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Séance du 12 mai 2004 (compte rendu intégral des débats)

SOMMAIRE

PRÉSIDENCE DE M. Adrien Gouteyron

1. Procès-verbal

2. Développement des territoires ruraux. - Suite de la discussion d'un projet de loi

Article 48 (priorité)

M. Jacques Oudin, Mme Evelyne Didier, M. Yves Dauge.

Amendement no 459 de M. Bernard Piras. - MM. Yves Dauge, Ladislas Poniatowski, rapporteur de la commission des affaires économiques ; Serge Lepeltier, ministre de l'écologie et du développement durable ; Michel Charasse, Jacques Oudin, Bernard Piras. - Rejet.

Amendement no 63 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Amendement no 172 rectifié de M. Jacques Oudin et sous-amendement no 941 du Gouvernement. - MM. Jacques Oudin, Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption du sous-amendement et de l'amendement modifié.

Amendement no 250 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendement no 295 rectifié de M. Bernard Murat. - MM. Alain Vasselle, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Adoption de l'article modifié.

Article 49 (priorité)

Amendement no 460 de M. Bernard Piras. - MM. Yves Dauge, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Rejet.

Amendement no 251 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendements nos 942 du Gouvernement et 161 rectifié bis de Mme Sylvie Desmarescaux. - M. Serge Lepeltier, ministre ; Mme Sylvie Desmarescaux, M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Retrait de l'amendement no 942 ; adoption de l'amendement no 161 rectifié bis.

Amendement no 173 rectifié de M. Jacques Oudin. - MM. Jacques Oudin, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Mme Evelyne Didier.

Adoption de l'article modifié.

Article 50 (priorité)

Mme Evelyne Didier.

Amendement no 461 de M. Bernard Piras. - MM. Yves Dauge, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Bernard Piras. - Rejet.

Amendement no 252 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendements identiques nos 64 de la commission et 210 de M. Gérard César. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Gérard César, Serge Lepeltier, ministre. - Adoption des deux amendements.

Amendement no 65 rectifié de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Amendement no 580 rectifié de M. Alain Vasselle. - MM. Alain Vasselle, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendement no 66 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Alain Vasselle. - Adoption.

Adoption de l'article modifié.

Article 51 (priorité)

Amendement no 351 rectifié bis de M. Gérard César. - MM. Gérard César, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption

Amendement no 125 de M. Pierre Martin, rapporteur pour avis. - MM. Dominique Mortemousque, au nom de la commission des affaires culturelles ; Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption

Adoption de l'article modifié.

Article 52 (priorité)

Amendements nos 581 rectifié de M. Alain Vasselle, 174 rectifié de M. Jacques Oudin, 165, 166 rectifié de M. Michel Doublet, 938 et 939 du Gouvernement. - MM. Alain Vasselle, Jacques Oudin, Michel Doublet, Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Louis Moinard, Philippe Darniche. - Retrait des amendements nos 581 rectifié et 174 rectifié ; adoption des amendements nos 165, 938 et 166 rectifié, l'amendement no 939 devenant sans objet.

Adoption de l'article modifié.

Article 53 (priorité)

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

Amendements nos 588 et 582 rectifié de M. Alain Vasselle. - MM. Alain Vasselle, Joël Bourdin, rapporteur pour avis de la commission des finances ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait des deux amendements.

Adoption de l'article.

Division additionnelle après l'article 53 (priorité)

Amendements nos 212 rectifié bis de M. Gérard César et 359 rectifié de M. Jean-François Le Grand. - MM. Gérard César, Jean-François Le Grand, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait de l'amendement no 212 rectifié bis ; adoption de l'amendement no 359 insérant une division additionnelle et son intitulé.

Articles additionnels après l'article 53 (priorité)

Amendement no 526 rectifié bis de M. Pierre Jarlier. - MM. Pierre Jarlier, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendement no 527 rectifié bis de M. Pierre Jarlier et sous-amendement no 914 de M. Jean-Pierre Bel. - M. Pierre Jarlier. - Retrait de l'amendement, le sous-amendement devenant sans objet.

Reprise de l'amendement no 527 rectifié ter par M. Bernard Piras. - M. Bernard Piras. - Rejet.

Amendement no 944 du Gouvernement. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Amendements identiques nos 281 rectifié bis de M. Jean-Paul Amoudry et 612 rectifié de Mme Annie David ; amendements nos 945 rectifié du Gouvernement, 529 rectifié bis de M. Pierre Jarlier, 360 rectifié de M. Jean-François Le Grand et sous-amendement no 948 du Gouvernement ; amendements nos 893 de M. Gérard César, 530 rectifié bis à 532 rectifié bis de M. Pierre Jarlier, 363 rectifié de M. Jean-François Le Grand, 947 du Gouvernement. - M. Jean-Paul Amoudry, Mme Annie David, MM. Pierre Jarlier, Serge Lepeltier, ministre ; Jean-François Le Grand, Gérard César, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Jean-Louis Carrère, Denis Badré. - Retrait des amendements nos 281 rectifié bis, 612 rectifié, 529 rectifié bis, 893, 530 rectifié bis, 363 rectifié, 531 rectifié bis et 532 rectifié bis ; adoption de l'amendement no 945 rectifié, du sous-amendement no 948, de l'amendement no 360 rectifié, modifié, et de l'amendement no 947 insérant trois articles additionnels.

Amendement no 361 rectifié de M. Jean-François Le Grand et sous-amendement no 946 du Gouvernement. - MM. Jean-François Le Grand, Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption du sous-amendement et de l'amendement modifié insérant un article additionnel.

Amendement no 362 rectifié de M. Jean-François Le Grand et sous-amendement no 949 du Gouvernement. -- MM. Jean-François Le Grand, Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption du sous-amendement et de l'amendement modifié insérant un article additionnel.

Amendement no 364 rectifié bis de M. Jean-François Le Grand. - MM. Jean-François Le Grand, le rapporteur pour avis, Serge Lepeltier, ministre ; Gérard Le Cam. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Amendements identiques nos 528 rectifié bis de M. Pierre Jarlier et 611 rectifié de Mme Annie David ; amendement no 962 du Gouvernement. - M. Pierre Jarlier, Mme Annie David, MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Retrait des amendements nos 528 rectifié bis et 611 rectifié ; adoption de l'amendement no 962 insérant un article additionnel.

Article 54 A (priorité). - Adoption

Article additionnel avant l'article 54 B (priorité)

Amendement no 67 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article 54 B (priorité)

Amendements nos 68 rectifié de la commission et 690 rectifié de M. Gérard Le Cam. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Gérard Le Cam, Serge Lepeltier, ministre ; Jean-Louis Carrère. - Adoption de l'amendement no 68 rectifié rédigeant l'article, l'amendement no 690 rectifié devenant sans objet.

Article 54 C (priorité). - Adoption

Article 54 D (priorité)

M. Philippe François.

Amendement no 69 rectifié de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Alain Vasselle, Michel Charasse. - Adoption

3. Candidatures à une commission mixte paritaire

4. Communication de M. le président de l'Assemblée nationale

Suspension et reprise de la séance

5. Nomination de membres d'une commission mixte paritaire

6. Développement des territoires ruraux. - Suite de la discussion d'un projet de loi

Article 54 D (priorité) (suite)

Amendement no 673 de M. Gérard Le Cam. - MM. Gérard Le Cam, Ladislas Poniatowski, rapporteur de la commission des affaires économiques ; Serge Lepeltier, ministre de l'écologie et du développement durable. - Rejet

Amendement no 70 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Alain Vasselle, Michel Charasse, Jean-Louis Carrère, Philippe François. - Adoption

Adoption de l'article modifié.

Article 54 E (priorité)

M. Alain Vasselle.

Amendement no 71 rectifié de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption de l'amendement rédigeant l'article.

Article 54 F (priorité)

Amendements nos 952 du Gouvernement et 894 de la commission. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Retrait de l'amendement n° 952 ; adoption de l'amendement n° 894 rédigeant l'article.

Article 54 G (priorité). - Adoption

Article additionnel avant l'article 54 (priorité)

Amendement no 950 du Gouvernement et sous-amendement n° 963 de la commission. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Alain Vasselle. - Adoption du sous-amendement et de l'amendement modifié insérant un article additionnel.

Article 54 (priorité). - Adoption

Article 55 (priorité)

M. Jean-Louis Carrère.

Amendement no 72 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption

Amendements nos 416 rectifié bis de M. Michel Charasse, 73, 74 rectifié de la commission, 253 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Michel Charasse, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Yann Gaillard, Serge Lepeltier, ministre ; Jean-Louis Carrère - Retrait des amendements n° 73 et 253 rectifié ; adoption des amendements n°s 416 rectifié bis et 74 rectifié

Amendement no 75 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption

Adoption de l'article modifié.

Article 55 bis (priorité)

Amendement no 417 rectifié de M. Michel Charasse. - M. Michel Charasse, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Retrait.

Amendement no 76 rectifié de la commission. - M. Serge Lepeltier, ministre. - Adoption

Amendement no 583 rectifié de M. Alain Vasselle. - MM. Alain Vasselle, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Retrait.

Adoption de l'article modifié.

Article additionnel après l'article 55 bis

Amendement no 418 rectifié de M. Michel Charasse. - MM. Michel Charasse, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Alain Vasselle, Jean-Louis Carrère, Gérard Le Cam - Retrait.

Article 55 ter (priorité)

Amendement no 77 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. ; Michel Charasse - Adoption de l'amendement rédigeant l'article.

Article 55 quater (priorité). - Adoption

Article additionnel après l'article 55 quater (priorité)

Amendement no 895 rectifié de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article 56 (priorité)

Amendement no 78 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 419 rectifié de M. Michel Charasse. - MM. Jean-Louis Carrère, Ladislas Poniatowski, rapporteur - Retrait.

Adoption de l'article modifié.

Article additionnel après l'article 56 (priorité)

Amendement no 896 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre -Retrait.

Article additionnel avant l'article 57 (priorité)

Amendement no 821 de M. Aymeri de Montesquiou. - MM. Aymeri de Montesquiou, Ladislas Poniatowski, rapporteur - Retrait.

Article 57 (priorité)

Amendement no 897 rectifié de la commission et sous-amendement no 951 du Gouvernement ; amendement no 844 rectifié de M. Aymeri de Montesquiou. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Aymeri de Montesquiou, Alain Vasselle - Adoption du sous-amendement n° 951 et de l'amendement n° 897 rectifié, l'amendement n° 844 rectifié devenant sans objet.

Amendements nos 79 de la commission et 745 de M. Gérard Le Cam. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Gérard Le Cam, Serge Lepeltier, ministre ; Jean-Louis Carrère, Michel Charasse - Retrait de l'amendement n° 745 ; adoption de l'amendement n° 79.

Amendement no 80 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre, Jean-Louis Carrère, Daniel Soulage, Alain Vasselle. - Adoption.

Amendement n° 877 du Gouvernement. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption.

Amendements nos 957 du Gouvernement, 898 à 900 de la commission, 200 rectifié ter et 201 rectifié ter de M. Louis Moinard. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Mme Gisèle Gautier, - Retrait des amendements n°s 898 à 900, 200 rectifié ter et 201 rectifié ter ; adoption de l'amendement n° 957.

Adoption de l'article modifié.

Article 58 (priorité)

MM. Alain Vasselle, Ladislas Poniatowski, rapporteur.

Amendement no 81 de la commission et sous-amendement no 953 du Gouvernement. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Gérard Le Cam - Adoption du sous-amendement et de l'amendement modifié.

Amendement no 584 rectifié de M. Alain Vasselle. - MM. Alain Vasselle, Ladislas Poniatowski, rapporteur - Retrait.

Amendement no 254 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Retrait.

Amendement no 82 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 83 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Alain Vasselle - Adoption.

Amendement no 84 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 85 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 86 de la commission et sous-amendements nos 483 de M. Yann Gaillard et 954 du Gouvernement. MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Yann Gaillard. - Retrait de l'amendement no 483 ; reprise du sous-amendement no 483 rectifié par la commission ; adoption des deux sous-amendements et de l'amendement modifié.

Amendement no 87 rectifié de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 88 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 89 de la commission. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre, - Adoption.

Amendement no 255 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Retrait.

Amendement no 90 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Amendement no 256 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Adoption.

Amendement no 388 du Gouvernement. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur - Adoption.

Amendement no 257 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Retrait.

Amendement no 91 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Amendement no 420 rectifié bis de M. Michel Charasse. - MM. Jean-Louis Carrère, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Retrait.

Amendement no 661 de M. Gérard Le Cam. - MM. Gérard Le Cam, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre - Rejet.

Amendements nos 92 de la commission, 876 de M. Michel Charasse et 660 de M. Gérard Le Cam. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption de l'amendement n° 92, les autres amendements devenant sans objet.

Amendement no 258 rectifié de M. Yann Gaillard. - MM. Yann Gaillard, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Adoption de l'article modifié.

Article additionnel après l'article 58 (priorité)

Amendement no 901 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. -Retrait.

Amendement no 955 rectifié du Gouvernement. - Adoption de l'amendement insérant un article additionnel.

Article 59 (priorité)

Amendement no 645 de M. Gérard Le Cam. - MM. Gérard Le Cam, Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Rejet.

Amendements nos 902 de la commission et 421 rectifié de M. Michel Charasse. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Jean-Louis Carrère, Serge Lepeltier, ministre. - Retrait de l'amendement n° 421 rectifié ; adoption de l'amendement n° 902.

Amendement no 93 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. - Adoption.

Amendement no 559 rectifié de Mme Jacqueline Gourault. - Mme Jacqueline Gourault, MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. -Retrait.

Amendement no 903 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. -Adoption.

Amendements nos 904 et 94 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre ; Jean-Louis Carrère. - Adoption de l'amendement n° 904, l'amendement n° 94 devenant sans objet.

Adoption de l'article modifié.

Article 60 (priorité)

Amendement no 956 du Gouvernement. - MM. Serge Lepeltier, ministre ; Ladislas Poniatowski, rapporteur. - Adoption.

Adoption de l'article modifié.

Article 60 bis (priorité). - Adoption

Article 61 (priorité)

Amendement no 95 de la commission. - MM. Ladislas Poniatowski, rapporteur ; Serge Lepeltier, ministre. -Retrait.

Adoption de l'article.

Renvoi de la suite de la discussion.

7. Dépôt d'un projet de loi

8. Transmission de projets de loi

9. Dépôt d'une proposition de loi

10. Dépôt d'une proposition de résolution

11. Renvoi pour avis

12. Dépôt de rapports

13. Ordre du jour

compte rendu intégral

PRÉSIDENCE DE M. Adrien Gouteyron

vice-président

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures cinq.)

1

PROCÈS-VERBAL

M. le président. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.

Il n'y a pas d'observation ?...

Le procès-verbal est adopté sous les réserves d'usage.

2

Développement des territoires ruraux

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi (n° 192, 2003-2004), adopté par l'Assemblée nationale, relatif au développement des territoires ruraux. [Rapport n° 251 (2003-2004) ; avis n°s 265 et 264 (2003-2004).]

Dans la suite de la discussion des articles, nous allons examiner par priorité les articles 48 à 61 ainsi que les articles additionnels rattachés, relatifs aux zones humides, à Natura 2000 et à la chasse, ce qui nous vaut le plaisir d'accueillir, au banc du Gouvernement, M. Serge Lepeltier, ministre de l'écologie et du développement durable.

TITRE IV

DISPOSITIONS RELATIVES AUX ESPACES NATURELS

CHAPITRE III

Dispositions relatives à la préservation, à la restauration et à la valorisation des zones humides

Art. 25 (interruption de la discussion)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 49 (priorité)

Article 48 (priorité)

I. - Le I de l'article L. 211-1 du code de l'environnement est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Un décret en Conseil d'Etat précise les critères retenus pour l'application du 1°. »

II. - Après l'article L. 211-1 du même code, il est inséré un article L. 211-1-1 ainsi rédigé :

« Art. L. 211-1-1. - La préservation et la gestion durable des zones humides définies à l'article L. 211-1 dans le respect des principes énoncés à l'article L. 110-1 sont d'intérêt général. Les politiques nationales, régionales et locales d'aménagement des territoires ruraux et l'attribution des aides publiques tiennent compte des difficultés particulières de conservation et de gestion durable des zones humides et de leur contribution aux politiques de préservation de la diversité biologique, du paysage, de gestion des ressources en eau et de prévention des inondations notamment par une agriculture, un pastoralisme, une sylviculture, une chasse, une pêche et un tourisme adaptés. A cet effet, l'Etat et ses établissements publics, les régions, les départements, les communes et leurs groupements veillent, chacun dans son domaine de compétence, à la cohérence des diverses politiques publiques sur ces territoires. »

III. - Après l'article L. 214-7 du même code, il est inséré un article L. 214-7-1 ainsi rédigé :

« Art. L. 214-7-1. - Lorsqu'il l'estime nécessaire pour l'application des articles L. 214-1 et L. 214-7, le préfet peut procéder à la délimitation de tout ou partie des zones humides définies à l'article L. 211-1 en concertation avec les collectivités territoriales et leurs groupements.

« Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent article. »

M. le président. La parole est à M. Jacques Oudin, sur l'article.

La parole est à M. Jacques Oudin.

M. Jacques Oudin. Monsieur le ministre, mes chers collègues, les articles 48 à 52 du présent projet de loi sont d'une grande importance pour la préservation de certaines parties de nos espaces ruraux et, en particulier, des zones humides.

Ces dernières sont très importantes du point de vue écologique, en particulier dans les régions littorales, mais aussi à l'intérieur du territoire, où elles sont nombreuses et de grande qualité.

La démarche que vous nous proposez à travers ces articles, monsieur le ministre, tend à une meilleure identification des zones humides, de façon à mieux déterminer les critères qui seront retenus en concertation avec les gestionnaires de ces espaces.

C'est là une avancée substantielle, au terme de laquelle la protection des zones humides devrait être similaire à celle dont bénéficient certaines zones de montagne, par exemple.

La deuxième avancée significative de ce projet de loi réside dans la prise en compte de la cohérence nécessaire des politiques publiques. Nous avons beaucoup évolué dans ce domaine, avec des hauts et des bas. Après le lancement des « opérations locales agri-environnement », les OLAE, nous avons vu poindre les « contrats territoriaux d'exploitation », les CTE, et nous disposons maintenant des « contrats agriculture durable », les CAD, que je crois déterminants pour la préservation de l'activité agricole et humaine dans les zones humides.

Toutefois, j'attire votre attention, monsieur le ministre, sur le nécessaire financement du dispositif, condition de sa crédibilité. Nos débats montreront l'importance qu'attachent nombre de nos collègues à ce point.

Une autre avancée de ce projet de loi est le renforcement de la protection des zones humides. Les préfets seront dotés de pouvoirs supplémentaires. Cette mesure me paraît nécessaire, mais il ne faut pas négliger pour autant la concertation avec les gestionnaires des zones humides.

J'indique d'ores et déjà que, lors de l'examen de ces articles, je mettrai l'accent sur un dispositif qui existe déjà, celui des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux, les SDAGE, introduits par la loi sur l'eau de 1992 et destinés à couvrir l'ensemble des grands secteurs de bassin.

A l'intérieur des SDAGE, où doivent figurer, bien entendu, la délimitation des zones les plus sensibles, notamment des zones humides, il est nécessaire de donner la priorité aux schémas d'aménagement et de gestion des eaux, les SAGE, qui sont élaborés par des commissions locales de l'eau regroupant la totalité des acteurs.

Il n'est donc pas forcément nécessaire de créer de nouvelles instances ou d'introduire des complexités administratives supplémentaires : les textes existants nous donnent tous les moyens de faire avancer ce grand projet que constituent la reconnaissance et la valorisation des zones humides.

J'attire également votre attention, monsieur le ministre, sur la grande diversité de ces zones - le marais poitevin ne ressemble pas au marais breton, lequel n'est comparable ni à la Brière ni à la Sologne - et sur l'intérêt qu'il y aurait à tenter dans ces espaces des expériences, des opérations pilotes en faveur d'une gestion concertée et cohérente.

Je vous ai fait part, récemment, d'une opération pilote de gestion intégrée des zones côtières, qui est menée dans une zone humide remarquable, celle du marais breton.

Je souhaite que la discussion des articles nous permette d'avancer largement pour promouvoir, protéger et valoriser ces zones humides.

M. le président. La parole est à Mme Evelyne Didier.

Mme Evelyne Didier. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, les zones humides, bien que reconnues pour leur importance écologique et économique, pour leur rôle en matière de ressource en eau, et bien que faisant l'objet, pour certaines d'entre elles, de protections internationales, continuent à décroître dangereusement.

Aussi, il m'apparaît essentiel aujourd'hui d'intervenir pour évoquer ce phénomène.

En effet, à l'heure actuelle, il n'existe aucune protection d'ensemble des zones humides, sinon des mesures juridiques éparses et ponctuelles.

Il s'agit de systèmes de protection de certains milieux qui se trouvent être applicables également aux zones humides, sans pour autant avoir été prévus initialement et exclusivement pour cela. C'est le cas, notamment, des réserves naturelles et des parcs naturels régionaux.

Le projet de loi, sans créer de protection vraiment innovante et globale de ces espaces si particuliers - ce que nous pouvons regretter -, renforce cependant les dispositions existantes et introduit la protection des zones humides dans différentes législations protectrices déjà en place.

Il permet un réajustement de la loi en fonction d'un nouveau principe, qui est énoncé dans le texte proposé par l'article 48 du projet de loi pour l'article L. 211-1-1 du code de l'environnement, selon lequel la protection des zones humides est « d'intérêt général ». C'est un principe que, bien sûr, nous approuvons.

Cette disposition, qui conforte le plan d'action national pour les zones humides adopté en 1995, est utile puisqu'elle permet une réelle reconnaissance de ces milieux et en consacre la protection.

Plus précisément, elle permet d'intégrer le souci de préservation des zones humides au sein des différentes politiques territoriales qui se doivent de présenter une certaine cohérence au regard de cette préoccupation.

Mais, pour que cette protection soit réellement efficace, encore faut-il que les mesures qui l'organisent trouvent à s'appliquer.

Partant du principe que la définition actuelle, datant de la loi du 3 janvier 1992 - un peu vague - est génératrice de conflits d'interprétation, le projet de loi renvoie à un décret le soin de dégager les critères à retenir pour l'application de cette définition.

Il est vrai que les termes de la loi en la matière sont quelque peu nébuleux. En outre, l'argument invoqué est que l'imprécision actuelle pénalise la réalisation de certains projets d'infrastructure.

Toutefois, l'adoption d'un tel décret permettra-t-elle de clarifier la situation ? Rien n'est moins sûr !

En effet, les problèmes d'interprétation résultent essentiellement d'une difficulté d'appréciation des éléments du terrain au regard des termes juridiques. Dégager des critères permet, tout au plus, de déplacer la difficulté en la portant sur les termes du décret lui-même. Les problèmes risquent ainsi de subsister et de porter sur les critères et non plus sur la définition.

Une simple circulaire ne suffirait-elle pas et n'offrirait-elle pas un meilleur outil en matière de précision et de pédagogie ? Vous savez bien que nous n'apprécions pas forcément les décrets...

Par ailleurs, il m'apparaît difficile de voter l'article 48 en restant dans l'ignorance de ce que seront ces critères. Peut-être pourrez-vous, monsieur le ministre, nous apporter quelques précisions à cet égard ?

Ce recours au décret revient à donner un blanc-seing au Gouvernement, sans pouvoir contrôler quoi que ce soit et sans avoir aucune assurance quant à la résolution des problèmes soulevés.

Nous avons l'expérience, en effet, de tant de textes dont nous avions bien débattu mais qui ont été ensuite détournés de leur objet par les décrets que nous éprouvons une certaine méfiance.

Telles sont, résumées, les remarques que je souhaitais présenter avant l'examen de cet article.

M. le président. La parole est à M. Yves Dauge.

M. Yves Dauge. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je ferai, sur cet article, deux observations rapides.

Premièrement, si, comme Mme Didier, j'observe que le texte qui définit les zones humides donne parfois lieu à des difficultés d'interprétation, je pense que cette question peut être résolue au moyen d'une note émanant du ministère, éventuellement d'une circulaire.

De deux choses l'une : ou bien on précise cette définition dans le corps même de la loi, ou bien on la précise comme je viens de le suggérer. En tout cas, nous nous méfions tous beaucoup du renvoi au décret en Conseil d'Etat. J'ai relu le compte rendu des débats de l'Assemblée nationale et je peux constater que les observations de nos collègues vont dans le même sens. C'est que nous avons attendu presque six ans, et sous plusieurs gouvernements successifs, les décrets d'application relatifs aux estuaires !

De surcroît, comme tout le dispositif est lié, monsieur le ministre, à un mécanisme d'exonération, l'exercice du décret sera particulièrement difficile : ou bien ce document ne verra jamais le jour, ou bien son contenu sera très restrictif, afin que le problème des exonérations soit réglé ! Par les temps qui courent, vous comprenez que nous soyons méfiants...

C'est dommage, d'ailleurs, car ce projet de loi marque un progrès certain en prévoyant une exonération compensée par l'Etat, fait rarissime ! Dans d'autres chapitres du même texte, malheureusement, on constate que les compensations sont à la charge des collectivités.

M. Yves Dauge. Deuxièmement, comme je l'ai dit dans la discussion générale, on nous propose de nouveaux zonages, des sur-zonages, des sous-zonages, tout en affichant constamment une volonté de simplification et de lisibilité des politiques, volonté à laquelle, au demeurant, tout le monde adhère. On crée ainsi une zone particulière dans le périurbain pour essayer de régler des problèmes fonciers qui pourraient être réglés par application du droit commun existant, mais que l'on n'applique pas ; je trouve cela absolument désolant.

Sur les zones humides, alors que l'on nous dit - et c'est bien, c'est une avancée - que leur préservation et leur gestion durable sont d'intérêt général, on va procéder à un sous-zonage pour déterminer deux types de zones. Franchement, on perd en lisibilité, donc en efficacité. L'idée d'établir un programme d'actions et de bonnes pratiques que l'on va ensuite limiter au sous-zonage fait perdre à cette avancée une grande partie de son intérêt.

Franchement, je ne comprends pas pourquoi, sur une bonne idée, à l'occasion de l'examen d'un bon texte qui nous permet de nous rassembler tous, on voit immédiatement revenir des dispositifs de réduction, de limitation et de renvoi au décret, avec des risques considérables quant à l'application de la loi. Ce sont malheureusement des pratiques courantes, mais nous ne pouvons pas ne pas vous le dire, monsieur le ministre,... et en toute amitié, parce que, par ailleurs, nous avons envie de vous aider sur ce dossier des zones humides, sur lequel nous nous rejoignons tous. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. Jean-Pierre Sueur. Très bien !

M. le président. L'amendement n° 459, présenté par MM. Piras et Bel, Mme Y. Boyer, MM. Courteau et Dussaut, Mme Herviaux, MM. Lejeune, Pastor, Raoult, Reiner, Saunier, Teston, Trémel, Besson, Bellanger, Journet, Raoul, Rinchet et Mano, Mme M. André, MM. Dauge, Domeizel, Marc, Picheral, Signé, Vidal et les membres du groupe socialiste, apparenté et rattachée, est ainsi libellé :

Supprimer le I de cet article.

La parole est à M. Yves Dauge.

M. Yves Dauge. En proposant la suppression du I de l'article 48, nous interdisons le renvoi au Conseil d'Etat, dont j'ai dit précédemment ce qu'il fallait en penser.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur de la commission des affaires économiques et du Plan. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour répondre aux trois orateurs qui se sont exprimés sur l'article.

Vous l'avez dit les uns et les autres, mes chers collègues, ce problème des zones humides est crucial. En effet, madame Didier, ces zones disparaissent et, en plus, elles sont fragiles, raison pour laquelle, monsieur Oudin, il faut impérativement les préserver.

Le texte qui nous est proposé n'a certes pas de vertus miraculeuses, mais il a le mérite de constituer un édifice à plusieurs étages. En d'autres termes, on commence d'abord par définir ce que sont les zones humides ; ensuite, on délimite ces zones ; enfin, on définit les actions à entreprendre non pas dans une multitude de zones, mais dans deux catégories de zones très différentes que comprendront bien les élus.

La première catégorie, nous le verrons tout à l'heure à l'article 49, regroupe les zones qui non seulement présentent un intérêt environnemental particulier, mais qui, plus précisément encore, ont « une valeur touristique, écologique, paysagère ou cynégétique particulière ».

Il s'agit donc d'une catégorie de zones bien précise qui n'a rien à voir - et je me tourne ici vers ceux d'entre vous, mes chers collègues, qui président un syndicat d'eau - avec l'autre catégorie de zones que nous examinerons à l'article 50, celle des zones stratégiques pour la gestion de l'eau, avec tout ce que cela sous-entend. Ce sont en effet des zones qu'il est nécessaire de préserver, car elles constituent en quelque sorte la matière première de nos nappes phréatiques, mais il faut les préserver d'une manière différente, avec des actions différentes et des intervenants eux-mêmes différents. Il est logique que les collectivités territoriales interviennent plus dans cette seconde catégorie de zones que dans la première, qui sera davantage réservée aux acteurs locaux.

Cet édifice a pour faîte, comme l'a rappelé M. Dauge, un dispositif qui n'est pas négligeable, puisque ce sont les avantages fiscaux prévus à l'article 53, dernier article du chapitre.

Pour revenir à l'amendement n° 459, et pour reprendre l'image de l'édifice, mes chers collègues, je pense qu'il ne faut pas rater son premier étage, qui est la définition.

Actuellement, on trouve cette définition à l'article L. 211-1 du code de l'environnement, mais, du fait de son caractère imprécis, elle a donné lieu à de nombreux contentieux. Si nous ne faisons rien, la définition actuelle sera maintenue et elle continuera de poser problème.

J'en prends à témoin les auteurs de l'amendement : des terrains habituellement inondables ou gorgés d'eau, où cela commence-t-il, où cela se termine-t-il ? Une végétation dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année, où cela commence-t-il, où cela se termine-t-il ? Les contentieux sont déjà nombreux et, avec tout l'édifice que nous sommes en train d'ériger, notamment l'ensemble des avantages, des aides et des actions, ils vont se multiplier. Il faut donc que nous allions plus loin dans la précision. A cet effet, gardons-nous de supprimer le premier étage de l'édifice...

Pour ce qui est du décret en Conseil d'Etat, je ne peux pas penser un seul instant que le Gouvernement prendra un décret restrictif ! Ce n'est pas parce que, demain, des aides et des avantages fiscaux seront prévus que l'on va profiter d'une définition légale imprécise aujourd'hui pour réduire au minimum les zones éligibles. Non ! Moi, je fais confiance au Gouvernement quand il nous dit avoir la volonté de préciser la définition.

Il serait totalement absurde, à l'occasion de la discussion d'un texte sur lequel un consensus se dégage aussi bien à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, de prendre le risque de casser l'édifice dès sa première étape de construction, c'est-à-dire dès la définition de ces zones humides.

Voilà pourquoi nous avions émis un avis défavorable en commission et voilà pourquoi, aujourd'hui, je souhaite convaincre les auteurs de l'amendement de bien vouloir le retirer.

Si j'ai tenu à développer l'avis de la commission sur l'amendement n° 459, monsieur le président, c'est parce qu'il vaudra aussi pour les trois amendements qui suivront.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre de l'écologie et du développement durable. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi tout d'abord de dire combien je suis heureux de me retrouver parmi vous aujourd'hui, puisque c'est le premier débat auquel je participe dans mes nouvelles fonctions.

M. Michel Charasse. Enfin un mot sympathique !

M. Serge Lepeltier, ministre. Permettez-moi de saluer plus particulièrement M. Georges Ginoux, sans oublier M. Serge Vinçon, vice-président du Sénat.

M. Eric Doligé. Il y a des préférences ! (Sourires.)

M. Serge Lepeltier, ministre. Il y a sans doute des amitiés, monsieur le sénateur !

M. Michel Charasse. Il y a un code ! (Nouveaux sourires.)

M. Serge Lepeltier, ministre. Le thème que nous abordons à l'occasion de l'examen de cet article 48 est, vous l'avez dit, les uns et les autres, essentiel.

Les zones humides ont souvent été regardées comme des territoires insalubres devant être asséchés. Mais, depuis 1940, la moitié des zones humides ont disparu.

M. Michel Charasse. Ce sont les Allemands !

M. Serge Lepeltier, ministre. Or leur rôle et leur intérêt sont totalement démontrés. Elles contribuent d'abord à la préservation des ressources en eau et à leur gestion équilibrée ; elles sont des réservoirs de biodiversité tout à fait importants en raison de leur grande richesse biologique, et elles sont un lieu de développement d'activités économiques telles que l'élevage, la pisciculture, le maraîchage et la saliculture, pour n'en citer que quelques-unes.

La définition de ces zones est donc très importante, comme l'a rappelé tout à l'heure M. le rapporteur. Il existe déjà une définition des zones humides à l'article L. 2111 du code de l'environnement. Le projet de loi ne prévoit pas de modifier cette définition, qui reste valide en tout état de cause.

Cette définition fait référence, d'une part, à la végétation hygrophile, et, d'autre part, au fait que ces terres soient gorgées d'eau. On voit que cette définition est trop générale, et c'est bien tout le problème puisque, du fait de l'imprécision actuelle, on renvoie trop souvent aux tribunaux du soin de dire si la réglementation spécifique aux zones humides s'applique ou non, avec tout ce que cela peut entraîner d'insécurité juridique.

Je pose la question : pouvons-nous dans la loi être suffisamment précis ? En cherchant la trop grande précision, nous risquons de tomber dans des détails qui ne seraient pas du niveau de la loi et de susciter bien des difficultés nouvelles. C'est là où le recours au décret en Conseil d'Etat prend tout son intérêt : le décret, lui, pourra entrer dans le détail, ce que nous ne pouvons naturellement pas faire dans la loi.

Il nous faut réduire l'insécurité juridique dans laquelle se trouvent nos concitoyens. Pour ce faire, il convient d'abord de préciser les critères de définition, et chacun sera ainsi pleinement informé du type de réglementation qui le concerne.

Je peux d'ores et déjà vous dire, s'agissant du décret, que trois critères seront pris en compte pour la définition de ces zones : d'abord la végétation, qui doit être hygrophile ; ensuite les sols, qui doivent être hydromorphes ; enfin, le caractère inondable de la zone doit être caractérisé.

M. le rapporteur l'a très bien dit tout à l'heure, compte tenu du fait que nous ne pouvons réellement pas, au niveau de la loi, entrer dans ce détail et cette précision extrêmes, je pense qu'il conviendrait, monsieur Dauge, que vous retiriez cet amendement ; à défaut, le Gouvernement y serait défavorable.

M. le président. L'amendement est-il maintenu, monsieur Dauge ?

M. Yves Dauge. J'ai relu la définition des zones humides que la commission comme le Gouvernement ont évoquée : je ne la trouve ni si mauvaise ni si imprécise que cela. D'ailleurs, je serais heureux - j'aurais dû procéder moi-même à ce décompte -, de connaître le nombre de contentieux auquel a donné lieu ce problème.

A vouloir réduire le risque de contentieux, ce qui est en soi sympathique, vous risquez fort, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, de réduire d'autant le champ d'application de l'exonération. C'est surtout ce risque-là que je vois, moi !

Je ne vous fais pas de procès d'intention, ni à l'un ni à l'autre. Monsieur le ministre, vous défendez votre cause ardemment, et nous sommes prêts à vous soutenir, mais qu'en sera-t-il de votre collègue chargé du budget ? Si vous renvoyez au décret en Conseil d'Etat, je prends le pari que vous allez batailler pendant longtemps, sans doute pendant plusieurs années, pour sortir un décret qui, au terme d'un long débat entre vous tous, sera certainement d'une plus grande précision, mais qui sera aussi très restrictif. Voilà ce que nous craignons.

Aussi, je ne retire pas l'amendement et je vous invite, monsieur le ministre, ainsi que l'ensemble du Sénat, à vous rallier à notre proposition : une note du ministère, que vous rédigeriez vous-même, sans discuter avec votre collègue chargé du budget, devrait régler la question de la sécurité juridique. Après tout, nous avons des ministres, nous avons des préfets : nous pouvons fort bien leur laisser le soin d'interpréter les lois et d'en garantir par là même une application plus sûre ! C'est à cela qu'il faut tendre, c'est bien le chemin de la simplification que nous souhaitons tous.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Même après vous avoir écoutés les uns et les autres, je considère que l'amendement n°459 a au moins la vertu de poser indirectement un vrai problème : le caractère incroyablement flou de la définition des zones inondées ou inondables.

Je peux vous dire, pour être moi-même maire d'une commune qui comporte une ou plusieurs zones inondables, que nous avons les plus grandes difficultés pour obtenir des services de l'Etat - direction départementale de l'équipement, direction départementale de l'agriculture ou services de l'environnement, par exemple - qu'ils nous aident à établir la carte car ils ne sont pas toujours d'accord sur les définitions : en particulier, il y a les « zones inondées », les « zones inondables », et les « zones inondées et inondables ».

Si M. le ministre obtient satisfaction et si l'amendement de mes amis socialistes n'est pas adopté, il y aura donc un décret en Conseil d'Etat. Va-t-il entrer dans le détail d'une réglementation que l'on n'arrive pas à obtenir pour distinguer les crues décennales, centennales ou millénaires, avec des contraintes sur des terrains qui ne sont pas toutes les mêmes selon que les crues ont lieu une fois tous les mille ans, une fois tous les cent ans, une fois tous les dix ans ou, éventuellement, une fois tous les ans ?

Monsieur le ministre, moi, ce que je voudrais vous dire, c'est que vous pourriez peut-être profiter de ce décret - s'il doit intervenir et si, malheureusement, l'amendement n'est pas adopté -, pour faire en sorte que les dispositions soient beaucoup plus homogènes, beaucoup plus claires, afin d'aboutir à une réglementation qui ne conduira plus les services à se disputer entre eux avant de venir trouver le maire pour imposer des solutions qui sont généralement des cotes mal taillées pace que fruits de compromis laborieux.

En outre, tout cela varie d'une commune à l'autre, en fonction du subdivisionnaire de l'équipement de tel secteur ou de tel autre. On ne peut pas continuer à fonctionner comme cela !

Je voulais profiter de cette discussion pour appeler l'attention de chacun sur la notion exacte de « zones inondées » ou de « zones inondables », de façon que l'on ne reste pas dans la pagaille actuelle car, un jour, des maires se retrouveront en correctionnelle pour ne pas avoir pris les précautions nécessaires. Que l'administration soit envoyée en correctionnelle, ce n'est déjà pas très glorieux - et ce n'est pas ce que je souhaite -, mais que des maires le soient, cela le serait encore moins s'ils s'en sont remis un peu naïvement à des services qui ne sont pas capables de se mettre d'accord entre eux.

M. le président. La parole est à M. Jacques Oudin, pour explication de vote.

M. Jacques Oudin. J'approuve la position du Gouvernement.

Nous devons, il est vrai, mieux définir les zones inondables et les zones inondées, mais une procédure existe en la matière.

En effet, la loi de 1992 a créé les commissions locales de l'eau, qui doivent élaborer des schémas d'aménagement et de gestion des eaux. Je connais bien la procédure, puisque j'en ai élaboré un ; mais cela a duré dix ans !

A l'appui du schéma d'aménagement et de gestion des eaux, il y a tout un travail cartographique qui s'opère avec des moyens modernes d'information géographique qui sont particulièrement efficaces. On arrive donc parfaitement à définir la hauteur des crues, la surface des zones inondées et inondables, etc.

Dans ces conditions, tout cela doit être renvoyé à un décret en Conseil d'Etat, et on doit surtout prévoir une concertation sur le terrain au sein des commissions locales de l'eau.

Je soutiens donc le Gouvernement et suggère à M. Dauge de bien vouloir retirer son amendement.

M. le président. La parole est à M. Bernard Piras, pour explication de vote.

M. Bernard Piras. Je souhaiterais simplement que M. le ministre et M. le rapporteur nous indiquent le nombre de contentieux qui existent.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je répondrai tout d'abord à M. Charasse qu'il ne faut pas confondre les zones humides et les zones inondables. Nous parlons ici des zones humides !

M. Michel Charasse. « Inondées », dit le texte !

M. Serge Lepeltier, ministre. Certaines zones humides sont inondées, mais les zones humides et les zones inondables sont deux choses différentes.

Dans le cadre des zones humides, nous ne parlons pas des crues.

M. Michel Charasse. J'ai seulement profité de la discussion pour attirer votre attention sur ce point, monsieur le ministre !

M. Serge Lepeltier, ministre. Je l'ai bien compris, monsieur Charasse, mais je tenais à clarifier ce point.

M. Michel Charasse. La cathédrale de Clermont-Ferrand est en zone inondable depuis Urbain II ! (Sourires.)

M. Serge Lepeltier, ministre. A Clermont-Ferrand comme à Bourges, il ne me semble pas que les cathédrales soient inondables ; en tout cas, je l'espère...

Monsieur Dauge, je vous indique que l'on compte environ une centaine de contentieux, dont trois ou quatre sont importants. La jurisprudence s'inscrira, naturellement, dans le cadre de la loi que nous élaborons ; c'est donc là que réside le problème de la définition des termes.

M. Charasse a plutôt fourni tout à l'heure de l'eau à mon moulin, si j'ose dire ! (Sourires.) Il a, en effet, indiqué qu'il fallait absolument apporter des précisions Nous en avons évidemment besoin, car la jurisprudence risque de se prononcer sur cette définition sans que les parlementaires et le Gouvernement l'aient encadrée.

Le projet de loi tel qu'il est aujourd'hui rédigé prévoit, il ne faut pas l'oublier, une exonération de la taxe foncière du non bâti, la TFNB. Nous allons donc évidemment avoir besoin d'une définition des zones incluant les périmètres qu'elle recouvre parce que, sinon, nous risquons de connaître une multiplication du nombre des contentieux.

Je le répète, nous avons besoin de cette précision, notamment pour la TFNB, mais la loi ne peut pas être précise dans les moindres détails. Un décret devra la compléter.

Mesdames, messieurs les sénateurs, je puis en tout cas m'engager devant vous à travailler très rapidement pour que ce décret puisse sortir dans les meilleurs délais. La situation sera ainsi clarifiée.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 459.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 63, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans la première phrase du texte proposé par le II de cet article pour l'article L. 211-1-1 à insérer dans le code de l'environnement, supprimer les mots :

dans le respect des principes énoncés à l'article L. 110-1

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Avec l'article 48, le Gouvernement a introduit un dispositif dont le caractère est essentiellement déclaratoire.

Je partage entièrement les objectifs qui sont ici affichés. En effet, l'article 48 définit à la fois les enjeux liés aux zones humides et les exigences que devront respecter les politiques d'aménagement du territoire.

L'amendement n°63 vise à alléger la rédaction proposée, en supprimant la référence aux principes énoncés à l'article L. 110-1 du code de l'environnement. Cette mention est, en effet, inutile puisque cet article fait partie du livre Ier du code consacré aux dispositions communes qui, par définition, s'appliquent à tous les articles de ce code. Ce n'est donc pas la peine de le préciser sur un thème particulier.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement émet un avis favorable sur cet amendement, puisqu'il s'agit d'alléger le texte.

Comme M. le rapporteur vient de le préciser, l'article L. 110-1 du code de l'environnement concerne les principes généraux de ce code. Ne pas y faire référence ne nuit donc pas à la compréhension du texte proposé.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 63.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 172 rectifié, présenté par MM. Oudin,  Darniche,  Moinard,  Branger,  Belot,  Bizet,  Demilly,  Doublet et  A. Dupont, est ainsi libellé :

I - Dans la deuxième phrase du texte proposé par le II de cet article pour l'article L. 21111 du code de l'environnement, après les mots :

des aides publiques tiennent compte

insérer les mots :

des exigences économiques, sociales et culturelles, du droit de propriété, des particularités régionales et locales,

II - Compléter le même texte par une phrase ainsi rédigée :

Pour l'application du X de l'article L.212-1 du code de l'environnement, l'Etat veille à la prise en compte de cette cohérence dans les schémas d'aménagement et de gestion des eaux.

La parole est à M. Jacques Oudin.

