SEANCE DU 2 DECEMBRE 2002


M. le président. Le Sénat va examiner les dispositions du projet de loi de finances concernant les services du Premier ministre : III. - Conseil économique et social.
La parole est à M. le rapporteur spécial.
M. Claude Lise, rapporteur spécial de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, pour la deuxième année consécutive, le Conseil économique et social voit ses crédits augmenter modestement de 1,1 %.
En effet, 32,1 millions d'euros lui sont alloués et serviront à assurer la continuité des actions engagées par le président Jacques Dermagne, actions pour lesquelles le Parlement avait voté une revalorisation des moyens de 8,2 % dans la loi de finances de 2001.
Les dépenses liées aux ressources humaines représentent les neuf dixièmes du budget du Conseil qui, de ce fait, est peu élastique. Ces dépenses ne font l'objet d'aucune mesure nouvelle. L'augmentation des crédits d'équipement est sensible - 9,2 % - mais porte sur une masse faible. Le palais d'Iéna, qui abrite le Conseil, est classé monument historique. Il nécessite donc des opérations d'entretien et de rénovation coûteuses, visant à améliorer le confort et surtout la sécurité des installations. L'enveloppe pour 2003 s'élèvera donc à 650 000 euros.
Le président Dermagne poursuit toujours une politique ambitieuse : affirmer la place et le rôle du Conseil pour donner à la société civile le cadre et les moyens de se faire mieux entendre, et ce sur les scènes nationale et internationale.
Sur le plan national, le cadre dans lequel le Gouvernement sollicite son avis constitue un bon indicateur du poids du Conseil. A cet égard, le bilan est contrasté, il faut l'avouer.
En effet, sur la base de l'article 69 de la Constitution, c'est-à-dire sur des projets de loi, d'ordonnance ou de décret, ou sur des propositions de loi, le Gouvernement ne consulte pas le Conseil : les dernières saisines datent de 1998, ce que déplore le Conseil, à juste titre, me semble-t-il.
En revanche, sur la base de l'article 70, c'est-à-dire sur des problèmes de caractère économique ou social, le Gouvernement fait appel au Conseil. Au-delà du nombre des saisines, ce sont surtout les sujets traités qui importent. Sur ce plan, il est satisfaisant de constater que le Gouvernement, en juin dernier, a saisi le Conseil sur des sujets aussi essentiels que la convergence des SMIC, la construction européenne ou l'attractivité du territoire.
Par ailleurs, si le Conseil économique et social sait être patient - et c'est le cas -, il peut constater, parfois jusqu'à dix ans après, les retombées de certains de ses travaux dans des mesures gouvernementales.
Sur l'année écoulée, les travaux du Conseil sur les droits de la personne malade, sur les mutations de la société et le travail social, sur les maladies génétiques rares, sur l'accueil des jeunes dans les centres de vacances et de loisirs ou encore sur la médiation et la conciliation de proximité, ont inspiré le Gouvernement.
S'agissant de ses relations avec le Parlement, le Conseil économique et social a tenu à renforcer des liens jugés trop distendus. La création, l'an dernier, d'un poste de chargé des relations avec le Parlement a permis de faire un premier pas en ce sens. Mais le Conseil voudrait aller plus loin et devenir « l'assemblée du premier mot », pour reprendre une formule de son président, qui cite en exemple le cas de l'Italie, où les présidents de commissions parlementaires peuvent saisir le Conseil économique et social italien.
A l'échelon international, le dynamisme du Conseil se traduit par des actions de coopération, nombreuses et efficaces, qui aident à l'émergence de nouvelles assemblées consultatives dans le monde, les pays concernés manifestant souvent le souhait d'adopter le modèle français. Par ailleurs, le Conseil économique et social français joue un rôle moteur au sein de l'Association internationale des conseils économiques et sociaux et des institutions similaires.
Enfin, alors que la question de la société civile, dont le Premier ministre se veut à l'écoute, a été débattue cette année - je précise que le Conseil économique et social a apporté une brillante contribution à ce débat - il est certainement bienvenu de redire quelques mots sur la question, certes récurrente, de la représentativité du Conseil.
Sans chercher à « coller » exactement à la société civile, qui est, par définition, en perpétuelle mutation, celui-ci pourrait tirer avantage d'une composition « rafraîchie ». Mais cette composition étant fixée par une loi organique, c'est bien sûr au législateur qu'il revient d'analyser le bien-fondé de sa modification.
Pour l'heure, la commission des finances vous propose, mes chers collègues, d'adopter les crédits du Conseil économique et social pour 2003. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à Mme Marie-Claude Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, les budgets dont l'augmentation se poursuit en 2003 ne sont pas très nombreux. Je note que le budget du Conseil économique et social, après une progression de 8,1 % en 2001 et de 1,7 % en 2002, n'augmente que de 1,1 % en 2003, mais que ses crédits d'équipement progressent de 9,2 %. C'est dire à la fois l'importance de notre Conseil économique et social et mon regret qu'il ne bénéficie pas d'augmentations plus sensibles cette année.
Je n'aborderai pas le problème du personnel, ni les dépenses de matériels de l'équipement administratif, qui bénéficient de reports de crédits non négligeables pour 2003, ni l'amélioration des conditions de travail, ni les autorisations de programme qui progressent de 9,2 %. Ces dépenses sont nécessaires, et je ne les trouve pas excessives !
Au moment du vote du budget d'un tel organisme, la seule question qui nous préoccupe est simple : le Conseil économique et social est-il utile, efficace, nécessaire au fonctionnement de l'Etat ?
