Séance du 2 mars 2000
M. le président.
Par amendement n° 25, M. Vecten propose d'insérer, après l'article 1er
ter, un article additionnel ainsi rédigé :
« I. A la fin de l'article L.O. 119 du code électoral, le nombre : "570" est
remplacé par le nombre : "486".
« II. A la fin de l'article L.O. 274 du même code, le nombre : "304" est
remplacé par le nombre : "254". »
La parole est à M. Vecten.
M. Albert Vecten.
Cet article additionnel est très simple, mais je voudrais en expliciter
l'objet.
Ce premier amendement que je soumets au Sénat fait partie d'un ensemble de
trois amendements que je défendrai au cours de la discussion des deux projets
de loi qui nous intéressent aujourd'hui.
Il ne s'agit pas d'une soudaine frénésie d'amender qui m'aurait saisi
subitement, mais d'une conviction profonde qu'en conscience je me dois de
réaffirmer à l'occasion de ce débat. Par avance, je demande à mes collègues de
mon groupe et à la majorité sénatoriale de m'excuser, mais je ne pourrai pas
suivre aujourd'hui le vote que la plupart d'entre eux vont émettre sur la
proposition de notre commission des lois.
Oui, je suis personnellement favorable à une réelle limitation du cumul des
mandats. Pour autant, le projet de loi me paraît très incomplet.
Je proposerai donc, lors de la discussion de l'article 2 du projet de loi
organique, un amendement qui instaure une stricte incompatibilité entre les
fonctions de parlementaire national, député ou sénateur, et les fonctions de
membre d'un exécutif local, maire et adjoint au maire, président et
vice-président d'un conseil régional ou d'un conseil général.
Je proposerai dans ce même amendement que cette incompatibilité soit étendue
également à la présidence ou vice-présidence d'un établissement public à
fiscalité propre. Je donnerai les raisons de ces propositions lors de la
discussion de cet article.
Oui, je suis favorable aussi à une revalorisation du travail parlementaire, et
je pense que cette revalorisation passe d'abord par une séparation claire des
niveaux de pouvoir, donc une limitation claire du cumul des mandats.
Oui, je suis favorable enfin et surtout à une meilleure maîtrise de la dépense
publique. C'est le sens du premier amendement que je défends maintenant.
Si, comme je le proposerai, nous acceptions finalement l'incompatibilité entre
un mandat de parlementaire national et une fonction exécutive locale, les
parlementaires pourraient effectuer un travail législatif beaucoup plus
efficace, ne serait-ce que grâce au temps supplémentaire dont disposeront ceux
qui seront libérés de leurs charges exécutives locales.
L'article 3
sexies du projet de loi ordinaire prévoit une
revalorisation des indemnités maximales pour les fonctions de maire. D'après
une première estimation fournie par le groupe de l'Union centriste, cette seule
mesure représenterait un coût supplémentaire pour le contribuable d'environ 800
millions de francs.
Alors, mes chers collègues, je vous pose la question : pouvons-nous continuer
à proposer sans cesse des mesures qui contribuent à augmenter la dépense
publique sans jamais présenter en contrepartie des mesures d'allégement ?
Je crois que c'est une attitude parfaitement déraisonnable et qui sera
incomprise de nos concitoyens. Je peux déjà vous montrer plusieurs lettres qui
confirment ma position.
Je crois que notre responsabilité est de donner l'exemple.
Je crois enfin que l'on gouverne aussi par des symboles, et que l'un de ces
symboles forts doit consister à adopter dès aujourd'hui une réduction du nombre
des parlementaires.
Le nombre de députés élus dans les départements était de 485 avant la loi du
10 juillet 1985, qui avait institué la représentation proportionnelle et porté
ce nombre à 570. Ce nombre de 570 n'a depuis jamais été revu à la baisse.
L'Assemblée nationale était-elle moins efficace avec 485 députés élus dans les
départements qu'elle ne l'est avec 570 ?
Afin de limiter la dépense publique, je propose donc de ramener le nombre de
députés élus dans les départements à 486. Cette diminution de 84 sièges, soit
environ 15 %, peut être facilement obtenue par la suppression d'un siège de
député dans tous les départements qui disposent aujourd'hui de trois députés et
plus.