M. Jacques Oudin. Cet amendement vise à compléter le dispositif retenu par le paragraphe II de l'article 48 relatif aux exigences liées aux spécificités des zones humides, dont les politiques nationales, régionales et locales doivent tenir compte lors de leur élaboration.

D'une part, la plupart des zones humides concernées par les mesures de préservation, de restauration et de valorisation prévues dans le chapitre III du projet de loi sont des propriétés privées qui sont déjà le foyer d'une activité. La plupart de ces zones sont d'ailleurs entretenues par l'activité agricole qui y est pratiquée.

Quelle que soit la politique environnementale qui sera mise en place sur ces territoires, il est primordial de prendre en considération l'activité qui y est pratiquée et qui préexistait avant les mesures qui ont été engagées, ainsi que le caractère privé de ces zones.

D'autre part, un lien plus étroit doit être tissé entre les politiques de préservation et de gestion des zones humides et les schémas d'aménagement et de gestion des eaux, les SAGE, qui sont les principaux outils de programmation au niveau des unités hydrographiques.

Par ailleurs, leur élaboration par les commissions locales de l'eau permet de favoriser la concertation entre tous les acteurs concernés.

L'Etat doit donc veiller tout particulièrement à la mise en oeuvre des SAGE dans les zones humides.

M. le président. Le sous-amendement n° 941, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Rédiger ainsi le I de l'amendement n° 172 rectifié :

I. - Dans la deuxième phrase du texte proposé par le II de cet article pour l'article L. 21111 du code de l'environnement, après les mots :

difficultés particulières de conservation

insérer les mots :

, d'exploitation

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. L'article 48 du projet de loi vise à imposer une cohérence des politiques publiques dans les zones humides, s'agissant notamment des dispositifs d'aides publiques de l'Etat et des collectivités territoriales en faveur de divers secteurs économiques.

Les précisions souhaitées par M. Oudin existent déjà dans le texte. En effet, le paragraphe II de l'article 48 prévoit que les aides publiques devront tenir compte des difficultés particulières de conservation et de gestion durable des zones humides et de leur contribution aux politiques de préservation de la biodiversité, du paysage, de gestion des ressources en eau et de prévention des inondations.

Toutefois, une notion importante me semble, il est vrai, devoir être ajoutée : la reconnaissance de la difficulté d'exploiter les terrains situés en zone humide. La notion d'exploitation n'était, en effet, pas inscrite dans le texte. C'est pourquoi je propose de l'ajouter.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'amendement n° 172 rectifié est déjà en grande partie satisfait par la rédaction du nouvel article L. 211-1-1 du code de l'environnement puisque les aides publiques doivent tenir compte des difficultés particulières de conservation et de gestion durable des zones humides.

Le vocable « gestion durable » a précisément vocation à recouvrir les trois exigences - économiques, sociales et culturelles - que vous voulez intégrer, monsieur Oudin, en tenant compte notamment des particularités locales.

Par ailleurs, la référence au respect du droit de propriété est probablement inutile, puisqu'il s'agit d'un principe à valeur constitutionnelle qui s'impose.

M. Roland du Luart. Il est parfois bafoué !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Certes, monsieur du Luart, vous n'avez pas tort !

Pour ce qui concerne la première partie de l'amendement n° 172 rectifié, la commission avait exprimé un avis favorable à la condition que vous apportiez une modification, monsieur Oudin, mais tel est précisément l'objet du sous-amendement du Gouvernement.

S'agissant de la seconde partie de l'amendement, à savoir le respect de la cohérence entre les aides publiques accordées aux zones humides et les SAGE, la commission a donné très clairement un avis favorable.

La commission est donc tout à fait favorable à l'amendement n°172 rectifié et au sous-amendement n°941.

M. le président. La parole est à M. Jacques Oudin, pour explication de vote sur le sous-amendement n° 941.

M. Jacques Oudin. Les propos de M. le ministre et de M. le rapporteur me satisfont pleinement. Nous sommes parvenus à un accord.

J'avais introduit dans cet amendement, il est vrai, la notion de droit de propriété. M. le rapporteur a rappelé qu'il s'agit d'un droit constitutionnel, même si M. du Luart a indiqué qu'il était souvent bafoué. Prenons donc l'engagement de veiller à ce qu'il soit respecté quelle que soit la qualité des espaces.

M. Roland du Luart. Très bien !

M. Jacques Oudin. Il n'en demeure pas moins que nous devons trouver ici un consensus compte tenu de l'intérêt qu'il y a à préserver les zones humides.

Monsieur le ministre, le sous-amendement du Gouvernement va dans le bon sens. Nous pourrons ainsi trouver un terrain d'entente tout à fait satisfaisant.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 941.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix, modifié, l'amendement n° 172 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 250 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Valade,  Vinçon,  Bailly,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Compléter le premier alinéa du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 21471  du code de l'environnement, par les mots :

, les propriétaires agricoles et forestiers ainsi que leurs organisations représentatives, les exploitants des terrains, les associations agréées de protection de la nature, les fédérations des associations agréées de pêche, les fédérations des chasseurs, les associations agréées de pêcheurs professionnels et après enquête publique. »

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Cet amendement a pour objet de prévoir une meilleure consultation des différents propriétaires agricoles, forestiers notamment, qui peuvent être concernés par les nouvelles zones humides que les préfets sont amenés à définir chaque fois que cela leur semble nécessaire.

Associer les différents acteurs qui peuvent être concernés par les modifications des délimitations des zones humides me semble constituer une précaution.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission est défavorable à cet amendement.

Selon nous, c'est à l'Etat, garant du respect des dispositions destinées à protéger la ressource en eau, qu'il revient de faire appliquer le régime d'autorisation ou de déclaration pour les activités entraînant une modification du régime des eaux, des déversements ou des rejets.

Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement, ce régime d'autorisation ou de déclaration s'appliquant de plein droit en ce qui concerne les eaux superficielles ou souterraines, j'estime qu'il est un peu disproportionné de vouloir recourir à une enquête publique pour fixer le périmètre des zones humides.

Vous souhaitez étendre, en tant que de besoin, l'application de ce dispositif à certaines zones humides. Il est d'ores et déjà prévu que cette délimitation se fasse en concertation avec les collectivités territoriales ou leurs groupements concernés, qui représentent tout de même tous les intérêts en présence, notamment ceux que vous citez.

Vous avez donc globalement satisfaction, même si les catégories que vous souhaitez inscrire ne sont pas citées expressément.

C'est la raison pour laquelle je demande aux auteurs de cet amendement de bien vouloir le retirer, faute de quoi la commission émettra un avis défavorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'article 48 vise, en fait, la possibilité de délimiter les zones humides et l'application de la police de l'eau, assortie des régimes d'autorisation et de déclaration, comme vient de le rappeler M. le rapporteur.

L'amendement proposé risquerait d'entraîner des complications administratives et d'alourdir considérablement la procédure, ce qui ne correspond pas au voeu du législateur.

Le décret que nous avons évoqué tout à l'heure, qui est prévu dans le projet de loi, permettra de préciser les modalités de mise en oeuvre de cette action. En effet, la délimitation des zones humides n'a pour objet ni la définition elle-même des activités possibles, ni leur réglementation, ni la modification de leur mode de gestion. Ces choix s'opéreront localement au moyen de la « boîte à outils » proposée dans les articles 49 et 50, aux termes desquels est explicitement prévue l'association des acteurs locaux concernés.

Je demande donc à M. Gaillard de bien vouloir retirer son amendement. Dans le cas contraire, j'émettrai un avis défavorable.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. Pourquoi ne pas accepter cette satisfaction globale ? Nous pouvons faire confiance au Gouvernement pour consulter tous les acteurs concernés lorsque ces décisions ou ces décrets seront pris...

M. le président. L'amendement n° 250 rectifié est retiré.

L'amendement n° 295 rectifié, présenté par MM. Murat,  Cornu et  Vasselle, est ainsi libellé :

Compléter le premier alinéa du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 214-7-1 du code de l'environnement par les mots :

et les chefs d'exploitations agricoles

La parole est à M. Alain Vasselle.

M. Alain Vasselle. Cet amendement est rédigé dans le même esprit que celui de M. Gaillard, si ce n'est qu'il vise les chefs d'exploitations agricoles : il est, en effet, assez difficilement imaginable que des décisions puissent être prises pour ces zones sans que ces derniers y soient associés.

Peut-être le Gouvernement saura-t-il apaiser nos inquiétudes, nos appréhensions, et nous donner quelque assurance, comme il l'a fait à l'égard de M. Gaillard ; mais peut-être aussi M. le rapporteur, dans sa grande sagesse, sera-t-il favorable à cet amendement ? Toutefois, je ne me berce pas d'illusions, compte tenu de la teneur de nos débats depuis le début de la discussion de ce texte.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur Vasselle, vous avez bien entendu les explications de M. le ministre : ce qui compte, c'est que tous les acteurs locaux autres que les collectivités territoriales soient associés à l'étape de la délimitation.

Je vous ai parlé d'édifice tout à l'heure. Il n'est pas utile d'associer spécifiquement les acteurs cités dans cet amendement à cette étape, car tous sont mentionnés, sans qu'aucun ne soit oublié, dans les articles 49 et 50, qui ont pour objet de définir les actions à entreprendre dans les deux types de zones.

L'étape de la délimitation est confiée aux collectivités territoriales. Or je vous rappelle que le Sénat est, avant tout, l'assemblée représentative des collectivités territoriales : ne « déshabillons » donc pas trop nos collectivités territoriales de leurs responsabilités et laissons-les être les interlocuteurs du préfet pour cette étape de délimitation !

J'espère être arrivé à vous convaincre, monsieur Vasselle, de retirer votre amendement.

M. Jean-Louis Carrère. Il peut le faire ! (Sourires.)

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je ne reprendrai pas l'argumentation que j'ai développée lors de l'examen de l'amendement précédent.

Monsieur Vasselle, vous soulignez bien la difficulté : à partir du moment où un acteur est mentionné, il faut évidemment citer tous les autres, ce qui entraîne une complication administrative extrême, alors qu'il ne s'agit là que de la délimitation.

Lors de l'élaboration du décret, nous étudierons comment recueillir cet avis général, mais les autres articles le prévoient d'ores et déjà.

Je souhaite donc, monsieur le sénateur, que vous retiriez votre amendement. A défaut, j'émettrai un avis défavorable.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. Ne voulant pas compliquer par avance la tâche de M. Eric Woerth, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, et ayant été convaincu par les propos de M. le rapporteur, je vais accéder à la demande de M. le ministre.

De plus, il serait malvenu que j'agisse autrement que mon éminent collègue M. Gaillard...

M. le président. L'amendement n° 295 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l'article 48, modifié.

(L'article 48 est adopté.)

Art. 48 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 50 (priorité)

Article 49 (priorité)

I. - Le II de l'article L. 211-3 du code de l'environnement est complété par un 4° ainsi rédigé :

« 4° A l'intérieur des zones humides définies à l'article L. 211-1 :

« a) Délimiter des zones dites «zones humides d'intérêt environnemental particulier» dont le maintien ou la restauration présente un intérêt pour la gestion intégrée du bassin versant, ou une valeur touristique, écologique, paysagère ou cynégétique particulière. Ces zones peuvent englober les zones humides dites «zones stratégiques pour la gestion de l'eau» prévues à l'article L. 212-5 ;

« b) Etablir, en concertation notamment avec les collectivités territoriales et leurs groupements, les représentants des propriétaires ou leurs groupements, les exploitants des terrains, les associations agréées de protection de la nature, les fédérations des associations agréées de pêche, les fédérations des chasseurs, les associations agréées de pêcheurs professionnels, constitués en comité local de gestion de la zone humide, un programme d'actions visant à restaurer, préserver, gérer et mettre en valeur de façon durable les zones définies au a ;

« c) Préciser dans ce programme les pratiques à promouvoir ainsi que les moyens prévus pour favoriser leur généralisation, rendre obligatoires certaines de ces pratiques et préciser les modalités selon lesquelles ces pratiques peuvent, le cas échéant, bénéficier d'aides lorsqu'elles induisent des surcoûts ou des pertes de revenus. »

II. - Au I de l'article L. 411-3 du même code, après les mots : « Afin de ne porter préjudice ni aux milieux naturels », sont insérés les mots : « ni aux usages qui leur sont associés ».

M. le président. L'amendement n° 460, présenté par MM. Piras et  Bel, Mme Y. Boyer, MM. Courteau et  Dussaut, Mme Herviaux, MM. Lejeune,  Pastor,  Raoult,  Reiner,  Saunier,  Teston,  Trémel,  Besson,  Bellanger,  Journet,  Raoul,  Rinchet et  Mano, Mme M. André, MM. Dauge,  Domeizel,  Marc,  Picheral,  Signé,  Vidal et les membres du groupe Socialiste, apparenté et rattachée, est ainsi libellé :

Supprimer le troisième alinéa (a) du I de cet article.

La parole est à M. Yves Dauge.

M. Yves Dauge. Permettez-moi, monsieur le président, de préciser rapidement ce que j'ai dit tout à l'heure.

L'article L. 211-1 du code de l'environnement est un excellent texte dans lequel est précisé à peu près tout ce qui doit l'être, notamment en ce qui concerne le rôle des zones humides, qui contribuent à la préservation de la diversité biologique et à celle du paysage, à la gestion des ressources en eau et à la prévention des inondations.

Nous pourrions considérer qu'il s'agit du texte fondateur auquel il sera fait référence et qu'il suffit.

Or il est écrit, dans le projet de loi, que, dans cette géographie, se trouvent des zones dites d'intérêt environnemental particulier - je croyais que cette précision figurait déjà à l'article L.211-1, qui est très explicite - et que seront définies des zones stratégiques pour la gestion de l'eau, alors que, dans le susdit article, il est mentionné qu'est prise en compte la gestion des ressources en eau dans les zones humides.

Pourquoi revenir sur cet article ? La rédaction proposée est redondante, compliquée. De plus, il sera indiqué dans un décret comment seront déterminées les zones stratégiques pour la gestion de l'eau.

Pourquoi, en élaborant ce dispositif, « en rajouter une couche » et l'assortir d'un décret pour « faire bien » ?

Cette méthode me laisse dubitatif, je le dis franchement. Pourtant, elle est sans cesse employée, malgré la condamnation de tous les groupes, qui revient comme un leitmotiv.

Pourquoi ne pas faire simple ? Un bon texte de loi est d'autant mieux appliqué qu'il est court et simple.

Malheureusement, les auteurs du projet de loi ne servent pas la cause des zones humides : tout était bien dit dans l'article que j'ai cité, et il n'était nul besoin de le surcharger.

Par ailleurs - et c'est là une excellente chose - un programme d'actions sera établi, qui précisera les bonnes pratiques à promouvoir, en concertation avec tous les acteurs concernés, mais l'application de ce programme sera réduite aux seules « zones humides d'intérêt environnemental particulier », alors que, selon moi, elle devrait viser toutes les zones humides. Laissons les acteurs concernés faire ce travail, qui me paraît excellent, sans les enfermer dans un zonage !

Voilà pourquoi il convient de supprimer le troisième paragraphe de l'article 49.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur Dauge, vous n'êtes pas tout à fait cohérent.

Selon la zone, ce ne sont ni les mêmes problèmes ni les mêmes difficultés qui se poseront, ce ne seront pas les mêmes programmes d'actions qui seront entrepris, ce ne sont pas les mêmes acteurs qui interviendront : cette distinction des deux zones est bonne, il faut la garder.

J'ai bien compris que vous étiez hostile à la création de deux types de zones : c'est votre droit.

En revanche, l'article 49 constitue un ensemble important. Il s'agit, là encore, d'un édifice à plusieurs étages : il vise tout d'abord à délimiter des zones, puis à établir un programme d'actions : cela signifie que des maîtres d'ouvrage désignés pourront entreprendre ces actions, dépenser, réaliser des travaux, obtenir des aides.

Vous ne pouvez pas annoncer qu'il y aura des maîtrises d'ouvrage sur ces zones particulières sans avoir délimité lesdites zones !

Je comprends votre hostilité obstinée à la création de ces deux types de zones, mais, dès lors qu'elles sont créées, le troisième alinéa de l'article 49 ne doit surtout pas être supprimé : il est indispensable de bien délimiter les zones.

La commission est donc défavorable à cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je relève également une certaine contradiction dans vos propos, monsieur le sénateur.

Tout à l'heure, vous ne vouliez pas de décret. Or, si texte est trop simple, nous serons bien obligés de l'expliquer !

Aux termes de l'article 49 est mise en place, en quelque sorte, une « boîte à outils » permettant aux autorités concernées de disposer de moyens d'action et d'agir avec une intensité graduée.

Le premier de ces outils est l'établissement d'un programme d'actions élaboré, comme je le disais tout à l'heure, avec l'ensemble des acteurs locaux réunis en comité local de gestion. Ce programme précisera, évidemment, les pratiques et les modalités à promouvoir. Pour cela, les zones concernées doivent donc être délimitées !

Notre pays compte environ 3 millions d'hectares de zones humides. Combien d'entre elles seront-elles déclarées d'intérêt environnemental particulier ?

Il faudra bien, à un moment donné, avancer une définition, puisque cet outil est destiné à être utilisé sur les zones humides, dont l'enjeu est particulièrement important en termes environnementaux.

La mise en oeuvre du programme d'actions nécessitera vraisemblablement une maîtrise d'ouvrage. Il faudra bien qu'une collectivité, une institution, mène les actions.

Délimiter un territoire sur lequel le maître d'ouvrage aura légitimité pour agir est absolument indispensable. C'est pourquoi votre amendement est contradictoire avec l'objet même du texte.

J'y suis, par conséquent, défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 460.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 251 rectifié, présenté par MM. Gaillard, Joly, Leroy, François, Jarlier, Badré, Cazalet, Émin, Fournier, Gruillot, Moinard, Mouly, Valade, Vinçon, Bailly, César, Grillot, Hérisson, du Luart, Vasselle et Vial, est ainsi libellé :

Dans le troisième alinéa (b) du texte proposé par le I de cet article pour compléter le II de l'article L. 211-3 du code de l'environnement, remplacer les mots :

ou leurs groupements

par les mots :

agricoles et forestiers ainsi que leurs organisations représentatives

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. J'ai voté l'amendement n° 460 auquel s'apparente celui que je présente maintenant. Je suis donc logique ! J'imagine, par conséquent, que la même réponse va m'être opposée : il est impossible de consulter tout le monde, les procédures seront alourdies, trop d'intérêts sont visés, etc.

Il reste que, pour la définition de ces programmes d'actions, nous souhaitons que les intérêts agricoles et forestiers soient associés plus directement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Eh bien, mon cher collègue, je ne vous fais pas du tout la même réponse ! Je suis même tout à fait favorable au principe de votre amendement. (Exclamations amusées sur les travées de l'UMP.)

J'ai dit tout à l'heure qu'il ne fallait pas que les différents acteurs locaux jouent un rôle dans la délimitation des zones. En revanche, s'agissant du programme d'actions à établir, les acteurs locaux doivent tous être là.

Sur le principe, je suis donc favorable à la précision que vous proposez, car elle va dans le même sens que l'article 49. Toutefois, je crains qu'elle ne laisse sur le bord de la route une catégorie de propriétaires, ce que vous ne voulez certainement pas.

Je puis vous assurer que, aux termes de la rédaction actuelle de l'article 49, tous les propriétaires agricoles et forestiers auront leur mot à dire sur l'élaboration du programme d'actions dans ces zones.

Or, si votre amendement est adopté - M. le ministre va probablement le confirmer - la catégorie des propriétaires qui n'ont plus le statut d'exploitant agricole ou d'exploitant forestier risque d'être oubliée.

Il y a, par exemple, des salariés qui sont propriétaires d'un petit lopin de terre et qui ne sont ni agriculteurs ni exploitants forestiers. Avec votre amendement, ils disparaîtraient de l'élaboration du programme d'actions.

Ce n'est pas, je pense, votre intention. Je me demande par conséquent s'il ne serait pas plus sage de retirer cet amendement (Nouvelles exclamations amusées sur les mêmes travées), auquel, pour autant, je le répète, je ne suis pas hostile.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je partage tout à fait l'avis de M. le rapporteur. Votre amendement, monsieur Gaillard, conduit à une définition beaucoup trop restrictive des propriétaires de terrain et il en exclut de fait un certain nombre. Je pense en particulier aux propriétaires privés qui ne sont pas agriculteurs ou forestiers ainsi qu'aux agriculteurs en retraite ayant conservé des terrains. Or le dispositif prévu à l'article 49 prévoit justement de les intégrer dans la gestion des zones humides afin qu'ils puissent, eux aussi, bénéficier d'aides, notamment les aides qui proviennent de la politique de l'eau.

Votre amendement me semble donc aller au-delà de ce que vous souhaitiez.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement n° 251 rectifié est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. On en fait toujours trop ou trop peu !

On nous dit que cet amendement exclurait les retraités de l'agriculture. Cela n'a, bien entendu, jamais été dans nos intentions ! L'essentiel est que notre préoccupation soit prise en compte.

Je retire donc cet amendement

M. le président. L'amendement n° 251 rectifié est retiré.

Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 942, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Dans le troisième alinéa (b) du texte proposé par le I de cet article pour compléter le II de l'article L. 2113 du code de l'environnement, remplacer les mots :

les exploitants des terrains

par les mots :

les représentants des exploitants des terrains ou leurs groupements

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Il s'agit d'un amendement rédactionnel.

M. le président. L'amendement n° 161 rectifié, présenté par Mme Desmarescaux, M. Darniche, Mme Henneron, M. Lecerf, Mme Létard, MM. Seillier et Türk, est ainsi libellé :

Dans le troisième alinéa (b) du texte proposé par le I de cet article pour compléter le II de l'article L. 2113 du code de l'environnement, après les mots :

les exploitants des terrains,

insérer les mots :

leurs représentants, les organisations professionnelles agricoles,

La parole est à Mme Sylvie Desmarescaux.

Mme Sylvie Desmarescaux. Pour la définition du programme d'actions, qui vise à restaurer, à gérer et à mettre en valeur durablement les zones humides d'intérêt environnemental particulier, une large concertation est prévue. Ainsi, les collectivités territoriales, les représentants des propriétaires, les associations agréées de protection de la nature, les fédérations des associations agréées de pêche, les fédérations des chasseurs, les associations agréées de pêcheurs professionnels, participeront à l'élaboration du programme.

En ce qui concerne les agriculteurs, l'article prévoit également la participation des exploitants des terrains. Cependant, ni les représentants des exploitants ni les organisations professionnelles agricoles ne sont associés.

Dans la mesure où sont associés à la concertation les représentants des propriétaires ainsi que les représentants des groupements de défense de l'environnement, des chasseurs et des pêcheurs, il serait légitime d'inclure également les représentants des exploitants et les organisations professionnelles agricoles.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Les amendements n°s 942 et 161 rectifié sont contradictoires et aucun - pardonnez-moi, monsieur le ministre - n'est exempt de faiblesses.

La commission suggère cependant une solution qui paraît susceptible de donner satisfaction aux uns et aux autres.

Il s'agirait, après les mots « les exploitants des terrains, », d'ajouter non pas « leurs représentants, les organisations professionnelles agricoles, », mais « ou leurs représentants ». Tout le monde serait alors associé à la concertation : les organisations professionnelles agricoles, madame Desmarescaux, mais aussi les représentants de la propriété forestière. 

Ainsi modifié, l'amendement de Mme Desmarescaux serait préférable au vôtre, monsieur le ministre, car il permettrait d'associer tous les exploitants de terrain et non pas simplement les représentants syndicaux.

M. Roland du Luart. Bonne synthèse !

M. le président. Madame Desmarescaux, acceptez-vous de rectifier l'amendement dans le sens suggéré par la commission ?

Mme Sylvie Desmarescaux. Oui, monsieur le président.

M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 161 rectifié bis, présenté par Mme Desmarescaux, M. Darniche, Mme Henneron, M. Lecerf, Mme Létard, MM. Seillier et Türk, et ainsi libellé :

Dans le troisième alinéa (b) du texte proposé par le I de cet article pour compléter le II de l'article L. 2113 du code de l'environnement, après les mots :

les exploitants des terrains,

insérer les mots :

ou leurs représentants

Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement y est favorable et retire par conséquent l'amendement n° 942.

M. le président. L'amendement n° 942 est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 161 rectifié bis.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'amendement n° 173 rectifié, présenté par MM. Oudin, Darniche, Moinard, Belot, Bizet, Branger, Demilly et A. Dupont, est ainsi libellé :

 Dans le troisième alinéa (b) du texte proposé par le I de cet article pour compléter le II de l'article L. 2113 du code de l'environnement, remplacer les mots :

constitués en comité local de gestion de la zone humide,

par les mots :

réunis en comité de gestion de la zone humide, sous l'égide de la commission locale de l'eau lorsqu'elle existe,

La parole est à M. Jacques Oudin

M. Jacques Oudin. Le schéma d'aménagement et de gestion des eaux, le SAGE, est un outil primordial de la gestion des bassins versants, donc des zones humides.

En effet, il permet de réunir, au sein des commissions locales de l'eau, les CLE, l'ensemble des acteurs professionnels et institutionnels d'un bassin versant, afin de lancer un programme d'actions et de gestion des eaux en commun.

Dans la mesure où cet outil fonctionne bien, il semble plus simple de le généraliser plutôt que de créer une structure supplémentaire. Il serait néanmoins possible de créer, au sein de la CLE, une commission spéciale chargée tout particulièrement de la gestion des zones humides.

Lorsqu'une commission locale de l'eau n'existe pas, il conviendrait que les pouvoirs publics ou les élus locaux la mettent en place le plus rapidement possible.

Je pense que la solution que je propose évitera de compliquer les procédures et, à terme, de les unifier.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Lorsqu'un SAGE existe, il est tout à fait opportun que la commission locale de l'eau soit compétente pour conduire la concertation organisée en vue de l'élaboration d'un programme d'actions.

Je remercie les auteurs de cet amendement de l'avoir rectifié depuis son examen en commission, car il faut effectivement envisager les cas où il n'y a pas de SAGE.

La commission est tout à fait favorable à cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je suis d'accord avec M. Oudin : le schéma d'aménagement et de gestion des eaux est en effet un outil primordial pour la gestion de l'eau. Il permet, au sein des commissions locales de l'eau, d'assurer la concertation avec les différents acteurs d'un bassin versant afin de lancer le programme d'actions et de gestion des eaux.

Lorsque un SAGE existe, les actions qui sont proposées par le comité de gestion de la zone humide peuvent être menées sous l'égide de la commission locale de l'eau.

Le Gouvernement émet donc un avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 173 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. La parole est à Mme Evelyne Didier, pour explication de vote sur l'article.

Mme Evelyne Didier. L'article 49 octroie au préfet, représentant de l'Etat, des pouvoirs en matière de protection des zones humides.

Le préfet peut ainsi être amené à délimiter certaines de ces zones, jugées d'un intérêt particulier pour l'environnement, et à appliquer dans ces espaces un programme d'actions qu'il aura préalablement défini en vue d'en assurer la protection, la préservation ou la mise en valeur.

Les articles 48, 50 et 52 du projet de loi consacrent de la même manière un renforcement manifeste des pouvoirs du préfet, que ce soit en matière de législation des installations classées ayant un impact sur la ressource en eau, de servitudes d'utilité publique dans les zones stratégiques créées à l'article 50 ou d'associations syndicales.

Ces dispositions peuvent paraître quelque peu contradictoires à l'heure où l'on cherche à renforcer les compétences des collectivités territoriales dans le cadre de la réforme de la décentralisation.

De fait, l'essor du rôle du préfet que l'on observe ici peut être analysé comme une sorte d'assurance donnée par le Gouvernement français aux instances internationales : l'Etat est bien garant de l'application des lois en matière d'environnement.

Cela permet de garantir l'application d'engagements internationaux, tels que la convention de Ramsar ou, dans d'autres domaines, de directives européennes.

Cela revient à admettre qu'un intérêt environnemental supérieur est posé. Il y a là une contradiction qui est toutefois symptomatique du problème inhérent à tout ce qui a trait à l'environnement.

En effet, cette vision des choses démontre que beaucoup d'efforts restent encore à accomplir en termes de pédagogie auprès des populations, des élus locaux, des industriels et, plus globalement, de tous les acteurs économiques, pour que cette protection devienne une vraie préoccupation partagée.

La protection de l'environnement ne passe pas seulement par des mesures coercitives ou incitatives : elle doit être le souci de tous et émaner des différents acteurs de la société. Sans cela, aucun progrès notable dans le domaine environnemental ne sera réalisé.

Il est donc intéressant d'adjoindre le plus d'intervenants possible au processus décisionnel par le biais de la concertation, comme le prévoit très justement le projet de loi, qui énonce que le programme d'actions visant à protéger les zones humides doit être établi en concertation avec un comité local constitué d'élus locaux, d'associations agréées, d'exploitants et de propriétaires.

Ce n'est qu'en tendant vers ce partage que les différentes politiques pourront intégrer l'environnement et le prendre en compte dans les décisions susceptibles d'avoir un impact sur celui-ci.

A cet égard, nous avons, je crois, encore beaucoup à faire.

M. le président. Je mets aux voix l'article 49, modifié.

(L'article 49 est adopté.)

Art. 49 (priorité)
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Art. 51 (priorité)

Article 50 (priorité)

I. - Après le troisième alinéa de l'article L. 212-5 du code de l'environnement, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Il peut délimiter, en vue de leur préservation ou de leur restauration, des zones humides dites «zones stratégiques pour la gestion de l'eau», situées à l'intérieur des zones humides définies à l'article L. 211-1 et contribuant de manière significative à la protection de la ressource en eau potable ou à la réalisation des objectifs du schéma d'aménagement et de gestion des eaux en matière de bon état des eaux. Les modalités de délimitation de ces zones stratégiques sont définies par décret. »

II. - Le II de l'article L. 211-12 du même code est complété par un 3° ainsi rédigé :

« 3° Préserver ou restaurer des zones humides dites «zones stratégiques pour la gestion de l'eau» délimitées en application de l'article L. 212-5. »

II bis. - Le III de l'article L. 211-12 du même code est ainsi modifié :

1° Dans la première phrase, les mots : « à ces servitudes » sont remplacés par les mots : « aux servitudes visées aux 1° et 2° du II » ;

2° Il est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Les zones soumises aux servitudes visées au 3° du II sont délimitées conformément à l'article L. 212-5. »

III. - Après le V de l'article L. 211-12 du même code, il est inséré un V bis ainsi rédigé :

« V bis. - Dans les zones humides dites «zones stratégiques pour la gestion de l'eau» mentionnées au 3° du II, le préfet peut par arrêté obliger les propriétaires et les exploitants à s'abstenir de tout acte de nature à nuire à la nature et au rôle ainsi qu'à l'entretien et à la conservation de la zone, notamment le drainage, le remblaiement ou le retournement de prairie. »

IV. - Après le VII de l'article L. 211-12 du même code, il est inséré un VII bis ainsi rédigé :

« VII bis. - Les servitudes mentionnées au 3° du II sont annexées aux plans locaux d'urbanisme dans les conditions prévues à l'article L. 126-1 du code de l'urbanisme et font l'objet d'une publication dans les services de publicité foncière. »

IV bis. - Dans le I de l'article L. 211-13 du même code, les mots : « les collectivités publiques qui ont » sont remplacés par les mots : « l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements, ayant ».

IV ter. - Dans le I de l'article L. 211-13 du même code, après le mot : « lors », sont insérés les mots : « de l'instauration ou ».

V. - Après le I de l'article L. 211-13 du même code, il est inséré un I bis ainsi rédigé :

« I bis. - Nonobstant toutes dispositions contraires, l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements, ayant acquis des terrains situés dans les zones stratégiques pour la gestion de l'eau mentionnées à l'article L. 211-12 peuvent, lors de l'instauration ou du renouvellement des baux ruraux visés au titre Ier du livre IV du code rural portant sur ces terrains, prescrire au preneur des modes d'utilisation du sol afin d'en préserver ou restaurer la nature et le rôle. »

VI. - Le II de l'article L. 211-13 du même code est complété par les mots : « et du I bis ».

VII. - Dans le I de l'article L. 216-1, le premier alinéa du I de l'article L. 216-3 et le premier alinéa de l'article L. 216-5 du même code, après la référence : « L. 211-7, », il est inséré la référence : « L. 211-12, ».

M. le président. La parole est à Mme Evelyne Didier, sur l'article.

Mme Evelyne Didier. L'article 50 a pour objet de renforcer le rôle des schémas d'aménagement et de gestion des eaux en leur assignant en outre la mission de délimiter les zones humides dites « stratégiques pour la gestion de l'eau ».

Ces zones pourront faire l'objet de servitudes d'utilité publique et, à ce titre, le préfet pourra y limiter les agissements des propriétaires et /ou des exploitants.

Au lendemain de l'adoption de la loi transposant la directive européenne dans le domaine de l'eau et à la veille de la discussion qui portera sur une réforme plus vaste de la politique de l'eau, cette initiative est encourageante, car elle démontre l'intérêt porté à cet aspect de l'environnement, même si notre action est limitée.

En effet, si les préfets peuvent limiter les agissements nuisibles dans ces espaces en interdisant certaines pratiques jugées incompatibles avec le bon fonctionnement, l'entretien ou la conservation des zones considérées, ces mesures restent quelque peu timides, en tout cas trop timides pour assurer une protection efficace.

Ces dispositions relatives aux servitudes d'utilité publique laissent bien percevoir les limites de l'exercice ; elles font apparaître la frilosité du projet de loi en ce qui concerne les contraintes et interdictions qui peuvent être édictées.

Ainsi, la référence aux usages d'engrais ou de pesticides a été soigneusement écartée au motif que les effets de tels produits ne sont que temporaires. Mais ce sont là des questions qui ne sont pas tranchées.

Le refus de prohiber certains produits était en outre motivé par le fait que cette prohibition serait contraire au maintien d'activités économiques. Cela est symptomatique de notre société. Le plus souvent, dès qu'une activité économique, quelle qu'elle soit, est en jeu, les mesures visant à protéger l'environnement sont jugées contraires à l'intérêt de cette activité et sont donc écartées.

L'environnement n'est pas le seul secteur visé : il en va de même dans d'autres domaines, comme nous avons malheureusement pu le constater à propos de la société Noroxo.

Le problème tient à ce que la protection environnementale a un coût, que l'activité économique n'est pas prête à intégrer.

Plus généralement, les acteurs économiques ont quelque mal à se soumettre à certaines législations jugées trop coûteuses, telles que le droit du travail ou la protection des salariés, comme nous l'avons constaté dans le cadre des procès relatifs à l'amiante.

La protection de la nature et de l'environnement est considérée non comme quelque chose de normal, mais comme une source d'ennuis et de dépenses. Ce n'est qu'une contrainte pour l'entrepreneur. Ce n'est pas avec une telle approche du droit de l'environnement que nous ferons progresser les choses.

II ne s'agit pas de faire de ces zones des sanctuaires vierges de toute activité économique. Pour qu'elles puissent jouer leur rôle aussi bien écologique qu'économique, encore faut-il leur permettre de subsister dans les conditions les plus favorables et dans le meilleur état possible.

Par ailleurs, concernant l'agriculture, il faudra bien trancher à un moment donné le problème des intrants, car nous savons que l'usage généralisé d'engrais et de pesticides ainsi que le nombre grandissant de traitements nécessaires à l'agriculture intensive sont nuisibles aussi bien à l'environnement qu'à la santé humaine, contrairement à ce qui a été déclaré au sujet des effets provisoires que ces produits pourraient avoir.

M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 461, présenté par MM. Piras et  Bel, Mme Y. Boyer, MM. Courteau et  Dussaut, Mme Herviaux, MM. Lejeune,  Pastor,  Raoult,  Reiner,  Saunier,  Teston,  Trémel,  Besson,  Bellanger,  Journet,  Raoul,  Rinchet et  Mano, Mme M. André, MM. Dauge,  Domeizel,  Marc,  Picheral,  Signé,  Vidal et les membres du groupe Socialiste, apparenté et rattachée, est ainsi libellé :

Supprimer le I et le II de cet article.

La parole est à M. Yves Dauge

M. Yves Dauge. Mon argumentaire est le même que celui que j'ai développé lors de la présentation de mes deux amendements précédents.

M. le président. L'amendement n° 309, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

I - Dans la première phrase du texte proposé par le I de cet article pour modifier l'article L. 212-5 du code de l'environnement, après les mots :

pour la gestion de l'eau

insérer les mots :

et les milieux naturels aquatiques

II - En conséquence, procéder à la même insertion dans le texte proposé par le II de cet article pour compléter l'article L. 211-2 du code de l'environnement.

Cet amendement n'est pas soutenu.

Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n°461 ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Le paragraphe I de l'article 50 définit les objectifs de protection, d'utilisation et de mise en valeur des ressources en eau dans un esprit de concertation générale. Je ne comprends pas pourquoi il devrait être supprimé.

Quant au paragraphe II, il instaure un régime de servitude d'utilité publique sur des zones de rétention temporaire des eaux de crue et de ruissellement.

Ce serait une véritable erreur de supprimer les paragraphes susvisés. Il serait préférable, monsieur Dauge, que vous acceptiez de retirer l'amendement n°461.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Les deux paragraphes visés prévoient la mise en place de servitudes permettant de prescrire diverses actions à l'intérieur des zones stratégiques pour la gestion de l'eau. Ce dispositif est conçu pour préserver et restaurer les zones humides, qui jouent un rôle majeur dans le cycle de l'eau et dont la disparition présenterait un risque pour cette ressource.

Compte tenu des contraintes qu'il institue, j'ai souhaité mettre en place la plus grande concertation possible pour identifier les zones auxquelles de telles servitudes sont susceptibles d'être appliquées. C'est pourquoi il faut que ce soit les SAGE, lieux mêmes de la concertation, qui identifient et délimitent ces zones. Or cette étape de concertation serait supprimée par l'amendement n° 461. Aussi, le Gouvernement ne peut qu'y être défavorable.

M. le président. La parole est à M. Yves Dauge, pour explication de vote.

M. Yves Dauge. Il ne faut pas qu'il y ait un malentendu entre nous. Je ne suis nullement opposé à ces politiques, mais, je le répète, tout est déjà écrit. J'en veux pour preuve, notamment, le texte proposé par l'article 48 du projet de loi pour insérer un article L.211-1-1 dans le code de l'environnement.

Donc, pour ce qui concerne la gestion de la ressource en eau dans les zones humides, tout est prévu. Le programme d'actions, à propos duquel j'ai formulé un certain nombre d'observations positives, et les bonnes pratiques doivent nous permettre d'atteindre les objectifs auxquels nous souscrivons tous.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 461.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 252 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Valade,  Vinçon,  Bailly,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Compléter le texte proposé par le 2° du II bis de cet article pour compléter le III de l'article L. 21112 du code de l'environnement par les mots : 

et après avis des organisations représentatives des propriétaires et des exploitants des terrains concernés. »

La parole est à M. Yann Gaillard

M. Yann Gaillard. Il s'agit toujours d'assurer la meilleure concertation possible en ce qui concerne le programme d'actions mené à l'intérieur des zones stratégiques pour la gestion de l'eau telles qu'elles sont délimitées par les SAGE.

En l'occurrence, comme toutes les organisations représentatives des propriétaires et des exploitants sont visées, on ne peut pas dire que nous excluons les retraités de l'agriculture ou qui que ce soit. Mais on va sans doute me répondre que, de toute façon, la concertation la plus large est assurée !

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur Gaillard, j'aimerais vous convaincre que les précisions que vous souhaitez apporter sont dangereuses

Mes chers collègues, vous êtes un certain nombre à présider des CLE, au sein desquelles tous les acteurs du monde rural sont présents.

Monsieur Gaillard, avec cet amendement, vous semblez considérer que, certains de ces acteurs y étant insuffisamment représentés, il faut leur permettre d'intervenir deux fois, d'abord au sein de la CLE et ensuite en donnant leur avis avant que le préfet édicte les servitudes précitées. Si nous adoptons ce texte, je peux vous assurer qu'un certain nombre de personnes qui siègent dans une CLE vont accourir et demander à être, elles aussi, consultées deux fois !

Il n'est pas besoin de viser expressément les organisations représentatives des propriétaires et des exploitants des terrains concernés. Leurs représentants sont membres des CLE. Ils sont donc associés à l'ensemble du programme d'actions dont nous parlons.

Mon cher collègue, il serait préférable que vous retiriez votre amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur le Gaillard, si le Gouvernement n'est pas favorable à votre amendement, ce n'est évidemment pas parce qu'il veut supprimer la concertation. D'ailleurs, tout à l'heure, vous vouliez la restreindre alors que le Gouvernement souhaitait, au contraire, l'élargir.

Le projet de loi prévoit que les zones humides « stratégiques pour la gestion de l'eau » sont délimitées par le SAGE. Elles sont donc soumises à la concertation par l'intermédiaire de la commission locale de l'eau, qui permet, on le sait, de recueillir l'avis des différents acteurs.

En fait, votre proposition aboutit à une double consultation, c'est-à-dire à un alourdissement considérable de la procédure. C'est la raison pour laquelle il serait préférable que vous retiriez votre amendement. A défaut, le Gouvernement émettra un avis défavorable.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement n° 252 rectifié est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. Je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 252 rectifié est retiré.

Je suis saisi de deux amendements identiques.

L'amendement n° 64 est présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques.

L'amendement n° 210 est présenté par MM. César,  Alduy,  P. André,  Bailly,  Barraux,  Bécot,  Bizet,  Braye,  Cleach,  Cornu,  Doublet,  Émin,  Ferrand,  Flandre,  Fouché,  Gérard,  Gerbaud,  Ginésy,  Grignon,  Grillot,  Gruillot,  Hérisson,  Le Grand,  Leroy,  Marest,  Monory,  Natali,  Pépin,  Revet,  Revol,  Sido,  Texier,  Trillard,  Vial,  Vasselle,  Mouly et  Murat.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

Supprimer le IV de cet article.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur, pour présenter l'amendement n° 64.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Lors du vote de la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages, le Parlement n'a pas souhaité que les servitudes instaurées sur les zones de rétention des eaux de crue ou de mobilité d'un cours d'eau fassent l'objet d'une inscription auprès du bureau des hypothèques, car la complexité de la procédure ferait perdre beaucoup de temps.

De plus, en l'état actuel du projet de loi relatif à la politique de santé publique, il est expressément prévu que les servitudes instaurées sur les périmètres de protection des captages d'eau ne sont pas soumises à publicité foncière.

En conséquence, pour plus de cohérence et de lisibilité, il ne paraît pas opportun d'instaurer un régime dérogatoire pour les seules servitudes d'utilité publique afférentes aux zones humides stratégiques pour la gestion de l'eau. C'est pourquoi la commission des affaires économiques propose de supprimer le paragraphe IV de l'article 50.

M. le président. La parole est à M. Gérard César, pour présenter l'amendement n° 210.

M. Gérard César. Je fais miennes les explications que vient de fournir le rapporteur.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Ces amendements tendent à supprimer la mention relative à la publication des servitudes liées aux zones humides stratégiques pour la gestion de l'eau dans les services de publicité foncière.

En l'absence de mention dans la loi, les dispositions du décret du 4 janvier 1955, qui porte réforme de la publicité foncière, s'appliqueront. Par conséquent, les servitudes devront être publiées, ce qui garantit la bonne information des propriétaires successifs et la pérennité de l'application des mesures prévues.

La publication de ces servitudes par les services de publicité foncière ne sera pas une condition de leur entrée en vigueur, mais pourrait être cause de retard.

Ces amendements permettant une simplification, le Gouvernement émet un avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix les amendements identiques nos 64 et 210.

(Les amendements sont adoptés.)

M. le président. L'amendement n° 65 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

I. Dans le IV ter de cet article, remplacer les mots :

 l'instauration 

par les mots :

 l'établissement 

II. Procéder au même remplacement dans le texte proposé par le V de cet article pour modifier l'article L.211-13 du code de l'environnement.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement rédactionnel : on n'instaure pas un bail ; on l'établit.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement émet un avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 65 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 580 rectifié, présenté par MM. Vasselle et  François, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le V de cet article pour le I bis de l'article L. 21113 du code de l'environnement, remplacer les mots:

l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements, ayant acquis

par les mots:

les propriétaires

La parole est à M. Alain Vasselle

M. Alain Vasselle. Il s'agit de corriger une erreur qui figurait déjà dans la loi du 30 juillet 2003.

Dans le présent article, sont visés, en tant que propriétaires, les seules collectivités publiques, c'est-à-dire l'Etat et les collectivités territoriales ou leurs groupements.

