Nous
avons aussi noté que les conditions avaient été réunies pour que la minorité de
blocage ne puisse plus exister.
J'ai bien l'intention de continuer à m'opposer résolument à la proposition qui
nous est soumise et je maintiens des contacts étroits avec mes homologues des
autres Etats membres et avec la Commission pour les convaincre du bien-fondé de
la position française.
Il est bien clair que la France refusera de s'engager dans une logique de
suppression de ce métier. Je compte d'ailleurs rencontrer, avant le prochain
conseil du 8 juin, le président en exercice de l'Union européenne. Je
veillerai, en tout état de cause, à défendre les intérêts des pêcheurs qui
dépendent particulièrement de cette forme de pêcherie.
Aussi, dans la perspective de la décision qui sera adoptée le 8 juin, mon
objectif est de définir, en étroite concertation avec les professionnels
concernés, les conditions qui garantiront le maintien de leur activité et
d'obtenir satisfaction sur celles-ci.
J'ai pleinement conscience de l'enjeu qui s'attache à cette négociation qui,
ne nous le cachons pas, ne sera pas facile à mener à bien. Soyez assurés de ma
totale détermination pour la mener à bien dans les meilleures conditions au
bénéfice d'une activité de pêche dynamique, rentable, essentielle pour les
régions qui en dépendent.
(Applaudissements sur les travées socialistes, ainsi que sur celles du groupe
communiste républicain et citoyen et sur certaines travées de l'Union
centriste.)
COÛT DE L'ÉLARGISSEMENT
DE L'UNION EUROPÉENNE POUR LA PAC