Cette mesure ne nuira en rien au bon fonctionnement de l'Assemblée nationale
ou à la représentation nationale.
Cette mesure permettra pour une fois de proposer aussi une baisse
significative de la dépense publique.
Cette mesure nous permettra peut-être, enfin, d'engager une vraie réflexion
sur la revalorisation du rôle du Parlement et de la fonction de parlementaire,
réflexion dont je regrette qu'elle soit absente de notre débat actuel. Cette
revalorisation, en vérité d'ailleurs, ne passe pas nécessairement par une
augmentation des dépenses.
Bien entendu, je propose également une baisse d'un niveau équivalent du nombre
de sénateurs.
Le nombre de sénateurs élus dans les départements est aujourd'hui de 304. Si
l'on supprimait un siège de sénateur dans tous les départements qui disposent
aujourd'hui de trois sièges de sénateurs et plus, l'on diminuerait le nombre de
sénateurs de 50 sièges, passant ainsi de 304 sénateurs élus dans les
départements à 254.
Cette diminution représente une baisse d'environ 16,5 %, à peu près similaire
à celle que je propose pour les députés.
Nous avons, nous, députés et sénateurs, le redoutable privilège de pouvoir
délibérer sur les conditions d'exercice de nos mandats, le nombre de nos
représentants, et les moyens à notre disposition.
M. le président.
Il faut conclure, monsieur Vecten !
M. Albert Vecten.
Nous sommes une grande majorité ici, toutes tendances politiques confondues, à
réclamer sans cesse, notamment devant micros et caméras, une meilleure maîtrise
des dépenses publiques. Dans ces conditions, pouvons-nous continuer, dès lors
qu'il s'agit de légiférer sur notre sort particulier, de ne proposer toujours
que des dépenses supplémentaires ?
Quelle sera notre crédibilité demain pour demander des économies budgétaires,
alors même que certains proposent dans le cadre de la prochaine réforme du mode
d'élection des sénateurs, d'augmenter encore notre nombre de dix-huit sièges
?
Telles sont, mes chers collègues, les motivations de cet amendement.
M. le président.
Quel est l'avis de la commission ?
(« Ah ! » sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. Jacques Larché,
rapporteur. La commission a été...
M. Gérard Cornu.
Séduite !
M. Jacques Larché,
rapporteur. ... amusée !
D'abord, elle voudrait rendre hommage à notre collègue M. Vecten, qui avait,
jusqu'à ce jour, parfaitement démontré la possibilité d'exercer deux mandats :
son mandat sénatorial, dans des conditions parfaites, et son mandat de
président de conseil général
(Sourires sur les travées du RPR.).
M. Alain Gournac.
N'en jetez plus !
M. Jacques Larché,
rapporteur. Et de quelle façon ! Son département, grâce à la
décentralisation, a eu l'astuce - je regrette de ne pas y avoir pensé le
premier - d'avoir rendu la vignette tellement attractive que toutes les
voitures de location étaient immatriculées « 51 ». C'était un hasard, mais un
hasard miraculeux !
Reste le fond du problème. Eliminons tout de suite l'argument fondé sur
l'absentéisme. Ayant l'honneur, depuis quelques années, de présider la
commission des lois, je puis vous assurer qu'en commission des lois il n'y a
pas d'absentéisme. Celui-ci tient, pour une très grande part, au manque
d'intérêt que présentent nombre de lois qui nous sont présentées : pouvez-vous
imaginer que pour discuter de l'utilisation des poêles à frire - cela nous est
arrivé, mes chers collègues - nous devrions nous rassembler à trois cents ?
Tout cela est ridicule ! Il faudra bien un jour accepter de ne plus délibérer
comme nous délibérions sous la Convention, je le reconnais dans un climat plus
passionné et avec des objectifs qui dépassaient ceux qui sont les nôtres.