M. le rapporteur et M. le ministre nous ont expliqué qu'on prenait toujours un risque en citant expressément telle ou telle catégorie. Mieux vaut, dès lors, employer un terme général qui permet d'englober la totalité des propriétaires.

En outre, je ne pense pas qu'en France le propriétaire ait une qualité différente selon qu'il s'agit d'une collectivité publique ou d'une personne physique.

C'est pourquoi nous proposons de viser simplement « les propriétaires ». Tous les propriétaires pourront ainsi faire valoir des prescriptions auprès des exploitants pour que la préservation des milieux naturels soit respectée.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Malheureusement, mon cher collègue, la commission ne peut pas vous suivre.

Bien sûr, on comprend votre raisonnement : pourquoi les propriétaires privés n'agiraient-ils pas dans le même sens que l'Etat et les collectivités territoriales lorsqu'il s'agit de prendre des mesures pour protéger et développer les zones humides ? Mais un propriétaire privé ne se trouve pas tout à fait dans la même situation que l'Etat.

Allez jusqu'au bout de votre raisonnement, monsieur Vasselle !

Je rappelle que, dans ces zones frappées de servitudes, l'État et les collectivités territoriales peuvent être contraints d'acheter les terrains, notamment si le propriétaire use de son droit de dessaisissement. L'État et les collectivités territoriales peuvent aussi être amenés à indemniser les propriétaires ou les exploitants pour le préjudice qu'ils auraient à subir du fait de ces servitudes. La dérogation au statut du fermage est la contrepartie de ces charges.

La situation n'est donc vraiment pas la même.

Vous en êtes conscient, votre amendement tend à remettre en cause le statut du fermage. Que, demain, soit engagée une réflexion sur le statut du fermage, pourquoi pas ? Mais il s'agit d'un autre débat, d'ailleurs très délicat.

Je vous en conjure : ne nous lançons pas dans un tel débat sans une large discussion avec tous les acteurs du territoire.

Autrement dit, le principe de votre amendement est bon, mais ses conséquences ne sont pas acceptables. Pour cette raison, la commission a émis un avis défavorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur le sénateur, le V de cet article permet en fait la mise en place de servitudes pour un motif d'intérêt général. Ces servitudes ne peuvent naturellement être instituées que par l'État ou une autre collectivité publique puisque, aux termes de cet article, sur les terrains acquis par l'un ou l'autre, des modes d'utilisation du sol favorables aux zones humides pourront être prescrits dans les baux ruraux.

Votre amendement étendrait de fait aux propriétaires privés une dérogation au statut du fermage pour des raisons qui ne seraient pas seulement d'intérêt général. Il remettrait ainsi en cause le droit du fermage et nous ne pouvons qu'y être défavorables.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement n° 580 rectifié est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. J'entends les objections du rapporteur et du ministre. Cela étant, le texte fera l'objet d'une deuxième et je n'entends pas en rester là.

Je considère que, à tout le moins, les propriétaires privés devraient être associés, par un partenariat, aux politiques mises en oeuvre par l'État et les collectivités territoriales pour préserver les milieux naturels et les espaces humides.

J'ai cru comprendre que les propriétaires pouvaient demander à la collectivité territoriale de se porter acquéreur desdits terrains ou de se faire dédommager des éventuelles contraintes qu'ils auraient à subir. Encore faudrait-il que nous puissions être assurés que des dispositions législatives ou réglementaires le permettent.

Monsieur le président, j'accepte donc de retirer cet amendement, mais je compte bien revenir sur ce sujet en deuxième lecture.

M. le président. L'amendement n° 580 rectifié est retiré.

L'amendement n° 66, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le VI de cet article :

VI. Dans le II de l'article L. 21113 du code de l'environnement, les mots « les baux renouvelés en application du I » sont remplacés par les mots : « les baux établis ou renouvelés en application du I et du I bis ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. C'est un amendement de cohérence rédactionnelle.

En effet, par dérogation au statut du fermage, le paragraphe VI de l'article 50 attribue au tribunal administratif, et non au tribunal paritaire des baux ruraux, la compétence pour régler les litiges afférents aux baux portant sur des terrains acquis par les collectivités publiques et grevés de servitudes du fait de leur situation dans une zone de rétention temporaire des eaux de crues ou de mobilité de lit mineur d'un cours d'eau.

Il convient donc de viser ici les baux établis et les baux renouvelés.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement est favorable à cet amendement de coordination.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. Les dérogations dont les baux ruraux peuvent faire l'objet suscitent toujours en moi un certain titillement.

Certes, il ne s'agit plus d'un propriétaire privé, mais d'une collectivité publique. Or les litiges impliquant une collectivité relèvent du tribunal administratif. Cependant, l'exploitant n'est pas nécessairement une collectivité publique. Il peut être une personne physique avec laquelle la collectivité a signé un bail.

Je trouverais alors particulièrement malheureux que la profession agricole, les propriétaires et les exploitants, qui sont représentés dans les tribunaux paritaires des baux ruraux, ne puissent pas donner leur point de vue et que seuls les magistrats des tribunaux administratifs soient amenés à trancher. Or ceux-ci - qu'ils me pardonnent - ne sont pas forcément les plus compétents pour juger des relations entre le propriétaire et l'exploitant, même dans le cas spécifique de la protection des zones humides.

Dans la France d'aujourd'hui, il faut être courageux, croyez-moi, pour rester propriétaire avec toutes ces lois sur la protection de la nature et autres qui se succèdent. Tout est fait pour inciter les propriétaires à se défaire de leurs terrains et à investir dans d'autres pays. La fiscalité et le poids de la réglementation contribuent à ce mouvement.

On voudrait détruire ce pays et porter atteinte à la propriété qu'on ne s'y prendrait pas mieux !

Quand nous sommes sur le terrain, auprès des exploitants, des propriétaires, de nos administrés, nous sommes les premiers à dénoncer la lourdeur de la législation et de la réglementation. Mais, dès que nous sommes dans cet hémicycle, nous trouvons fort judicieux d'adopter toutes ces dispositions.

Il importe de trouver la bonne mesure. Veillons en tout cas à ne pas tomber dans un excès qui pourrait être contraire aux intérêts des propriétaires d'une manière générale. (M Christian de La Malène applaudit.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 66.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 50, modifié.

(L'article 50 est adopté.)

Art. 50 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 52 (priorité)

Article 51 (priorité)

I. - Le III de l'article L. 322-1 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

« III. - Son intervention peut être étendue par arrêté préfectoral et après avis de son conseil d'administration à des secteurs géographiquement limitrophes des cantons et des communes mentionnées au I et constituant avec eux une unité écologique ou paysagère ainsi qu'aux zones humides situées dans les départements côtiers.

« Elle peut, par dérogation, être étendue dans les mêmes conditions aux zones humides situées dans un département limitrophe d'un département côtier lorsque l'unité écologique concernée est très majoritairement située dans un département côtier et que le complément ne concerne qu'un seul département limitrophe d'un département côtier. »

II. - L'article L. 322-13 du même code est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Lorsqu'une opération d'acquisition concerne des terrains situés dans un département non côtier en application du III de l'article L. 322-1, le conseil de rivage entend un représentant du conseil général concerné. »

III. - Après l'article L. 322-13 du même code, il est inséré une sous-section 3 rédigée :

« Sous-section 3

« Direction et personnels

« Art. L. 322-13-1. - En application du partenariat mentionné à l'article L. 322-1 et afin de mener à bien les missions qui lui sont confiées, le Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres peut disposer, outre son personnel propre, d'agents de la fonction publique territoriale mis à disposition.

« En application du III de l'article L. 322-1, il peut également disposer d'agents contractuels d'établissements publics intervenant dans les zones humides sous forme de mise à disposition. »

M. le président. L'amendement n° 351 rectifié bis, présenté par MM. César,  Alduy,  P. André,  Bailly,  Barraux,  Bécot,  Bizet,  Braye,  Cleach,  Cornu,  Doublet,  Émin,  Ferrand,  Flandre,  Fouché,  Gérard,  Gerbaud,  Ginésy,  Grignon,  Grillot,  Gruillot,  Hérisson,  Le Grand,  Leroy,  Marest,  Monory,  Natali,  Pépin,  Revet,  Revol,  Sido,  Texier,  Trillard,  Vial,  Vasselle,  Mouly et  Murat, est ainsi libellé :

I - Supprimer le second alinéa du texte proposé par le I de cet article pour le III de l'article L. 3221 du code de l'environnement.

II - En conséquence, supprimer le II de cet article.

La parole est à M. Gérard César

M. Gérard César. L'article 51 prévoit que le Conservatoire du littoral pourra mener une politique foncière de sauvegarde des zones humides dans les départements côtiers et que cette politique pourra s'appliquer, par dérogation, dans le département limitrophe d'un département littoral lorsque l'unité écologique concernée est majoritairement située dans ce département littoral et que le complément ne concerne qu'un seul département limitrophe.

Cette extension des compétences du Conservatoire du littoral en matière de politique foncière de sauvegarde des zones humides ne paraît pas pertinente dans la mesure où le texte crée d'autres moyens efficaces de protection et de restauration, en particulier les contrats de gestion et les servitudes.

De plus, s'agissant des zones humides des départements limitrophes des départements littoraux, elle constitue un facteur de pression foncière supplémentaire et une source d'insécurité pour les propriétaires ruraux comme pour les exploitants agricoles.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. En commission, les auteurs de cet amendement avaient été beaucoup plus « extensifs ». Ils en ont finalement réduit la portée de moitié. Je souscris à la suppression proposée maintenant.

Lors de la discussion générale, il a été dit que -l'intervention du Conservatoire du littoral sur les zones humides était une bonne chose, notamment dans les départements côtiers. Cependant, il faut être lucide : le Conservatoire du littoral ne dispose que de moyens limités, qui ne lui permettront pas d'intervenir, comme il le fait actuellement dans tous les départements côtiers, dans un grand nombre de zones humides et, demain, dans les départements limitrophes des départements côtiers.

Après-demain, lui demandera-t-on d'étendre le champ de ses interventions aux départements limitrophes des départements limitrophes des départements côtiers ? Il finirait par couvrir toute la France !

C'est un amendement de bons sens et nous avons émis un avis favorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'examen de cet amendement me permet de rappeler que le Conservatoire du littoral est un outil qui a fait ses preuves pour la maîtrise foncière de terrains présentant une grande valeur environnementale.

C'est pourquoi le Gouvernement souhaite utiliser cet outil sur les zones humides des départements côtiers et, évidemment, sur la partie de ces zones qui déborderaient sur les départements limitrophes, de manière à rendre cohérente l'intervention écologique.

Néanmoins, monsieur le sénateur, vous souhaitez limiter l'extension du champ de compétences du Conservatoire aux départements côtiers en considérant que son intervention dans les départements limitrophes est excessive et peu utile compte tenu des autres outils de protection et de gestion disponibles.

Vous évoquez également la pression foncière supplémentaire et l'insécurité qui en résulteraient pour les exploitants agricoles.

En effet, lorsque des espaces agricoles se situent sur des terrains acquis par le Conservatoire du littoral, des conventions de gestion spécifiques, adaptées au milieu, sont passées entre le Conservatoire et les agriculteurs. Ces conventions ne sont pas soumises au droit de fermage puisque les terrains du Conservatoire relèvent du domaine public - on revient à la question soulevée tout à l'heure -; mais l'expérience montre que l'action du Conservatoire a permis de nouvelles installations sur les terrains qu'il a acquis et y a même parfois entraîné une augmentation du nombre d'exploitants agricoles sur. Cela montre bien que la collaboration entre le Conservatoire et les agriculteurs n'est pas un frein à l'installation de ceux-ci dans les secteurs considérés.

Je ne partage pas tout à fait votre analyse sur les motifs de rejet de la possibilité qui serait offerte au Conservatoire d'intervenir dans les départements limitrophes. J'admets cependant que d'autres outils d'intervention foncière peuvent effectivement être utilisés pour les zones humides, notamment le droit de préemption des conseils généraux au titre des espaces naturels sensibles.

Ayant entendu les arguments du rapporteur, je m'en remets à la sagesse du Sénat.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 351 rectifié bis.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 125, présenté par M. Martin, au nom de la commission des affaires culturelles, est ainsi libellé :

Après le I de cet article, insérer un paragraphe additionnel ainsi rédigé :

I bis - Le dernier alinéa (4°) du I de l'article L. 322-1 du code de l'environnement est supprimé.

La parole est à M. Dominique Mortemousque.

M. Dominique Mortemousque, en remplacement de M. Pierre Martin, rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles. Le présent amendement a pour objet de procéder, dans l'article L. 322-1 du code de l'environnement, à une simplification du dispositif autorisant l'extension du champ d'intervention du Conservatoire du littoral.

Deux séries de dispositions autorisent actuellement le Conservatoire du littoral à intervenir au-delà de son périmètre normal : celles du 4° du I de l'article L. 322-1, qui autorisent des extensions limitées, subordonnées à un simple accord du préfet ; celles du III, plus étendues, subordonnées à la procédure plus lourde du décret en Conseil d'État.

En remplaçant, dans le III, l'exigence d'un décret en Conseil d'État par celle d'un arrêté préfectoral pris après avis du Conservatoire du littoral, le projet de loi rapproche la procédure de celle du 4° du paragraphe I, qu'il prive ainsi de tout intérêt pratique.

Aussi le présent amendement propose-t-il de la supprimer.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission émet un avis favorable sur cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Il s'agit d'un amendement de simplification.

Le III de l'article L. 322-1 a été ajouté par la loi du 8 loi 8 janvier 1993 sur la protection et la mise en valeur des paysages et modifiant certaines dispositions législatives en matière d'enquêtes publiques, pour permettre l'extension de compétences du Conservatoire, non prévues initialement.

Toute acquisition devant faire l'objet de l'avis de la commune et du conseil de rivage avant que soit prise la décision par le conseil d'administration, la protection des intérêts privés ne nécessite pas l'avis préalable du Conseil d'Etat sur l'extension du champ de compétences du Conservatoire. Aussi la loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l'environnement a-t-elle introduit une simplification par l'ajout du 4° de l'article L. 322-1 du code de l'environnement, qui autorise le Conservatoire à intervenir à la demande de la commune concernée et après accord du préfet.

Aujourd'hui, la modification du 3° apporte, en même temps que l'extension de la compétence du Conservatoire sur les zones humides, une simplification de la procédure pour l'extension de compétences.

De ce fait, le 4° de l'article L. 322-1 est devenu redondant. Il convient donc de le supprimer. C'est pourquoi je suis favorable à l'amendement n° 125.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 125.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 51, modifié.

(L'article 51 est adopté.)

Art. 51 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 53 (priorité)

Article 52 (priorité)

I. - L'article 1er de la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales est ainsi modifié :

1° Le 3° est ainsi rédigé :

« 3° Destinés à la préservation et la restauration des zones humides, notamment le maintien et la gestion des dispositifs hydrauliques collectifs contribuant à ces objectifs favorables aux zones humides ; »

2° Le 5° est abrogé ;

3° Le 14° est ainsi rédigé :

« 14° De démoustication ; ».

II. - Après le premier alinéa de l'article 25-1 de la loi du 21 juin 1865 précitée, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Pour les associations syndicales constituées en vue du dessèchement de marais, de l'assainissement de terres humides et insalubres, de la réalisation de travaux de drainage et d'assainissement en vue de la destruction des gîtes à moustiques, lorsqu'une des collectivités territoriales ou l'un des groupements mentionnés à l'article L. 211-7 du code de l'environnement prend l'engagement d'entreprendre des travaux visant les objectifs mentionnés au 8° du I de l'article L. 211-7 précité, le préfet peut, sur demande de cette collectivité ou de ce groupement, prononcer, par arrêté motivé, la dissolution de l'association syndicale s'il estime que le maintien de cette dernière est susceptible de gêner l'exécution ou l'entretien desdits travaux. »

III. - Au premier alinéa de l'article L. 213-10 du code de l'environnement, après les mots : « la prévention des inondations et la gestion équilibrée de la ressource en eau », sont insérés les mots : « ainsi que la préservation et la gestion des zones humides ».

IV. - La sous-section 4 de la section 1, la sous-section 1 et la sous-section 2 de la section 2 du chapitre Ier du titre V du livre Ier du code rural sont abrogées.

M. le président. Je suis saisi de six amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 581 rectifié, présenté par MM. Vasselle et  François, est ainsi libellé :

Supprimer cet article.

La parole est à M. Alain Vasselle.

M. Alain Vasselle. L'article 52 du projet de loi vise l'article 25-1 de la loi du 21 juin 1865 ; je rappelle les termes de son premier alinéa :

« Dans le cas d'interruption ou de défaut d'entretien par une association syndicale des travaux prévus au 1° de l'article 1er de la présente loi, lorsqu'une des collectivités territoriales mentionnées à l'article L. 211-7 du code de l'environnement prend l'engagement d'exécuter ceux-ci, le préfet peut, sur demande de cette collectivité, prononcer, par arrêté motivé, la dissolution de l'association syndicale s'il estime que le maintien de cette dernière serait susceptible de gêner l'exécution ou l'entretien desdits travaux. »

Tel est le texte en vigueur.

Dans sa rédaction actuelle, l'article 52 du projet de loi donne le pouvoir aux collectivités territoriales, dès lors qu'elles prennent l'engagement de réaliser des travaux, de demander au préfet la dissolution d'une association syndicale, mais, à la différence du texte en vigueur, il ne fait pas référence au défaut de réalisation de travaux par l'association syndicale.

Il y a là une véritable atteinte aux droits de cette association, donc, indirectement, à ceux des propriétaires regroupés en association syndicale.

C'est la raison pour laquelle j'ai déposé cet amendement tendant à supprimer l'article 52, solution radicale, je l'admets. Sans doute conviendrait-il de trouver une solution un peu plus mesurée. Si M. le rapporteur et M. le ministre le permettaient, la rédaction du présent article pourrait être modifiée en faisant figurer dans l'alinéa que vise à introduire l'article 52 du projet de loi une précision sur l'absence d'action de l'association syndicale. Une telle rédaction serait bien plus acceptable que celle qui nous est proposée dans l'article 52. Mais peut-être me faudra-t-il attendre la deuxième lecture du projet de loi pour tenter d'améliorer la rédaction de cet article. (MM. Philippe Darniche et Louis Moinard applaudissent.)

M. le président. L'amendement n° 174 rectifié, présenté par MM. Oudin,  Darniche,  Moinard,  Belot,  Bizet,  Branger,  Demilly et  A. Dupont, est ainsi libellé :

Supprimer les I et II de cet article.

La parole est à M. Jacques Oudin.

M. Jacques Oudin. Cet amendement, que j'ai cosigné avec certains de mes collègues de la Vendée, de la Charente-Maritime et d'autres départements littoraux, va dans le même sens.

Ces marais littoraux ont une longue histoire. Ils résultent de travaux séculaires, par poldérisation ou dessèchement. C'est ainsi que l'homme a gagné le Marais poitevin, le Marais breton ou l'île de Noirmoutier, que je représente, sur la mer.

Bien entendu, les temps ont changé. Aujourd'hui, on ne dessèche plus, on remet en eau, on préserve. Nous comprenons bien que les choses doivent évoluer et que, par exemple, la Société de dessèchement des marais de l'Ouest ne peut plus avoir aujourd'hui les mêmes fonctions.

Il n'en demeure pas moins que, si l'on doit inciter une association à modifier son objet ou à agir différemment, dans un nouveau cadre, il faut peut-être que cela se fasse par un peu plus de concertation que ne le prévoit l'article 52 dans sa rédaction actuelle.

Il s'agit donc d'un amendement de combat, d'appel. Nous ne pouvons pas en rester là. Il faut certes modifier les choses, mais pas de façon aussi brutale qu'on nous le propose avec cet article. (M. Philippe Darniche applaudit.)

M. le président. L'amendement n° 165, présenté par MM. Doublet,  Belot et  Branger, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le II de cet article pour insérer un alinéa après le premier alinéa de l'article 25-1 de la loi du 21 juin 1865, remplacer les mots :

les objectifs mentionnés au 8° du I de l'article L.  2117 précité,

par les mots :

la protection des sites, des écosystèmes aquatiques et des zones humides ainsi que des formations boisées riveraines,

La parole est à M. Michel Doublet.

M. Michel Doublet. Cet amendement, cosigné par les trois sénateurs de la Charente-Maritime, va dans le même sens.

L'article 52 du projet de loi vise les objectifs sur lesquels une collectivité locale s'engagerait et qui justifieraient de sa part une demande de dissolution par le préfet d'une association dont l'existence serait de nature à gêner la réalisation de ces objectifs.

En se référant au 8° du I de l'article 211-7 du code de l'environnement, le projet de loi introduit la notion de restauration, qui peut être interprétée de deux manières différentes : soit la remise en état de l'existant, soit la substitution à l'état existant d'un état antérieur. Cette seconde acception du terme pose une difficulté, car elle peut aisément conduire à la reconquête d'un milieu et à la suppression de l'état actuel, entraînant de fait l'élimination de l'association dont l'objet même est la création et l'entretien du milieu actuel en question.

Le projet de loi risque ainsi de faire disparaître la gestion actuelle d'un territoire et, avec elle, les activités économiques qu'elle sous-tend.

Une telle possibilité semble relever soit d'une procédure plus consensuelle, telle celle qui est visée par le b) du texte proposé par le I de l'article 49, soit d'une procédure plus formelle, mais garante d'une consultation élargie.

Le présent amendement a donc pour objet de limiter l'application de la procédure simplifiée de dissolution aux cas manifestement avérés.

M. le président. L'amendement n° 938, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le II de cet article pour insérer un alinéa après le premier alinéa de l'article 251 de la loi du 21 juin 1865, après les mots :

sur demande de cette collectivité ou de ce groupement

insérer les mots :

et après avis de la commission locale de l'eau lorsqu'elle existe

 

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Dans sa rédaction actuelle, le II de l'article 52 prévoit que les associations syndicales dont les pratiques seraient nuisibles aux zones humides peuvent être dissoutes par le préfet sur demande des collectivités territoriales et de leurs groupements.

L'amendement n° 938 vise à introduire, dans ce cas, le recueil de la commission locale de l'eau lorsqu'elle existe.

M. le président. L'amendement n° 166 rectifié, présenté par MM. Doublet,  Belot et  Branger, est ainsi libellé :

A la fin du texte proposé par le II de cet article pour insérer un alinéa après le premier alinéa de l'article 25-1 de la loi du 21 juin 1865, remplacer les mots :

s'il estime que le maintien de cette dernière est susceptible de gêner l'exécution ou l'entretien desdits travaux. »

par les mots :

s'il est avéré que le maintien de cette dernière est de nature à empêcher l'exécution ou l'entretien desdits travaux. »

 

La parole est à M. Michel Doublet.

M. Michel Doublet. Le projet de loi donne toutes facilités au préfet pour dissoudre une association syndicale de propriétaires sur la simple présomption de gêne que ferait peser l'existence même de l'association sur une opération que souhaiterait réaliser une collectivité territoriale sur le territoire de ladite association.

En cas de conflit, le texte actuel offre une grande latitude à une collectivité territoriale ou à un groupement de saisir le préfet et à ce dernier une extrême facilité pour donner une suite favorable à cette demande.

La dissolution d'une association doit être suivie du transfert à un tiers du patrimoine associatif. La plupart du temps, les associations syndicales sont propriétaires des ouvrages hydrauliques collectifs, dont elles assurent elles-mêmes la gestion.

Les dispositions actuelles du texte permettent à une collectivité territoriale de faire disparaître trop facilement une association syndicale avec laquelle elle n'aurait pas su composer et de s'approprier ses biens dans le seul but de satisfaire des objectifs en opposition avec le collectif des propriétaires des territoires concernés.

Le principe d'action et de gestion concertées entre associations syndicales et collectivités territoriales, qu'illustrent de nombreux exemples sur notre territoire, doit être au contraire encouragé afin de permettre de concilier les intérêts de chacun et de conserver autant que possible une gestion de proximité, encadrée certes, mais exercée depuis des générations par les hommes qui vivent sur le terrain et qui en ont la meilleure connaissance.

Cet amendement vise donc à limiter la possibilité de dissolution aux cas extrêmes, dans lesquels la présence de l'association interdirait l'action et non pas quand elle la gênerait simplement, et ce uniquement dans le cas où le fait serait avéré et non seulement estimé.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. S'il y a un maillon faible dans le volet « zones humides » du projet de loi, c'est à mon avis l'article 52 !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Nous avons tous compris quel était l'objectif de cet article 52 : faciliter la mise en place d'une maîtrise d'ouvrage opérationnelle afin de réaliser les travaux nécessaires à la préservation d'une zone humide, en s'appuyant sur les associations syndicales existantes. Certaines peuvent d'ores et déjà, de par leur objet, intervenir en ce sens, mais la plus grande majorité d'entre elles interviennent en sens inverse : pour drainer, assainir, etc.

Il est à noter que plus d'une douzaine de milliers d'entre elles ne fonctionnent plus. Certaines sont des associations importantes, qui interviennent sur de larges territoires, d'autres sur des territoires beaucoup plus restreints. Certaines associations sont propriétaires d'ouvrages hydrauliques importants, d'autres ne font rien depuis des dizaines d'années. La dissolution de celles-ci est une bonne chose.

Quelques associations ont pour mission d'oeuvrer dans le sens contraire à l'objectif visé dans le présent projet de loi, à savoir la préservation des zones humides. Dans ce cas-là, l'article 52 est utile.

Mais cet article donne au préfet un pouvoir tout de même assez large, alors qu'on ne devrait lui permettre d'intervenir que dans les cas très précis de ces quelques associations dont l'objectif serait contraire à celui des collectivités territoriales, voire de l'Etat. Pour faire face à des problèmes qui ne se posent que dans un nombre limité de cas, on ouvre assez largement une porte.

C'est la raison pour laquelle la commission des affaires économiques a émis des avis partagés.

La commission est défavorable à l'amendement n° 581 rectifié, qui tend à supprimer tout l'article, ainsi qu'à l'amendement n° 174 rectifié, qui ne vise qu'à en supprimer le I et le II.

S'agissant de l'amendement n° 165, nous n'avons pas voulu émettre un avis défavorable. Nous nous en remettons donc à la sagesse de la Haute Assemblée. Il convient de souligner qu'il ne s'agit pas ici de définir l'étendue des travaux que peut mener une collectivité territoriale, comme vous l'avez laissé entendre dans votre exposé des motifs, monsieur Doublet, mais bien d'actualiser les objets des associations syndicales de propriétaires en supprimant ceux d'entre eux, tel le dessèchement, qui vont à l'encontre de la préservation des zones humides. D'où cette position consistant à s'en remettre à la sagesse.

En revanche, nous avons émis un avis favorable sur l'amendement n° 166 rectifié, considérant que, comme vous le souligniez avec raison, la dissolution d'une association a des conséquences juridiques lourdes, notamment le transfert à un tiers du patrimoine associatif : ses avoirs financiers, mais aussi les ouvrages hydrauliques dont elle est parfois propriétaire. Ce genre de décision ne doit donc pas être prise à la légère.

Certes, l'article 52 encadre la décision du préfet, imposant notamment que celle-ci fasse l'objet d'un arrêté motivé. Cependant, nous avions nous-mêmes songé à suggérer que le préfet puisse dissoudre une association si le maintien de cette dernière était de nature à empêcher non seulement l'exécution mais également l'entretien des travaux.

Or l'amendement n° 166 rectifié prévoit une telle possibilité, raison pour laquelle nous avons émis un avis favorable.

Nous avons également émis un avis favorable sur l'amendement n° 938.

M. le président. J'ai omis d'appeler l'amendement n° 939, qui est également en discussion commune.

Cet amendement, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

A la fin du texte proposé par le II de cet article pour insérer un alinéa après le premier alinéa de l'article 25-1 de la loi du 21 juin 1865, remplacer les mots :

s'il estime que le maintien de cette dernière est susceptible de gêner l'exécution ou l'entretien desdits travaux

par les mots :

si le maintien de cette dernière est de nature à gêner l'exécution ou l'entretien desdits travaux

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. La rédaction proposée dans cet amendement, qui répond aux préoccupations de M. Doublet, permet de lever les ambiguïtés quant à l'interprétation qui pourrait être donnée du texte actuel s'agissant des pouvoirs du préfet.

Le remplacement des mots : « s'il estime que le maintien de cette dernière est susceptible de gêner » par les mots : « si le maintien de cette dernière est de nature à gêner » impose en effet un constat au lieu d'une simple estimation du préfet.

M. le président. Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 939 ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Si je comprends bien, monsieur le ministre, vous étiez prêt à vous rallier à l'amendement n° 166 rectifié de M. Doublet.

L'avis défavorable de la commission sur l'amendement n° 939 porte non pas sur le point que vous avez évoqué, mais sur celui que vous n'avez pas exposé : vous conservez le verbe « gêner », qui est flou et laissera une grande liberté au préfet.

L'interprétation peut être très large. C'est pourquoi, entre ces deux amendements, qui sont en quelque sorte concurrents, la commission a donné la préférence à celui de M. Doublet.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'ensemble des amendements en discussion commune qui n'émanent pas de lui ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je veux revenir au sujet sur lequel portent l'article 52 et l'ensemble de ces amendements, à savoir les associations syndicales autorisées, les ASA.

Le grand enjeu, on le sait, est de disposer d'une maîtrise d'oeuvre opérationnelle afin d'appliquer, dans les zones humides, les mesures nécessaires à leur préservation. Les ASA peuvent constituer le fondement de cette maîtrise d'oeuvre.

Je rappelle que ces associations ont des prérogatives de droit public. C'est la raison pour laquelle il faut poser quelques règles.

Il apparaît que certaines ASA mettent encore en oeuvre des actions contraires à la préservation des zones humides, ce que révèle d'ailleurs parfois dans leur dénomination même : il y a, par exemple, des associations « pour le dessèchement des marais », ce qui n'est pas exactement l'objectif du présent projet de loi. Il est vrai que les pratiques de ces associations ont évolué et vont souvent dans le sens souhaité, malgré leur dénomination.

Le II de l'article 52 a justement pour vocation d'améliorer la situation. En cas d'impossibilité - et il s'agit de cas précis et restreints puisqu'il faut que des oppositions se soient clairement manifestées -, il tend à donner au préfet la possibilité de dissoudre les associations syndicales de façon à permettre à la collectivité concernée de se présenter comme maître d'ouvrage quand l'ASA ne peut plus le faire, la dissolution intervenant évidemment sur demande des collectivités territoriales concernées ou de leurs groupements.

Les deux amendements présentés par le Gouvernement me paraissent ainsi répondre largement aux préoccupations exprimées.

A M. Oudin, notamment, je confirme que le SAGE est bien un outil primordial pour la gestion de l'eau. Il permet de réunir au sein des commissions locales de l'eau l'ensemble des acteurs d'un bassin versant afin de lancer un programme de gestion des eaux. C'est la raison pour laquelle l'amendement n° 938 prévoit la consultation de la commission locale de l'eau.

Je comprends la position de la commission, mais il me semble que les deux amendements du Gouvernement permettent d'assurer la coordination de l'ensemble et vont dans le sens de l'objectif recherché.

Je suis donc défavorable aux amendements n°s 581 rectifié, 174 rectifié, 165 et 166 rectifié.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement n° 581 rectifié est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. Le débat a été tout à fait intéressant et c'est sans difficulté que je retire l'amendement n° 581 rectifié.

Je me repose sur les avis favorables qu'a émis M. le rapporteur tant sur l'amendement de M. Oudin, qui fait référence à la commission locale de l'eau, que sur l'amendement de M. Doublet, amendement qui, à mon avis, répond le mieux à nos préoccupations. J'espère ne pas avoir à regretter, à l'issue de l'examen de cet article, d'avoir adopté cette position.

M. le président. L'amendement n° 581 rectifié est retiré.

Monsieur Oudin, l'amendement n° 174 rectifié est-il maintenu ?

M. Jacques Oudin. C'était, je l'ai dit, un amendement d'appel ou de combat, mais les explications de la commission et du Gouvernement m'amènent à le retirer.

L'amendement n° 938 me paraît en effet présenter des garanties suffisantes.

L'évolution étant celle que j'ai décrite tout à l'heure, il peut, certes, y avoir des situations inextricables, mais, généralement, soit l'association évolue dans son objet, soit une sorte de forum la mettra, si je puis dire, en accusation.

La commission locale de l'eau, dont l'amendement n° 938 du Gouvernement prévoit l'avis, a des règles de quorum très contraignantes. Pour qu'une commission locale de l'eau en arrive à demander la suppression d'une ASA, il faut vraiment des motifs graves, et je crois que cet amendement, qui a été préparé en bonne concertation, nous donne une garantie.

A propos du membre de phrase « lorsqu'elle existe », qui fait suite aux mots « et après avis de la commission locale de l'eau », je vous dirai ceci, monsieur le ministre : dès lors qu'une zone humide apparaît comme devant prioritairement faire l'objet d'une attention toute particulière, il faut qu'il y ait un schéma d'aménagement et de gestion des eaux, et donc une commission locale de l'eau.

M. le président. L'amendement n° 174 rectifié est retiré.

Monsieur Doublet, l'amendement n° 165 est-il maintenu ?

M. Michel Doublet. J'ai déposé l'amendement n° 165 en tant que gestionnaire d'un syndicat mixte qui, de la Vendée à la Gironde, couvre 100 000 hectares, soit le quart du département de la Charente-Maritime. L'expérience que j'ai acquise en exerçant depuis environ vingt ans la présidence de ce syndicat m'a permis de constater qu'il fallait absolument « cadrer » les choses.

Malgré toute l'amitié que j'ai pour Serge Lepeltier, je maintiens donc cet amendement qui me paraît le plus clair, le plus cohérent et le mieux adapté au terrain.

M. le président. La parole est à M. Louis Moinard, pour explication de vote sur l'amendement n° 165.

M. Louis Moinard. Habitant, comme les cosignataires de cet amendement, à proximité du Marais poitevin, je vous demande, mes chers collègues, de ne pas oublier que, si ce marais existe, c'est parce que, depuis des siècles, les hommes l'ont façonné. Or ils l'ont fait par le biais d'associations. Si rien n'avait été fait, on parlerait non pas de zone humide mais de vasière.

Pour que cette zone humide se maintienne, il faut que des associations l'entretiennent. On conçoit aisément que travailler sous le couperet d'une dissolution par le préfet émeuve celles-ci ! En tant qu'élus conscients de l'utilité du travail que ces associations accomplissent, nous nous devons de les soutenir.

M. le président. La parole est à M. Philippe Darniche, pour explication de vote.

M. Philippe Darniche. Pour les mêmes raisons que celles que vient d'exprimer M. Moinard, j'apporte mon soutien à l'amendement n° 165.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je n'ai pas complètement exprimé mon sentiment sur amendement n° 165, qui tend à ce que la restauration des zones humides ne soit plus visée et à ce que soit seule considérée leur protection, traduit en fait la crainte qu'il ne soit demandé de recréer des zones humides qui auraient complètement disparu.

Plusieurs textes sur l'environnement font mention de la « restauration », en particulier de cours d'eau, de milieux naturels ou de zones humides. Il faut préciser le terme lui-même : l'acception qui doit être retenue dans ce cadre est la remise en état de l'existant, qui peut nécessiter des opérations allant au-delà d'un simple entretien, mais naturellement pas le rétablissement de zones humides disparues.

La plupart du temps, il s'agit en fait de travaux destinés à améliorer le fonctionnement des écosystèmes et à permettre leur bonne évolution. Si l'on veut préserver les zones humides pour qu'elles continuent à jouer leur rôle - l'enjeu est là -, il faut donc que les maîtres d'ouvrage puissent intervenir pour assurer leur restauration, c'est-à-dire, je le répète, la remise en état de l'existant, et pas seulement pour leur protection.

Pour le rétablissement des zones humides, des procédures totalement différentes existent.

La commission s'en est remise à la sagesse du Sénat. Pour ma part, au regard de l'importance de l'enjeu, j'aurais souhaité le retrait de cet amendement. A défaut, je ne puis que confirmer mon avis défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 165.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 938.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 166 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, l'amendement n° 939 n'a plus d'objet.

Je mets aux voix l'article 52, modifié.

(L'article 52 est adopté.)

Art. 52 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Division additionnelle après l'art. 53 (priorité)

Article 53 (priorité)

I. - Après l'article 1395 C du code général des impôts, il est inséré un article 1395 D ainsi rédigé :

« Art. 1395 D. - I. - Les propriétés non bâties classées dans les deuxième et sixième catégories définies à l'article 18 de l'instruction ministérielle du 31 décembre 1908 et situées dans les zones humides définies au 1° de l'article L. 211-1 du code de l'environnement sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés non bâties perçue au profit des communes et de leurs établissements publics de coopération intercommunale à concurrence de 50 % lorsqu'elles figurent sur une liste dressée par le maire sur proposition de la commission communale des impôts directs et qu'elles font l'objet d'un engagement de gestion pendant cinq ans portant notamment sur la préservation de l'avifaune et le non-retournement des parcelles.

« L'exonération est applicable pendant cinq ans à compter de l'année qui suit celle de la signature de l'engagement et est renouvelable. Elle ne concerne pas les propriétés non bâties exonérées en application des articles 1394 B et 1649.

« La liste des parcelles bénéficiant de l'exonération ainsi que les modifications qui sont apportées à cette liste sont communiquées par le maire à l'administration des impôts avant le 1er septembre de l'année qui précède l'année d'imposition. Cette liste ainsi que les modifications qui y sont apportées sont affichées en mairie.

« Pour bénéficier de l'exonération, le propriétaire doit fournir au service des impôts avant le 1er janvier de la première année au titre de laquelle l'exonération est applicable ou renouvelable, l'engagement souscrit pour les parcelles lui appartenant inscrites sur la liste dressée par le maire. Pour les parcelles données à bail en application des articles L. 411-1 et suivants du code rural, l'engagement doit être cosigné par le preneur. Les modalités de cet engagement sont définies par décret en Conseil d'Etat.

« En cas d'inscription erronée sur la liste ou lorsque les conditions pour bénéficier de l'exonération ne sont pas respectées, les impositions en résultant sont établies au profit de l'Etat dans les conditions prévues à l'article L. 173 du livre des procédures fiscales.

« II. - L'exonération des propriétés non bâties prévue au I est portée à 100 % pour les propriétés non bâties situées dans les zones naturelles relevant des articles L. 211-3, L. 322-1 à L. 322-14, L. 331-1 à L. 333-4, L. 341-1 à L. 342-1, L. 411-1 à L. 411-7 et L. 414-1 à L. 414-7 du code de l'environnement. L'engagement de gestion pendant cinq ans porte sur le non-retournement des parcelles en cause et sur le respect des chartes et documents de gestion ou d'objectifs approuvés au titre des réglementations visées précédemment.

« En cas de coexistence sur une même commune de parcelles pouvant bénéficier de l'exonération de 50 % et de l'exonération de 100 %, deux listes correspondant à chacune des exonérations applicables doivent être dressées par le maire sur proposition de la commission communale des impôts directs. »

II. - L'Etat compense les pertes de recettes supportées, l'année précédente, par les communes et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre en raison de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties accordées en application du I. La compensation n'est pas applicable aux établissements publics de coopération intercommunale qui font application du II de l'article 1609 nonies C du code général des impôts.

Cette compensation est égale au produit obtenu en multipliant, chaque année, et pour chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, le montant des bases d'imposition exonérées de l'année précédente par le taux de la taxe foncière sur les propriétés non bâties de la même année.

Pour les communes qui appartiennent à un établissement public de coopération intercommunale sans fiscalité propre, le taux voté par la commune est majoré du taux appliqué au profit de l'établissement public de coopération intercommunale.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur, sur l'article.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'article 53 modifiant le code général des impôts pour introduire une mesure d'exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, c'est la commission des finances qui donnera un avis sur les trois amendements déposés, mais je souhaite insister sur l'importance que revêt, pour la commission des affaires économiques, l'adoption de cet article.

En prévoyant une exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties sur les zones humides classées en nature de « prés et prairies naturels, herbages et pâturages, landes, pâtis, bruyères, marais ou encore terres saines ou vagues », l'article 53 concerne les zones humides les plus fragiles, lesquelles représentent plus de 50 % de l'ensemble des zones humides.

Il vise à corriger un effet pervers de la fiscalité, qui se fondait sur une valeur locative estimée au début des années soixante et qui était totalement déconnectée de la productivité actuelle de ces terrains.

Cette situation encourageait fortement le choix d'un mode d'exploitation intensif, à travers le retournement des prairies et la mise en culture des landes, favorisant ainsi la destruction des zones humides.

Le dispositif de l'article 53, qui conditionne l'octroi de l'exonération à un engagement du propriétaire, est donc tout à fait bienvenu et très attendu par les gestionnaires des zones humides.

Le texte tel qu'il a été adopté par l'Assemblée nationale - et je m'adresse là notamment à M. Alain Vasselle, qui a déposé deux amendements sur cet article - est le fruit d'un très longue concertation avec les députés et sénateurs des départements concernés, ainsi qu'avec les collectivités territoriales, les gestionnaires impliqués dans la sauvegarde des zones humides.

Je me permets de le souligner parce que je crois que nous avons tout intérêt à ce que cet article soit voté conforme, de manière que cette mesure très forte d'exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, à concurrence de 100 % pour certains secteurs et de 50 % pour d'autres, soit définitivement adoptée.

Je tiens également à préciser, à l'intention de M. Vasselle, dont un amendement vise à ajouter les jachères faunistiques aux secteurs appelés à bénéficier de cette mesure, que les jachères faunistiques en zone humide, à la différence des autres, sont bien sûr incluses dans notre proposition.

S'agissant de la cosignature du propriétaire et du preneur, elle me paraît relever du bon sens puisque c'est en définitive le preneur - et je reprends les arguments développés précédemment par M. Vasselle - qui devra remplir un engagement de gestion.

Selon moi, la meilleure stratégie serait donc d'adopter le texte en l'état.

Bien entendu, il ne s'agit pas pour moi de dénier à quiconque son droit d'amendement, mais je ne pense pas qu'il serait judicieux de toucher au dispositif qui est la clef de voûte de l'édifice dont j'ai parlé en début d'après-midi et qui est très attendu.

M. le président. L'amendement n° 588, présenté par M. Vasselle, est ainsi libellé :

Dans le premier alinéa du I du texte proposé par le I de cet article pour l'article 1395 D du code général des impôts, après les mots :

de l'article L. 211-1 du code de l'environnement

insérer les mots :

ainsi que les espaces mis en jachère faunistique

La parole est à M. Alain Vasselle

M. Alain Vasselle. M. le rapporteur a bien fait d'intervenir sur l'article. Comme à son habitude, il a su être persuasif et il m'a convaincu. Je ne resterai donc pas insensible à son appel, compte tenu des enjeux fiscaux de cette disposition, mais j'attendrai néanmoins de connaître la réponse du Gouvernement pour retirer mes amendements.

L'amendement n°588 est un amendement d'appel. D'ailleurs, vous avez certainement constaté, monsieur le rapporteur, que sa rédaction laissait à désirer et qu'il n'avait pas tout à fait sa place à ce stade de la discussion.

Avec la PAC qui sévit depuis déjà quelques années, nous avons quelque mal à convaincre nombre d'agriculteurs et de propriétaires de se lancer dans la réalisation de ces jachères faunistiques qui sont essentielles pour la petite faune, notamment la perdrix, le faisan, le lièvre, le lapin, etc.

Or, si une chasse se trouve actuellement en grande difficulté, c'est bien celle au petit gibier et non pas celle au grand gibier. On ne parle pas, aujourd'hui, de dégâts provoqués par la petite faune : on voit bien qu'il y a un déplacement de la chasse du petit gibier vers le grand gibier. Et qu'advient-il de la chasse au petit gibier quand elle s'accompagne de lâchers dans des conditions particulièrement contestables qui fournissent l'occasion à certaines associations de critiquer l'exercice de la chasse ?

