Séance du 27 mai 1998
M. le président.
« Art. 75. - Sont validés :
« 1° En tant que leur régularité serait contestée sur le fondement de
l'illégalité à comprendre dans leur base de calcul les dépenses en matière de
personnel, d'équipement et d'aménagement relatives aux missions de
sécurité-incendie-sauvetage des aéronefs (SSIS) ou de péril aviaire, les
décisions des exploitants d'aérodromes fixant les taux des redevances
aéroportuaires en application des dispositions des articles R. 224-1, R. 224-2
et R. 224-3 du code de l'aviation civile ;
« 2° En tant que leur régularité serait contestée, les dispositions de
l'article R. 282-9 du code de l'aviation civile issues du décret n° 97-574 du
30 mai 1997 complétant le chapitre II du titre VIII du livre II de la deuxième
partie du code de l'aviation civile et relatif à l'exercice des visites de
sûreté dans les aérodromes ;
« 3° Sous réserve des décisions passées en force de chose jugée, les titres de
perception émis au titre de la redevance pour services terminaux de la
circulation aérienne prévue à l'article R. 134-4 du code de l'aviation civile,
en tant que leur régularité serait contestée sur le fondement de l'illégalité
des arrêtés du ministre chargé des transports et du ministre chargé du budget
du 21 février 1996 et du 16 avril 1996. »
Par amendement n° 64, M. Lambert, au nom de la commission des finances,
propose de supprimer cet article.
La parole est à M. Lambert, rapporteur.
M. Alain Lambert,
rapporteur. Je souhaite retenir quelques instants l'attention du Sénat,
parce que cet article 75 vaut son pesant, sinon d'or, du moins
d'annulations.
Il s'agit là encore de décisions d'annulations, que vous pratiquez, monsieur
le secrétaire d'Etat, en flux tendu. En l'occurrence, vous annulez des
décisions, le jour même où elles sont rendues par le Conseil d'Etat.
(M. Fourcade sourit.)
Mais il y a beaucoup mieux, puisque vous annulez également, et par
avance, les décisions prochaines qui pourraient ne pas convenir s'agissant des
taux de redevance aéroportuaire et des titres de perception qui sont émis au
titre de la redevance pour services terminaux de la circulation aérienne.
M. Henri de Raincourt.
C'est du grand art !
M. Alain Lambert,
rapporteur. Monsieur le secrétaire d'Etat, dans ces conditions, il vous
reste un alinéa à ajouter à cet article, il consisterait à prévoir que toute
décision du Conseil d'Etat qui serait contraire aux souhaits du Gouvernement
serait nulle, non avenue et caduque par avance.
M. Henri de Raincourt.
Bien sûr !
M. Alain Lambert,
rapporteur. Cela nous éviterait, mes chers collègues, de discuter
inutilement devant le Parlement.
Il faut arrêter d'avoir recours à de telles pratiques. Sinon, il faut
clairement prévoir un « sas » pour pouvoir annuler systématiquement toutes les
décisions que le Conseil d'Etat pourrait prendre.
Je crois que nous sommes arrivés à un tel niveau d'atteinte au droit, à une
certaine idée du droit, que j'en appelle à tous mes collègues, sur tous les
bancs de cette assemblée, pour qu'ils ne suivent pas ces propositions.
Il faut vraiment rejeter de telles pratiques. Je vous incite donc, mes chers
collègues, je vous implore même, d'adopter l'amendement de suppression de la
commission.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Je ne suis pas capable de rivaliser en humour avec M.
le rapporteur, qui n'a même pas dit de quoi il s'agissait.
Il s'agit effectivement de la validation d'une annulation prononcée par le
Conseil d'Etat, le 20 mai dernier. Il est vrai que le Gouvernement est rapide,
mais uniquement parce que cela le mérite. Il s'agit en effet des arrêtés
relatifs à la redevance pour services terminaux de la circulation aérienne,
c'est-à-dire plus précisément pour le fonctionnement des services d'incendie et
de secours sur les aéroports.
Chacun d'entre nous est sensible à la continuité du fonctionnement de ces
services d'incendie et de secours. Le Gouvernement s'est pressé en la matière,
parce que la sûreté et la sécurité étaient en cause.
Il vous propose donc une validation, certes regrettable, mais l'atteinte à la
sécurité et à la sûreté des passagers me semblerait encore plus regrettable.
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 64, repoussé par le Gouvernement.
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
En conséquence, l'article 75 est supprimé.
Les autres dispositions du projet de loi ne font pas l'objet de la nouvelle
lecture.
Vote sur l'ensemble