Je suis frappé par la proposition de notre collègue Albert Vecten. Je porte au
fond du coeur le spectacle du Sénat des Etats-Unis : la plus grande assemblée
parlementaire du monde ne comporte que cent membres. Mais il faut dire qu'ils
n'ont rien à faire ou très peu de choses, car les Etats-Unis ont la chance
extraordinaire d'avoir cinquante Etats fédérés qui se préoccupent des problèmes
essentiels. Il y a cinquante législations pénales aux Etats-Unis, cinquante
législations civiles, et on ne divorce pas du tout de la même manière dans le
Maryland qu'à Las Vegas : dans un cas, il faut trois ans, dans l'autre cas
trois heures.
Par conséquent, le Sénat américain n'a pas à se préoccuper de tout cela. Nous,
nous avons, hélas ! et nous le faisons assez bien dans un certain nombre de
cas, à nous préoccuper de législations applicables à l'échelon national.
Si on voulait s'amuser et si nous étions des démagogues, ce que notre ami
Albert Vecten n'est pas, nous voterions ce texte et on verrait alors la tête de
l'Assemblée nationale.
(Sourires.) Mais je ne vous le propose pas.
(Applaudissements sur les travées du RPR.)
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Jean-Pierre Chevènement,
ministre de l'intérieur. Bien que je sois tenté de donner un avis
favorable à titre personnel
(Sourires), je ne puis que m'opposer à cet amendement pour ne pas
alimenter la rumeur selon laquelle le Gouvernement aurait des intentions
perverses vis-à-vis des assemblées, du Sénat en particulier.
M. Albert Vecten.
L'initiative vient de moi, monsieur le ministre !
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 25.
M. Patrice Gélard.
Je demande la parole contre l'amendement.
M. le président.
La parole est à M. Gélard.
M. Patrice Gélard.
Je me suis livré à une étude pour savoir quel était le nombre idéal de
parlementaires dans un pays démocratique. Je me suis alors rendu compte que le
nombre de parlementaires, en France, se situe dans la moyenne des pays
démocratiques, voire en dessous.
Je tiens également à rappeler que nous comptons moins de parlementaires que
sous la IIIe République, durant laquelle il y avait plus de 600 députés et près
de 350 sénateurs. Cela veut dire que, alors que avons pratiquement 20 millions
d'habitants de plus, nous n'avons pas augmenté la représentation
parlementaire.
Enfin, monsieur le ministre,
in cauda venenum, qui a augmenté le
nombre des députés, si ce n'est la majorité de gauche ?
M. Jean Chérioux.
Eh oui, pour des raisons strictement politiciennes !
M. Alain Gournac.
Tout à fait politiciennes !
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est M. Dreyfus-Schmidt.
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Il n'y a pas de quoi être amusé par l'amendement n° 25 !
(Exclamations amusées sur les travées du RPR.)
J'ai été heureux d'apprendre qu'il n' y a pas d'absentéisme en commission
des lois. J'en déduis qu'il n'y en a plus !
Je n'ai pas quitté cette commission depuis tellement longtemps, et je me
rappelle que, lorsque j'y siégeais, il y avait de nombreuses procurations alors
que, aux termes du règlement du Sénat, il ne peut y en avoir que pour cause de
maladie ou de mission. Or il était fréquent de voir arriver des personnes dont
on venait de dire qu'elles avaient une procuration, montrant ainsi qu'elles
n'étaient ni malades, ni en mission.
Je me souviens avoir demandé, à de nombreuses reprises, que les sanctions
financières prévues par le règlement du Sénat à l'égard de ceux qui ne venaient
pas sans excuse valable siéger en commission soient appliquées : je n'ai jamais
pu l'obtenir.
Certes, en commission, il y a moins d'absentéisme qu'en séance publique où, en
général, ne viennent siéger que ceux qui ont travaillé sur le texte en
commission.
Je pense donc que l'on ne peut pas dire que l'absentéisme soit véritablement
inexistant dans les commissions ! Tout est question de comparaison.
Quant à notre collègue M. Vecten, je veux lui rendre hommage.
En effet, lorsqu'un président de conseil général déclare que l'incompatibilité
des mandats de parlementaire et de président de conseil général donnerait plus
de temps au parlementaire pour exercer ses fonctions, il se livre à une
autocritique. Il n'y a pas de quoi rire, ni de quoi être amusé. On doit au
contraire prendre cette remarque très au sérieux.