Si nous voulons permettre à des populations d'oiseaux naturels de retrouver les niveaux de densité que nous avons connus il y a plusieurs dizaines d'années, il faut que nous valorisions l'aménagement du territoire et encouragions les agriculteurs, par des mesures incitatives, à réaliser des jachères faunistiques. Or l'exonération fiscale est l'une de ces mesures.

Un tel amendement n'a pas sans doute pas sa place ici, mais je souhaite que, d'ici à la deuxième lecture, dans la mesure où nous arriverons à convaincre le Gouvernement de la pertinence de cette proposition, nous puissions trouver le support approprié pour déposer un amendement de même nature que celui que je viens de présenter. Si nous voulons effectivement plaider en faveur du petit gibier et voir se développer les populations d'oiseaux naturels, notamment dans nos zones de plaine, l'incitation fiscale est indiscutablement l'un des moyens d'atteindre ce but.

Je souhaiterais, si vous vouliez bien me le permettre, monsieur le président, présenter dans la foulée l'amendement n° 582 rectifié, étant entendu que je le retirerai également après avoir entendu l'avis du Gouvernement.

M. le président. L'amendement n° 582 rectifié, présenté par MM. Vasselle et  François, est ainsi libellé :

Supprimer l'avant dernière phrase du quatrième alinéa du I du texte proposé par le I de cet article pour l'article 1395 D du code général des impôts.

Veuillez poursuivre, monsieur Vasselle.

M. Alain Vasselle. En déposant cet amendement, je souhaitais obtenir une précision pour éviter un malentendu.

Il ne faut pas donner aux propriétaires le sentiment, à travers la rédaction de cet article, qu'ils sont à la merci des preneurs. Or, à partir du moment où l'exonération fiscale dépend à la fois de la signature du propriétaire et du preneur, nous pouvons nous trouver confrontés à cette hypothèse d'école où le preneur refusant de signer, le propriétaire serait privé de l'exonération fiscale.

Il ne faut pas placer le preneur dans une situation de dépendance vis-à-vis du propriétaire.

Ce qui est terrible, aujourd'hui, dans ce pays, c'est que les propriétaires ont réellement le sentiment qu'ils n'ont plus de droits sur leurs propriétés : il est impossible à un propriétaire lui-même exploitant agricole de reprendre une exploitation en fermage. Le droit du fermage est tel que le propriétaire a les pires difficultés, y compris devant les tribunaux de baux ruraux, à reprendre son propre bien. Il ne peut pratiquement même pas en récupérer la jouissance compte tenu des innombrables conditions qui sont posées.

En conséquence, les propriétaires se considèrent comme véritablement spoliés (Murmures et sourires sur les travées du groupe CRC.), je tenais à le dire ici, même si cela peut paraître quelque peu excessif à certains.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Joël Bourdin, rapporteur pour avis de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Le sort de l'amendement n°588 semble déjà quasiment fixé. Le rapporteur de la commission des affaires économiques a développé l'essentiel des arguments.

L'ensemble « jachères faunistiques » et l'ensemble « zones humides » ne se recoupent pas totalement. Autrement dit, les jachères faunistiques qui ne sont pas incluses dans des zones humides ne sont pas concernées par ce chapitre III du texte et l'amendement n° 588 aurait mieux trouvé sa place au sein du chapitre IV, qui porte sur la chasse.

J'ajoute qu'il n'y a pas d'évaluation de la mesure proposée. La commission des finances est donc assez réticente, mais elle espère être convaincue par le Gouvernement dont elle souhaite entendre l'avis.

Il en va de même pour ce qui concerne l'amendement n° 582 rectifié.

Je suis sensible aux arguments qui ont été exposés par notre collègue M. Vasselle : la disposition peut faire naître des oppositions, mais peut-être le Gouvernement aura-t-il une interprétation différente ou une solution intéressante à nous proposer.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Concernant l'amendement n° 588, je dirai que l'octroi de l'exonération totale de taxe foncière sur les propriétés non bâties se justifie, dans certaines zones humides, par des engagements de gestion plus contraignants, liés au classement.

Or, même s'ils sont utiles, les espaces mis en jachère faunistique ne constituent pas forcément une zone de protection.

A cela s'ajoute le fait que c'est l'exploitant qui décide de mettre en jachère faunistique, mais que c'est le propriétaire qui tirerait le bénéfice de cette décision.

En outre, il est évident que votre proposition, monsieur Vasselle, aurait un impact budgétaire très sensible pour les collectivités. On peut alors se poser la question de l'augmentation de la participation de l'Etat qui en résulterait, du fait de la révision constitutionnelle du 28 mars 2003. Votre amendement pose donc un véritable problème financier et constitutionnel.

Dans ces conditions, il conviendrait effectivement que vous le retiriez.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement n° 588 est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. Je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 588 est retiré.

Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 582 rectifié ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Dans la mesure où il s'agit en fait d'une exonération de la taxe sur le foncier non bâti, avec un engagement de gestion favorable aux zones humides, il est évidemment nécessaire que le preneur et le bailleur connaissent bien les règles qui s'appliquent sur les terrains concernés.

Lorsque les parcelles sont exploitées par le propriétaire, l'exonération de la taxe sur le foncier non bâti lui est accordée s'il respecte ses engagements de gestion.

Lorsque les parcelles sont données à bail, c'est le preneur qui sera le principal acteur dans la mise en oeuvre des engagements de gestion. Il est donc logique que le preneur à bail soit partie prenante dans cet engagement, d'autant qu'il bénéficie indirectement, en application de l'article L. 415-3 du code rural, de la réduction de la taxe.

De plus, la suppression de la cosignature ne garantit pas au propriétaire le respect de l'engagement de gestion qu'il a signé.

Pour l'ensemble de ces raisons, on ne peut pas être favorable à cet amendement et il convient de le retirer.

M. le président. L'amendement n° 582 rectifié est-il maintenu, monsieur Vasselle ?

M. Alain Vasselle. Monsieur le ministre, je vous comprends bien, mais vous ne m'avez pas apporté de réponse pour le cas de figure inverse, qui, vous l'admettrez, peut se présenter.

Cela étant, vous me permettrez de relever une petite contradiction dans votre argumentation : vous avez fait valoir, concernant l'amendement n° 588, que la mesure serait coûteuse, mais que le bénéfice de l'exonération irait au propriétaire et pas du tout au preneur, alors que, s'agissant de l'amendement n° 582 rectifié, vous dites que la mesure profite au preneur et que cela justifie le fait d'associer le preneur à la décision.

Je pense que, si le preneur doit être associé à la décision, c'est pour s'assurer qu'il mettra bien en oeuvre la mesure prévue. A mon avis, c'est plus cela qui est en jeu, et non pas tant le fait qu'il puisse bénéficier de l'exonération.

Bien sûr, qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. C'est un peu, monsieur le ministre, le sens de ce que vous m'avez répondu concernant les jachères faunistiques.

J'entends bien que cet amendement n'avait pas sa place dans cet article et que, comme l'a très justement souligné le rapporteur pour avis, il aurait mieux valu le présenter lors de l'examen du chapitre consacré à la chasse, mais je souhaite que nous puissions évoquer à nouveau ce problème soit lorsqu'il sera question du volet « chasse », soit lors de la deuxième lecture.

Cela étant, je respecte l'engagement que j'ai pris antérieurement et je retire l'amendement.

M. le président. L'amendement n° 582 rectifié est retiré.

L'amendement n° 310, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Compléter la première phrase du premier alinéa du II du texte proposé par le I de cet article pour l'article 1395 D du code général des impôts, par les mots :

et dans les zones naturelles désignées comme sites "Ramsar"  

L'amendement n'est pas soutenu.

Je mets aux voix l'article 53.

(L'article 53 est adopté.).

Art. 53 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. additionnels après l'art. 53 (priorité)

Division additionnelle après l'article 53 (priorité)

M. le président. Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 212 rectifié bis, présenté par MM. César,  Alduy,  P. André,  Bailly,  Barraux,  Bécot,  Bizet,  Braye,  Cleach,  Cornu,  Doublet,  Émin,  Ferrand,  Flandre,  Fouché,  Gérard,  Gerbaud,  Ginésy,  Grignon,  Grillot,  Gruillot,  Hérisson,  Leroy,  Marest,  Monory,  Natali,  Pépin,  Revet,  Revol,  Sido,  Texier,  Trillard,  Vial,  Vasselle,  Mouly et  Murat, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer une division additionnelle ainsi rédigée :

Chapitre ...

Gestion de l'espace et des ressources naturelles

La parole est à M. Gérard César.

M. Gérard César. Cet amendement se justifie par son texte même.

M. le président. L'amendement n° 359 rectifié, présenté par MM. Le Grand,  Oudin et  Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer une division additionnelle ainsi rédigée :

CHAPITRE...

Dispositions relatives aux sites Natura 2000

M. le président. La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Je reviendrai en quelques mots sur les dispositions concernant Natura 2000.

Répondant à l'aimable sollicitation du président de mon groupe, j'avais renoncé à prendre la parole sur ce sujet dans la discussion générale afin qu'elle ne se prolonge pas excessivement, me réservant la possibilité de l'évoquer à l'occasion de l'examen des amendements tendant à insérer une division additionnelle après l'article 53.

Je tiens en effet à rappeler les caractéristiques de cet espace rural multifonctionnel et à réaffirmer qu'il est normal que la loi contienne des dispositions spécifiques le concernant. Celles-ci auraient certes pu trouver leur place dans un autre projet de loi, portant par exemple sur la protection patrimoniale. Mais il m'a paru préférable de les inscrire dans le présent texte.

Je soulignerai en outre l'importance de la présence d'une division additionnelle intitulée : « Dispositions relatives aux sites Natura 2000 ». Cette question a en effet donné lieu à des discussions tendues, à des controverses, à de nombreuses difficultés un peu partout en France.

Voilà quelques mois, la commission des affaires économiques et du Plan du Sénat m'a confié le soin d'établir un rapport sur ce sujet. En 1998, déjà, j'avais attiré l'attention du gouvernement de l'époque sur les erreurs que l'on était en train de commettre et sur les difficultés auxquelles on se heurterait si l'on voulait aller au bout de l'entreprise.

Quelques années plus tard, force est de constater que ces craintes étaient fondées et que le processus Natura 2000 s'est quelque peu enlisé, alors que son intérêt est maintenant admis par à peu près tous les élus, que le maintien et la protection de la biodiversité s'imposent à nos comportements sociaux et donc à nos collectivités.

L'insertion d'une division additionnelle dans ce projet de loi se justifie aussi par le fait qu'en 2001 a été votée une loi « portant habilitation du Gouvernement à transposer, par ordonnances, des directives communautaires et à mettre en oeuvre certaines dispositions du droit communautaire » et que le traitement de ces questions dans ce que l'on pourrait appeler une « loi-balai » n'était guère satisfaisant : cela revenait à mépriser le Parlement, à faire fi de ses capacités d'intervention ou tout simplement d'expression.

Quoi qu'il en soit, il devenait impératif que des dispositions précises concernant le processus Natura 2000 soient inscrites dans la loi, non pas pour revenir en arrière, non pas pour réaliser une nouvelle transposition, mais pour apporter des précisions à celle qui a été faite en 2001.

Telles sont, monsieur le ministre, mes chers collègues, les raisons qui m'ont poussé à vous proposer d'insérer une division additionnelle, dont le contenu fait l'objet des cinq amendements que j'ai déposés par ailleurs.

Pour l'heure, je vous demande, mes chers collègues, de bien vouloir adopter l'amendement n° 359 rectifié, qui doit nous permettre d'afficher clairement notre volonté de faire en sorte que le processus de protection de la biodiversité ne soit pas traité au détour d'une loi sans que lui soit accordée toute la valeur qu'il mérite.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Dans l'amendement n° 212 rectifié bis, qui est indissociable de l'amendement n° 893, M. César manifeste la même volonté d'affichage que M. Le Grand, et je suis persuadé que, s'il en avait été le seul signataire, il se serait rallié bien volontiers à l'amendement n° 359 rectifié. Je rappelle que le rapport que M. Le Grand a présenté à la commission des affaires économiques a été adopté à l'unanimité.

Il faut évidemment comprendre l'amendement n° 359 rectifié comme la première partie d'un ensemble que viennent compléter ses amendements suivants.

Je ne vous cacherai pas que la commission a une préférence pour l'amendement n° 359 rectifié, mais je pense que M. César ne m'en tiendra pas rigueur.

Dans son amendement n° 893, M. César demande que l'ensemble des sites Natura 2000 soient délimités par référence au cadastre. La commission a émis un avis défavorable parce que la modification de l'article L. 4141 ne lui a pas paru raisonnable compte tenu de l'étendue géographique de certaines enveloppes.

En revanche, M. César aura satisfaction plus loin dans la mesure où cette délimitation se fera par référence au cadastre pour les seules parcelles qui feront l'objet d'un contrat Natura 2000 ou d'un engagement de gestion, pouvant ainsi ouvrir droit à l'exonération de taxe sur le foncier non bâti préconisée par le rapport Le Grand.

Le second aspect de l'amendement n° 893 concerne l'affichage en mairie et la publicité dans un journal départemental, mesure d'ordre évidemment réglementaire. Nous allons entendre l'avis du ministre sur ce dernier point : je ne doute pas qu'il sera prêt à donner des consignes en ce sens.

Monsieur César, votre amendement n° 212 rectifié bis est satisfait par l'amendement n° 359 rectifié, et vous aurez satisfaction plus tard sur la question de la référence au cadastre ; ne reste plus en suspens que le dernier point, qui est d'ordre réglementaire.

C'est la raison pour laquelle la commission a émis sur l'amendement n° 212 rectifié bis un avis défavorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. J'indiquerai en préalable que le Gouvernement est favorable à l'insertion après l'article 53 d'une division additionnelle consacrée aux dispositions relatives aux sites Natura 2000.

Comme M. le rapporteur, je soulignerai également la récente contribution de la commission des affaires économiques du Sénat à l'amélioration du dispositif actuel, contribution qui s'articule autour de deux axes : le renforcement de la concertation entre l'Etat et tous les acteurs concernés - et Dieu sait si cette concertation est nécessaire ! - et la mise en place, pour la gestion des sites, d'une responsabilité partagée entre l'Etat et les élus.

Les propositions de M. Le Grand confortent les orientations du Gouvernement dans ce domaine et vont dans le sens d'une relance de la démarche Natura 2000. J'émets donc un avis très favorable sur l'amendement n° 359 rectifié, dont la rédaction est extrêmement précise et beaucoup plus satisfaisante que celle de l'amendement n° 212 rectifié bis, qui, en faisant référence à la « gestion de l'espace et des ressources naturelles », est plus générale.

Je suis donc favorable à l'amendement n° 359 rectifié et je demande de retrait de l'amendement n° 212 rectifié bis.

M. le président. Monsieur César, l'amendement n° 212 rectifié bis est-il maintenu ?

M. Gérard César. La commission des affaires économiques avait en effet adopté à l'unanimité le rapport de M. Le Grand, qui était bien sûr excellent, comme tous les rapports qu'il a pu nous présenter, j'en profite pour le souligner ! (Sourires.)

Puisque j'ai satisfaction avec l'amendement n° 359 rectifié de M. Le Grand et que M. le rapporteur a expliqué en quoi mon amendement n° 893 serait également satisfait, je retire l'amendement n° 212 rectifié bis.

M. le président. L'amendement n° 212 rectifié bis est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 359 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, une division additionnelle ainsi rédigée est insérée dans le projet de loi, après l'article 53.

Division additionnelle après l'art. 53 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 A (priorité)

Articles additionnels après l'article 53 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 526 rectifié bis, présenté par MM. Jarlier,  J. Blanc,  Amoudry,  Faure,  Bailly,  Balarello,  Barraux,  Besse,  P. Blanc,  Braun,  Carle,  Cazalet,  Émin,  Ferrand,  Fournier,  Geoffroy,  Ginésy,  Grillot,  Gruillot et  Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson,  Humbert,  Juilhard,  Lesbros,  Mathieu,  Pépin,  Puech,  Revol,  Saugey,  Torre,  Trucy,  Vial,  Badré,  J. Boyer,  Mercier et  Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron, est ainsi libellé :

Après l'article 53 insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Le I de l'article L. 110-1 du code de l'environnement est complété par la phrase suivante : « Chaque collectivité publique en est le gestionnaire et le garant dans le cadre de ses compétences. »

La parole est à M. Pierre Jarlier.

M. Pierre Jarlier. Cet amendement a pour objet d'affirmer le rôle et la responsabilité des collectivités territoriales dans la gestion de l'environnement en complétant le premier article du code de l'environnement, qui dispose : « Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et paysages, la qualité de l'air, les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la nation. »

En précisant que chaque collectivité publique - y compris, donc, l'Etat - est, dans le cadre de ses compétences, le gestionnaire et le garant de ce patrimoine commun, nous éviterons le risque de voir l'Etat, au nom de ce principe, gérer directement un patrimoine « commun » alors que, s'il lui revient de définir les règles, il ne lui appartient pas de se substituer aux collectivités en matière de gestion.

Ainsi, la compétence de droit des collectivités sur leur territoire serait réaffirmée, en même temps que son corollaire, leur responsabilité, toujours dans le cadre de leurs compétences.

Il s'agit là de l'un des sujets qui opposent souvent les collectivités et l'Etat, notamment à propos des modalités de mise en oeuvre de mesures spécifiques au sein de territoires ou d'habitats sensibles.

Affirmer le principe de la cogestion de l'environnement est de nature à favoriser de nouvelles démarches partenariales entre l'Etat et les collectivités en faveur d'une gestion durable de l'environnement. Nous retrouvons là une des conclusions de la mission d'information sénatoriale sur la politique de la montagne, mais aussi l'un des principes essentiels énoncés dans la proposition de loi sur l'avenir de la montagne.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je pense qu'il faut prendre garde à ne pas créer de trop nombreux doublons et je serais tenté de dire : laissons à César ce qui est à César (Sourires), à l'article L. 1101 ce qui relève de l'article L. 1101 et à l'article L. 1102 ce qui relève de l'article L. 1102.

Ces deux articles sont importants parce qu'ils fondent le code de l'environnement.

L'article L. 1101 définit l'objet de la protection de l'environnement, tandis que l'article L. 1102 précise quels sont les acteurs qui doivent l'assurer : « Les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se conformer aux mêmes exigences. » Y figurent donc tous ceux que l'amendement n° 526 rectifié bis tend à inscrire à l'article L. 1101.

Dès lors, à quoi sert-il de répéter dans deux alinéas consécutifs quels sont les acteurs ? Cela ne fait qu'alourdir le texte ! C'est d'ailleurs une mauvaise habitude à laquelle cèdent bien souvent les parlementaires que nous sommes : nous alourdissons, nous chargeons et nous oublions toujours de nettoyer et d'alléger.

Evitons donc cette répétition et laissons le soin à l'article L. 1101 de définir l'objet du code de l'environnement et à l'article L. 1102 de préciser qui doit veiller à son respect.

C'est la raison pour laquelle, monsieur Jarlier, j'espère avoir été convaincant et vous avoir persuadé qu'il serait préférable de retirer cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le texte proposé par cet amendement est calqué sur la rédaction du premier article du code de l'urbanisme, l'article L. 110 : « Le territoire français est le patrimoine commun de la nation. Chaque collectivité publique en est le gestionnaire et le garant dans le cadre de ses compétences. »

Cependant, cette rédaction n'est pas transposable à la protection de l'environnement, ne serait-ce que parce que le contexte n'est pas le même.

En matière d'urbanisme, en effet, des responsabilités importantes ont été déléguées aux collectivités territoriales, ce qui justifie une référence au partage des compétences.

En outre, ces deux premières phrases de l'article L. 110 du code de l'urbanisme n'ont pas par elles-mêmes d'effet prescriptif important, alors que l'article L. 1101 du code de l'environnement en est un article clef, notamment par son paragraphe II, où sont posés les principes qui le régissent. On ne peut donc pas y introduire une phrase qui ne refléterait pas avec exactitude le partage des compétences et des responsabilités en vigueur.

Enfin, dans le domaine des espaces naturels, qui fait l'objet de cet article, comme dans d'autres domaines de l'environnement, les obligations internationales et communautaires constituent une composante décisive de l'action des pouvoirs publics. Or l'Etat est le seul garant des engagements internationaux et communautaires de la France ! Cet amendement introduirait donc une véritable confusion.

C'est la raison pour laquelle, monsieur Jarlier, je souhaiterais que vous retiriez votre amendement. Sinon, le Gouvernement y serait défavorable.

M. le président. Monsieur Jarlier, l'amendement n° 526 rectifié bis est-il maintenu ?

M. Pierre Jarlier. J'ai bien entendu les arguments de M. le rapporteur et de M. le ministre.

Mais si nous avons souhaité insérer cette disposition à l'article L. 110-1 du code de l'environnement, c'est parce que nous constatons sur le terrain des difficultés de mise en oeuvre des politiques de gestion des espaces particulièrement sensibles. C'est d'ailleurs le cas des sites Natura 2000.

J'espère simplement que, dans les textes qui sont en préparation, on pourra mieux affirmer le rôle des collectivités dans l'élaboration de cette politique de gestion des espaces particuliers. En attendant, je retire cet amendement.

M. le président. L'amendement n°526 rectifié bis est retiré.

L'amendement n° 527 rectifié bis, présenté par MM. Jarlier,  J. Blanc,  Amoudry,  Faure,  Bailly,  Balarello,  Barraux,  Besse,  P. Blanc,  Braun,  Carle,  Cazalet,  Émin,  Ferrand,  Fournier,  Geoffroy,  Ginésy,  Grillot,  Gruillot et  Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson,  Humbert,  Juilhard,  Lesbros,  Mathieu,  Pépin,  Puech,  Revol,  Saugey,  Torre,  Trucy,  Vial,  Badré,  J. Boyer,  Mercier et  Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron, est ainsi libellé :

Après l'article 53 insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Il est inséré après l'article L.110-1 du code de l'environnement un article ainsi rédigé :

« Art. L. ... -  L'Etat définit en concertation avec les collectivités locales gestionnaires d'espaces ou de ressources naturelles définissent d'un commun accord les secteurs géographiques, espèces et milieux qui justifient que des mesures de protection ou de gestion particulières soient mises en oeuvre. L'Etat et les collectivités publiques échangent, dès qu'elles sont en leur possession, les informations et les connaissances scientifiques et techniques qui permettent d'apprécier l'intérêt de ces espaces, espèces et milieux au regard de leur valeur environnementale et de mieux définir les objectifs qui doivent être poursuivis en commun dans leur protection et mise en valeur. Des conventions de gestion peuvent définir les modalités de mise en oeuvre de ces objectifs. Elles peuvent prendre la forme de contrats d'objectifs. »

Le sous-amendement n° 914, présenté par M. Bel, Mme M. André, MM. Piras,  Carrère,  Signé,  Courteau,  Vidal,  Domeizel,  Rinchet et  Teston, Mme Durrieu, MM. Moreigne,  Auban et les membres du groupe Socialiste et apparenté, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par l'amendement n° 527 rectifié bis pour insérer un article après l'article L. 1101 du code de l'environnement :

1) dans la deuxième phrase, remplacer le mot :

publiques

par les mots :

locales concernées

2) après les mots :

valeur environnementale

rédiger ainsi la fin de la deuxième phrase :

et de définir les objectifs qu'ils doivent poursuivre ensemble dans leur protection et leur mise en valeur

La parole est à M. Pierre Jarlier, pour présenter l'amendement n° 527 rectifié bis.

M. Pierre Jarlier. S'agissant du complément direct de l'amendement précédent, je le retire également.

M. le président. L'amendement n° 527 rectifié bis est retiré.

M. Bernard Piras. Je le reprends, monsieur le président, et j'y intègre les modifications que nous proposions avec le sous-amendement n° 914.

M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 527 rectifié ter, qui est ainsi libellé :

Après l'article 53 insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Il est inséré après l'article L.110-1 du code de l'environnement un article ainsi rédigé :

« Art. L. ... -  L'Etat définit en concertation avec les collectivités locales gestionnaires d'espaces ou de ressources naturelles définissent d'un commun accord les secteurs géographiques, espèces et milieux qui justifient que des mesures de protection ou de gestion particulières soient mises en oeuvre. L'Etat et les collectivités locales concernées échangent, dès qu'elles sont en leur possession, les informations et les connaissances scientifiques et techniques qui permettent d'apprécier l'intérêt de ces espaces, espèces et milieux au regard de leur valeur environnementale et de définir les objectifs qu'ils doivent poursuivre ensemble dans leur protection et leur mise en valeur. Des conventions de gestion peuvent définir les modalités de mise en oeuvre de ces objectifs. Elles peuvent prendre la forme de contrats d'objectifs. »

La parole est à M. Bernard Piras.

M. Bernard Piras. Autant je pouvais comprendre le retrait de l'amendement n° 526 rectifié bis, autant celui-ci apporte vraiment une précision utile.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission avait émis un avis défavorable sur l'amendement tel qu'il était présenté par M. Jarlier ; elle ne change pas d'avis.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 527 rectifié ter.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 944, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Dans le premier alinéa du I de l'article L. 4141 du code de l'environnement, après les mots : « les zones spéciales de conservation sont des sites », sont insérés les mots : « maritimes et terrestres ».

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Dans un souci de clarté et de cohérence, le II de l'article L. 414-1 du code de l'environnement précisant que les zones de protection spéciale sont des sites maritimes et terrestres, il est nécessaire d'apporter cette précision pour les zones spéciales de conservation définies au I du même article.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. C'est une précision tout à fait cohérente et la commission a donc donné un avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 944.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

Je suis saisi de deux amendements identiques.

L'amendement n° 281 rectifié bis est présenté par MM. Amoudry et  J. Boyer, Mme Payet, MM. Mercier,  Moulinier,  J.L. Dupont,  Nogrix et  Badré, Mmes Bocandé,  Gourault et  G. Gautier et M. Hérisson.

L'amendement n° 612 rectifié est présenté par Mme David et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

I - Le III de l'article L. 4141 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

« III. - Avant la notification à la Commission européenne de la proposition d'inscription d'une zone spéciale de conservation ou avant la décision de désigner une zone de protection spéciale, le projet de périmètre de la zone et les cahiers d'habitats exposant les mesures de préservation envisageables sont soumis à la consultation des organes délibérants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale concernés. L'autorité administrative ne peut s'écarter des avis motivés rendus à l'issue de cette consultation que par une décision motivée. » 

II. - Le V du même article est ainsi rédigé :

«  V. - Les sites Natura 2000 font l'objet de mesures destinées à conserver ou à rétablir dans un état favorable à leur maintien à long terme les habitats naturels et les populations des espèces de faune et de flore sauvages qui ont justifié leur délimitation. Les sites Natura 2000 font également l'objet de mesures de prévention appropriées pour éviter la détérioration de ces mêmes habitats naturels et les perturbations de nature à affecter de façon significative ces mêmes espèces.

« Ces mesures tiennent compte des exigences économiques, sociales et culturelles, ainsi que des particularités régionales et locales. Elles sont adaptées aux menaces spécifiques qui pèsent sur ces habitats naturels et sur ces espèces. Elles ne conduisent pas à interdire les activités humaines dès lors qu'elles n'ont pas d'effets significatifs par rapport aux objectifs mentionnés à l'alinéa ci-dessus. Elles comprennent néanmoins des mesures d'indemnisation si des pertes d'exploitation résultent des mesures de préservation susmentionnées. Les activités piscicoles, la chasse et les autres activités cynégétiques pratiquées dans les conditions et sur les territoires autorisés par les lois et règlements en vigueur, ne constituent pas des activités perturbantes ou ayant de tels effets.

« Les mesures sont prises dans le cadre des contrats prévus à l'article  L. 414-3 ou en application des dispositions législatives ou réglementaires, notamment de celles relatives aux parcs nationaux, aux réserves naturelles, aux biotopes ou aux sites classés. »

III - L'article L. 4143 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 4143 - Pour l'application du document d'objectifs, les titulaires de droits réels et personnels portant sur les terrains inclus dans le site peuvent conclure avec l'autorité administrative des contrats, dénommés "contrats Natura 2000". Les contrats Natura 2000 conclus par les exploitants agricoles peuvent prendre la forme de contrats d'agriculture durable.

« Le contrat Natura 2000 comporte un ensemble d'engagements conformes aux orientations définies par le document d'objectifs, portant sur la conservation et, le cas échéant, le rétablissement des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la création du site Natura 2000. Il définit la nature et les modalités des concours et indemnisations de l'État, en distinguant notamment ce qui relève de la rémunération des prestations à fournir en contrepartie par le bénéficiaire, de ce qui correspond à la compensation des pertes d'exploitations reconnues. En cas d'inexécution des engagements souscrits, les aides de l'État font l'objet d'un remboursement selon des modalités fixées par décret.

« Les litiges relatifs à l'exécution de ce contrat sont portés devant la juridiction administrative. »

La parole est à M. Jean-Paul Amoudry, pour présenter l'amendement n° 281 rectifié bis.

M. Jean-Paul Amoudry. Cet amendement apporte diverses modifications au code de l'environnement concernant l'application de la directive Habitats.

En tout premier lieu, il élargit les sujets sur lesquels les collectivités locales concernées sont consultées lors de l'identification d'un site à proposer au titre du réseau Natura 2000 : au-delà du périmètre et des espèces et milieux en cause, les collectivités devront également avoir connaissance des modalités de gestion recommandées au sujet de ces derniers.

En second lieu, est introduit le principe d'un droit à indemnisation en cas de pertes d'exploitation avérées du fait de la mise en oeuvre des règles de préservation établies par les documents d'objectifs, indépendamment de la rémunération de bonnes pratiques dans le cadre de contrats Natura 2000.

En troisième lieu, le principe d'indemnisation et de rémunération dissociées est également introduit dans les contrats Natura 2000

En d'autres termes, alors que le réseau Natura 2000 serait encore appelé à se renforcer avec la transmission à Bruxelles de nouvelles propositions de sites, complémentaires de ceux qui sont déjà notifiés, cet amendement tend à renforcer les garanties des gestionnaires des espaces concernés au regard de leur droit légitime à gérer librement leurs biens.

C'est sur ce fondement que les collectivités acquièrent ainsi le droit d'être saisies des modalités de gestion probables, désormais connues par type d'habitats grâce aux cahiers d'habitats, et qu'un droit à indemnisation est isolé afin de parer à toute perte d'exploitation qui pourrait résulter des nouveaux modes de gestion établis par les documents d'objectifs.

Nous le savons, depuis de nombreuses années, la directive Natura 2000 suscite, sur le terrain, de vives oppositions, au point d'être devenue pour certains le symbole et l'exemple d'une réglementation technocratique élaborée au mépris des populations locales.

Aussi, afin de surmonter ces difficultés et de mieux faire comprendre et accepter le droit européen en la matière, il me paraît essentiel de prendre en considération, grâce au dispositif proposé, les élus et acteurs locaux comme partie prenante de l'application de la procédure Natura 2000.

M. le président. La parole est à Mme Annie David, pour présenter l'amendement n° 612 rectifié.

Mme Annie David. J'ajouterai simplement à ce que vient d'expliquer M. Amoudry que cet amendement vise à inscrire la directive dans une logique tendant à introduire plus de démocratie lors de l'identification des sites Natura 2000. Cette démarche, me semble-t-il, est vraiment susceptible de rassurer l'ensemble des élus concernés par la gestion de ces sites. Dans le département de M. Amoudry, mais aussi dans le département de l'Isère, la gestion des sites Natura 2000 est effectivement assez difficile.

M. le président. L'amendement n° 529 rectifié bis, présenté par MM. Jarlier,  J. Blanc,  Amoudry,  Faure,  Bailly,  Balarello,  Barraux,  Besse,  P. Blanc,  Braun,  Carle,  Cazalet,  Émin,  Ferrand,  Fournier,  Geoffroy,  Ginésy,  Grillot,  Gruillot et  Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson,  Humbert,  Juilhard,  Lesbros,  Mathieu,  Pépin,  Puech,  Revol,  Saugey,  Torre,  Trucy,  Vial,  Badré,  J. Boyer,  Mercier et  Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Dans le III de l'article L. 414-1 du code de l'environnement, après les mots : « le projet de périmètre de la zone », le mot : « est » est remplacé par les mots : « et les cahiers d'habitats exposant les mesures de préservation envisageables sont »

La parole est à M. Pierre Jarlier.

M. Pierre Jarlier. Cet amendement tient compte des préoccupations exprimées par l'Association nationale des élus de la montagne.

Nous souhaitons que les responsables locaux puissent être informés non seulement des projets de périmètre lors de la procédure Natura 2000, mais également des cahiers d'habitats qui vont permettre la gestion de ces sites.

Il s'agit donc de donner plus d'informations en amont aux décideurs locaux, de sorte les périmètres Natura 2000 suscitent moins de craintes. En d'autres termes, il faut plus de concertation, notamment sur les modalités de gestion de ces sites.

M. le président. L'amendement n° 945 rectifié, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après le premier alinéa du III de l'article L. 414-1 du code de l'environnement, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Avant la notification à la Commission européenne de la proposition d'inscription d'un périmètre modifié d'une zone spéciale de conservation ou avant la décision de modifier le périmètre d'une zone de protection spéciale, le projet de périmètre modifié de la zone est soumis à la consultation des organes délibérants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale territorialement concernés par la modification du périmètre. L'autorité administrative ne peut s'écarter des avis motivés rendus à l'issue de cette consultation que par une décision motivée ».

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Depuis maintenant trois ans, la directive Natura 2000 est devenue une réalité sur le terrain, parfois au prix de quelques difficultés.

Le dialogue et les inventaires approfondis conduits à l'occasion de l'élaboration du document d'objectifs peuvent donner lieu à des révisions de périmètre.

En cas de modification du périmètre d'un site Natura 2000, il est évidemment nécessaire de prévoir une procédure. Or cette procédure doit être allégée pour permettre la consultation des communes et des établissements publics de coopération intercommunale concernés. Avec cet amendement, seuls les communes et les EPCI territorialement concernés par la modification de périmètre seraient consultés. Il deviendrait donc inutile de consulter toutes les communes et les EPCI concernés par le site lui-même.

M. le président. L'amendement n° 360 rectifié, présenté par MM. Le Grand,  Oudin et  Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L'article L. 4141 du code de l'environnement est ainsi modifié :

° Après le premier alinéa du V, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Ces mesures sont définies en concertation avec les collectivités territoriales intéressées et leurs groupements concernés ainsi qu'avec des représentants des propriétaires et exploitants des terrains inclus dans le site et des intérêts socioprofessionnels concernés. »

° Dans la première phrase du deuxième alinéa du V, les mots : « Ces mesures », sont remplacés par le mot : « Elles »

° Dans la première phrase du dernier alinéa du V, après les mots : « dans le cadre des contrats », sont insérés les mots : « ou des chartes »

La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Il est clair qu'il existe une convergence entre toutes les observations qui ont été formulées par M. Amoudry, Mme David et M. Jarlier.

Il s'agit, à partir de là, d'élaborer un dispositif cohérent, efficace et satisfaisant pour les uns comme pour les autres.

En adoptant cet amendement, qui vise à modifier l'article L. 414-1 du code de l'environnement, on lui donne un vrai sens politique. On met en quelque sorte un chapeau politique sur le dispositif Natura 2000.

Par ailleurs, et cela a constitué la pierre angulaire du rapport que j'ai eu l'honneur de présenter, c'est aux élus de se réapproprier le processus ; ils ne doivent pas le subir. Pour cela, il est nécessaire de modifier les différents éléments dudit processus.

C'est la raison pour laquelle j'ai proposé une condition sine qua non : l'implication des élus locaux. Il faut faire confiance et à la démocratie en général et à la démocratie de proximité en particulier.

C'est in situ que l'on peut le mieux juger d'éventuels dérangements ou perturbations, par exemple. Ces notions n'ont absolument pas la même signification selon l'endroit.

Ce principe doit être affirmé ; il faut faire confiance aux élus. C'est le socle des dispositions qui sont proposées. Je dirais même qu'il s'agit en quelque sorte d'un préalable à l'adoption de mes autres amendements, qui découleront de cette affirmation. Cela va nous permettre de réinscrire le comité national de suivi dans notre protocole d'action.

Prenons le raisonnement à l'envers : partons d'un comité local, animé par des élus qui définiront l'organisme chargé de la rédaction du document d'objectifs. Il se peut que, dans un même département ou dans une même région, sur plusieurs sites Natura 2000, on constate quelques incohérences dans l'approche de la gestion ou de l'écriture du document d'objectifs.

Tout en faisant confiance à la démocratie de proximité pour élaborer le document d'objectifs et assurer la gestion du comité local, il est donc souhaitable d'instituer une première instance d'arbitrage chargée de veiller à la cohérence des choses. D'où la création des comités départementaux.

On arrive ensuite à l'échelon national, et il faut réaffirmer l'existence et la valeur du comité national de suivi Natura 2000.

Mais dans ce processus en forme de poupée gigogne, le point de départ, la pièce centrale, c'est le dispositif local.

En conclusion, il s'agit de réaffirmer l'action de la France dans ce domaine. Notre pays a souvent été montré du doigt. On disait : « La France est en retard, la France ne désigne pas assez, la France n'est pas le bon élève de la classe, etc. » En fait, la France est, à ma connaissance, le seul pays à vouloir désigner mais aussi, car nous avons le souci de ne pas lancer des leurres, à définir les modalités de gestion des espaces désignés. Or c'est un exercice beaucoup plus difficile à réaliser que la simple désignation, qui, au fond, n'engage pas à grand-chose.

Alors profitons de la discussion de cet amendement pour réaffirmer que nous n'avons pas à rougir de ce que nous avons fait. Nous sommes exactement dans l'esprit de la directive.

M. le président. Le sous-amendement n° 948, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

I - Dans le texte proposé par le troisième alinéa (1°) de l'amendement n° 360 rectifié pour modifier l'article L. 4141 du code de l'environnement, après les mots :

en concertation

insérer le mot :

notamment

II - Dans le même texte, remplacer les mots :

des propriétaires

par les mots :

de propriétaires

III - A la fin du même texte, supprimer les mots :

et des intérêts socioprofessionnels concernés

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur Le Grand, le Gouvernement partage l'esprit de votre amendement, qui vise à affirmer que la gestion des sites Natura 2000 doit être déterminée en concertation avec les élus locaux et les acteurs de terrain.

Toutefois, pour ne pas alourdir le texte législatif, je crois préférable de supprimer, dans cet amendement, la référence aux socioprofessionnels et d'y intégrer le terme « notamment », qui permet au niveau réglementaire de préciser les acteurs concernés par la concertation, mais sans prétendre, là encore, à l'exhaustivité, qui aboutit toujours à des difficultés.

Il convient également, pour éviter toute difficulté contentieuse et pratique, de viser les représentants « de » propriétaires et exploitants, plutôt que les représentants « des » propriétaires et exploitants. En effet, au vu des surfaces concernées, il est quelquefois extrêmement difficile de retrouver et de s'assurer de la représentation de tous les propriétaires. D'ailleurs, il n'existe que rarement des organisations représentatives de l'ensemble de ces propriétaires.

C'est la raison pour laquelle, monsieur Le Grand, je suis favorable à votre amendement, sous réserve de l'adoption du sous-amendement que je propose.

M. le président. L'amendement n° 893, présenté par MM. César, Alduy, P. André, Bailly, Barraux, Bécot, Bizet, Braye, Cleach, Cornu, Doublet, Émin, Ferrand, Flandre, Fouché, Gérard, Gerbaud, Ginésy, Grignon, Grillot, Gruillot, Hérisson, Leroy, Marest, Monory, Natali, Pépin, Revet, Revol, Sido, Texier, Trillard, Vial, Vasselle, Mouly et Murat, est ainsi libellé :

Après le premier alinéa du V de l'article L. 414-1 du code de l'environnement, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Les sites sont délimités en référence au cadastre en vigueur. Ils font l'objet d'un affichage en mairie, ainsi que d'une publicité dans un journal départemental. »

La parole est à M. Gérard César.

M. Gérard César. Il s'agit d'un amendement de précision. Nous souhaitons qu'il y ait une délimitation des sites en référence au cadastre. En effet, un certain nombre de propriétaires ne savent pas où se situent exactement les limites des zones Natura 2000.

M. le président. L'amendement n° 530 rectifié bis, présenté par MM. Jarlier, J. Blanc, Amoudry, Faure, Bailly, Balarello, Barraux, Besse, P. Blanc, Braun, Carle, Cazalet, Émin, Ferrand, Fournier, Geoffroy, Ginésy, Grillot, Gruillot et Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson, Humbert, Juilhard, Lesbros, Mathieu, Pépin, Puech, Revol, Saugey, Torre, Trucy, Vial, Badré, J. Boyer, Mercier et Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après la deuxième phrase du deuxième alinéa du V de l'article L. 4141 du code de l'environnement, il est inséré une phrase ainsi rédigée :

« Elles comprennent néanmoins des mesures d'indemnisation si des pertes d'exploitation résultent des mesures de préservation sus-mentionnées. »

La parole est à M. Pierre Jarlier.

M. Pierre Jarlier. Il s'agit d'introduire le principe d'un droit à indemnisation en cas de pertes d'exploitation avérées du fait de la mise en oeuvre des règles de préservation établies par les documents d'objectifs, indépendamment de la rémunération de bonnes pratiques dans le cadre de contrats Natura 2000.

M. le président. L'amendement n° 363 rectifié, présenté par MM. Le Grand, Oudin et Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L'article L. 414-3 du code de l'environnement est ainsi modifié :

1° Le premier alinéa est complété par les mots : « ou de contrats d'agriculture durable »

2° La première phrase du deuxième alinéa est ainsi rédigé : « Le contrat Natura 2000 comporte un ensemble d'engagements conformes aux orientations de gestion et aux mesures définies par le document d'objectifs et qui justifient une aide publique pour leur mise en oeuvre ».

3° Il est inséré in fine, un alinéa ainsi rédigé : « Les titulaires de droits réels et personnels portant sur les terrains inclus dans le site peuvent conclure une convention de gestion dénommée « charte Natura 2000 » comportant un ensemble d'engagements conformes aux orientations de gestion et aux mesures définies par le document d'objectifs et qui ne justifient pas d'aide publique pour leur mise en oeuvre ».

La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Cet amendement a pour objet de compléter la rédaction de l'article L. 414-3 du code de l'environnement. Cela relève également du processus que j'ai défini tout à l'heure.

Il s'agit de simplifier la définition du contenu des contrats. J'ai omis de le préciser tout à l'heure, au-delà de la seule simplification, nous envisageons aussi les modalités de financement de ces contrats. En effet, définir les modalités de gestion sans mettre en place les moyens nécessaires reviendrait à n'accomplir qu'une toute petite partie du chemin.

Par conséquent, à côté du contrat, il faut prévoir une convention de gestion. Celle-ci, appelée « chartes Natura 2000 », n'ouvre pas droit à une aide publique de l'Etat, mais formalise un engagement volontaire du propriétaire. C'est d'ailleurs une mesure que j'avais préconisée dans mon rapport d'information.

En effet, il peut y avoir, ici ou là, des personnes souhaitant contracter avec l'Etat à titre gratuit. Parmi les associations que j'ai pu rencontrer, les propriétaires de l'association Petites îles de France ne demandent ainsi rien d'autre que de pouvoir gérer leurs sites dans l'esprit de la charte, sans quémander en contrepartie une quelconque participation de l'Etat.

Il faut, me semble-t-il, encourager la vertu. Pourquoi la loi ne viserait-elle pas aussi le cas de ceux qui veulent agir, mais qui ne demandent rien en échange.

