Séance du 29 octobre 1998
M. le président.
La parole est à M. Bizet.
(Applaudissements sur les travées du RPR.)
M. Jean Bizet.
Ma question, qui s'adresse à M. le secrétaire d'Etat chargé de l'industrie,
rejoint celle de notre collègue Henri Weber.
Après sa décision, politique et controversée, de fermeture de Superphénix -
décision qui bloque depuis près d'un an la poursuite des nécessaires recherches
pour l'avenir de la filière nucléaire - le Gouvernement laisse planer de
nouvelles ambiguïtés sur l'orientation de la politique énergétique de notre
pays.
M. Dominique Braye.
C'est la faute à Dominique Voynet !
M. Jean Bizet.
C'est tout d'abord Mme Voynet, ministre de l'environnement, qui annonce, dans
un journal du matin, le remplacement progressif des centrales nucléaires par
d'autres moyens hypothétiques de production énergétique.
C'est ensuite M. Mamère, qui réclame, sur une radio, et au nom des Verts, le
gel pur et simple du nucléaire.
C'est encore Mme Voynet, qui déclare, lors de son audition par la commission
des affaires économiques et du Plan du Sénat, que la future taxe générale sur
les activités polluantes s'appliquera à la filière nucléaire, alors même que
cette dernière n'émet pas de gaz carbonique et n'a aucune incidence sur l'effet
de serre.
Monsieur le secrétaire d'Etat, comment pouvez-vous laisser planer de telles
ambiguïtés sur notre politique énergétique, alors que les enjeux en termes
d'emploi, de compétitivité de notre économie et d'indépendance énergétique sont
considérables ? Je pense, en particulier, à l'avenir de la COGEMA.
Allez-vous enfin organiser un grand débat démocratique sur ce secteur
éminemment stratégique où la France est pôle d'excellence par rapport aux
autres pays industrialisés, notamment par rapport aux Etats-Unis, et sur lequel
le Parlement revendique sa contribution ? Ou bien allez-vous museler le
Parlement afin de satisfaire l'appétit d'une minorité indispensable à votre
majorité et qui ne représente que 5 % des 58 millions d'habitants que compte
notre pays ?
Dans cette attente, monsieur le secrétaire d'Etat, quelle est la position du
Gouvernement sur la politique énergétique de la France ?
En d'autres termes, confirmez-vous les propos du chef de l'Etat, qui, hier, au
cours de son déplacement à Berne, a affirmé que « la France n'aurait aucun
intérêt et probablement beaucoup d'inconvénients » à sortir de l'énergie
nucléaire et que son « intérêt économique est de préserver le cap qui a été
fixé ».
Ou bien préférez-vous vous aligner sur les injonctions de M. Cohn-Bendit qui,
ce matin même, a appelé au « gel du nucléaire » ?
(Applaudissements sur les travées du RPR, de l'Union centriste et des
Républicains et Indépendants.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Monsieur le
sénateur, vous me permettrez de répondre en lieu et place de M. Christian
Pérret, qui, comme vous vous en êtes sans doute aperçu,
(Sourires) n'est pas présent dans l'hémicycle.
Sans répéter ce que j'ai déjà répondu à M. Weber, je préciserai que mon propos
est non pas de confirmer les déclarations du Président de la République, auquel
je voue tout le respect qui s'attache à sa fonction, mais simplement de dire
que je suis heureux de constater qu'il a adopté la même ligne que celle du
Gouvernement, car c'est ce dernier qui fixe la politique énergétique du pays.
(Sourires sur les travées socialistes.)
Cette ligne, je l'ai déjà exprimée voilà quelques instants, mais je veux
bien la répéter, car il n'y a évidemment aucune raison que je ne m'adresse pas
directement à vous, monsieur le sénateur, même si vous posez à peu près la même
question.
La politique énergétique de la France est fondée sur le nucléaire depuis très
longtemps...
M. Dominique Braye.
Grâce au général de Gaulle !
M. Dominique Strauss-Kahn,
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. ... et sous des
gouvernements de couleur différente. Cette ligne n'est en rien remise en cause
par le Gouvernement.
Mme Voynet, puisque vous la citiez, est à l'origine de réflexions et d'idées
intéressantes qu'il convient d'examiner. Il reste que la ligne politique en
matière énergétique est fixée par le Premier ministre et par le ministre chargé
de l'énergie, et elle est celle que je viens d'indiquer.
Pour autant, nous aurions tort - je pense que vous partagerez ce point de vue
- de ne pas considérer les évolutions en matière énergétique. Comme je l'ai dit
tout à l'heure, il y a les évolutions du nucléaire lui-même, vers un nucléaire
plus sûr, moins polluant en matière de déchets ; puis il y a les évolutions
vers d'autres énergies. Nul doute que la science, petit à petit, permette de
dégager d'autres sources d'énergie. Pour cela, il faut y travailler, il faut
faire de la recherche et nous le faisons.
Mais tant que cela n'aura pas abouti - nous verrons si cela aboutit un jour -
la ligne qui est celle de la France et qui, depuis deux décennies au moins, ne
fait plus débat entre la gauche et la droite, à savoir continuer d'asseoir
notre production d'énergie électrique majoritairement - à la marge, il reste
quelques autres productions - sur le nucléaire, n'est pas en cause, et ce
quelles que soient les déclarations que vous avez pu recueillir par ailleurs.
(Applaudissements sur les travées socialistes et sur les travées du RPR et des
Républicains et Indépendants.)
DÉCLIN DE LA DÉMOGRAPHIE