Quant au nombre de parlementaires, j'ai toujours été de ceux qui pensaient que
ce n'était pas de bonne méthode que d'augmenter leur nombre au fur et à mesure
de la croissance de la population.
M. Alain Gournac.
Cela a été fait en 1985 !
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Si, en 1985, l'application de la règle de la représentation proportionnelle
s'est accompagnée d'une augmentation du nombre des parlementaires - comme le
dit avec beaucoup d'honnêteté M. Vecten et
in cauda venenum M. Gélard -
ce nombre n'a pas été revu à la baisse par la suite, alors même que le scrutin
à la représentation porportionnelle a été abandonné dès 1986. En 1986, on s'en
souvient, on a assisté à un « charcutage » des circonscriptions, mais on n'a
pas - alors que c'était le moment de le faire - diminué le nombre des
députés.
Je voudrais maintenant dire à M. Vecten, en reprenant une phrase de
Robespierre citée par un de nos bons amis dans un congrès du parti socialiste,
que, lorsqu'on veut couper des têtes, il faut dire lesquelles.
Avec vous, la menace pèserait sur nos collègues députés et sur les sénateurs
de métropole, mais
Quid des sénateurs des Français de l'étranger, qui
sont au nombre de douze, et de ceux de Wallis-et-Futuna !
M. Patrice Gélard.
Il n'y en a qu'un !
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Une telle disposition mérite une discussion plus ample. C'est l'une des
raisons pour lesquelles, en dépit de la sympathie que nous avons et pour votre
amendement et pour les sentiments qui l'inspirent, nous ne pourrons pas le
voter.
M. Alain Vasselle.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Vasselle.
M. Alain Vasselle.
L'amendement n° 25 ne me surprend pas. Il est la conséquence logique des
différents projets de loi déposés par le Gouvernement, en particulier du
présent texte, mais aussi de celui qui porte sur la modification du mode de
scrutin des sénateurs, que nous examinerons plus tard.
M. Vecten a raison de prendre à la fois le Gouvernement et la majorité
socialiste à leur propre piège. La majorité socialiste se veut logique avec
elle-même ; or, le moins que l'on puisse dire, c'est que, depuis le dépôt de
ces textes, elle fait preuve de la plus grande incohérence : le discours des
parlementaires socialistes dans mon département est tout autre que celui qui
est tenu par les socialistes à Paris.
Il règne à cet égard la plus grande hypocrisie. Or, la logique serait
d'aboutir à la solution figurant dans cet amendement. C'est la raison pour
laquelle, mes chers collègues, si vous voulez être cohérents et si le Sénat
tout entier veut aller jusqu'au bout, il faut voter l'amendement de M.
Vecten.
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
C'est ce que vous allez faire !
M. Gérard Cornu.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Cornu.
M. Gérard Cornu.
Pour ma part, je suis effectivement d'accord avec M. Vecten quant au fond.
Le premier mérite de son amendement est de tendre à limiter les dépenses
publiques. En tant que président du conseil général, il a constamment prouvé
qu'il était attentif aux dépenses publiques.
M. Jacques Machet.
Il l'est toujours !
M. Gérard Cornu.
Tant mieux !
On ne peut donc que le féliciter de poser le vrai problème, celui de la
diminution du nombre des parlementaires, qu'ils soient députés ou sénateurs.
Or, le Gouvernement préparerait un projet de loi relatif à l'augmentation du
nombre de sénateurs.
M. Alain Gournac.
On va voir les socialistes le voter !
M. Gérard Cornu.
En proposant la diminution du nombre des sénateurs, M. Vecten soulève un
problème grave. En tout cas, la majorité sénatoriale n'est favorable ni à
l'augmentation des dépenses publiques ni à celle du nombre des sénateurs.
(Applaudissements sur les travées du RPR et des Républicains et
Indépendants.)
M. Jacques Oudin.
Très bien !
M. Guy Allouche.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Allouche.
M. Guy Allouche.
Quel hommage rendu à M. Vecten ! Il sait bien qu'un enterrement fût-ce d'un
amendement, ne saurait se passer de fleurs !