M. le président. L'amendement n° 947, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L'article L. 414-3 du code de l'environnement est ainsi modifié :

1° Le premier alinéa est précédé de la mention : « I. - »

2° A la fin du premier alinéa, les mots : « contrats territoriaux d'exploitation » sont remplacés par les mots : « contrats portant sur des engagements agroenvironnementaux »

3° Dans la première phrase du deuxième alinéa, après les mots : « conformes aux orientations », sont insérés les mots : « et aux mesures »

4° Il est complété par un paragraphe ainsi rédigé :

« II. - Les titulaires de droits réels et personnels portant sur les terrains inclus dans le site peuvent adhérer à une charte Natura 2000. La charte Natura 2000 comporte un ensemble d'engagements définis par le document d'objectifs et pour lesquels le document d'objectifs ne prévoit aucune disposition financière d'accompagnement. Elle est annexée au document d'objectifs. »

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Les propositions de M. Le Grand vont dans une direction que le Gouvernement est prêt à suivre, s'agissant notamment des contrats agro-environnementaux.

Toutefois, je souhaite proposer une rédaction légèrement différente de celle qu'a choisie M. Le Grand, en retenant, certes, l'idée d'un engagement non rémunéré conforme aux orientations et aux mesures définies dans le document d'objectifs, mais sans pour autant créer un dispositif contractuel supplémentaire.

L'adhésion à la charte Natura 2000, qui devra être annexée au document d'objectifs, sera donc volontaire et pourra, selon les cas, être individualisée. Cela correspond, de la part du propriétaire, à un engagement réel mais ne doit pas entraîner de complications inutiles.

Un tel dispositif est donc complémentaire du dispositif des contrats Natura 2000, mais n'en complexifie pas les modalités de mise en oeuvre, en particulier pour les forêts. A cet égard, je veillerai à la bonne articulation avec la mise en oeuvre des documents de gestion forestière durable.

Par conséquent, monsieur Le Grand, je vous demanderai de bien vouloir retirer votre amendement au profit de l'amendement n° 947.

M. le président. Les amendements nos 531 rectifié bis et 532 rectifié bis sont présentés par MM. Jarlier, J. Blanc, Amoudry, Faure, Bailly, Balarello, Barraux, Besse, P. Blanc, Braun, Carle, Cazalet, Émin, Ferrand, Fournier, Geoffroy, Ginésy, Grillot, Gruillot et Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson, Humbert, Juilhard, Lesbros, Mathieu, Pépin, Puech, Revol, Saugey, Torre, Trucy, Vial, Badré, J. Boyer, Mercier et Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron.

L'amendement n° 531 rectifié bis est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Dans le premier alinéa de l'article L. 414-3 du code de l'environnement les mots : « contrats territoriaux d'exploitation » sont remplacés par les mots : « contrats d'agriculture durable »

L'amendement n° 532 rectifié bis est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

La deuxième phrase du deuxième alinéa de l'article L. 414-3 du code de l'environnement est ainsi rédigée :

« Il définit la nature et les modalités des concours et indemnisations de l'État, en distinguant notamment ce qui relève de la rémunération des prestations à fournir en contrepartie par le bénéficiaire, de ce qui correspond à la compensation des pertes d'exploitations reconnues. »

La parole est à M. Pierre Jarlier, pour présenter ces amendements.

M. Pierre Jarlier. L'amendement n° 531 rectifié bis est un amendement de coordination ayant pour objet de permettre aux exploitants agricoles de conclure des contrats Natura 2000 sous la forme de contrats d'agriculture durable.

L'amendement n° 532 rectifié bis a pour objet de renforcer les garanties des gestionnaires des espaces concernés au regard de leur droit légitime à gérer librement leurs biens. C'est sur ce fondement que les collectivités acquièrent le droit d'être saisies des modalités de gestion probables, désormais connues par type d'habitats grâce aux cahiers d'habitats, et qu'un droit à l'indemnisation est isolé afin de parer à toute perte d'exploitation qui pourrait résulter des nouveaux modes de gestion établis par les documents d'objectifs.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission va, me semble-t-il, donner satisfaction à beaucoup de monde, même si cela suppose le retrait de certains amendements dans la mesure où les uns et les autres ne sont pas toujours compatibles.

En réalité, pour chaque série d'amendements, il fallait faire un choix et la commission des affaires économiques a chaque fois préféré la rédaction des amendements présentés par M. Le Grand. Je demanderai donc aux auteurs des autres amendements de bien vouloir les retirer, tout en indiquant, au cas par cas, s'ils obtiennent totalement ou seulement en partie satisfaction.

Les amendements identiques nos 281 rectifié bis et 612 rectifié, ainsi que beaucoup d'autres, traitent de la délimitation et de la gestion des sites Natura 2000. Ils s'écartent quelque peu du contenu actuel de l'article L. 414-1 du code de l'environnement en mentionnant la transmission aux collectivités locales des cahiers d'habitat, qui ne sont que des documents techniques sans réelle valeur juridique.

Nous avons donc préféré retenir l'amendement n° 360 rectifié, dont la rédaction reprend très exactement les propositions qui avaient été faites dans le rapport, en introduisant notamment une véritable concertation avec les collectivités territoriales à travers la présidence du comité de pilotage et l'élaboration du document d'objectifs.

Par ailleurs, de préférence à l'indemnisation, le choix a été fait de la contractualisation des engagements de gestion. Monsieur Amoudry, madame David, nous avons ainsi retenu, non pas le terme « indemnisation », mais ce qui a été proposé par M. Le Grand dans son rapport, c'est-à-dire la contractualisation sur engagement. Le résultat revient au même, mais nous avons choisi d'adopter l'ensemble du « montage Le Grand ». C'est la raison pour laquelle je considère que vous aurez une satisfaction quasi-totale avec l'adoption de l'amendement n° 360 rectifié.

En ce qui concerne l'amendement n° 945 du Gouvernement, sur le principe, la commission ne voit pas d'objections à la mise en place d'une procédure allégée de consultation lorsqu'il s'agit de la modification du périmètre d'un site Natura 2000 et elle émet un avis favorable.

S'agissant de l'amendement n° 529 rectifié bis, il faut observer que les cahiers d'habitats n'ont pas de valeur juridique en eux-mêmes. Il s'agit simplement de documents exposant les enjeux environnementaux et les mesures de gestion préconisées pour les habitats spécifiques, et il est possible de lier la consultation des collectivités territoriales à la disponibilité de ces documents.

Là aussi, la commission émet un avis favorable sur le fond, mais, monsieur Jarlier, vous obtiendrez satisfaction avec l'adoption de l'amendement n° 360 rectifié. Je vous demanderai donc de bien vouloir retirer également cet amendement.

Nous en arrivons à l'amendement n° 360 rectifié, présenté par M. Le Grand, et au sous-amendement n° 948, présenté par le Gouvernement.

D'après votre rapport d'information, monsieur Le Grand, à la suite des auditions que vous avez menées, il est apparu que les acteurs socioprofessionnels étaient insuffisamment associés à la procédure de Natura 2000, d'où leur mention à l'article L. 4141 du code de l'environnement prévue dans cet amendement. Cette mention est d'ailleurs également prévue à l'article L. 414-2 du même code dans l'amendement n° 361 rectifié qui sera présenté un peu plus tard.

Il faut adopter un tel principe de concertation, qui est un élément très fort des propositions contenues dans votre rapport.

Il me semble, monsieur Le Grand, que le sous-amendement n° 948 du Gouvernement ne dénature pas votre amendement puisqu'il apporte simplement une petite modification à propos des acteurs socioprofessionnels.

Par conséquent, la commission a émis un avis favorable sur l'amendement n° 360 rectifié et sur le sous-amendement n° 948.

L'amendement n° 893 rectifié a pour objet de compléter l'article L. 414-1 du code de l'environnement. Il n'est pas raisonnable de demander que l'ensemble des sites Natura 2000 soient délimités par référence au cadastre, étant donné l'étendue géographique de certaines zones. En revanche, monsieur César, je vous l'ai dit tout à l'heure, cette délimitation se fera par référence au cadastre pour les seules parcelles qui font l'objet d'un contrat Natura 2000. Or c'est ce qui est justement prévu dans les amendements nos 363 rectifié et 364 rectifié.

Comme vous obtiendrez intégralement satisfaction avec ces deux amendements, je vous demande de bien vouloir retirer le vôtre.

J'en viens à l'amendement n° 530 rectifié bis. Pour la gestion des sites Natura 2000, le choix a été fait de privilégier la voie contractuelle afin de compenser les engagements de gestion souscrits dès lors qu'ils affectent les résultats économiques d'une exploitation.

De plus, dans son rapport d'information, M. Le Grand avait souhaité que les terrains inclus dans un site Natura 2000 et sur lesquels des engagements de gestion avaient été souscrits puissent bénéficier d'une exonération de taxe foncière sur le non bâti. Tel est le montage qu'il propose avec les amendements nos 363 rectifié et 364 rectifié. Monsieur Jarlier, vous avez donc entière satisfaction. Je vous suggère par conséquent de retirer votre amendement au profit de ceux de M. Le Grand.

J'en arrive à l'amendement n° 363 rectifié, présenté par M. Le Grand.

Nous avions émis, en commission, un avis favorable s'agissant de la convention de gestion dénommée « charte Natura 2000 ». Il faut rappeler que cette disposition proposée dans le rapport d'information est demandée par un certain nombre de gestionnaires. Ceux-ci souhaitent ainsi faire connaître et en quelque sorte « labelliser » la gestion qu'ils pratiquent sur leur site Natura 2000 et qui a permis le maintien de ces habitats remarquables. Cette convention permet de garantir que les bonnes pratiques qui y sont conduites sont bien conformes au contenu du document d'objectifs.

Monsieur le ministre, vous proposez, dans l'amendement n° 947, une rédaction légèrement différente. Puisque nous avons émis un avis favorable sur l'amendement n° 363 rectifié en commission, il m'est difficile d'émettre un avis favorable sur un amendement légèrement différent.

Toutefois, si M. Le Grand trouvait une réponse à ses préoccupations dans l'amendement n°  947, il pourrait, cette fois-ci, retirer son amendement. La commission émettrait alors un avis favorable sur cet amendement.

Monsieur Jarlier, je vous invite à retirer l'amendement n° 531 rectifié bis puisque vos interrogations trouveront une réponse avec l'adoption de l'amendement n° 363 rectifié ou avec celle de l'amendement n° 947.

Quant à votre amendement n° 532 rectifié bis, il est satisfait par l'amendement n° 363 rectifié et par l'amendement n° 364 rectifié, qui sera examiné tout à l'heure.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je ne reviens pas sur les arguments que j'ai énoncés lors de la présentation des amendements du Gouvernement.

Celui-ci souhaite le retrait des amendements n°s 281 rectifié bis et 612 rectifié. L'amendement n° 360 rectifié, assorti de son propre sous-amendement, lui semble en effet préférable.

Il souhaite également le retrait de l'amendement n° 529 rectifié bis au profit de l'amendement n° 360 rectifié.

S'agissant de l'amendement n° 893, monsieur César, je m'inquiète des conséquences d'une obligation de procéder à une délimitation cadastrale.

L'identification précise des parcelles ne s'impose que dans l'optique d'un contrat Natura 2000. Exiger une délimitation cadastrale systématique reviendrait à alourdir et à compliquer les démarches administratives. Pour les parcelles non contractualisées au titre de Natura 2000, une telle délimitation est inutile puisque aucune mesure particulière n'est mise en oeuvre.

Accroître la publicité et l'information sur la désignation des sites est en effet nécessaire, mais cette évolution relève de dispositions réglementaires. Des mesures de cette nature viendront prochainement préciser que l'arrêté de désignation et la carte du site Natura 2000 doivent être communiqués aux maires des communes concernées. Ces derniers pourront alors les afficher en mairie, comme c'est souhaitable. Le Gouvernement est donc défavorable à cet amendement.

Il est également défavorable aux amendements n°s 530 rectifié bis et 363 rectifié, auxquels il préfère l'amendement n° 947.

S'agissant de l'amendement n° 531 rectifié bis, le Gouvernement partage l'avis défavorable de la commission. La notion de contrat d'agriculture durable est traitée dans un autre amendement.

Je termine avec l'amendement n° 532 rectifié bis, auquel le Gouvernement est également défavorable, comme il le fut sur un amendement précédent qui traitait lui aussi du droit à indemnisation.

M. le président. L'amendement n° 281 rectifié bis est-il maintenu, monsieur Amoudry ?

M. Jean-Paul Amoudry. Monsieur le président, avant de décider si je retire mon amendement, je souhaite obtenir des explications complémentaires de M. le ministre ou de M. le rapporteur.

Il existe de nombreuses convergences entre les propositions figurant dans le rapport de M. Le Grand et les travaux que certains d'entre nous ont conduits sur le dossier de la montagne, travaux qui ont été repris par Mme David et par M. Jarlier.

Si cet amendement est satisfait, il l'est par la voie du conventionnement. M. le ministre vient d'indiquer qu'il n'est pas question d'indemnisation. Or, sur le terrain, nous rencontrons de nombreuses difficultés pour savoir ce qu'il en est des rémunérations des prestations de services.

L'indemnisation, qui est un des principes généraux du droit, est revendiquée avec force. Je souhaite donc savoir si, dans le conventionnement, il est possible de dissocier la rémunération explicite des prestations de services et, en cas de préjudice réel, direct, certain, dûment constaté, la possibilité d'une indemnisation.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je précise tout d'abord que les mesures de gestion sont définies, lors de l'élaboration des documents d'objectifs, en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés. Ces mesures ne sauraient donc faire l'objet d'un avis en amont, avant même la concertation.

Par ailleurs, je le rappelle, la création d'un site Natura 2000 n'entraîne pas en soi de contraintes pour les propriétaires ou pour les exploitants. Il n'y a donc pas lieu d'envisager un régime de compensation, celle-ci ne pouvant être que la contrepartie de mesures imposées.

Les contrats Natura 2000 prévoient l'octroi d'aides de l'Etat en contrepartie des prestations de services fournies. Les mesures de gestion au titre de Natura 2000 étant contractuelles elles ne peuvent donc être mises en oeuvre qu'avec l'accord des propriétaires et des exploitants, qui acceptent en toute connaissance les clauses du contrat.

Telles sont les raisons pour lesquelles j'émets un avis défavorable sur cet amendement, auquel je préfère l'amendement n° 363 rectifié.

M. Jean-Paul Amoudry. Dans ces conditions, je retire l'amendement n° 281 rectifié bis.

M. le président. L'amendement n° 281 rectifié bis est retiré.

L'amendement n° 612 rectifié est-il maintenu, madame David ?

Mme Annie David. J'ai entendu M. le rapporteur nous assurer que la rédaction de l'amendement présenté par M. Le Grand répondait pour une grande part aux souhaits de l'Association nationale des élus de la montagne.

Je m'interroge, comme M. Amoudry, sur la dissociation de l'indemnisation et de la rémunération pour prestations de services.

Les explications de M. le ministre ne me convainquent qu'à moitié, mais l'objet essentiel de cet amendement était de soulever la question de la gestion des sites Natura 2000 en montagne. Il s'agit d'un amendement d'appel, visant à montrer que la démocratie locale permet aux élus de s'emparer de la gestion des sites Natura 2000 et de se montrer plus volontaires.

Bien que les explications qui nous ont été données sur l'indemnisation me laissent perplexe, je veux bien vous faire confiance, monsieur le ministre, et je retire cet amendement. Il reste que, en montagne, la gestion des sites Natura 2000 soulève de nombreuses interrogations.

M. le président. L'amendement n° 612 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 945 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

L'amendement n° 529 rectifié bis est-il maintenu, monsieur Jarlier ?

M. Pierre Jarlier. Les explications qui nous ont été fournies nous donnent satisfaction sur de nombreux points. En conséquence, je retire l'amendement n° 529 rectifié bis, ainsi que les amendements n°s 530 rectifié bis, 531 rectifié bis et 532 rectifié bis.

Grâce aux amendements de M. Le Grand et aux améliorations proposées par le Gouvernement, la concertation présidera à la mise en place des procédures Natura 2000. La contractualisation sera plus aisée. Les collectivités pourront intervenir en amont. Les futurs comités de pilotages devraient faciliter les démarches.

J'insiste, comme M. Amoudry, sur l'indemnisation. Cette question reste en suspens. Vous avez souligné, monsieur le ministre, que les modes de gestion proposés dans les contrats Natura 2000 n'entraîneraient pas nécessairement des pertes d'exploitation. Toutefois, certaines mesures agro-environnementales peuvent provoquer une diminution du potentiel de production sur un secteur. Il est donc important d'envisager la façon de compenser les pertes d'exploitation.

Cela dit, je suis satisfait des solutions qui ont été proposées pour permettre une meilleure participation des collectivités et des acteurs locaux au dispositif Natura 2000. Ils pourront ainsi se réapproprier ce dispositif qui peut constituer un excellent mode de gestion de certains sites sensibles.

M. le président. Les amendements n°s 529 rectifié bis, 530 rectifié bis, 531 rectifié bis et 532 rectifié bis sont retirés.

La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote sur le sous-amendement n° 948.

M. Jean-Louis Carrère. Je voterai ce sous-amendement et l'amendement n° 360 rectifié, modifié. Je tiens cependant à vous faire part de ma stupéfaction.

Si le Sénat s'empare, à juste titre, du dossier Natura 2000 en restituant leurs prérogatives aux collectivités locales et en rendant justice à la concertation, il le fait avec un retard qui ne laisse pas de susciter des interrogations. J'aurais souhaité qu'il s'y intéressât plus tôt, comme nous le fîmes dans certains départements, notamment dans les Landes.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 948.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. La parole est à M. Denis Badré, pour explication de vote sur l'amendement n° 360 rectifié.

M. le président. La parole est à M. Denis Badré, pour explication de vote.

M. Denis Badré. Notre collègue Jean-François Le Grand a rappelé tout à l'heure quels étaient les enjeux de Natura 2000 et en a souligné l'importance, comme il l'avait fait dans le rapport dont il a déjà été plusieurs fois question.

Je suis de ceux qui pensent que Natura 2000 peut être la meilleure ou la pire des choses. Natura 2000 peut braquer tout le monde et contre l'environnement et contre l'Europe, c'est-à-dire deux causes qui nous sont chères.

J'étais rapporteur pour avis de la commission des finances lors du débat sur la transposition par ordonnance de la directive Natura 2000. A l'époque, si nous avions demandé que cette directive ne soit pas transposée de cette manière, c'était précisément parce que nous pensions qu'il fallait que les Français se l'approprient à travers leur représentation parlementaire afin qu'elle puisse être bien acceptée et qu'elle ne donne pas lieu à des réactions de rejet.

C'est pourquoi nous avons différé le débat. Celui-ci a lieu aujourd'hui, en aval des travaux menés par notre collègue Jean-François Le Grand et sur la base de la proposition de synthèse que vient de nous présenter notre rapporteur. Je m'en réjouis.

C'est dans cet esprit que j'avais soutenu l'amendement de Jean-Paul Amoudry, qui présentait déjà, sur l'initiative des élus de la montagne, un début de synthèse, laquelle me paraissait tout à fait satisfaisante.

S'il avait fallu choisir entre l'Europe et Natura 2000, j'aurais sacrifié Natura 2000. J'étais donc de ceux qui préfèrent que l'on arrive à trouver une solution permettant de faire l'Europe et Natura 2000.

C'est ce à quoi nous arrivons aujourd'hui. C'est pourquoi je voterai avec un grand bonheur l'amendement n° 360 et les autres amendements qui ont été présentés par Jean-François Le Grand.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je souhaite répondre brièvement aux propos de M. Carrère : si les élus, et en particulier les sénateurs, qui sont les représentants des collectivités locales, se saisissent maintenant de Natura 2000, c'est parce que nous sommes dans une phase plus satisfaisante au regard de l'exigence de concertation. Les acteurs locaux sont maintenant concernés par la procédure, alors même que sa mise en place, au départ, les avait complètement exclus, et c'était évidemment l'objet du rapport de M. Le Grand.

Les représentants des collectivités territoriales se sentant désormais impliqués parce qu'ils sont consultés, ils prennent naturellement en charge ce dossier extrêmement important.

Par ailleurs, je comprends que, M. Badré étant issu du ministère dont je suis responsable, il veuille faire avancer à la fois l'Europe et Natura 2000. (Sourires.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 360, modifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53

Monsieur César, l'amendement n° 893 est-il maintenu ?

M. Gérard César. Nous le retirons, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 893 est retiré.

Monsieur Le Grand, l'amendement n° 363 rectifié est-il maintenu ?

M. Jean-François Le Grand. Je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 363 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 947.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

L'amendement n° 361 rectifié, présenté par MM. Le Grand,  Oudin et  Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L'article L. 414-2 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

« L. 414-2.-I. - Pour chaque site Natura 2000 un document d'objectifs définit les orientations de gestion, les mesures prévues à l'article L. 4141, les modalités de leur mise en oeuvre et les dispositions financières d'accompagnement.

« Le document d'objectifs peut être élaboré et approuvé à compter de la notification à la Commission européenne de la proposition d'inscription d'une zone spéciale de conservation, ou de la désignation d'une zone de protection spéciale.

« II. - Pour l'élaboration et le suivi de la mise en oeuvre du document d'objectifs, un comité de pilotage Natura 2000 est créé par l'autorité administrative.

« Ce comité comprend les collectivités territoriales intéressées et leurs groupements concernés ainsi que, notamment, des représentants des propriétaires et exploitants des terrains inclus dans un site Natura 2000 et des intérêts socioprofessionnels concernés.

« III. - Les représentants des collectivités territoriales et de leurs groupements désignent parmi eux le président du comité de pilotage Natura 2000 ainsi que la collectivité territoriale ou le groupement chargé de l'élaboration et du suivi de sa mise en oeuvre.

« IV. - Une fois établi, le document d'objectifs est approuvé par l'autorité administrative. Si le document d'objectifs n'a pas été soumis à son approbation dans les deux ans qui suivent la création du comité de pilotage Natura 2000, l'autorité administrative peut prendre en charge son élaboration.

« V. - Lorsque le site est entièrement inclus dans un terrain relevant du ministère de la défense, le document d'objectifs est établi par l'autorité administrative.

« Le comité de pilotage Natura 2000 est associé à l'élaboration et à la mise en oeuvre du document d'objectifs.

« VI. - Une convention est conclue entre l'Etat et la collectivité territoriale ou le groupement désigné dans les conditions prévues au III afin de définir les modalités et les moyens d'accompagnement nécessaires à l'élaboration du document d'objectifs et au suivi de sa mise en oeuvre. »

La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Je dirai d'abord qu'un bon projet est avant tout un projet partagé. Nous avons eu tout à l'heure l'occasion de le dire, il fallait que les élus se réapproprient le processus. Il s'agit donc d'inscrire dans le texte que le comité de pilotage est présidé par un élu.

Mais il n'est pas impossible qu'il puisse y avoir, ici ou là, défaillance et qu'un élu s'en retire. Dans ce cas, il faudra que l'autorité administrative puisse se substituer à l'élu.

Par ailleurs, l'autorité administrative, garante de la mise en oeuvre de Natura 2000, doit conserver l'initiative de la création du comité de pilotage. En effet, je le rappelle en particulier à l'intention de M. Carrère, j'avais dès 1998 formulé des observations sur le sujet en expliquant que, si on laissait Natura 2000 être la « chose » des scientifiques, de ceux qui « savent » et qui vont désigner, sans que les autres acteurs de terrain soient en quoi que ce soit associés, on irait à l'échec.

Nous avons donc constaté les difficultés auxquelles nous avons tous fait allusion. Cela peut aujourd'hui être corrigé avec les dispositions que je propose.

De même, il est prévu qu'une convention est signée entre l'Etat et la collectivité territoriale et que cette convention arrête les modalités et les moyens d'accompagnement apportés par l'Etat. Il ne serait pas convenable que l'Etat se désengage totalement au prétexte que la collectivité aurait pris le relais.

Je pense que, sur ce point, de même que sur le suivi de la mise en oeuvre du document d'objectifs, nous serons tous d'accord.

Enfin, une dernière disposition concerne un cas relativement peu fréquent : il s'agit des terrains qui relèvent du ministère de la défense. C'est là une disposition tout à fait particulière. Il est proposé que l'élaboration du document d'objectifs reste de la compétence de l'Etat puisqu'il s'agit de terrains de l'Etat.

M. le président. Le sous-amendement n° 946, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

I - Dans le III du texte proposé par l'amendement n° 361 rectifié pour l'article L. 4142 du code de l'environnement, après les mots :

chargé de l'élaboration

insérer les mots :

du document d'objectifs

II - Compléter le III du même texte par un alinéa ainsi rédigé :

«  A défaut, la présidence du comité de pilotage Natura 2000 ainsi que l'élaboration du document d'objectifs et l'animation nécessaire à sa mise en oeuvre sont assurées par l'autorité administrative.

III - Rédiger comme suit le V du même texte :

« V - Lorsque le site est entièrement inclus dans un terrain relevant du ministère de la défense, l'autorité administrative préside le comité de pilotage Natura 2000 et établit le document d'objectifs en association avec le comité de pilotage Natura 2000.

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. J'ai presque eu l'impression que M. Le Grand défendait le sous-amendement du Gouvernement, ce qui est d'ailleurs une bonne chose.

M. Jean-François Le Grand. C'était une anticipation ! (Sourires.)

M. Serge Lepeltier, ministre. La proposition de M. Le Grand vise à mettre en place une responsabilité partagée entre l'Etat et les collectivités pour la gestion des sites, tout en faisant en sorte que l'Etat demeure garant des objectifs à atteindre au regard des engagements européens de la France. Le Gouvernement est donc favorable à cette évolution.

Cependant, pour résoudre d'éventuelles difficultés liées à une absence de volontariat de la part des collectivités pour présider le comité de pilotage ou prendre en charge l'élaboration du document d'objectifs, il est nécessaire de permettre à l'Etat d'assurer les fonctions et missions ainsi délaissées.

C'est la raison pour laquelle je suis favorable à l'amendement n° 361 rectifié, assorti du sous-amendement présenté par le Gouvernement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission a donné un avis très favorable. C'est un point clé du dispositif présenté dans le rapport Le Grand.

Il est précisé que le fameux document d'objectifs définira les orientations et modalités de gestion pour chaque site Natura 2000, que c'est un comité de pilotage qui conduira tout le travail nécessaire pour atteindre ces objectifs, que ce sera un représentant des collectivités territoriales qui le présidera et qu'une convention sera signée entre l'Etat et les collectivités territoriales pour fixer les modalités et les moyens d'accompagnement apportés par l'Etat en vue de l'élaboration et de la mise en oeuvre du document d'objectifs.

Un ou deux cas de figure qui avaient été oubliés. Le sous-amendement est là pour réparer cette omission. Il peut en effet arriver qu'aucun élu ou qu'aucune collectivité territoriale n'ait envie de présider le comité de pilotage. C'est ce à quoi remédie le sous-amendement du Gouvernement, auquel la commission a donné un avis très favorable.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 946.

(Le sous-amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 361 rectifié, modifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

L'amendement n° 362 rectifié, présenté par MM. Le Grand,  Oudin et  Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Les documents d'objectifs en cours d'élaboration à la date de publication de la loi n°        du       relative au développement des territoires ruraux continuent à être élaborés dans les conditions prévues avant son entrée en vigueur. En revanche, leur mise en oeuvre est conduite dans les conditions prévues à l'article L 414-2 du code de l'environnement tel que modifié par la loi précitée.

La présidence des comités de pilotage Natura 2000 créés par l'autorité administrative avant l'entrée en vigueur de la loi précitée est transférée à un représentant d'une collectivité territoriale ou d'un groupement membre du comité de pilotage dans des conditions définies par décret.

Le sous-amendement n° 949, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Compléter le dernier alinéa de l'amendement n° 362 rectifié par les mots :

à l'exception de la présidence des comités de pilotage des sites Natura 2000 entièrement inclus dans un terrain relevant du ministère de la défense

La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Il s'agit simplement de mettre en place les dispositions transitoires qui sont applicables au document d'objectifs en cours d'élaboration lorsqu'il y a transfert de présidence. Cela va de soi, mais cela va encore mieux en le disant.

M. le président. La parole est à M. le ministre, pour présenter le sous-amendement n° 949.

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement est favorable à l'amendement sous réserve que soit prise une disposition particulière relative aux terrains du ministère de la défense. Ainsi, lorsque le site est entièrement inclus dans un terrain relevant du ministère de la défense, il convient que le comité de pilotage reste présidé par l'Etat.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Comme l'a rappelé notre collègue Carrère tout à l'heure, de nombreuses collectivités n'ont pas attendu ce texte et les dispositions que nous examinons aujourd'hui pour travailler sur les sites Natura 2000.

Des dispositions transitoires sont donc nécessaires C'est pourquoi la commission est favorable à l'amendement ainsi qu'au sous-amendement.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 949.

(Le sous-amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 362 rectifié, modifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

L'amendement n° 364 rectifié, présenté par MM. Le Grand,  Oudin et  Doublet, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

A. - Après l'article 1395 D du code général des impôts, il est inséré un article 1395 E ainsi rédigé :

« Art. ... -I. Les propriétés non bâties classées dans les première, deuxième, troisième , cinquième, sixième et huitième catégorie définies à l'article 18 de l'instruction ministérielle du 31 décembre 1908 sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés non bâties perçue au profit des communes et de leurs établissements publics de coopération intercommunale lorsqu'elles figurent sur une liste arrêtée par le préfet à l'issue de l'approbation du document d'objectifs d'un site Natura 2000 et qu'elles font l'objet d'un engagement de gestion défini à l'article L. 4143 du code de l'environnement pour cinq ans conformément au document d'objectifs en vigueur.

« L'exonération est applicable pendant cinq ans à compter de l'année qui suit celle de la signature de l'engagement ou du contrat et est renouvelable.

« La liste des parcelles concernées ainsi que les modifications qui sont apportées à cette liste sont communiquées par le préfet à l'administration des impôts avant le 1er septembre de l'année qui précède l'année d'imposition.

« II. 1. Pour bénéficier de l'exonération, le propriétaire doit fournir au service des impôts avant le 1er janvier de la première année au titre de laquelle l'exonération est applicable ou renouvelable l'engagement souscrit concernant les parcelles lui appartenant inscrites sur la liste dressée par le préfet. Pour les parcelles données à bail en application des articles L. 4111 et suivants du code rural, le bailleur informe le preneur de l'engagement qu'il a pris ou le contrat doit être cosigné par le preneur.

« 2. L'exonération ne concerne pas les propriétés non bâties exonérées en application des articles 1394 B et 1649.

« 3. Lorsque le contribuable remplit à la fois les conditions requises pour bénéficier de l'une des exonérations mentionnées à l'article 1395 et de celle du présent article, l'exonération prévue par l'article 1395 est applicable.

« Lorsque le contribuable remplit à la fois les conditions requises pour bénéficier de l'une des exonérations mentionnées aux articles 1395 A, 1395 B et 1395 C et de celle du présent article, l'exonération prévue par le présent article est applicable.

« Les dispositions du présent 2 sont également applicables aux exonérations en cours au 1er janvier de la première année au titre de laquelle le redevable peut bénéficier de l'exonération prévue au présent article.

« III. En cas d'inscription erronée sur la liste ou lorsque les conditions pour bénéficier de l'exonération ne sont pas respectées, les impositions en résultant sont établies au profit de l'Etat dans les conditions prévues à l'article L. 173 du livre des procédures fiscales. »

B - L'Etat compense, chaque année, les pertes de recettes résultant pour les communes et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre, de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties accordée en application du A. La compensation n'est pas applicable aux établissements publics de coopération intercommunale qui font application du II de l'article 1609 nonies C du code général des impôts.

Cette compensation est égale au produit obtenu en multipliant, la perte de base résultant, chaque année et pour chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, de l'exonération par le taux de la taxe foncière sur les propriétés non bâties voté en 2003 par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale.

La base d'imposition à retenir ne tient pas compte de la majoration prévue au deuxième alinéa de l'article 1396.

Pour les communes qui appartiennent à un établissement public de coopération intercommunale sans fiscalité propre, le taux voté par la commune est majoré du taux appliqué au profit de l'établissement public de coopération intercommunale.

Pour les communes qui sont membres d'un établissement public de coopération intercommunale soumis, à compter du 1er  janvier 2004, aux dispositions l'article 1609 nonies C du code général de impôts, le taux appliqué en 2003 dans al commune est majoré du taux voté en 2003 par l'établissement.

C. - Les dispositions du A s'appliquent aux impositions établies à compter du 1er janvier 2005.

D - Les pertes de recettes sont compensées à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

La parole est à M. Jean-François Le Grand.

M. Jean-François Le Grand. Tout à l'heure, notre excellent rapporteur a fort aimablement souligné l'importance qu'il y avait à faire présider les comités locaux par des élus locaux.

Mais il est non moins important de prévoir les financements nécessaires à la mise en oeuvre du dispositif. S'il n'y a pas d'engagements particuliers autres que de continuer les bonnes pratiques, il n'y a pas de financements particulier à prévoir : on ne va pas financer M. Jourdain pour continuer de faire de la prose. En revanche, quand on demande de faire autre chose, alors, il doit y avoir compensation.

Est donc notamment proposée une mesure d'exonération du foncier non bâti lorsque les propriétaires ont souscrit un engagement de gestion conforme aux orientations du document d'objectifs.

J'ai la faiblesse de penser qu'il est plus intelligent de ne pas prélever un impôt sur des zones qui se caractérisent par ailleurs par une faible rentabilité plutôt que de le prélever pour restituer ensuite les sommes versées. La logique et l'efficacité y gagnent, sans parler des économies réalisées en termes de recouvrement de l'impôt ni, surtout, de l'effet psychologique. Amener quelqu'un à avoir un comportement respectueux en lui disant « vous allez être exonéré », c'est aussi très important, même si les sommes en cause ne sont pas considérables.

Pare ailleurs, je sais qu'il est parfois difficile de rendre des arbitrages. Mais il faut rappeler que l'Etat est garant de la mise en oeuvre du réseau Natura 2000 vis-à-vis de l'Europe et qu'il lui faut donc pouvoir y consacrer les financements nécessaires. Quelle qu'en soit la forme, un tel engagement est incontournable.

Au demeurant, faute d'une participation de l'Etat, on passerait à coté de l'essentiel, d'autant que la directive prévoit des cofinancements européens. Des sommes ont été inscrites dans le budget européen au titre des cofinancements la gestion des espaces qui auront été désignés. Cela étant, pour que la mise en oeuvre soit effective, il faut un programme ambitieux et, si l'Etat ne prend pas d'engagement financier, il n'y aura pas de cofinancement de l'Europe.

Tels sont les arguments qui me paraissent justifier l'adoption de cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Joël Bourdin, rapporteur pour avis. L'amendement que nous propose M. Le Grand est logique. Il se situe dans la droite ligne de ce qu'il a déjà proposé et qui a été adopté.

Néanmoins, la commission des finances souhaiterait que cet amendement fasse l'objet d'une évaluation, car son coût est incertain.

Cet amendement assimilerait les zones Natura 2000 aux zones humides de l'article 53 du projet de loi, avec exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties compensée par l'Etat.

Pour ma part, j'ai le sentiment que les zones humides et Natura 2000 sont des zones voisines. Mais j'aimerais connaître l'opinion du Gouvernement sur ce sujet, notamment sur le coût induit par cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. La proposition de M. Le Grand concernant l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties pour les propriétaires ayant souscrit un engagement de gestion conforme aux orientations du document d'objectifs retient notre attention.

En effet, cette mesure fiscale applicable aux sites Natura 2000 permettrait de prendre en compte la valeur environnementale remarquable des terres concernées et inciterait les particuliers, dans le cadre de la démarche du document d'objectifs, à entrer dans le système volontaire de préservation et d'entretien des espaces naturels.

Toutefois, M. Le Grand comprendra qu'il s'agit en l'espèce d'une révision de la fiscalité locale qui soulève d'importants problèmes.

Si la proposition de M. Le Grand est tout à fait digne d'intérêt, je vous propose néanmoins d'en renvoyer l'examen à la discussion du projet de loi de finances pour 2005. Nous retrouvons en effet la question des relations financières entre l'Etat et les collectivités territoriales, qui a récemment fait l'objet d'une disposition constitutionnelle.

Pour cette raison, j'émets un avis défavorable sur cet amendement.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission des affaires économiques a émis un avis favorable sur cet amendement, ne serait-ce que pour des raisons de cohérence dans nos explications.

Il est prévu que l'Etat compense les pertes de recettes résultant de l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties. Nous avons vu d'autres cas où une compensation par l'Etat était prévue. J'ajoute que l'amendement de M. Le Grand est gagé.

Vis-à-vis de mes différents collègues à qui j'ai demandé de retirer leurs amendements parce qu'ils étaient satisfaits, entre autres, par l'amendement n° 364 rectifié, je ne peux pas maintenant me déjuger.

Monsieur le ministre, je pense qu'il ne faut pas attendre 2005. Il faut dès maintenant adopter cette proposition et il serait souhaitable que, d'ici la fin de la deuxième lecture, vous puissiez lever le gage.

Comme M. Le Grand l'explique dans son exposé des motifs, le Gouvernement a des responsabilités sur les sites Natura 2000. Il a pris des engagements devant Bruxelles. Sa responsabilité suppose que l'ensemble de ces sites soit retenus le plus vite possible et qu'il y ait une compensation financière.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je ne sais pas quelle sera la décision de M. Le Grand, mais, compte tenu des conséquences sur le budget de l'Etat, j'invoque l'article 40 de la Constitution.

M. le président. L'article 40 de la Constitution est-il applicable, monsieur Bourdin ?

M. Joël Bourdin, rapporteur pour avis. La situation est délicate ! Mais l'amendement étant gagé, la commission des finances estime que l'article 40 de la Constitution n'est pas applicable.

M. le président. L'amendement n° 364 rectifié est donc recevable.

La parole est à M. Jean-François Le Grand, pour explication de vote.

M. Jean-François Le Grand. Je comprends la position de M. le ministre. Toutefois, nous devons être logiques.

Je ne reviendrai pas sur l'excellente explication de M. le rapporteur. Je formulerai simplement une observation sur le coût de cette mesure, qui préoccupe M. Bourdin. Un rapprochement peut être opéré avec les dispositions que nous avons votées à l'article 53 du projet de loi sur les zones humides, à ceci près que des zones de montagne et des massifs forestiers peuvent également être concernés.

Très honnêtement, monsieur le rapporteur pour avis, personne n'a procédé à l'évaluation que vous souhaitez, mais le coût induit par cet amendement doit être relativement faible.

Monsieur le ministre, vous avez dit qu'il s'agissait de fiscalité locale. Bien sûr ! Mais où se situerait l'action de l'Etat si celui-ci n'était pas amené à compenser les pertes de recettes subies par les collectivités locales ? Il doit être, d'une manière ou d'une autre, l'un des contributeurs forts du dispositif. A défaut, je l'ai expliqué tout à l'heure, nous ne pourrions pas mobiliser pas les financements européens.

Enfin, si l'Etat se désengage de la totalité du dispositif, on sortirait de l'épure. Il faut que l'Etat conserve sa pleine et entière responsabilité.

Nous pourrions voir d'ici la fin de la deuxième lecture quelles pourraient être les actions des uns et des autres. Mais décidons aujourd'hui cette exonération fiscale en faveur de ceux qui auront à gérer les espaces que nous évoquons.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur Le Grand, je ne voudrais pas qu'il y ait un malentendu. Je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas que l'Etat compense. Vous avez tout à fait raison : à partir du moment où il s'agit d'un sujet d'intérêt général, si la collectivité décide de l'exonération, il faut évidemment que l'Etat compense. Sinon, cette mesure serait totalement contreproductive puisqu'elle pénaliserait les collectivités concernées et renforcerait l'opposition locale qui s'exprime quelquefois contre Natura 2000.

Bien entendu, l'Etat ne se désengage pas concernant Natura 2000 puisque, au contraire, il cofinance les contrats eux-mêmes.

M. le président. La parole est à M. Gérard Le Cam, pour explication de vote.

M. Gérard Le Cam. Même si M. le ministre vient de dire que l'Etat ne se désengageait pas, sa position est tout de même assez frileuse à partir du moment où il s'agit de « gros sous ». Cela signifie que l'on nous a « baladés » depuis le début de l'examen de ces amendements tendant à insérer des articles additionnels après l'article 53. Tout va bien tant qu'on en est au stade des paroles, mais dès qu'il faut mettre la main au porte-monnaie, c'est une autre affaire !

Il faudra que le Gouvernement soit clair à un moment donné. Les collectivités sont parfois lourdement pénalisées. Par exemple, il est arrivé que, sur des sites Natura 2000, l'installation de remontées mécaniques soit interdite et que des communes se trouvent donc pénalisées.

Chacun doit prendre ses responsabilités pour que les collectivités locales et l'Etat agissent de manière coordonnée et volontaire. C'est indispensable pour que les sites Natura 2000 soient protégés et pour que l'on y maintienne une activité économique viable.

Nous ne sommes pas favorables à la sanctuarisation de ces espaces Natura 2000. Pour autant, nous ne pouvons que partager les préoccupations qui conduisent à leur définition. Mais nous ne pouvons accepter qu'on nous promène ainsi depuis le début de cette discussion relative à Natura 2000.

En tout cas, nous voterons l'amendement de M. Le Grand.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 364 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

Je suis saisi de trois amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

Les deux premiers sont identiques.

L'amendement n° 528 rectifié bis est présenté par MM. Jarlier,  J. Blanc,  Amoudry,  Faure,  Bailly,  Balarello,  Barraux,  Besse,  P. Blanc,  Braun,  Carle,  Cazalet,  Émin,  Ferrand,  Fournier,  Geoffroy,  Ginésy,  Grillot,  Gruillot et  Haenel, Mme Henneron, MM. Hérisson,  Humbert,  Juilhard,  Lesbros,  Mathieu,  Pépin,  Puech,  Revol,  Saugey,  Torre,  Trucy,  Vial,  Badré,  J. Boyer,  Mercier et  Nogrix, Mme Payet et M. Gouteyron.

L'amendement n° 611 rectifié est présenté par Mme David et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après le neuvième alinéa de l'article L. 142-2 du code de l'urbanisme, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« - Pour la mise en oeuvre d'actions d'inventaire et d'étude des caractéristiques environnementales et paysagères d'espaces agricoles et forestiers en vue de la conduite d'opérations de gestion environnementale conduites ou appuyées par des collectivités locales dans le but de préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels, et la sauvegarde des habitats naturels de ces espaces. »

La parole est à M. Pierre Jarlier, pour présenter l'amendement n° 528 rectifié bis.

M. Pierre Jarlier. Cet amendement a pour objet d'étendre l'utilisation de la taxe départementale des espaces naturels sensibles, la TDENS, à des actions d'inventaire ou d'étude qui sont souvent la condition d'une meilleure gestion environnementale. Les collectivités n'ont pas les moyens de les conduire, car elles requièrent des connaissances très fines des milieux.

Il s'agit donc, par cette mesure, de donner aux collectivités la possibilité de prendre réellement en main la gestion de leur espace et des ressources naturelles en déployant une technicité dont elles sont habituellement dépourvues.

Lorsque le département est propriétaire, la question ne se pose pas. En revanche, lorsque les collectivités restent propriétaires des sites sensibles, cela peut constituer un appui important pour une meilleure gestion de ces sites.

M. le président. La parole est à Mme Annie David, pour présenter l'amendement n° 611 rectifié.

Mme Annie David. La taxe départementale sur les espaces naturels sensibles remplace l'ancienne taxe départementale d'espaces verts. Son produit est aujourd'hui affecté à une mission de préservation de la qualité des sites, des paysages et des milieux naturels. Elle doit par ailleurs servir à assurer la sauvegarde des habitats naturels.

Comme l'a indiqué M. Jarlier, ces missions de préservation des milieux naturels ainsi que les actions menées pour la sauvegarde de ces habitats nécessitent des inventaires et des études préalables. Si l'on souhaite atteindre l'objectif visé, il faut donner aux communes les moyens de conduire efficacement ces inventaires et ces études en élargissant le champ de cette taxe.

M. le président. L'amendement n° 962, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Après l'article 53, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après le neuvième alinéa de l'article L. 1422 du code de l'urbanisme, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« - pour les études et inventaires du patrimoine naturel nécessaires, notamment dans le cadre de la réalisation d'un schéma départemental, à l'élaboration et à la mise en oeuvre de la politique de protection et de gestion des espaces naturels sensibles destinés à être ouverts au public. »

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement estime qu'il faut préciser dans la loi que la taxe départementale sur les espaces naturels sensibles peut être utilisée pour des études et inventaires du patrimoine naturel tels qu'ils sont notamment prévus par l'article L. 411-5 du code de l'environnement.