Notre réponse est simple : oui, le Conseil économique et social est utile. Je n'en veux pour preuve que le fait que 50 % de ses avis influencent les choix du Gouvernement, performance plus éclatante que celle de nos commissions, mes chers collègues...
Oui, le Conseil économique et social est efficace, et cela pour une raison fort simple : ses avis sont en général clairement formulés.
Le Gouvernement est très souvent en accord ou en désaccord avec l'ensemble de l'avis formulé. Il est rare qu'il n'en accepte qu'une partie.
Le Conseil économique et social apparaît donc comme nécessaire au fonctionnement d'un Etat républicain et démocratique. La représentativité de ses membres s'est renforcée, élargie. Le monde associatif, économique, syndical notamment, peut apporter sa contribution à l'avis formulé.
Je ne dis pas que le Gouvernement retienne beaucoup d'avis pour son action gouvernementale. Il ne retient trop souvent - et cela quel que soit le Gouvernement - que ce qui va dans le sens de son orientation. Toutefois, pour le long terme, il est plus coopératif. Je n'en veux pour preuve que certaines études sur le niveau de vie des Français, le logement social ou les allocations familiales. Le Conseil économique et social, selon l'étude que M. Beurier lui a consacrée, révèle les tendances lourdes du corps social, alors que le Gouvernement doit agir rapidement en fonction d'un contexte évolutif.
L'influence sur la politique gouvernementale est donc réelle, tout en restant modérée.
Je suis dialecticienne, et par conséquent convaincue que les idées doivent mûrir, cheminer et même faire l'objet de luttes pour qu'elles puissent devenir un jour « doctrine de Gouvernement ».
Je n'oublie pas que le Conseil peut être saisi d'une demande d'avis, mais aussi se saisir lui-même d'un projet d'avis et d'étude, son ouverture est donc plus grande.
Le fonctionnement du Conseil est méconnu et c'est bien dommage. Je rappelle que les ministres sont informés à l'avance des débats qui les concernent, qu'ils peuvent y assister et intervenir - le font-ils ? -, que les séances sont publiques, que la presse y est présente, et que le Journal officiel publie avis, rapports et études dans une édition particulière.
Nous voterons donc en faveur des crédits permettant aux 72 membres de section, aux 140 fonctionnaires dont un tiers sont des personnels d'encadrement chargés d'assister les conseillers dans leurs travaux, de pouvoir accomplir une tâche en souhaitant qu'ils puissent encore renforcer une activité féconde dont la République a besoin.
Vous voyez, monsieur le ministre, mes chers collègues, qu'il nous arrive de voter en faveur d'un projet de budget, répondant ainsi à l'appel du rapporteur spécial M. Claude Lise, qui, cette année, insiste à juste titre sur l'action internationale en notant les actions en direction de l'euro-Méditerranée, de l'Afrique, et des pays francophones, des démocraties émergentes et même de la Chine.
Ainsi, à l'invitation de la France, le nombre de conseils économiques et sociaux est passé en douze ans d'une vingtaine à plus d'une cinquantaine. Le rôle international du Conseil économique et social ne date pas d'aujourd'hui, mais il en sort renforcé et dynamisé, ce qui nous conforte dans notre vote positif. (Ah ! et applaudissement sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste.)
M. Marcel-Pierre Cléach. Pour une fois !
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.
M. François Loos, ministre délégué au commerce extérieur. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, le président Jacques Dermagne et le bureau du Conseil économique et social ont engagé depuis le début de la mandature 1999-2004 une politique de modernisation et d'ouverture sur l'extérieur.
Les moyens de cette politique ont été dégagés sur l'exercice 2001, grâce à une revalorisation significative de 8,17 % du budget de fonctionnement, par ailleurs relativement modeste.
Ces nouveaux crédits ont permis la création d'un service international, d'un service de la communication et de la mise en place d'un réseau informatique.
La progression plus modeste des crédits, tant pour l'exercice 2002 que pour l'exercice 2003, avec une augmentation de 1,08 %, vise cependant à conforter ce développement.
Au total, le projet de budget pour 2003 s'élève à 32,14 millions d'euros, dont 31,19 millions d'euros relevant du titre III et 0,95 millions d'euros du titre V, en progression de 1,08 % par rapport à l'année 2002.
Au cours de l'année 2001, le Conseil économique et social a tenu vingt et une assemblées plénières, contre dix-huit l'année précédente. Ses membres ont participé à 388 réunions au cours desquelles 275 personnalités extérieures ont été auditionnées. A l'issue de ces travaux, quatre études et vingt et un avis et rapports ont été adoptés, dont six sur saisine gouvernementale. Au cours du seul premier semestre 2002, neuf avis et deux études ont été adoptés, dont trois sur saisine gouvernementale. Ces chiffres vous montrent le niveau très élevé du travail accompli par le Conseil économique et social.
Depuis juin 1999, le site Internet du Conseil met en ligne le texte intégral des rapports des douze derniers mois, ainsi que les notices des travaux publiés depuis 1947. En 2001, le nombre d'accès moyen mensuel a été de 556 528, en progression de 85 % par rapport à l'année précédente.
Pour toutes ces raisons, nous vous présentons ce projet de budget qui s'élève à 32,14 millions d'euros. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. Nous allons procéder à l'examen et au vote des crédits concernant le Conseil économique et social et figurant aux états B et C.

ÉTAT B



M. le président. « Titre III : 448 220 euros. »