Comme l'a dit mon ami Michel Dreyfus-Schmidt, notre collègue a parlé
d'expérience. Après avoir pratiqué le cumul, il a déposé un amendement pour
dire que ce cumul, qui a été permis et voulu pendant des décennies, n'est plus
possible aujourd'hui.
Ce matin, dans mon intervention générale, j'ai dit que je me prenais à rêver
à la pensée que le Sénat aurait pu faire une avancée, à partir de l'expérience
de certains de nos éminents collègues. Or ce n'est pas le cas.
Mais, moi aussi, je veux rendre hommage à la lucidité de notre collègue Albert
Vecten d'avoir déposé un autre amendement qui sera examiné ultérieurement.
Ce qui me gêne dans les propos de M. Vecten, c'est d'abord qu'il se réfère à
la dépense publique. Je crains en effet que cela ne soit perçu comme le fait
que nous coûtons cher. Si la démocratie n'a pas de prix, cher collègue, elle a
un coût !
J'avais eu l'intention de déposer un amendement tendant à supprimer tout cumul
d'indemnité aux parlementaires quand ils exercent un autre mandat. Après tout,
quand on est indemnisé pour être présent trente jours sur trente, on est aussi
payé quand on est sur le terrain. Mais on m'a dit que j'étais maximaliste et
que ce serait mal vu !
Ce qui me gêne également dans cet amendement n° 25, c'est qu'il vise à réduire
le nombre de parlementaires.
M. Patrice Gélard a eu raison de rappeler que, en 1985, nous avons
effectivement augmenté le nombre de députés afin d'instaurer l'équité, pour que
chacun représente environ 100 000 habitants ; leur chiffre a ainsi été porté à
577. Mais, comme l'a dit très justement Michel Dreyfus-Schmidt, quand le
scrutin majoritaire a été rétabli, ce chiffre n'a pas pour autant diminué et le
ministre de l'intérieur de l'époque, Charles Pasqua, a procédé à un «
charcutage » ; il faut bien le dire.
Pour ce qui est du Sénat, la proposition de notre collègue nous paraît
astucieuse, mais il ne vous a pas échappé, mes chers collègues, que notre
collègue M. Vecten ne propose la réduction du nombre des sénateurs que pour les
départements qui élisent trois sénateurs et plus, ce qui est le cas de la
Marne, où sont élus trois de nos collègues : MM. Albert Vecten, Jacques Machet
et Jean Bernard.
Comme le projet de loi sur le scrutin sénatorial prévoit la proportionnelle à
partir de trois élus, en principe, le troisième ne devrait plus appartenir à la
droite. Le département de M. Vecten ne sera donc plus concerné.
M. Philippe Adnot.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Adnot.
M. Philippe Adnot.
Par solidarité régionale, par amitié pour Albert Vecten et à titre préventif,
j'indique à mon collègue que je suis favorable à son amendement, même si je ne
partage aucun des attendus dont il l'a accompagné.
S'il s'agit de réduire le nombre de parlementaires, je suis d'accord avec lui
; s'il s'agit d'interdire le cumul des mandats, je ne suis pas d'accord.
Albert Vecten est d'ailleurs de mon avis, puisque, il y a deux ans, alors même
qu'il avait déjà fait état de cette opinion, il s'est représenté à la
présidence de son conseil général. S'il avait été vraiment intimement
convaincu, je suppose qu'il ne se serait pas représenté.
Je le dis très clairement et à titre préventif, parce que nous savons bien que
le Gouvernement a l'intention d'augmenter le nombre de sénateurs.
M. Alain Gournac.
C'est cela le problème !
M. Philippe Adnot.
Son amendement a une force d'exemple, une valeur morale importante, et je le
voterai.
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Ici et maintenant !
M. Jacques Larché,
rapporteur. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le rapporteur.
M. Jacques Larché,
rapporteur. Pour rassurer mon ami Philippe Adnot, je lui rappelle que le
nombre de sénateurs est fixé par la loi organique. Nous ferons donc ce que nous
voudrons.