Mais la rédaction proposée par M. Jarlier comme par Mme David pose un problème. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a déposé cet amendement n° 962.

Il s'agit en effet de permettre aux départements de réaliser ces études et inventaires dans le cadre de la définition ou de la mise en oeuvre de leur politique des espaces naturels sensibles, ce qui peut comprendre la réalisation d'un schéma départemental relatif à cette politique.

Le département peut faire bénéficier de ces études et inventaires les communes et EPCI, notamment lorsque ces collectivités exercent par substitution ou délégation le droit de préemption relatif aux espaces naturels sensibles ou lorsqu'elles sont gestionnaires d'espaces naturels sensibles relevant de la politique du département.

En revanche, il n'est pas souhaitable que les communes ou EPCI puissent imposer au département, comme le laisse penser la rédaction des amendements n°s 528 rectifié bis et 611 rectifié, un « droit de tirage » sur cette taxe départementale pour la réalisation de toute étude ou inventaire relatifs à la gestion d'espaces naturels, indépendamment de la politique départementale.

C'est pourquoi je demande à M. Jarlier et à Mme David de retirer leurs amendements au profit de l'amendement n° 962.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission, dans un premier temps, avait émis un avis favorable sur les amendements n°s 528 rectifié bis et 611 rectifié, la logique qui les sous-tend étant analogue à celle qui a conduit le Sénat à adopter, dans la loi sur l'urbanisme et l'habitat, une disposition prévoyant l'éligibilité des dépenses d'élaboration, de révision ou de modification des documents d'urbanisme au fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée.

Néanmoins, je dois avouer que l'amendement n° 962 a le mérite d'être plus précis que ces deux amendements. Il convient, en effet, de conserver à la taxe départementale des espaces naturels sensibles sa vocation, à savoir le financement de la politique de protection et de gestion des espaces naturels sensibles.

C'est la raison pour laquelle je demande aux auteurs des amendements n°s 528 rectifié bis et 611 rectifié de les retirer.

M. le président. Votre amendement est-il maintenu, monsieur Jarlier ?

M. Pierre Jarlier. Je m'exprimerai après Mme David, monsieur le président.

M. Michel Charasse. Ah, ils savent vivre dans le Cantal ! (Sourires.)

M. le président. Qu'en est-il donc de votre amendement, madame David. ?

Mme Annie David. A travers cet amendement,.je souhaitais simplement mettre l'accent sur le fait que les missions de préservation, comme d'ailleurs tout ce qui touche aux inventaires, doivent être prises en compte dans la destination de cette taxe.

Apparemment, vous m'assurez, monsieur le ministre, que le produit de cette taxe sera bien affecté aux espaces naturels sensibles. Dès lors, mon amendement étant satisfait, je le retire.

M. le président. L'amendement n° 611 rectifié bis est retiré.

M. le président. Je vous interroge à nouveau, monsieur Jarlier.

M. Pierre Jarlier. Je remercie le Gouvernement d'avoir amélioré notre proposition. Dorénavant, seul le département aura en charge ces études et, à ce titre, aucune commune ou EPCI ne pourra y prétendre.

Il est important, comme cela a été rappelé à l'instant, que le département soit garant de la politique des espaces naturels sensibles au sein d'un territoire bien identifié. C'est donc volontiers que je me range aux arguments du Gouvernement et que je retire également mon amendement.

M. le président. L'amendement n° 528 rectifié bis est retiré.

.M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 962.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 53.

Article 54 A (priorité)

Art. additionnels après l'art. 53 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. additionnel avant l'art. 54 B (priorité)

Dans le premier alinéa de l'article L. 132-1 du code de l'environnement, les mots : « et la Caisse nationale des monuments historiques et des sites » sont remplacés par les mots : «, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage et le Centre des monuments nationaux ». (Adopté.)

Art. 54 A (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 B (priorité)

Article additionnel avant l'article 54 B (priorité)

M. le président. L'amendement n° 67, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Avant l'article 54 B, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Dans le premier alinéa de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, après les mots : « dans le domaine de la protection de la nature » sont insérés les mots : « et de la gestion de la faune sauvage ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement a pour objet de compléter la rédaction de l'article L.141-1 du code de l'environnement, qui énumère les différents objectifs visés par les associations de protection de l'environnement régulièrement déclarées leur permettant de prétendre à un agrément délivré par l'autorité administrative.

Or, curieusement, l'article 54 B ne mentionne pas la gestion de la faune sauvage, alors qu'y est évoquée l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols ou encore des sites et des paysages.

Il vous est donc proposé, mes chers collègues, de compléter cette énumération, ce qui permettra, en outre, de conforter la position des fédérations de chasseurs, auxquelles le Conseil d'Etat a reconnu depuis 1984 la capacité à être agréées au titre de la protection de l'environnement.

M. Michel Charasse. C'est vrai !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je voudrais souligner que les associations de protection de la nature les plus hostiles à la chasse leur contestent ce droit et déposent régulièrement des recours à ce sujet. C'est ainsi que, dernièrement, la cour administrative d'appel de Nantes a considéré que la fédération départementale des chasseurs de la Manche ne pouvait être regardée comme exerçant, même concurremment avec les actions qu'elle mène dans le domaine cynégétique, des activités consacrées à la protection de l'environnement.

Cette décision juridictionnelle repose sur une méconnaissance totale du rôle des fédérations de chasseurs. C'est la raison pour laquelle la commission a déposé cet amendement.

M. Michel Charasse. C'est tout à fait normal !

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Comme vient de l'indiquer M. le rapporteur, cet amendement vise à permettre aux associations que sont les fédérations départementales de chasseurs d'être agréées au titre de la protection de la nature dès lors qu'elles ont une activité effective dans le domaine de la protection de la nature et de la gestion de la faune sauvage.

Cet amendement assouplit en quelque sorte la réglementation actuelle, qui exige que les associations exercent à titre principal des activités consacrées à la protection de l'environnement.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement approuve cet amendement.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 67.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, avant l'article 54 B.

Art. additionnel avant l'art. 54 B (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 C (priorité)

Article 54 B (priorité)

Le dernier alinéa de l'article L. 420-1 du code de l'environnement est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural. »

Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 68 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit cet article :

La dernière phrase du second alinéa de l'article L. 420-1 du code de l'environnement est ainsi rédigée :

« Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée, ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent à la gestion équilibrée des écosystèmes. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural. »

La parole est à M. le rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement de principe est important en ce qu'il vise à corriger la rédaction de l'un des objectifs généraux fixés à la chasse par l'article L.420-1 du code de l'environnement.

A l'heure actuelle, l'autorisation de chasser est en quelque sorte concédée aux chasseurs en contrepartie de leur contribution à la gestion équilibrée des écosystèmes. Cela est contraire à la définition même du droit de chasse, qui est un attribut du droit de propriété, ainsi que l'a confirmé le Conseil constitutionnel en 2000.

De manière positive, il importe au contraire d'affirmer que, par des prélèvements raisonnés, les chasseurs contribuent à la gestion des écosystèmes.

Il convient également d'indiquer, comme cela figure dans l'article 54 B du projet de loi, que l'activité de la chasse contribue au développement des activités économiques et écologiques, notamment dans les territoires à caractère rural.

L'amendement n° 690 rectifié, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier,  Terrade et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

I. - Compléter le texte proposé par cet article pour compléter l'article L. 4201 du code de l'environnement par une phrase ainsi rédigée :

Les usages sont établis de manière exhaustive, commune par commune, dans un schéma communal des usages non appropriatifs de la nature, annexé au plan local d'urbanisation, accessible à tout citoyen qui le demanderait.

II. - En conséquence, à la fin du premier alinéa de cet article, remplacer les mots :

une phrase ainsi rédigée

par les mots :

deux phrases ainsi rédigées.

La parole est à M. Gérard Le Cam.

M. Gérard Le Cam. Si vous le permettez, monsieur le président, je souhaiterais rectifier une nouvelle fois cet amendement afin d'en rendre le dispositif plus souple. Ainsi, il faudrait lire : « Les usages peuvent être établis de manière exhaustive, ...» au lieu de « Les usages sont établis de manière exhaustive, ...».

M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 690 rectifié bis ainsi libellé :

I. - Compléter le texte proposé par cet article pour compléter l'article L. 4201 du code de l'environnement par une phrase ainsi rédigée :

Les usages peuvent être établis de manière exhaustive, commune par commune, dans un schéma communal des usages non appropriatifs de la nature, annexé au plan local d'urbanisation, accessible à tout citoyen qui le demanderait.

II. - En conséquence, à la fin du premier alinéa de cet article, remplacer les mots :

une phrase ainsi rédigée

par les mots :

deux phrases ainsi rédigées.

Veuillez poursuivre, monsieur Le Cam.

M. Gérard Le Cam. Cet amendement, s'il n'a qu'un lien indirect avec la chasse, traite d'un sujet que j'ai déjà abordé lors d'un précédent débat. Il tend à l'introduction, dans le code de l'environnement, de dispositions relatives aux usages non appropriatifs de la nature.

Il s'agit de faire en sorte que ces usages puissent être établis de manière aussi exhaustive que possible, commune par commune, dans un « schéma communal des usages non appropriatifs de la nature » qui pourrait être annexé au plan local d'urbanisme, au PLU, et être accessible à tout citoyen qui demanderait à en prendre connaissance.

J'avais déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet lors de l'examen du projet de loi relatif à la chasse en juin 2003. A l'époque, je tenais à réagir contre la suppression de l'exigence de compatibilité de l'exercice de la chasse avec les usages non appropriatifs de la nature. En effet, cette disposition avait été supprimée au motif qu'elle était trop floue et donc source potentielle de contentieux.

Une telle suppression constitue, selon moi, une grossière erreur. Je continue de penser que les évolutions de la ruralité à travers sa démographie, son agriculture, le développement d'une population « rurbaine », traduisent bien les difficultés rencontrées sur le terrain quand il s'agit de définir un sentier de randonnée, de se promener à VTT, à cheval, à moto, en 4 X 4, de ramasser de champignons ou de stationner ici ou là !

Si le contentieux potentiel provient du flou qui entoure la notion d'usage non appropriatif, pourquoi ne pas établir un schéma communal de ces usages non appropriatifs de la nature, permettant ainsi d'éviter bien des contentieux ?

Un tel schéma annexé au PLU et disponible dans les mairies permettrait d'établir les droits et devoirs de chacun. Y figureraient les droits d'usage entre la collectivité et la propriété privée. En outre, son élaboration serait une bonne expérience de gestion participative et démocratique. D'ailleurs, je connais des collectivités locales qui ont déjà commencé à mettre en place ce type de schéma.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. On ne pourra pas accuser notre collègue Gérard Le Cam de ne pas être persévérant ! En effet, il n'a pas changé de position d'un texte à l'autre.

Cela étant, la commission a émis un avis défavorable.

D'abord, monsieur Le Cam, votre texte comporte une faiblesse, à savoir que beaucoup de communes ne disposent pas de PLU, alors même qu'elles sont riches d'espaces naturels sur lesquels sont susceptibles de s'exercer des usages non appropriatifs.

Au surplus, il convient de souligner la complexité de la réalisation d'un inventaire exhaustif de ces usages.

Par ailleurs, si, une fois établi, cet inventaire s'impose à tous, il sera manifestement attentatoire au principe de liberté ; je vous avais déjà opposé cet argument voilà deux ans.

Enfin, il convient de rappeler que, dans la loi de juillet 2003 relative à l'exercice de la chasse, la mention des usages non appropriatifs de la nature a été supprimée ; vous vous souvenez sans doute de la discussion que nous avions eue à ce sujet à l'époque, mon cher collègue.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. En ce qui concerne l'amendement n° 68 rectifié, je rappellerai que l'article 54 B a été en partie modifié par l'Assemblée nationale. Tel qu'il est désormais rédigé, il reconnaît la contribution de la chasse au développement des activités économiques sur les territoires à caractère rural ainsi qu'à l'entretien écologique des milieux. En d'autres termes, la chasse participe à l'écologie, ce qui devrait être de nature à satisfaire les chasseurs.

L'amendement n° 68 rectifié va au-delà puisqu'il vise à supprimer la notion de contrepartie. Je rappelle le contenu du texte lui-même : « En contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes ». Leur participation à un équilibre écologique tient donc à cette notion de prélèvements raisonnés et de contribution à la gestion équilibrée des écosystèmes. Par conséquent, supprimer cet équilibre ne me semble pas nécessairement bienvenu.

Cela dit, je comprends le souci exprimé par M. le rapporteur et je m'en remets donc à la sagesse de la Haute Assemblée.

Quant à l'amendement n° 690 rectifié bis, il tend à prévoir l'établissement d'un schéma communal des usages non appropriatifs de la nature. L'établissement d'un tel schéma devant figurer au plan local d'urbanisme, outre sa complexité propre, ne ferait qu'alourdir encore - et Dieu sait si, dans ce domaine, les procédures sont déjà pesantes ! - l'ordonnancement des documents existant sur un territoire sans qu'il soit garanti que ce nouvel outil, par ailleurs coûteux, apportera une quelconque amélioration dans la gestion des différents usages en présence.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement est défavorable à cet amendement.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 68 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, l'article 54 B est ainsi rédigé et l'amendement n° 690 rectifié n'a plus d'objet.

M. Gérard Le Cam. Je demande la parole.

M. le président. La parole est à M. Gérard Le Cam

M. Gérard Le Cam. Monsieur le président, je ne pense pas que mon amendement ait subi le sort que vous dites dans la mesure où il n'a pas un rapport direct avec l'amendement n° 68 rectifié.

Quoi qu'il en soit, même si je n'ai pas trouvé la bonne solution, il me semble que j'ai posé un vrai problème. En effet, sur le terrain, nous sommes en phase de conflit latent. Il faudra bien le régler d'une manière ou d'une autre.

Le schéma que je propose ne me paraît pas attentatoire aux libertés dans la mesure où il s'agit d'un ensemble de conventions passées avec les propriétaires de biens privés, les associations foncières ou les communes.

A mes yeux, cet ensemble de conventions est nécessaire. J'aurais aimé entendre que cet ensemble correspond à un besoin réel dans nos communes rurales.

En effet, chaque habitant, rural ou néo-rural, doit prendre conscience - j'ai eu l'occasion de m'expliquer longuement sur ce point lors de la discussion générale - qu'il a des droits et des devoirs. Chacun doit savoir ce qu'il peut faire et ne pas faire, car aujourd'hui, on voit vraiment tout et n'importe quoi. Il faudra bien un jour résoudre ce problème.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère.

M. Jean-Louis Carrère. Monsieur Le Cam, la préoccupation que vous exprimez dans cet amendement est en effet tout à fait réelle. Elle est ressentie dans les zones rurales et dans les zones de chasse de façon extrêmement sensible.

Néanmoins, la réponse que vous proposez d'apporter ne va pas dans le sens de la simplification que nous attendons. Je souhaite donc que, d'ici à la deuxième lecture, nous cherchions une réponse plus adaptée.

M. le président. Monsieur Le Cam, je dois malheureusement vous confirmer que l'amendement n° 690 rectifié n'a plus d'objet puisque de l'adoption de l'amendement n° 68 rectifié découle une nouvelle rédaction de l'ensemble de l'article 54 B.

Art. 54 B (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 D (priorité) (début)

Article 54 C (priorité)

Dans la première phrase du deuxième alinéa de l'article L. 420-3 du code de l'environnement, les mots : « passage du gibier » sont remplacés par les mots : « gibier sur le territoire où s'exerce le droit de chasse ». - (Adopté.)

Art. 54 C (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 D (priorité) (interruption de la discussion)

Article 54 D (priorité)

L'article L. 421-1 du code de l'environnement est ainsi modifié :

1° Au début de la deuxième phase du premier alinéa du I, les mots : « Il a pour mission » sont remplacés par les mots : « Il assure la promotion d'une chasse durable et a pour mission » ;

2° Le premier alinéa du I est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Ses agents chargés de missions de police en département apportent leur concours au préfet en matière d'ordre public et de police administrative, dans leur domaine de compétence. » ;

3° Le deuxième alinéa du I est complété par une phrase ainsi rédigée :

« A ce titre, il est chargé du secrétariat de l'Observatoire national de la faune sauvage et de ses habitats. »

M. le président. La parole est à M. Philippe François, sur l'article.

M. Michel Charasse. Enfin un vrai chasseur !

M. Philippe François. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, en juin 2003, M. le Premier ministre avait proposé d'intégrer dans des communautés de brigade de gendarmerie les gardes de l'Office national de la chasse. Son objectif était de créer ainsi une police rurale de l'environnement.

Cette idée est excellente et je souhaiterais que le dossier avance plus vite que le rythme qui est prévu par l'article 54 D, qui, sur ce point, comme M. le rapporteur l'a si bien démontré dans son rapport écrit, n'apporte pas grand-chose.

En tant que rapporteur des crédits de la gendarmerie, je voudrais, à l'appui de ma proposition, citer brièvement les exemples espagnol et italien.

En Espagne, la police de la chasse, de la pêche et de l'environnement est confiée à la garde civile, force de police à statut militaire comparable à la gendarmerie.

La garde civile dispose d'unités spécifiques à qui n'est confiée que cette mission. Il en existe au moins une par province. Elles effectuent les missions cumulées des gardes-chasse, des gardes-pêche et des gardes des parcs naturels ou des zones littorales protégées. Elles constatent l'ensemble des atteintes à l'environnement et enquêtent sur celles-ci. Et ces unités sont prises partiellement en charge par le ministère de l'environnement.

En Italie, on peut observer un dispositif proche avec une forte implication des carabiniers.

Ainsi le corps forestier de l'Etat est-il une force de police civile spécialisée dans la police de l'environnement. Mais l'arme des carabiniers, police à statut militaire, y joue cependant un rôle très important. Un commandement des carabiniers pour la protection de l'environnement existe ; il est pris en charge à hauteur de 8,7 millions d'euros par le ministère de l'environnement.

Tels sont les éléments que je souhaitais porter à la connaissance de la Haute Assemblée avant l'examen de cet article pour éclairer son jugement sur l'avenir de la police de la chasse. (Applaudissements sur les travées de l'UMP. M. Jean-Louis Carrère applaudit également.)

M. Alain Vasselle. Très bien !

M. le président. L'amendement n° 69 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le deuxième alinéa (1°) de cet article :

° Après les mots : « et la mise en valeur de celle-ci », la fin de la deuxième phrase du premier alinéa du I est ainsi rédigée : « par le développement durable de la chasse ainsi que la mise au point et la diffusion de systèmes et pratiques de gestion appropriée des territoires ruraux ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Par cet amendement, la commission soumet au Sénat deux dispositions.

D'une part, il est proposé de retenir le concept de développement durable de la chasse plutôt que celui de chasse durable. Je ne sais pas ce qu'est une chasse durable ! Je sais simplement ce qu'est la chasse au gros, la chasse à la bécasse ou au gibier d'eau... (M. Jean-Louis Carrère rit.)

Je sais surtout ce que signifie « développement durable de la chasse ». C'est donc la raison pour laquelle je vous propose cette modification rédactionnelle.

D'autre part, il convient de rappeler que les missions de l'Office sont aujourd'hui centrées sur la conservation, la gestion et la mise en valeur de la faune sauvage et de ses habitats.

Il est nécessaire d'élargir son champ d'intervention en lui donnant également mission de développer des études, des recherches et des expérimentations sur des modes de gestion appropriée des territoires ruraux, toujours dans le but de favoriser la conservation de la faune sauvage et de ses habitats. Il est très important que l'Office soit pleinement reconnu et encouragé dans son rôle d'agence technique, organisme de modélisation pour les systèmes de gestion cynégétique.

En fait, une mesure similaire a été adoptée par l'Assemblée nationale à l'article 55 du projet de loi, qui est consacré aux orientations régionales. Pour ma part, je propose d'insérer cette disposition à la place qui lui convient, à savoir dans l'article qui traite de l'Office national de la chasse.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur le rapporteur, si, à vos yeux, la notion de chasse durable est assez floue, je ne suis pas sûr que celle de développement durable de la chasse soit plus pertinente.

Je constate qu'on utilise de plus en plus l'adjectif « durable » à tout propos, alors que l'expression « développement durable » possède un sens précis.

En tant que ministre de l'écologie et du développement durable, je rappelle que le concept de développement durable repose sur trois piliers : le progrès économique, le progrès social et l'écologie ou, plus généralement, l'environnement.

En d'autres termes, le développement durable consiste à assurer le progrès économique et le progrès social dans la durée.

Dès lors, la notion de « développement durable de la chasse » me semble assez vague.

Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la Commission européenne utilise l'expression « chasse durable ». On la trouve notamment dans le guide interprétatif de la directive Oiseaux, que la Commission vient d'élaborer.

Par ailleurs, cet amendement retire des missions de l'Office national de la chasse la promotion d'une chasse durable. Or cette action me semble indiscutablement relever de la compétence de cet établissement public.

C'est surtout au regard de cette deuxième partie de l'amendement que j'émets un avis défavorable, même si je comprends bien les motivations de la commission.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. En définitive, M. le ministre a plaidé en faveur de l'amendement du rapporteur.

En effet, en rappelant les trois piliers sur lesquels repose la notion de développement durable, il a souligné que cet amendement respectait lesdits piliers.

En premier lieu, la chasse occupe bien une place non négligeable dans l'économie nationale.

En deuxième lieu, il est évident que la chasse remplit une mission sociale, et que celle-ci intéresse toutes les couches de la société.

Enfin, en troisième lieu, ainsi que vous l'avez reconnu vous-même, monsieur le ministre, en émettant un avis favorable sur un amendement précédent de M. le rapporteur, la contribution de la chasse à l'équilibre et à la gestion de l'écosystème est essentielle.

Je pense donc que nos collègues n'ont qu'une chose à faire : adopter l'amendement proposé par la commission.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je reconnais bien l'habileté de M. Alain Vasselle !

A l'échelon de la Commission européenne, je le répète, c'est l'expression « chasse durable » qui est employée. C'est sur ce point que je suis un peu gêné, même si, évidemment, je retiens vos arguments.

Quoi qu'il en soit, si l'on peut effectivement avoir une discussion sur la notion de développement durable de la chasse, la deuxième partie de l'amendement, qui retire à l'Office national de la chasse l'une de ses missions, est beaucoup plus gênante.

C'est la raison pour laquelle, dans l'état actuel de l'amendement, je ne peux qu'y être défavorable.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Sans doute est-ce la fatigue, mais je ne me suis pas bien fait comprendre. Je n'ai absolument pas l'intention de supprimer une des missions de l'Office. Au contraire, mon amendement a pour objet d'élargir son champ d'intervention. La modification que je propose consiste simplement à déplacer la disposition de l'article 55 au présent article.

Par ailleurs, je tiens à cette notion de « développement durable » de la chasse. En effet, l'expression « chasse durable »  pourrait laisser entendre que la chasse qui est pratiquée en ce moment n'est pas durable, autrement dit que la manière dont elle est pratiquée est « nocive ».

Certes, monsieur le ministre, c'est un problème de concept. Mais je ne me suis pas trompé dans le choix des mots et c'est intentionnellement que je propose les termes « développement durable de la chasse ». Encore une fois, je ne sais pas ce que c'est que la « chasse durable ».

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Nous sommes sans doute assez nombreux à être convaincus par la définition du « développement durable » qu'a donnée M. le ministre et qui s'applique parfaitement à la chasse, comme l'ont démontré M. le rapporteur et notre collègue Alain Vasselle ; c'est une définition claire. Je ne vois pas les raisons pour lesquelles la chasse n'aurait pas droit au « développement durable », comme n'importe quelle activité liée, notamment, à la protection de la nature.

En revanche, monsieur le ministre, il ne faut pas que le Gouvernement français prenne trop l'habitude de suivre à la lettre les expressions baroques et « volapukiennes »...

M. Louis de Broissia. Et traduites de l'anglais !

M. Michel Charasse. ... de l'Europe. « Chasse durable », cela ne veut rien dire ! La chasse est-elle durable parce qu'elle a lieu après vingt et un heures ? Est-elle durable parce qu'elle se poursuit après le jour de fermeture de la chasse ? Est-elle durable parce qu'elle dure toujours ? (Rires.) Celui qui a écrit cela à Bruxelles doit être le même que celui qui a pondu la directive d'où est issu le nouveau code français des marchés publics. (Nouveaux rires.) Ce n'est pas parce qu'un abruti a dit une bêtise à Bruxelles que le Gouvernement français est obligé de s'y rallier ! Sinon, bientôt, il proposera M. Rumsfeld comme prix Nobel. (Nouveaux rires et applaudissements.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 69 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

Art. 54 D (priorité) (début)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 54 D (priorité) (suite)

3

candidatures à une commission mixte paritaire

M. le président. M. le président a reçu de M. le Premier ministre la demande de constitution d'une commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion sur le projet de loi relatif aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle.

J'informe le Sénat que la commission des affaires économiques et du Plan m'a fait connaître qu'elle a procédé à la désignation des candidats qu'elle présente à cette commission mixte paritaire.

Cette liste a été affichée et la nomination des membres de cette commission mixte paritaire aura lieu conformément à l'article 9 du règlement.

4

communication de M. le président de l'assemblée nationale

M. le président. M. le président du Sénat a reçu de M. le président de l'Assemblée nationale la lettre suivante :

« Paris, le 7 mai 2004.

« Monsieur le président,

« J'ai l'honneur de vous informer qu'au cours de la première séance du mercredi 5 mai 2004 MM. Yves Bur et Guy Drut ont été nommés respectivement vice-président et questeur de l'Assemblée nationale, en remplacement de MM. Marc-Philippe Daubresse et Henri Cuq.

« A la suite de ces nominations, le bureau est ainsi composé :

« Président : M. Jean-Louis Debré.

« Vice-présidents : MM. François Baroin, Jean Le Garrec, Yves Bur, Rudy Salles, Mme Hélène Mignon, M. Eric Raoult.

« Questeurs : MM. Claude Gaillard, Guy Drut, Didier Migaud.

« Secrétaires : MM. Jacques Brunhes, François-Michel Gonnot, Jean-Pierre Kucheida, Alain Moyne-Bressand, Germinal Peiro, Mme Marie-Françoise Pérol-Dumont, MM. Bernard Perrut, Jean Proriol, Didier Quentin, François Rochebloine, Frédéric de Saint-Sernin, Jean Ueberschlag.

« Je vous prie, monsieur le président, de croire à l'assurance de ma haute considération.

« Signé : Jean-Louis DEBRÉ. »

Acte est donné de cette communication.

Mes chers collègues, nous allons maintenant interrompre nos travaux ; nous les reprendrons à vingt et une heures trente.

La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à dix-neuf heures trente, est reprise à vingt et une heures trente-cinq.)

M. le président. La séance est reprise.

5

NOMINATION DE MEMBRES D'UNE COMMISSION MIXTE PARITAIRE

M. le président. Il va être procédé à la nomination de sept membres titulaires et de sept membres suppléants de la commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion du projet de loi relatif aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle.

La liste des candidats établie par la commission des affaires économiques a été affichée conformément à l'article 12 du règlement.

Je n'ai reçu aucune opposition.

En conséquence, cette liste est ratifiée et je proclame représentants du Sénat à cette commission mixte paritaire :

Titulaires : MM. Jean-Paul Emorine, Pierre Hérisson, Bruno Sido, Louis de Broissia, Christian Gaudin, Pierre-Yvon Trémel et Mme Marie-France Beaufils.

Suppléants : MM. Jean-Paul Emin, Bernard Joly, Philippe Leroy, Max Marest, Daniel Raoul, Claude Saunier et Yannick Texier.

6

DéVELOPPEMENT DES TERRITOIRES RURAUX

Suite de la discussion d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi adopté par l'Assemblée nationale, relatif au développement des territoires ruraux.

Je vous rappelle que les articles 54 D à 61 sont examinés en priorité. Nous poursuivons l'examen des amendements sur l'article 54 D.

Article 54 D (priorité) (suite)

Art. 54 D (priorité) (interruption de la discussion)
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Art. 54 E (priorité)

M. le président. L'amendement n° 673, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier,  Terrade et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

Supprimer le 2° de cet article.

La parole est à M. Gérard Le Cam

M. Gérard Le Cam. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la suppression de cet alinéa a pour principal objet d'attirer l'attention du Sénat et du Gouvernement sur les risques encourus par les agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, l'ONCFS, par leur concours aux préfets en matière d'ordre public et de police administrative.

Certes, est précisée la mention : « dans leur domaine de compétence ». C'est justement là qu'il convient de définir leurs compétences déjà très larges. J'avais d'ailleurs déjà eu l'occasion de les énumérer ici même, lors de la discussion sur le projet de loi relatif à la chasse du précédent gouvernement. Le risque est en effet assez grand pour que, demain, le corps de garderie se retrouve dilué au sein de compétences encore plus larges, sous l'autorité du ministère de l'intérieur. A ce sujet, une récente enquête effectuée par la fédération des Côtes d'Armor faisait état de 65 % de chasseurs mécontents des services rendus par la garderie de l'ONFCS. Cela montre qu'un malaise existe depuis que la garderie a quitté les fédérations et est entrée au sein du ministère de l'environnement. Je ne sous-entend pas que les agents effectuent mal leur travail, mais ils se répartissent autour de tâches fort diverses et la qualité du service rendu aux chasseurs s'en ressent.

Cet article évoque certes la future situation de la garderie, mais ne pose pas la vraie question attendue par l'ensemble des chasseurs, à savoir la nécessité pour le Gouvernement d'en prendre en charge le financement. Nous pouvons donc penser que nous aurons encore quelques lignes consacrées à la chasse dans la future loi de modernisation agricole. Un tel financement permettrait pourtant aux fédérations de mieux se consacrer aux responsabilités qui sont désormais les leurs, en particulier vis-à-vis des dégâts de gibier.

L'objet de cet amendement est donc de favoriser l'indispensable réflexion sur le devenir de la garderie dont les missions, en tout état de cause, devront rester spécifiques, c'est-à-dire centrées sur la surveillance de la chasse et le conseil aux fédérations et associations de chasseurs.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur de la commission des affaires économiques et du Plan. La mention que cet amendement vise à supprimer ne fait que transposer, dans le code de l'environnement, une mesure prévue par la loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003.

Cette mention a son utilité. Elle répond au souci d'assurer une meilleure coordination au niveau départemental entre les différentes structures qui interviennent en matière de police, sous l'autorité du préfet. Il serait donc dommage de s'en priver. C'est la raison pour laquelle la commission souhaite la conserver et émet un avis défavorable sur l'amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre de l'écologie et du développement durable. Cet amendement ne tient pas compte de la loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003. En effet, les préfets, en application de l'article 2 de cette loi, animent et coordonnent les services de l'Etat et les établissements publics, dont l'ONCFS, dans les domaines de l'ordre public et de la police administrative, les missions de police judiciaire restant sous la responsabilité des procureurs de la République.

Un amendement, voté à l'Assemblée nationale, a utilement précisé que les préfets ne pouvaient s'assurer le concours des agents de l'ONCFS que dans le champ de compétences de ces derniers, c'est-à-dire essentiellement la police de l'environnement. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement émet un avis défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 673.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 70, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Supprimer le 3° de cet article.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement concerne le secrétariat de l'Observatoire national de la faune sauvage. La commission propose que ce secrétariat, jusqu'à présent assuré par l'ONCFS, relève désormais de la compétence de votre administration, monsieur le ministre.

En effet, la création de cet observatoire par votre prédécesseur Mme Bachelot a été une bonne idée. Il s'est révélé un bon instrument, notamment vis-à-vis des autorités européennes. Auparavant, lorsque nous émettions des demandes de dérogations ou de modifications sur des sujets délicats, comme celui des dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, les instances communautaires nous reprochaient souvent notre position de faiblesse puisque nous apparaissions, selon les gouvernements, soit comme les défenseurs des lobbies écologistes, soit à l'inverse comme les porte-parole des chasseurs. Qui plus est, dans tous les cas de figure, nous n'avions que peu d'arguments objectifs.

L'observatoire a un mérite. Il effectue des analyses techniques...

M. Michel Charasse. Et scientifiques !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. ...et scientifiques, je vous remercie monsieur Charasse, sur l'évolution des différents cheptels, quels qu'ils soient, puisque les missions concernent l'ensemble de l'activité cynégétique.

Lorsque nous sommes allés rencontrer la commissaire européenne responsable de la chasse, en compagnie de Mme Bachelot et d'un certain nombre de députés et de sénateurs, notre interlocutrice a bien insisté sur le fait que nous arrivions toujours affaiblis, désarmés et souvent avec peu d'arguments.

Aujourd'hui, dans ce texte de loi, nous renforçons le poids des chasseurs à l'ONCFS, ce qui constitue un progrès. Par conséquent, les autorités européennes vont nous dire qu'il y a deux ans nous avons créé un instrument intelligent pour nous aider dans vos négociations, mais que nous le plaçons à nouveau entre les mains des chasseurs. Je sais bien que, derrière cet amendement, il y a une conséquence pratique réelle. Pour assumer la responsabilité d'un secrétariat, il faut des moyens

Je suis conscient, monsieur le ministre, que je vais fragiliser mon argumentation, mais on pourrait évoquer la charge de travail considérable que procurerait cette responsabilité supplémentaire et préciser que la direction de votre ministère chargée de ces dossiers n'aurait sans doute pas les moyens de l'assumer, contrairement à l'ONCFS.

Mais il faut rappeler que l'ONCFS connaît également un problème financier. Il rencontre des difficultés pour équilibrer son budget, difficultés qui devraient s'accroître avec la diminution du nombre de chasseurs. Or, je ne suis pas encore parvenu à transférer une partie de ses charges à l'Etat. L'objet de cet amendement est donc bien d'alléger une partie de son travail.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur le rapporteur, je comprends bien votre préoccupation et votre objectif. Néanmoins, deux problèmes se posent.

D'abord, quelle doit être la place de l'observatoire ? Cette question concerne notamment son image, en quelque sorte sa légitimité. Ensuite, qui doit assurer son secrétariat ?

Lorsque j'entends des remarques mettant en doute l'objectivité de certaines décisions qui sont prises dans le domaine de l'écologie par mon ministère, je me dis que s'il assurait le secrétariat de l'Observatoire, toute décision qu'il prendrait risquerait d'être marquée du sceau de ce que j'appelle cette « pseudo-subjectivité », sachant que je ne retiens évidemment pas pour ma part l'idée de subjectivité des décisions prises par mon ministère. Mais il n'empêche que c'est quelquefois cette image qui est donnée.

Vous savez bien que les avis qui seront donnés par l'Observatoire auront des conséquences sur certains sujets extrêmement sensibles dans le domaine de la chasse. Selon que ces avis seront favorables ou défavorables à la chasse, on dira que le ministère a usé de son influence pour aller dans tel ou tel sens. C'est ce que je crains. En confiant au ministère le secrétariat de l'Observatoire, nous risquons de faire perdre à ce dernier la légitimité de ses décisions.

Je souhaite, pour ma part, instaurer un véritable équilibre entre le domaine de l'écologie, que je défends bien entendu, et celui de la chasse, qui, à mon avis, doit faire partie de la défense de l'écologie.

Il y a là un réel problème qui risque de desservir la crédibilité et la légitimité des décisions futures de l'Observatoire. Imaginez que, demain, il émette un avis très strict, difficile, sur les dates de chasse, allant à l'encontre des souhaits des chasseurs. On dira tout simplement que c'est le ministère de l'écologie qui a forcé la décision. Telle est ma crainte à cet égard, monsieur le rapporteur.

Par ailleurs, il est tout à fait justifié sur le plan technique que l'Office national de la chasse et de la faune sauvage assure le secrétariat de l'Observatoire : il est en effet le seul à disposer des compétences techniques et scientifiques nécessaires. En tout état de cause, - et c'est là une prise de position globale, monsieur le rapporteur - depuis la charte de la déconcentration, les administrations centrales n'ont pas à exercer ce type de tâches techniques qui ne relèvent plus de leurs compétences. Toutes ces missions ont été déléguées à des services déconcentrés ou à des établissements publics de l'Etat. D'ailleurs, les capacités du ministère de l'écologie et du développement durable sont tout à fait insuffisantes, en moyens humains et financiers.

Cela étant, j'ai bien retenu les propos que vous avez tenus sur le plan financier, et je comprends votre préoccupation. Il n'empêche que, d'un côté ou de l'autre, le manque de moyens financiers est patent. En tout cas, je le répète, les capacités du ministère de l'écologie et du développement durable ne lui permettront pas d'assurer ce secrétariat.

A ce propos, je souligne que l'Office est reconnu dans cette compétence. Comme vous l'avez indiqué, monsieur le rapporteur, il suffit de se référer aux études qui lui ont été confiées, notamment par la Commission européenne, ou à son titre de maître d'ouvrage délégué pour des opérations Life financées sur fonds européens.

Disons-le clairement, monsieur le rapporteur, la préoccupation financière est au coeur de la question que vous soulevez, mais nous savons bien qu'elle se pose et qu'elle continuera de se poser dans l'avenir, quelle que soit la solution qui sera adoptée. Dès lors, pour obtenir une solution qui n'en est pas une - il faudra trouver les fonds financiers dans tous les cas -, nous risquons de mettre en question l'existence même de cet observatoire. Il représente pourtant, me semble-t-il, une avancée puisqu'il pourra dans les années, voire les mois à venir, nous aider à prendre des décisions pour l'instauration d'un équilibre entre l'écologie et la chasse.

Telle est la raison pour laquelle, et je le dis avec regret, je ne peux qu'être défavorable à cet amendement, qui risque, à terme, d'aller vraiment à l'encontre de ce que vous souhaitez, monsieur le rapporteur.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. Il ne m'est pas facile de faire un choix sur cet amendement, car je dois reconnaître que M. le ministre a quelques arguments convaincants, sans négliger pour autant les arguments de notre rapporteur. (Sourires.) J'aurais plutôt tendance à trancher par sympathie en faveur de notre rapporteur. Mais, comme j'ai de l'amitié pour le ministre, je suis tiraillé.

Cela étant, monsieur le ministre, vous l'avez reconnu vous-même, un problème financier se pose à la fois pour le ministère de l'environnement et pour l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Nous aurons certainement l'occasion de revenir au cours du débat sur ce point, et le rapporteur s'en est déjà fait l'écho, l'office national de la chasse n'est pas dans une situation financière des plus confortables. Le charger encore un peu plus ne va pas arranger sa situation.

Dans un article précédent, sur l'initiative de l'Assemblée nationale, nous avons placé la chasse sous la double tutelle du ministère de l'agriculture et du ministère de l'environnement. (M. Piras sourit.) La solution ne serait-elle pas de demander au ministère de l'agriculture d'assurer le secrétariat de l'Observatoire ? Dans ce cas, votre ministère serait dégagé de cette charge, monsieur le ministre (Sourires), et l'esprit du texte serait respecté. Dans le même temps, satisfaction serait donnée à notre ami Ladislas Poniatowski.

Si donc vous preniez cet engagement au nom du Gouvernement, monsieur le ministre, le problème serait réglé et le débat sur ce point serait clos.

Par ailleurs, je me fais l'écho d'un argument, auquel je suis sensible et qui concerne les avis techniques donnés par cet observatoire au regard notamment de tout ce qui concerne la faune.

Nous souffrons trop aujourd'hui des conséquences de la directive Oiseaux. Nous n'avons jamais réussi à amener la Commission européenne à prendre en compte les évolutions nécessaires des dates d'ouverture et de fermeture de la chasse s'agissant des oiseaux migrateurs. Les commissaires se sont appuyés sur des études scientifiques allant dans le sens qu'ils souhaitaient, sans que nous ayons pu y opposer les nôtres.

La question qui a été soulevée, aussi bien par vous-même que par Ladislas Poniatowski, est celle de la crédibilité des études qui seraient effectuées par cet Observatoire. Serait-elle plus grande si le secrétariat est assuré conjointement par le ministère de l'écologie et du développement durable et le ministère de l'agriculture, ou s'il dépend de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage ? J'avoue que j'ai du mal à me faire une idée. Néanmoins, la piste du ministère de l'agriculture pourrait constituer une solution de repli.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Je crois que l'Observatoire est considéré assez généralement comme utile et qu'il n'est pas contesté. A mon avis, comme l'a dit plus ou moins notre collègue Alain Vasselle, en tout cas c'était en filigrane dans ses propos, seul l'Observatoire, par le sérieux et la qualité de ses travaux, peut faire évoluer l'Europe sur un certain nombre de sujets, notamment sur cette stupide directive Oiseaux.

Donc, il n'y a pas de problème en ce qui concerne l'Observatoire.

Dans cette affaire, mes chers collègues, contrairement à ce qu'a dit M. le ministre, il s'agit non pas d'un transfert de compétence du ministère vers l'Office, mais d'un transfert de charges.

Or, si le transfert de charges était accompagné des moyens nécessaires compte tenu de la situation financière désespérée qui est celle de l'Office, je suppose que nous n'aurions pas, les uns et les autres, d'objections particulières.

Mais, si le ministre nous dit que c'est une charge très lourde - et elle l'est sans doute, car il faut payer des chargés de mission et d'autres personnes... -, je ne vois pas, pour ma part, comment l'Office pourrait faire face à cette dépense, dans la situation de déshérence financière qui est la sienne aujourd'hui, à cause des recrutements très importants qui ont été effectués au cours des années passées,...

M. Gérard Braun. Tout à fait !

M. Michel Charasse. ...notamment dans le cadre des emplois-jeunes, et autres.

Mes chers collègues, je ne suis pas convaincu que le ministre ait raison, de même que je me garderai bien de dire que le rapporteur a tort. (M. Vasselle sourit.)

Comme l'a dit M. Vasselle, il faut trouver une autre solution. Mais, à ce point du débat, nous ne le pouvons pas techniquement.

Par conséquent, ou bien nous suivons le Gouvernement et, dans ce cas, le 3° de l'article 54 D est adopté. Il n'est donc plus en discussion et, mes chers collègues, le débat est verrouillé pour la deuxième lecture.

Ou bien nous adoptons l'amendement de la commission, auquel cas la discussion reste ouverte en deuxième lecture. Dès lors - et je pense que dans cette affaire le ministre n'est pas de mauvaise foi (M. le ministre sourit.) -, il faut qu'à l'occasion de la deuxième lecture il s'efforce de trouver une solution intermédiaire.

Est-ce la solution proposée par M. Vasselle ou une autre solution ? Je n'en sais rien. Il faut trouver une solution de financement, de façon qu'on ne surcharge pas financièrement l'Office qui n'en peut plus.

Ma position est simple - je n'ai pas consulté mes amis et je me lance peut-être à l'aventure - mais je pense qu'il faut laisser la discussion ouverte sur ce point. Et le seul moyen pour ce faire, c'est de voter l'amendement du rapporteur.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote.

M. Jean-Louis Carrère. Nous avons en son temps, dans cette assemblée, voté à l'unanimité la création de l'Observatoire national de la faune sauvage et de ses habitats, parce que nous nous sommes aperçus que, quelle que soit notre volonté politique, que nos votes soient unanimes ou non, notre pays se trouvait toujours dans l'impossibilité de faire évoluer la directive Oiseaux.

Nous avons donc bien compris qu'il nous fallait recourir à un instrument imparable scientifiquement afin de négocier avec les instances européennes la possibilité d'infléchir certaines tendances naturelles, notamment en matière de fixation des dates d'ouverture et de fermeture de la chasse.

M. Ladislas Poniatowski a d'ailleurs évoqué la rencontre que nous avons eue avec Mme Wallstrom par l'intermédiaire de votre prédécesseur, monsieur le ministre.

M. Michel Charasse. Ce n'était pas un pèlerinage ! (Sourires.)

M. Jean-Louis Carrère. Certes, non !

Nous avions bien remarqué à cette occasion que, même avec l'apport scientifique d'un observatoire, nous n'avions pas encore complètement gagné la partie, loin s'en fallait.

C'est à cet égard que je m'inscris totalement en faux contre votre raisonnement, monsieur le ministre. On peut tout se dire dans cette enceinte ! Ou bien nous croyons que, sur le plan scientifique, nous avons besoin d'un observatoire libre dont nous ferons reconnaître les avis par les chasseurs ; ou bien nous n'y croyons pas.

Se lancer dans des projections tendant à dire que le ministère pourrait être accusé d'influencer l'Observatoire s'il assurait son secrétariat, relève de débats d'école maternelle, pardonnez-moi de vous le dire, monsieur le ministre.

Il importe qu'au sein de l'Hexagone nous soyons solidaires des travaux de cet Observatoire et que nous les assumions, sans les orienter. Il faut les faire vivre.

Si ses données scientifiques nous sont favorables, ce que je crois, nous devrons entreprendre des démarches conjointes pour obtenir de l'Europe des fixations de dates d'ouverture et de fermeture conformes à ces recommandations.

C'est la raison pour laquelle, afin de ne pas apporter de complications à un monde rural qui a été désorienté par les accents politiques et les méthodes de gestion de la chasse dans notre pays, je pense qu'il appartient au ministère qui a la tutelle de la chasse, soit le ministère de l'agriculture, soit celui de l'écologie et du développement durable, d'assumer le secrétariat de cet observatoire.

L'argument - pardonnez-moi d'y revenir, monsieur le ministre - selon lequel le ministère de tutelle pourrait être accusé d'avoir une quelconque influence sur les conclusions de l'Observatoire discréditerait d'entrée de jeu cette instance. Aussi, nous le refusons.

Nous assumerons les conclusions de l'Observatoire et nous les attendons pour construire notre stratégie.

Michel Charasse. Très bien !

M. le président. La parole est à M. Philippe François, pour explication de vote.

M. Philippe François. Je reviens aux gardes - chasses, qui sont, chacun ici le sait, un peu mon cheval de bataille ! (Sourires.)

Je lis dans le rapport écrit un passage qui me semble précieux : « S'agissant de la disposition relative au concours apporté au préfet par les agents de l'ONCFS en matière de police de la chasse, votre rapporteur considère qu'il ne s'agit que d'une mesure provisoire, dans l'attente d'une solution pérenne s'agissant de l'exercice d'une mission régalienne de l'Etat en matière de police de l'environnement. »

Je souscris à cette réflexion, qui a le mérite de souligner combien la situation dans laquelle nous sommes est inconstitutionnelle.

M. Philippe François. Est-il logique, en effet, que l'Etat ne consente à consacrer quelque argent pour le financement de ses fonctionnaires qu'à la condition que les chasseurs mettent aussi la main à la poche ? C'est un comble quand on sait que les chasseurs assument déjà 95 % de la rémunération des gardes, qui sont des fonctionnaires et qui, par conséquent, ne peuvent être rémunérés que par l'Etat !

M. Alain Vasselle. Tout à fait !

M. Philippe François. J'aimerais savoir ce que vous en pensez, monsieur le ministre.

Je souhaiterais également vous interroger sur l'état d'avancement du décret portant création d'un office - encore un ! -, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique. Quel est cet office ? Que fera-t-il ? Qui s'en occupera ?

En tout cas, pour ce qui me concerne, je considère, après d'autres, qu'il n'était pas inopportun de créer cet office, mais qu'il devrait être rattaché à la direction générale de la gendarmerie et pourrait préfigurer ainsi, conformément aux déclarations du Premier ministre, une police de l'environnement englobant la police de la chasse et la police de la pêche.

M. Michel Charasse. Oh là là !

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Nous avons tous bien conscience de la nécessité non seulement de cet observatoire, mais aussi d'assurer tout à la fois son indépendance et sa crédibilité. J'attire votre attention sur l'importance des avis qu'il rend, notamment pour certaines décisions du ministre de l'industrie. Or cet avis sera donné alors même que le secrétariat de cet observatoire, c'est-à-dire, en fait, son organisation, sera assuré par le ministère lui-même, donc par le ministre. Ainsi donc, c'est du moins ce que l'on en dira, même si ce n'est pas le cas, le ministre sera en fait à l'origine de l'avis qui lui est théoriquement nécessaire pour prendre sa décision.

M. Jean-Louis Carrère. Il y a d'autres cas où l'on peut tenir le même raisonnement !

M. Serge Lepeltier, ministre. Dans un sens ou dans un autre, on court le risque de donner de cet observatoire une image de dépendance.

M. Michel Charasse. Mais les scientifiques sont neutres, tout de même !

M. Serge Lepeltier, ministre. Je reviens maintenant sur le problème de la compétence technique.

En fait, dans le principe, nous en revenons, avec cet amendement, à une recentralisation au niveau du ministère de l'écologie, alors même que toutes nos décisions, collectivement, vont dans le sens d'une décentralisation. Si nous prenons une telle décision, nous déstabilisons l'office parce que nous lui ôtons une mission emblématique au moment même où, il faut bien le dire, il est fragilisé. Je pense que nous prenons un risque pour l'office lui-même, et je tenais à attirer l'attention du Sénat sur ce point.

Quant aux problèmes financiers de l'office, monsieur Charasse, je l'ai dit moi-même, ils ne nous sont pas inconnus. D'ailleurs, l'Etat contribue à hauteur de 2 millions d'euros pour les résoudre. Et le coût du secrétariat de l'observatoire ne serait pas si élevé qu'il grèverait les finances de l'office : celui-ci a bien d'autres raisons d'avoir des problèmes financiers, et ce n'est pas au détour d'un article et encore moins d'un amendement que nous pourrons les résoudre : il faudra les traiter ailleurs et autrement

Cet amendement met donc en question l'image et la crédibilité de l'observatoire. Celui-ci est chargé de donner un avis au ministre de l'écologie, avis essentiel pour certaines décisions que les chasseurs attendent. Il faut savoir, en effet, que les chasseurs défendent à Bruxelles cet observatoire qui peut appuyer de ses avis scientifiques et d'experts la décision du ministre. Vous voyez le risque que nous courons si nous faisons perdre sa crédibilité à cet observatoire !

M. François m'interroge sur la création d'une police de l'environnement à laquelle seraient intégrés par regroupement les gardes-chasses.

Il faut revenir à ce qu'est cette police de l'environnement : c'est une police qui exige des compétences techniques et des connaissances spécifiques. En effet, en matière de faune sauvage, le champ des connaissances naturalistes appelle une formation spécialisée. De plus, les agents chargés de cette police se voient aussi confier des missions de veille et d'observation scientifiques, de conseil technique et d'information. Je crains qu'un rapprochement avec des services généralistes de police et de gendarmerie ne permette pas de maintenir cette technicité.

En outre, l'affectation de cette police technique auprès des forces de gendarmerie risquerait, sur le plan global et en fonction des priorités données aux uns et aux autres, de la détourner de sa mission principale en faveur de la faune sauvage et de la chasse.

Vous le voyez, il y a là plusieurs risques.

Je le répète, depuis la loi pour la sécurité intérieure du 18 mars 2003, les préfets animent et coordonnent les services de l'Etat et de ses établissements publics, dont l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, dans les domaines de l'ordre public et de la police administrative.

Quant au décret interministériel portant création de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, sachez qu'il est à la signature et que d'ores et déjà deux ministres l'ont signé.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur le ministre, vous nous dites qu'il est très important que les travaux de l'observatoire soient crédibles, notamment pour Bruxelles : j'en suis totalement convaincu ! Mais je suis nettement moins convaincu quand vous ajoutez que cet observatoire aura plus de crédibilité si son secrétariat est assuré par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, plutôt que directement par votre ministère.

M. Jean-Louis Carrère. C'est cela le problème !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. C'est tout le contraire, à mon sens.

M. Michel Charasse. C'est le soupçon sur les scientifiques !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Bien sûr !

Je souhaite un observatoire fort et indépendant, mais qui ne développe pas une administration trop importante, ce qui serait la fin de tout. Gardons un instrument souple.

M. Michel Charasse. Il ne faut pas le donner aux universités !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La crédibilité de l'observatoire sera plus forte si son secrétariat est assuré par votre ministère.

M. Jean-Louis Carrère. Tout à fait !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Pour ce qui est de l'argument avancé, certes de manière un peu dramatique, par notre collègue Michel Charasse, il est vrai que la situation financière de l'ONCFS est de plus en plus grave et nous devons en tenir compte également. Je remercie à cet égard notre collègue de m'avoir soufflé l'idée que, si jamais l'amendement de la commission n'est pas adopté, le débat sera clos. Il vaut donc mieux adopter cet amendement pour pouvoir continuer de débattre jusqu'à la fin de la deuxième lecture.

M. Michel Charasse. Absolument !

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 70.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 54 D, modifié.

(L'article 54 D est adopté.)

Art. 54 D (priorité) (suite)
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Art. 54 F (priorité)

Article 54 E (priorité)

La dernière phrase du premier alinéa de l'article L. 421-13 du code de l'environnement est complétée par les mots : « et conduisent des actions en faveur de la faune sauvage et de ses habitats ».

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, sur l'article.

M. Alain Vasselle. A l'occasion de cet article, je souhaite aborder le problème de la garderie.

Il me semblait me souvenir que, dans le cadre des échanges entre l'ONCFS, le ministère, la commission, le rapporteur et le groupe d'études sur la chasse, il avait été convenu qu'il fallait faire évoluer à la fois le statut des gardes, mais aussi les relations entre l'office et les fédérations départementales de la chasse au regard de la garderie.

Il avait été question de placer sous l'autorité du préfet la garderie de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage ; un rapport d'activité devait être produit par les gardes et un échange aurait eu lieu entre le préfet et le président de la fédération départementale des chasseurs. Tout cela était, bien entendu, d'ordre réglementaire.

Or je n'ai pas le sentiment, à travers les dispositions adoptées, que nous nous orientions dans cette direction. C'était une solution à mi-parcours, une sorte de compromis entre la solution radicale proposée par notre collègue Philippe François, à laquelle j'étais personnellement très favorable, et une autre solution, qui consistait à en rester au statu quo pur et simple.

Je vous prie donc de m'excuser, monsieur le président, d'avoir prolongé les débats, mais il me paraissait de mon devoir d'intervenir à ce stade du débat, ayant été sollicité par ma fédération départementale des chasseurs, qui aurait souhaité une évolution un peu plus nette.

M. le président. L'amendement n° 71 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit cet article :

Le premier alinéa de l'article L. 421-13 du code de l'environnement est complété par la phrase suivante : « Elles conduisent et coordonnent des actions en faveur de la faune sauvage et de ses habitats ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'article 54 E est consacré au rôle et aux missions des fédérations régionales qui sont, en fait, l'addition des fédérations départementales.

Actuellement, ces fédérations assurent la représentation des fédérations départementales et interdépartementales, mais il faut qu'elles puissent aller plus loin et conduire un certain nombre d'actions conjointement avec les départements qui dépendent d'elles.

Il s'agit ici d'une modification rédactionnelle, car la commission propose que les fédérations régionales puissent conduire et, en même temps, coordonner des actions en faveur de la faune sauvage et de ses habitats.

Il est vrai aussi que certaines aides, notamment européennes, dont ne pourraient pas bénéficier les fédérations départementales, pourraient, en revanche, aller aux fédérations régionales pour mener un certain nombre d'actions. Il faut donc faire attention à ce qu'il n'y ait pas de conflits entre les départements et les régions. C'est l'objet de cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 71 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'article 54 E est ainsi rédigé.

Art. 54 E (priorité)
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Art. 54 G (priorité)

Article 54 F (priorité)

Dans la première phrase de l'article L. 427-6 du code de l'environnement, après les mots : « après avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt », sont insérés les mots : « et de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs ».

M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 952, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Supprimer cet article.

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Il s'agit des battues administratives.

Je rappelle que les battues administratives sont des opérations de destruction ponctuelle ordonnées par l'Etat ; elles constituent le dernier recours en cas de dommages importants justifiant une opération exceptionnelle par ses moyens et par la participation de la collectivité ; c'est le dernier recours aussi contre la carence d'un particulier qui porte atteinte à l'intérêt commun.

Les battues ont toujours été décidées par l'autorité administrative sans qu'il y ait lieu de procéder à des consultations.

L'Assemblée nationale a souhaité, contre l'avis du Gouvernement, que le préfet recueille l'avis de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs avant de décider une battue administrative.

J'aurais aimé donner l'avis du Gouvernement sur l'amendement de la commission, car les deux sont liés. Que se passera-t-il, en effet, si la fédération ne répond pas ou si, dans l'hypothèse de l'amendement de la commission, le président ne répond pas ?

Enfin, énumérer dans la loi certains organismes que le préfet devrait consulter avant de prendre sa décision en incitera immanquablement d'autres à réclamer la même prérogative.

Multiplier les avis poserait un problème d'efficacité, car les décisions doivent souvent être prises dans l'urgence. C'est pourquoi je souhaite que le Sénat revienne sur cette disposition introduite par l'Assemblée nationale.

M. le président. L'amendement n° 894, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit cet article :

Dans la première phrase de l'article L. 427-6 du code de l'environnement, après les mots : « après avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt » sont insérés les mots : « et du président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La présentation de cet amendement nécessite un bref rappel historique.

Nos collègues de l'Assemblée nationale ont, il est vrai, quelque peu alourdi la procédure de la battue administrative, en exigeant que le préfet demande l'avis de la fédération départementale des chasseurs.

Demander l'avis d'une fédération départementale laisse supposer que le président de la fédération réunisse son conseil d'administration, et c'est lourd.

M. Gérard Braun. C'est vrai !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il faut quand même que la procédure soit souple.

Monsieur le ministre, sur le terrain, une battue administrative n'est pas une affaire d'urgence, on peut prendre un peu de temps. En revanche, il faut pouvoir prendre la décision assez rapidement.

Le Gouvernement était, je le sais, hostile à l'amendement qui a été adopté par l'Assemblée nationale. Mais je suis en fait allé dans votre sens, monsieur le ministre, puisque l'amendement n°894 prévoit que le préfet demande l'avis du président de la fédération.

M. Michel Charasse. Comme il le fait déjà dans tous les cas !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Comme - et c'est le cas presque partout - la direction départementale de l'agriculture et le président de la fédération travaillent ensemble et ont d'excellentes relations, la procédure n'est pas compliquée.

Demander un avis pour une battue administrative, c'est prendre son téléphone, appeler le président de la fédération et lui demander si, sur tel massif, il est d'accord pour qu'une battue soit organisée.

J'allais donc dans votre sens, monsieur le ministre, en allégeant le texte. Or, vous voulez supprimer l'article 54 F. Le pas que je fais dans votre direction est suffisant. Je propose une procédure souple, car la battue administrative est un instrument qu'il faut garder, car elle est utile.

En outre, on ne vexe pas trop tous les chasseurs, en laissant de côté purement et simplement les fédérations départementales de chasse.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Vous avez bien compris, monsieur le rapporteur, que mon but était de ne pas alourdir la procédure, car, comme vous l'avez rappelé à juste titre, convoquer le conseil d'administration est une procédure très lourde. Or, vous proposez de ne demander qu'un simple avis à son président.

Après avoir entendu votre argumentation, je suis favorable à votre amendement, monsieur le rapporteur.

En conséquence, je retire l'amendement n° 952.

M. le président. L'amendement n° 952 est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 894.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'article 54 F est ainsi rédigé.

Art. 54 F (priorité)
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Art. additionnel avant l'art. 54 (priorité)

Article 54 G (priorité)

La dernière phrase du premier alinéa de l'article L. 211-23 du code rural est complétée par les mots : «, sauf s'il participait à une action de chasse et qu'il est démontré que son propriétaire ne s'est pas abstenu de tout entreprendre pour le retrouver et le récupérer, y compris après la fin de l'action de chasse ».- (Adopté.)

Art. 54 G (priorité)
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Art. 54 (priorité)

Article additionnel avant l'article 54 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 950, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Avant l'article 54, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Sont ratifiées les ordonnances :

- n° 2003719 du 1er août 2003 relative à la simplification de la validation du permis de chasser, prise en application du 1° de l'article 13 de la loi n° 2003591 du 2 juillet 2003 habilitant le Gouvernement à simplifier le droit ;

- n° 20031188 du 11 décembre 2003 relative à certaines modalités d'adjudication du droit de chasse, prise en application du 2° de l'article 13 de la loi n° 2003591 du 2 juillet 2003 habilitant le Gouvernement à simplifier le droit.

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. En application de l'article 38 de la Constitution, Le Gouvernement peut demander au Parlement l'autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement, vous le savez, du domaine de la loi.

Les ordonnances sont prises en Conseil des ministres après avis du Conseil d'Etat. Elles entrent en vigueur dès leur publication, mais deviennent caduques si le projet de loi de ratification n'est pas déposé devant le Parlement avant la date fixée par la loi d'habilitation.

La loi d'habilitation en rapport avec le présent amendement est la loi n° 2003-591 du 2 juillet 2003 habilitant le Gouvernement à simplifier le droit, publiée au Journal officiel du 3 juillet 2003.

Son article 13 comprenait deux dispositions relatives à la chasse, l'une portant sur la procédure de validation du permis de chasser, l'autre sur les adjudications du droit de chasse en forêts domaniales.

Ainsi, les deux ordonnances mentionnées dans l'amendement ont été publiées à la fin de l'année 2003. Afin de confirmer leur valeur législative, elles doivent faire l'objet d'une ratification par le Parlement.

M. le président. Le sous-amendement n° 963, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

A - Compléter le deuxième alinéa du texte proposé par l'amendement n° 950 par les mots :

, sous réserve du II ci-dessous

B - Compléter in fine le texte proposé par l'amendement n° 950 par un paragraphe ainsi rédigé :

II. - Le début de la première phrase de l'article L. 423-16 du code de l'environnement, tel qu'il résulte de l'article 3 de l'ordonnance n° 2003-719 du 1er août 2003 précitée est ainsi rédigé :

"La demande de validation doit être accompagnée par une attestation délivrée par une entreprise admise à pratiquer en  France l'assurance de ce risque et permettant de constater que la responsabilité civile du demandeur est garantie pour une somme illimitée... (le reste sans changement). »

 

C - En conséquence, faire précéder le premier alinéa du texte proposé par l'amendement n° 850 de la mention :

I.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission n'est pas du tout hostile à la ratification de ces deux ordonnances, qui sont d'ailleurs attendues par le monde de la chasse.

Toutefois, le sous-amendement n° 963 vise à compléter l'amendement du Gouvernement pour répondre à un problème délicat, celui de la simplification de la procédure de validation annuelle du permis de chasser.

Si l'instauration du guichet unique constitue une très bonne mesure, on peut s'interroger sur la nouvelle rédaction de l'article L. 423-16 du code de l'environnement relatif aux modalités d'assurance du chasseur.

En réalité, il est beaucoup plus simple de vérifier que le chasseur est bien assuré au moment de la validation plutôt que d'attendre le jour où le garde fédéral à la suite d'un contrôle constatera qu'il ne l'est pas. On a tout intérêt à ce que tous les chasseurs de France soient bien couverts par une assurance.

M. Gérard César. Tout à fait !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Faisons ce contrôle au moment où c'est le plus facile, c'est-à-dire au moment de la validation du permis de chasser.

Dans tous les départements où le guichet unique va se mettre en place, la procédure sera automatique. Mais, dans les autres cas, je propose que cela puisse être fait lors de la validation du permis de chasser.

La commission est donc favorable à l'amendement du Gouvernement, mais il serait à mon avis souhaitable que le sous-amendement de la commission soit adopté.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement est favorable au sous-amendement n° 963 puisqu'il va dans le sens que nous souhaitons. En effet, une difficulté pouvait se poser.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote sur le sous-amendement n° 963.

M. Alain Vasselle. Dans la rédaction du sous-amendement, un point me préoccupe.

Vous souhaitez, monsieur le rapporteur, que l'attestation soit délivrée par une entreprise admise à pratiquer en France l'assurance de ce risque et permettant de constater que la responsabilité civile du demandeur est garantie pour une somme illimitée.

Le fait de faire référence à une somme illimitée ne peut-il pas créer une difficulté auprès des compagnies d'assurance, ainsi que pour les chasseurs ?

M. Michel Charasse. C'est le cas actuellement !

M. Alain Vasselle. On connaît les difficultés que rencontrent les médecins s'agissant de la couverture du risque.

Vous me direz que ce n'est pas comparable. Mais méfions-nous tout de même, en matière d'assurance, de ne pas nous retrouver avec des tarifs de polices d'assurance qui grimpent parce qu'il est obligatoire de prendre une assurance illimitée pour le risque, alors qu'il est peut-être possible de s'assurer pour un risque limité.

Je pose simplement la question et demande que l'on y réfléchisse d'ici à la deuxième lecture du projet de loi.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je n'ai fait que reprendre un texte qui existe déjà, monsieur Vasselle, et qui est très précis : « La demande de validation doit être accompagnée par une attestation délivrée par une entreprise admise à pratiquer en France l'assurance de ce risque et permettant de constater que la responsabilité civile du demandeur est garantie pour une somme illimitée et sans qu'aucune déchéance soit opposable aux victimes ou à leurs ayants droit, en raison des accidents corporels [...]. »

M. Michel Charasse. C'est déjà le cas !

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 963.

(Le sous-amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 950, modifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, avant l'article 54.

Art. additionnel avant l'art. 54 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 55 (priorité)

Article 54 (priorité)

I. - A l'article L. 413-5 du code de l'environnement, les mots : « le ministre chargé de l'environnement » sont remplacés par les mots : « l'autorité administrative ».

II. - Le 5° de l'article L. 415-3 du même code est ainsi rédigé :

« 5° Le fait d'ouvrir ou d'exploiter un tel établissement en violation des dispositions de l'article L. 413-3 ou des règlements pris pour son application. » - (Adopté.)

Art. 54 (priorité)
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Art. 55 bis (priorité)

Article 55 (priorité)

I. - Le chapitre IV du titre Ier du livre IV du code de l'environnement est complété par une section 2 ainsi rédigée :

« Section 2

« Orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats

« Art. L. 414-8. - Dans chaque région et dans la collectivité territoriale de Corse, des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats sont élaborées en vue d'en promouvoir une gestion durable, conformément aux principes énoncés à l'article L. 420-1 et compte tenu des orientations régionales forestières mentionnées à l'article L. 4 du code forestier et des priorités de la politique d'orientation des productions agricoles et d'aménagement des structures d'exploitation mentionnées à l'article L. 313-1 du code rural.

« Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats précisent les objectifs à atteindre en ce qui concerne la conservation et la gestion durable de la faune de la région, chassable ou non chassable, et de ses habitats, l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et la coexistence des différents usages de la nature. Elles comportent une évaluation des principales tendances de l'évolution des populations animales et de leurs habitats, des menaces dues aux activités humaines et des dommages que celles-ci subissent. Les schémas départementaux de gestion cynégétique visés à l'article L. 425-1 contribuent à cette évaluation.

« Les collectivités territoriales et des organismes compétents dans les domaines traités dans ce document sont associés à son élaboration.

« Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats sont arrêtées par le préfet de région et, en Corse, par le préfet de Corse ou, lorsque la région ou la collectivité territoriale de Corse a demandé à exercer cette compétence, par le président du conseil régional ou le président du conseil exécutif.

« Dans ce dernier cas, les orientations régionales sont élaborées par l'organe délibérant de la collectivité qui consulte le comité régional de l'environnement mentionné à l'article L. 131-2. »

II. - Le deuxième alinéa du I de l'article L. 421-1 du même code est ainsi modifié :

1° Les mots : « l'élaboration des orientations régionales visées au I de l'article L. 421-7 ainsi que » sont supprimés ;

2° Il est complété par deux phrases ainsi rédigées :

« Il apporte également son concours à l'Etat ou à la région pour l'élaboration des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats mentionnées à l'article L. 414-8. Il a aussi pour mission de contribuer à la mise au point et à la vulgarisation de systèmes et pratiques de gestion des territoires ruraux respectant et valorisant la faune sauvage. »

III. - Le deuxième alinéa de l'article L. 421-13 du même code est ainsi rédigé :

« Elles sont associées par l'autorité compétente pour l'élaboration des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats mentionnées à l'article L. 414-8. »

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, sur l'article.

M. Jean-Louis Carrère. Je voudrais monsieur le ministre, vous faire part de l'état d'esprit qui nous anime.

Vous connaissez bien le Sénat et vous savez que, dans les discussions relatives à la chasse, nous savons faire taire nos différences. Nous avons appris qu'il était souhaitable de se rassembler pour être efficaces, même si, pour l'instant, on n'en a pas tiré beaucoup d'avantages pour les chasseurs, s'agissant notamment de la fixation des dates de chasse aux oiseaux migrateurs.

Le texte déposé par votre prédécesseur avait bénéficié d'une quasi-unanimité. Il avait reconnu les fédérations et était une rupture avec la manière dont elles avaient été déconsidérées. Nous avions corrigé certains errements des lois précédentes.

Cet état d'esprit nous a conduits à la création de l'observatoire. Nous sommes allés à Bruxelles. Nous avons même échafaudé entre nous un certain nombre de stratégies pour obtenir, grâce à notre unanimité, certaines avancées parce que nous vivons sur nos territoires et dans nos régions, monsieur le ministre, une réalité, la désespérance des chasseurs qui, vous le savez, ne prennent pas de vacances et dont le seul plaisir est l'exercice de cette passion.

M. Michel Charasse. Ce sont des petites gens !

M. Jean-Louis Carrère. C'est une passion simple pour des hommes simples. Je n'ai pas bien compris votre attitude, monsieur le ministre.

Sénateur des Landes et premier vice-président du conseil régional d'Aquitaine, je vis sur un territoire où la passion cynégétique s'exprime surtout autour de la chasse aux oiseaux migrateurs.

Avec mes collègues Bernard Dussaut et Philippe Madrelle, nous avons été étonnés, monsieur le ministre, de vous entendre traiter de braconniers des hommes qui ont l'habitude, depuis des temps anciens, de pratiquer la chasse à la tourterelle.

Cette chasse est, il est vrai, interdite, tout comme la chasse de certains oiseaux, tel le bruant ortolan par exemple. Toutefois, vous le savez bien, monsieur le ministre, ces hommes et ces femmes vivant sur ces territoires, qui étaient, pour nombre d'entre eux, dans les réseaux de la Résistance au moment de l'occupation allemande et n'ont pas hésité à défendre leur pays et à répondre chaque fois présent quand on leur demandait, ne comprennent pas que ces lois s'appliquent à eux.

La création de l'observatoire est certainement la seule manière de les rassurer sur l'aspect scientifique qui peut prévaloir avant de telles décisions.

Je vous demande, monsieur le ministre, au nom du respect que nous devons à nos territoires, aux hommes et aux femmes qui les font vivre, à leurs passions, même si le terme que vous avez utilisé a un sens littéraire et juridique qui peut être considéré comme correct, de ne pas employer ce mot blessant. Sinon, bien évidemment, monsieur le ministre, je ne vous garantirais plus la même forme de consensus et peut-être le même état d'esprit au sein de notre assemblée. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. Gérard Le Cam. Très bien !

M. le président. L'amendement n° 72, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans la première phrase du deuxième alinéa du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 414-8 à insérer dans le code de l'environnement, supprimer les mots :

, l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'article 55 du projet de loi tend à donner une définition et un contenu aux orientations régionales de gestion de la faune sauvage et d'amélioration de la qualité de ses habitats qui étaient simplement évoquées à l'article L. 421-7 du code de l'environnement.

Il faut rappeler que cette mention avait été introduite par l'article 9 de la loi du 26 juillet 2000, lors de la nouvelle lecture à l'Assemblée nationale, après échec de la commission mixte paritaire ; le Sénat s'y était opposé sans succès et sans pouvoir débattre malheureusement au fond d'un tel dispositif puisqu'il avait été ajouté au tout dernier moment.

Pour donner une assise juridique incontestable à ces documents, dont la rédaction a d'ailleurs été très largement entamée dans plusieurs régions de France, il faut le savoir, le deuxième alinéa de cet article détaille le contenu des orientations régionales de gestion de la faune sauvage et d'amélioration de la qualité de ses habitats, les ORGFH, en indiquant qu'elles doivent définir des objectifs en matière de conservation et de gestion durable de l'ensemble de la faune, chassable ou non chassable, et préciser les objectifs à atteindre en matière d'équilibre agro-sylvo-cynégétique et de coexistence des différents usages de la nature.

Je m'interroge très sérieusement sur les risques de confusion ou de conflits qui pourraient survenir demain entre les ORGFH et les schémas départementaux, car le sujet est également traité par ces derniers.

Il faut donc trouver un équilibre qui prenne en compte les particularités des différents massifs, ce qui implique que cette question soit traitée localement, et ce surtout en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés. Or, ils ne se retrouvent pas tous dans le cadre des orientations régionales, mais ils sont dans ceux des schémas départementaux.

Aux yeux de l'administration, je le sais bien, les schémas départementaux sont une horreur, car ils sont conduits par les chasseurs. Certes, mais le texte est assez rigide. Il prévoit que tous les acteurs concernés, les chasseurs bien sûr, mais aussi les agriculteurs, les forestiers et tous les autres acteurs qui peuvent être présents sur le terrain et qui utilisent l'espace, sont obligatoirement présents pour l'élaboration d'un schéma.

De plus, n'oublions jamais que la signature finale est celle du préfet : il reste toujours ce contrôle de l'autorité administrative.

C'est pour éviter les conflits entre les deux niveaux que, par cet amendement, je vous propose de supprimer des objectifs des orientations régionales l'équilibre agro-sylvo-cynégétique, non pour le faire disparaître, mais pour le réintégrer dans les compétences des schémas départementaux. En effet, il faut protéger les intérêts des uns et des autres, ceux des chasseurs, certes, mais aussi ceux des agriculteurs et des propriétaires forestiers.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je tiens, sans vouloir polémiquer, expliquer pourquoi j'ai utilisé le mot « braconniers ».

Sachez que je n'ai voulu insulter personne. Je n'ai pas appelé les chasseurs de tourterelles en tant que tels « braconniers » ; ceux que j'ai ainsi qualifiés sont ceux qui chassent en dehors des dates légales.

Dans cette enceinte sont votées les lois : nous ne pouvons que souhaiter que ces lois soient acceptées, sinon, il faut les changer.

M. Jean-Louis Carrère. Il faut les faire évoluer !

M. Michel Charasse. Certains brûlent des préfectures et on les amnistie !

M. Serge Lepeltier, ministre. L'amnistie suit une non-application de la loi, monsieur le sénateur.

Concernant l'équilibre agro-sylvo-cynégétique dans les orientations régionales, les schémas départementaux de gestion cynégétiques fixent les dispositions relatives à l'équilibre entre l'agriculture, la sylviculture et la chasse dans chaque département et à l'échelle des unités de gestion cynégétique.

Cependant, le fait que les unités de gestion concernent souvent plusieurs départements et que - nul ne l'ignore ! - les populations d'ongulés se déplacent sur plusieurs départements justifie une coordination et une prise en compte au plan régional des grands équilibres entre la faune sauvage et les habitats naturels.

Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage précisent les objectifs à atteindre pour la conservation et la gestion durable de la faune et de ses habitats et pour la coexistence des différents usages de la nature. Elles sont élaborées en étroite collaboration - c'est très important - avec l'ensemble des représentants du monde rural.

Ces orientations ont vocation à jeter les bases d'un débat entre tous les intérêts en jeu en tenant compte des spécificités régionales.

A ce titre, elles préparent utilement, et sans la contraindre, la réflexion sur les schémas départementaux de gestion cynégétique.

C'est la raison pour laquelle je ne suis pas tout à fait d'accord avec M. le rapporteur, même si je comprends bien sa volonté.

Aujourd'hui, il s'agit d'assurer l'équilibre entre agriculteurs, exploitants forestiers et chasseurs.

Préparer cet équilibre au plan régional est essentiel, de bonne gestion et peut éviter de mettre en opposition des intérêts concurrentiels sur le plan départemental ; définir des objectifs au plan régional peut empêcher de voir se dresser les uns contre les autres ces trois catégories d'usagers de la nature.

Si ces schémas départementaux prennent en compte ces orientations régionales, cela simplifiera peut-être les problèmes sur le terrain.

Si nous ne respectons pas l'équilibre agro-sylvo-cynégétique, nous rencontrerons des difficultés. Retirer cette mention de référence, c'est, en fait, retirer une part essentielle des orientations régionales.

C'est la raison pour laquelle je ne peux qu'être défavorable à cet amendement.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur le ministre, mon objectif est le même que le vôtre : éviter les conflits entre les orientations régionales et les schémas départementaux. Toutefois, nous qui avons l'expérience des collectivités territoriales savons que donner la même compétence à deux échelons entraîne de toute façon des problèmes et des conflits.

Vous auriez dû être rassuré par les autres amendements que j'ai déposés sur cet article, parce que ce que je retire là, je le réintègre bien dans les schémas départementaux, c'est-à-dire à un échelon où il existe une réelle concertation avec tous les acteurs.

De plus, je serai favorable à votre sous-amendement tendant à ce qu'il soit tenu compte des orientations.

Je pense que c'est un bon équilibre.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur le rapporteur, en défendant votre position, que je respecte, vous me donnez un argument.

Vous dites que les schémas départementaux devront, si mon sous-amendement est adopté, tenir compte des orientations régionales. Mais supprimer, dans les orientations régionales, cet équilibre agro-sylvo-cynégétique leur enlève un intérêt certain : en effet, les animaux se déplaçant sans connaître les frontières départementales, il faut bien qu'il y ait une coordination.

Certes, j'estime, comme vous, que la notion de coordination peut, à un moment donné, poser problème, mais il faut bien en tenir compte.

Si vous enlevez un élément essentiel de ces orientations régionales, je comprends que vous acceptiez que les schémas départementaux en tiennent compte, puisque vous les avez affaiblies par rapport à mon objectif de défendre l'équilibre entre ces trois populations qui sont usagers de la nature.

Je sais que M. le ministre de l'agriculture, s'il était là - nous en avons beaucoup parlé - défendrait la même position en ce qui concerne les agriculteurs, les exploitants forestiers et les chasseurs, qui n'ont pas toujours les mêmes intérêts.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Vous devriez me remercier : loin d'avoir affaibli les orientations régionales, je les ai maintenues, alors que, la dernière fois où elles ont été au coeur du débat dans cette assemblée, nous les avons à l'unanimité supprimées.

Je ne les remets pas en cause, je les laisse en l'état.

Le texte, tel qu'il est rédigé, conduira à des conflits. Dans mon esprit, les orientations concernent la gestion de l'espace, la gestion des espèces et il faudra en tenir compte, mais je ne souhaite absolument pas que l'équilibre agro-sylvo-cynégétique soit dans les orientations régionales.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il doit être dans les schémas départementaux, c'est très important.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 72.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je suis saisi de six amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 416 rectifié, présenté par MM. Charasse et  Carrère, est ainsi libellé :

Remplacer les trois derniers alinéas du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 414-8 du code de l'environnement par un alinéa ainsi rédigé :

« Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats sont arrêtées après avis des collectivités territoriales et des organismes compétents dans les domaines concernés, par le Préfet de Région et en Corse par le Préfet de Corse. ».

La parole est à M. Michel Charasse

M. Michel Charasse. Aux termes du texte de l'Assemblée nationale, il est prévu que les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats peuvent être arrêtées soit par le préfet, soit par le président du conseil régional, si ce dernier en fait la demande.

Cet amendement, que j'ai déposé avec mon collègue et ami M. Carrère, tend à préciser que seul le préfet peut arrêter ces orientations.

Mes chers collègues, dans ce domaine de la gestion et la conservation de la faune sauvage et de ses habitats, des intérêts nationaux majeurs sont en jeu : la France a souscrit des engagements internationaux, notamment européens, qu'il lui faut respecter et il doit y avoir - chacun le comprend, d'autant que M. le ministre a rappelé que la faune ne connaît pas de frontières, ni départementales, ni régionales - un minimum d'unité de conception sur l'ensemble du territoire de la République.

Rien de cela, mes chers collègues, ne peut être fait par des élus locaux.

En outre, la région ne peut pas prendre en compte des intérêts départementaux qui risquent d'être divergents.

Seul l'Etat peut faire prévaloir l'intérêt général au sens le plus large. Le préfet représente l'intérêt national, la région l'intérêt local, et il y a, dans cette affaire, autant d'intérêt national que d'intérêt local en présence.

Telles sont les raisons pour lesquelles, selon moi, il n'est pas de bonne méthode de laisser le soin à la région toute seule, sans même qu'il soit nécessaire d'engager une concertation avec les départements - je ne parle même pas des communes - d'arrêter ces orientations.

Il y a une chose dont nous sommes sûrs, en tout cas, c'est que, si c'est le préfet qui arrête ces orientations, il engagera une concertation avec l'ensemble des collectivités locales ; si c'est une collectivité, elle n'engagera pas forcément une concertation avec tous les acteurs concernés.

De plus, l'intérêt qui sera pris en compte sera l'intérêt régional, alors que le préfet est, aux termes de la Constitution, le défenseur des intérêts nationaux.

M. le président. L'amendement n° 73, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le troisième alinéa du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 4148 à insérer dans le code de l'environnement :

« Les collectivités territoriales ainsi que les personnes physiques ou morales compétentes dans les domaines traités dans ce document sont associées à son élaboration.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Mon amendement allant exactement dans le même sens que le vôtre, monsieur Charasse, bien que vous souhaitiez que les collectivités territoriales donnent un avis, tandis que je veux qu'elles soient associées, je suis tout à fait prêt à retirer le mien et à donner un avis favorable au vôtre, à la condition que vous y apportiez une rectification : je vous demande de remplacer les termes « organismes compétents » par les termes de mon amendement « des personnes physiques ou morales compétentes », afin que nous soyons sûrs de n'oublier aucune personnalité compétente.

J'annonce par avance que j'apporterai également une modification à mon amendement n° 74.

M. le président. Monsieur Charasse, acceptez-vous la rectification proposée par M. le rapporteur ?

M. Michel Charasse. Je l'accepte, monsieur le président.

M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 416 rectifié bis, présenté par MM. Charasse et  Carrère, et qui est ainsi libellé :

Remplacer les trois derniers alinéas du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 414-8 du code de l'environnement par un alinéa ainsi rédigé :

« Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats sont arrêtées après avis des collectivités territoriales et des personnes physiques ou morales compétentes dans les domaines concernés, par le préfet de région et en Corse par le préfet de Corse. ».

En conséquence, l'amendement n° 73 est retiré.

L'amendement n° 253 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Valade,  Bailly,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Après les mots :

Les collectivités territoriales

rédiger comme suit le troisième alinéa du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 414-8 du code de l'environnement : 

, les établissements publics de l'Etat compétents dans les domaines traités dans ce document, ainsi que les organisations représentatives des intérêts agricoles, forestiers et cynégétiques, sont associés à son élaboration.

La parole est à M. Yann Gaillard

M. Yann Gaillard. Cet amendement a été rédigé, lui aussi, dans l'objectif d'associer à cette concertation toutes les personnes ou organismes compétents pour la définition de ces orientations régionales.

M. le président. L'amendement n° 311, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Dans le troisième alinéa du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 414-8 du code de l'environnement, après les mots :

Les collectivités territoriales

insérer les mots :

, les associations de protection de la nature  

Cet amendement n'est pas soutenu.

L'amendement n° 312, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

I - Après les mots :

par le préfet de Corse

supprimer la fin de l'avant-dernier alinéa et le dernier alinéa du texte proposé par le I de cet article pour l'article L. 4148 du code de l'environnement.

II - En conséquence, après les mots :

à l'Etat

supprimer la fin de la première phrase du texte proposé par le 2° du II de cet article pour modifier l'article L. 4211 du code de l'environnement.

Cet amendement n'est pas soutenu.

L'amendement n° 74, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

A - Rédiger comme suit le texte proposé par le 2° du II de cet article pour compléter le deuxième alinéa du I de l'article L. 421-1 du code de l'environnement :

« Il apporte également son concours à l'Etat, à la région ou à la collectivité territoriale de Corse pour l'élaboration des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats mentionnés à l'article L. 414-8. »

B - En conséquence, rédiger comme suit le troisième alinéa (2°) du II de cet article :

° Il est complété par une phrase ainsi rédigée :

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Comme je l'ai indiqué, je rectifie cet amendement en supprimant, à la première ligne, les mots : «, à la région ou à la collectivité territoriale de Corse ». C'est un amendement de conséquence.

M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 74 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques et qui est ainsi libellé :

A - Rédiger comme suit le texte proposé par le 2° du II de cet article pour compléter le deuxième alinéa du I de l'article L. 421-1 du code de l'environnement :

« Il apporte également son concours à l'Etat pour l'élaboration des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats mentionnés à l'article L. 414-8. »

B - En conséquence, rédiger comme suit le troisième alinéa (2°) du II de cet article :

2° Il est complété par une phrase ainsi rédigée :

Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. En commission, nous avions considéré que l'amendement n° 253 rectifié était totalement satisfait par l'amendement n° 73 de la commission. Il l'est donc maintenant par l'amendement n° 416 rectifié bis, puisque j'ai retiré le mien au profit de celui de M. Charasse. Cet amendement tient compte des préoccupations que vous avez exprimées au travers de l'amendement n° 253 rectifié, monsieur Gaillard. En ce sens, il le satisfait, je vous rassure.

En revanche, le problème est toujours le même. Dès qu'il y a liste, à être trop précis, on va au devant de difficultés : ceux qui ne figureront pas sur cette liste voudront, d'ici à la deuxième lecture, y figurer aussi. (Oui ! sur les travées de l'UMP.)

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. J'avoue être surpris par l'argumentation du sénateur Michel Charasse.

M. Jean-Louis Carrère. Il n'a pas toujours tort !

M. Serge Lepeltier, ministre. Son amendement tend à ignorer la démarche de décentralisation dans laquelle le Gouvernement s'est engagé. Que M. Charasse ne veuille pas tenir compte de la démarche de décentralisation de ce Gouvernement, je le conçois. Mais des gouvernements précédents ont quand même beaucoup avancé en matière de décentralisation : il me semble qu'il y a une vingtaine d'années, des lois ont été votées en ce sens.

M. Serge Lepeltier, ministre. S'agissant des documents établis à l'échelle régionale, monsieur le sénateur, il est tout à fait normal que les régions qui le souhaitent puissent élaborer ces documents : elles sont concernées au premier chef ! Sinon, cela signifierait que vous n'avez confiance ni dans ces régions ni dans leur défense de l'intérêt général. C'est en tout cas ce que j'ai retenu de vos propos.

J'ai d'ailleurs eu l'impression, monsieur le sénateur, que, aujourd'hui, dans la situation politique de notre pays, vous aviez un peu peur de vos propres amis.

M. Serge Lepeltier, ministre. C'est pourtant ce que j'ai ressenti. Vous semblez craindre que les régions, peut-être compte tenu des majorités qui y ont été constituées, n'aillent pas forcément dans le sens que vous souhaitez. (Sourires sur les travées de l'UMP.)

M. Michel Charasse. Pas du tout !

M. Bernard Piras. C'est un jacobin !

M. Serge Lepeltier, ministre. J'ai trouvé dans votre argumentation un côté jacobin tout à fait affirmé.

M. Michel Charasse. Je le suis !

M. Bernard Piras. C'est flatteur.

M. Serge Lepeltier, ministre. Nous savons que vous l'êtes souvent. Au regard de cette situation, il s'agit d'une compétence qui peut, à notre sens, être largement assumée par les régions.

Je suis donc défavorable à l'amendement n° 416 rectifié bis.

Quant à l'amendement n° 253 rectifié, les préfets ont toute latitude pour déterminer la composition du comité de pilotage chargé de l'élaboration des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage en fonction des spécificités régionales. C'est donc à eux qu'il revient de faire participer à ce comité les représentants des intérêts les plus concernés.

C'est la raison pour laquelle je pense que cet amendement est satisfait. Peut-être vaudrait-il mieux, monsieur Gaillard, le retirer.

L'amendement n° 74 rectifié est un amendement de conséquence. Comme je ne suis pas favorable aux amendements précédents, je ne peux y être favorable, même si, en soi, il est cohérent.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement n° 253 rectifié est-il maintenu ?