Nous avons la maîtrise du problème. Nous déciderons ce qu'il convient de faire
si, par hasard - je n'ose y croire - le Gouvernement nous présentait une loi
tendant à augmenter le nombre de sénateurs.
M. Alain Gournac.
Très bien !
M. Guy Allouche.
Elle est déjà déposée !
M. Michel Caldaguès.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Caldaguès.
M. Michel Caldaguès.
C'est l'exemple type de ce que j'appellerai la bouteille à l'encre.
(Sourires.) Je ne veux tenter personne, mais il serait tout à fait
légitime que chaque sénateur présent dans l'hémicycle donne son sentiment sur
le sujet dont nous débattons en ce moment. Pour ma part, je succomberai à la
tentation, parce que nous avons vu sugir, à l'occasion de l'amendement n° 25,
un problème fondamental sur lequel le président Larché a parlé d'or : il s'agit
de l'absentéisme parlementaire.
Le véritable responsable de cet absentéisme, et il faut en tirer les
conséquences, c'est l'abondance insupportable de l'ordre du jour législatif.
M. Alain Vasselle.
Très bien !
M. Michel Caldaguès.
Nous passons la moitié de notre temps à délibérer sur des textes de nature
réglementaire. Ce n'est pas conforme à la Constitution. Chacun de nous n'est
malheureusement pas en mesure d'invoquer les dispositions constitutionnelles
qui s'opposent à cette dérive.
Les chants désespérés, tels que le mien en ce moment, sont peut-être les plus
beaux !... mais je lance, à cette occasion, un appel au Gouvernement - et je
suis certain d'être approuvé par tous nos collègues - pour qu'il ne gonfle pas
le torrent législatif qui est, dans une très large mesure, responsable de
l'absentéisme parlementaire.
Tout se passe comme si, alors que les lois importantes se font maintenant, à
Bruxelles, pratiquement dans notre dos, on nous abreuvait de textes secondaires
pour nous occuper gentiment pendant ce temps-là ! Si cette intervention ne m'a
donné l'occasion que de protester avec véhémence contre cette dérive, au moins
je suis heureux d'avoir pu le faire aujourd'hui !
M. Michel Dreyfus-Schmidt.
Je demande la clôture de la discussion sur cet amendement.
M. Patrice Gélard.
Moi également et l'application sur tout le reste de la discussion de l'article
38 du projet de loi.
M. le président.
J'ai encore une demande de parole.
M. Guy Allouche.
Vous devez soumettre maintenant cette demande de clôture au vote de la Haute
Assemblée !
M. le président.
La parole est à Mme Heinis.
Mme Anne Heinis.
Je serais très brève, monsieur le président, dans la mesure où notre collègue
M. Caldaguès vient d'exprimer à peu près ce que je voulais dire. J'aimerais
toutefois poser une question.
Si, par une obligation légale, nous étions obligés de siéger en permanence,
pensez-vous que nous serions en mesure de voter tous les textes qu'on nous
propose ?
M. Alain Vasselle.
On bloquerait l'institution !
Mme Anne Heinis.
Quel que soit le désir que nous ayons de le faire, il nous est absolument
impossible d'assister aux séances importantes, que ce soit dans l'hémicycle ou
en commission, d'autant que la même personne est conviée à la même heure à
trois réunions différentes ! Il est essentiel de s'en souvenir !
Si nous n'étions pas autant abreuvés de projets de loi dits de société, sur
lesquels nous passons beaucoup de temps, et si nous traitions vraiment ce que
nous avons à traiter, l'absentéisme, que personnellement je déplore, serait
peut-être moins important.
M. Alain Vasselle.
Très bien !
M. le président.
J'ai été saisi par M. Dreyfus-Schmidt d'une demande de clôture des
explications de vote sur l'amendement n° 25.
Cette demande n'ouvre droit à aucun débat.
Je consulte le Sénat sur cette demande de clôture.
La clôture est ordonnée.
Je mets donc aux voix l'amendement n° 25, repoussé par la commission et par le
Gouvernement.
(Après une épreuve à main levée déclarée douteuse par le bureau, le Sénat, par
assis et levé, n'adopte pas l'amendement.)
Article 2