M. Bernard Piras. Il les a tous retirés jusqu'à présent !

M. Michel Charasse. Il est satisfait !

M. Yann Gaillard. Non, je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 253 rectifié est retiré.

La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote sur l'amendement n° 416 rectifié bis.

M. Jean-Louis Carrère. Mon collègue et ami Michel Charasse a été traité de jacobin... (Sourires.)

M. Josselin de Rohan. Ce n'est pas un péché !

M. Jean-Louis Carrère. ...parce qu'il ne ferait pas confiance à la décentralisation mise en oeuvre par un certain nombre de nos amis, et soutenue par vous tous maintenant d'ailleurs.

A mon avis, je l'ai déjà dit, la chasse a vécu depuis de nombreuses années des traumatismes très graves.

M. Josselin de Rohan. Mme Voynet est passée par là ! Mme Blandin aussi !

M. Jean-Louis Carrère. Il me semble qu'il serait quelque peu hasardeux d'anticiper cette décentralisation à laquelle nous viendrons ; nous y sommes favorables. Avant de nous engager vers cette décentralisation des décisions en matière de chasse, levons ce traumatisme et essayons de trouver des modalités qui puissent garantir aux chasseurs qu'ils seront bien traités.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Sur l'amendement n° 416 rectifié bis, corrigé avec le concours de notre collègue et ami Ladislas Poniatowski, j'ai écouté ce que vous avez dit, monsieur le ministre. Mais je vous rassure, je n'ai aucune défiance particulière vis-à-vis des élus locaux.

M. Josselin de Rohan. Vis-à-vis de la région, un peu quand même !

M. Michel Charasse. Monsieur le ministre, le texte qui nous vient de l'Assemblée nationale est en soi très imparfait. Les régions sont et seront surchargées par des transferts de toute nature. Vous pensez qu'elles auront le temps de se pencher rapidement sur le schéma ou sur les orientations, puisque le texte ne prévoit pas de délai. Au moins donnerez-vous à vos préfets l'instruction d'arrêter les orientations dans le délai que vous fixerez et ils le feront.

Par ailleurs, les régions vont être soumises aux pressions de tous les départements qui font partie de la région : pressions diverses et variées, chacun me comprend...

Or, cela touche à des intérêts nationaux majeurs et ne peut pas relever d'une autorité locale. En disant cela, je n'ai pas la moindre mauvaise pensée à l'égard des élus locaux par qui, je le rappelle, nous sommes dans cette assemblée tous élus.

Monsieur le ministre, j'ai participé à la première phase de la décentralisation aux côtés du président François Mitterrand ; j'étais même chargé de cette mission à ses côtés à l'Elysée et je faisais la liaison avec Gaston Defferre. A l'époque, nous avons toujours veillé à ne pas transférer aux collectivités locales ce qui était régalien, ce qui était et devait rester de l'Etat, ce qui touchait à l'intérêt national. Or, je vous le redis, il y a en la matière, dans le domaine qui nous concerne, des dispositions figurant dans les orientations qui devront être conformes aux engagements internationaux de la France. En matière de faune sauvage, d'orientation générale de chasse, de préservation, entre autres, des engagements internationaux, il y en a des dizaines ! Il n'y a que le préfet qui peut les faire prévaloir.

Vous imaginez-vous, une fois que des régions auront dérapé dans un domaine ou dans un autre pour céder à telle ou telle pression, être obligé de saisir le tribunal administratif pour faire annuler parce que ce n'est pas conforme au droit européen ?

En plus, il faut une coordination entre les régions ! Le texte ne prévoit rien ! Bien sûr, il n'est pas interdit aux régions de se parler entre elles. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, les animaux ne connaissent pas les frontières. Si vous n'aviez pas envoyé M. Nicolas Sarkozy au ministère des finances, peut-être que cela aurait pu être réglé autrement (M. Bernard Piras rit.) et que nous aurions eu enfin des frontières contrôlées en ce qui concerne la libre circulation des animaux ! Mais ce n'est pas le cas et ce n'est pas demain la veille. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

Par ailleurs, il existe des territoires très interrégionaux en matière de faune, on le sait tous. Par conséquent, laissez à César ce qui est à César : cela relève de l'Etat. L'amendement que je présente avec Jean-Louis Carrère, corrigé très heureusement par le rapporteur M. Poniatowski, et qui permet d'ailleurs de répondre pleinement au souci de M. Gaillard...

M. Bernard Piras. Il est comblé !

M. Michel Charasse. ...puisque toutes les personnes physiques et morales concernées seront consultées, laisse à l'Etat le soin de faire le nécessaire. Bien entendu, l'amendement le prévoit, le préfet consultera : il consultera la région, les départements, tous les organismes, il consultera qui il voudra ! Mais ne rentrons pas dans ce processus. Il n'y a pas, de ma part, de défiance à l'égard de quiconque.

J'ajoute, monsieur le ministre, que, si les régions avaient une autre composition politique, j'aurais exactement la même politique, car je ne marchande pas l'Etat en fonction des circonstances électorales.

M. Bernard Piras. Très bien !

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Dans le texte du projet de loi, la compétence régionale n'est pas une obligation.

M. Serge Lepeltier, ministre. Ce n'est qu'une possibilité.

Sur le délai, vous manifestez des inquiétudes : les régions pourraient ne pas avoir le temps, parce qu'elles ont d'autres choses à faire. Si elles sont trop occupées, elles ne prendront pas cette compétence.

M. Michel Charasse. Si elles le font, vous ne fixerez aucun délai !

M. Serge Lepeltier, ministre. L'article 55 est précis sur ce point : « Les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune et de ses habitats sont arrêtés par le préfet de région et, en Corse, par le préfet de Corse ou, lorsque que la région ou la collectivité territoriale de Corse a demandé à exercer cette compétence, par le président du conseil régional ou le président du conseil exécutif. »

Si les régions ont trop de travail et si les excellentes lois que nous voterons en matière de décentralisation leur donnent beaucoup de compétence, et que cela les occupe trop, elles ne demanderont pas cette compétence.

M. Michel Charasse. Elles peuvent le demander, elles l'auront !

M. Serge Lepeltier, ministre. A à ce moment-là, c'est le préfet de région qui fera son travail.

Je le répète, votre manque de confiance en vos amis est ici évident.

M. Serge Lepeltier, ministre. Si les régions demandent cette compétence, mais ne la remplissent pas dans les délais, cela témoigne d'un manque d'efficacité au niveau d'un certain nombre de régions.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je ne doute pas de l'efficacité de la région Alsace !

Pour ce qui relève du droit européen et du respect d'autres textes, vous considérez que ces domaines relèvent du droit régalien. Je vois une légère contradiction dans votre argumentation.

D'une part, vous dites que les schémas départementaux, parce qu'ils sont efficaces et suffisants à l'échelon local, n'ont pas à respecter les orientations régionales. D'autre part, selon vous, les orientations régionales sont tellement importantes, puisqu'elles comportent en elles-mêmes du droit régalien et doivent respecter le droit européen, qu'il ne faut surtout pas les donner aux régions. Si elles sont importantes, si elles comportent du droit régalien et si elles doivent respecter le droit européen, à ce moment-là, l'argumentation que vous avez développée pour les dissocier des schémas départementaux tombe.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse

M. Michel Charasse. L'article prévoit que les orientations sont arrêtées par le président du conseil régional ou par le président du conseil exécutif. Il y a un précédent : les schémas départementaux des gens du voyage. Dans plus de la moitié des départements où cela n'a pas été fait, les préfets vont être obligés de se substituer - je ne juge pas sur le fond - aux présidents de conseils généraux défaillants. Cela n'a pas été fait parce que les conseils généraux sont surchargés de travail.

Par conséquent, laissons l'Etat faire son travail !

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 416 rectifié bis.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 74 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 75, présenté par M. Poniatowski au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le III de cet article pour le deuxième alinéa de l'article L. 421-13 du code de l'environnement, remplacer les mots :

pour l'élaboration

par les mots :

à l'élaboration

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement rédactionnel.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 75.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 55, modifié.

(L'article 55 est adopté.)

Art. 55 (priorité)
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Art. additionnel après l'art. 55 bis (priorité)

Article 55 bis (priorité)

Le premier alinéa du II de l'article L. 421-1 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

« Le conseil d'administration de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage est composé de vingt-deux membres dont la moitié sont des représentants issus des milieux cynégétiques. Il comporte des représentants des fédérations des chasseurs et des associations de chasse spécialisée, des représentants de l'Etat, de ses établissements publics gestionnaires d'espaces naturels et forestiers, d'organisations professionnelles agricoles et forestières, d'organismes de protection de la nature, des personnels de l'établissement et des personnes qualifiées dans le domaine de la chasse et de la faune sauvage. »

M. le président. L'amendement n° 417 rectifié, présenté par MM. Charasse et Carrère, est ainsi libellé :

Compléter la première phrase du texte proposé par cet article pour le premier alinéa du II de l'article L. 4211 du code de l'environnement par les mots :

les plus représentatifs

La parole est à M. Michel Charasse.

M. Michel Charasse. L'article 55 bis est rédigé de façon beaucoup trop vague. Il faut préciser les choses pour qu'il n'y ait pas de difficultés au moment où seront désignés les représentants des chasseurs ou des organisations de chasseurs.

C'est la raison pour laquelle, avec mon ami Carrère, nous proposons de préciser que seules participent les organisations les plus représentatives. On n'imagine pas quand même qu'une organisation qui compte cinquante à soixante adhérents sur l'ensemble de la France - il paraît que cela existe - siège au conseil d'administration de l'Office !

Par conséquent, il faut préciser « les plus représentatifs » ! Cela va de soi, mais cela va mieux en le disant !

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je suis tout à fait d'accord avec votre proposition pertinente : il faut que ce soit les associations représentatives qui siègent au conseil d'administration de l'ONCFS et non pas des associations qui ont quelques adhérents. Il n'est pas nécessaire de dire du mal de qui que ce soit.

Mais, dans l'amendement n° 76 rectifié, - permettez-moi de l'évoquer en cet instant, monsieur le président, car cela me permet d'expliquer pourquoi je le préfère - la commission précise : « des représentants des associations les plus représentatives de chasse spécialisée nommés à partir d'une liste établie par la Fédération nationale des chasseurs ». Cet amendement donne donc entière satisfaction aux auteurs de l'amendement n°417 rectifié.

M. Jean-Louis Carrère. Tout à fait d'accord.

M. le président. Monsieur Charasse, l'amendement n° 417 rectifié est-il maintenu ?

M. Michel Charasse. Je le retire, monsieur le président, m'en remettant à l'amendement de la commission.

M. le président. L'amendement n° 417 rectifié est retiré.

L'amendement n° 76 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans la seconde phrase du texte proposé par cet article pour le premier alinéa du II de l'article L. 421-1 du code de l'environnement, remplacer les mots :

et des associations de chasse spécialisée

par les mots :

, des représentants des associations les plus représentatives de chasse spécialisée nommés à partir d'une liste établie par la Fédération nationale des chasseurs

Cet amendement vient d'être présenté par son auteur.

Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Compte tenu des arguments qui viennent d'être fournis, le Gouvernement émet un avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 76 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 583 rectifié, présenté par MM. Vasselle et  François, est ainsi libellé :

Dans la seconde phase du texte proposé par cet article pour le premier alinéa du II de l'article L. 421-1 du code de l'environnement, après les mots:

de ses établissements publics gestionnaires d'espaces naturels et forestiers,

insérer les mots:

d'organisations professionnelles de la propriété privée rurale,

La parole est à M. Alain Vasselle.

M. Alain Vasselle. Que je sache, le droit de chasse est attaché au droit de propriété. A partir du moment où chacun en convient, il aurait été souhaitable que, dans le conseil d'administration de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, au sein duquel les chasseurs vont être largement représentés, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter, une place soit réservée aux détenteurs des droits de chasse. Or rien n'est prévu dans le texte.

J'ai lu dans le rapport de M. Poniatowski qu'aux termes du projet de décret établi par l'administration le conseil d'administration de l'Office serait composé de cinq représentants de l'administration, neuf représentants des chasseurs, dont deux pour les associations de chasse spécialisée, deux représentants des organisations professionnelles agricoles et forestières. C'est peut-être dans ce cadre que le ministre compétent pourrait veiller à ce que les propriétaires soient représentés. Il suffirait que M. le ministre veuille bien nous le confirmer de manière à apaiser les inquiétudes exprimées.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission est tout à fait favorable à la proposition formulée par le Gouvernement tendant à réduire le nombre d'administrateurs à vingt-deux. Cela permettrait dorénavant la présence de onze chasseurs désignés d'une manière différente.

Monsieur Vasselle, je comprends bien l'objet de votre amendement et je vais tenter de vous rassurer.

Ce que l'on ne peut accepter, c'est que soit augmenté le nombre de membres au sein du conseil d'administration car, de nouveau, les chasseurs seraient minoritaires.

En ce qui concerne le projet de décret que vous avez cité, je peux vous donner des précisions. Parmi les vingt-deux membres visés figurera un représentant des chambres d'agriculture. Le rôle de ces chambres, qui a été rappelé à l'occasion de l'examen d'un amendement précédent, est de représenter et les propriétaires et les exploitants. Sera également présent un représentant des propriétés forestières.

En outre, les représentants des chasseurs comprendront un ou deux propriétaires choisis parmi les présidents de fédérations. Il y aura donc plusieurs représentants de la propriété agricole.

M. Michel Charasse. Il y a les personnalités qualifiées !

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement a souhaité que le conseil d'administration de l'Office national soit une instance comportant un nombre restreint de membres afin de garantir son efficacité.

Dès que l'on veut introduire une autre catégorie de représentants en son sein, cette volonté n'est plus respectée puisque l'on devra augmenter le nombre de ses membres. De surcroît, d'autres catégories demanderont peut-être également leur intégration. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement est défavorable à l'amendement n° 583 rectifié.

Comme l'a dit M. le rapporteur, la propriété rurale est représentée à l'assemblée permanente des chambres d'agriculture. Ne serait-ce que par ce biais elle devrait aussi l'être au conseil d'administration de l'Office. Votre objectif sera atteint, monsieur Vasselle.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement n° 583 rectifié est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. Je n'en demandais pas tant ! (Sourires.) Je demandais simplement à M. le rapporteur et à M. le ministre de me rassurer en m'indiquant que, parmi les représentants des chasseurs ou de la profession agricole, figurera au moins un propriétaire.

Au demeurant, je précise amicalement tant à M. Emorine qu'à M. Poniatowski que, dans les chambres d'agriculture, la place réservée aux propriétaires est minime : ils ne disposent que d'un siège. Cette instance est très largement dominée par les exploitants et par les autres catégories. Par conséquent, pour faire entendre leurs voix, les propriétaires ont parfois un peu de mal. Il serait bon qu'au moins dans la catégorie des chasseurs ils soient assurés d'être représentés. Ce serait une sécurité.

M. le président. L'amendement n° 583 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l'article 55 bis, modifié.

(L'article 55 bis est adopté.)

Art. 55 bis (priorité)
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Art. 55 ter (priorité)

Article additionnel après l'article 55 bis (priorité)

M. le président. L'amendement n° 418 rectifié, présenté par MM. Charasse et  Carrère, est ainsi libellé :

Après l'article 55 bis, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

L'article 964 du code général des impôts est complété par deux alinéas ainsi rédigés :

« En sus des droits prévus aux deux alinéas précédents, il est institué, à compter de la saison de chasse qui suivra la promulgation de la présente disposition, un droit additionnel de 3,5 euros.

« Le produit de ce droit additionnel est versé à l'office national de la chasse et de la faune sauvage pour être exclusivement utilisé à des actions en faveur des activités cynégétiques ».

La parole est à M. Michel Charasse

M. Michel Charasse. On peut considérer que cet amendement est un amendement d'appel.

Mon collègue M. Carrère et moi-même avons pensé que ce débat était l'occasion de poser la question de la situation financière de l'Office. Pour ce faire, nous suggérons une petite surtaxe de 3,5 euros, soit 23 francs, sur le permis de chasse au profit de l'Office pour lui permettre de payer les dépenses qu'il engage en faveur d'activités cynégétiques. Naturellement, il n'est pas question de couvrir avec cette modeste surtaxe, les dépenses de fonctionnement de l'Office.

Monsieur le ministre, cet amendement tend en réalité à vous demander si vous pouvez éclairer un peu le Sénat sur les intentions du Gouvernement en ce qui concerne le financement de l'Office et le rétablissement de ses finances.

Je l'ai dit tout à l'heure, même si M. Poniatowski a trouvé que mon intervention était un peu rude : les réserves financières de l'Office ont disparu ; elles ont été complètement épongées par des dépenses de fonctionnement imposées par l'un des prédécesseurs de M. le ministre. La situation est ainsi, mais l'Office ne peut plus fonctionner. Il a ce qu'il lui faut pour vivoter. Il ne peut rien engager de nouveau. Il a le plus grand mal à répondre aux obligations de ses missions.

Monsieur le ministre, si vous acceptez que soit créée cette petite surtaxe, je m'en réjouirai. On dira que l'on va encore taxer les chasseurs ! Mais vingt trois francs, ce n'est même pas le prix de l'apéritif à la fin de la partie de chasse. Et, contrairement aux tournées d'apéritifs, cette surtaxe ne serait payée qu'une fois par an. Ce n'est pas un drame !

En revanche, mes amis politiques, notamment M. Carrère, et moi-même souhaitons que vous nous disiez quelles sont les intentions du Gouvernement sans forcément entrer dans les détails en ce qui concerne le rétablissement des finances de l'Office, qui en a vraiment besoin.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je souscris totalement aux propos de M. Charasse quant à la situation dramatique de l'Office. Elle a fait l'objet d'une partie de mon intervention lors de la discussion générale.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je suis très inquiet eu égard à la situation de l'Office pour les années à venir. Moi aussi, j'avais exprimé mon mécontentement quant à la manière dont on a « chargé le bourricot » ces dernières années.

Je partage donc votre avis, monsieur Charasse. Au demeurant, je reconnais votre talent lorsque vous qualifiez votre amendement de texte d'appel, car je ne peux pas vous suivre en ce qui concerne votre demande. En effet, même si vous ne réclamez qu'une toute petite augmentation, il convient d'aller vers un allégement de ce que paient les chasseurs. Ces derniers sont de moins en moins nombreux en France. Cela signifie qu'il va être de plus en plus difficile d'équilibrer le budget de l'ONCFS. La solution n'est certainement pas d'augmenter les droits acquittés pour le permis de chasse. Monsieur Charasse, la commission est défavorable à la mesure technique que vous proposez.

M. Michel Charasse. Mais elle est modeste !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur le ministre, moi aussi, je suis très inquiet à propos de l'avenir de l'ONCFS. J'aimerais donc connaître les intentions du Gouvernement non sur le projet de budget pour 2005 mais pour les années ultérieures. Je sais que vous n'êtes pas seul concerné. Il serait intéressant d'avoir l'avis de Bercy sur ce point.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'idée proposée par l'auteur de l'amendement est séduisante pour les responsables budgétaires des ministères et de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Mais il me semble prématuré d'en débattre aujourd'hui. En effet, les objectifs assignés par l'Etat à l'établissement ne sont pas complètement définis.

Nous sommes en train d'examiner avec l'Office un contrat d'objectifs. Nous tirerons un certain nombre de conséquences de ces discussions. En tout cas, je sais que l'équilibre budgétaire de l'Office passe à un moment donné par un engagement supplémentaire de l'Etat et des chasseurs directement bénéficiaires de ses prestations. Ce sont des questions auxquelles nous devrons répondre. Naturellement, la discussion pourra être reprise lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2005.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. Je ne suivrai pas la proposition de M. Charasse. Certes, nous connaissons tous la situation financière déplorable de l'Office national. Comme l'a dit notre collègue fort justement, elle est le résultat de décisions d'un précédent ministère. Il a été procédé à des recrutements inconsidérés que l'on assume aujourd'hui.

Une solution radicale, sans doute un peu facile, pour régler le problème du financement de l'Office consistait à suivre la proposition formulée par notre ami Philippe François. Effectivement, si l'on avait rattaché les gardes de l'Office national de la chasse aux gendarmeries, on aurait pu dans le même temps diminuer progressivement les effectifs en ne remplaçant pas les départs à la retraite et donner une mission élargie à la gendarmerie.

Quoi qu'il en soi, nous devrons réfléchir à une meilleure maîtrise des dépenses et ne pas nous contenter de la solution de facilité qui consiste à augmenter en permanence les recettes.

Monsieur le ministre, je ne doute pas que vous saurez tirer les enseignements du caractère anticonstitutionnel du financement actuel de l'Office national de la chasse. Comme cela a été rappelé tout à l'heure, 85 % des dépenses de la garderie sont acquittés par les chasseurs alors qu'il s'agit d'une mission régalienne de l'Etat, dont le financement devrait être assuré par ce dernier. Par conséquent, il faudra qu'une dotation de l'Etat compense les besoins nécessaires pour y parvenir. Alors que l'Etat lui-même n'a pas des possibilités très larges, il faut cependant gérer un héritage et aller vers une diminution d'un certain nombre de dépenses.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote.

M. Jean-Louis Carrère. Comme M. le ministre, en répondant à l'interpellation de M. Charasse et de M. le rapporteur, a évoqué la problématique de l'Office national de la chasse, je voudrais l'éclairer un peu.

Tout d'abord, je dirai que je souscris aux propos de M. Charasse, puisque j'ai cosigné l'amendement qu'il a défendu.

Toutefois, monsieur le ministre, je tiens à vous dire que la fédération de chasseurs dont je suis membre, à savoir la fédération des Landes est hostile à tout financement de l'ONC tant que la question du fonctionnement de l'établissement public ne sera pas définitivement réglée : légitimité, domaines d'intervention, financement. Elle estime par ailleurs que les chasseurs ne doivent pas être bons qu'à payer et que participer au financement des fonctionnaires de l'Office qui, trop souvent, ont travaillé pour eux et parfois même contre les chasseurs, c'est un peu fort !

Je vous dis cela parce que je sais que vous menez des discussions avec l'ONC. Il faudrait que, dans ce cadre, les attentes des chasseurs soient relayées. Pour ma part, je me suis toujours méfié des gens qui voulaient mon bien malgré moi ; je préfère ceux qui veulent mon bien avec moi !

M. le président. La parole est à M. Gérard Le Cam, pour explication de vote.

M. Gérard Le Cam. Je ne peux souscrire à la proposition de M. Charasse, quoique généreuse, même si la somme demeure modeste pour certains chasseurs.

En fait, le nombre de chasseurs décroît irrémédiablement. Nous connaissons tous les raisons pour lesquelles, dans nos fédérations, nous devons régulièrement augmenter leurs contributions : dans les Côtes-d'Armor, nous les avons augmentées de deux euros, de deux euros seulement pour ne pas décourager les jeunes.

Les charges des fédérations sont fixes, voire augmentent en raison de la préparation au permis, des centres de formation et des dégâts causés par le gibier, qui ne diminuent pas.

Tout concourt à l'augmentation de la contribution des chasseurs.

Si cette tendance devait être confirmée, la puissance publique pourrait être contrainte, dans quelques décennies, non pas à demander davantage aux chasseurs mais à payer pour maintenir l'équilibre agro-sylvo-cynégétique.

Il faut donc être vigilant et encourager les chasseurs. A défaut, la situation pourrait devenir difficile à gérer.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Je ne veux pas prolonger ce débat. Je dois dire que je suis satisfait, avec mon ami Jean-Louis Carrère, d'avoir pu avoir ce bref échange sur une situation et sur des inquiétudes qui, je le pense, sont finalement partagées par tous.

Je ne vais pas insister avec cet amendement, même si je considère que la somme n'est pas un drame - c'est plus son principe que son montant qui peut être en cause. Monsieur le ministre, veillez à ce que les discussions avec l'Office sur son financement ne s'éternisent pas trop ! N'oubliez pas aussi - et j'en parlerai tout à l'heure à propos d'un amendement qui suit - que, si les chasseurs versent des droits, l'Office fournit, quant à lui, des prestations qui pourraient être payantes ou tarifées un peu plus fortement. Beaucoup de tarifs, anciens, sont à revoir et pourraient apporter un peu de liquidités dans la caisse, ce qui ne serait pas inutile.

Cela étant, monsieur le président, en accord avec Jean-Louis Carrère, je retire, l'amendement n° 418 rectifié.

M. le président. L'amendement n° 418 rectifié est retiré.

Art. additionnel après l'art. 55 bis (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 55 quater (priorité)

Article 55 ter (priorité)

Dans le III de l'article L. 421-1 du code de l'environnement, les mots : « subventions de l'Etat ou des autres personnes publiques » sont remplacés par les mots : « subventions et contributions de l'Etat et d'autres personnes publiques aux missions d'intérêt général et d'intérêt patrimonial qu'il accomplit ».

M. le président. L'amendement n° 77, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit cet article :

L'article L. 421-1 du code de l'environnement est ainsi modifié :

1° Dans le III, les mots «  subventions de l'Etat ou des autres personnes publiques » sont remplacés par les mots : « subventions et contributions de l'Etat et d'autres personnes publiques aux missions régaliennes et d'intérêt patrimonial qu'il accomplit » ;

2° Le III est complété par une phrase ainsi rédigée : « Un arrêté fixe les règles de présentation du budget et de la comptabilité de l'établissement distinguant, en ressources et en charges, les missions régaliennes et d'intérêt patrimonial des missions cynégétiques ».

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement s'inscrit dans la logique de tout ce que les uns et les autres viennent d'évoquer.

Je ne fais pas un grand pas vers ce que souhaite notre collègue Philippe François ni vers ce qui vient d'être évoqué. Je fais un tout petit pas, certes, mais qui n'est pas innocent.

L'article 55 ter aborde, sans la régler, la délicate question du financement de l'ONC. Il dispose notamment que l'Office peut bénéficier de contributions de l'État et d'autres personnes publiques pour ses missions d'intérêt général.

Je ne vais pas jusqu'à vous demander une contribution, monsieur le ministre ; je souhaite cependant que soit mise en place une comptabilité analytique qui distingue entre, d'une part, les missions régaliennes de police assurées par les gardes de l'Office - qui représentent environ 1 100 de ses 1 600 salariés - et, d'autre part, les missions dont il me paraît logique qu'elles soient payées par les chasseurs, à savoir les missions de conseils cynégétiques, d'aide à la chasse, auxquelles 400 des salariés se consacrent.

Si je considère que, à terme, les missions de police assurées par l'Office devront échoir à l'État, je ne rejoins pas pour autant Philippe François dans la mesure où je n'estime pas qu'il soit obligatoire que, demain, la responsabilité en incombe à la gendarmerie ou au ministère de l'agriculture.

Pour le moment, franchissons une première étape et distinguons bien les deux missions.

Monsieur le ministre, mon amendement est très souple et très simple : je demande que soit pris un arrêté indiquant quand et comment mettre en place cette comptabilité.

Cet amendement n'est pas innocent car mon souhait serait qu'à terme - et vous n'êtes pas seul concerné, monsieur le ministre, Bercy l'est aussi - l'État s'engage à assumer cette mission de police de la chasse.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. M. le rapporteur a dit que son amendement n'était pas innocent. J'imagine qu'aucun de ses amendements ne l'est ! (Sourires.)

Celui-ci ne l'est assurément pas.

Compte tenu des réflexions en cours sur l'avenir de l'Office, évoquées tout à l'heure à l'occasion d'un autre amendement, je pense que cet amendement est prématuré. Nous devons conduire une réflexion générale sur l'Office, en particulier dans le cadre de la discussion budgétaire pour 2005, ainsi que je le précisais tout à l'heure.

Cet amendement a pour objectif de distinguer dans les recettes de l'établissement, au moyen d'une comptabilité analytique, d'une part, ses missions régaliennes et ses missions d'intérêt patrimonial, d'autre part, ses missions cynégétiques. A terme, ces dernières seraient seules financées par la redevance cynégétique acquittée par les chasseurs.

Cet amendement tend donc, en réalité, à ce que la redevance acquittée par les chasseurs ne finance que les activités cynégétiques de l'Office, à l'exclusion de ses missions de police.

Monsieur le rapporteur, ce n'est pas au détour d'un amendement comme celui-ci que l'on peut traiter cette question. Ce scénario, à ce stade, est difficilement acceptable. Il pourrait laisser accroire qu'il prépare à terme le démantèlement de l'établissement, ce qui n'est pas envisageable.

Pour l'instant, je ne vois rien d'anormal à ce que les chasseurs participent au financement des missions de police qui sont liées à l'exercice de leur activité et dont ils profitent.

Je rappelle que ces missions de police permettent de réprimer le braconnage et donc de maintenir des effectifs de gibier à bon niveau, mais également de contrôler le paiement des cotisations fédérales par les chasseurs.

L'État, pour la première fois cette année, versera deux millions d'euros à l'Office à cette fin. La discussion est ouverte. Où positionner le curseur ? J'ai l'impression qu'en adoptant cet amendement vous décideriez d'ores et déjà de ce que devra être cette répartition.

Je ne peux naturellement pas l'accepter.

Je demande donc à M. le rapporteur de retirer son amendement.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur le ministre, je ne souhaite vraiment pas le retirer. C'est une question de principe.

Je n'ai absolument pas l'intention de démanteler l'ONC. Je sais que d'autres souhaitent rattacher cette garderie nationale, qui à la gendarmerie, qui à d'autres ministères. Ce n'est pas du tout mon souhait. Je crois que l'Office doit continuer à assurer cette mission. Mon objectif est purement financier.

Il existe d'autres polices : la police des services vétérinaires, la police de la route, etc. Ce ne sont pas les « utilisateurs » qui paient puisque ce sont des missions régaliennes de l'État. Elles sont prises en charge par le budget de l'État. Mon objectif est d'en arriver là à terme.

Monsieur le ministre, je ne vous demande pas de vous engager aujourd'hui à ce que, d'ici à cinq ans, chaque année, 20 % de la garderie soit prise en charge par l'État. Je ne franchis par cette étape. Je sais que c'est compliqué et que la situation des finances de l'État ne le permet pas en ce moment. C'est la raison pour laquelle je fais un tout petit pas, comme je le disais tout à l'heure, et demande simplement que soit établie une comptabilité analytique séparée pour ces deux missions.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Je suis plus que largement d'accord avec notre rapporteur, même si j'ai bien compris ce que le ministre a indiqué.

Je souhaiterais compléter l'amendement de la commission en ajoutant, à la fin du 2°, après « des missions cynégétiques » : « Il fixe également - il s'agit de l'arrêté - la liste des prestations de toutes natures fournies par l'Office et qui donnent lieu à paiement pas les usagers ».

Il faut - ce qui n'est pas le cas actuellement - que nous puissions déterminer précisément quelles sont les prestations payantes de l'Office. Je ne vise pas particulièrement le sujet qui, il y a trente secondes, faisait l'objet d'un débat entre le ministre et le rapporteur, à savoir les affaires de garderie. Il n'en demeure pas moins que l'on peut quand même se poser la question : lorsque l'on fait intervenir les pompiers de trente départements pour donner un coup de main sur un incendie de forêt, on rembourse les pompiers de ces départements. En revanche, si - et c'est souvent le cas - les agents de l'Office sont sur place pour protéger la faune de ces bois, forêts et taillis, ils font des heures supplémentaires que personne ne leur rembourse. Ce n'est pas tout à fait normal.

Toutefois, à cette heure tardive, je ne veux pas compliquer le débat. Je souhaite simplement que l'amendement Poniatowski soit adopté. ; je le compléterai en deuxième lecture.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 77.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, l'article 55 ter est ainsi rédigé.

Art. 55 ter (priorité)
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Art. additionnel après l'art. 55 quater (priorité)

Article 55 quater (priorité)

Les articles L. 421-2 et L. 428-26 du code de l'environnement sont abrogés. - (Adopté.)

Art. 55 quater (priorité)
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Art. 56 (priorité)

Article additionnel après l'article 55 quater (priorité)

M. le président. L'amendement n° 895 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Après l'article 55 quater, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

I. L'article L. 423-1 du code de l'environnement est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Le caractère valable du permis de chasser résulte, d'une part, du paiement des redevances cynégétiques et du droit de timbre mentionnés à l'article L. 423-12 et, d'autre part, du paiement des cotisations prévues à l'article L. 423-13 ainsi que des participations prévues à l'article L. 426-5 et de la cotisation nationale instituée à l'article L. 421-14 lorsqu'il s'agit de la chasse du grand gibier »

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement prévoit que, lors des contrôles qu'ils effectuent auprès des chasseurs, les gardes fédéraux s'assurent non seulement que ceux-ci ont bien acquitté le timbre fédéral, mais encore vérifient qu'ils aient bien réglé leur cotisation à la fédération départementale.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je suis favorable à cet amendement qui vise à renforcer l'obligation pour les chasseurs de payer les cotisations dues à la fédération afin de financer les frais d'indemnisation des dégâts dus au gibier.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 895 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 55 quater.

Art. additionnel après l'art. 55 quater (priorité)
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Art. additionnel après l'art. 56 (priorité)

Article 56 (priorité)

I. - La dernière phrase du premier alinéa de l'article L. 423-5 du code de l'environnement est ainsi rédigée :

« Il comporte des procédures éliminatoires et est organisé, pour le compte de l'Etat, par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage avec le concours des fédérations départementales des chasseurs, dans des conditions définies par voie réglementaire. »

II. - L'article L. 423-11 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 423-11. - Ne peuvent obtenir la délivrance d'un permis de chasser :

« 1° Les personnes âgées de moins de seize ans ;

« 2° Les majeurs en tutelle, à moins qu'ils ne soient autorisés à chasser par le juge des tutelles ;

« 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ;

« 4° Ceux qui n'ont pas exécuté les condamnations prononcées contre eux pour l'une des infractions prévues par le présent titre ;

« 5° Tout condamné en état d'interdiction de séjour ;

« 6° Les personnes atteintes d'une affection médicale ou d'une infirmité, dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, rendant dangereuse la pratique de la chasse ;

« 7° Les personnes ayant formé l'opposition prévue au 5° de l'article L. 422-10 ;

« 8° Les personnes privées, en application de l'article L. 428-14, du droit de conserver ou d'obtenir un permis de chasser.

« Sous les peines encourues pour le délit prévu par l'article 441-6 du code pénal, toute personne demandant la délivrance d'un permis de chasser doit déclarer qu'elle n'est pas dans l'un des cas d'incapacité ou d'interdiction prévus ci-dessus.

« Le permis de chasser délivré sur une fausse déclaration est nul de plein droit. Dans ce cas, il doit être remis au préfet à sa demande. Il peut être fait application des peines prévues contre ceux qui ont chassé sans permis valable.

« En cas de doute sur la déclaration relative aux affections mentionnées au 6°, le préfet peut demander un certificat médical. »

III. - L'article L. 423-15 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 423-15. - Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser :

« 1° Les mineurs non émancipés âgés de plus de seize ans, à moins que la validation ne soit demandée pour eux par leur père, mère ou tuteur ;

« 2° Les majeurs en tutelle, à moins qu'ils ne soient autorisés à chasser par le juge des tutelles ;

« 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ;

« 4° Ceux qui n'ont pas exécuté les condamnations prononcées contre eux pour l'une des infractions prévues par le présent titre ;

« 5° Tout condamné en état d'interdiction de séjour ;

« 6° Les personnes atteintes d'une affection médicale ou d'une infirmité, dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, rendant dangereuse la pratique de la chasse ;

« 7° Les personnes ayant formé l'opposition prévue au 5° de l'article L. 422-10 ;

« 8° Les personnes privées, en application de l'article L. 428-14, du droit de conserver ou d'obtenir un permis de chasser, ou dont le permis est suspendu en application de l'article L. 428-15.

« Sous les peines encourues pour le délit prévu par l'article 441-6 du code pénal, toute personne demandant la validation d'un permis de chasser doit déclarer qu'elle n'est pas dans l'un des cas d'incapacité ou d'interdiction prévus ci-dessus.

« En cas de fausse déclaration, la validation du permis de chasser est nulle de plein droit. Dans ce cas, le document de validation doit être, à sa demande, remis au préfet. Il peut être fait application des peines prévues contre ceux qui ont chassé sans permis valable.

« En cas de doute sur la déclaration relative aux affections mentionnées au 6°, le préfet peut demander un certificat médical. »

IV. - L'article L. 423-20 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 423-20. - Le permis de chasser peut être validé pour une durée de neuf jours consécutifs. Cette validation est subordonnée au paiement d'une redevance cynégétique et d'une cotisation fédérale temporaires. Elle ne peut être obtenue qu'une seule fois par campagne cynégétique.

« Le permis de chasser peut également être validé pour une durée de trois jours consécutifs. Cette validation peut être renouvelée deux fois au cours d'une même campagne cynégétique. Elle donne lieu, chaque fois, au paiement d'une redevance cynégétique et d'une cotisation fédérale temporaires.

« Ces deux modalités de validation temporaire ne sont pas cumulables. »

V. - L'article L. 423-21 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 423-21. - L'exercice de la chasse en France par des non-résidents, français ou étrangers, détenteurs de permis de chasser délivrés à l'étranger ou de toute autre pièce administrative en tenant lieu, est subordonné à la validation de ces documents dans les conditions applicables aux permis de chasser délivrés en France. »

VI. - La sous-section 5 de la section 2 du chapitre III du titre II du livre IV et les articles L. 423-23 et L. 423-24 du même code sont abrogés.

Dans l'article L. 423-2 du même code, la référence : « L. 423-24 » est remplacée par la référence : « L. 423-11 ».

Dans l'article L. 423-27 du même code, les mots : « et les sommes perçues lors de la délivrance des licences mentionnées à l'article L. 423-22 sont versés » sont remplacés par les mots : « est versé » et le mot : « affectés » est remplacé par le mot : « affecté ».

VII. - A l'article L. 423-12 du même code, les mots : « articles L. 423-13, L. 423-16, L. 423-23 et L. 423-24 » sont remplacés par les mots : « articles L. 423-13, L. 423-15 et L. 423-16 ».

M. le président. L'amendement n° 78, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le I de cet article pour la dernière phrase du premier alinéa de l'article L. 423-5 du code de l'environnement, après les mots :

fédérations départementales

insérer les mots :

et interdépartementales

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement de précision. Les fédérations interdépartementales avaient été oubliées, monsieur le président.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 78.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 419 rectifié, présenté par MM. Charasse et Carrère, au nom du groupe socialiste, est ainsi libellé :

Dans le deuxième aliéna du 8° du texte proposé par le II de cet article pour l'article L. 42311 du code de l'environnement, après les mots :

délivrance d'un permis de chasser

insérer les mots :

ou sollicitant sa validation annuelle

et dans la première phrase du troisième alinéa de ce même texte, après les mots :

le permis de chasser délivré

insérer les mots :

ou validé

La parole est à M. Jean-Louis Carrère.

M. Jean-Louis Carrère. Il s'agit d'un amendement de précision, qui se justifie par son texte même.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission n'est pas favorable à cet amendement. Je crois sincèrement que votre demande, tout à fait légitime, mon cher collègue, est satisfaite, non pas dans l'article L.423-11, mais dans l'article L. 423-15. Vérifiez-le bien, et soyez rassuré, cette validation est prévue. Votre amendement n'est donc pas utile.

M. le président. Monsieur Carrère, l'amendement n°419 rectifié est-il maintenu?

M. Jean-Louis Carrère. Non, je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 419 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l'article 56, modifié.

(L'article 56 est adopté.)

Art. 56 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. additionnel avant l'art. 57 (priorité)

Article additionnel après l'article 56 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 896, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Après l'article 56, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

I. Dans le second alinéa de l'article 964 du code général des impôts, le chiffre : « 9 » est remplacé par le chiffre : « 4 »

II. La perte de recettes résultant pour l'Etat, le cas échéant, de l'application du I est compensée à due concurrence par la création d'une taxe aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Voici le seul amendement d'appel de tous ceux que j'ai déposés. Je voudrais en effet rappeler au Gouvernement qu'il avait pris un engagement à l'égard des départements qui s'étaient lancés dans le guichet unique. Ce guichet unique a un coût.

Jusqu'à présent, le droit de timbre correspondant à la validation du permis de chasser est directement perçu à l'échelon national. Il s'élève à 9 euros. Lors de la discussion avec le Gouvernement et le monde de la chasse au moment de l'instauration du guichet unique, il avait été dit que les départements qui assureraient cette mission percevraient une partie de ces 9 euros. Le chiffre que j'indique, monsieur le ministre, était celui sur lequel un engagement avait été pris.

Or, depuis un an, la situation n'a pas évolué. Je sais qu'il vous sera difficile, en plein débat, monsieur le ministre, de prendre une décision sur ce point, mais il serait bon que le Gouvernement tienne ses engagements.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. La réduction que propose M. le rapporteur est liée à la mise en place du guichet unique pour la validation du permis de chasser dans les fédérations. La mise en place de ce guichet est en fait très progressive et ne devrait concerner, s'agissant de la saison 2004-2005, qu'une quarantaine de fédérations. Aujourd'hui, seule une vingtaine de fédérations ont organisé ce guichet unique. Cet amendement me paraît donc prématuré.

J'ai naturellement bien entendu l'appel de M. le rapporteur. L'objectif est de lier l'instauration du guichet unique à une baisse du droit de timbre, mais à ce stade, une telle réduction représenterait un coût non négligeable pour l'Etat, tout en ne constituant qu'un avantage assez faible pour chaque chasseur.

Nous devrons réfléchir à cette question, d'autant plus que, comme l'a rappelé M. le rapporteur, un engagement avait été pris. Mais, même si je comprends le sens de cette proposition, je pense que, dans l'état actuel du dossier, il serait raisonnable que cet amendement soit retiré.

M. le président. Monsieur le rapporteur, l'amendement n° 896 est-il maintenu?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Non, monsieur le président, je le retire. Mais je rappelle qu'il s'agit non pas d'une baisse, monsieur le ministre, mais d'une rétrocession aux départements qui se sont engagés à instaurer un guichet unique. Le Gouvernement avait pris un engagement sur ce point.

M. Serge Lepeltier, ministre. Absolument.

M. le président. L'amendement n° 896 est retiré.

Art. additionnel après l'art. 56 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 57 (priorité)

Article additionnel avant l'article 57 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 821, présenté par M. de Montesquiou, est ainsi libellé :

Avant l'article 57, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Le I de l'article L. 413-4 du code de l'environnement est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« ...  Les établissements de chasse commerciale. »

La parole est à M. Aymeri de Montesquiou.

M. Aymeri de Montesquiou. A l'occasion de la discussion de ce projet de loi, le Gouvernement a choisi de proposer une série de mesures fort diverses concernant l'exercice de la chasse.

Il est donc logique et attendu que les chasses commerciales, qu'elles soient ouvertes ou closes, trouvent enfin ici un cadre législatif satisfaisant. Ce doit être un objectif du législateur de faire de ces 450 établissements répartis sur toute la France des espaces de droit, de mieux encadrer leurs 4 000 employés et la pratique des quelque 600 000 chasseurs qui passent chaque année dans ces établissements.

Les chasses commerciales comportant des animaux d'espèces non domestiques, il faut qu'elles aient, elles aussi, l'obligation de se soumettre au contrôle de l'autorité administrative

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission est tout à fait favorable à l'amendement de M. de Montesquiou, mais elle lui demande de bien vouloir le retirer, car il sera satisfait par l'amendement n° 897 rectifié, que nous examinerons dans quelques instants.

M. le président. Monsieur de Montesquiou, l'amendement n° 821 est-il maintenu?

M. Aymeri de Montesquiou. Non, dans ces conditions, je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 821 est retiré.

Art. additionnel avant l'art. 57 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. additionnel avant l'art. 58 (priorité)

Article 57 (priorité)

I. - Les deux derniers alinéas de l'article L. 424-3 du code de l'environnement sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé :

« Dans ce cas, les dispositions des articles L. 425-5 à L. 425-14 ne sont pas applicables et la participation aux frais d'indemnisation des dégâts de gibier prévue à l'article L. 426-5 n'est pas due. »

II. - L'article L. 424-4 du même code est ainsi modifié :

1° Le premier alinéa est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Le jour s'entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher. » ;

2° Le deuxième alinéa est ainsi rédigé :

« Il donne également le droit de chasser le gibier d'eau à la passée, à partir de deux heures avant le lever du soleil et jusqu'à deux heures après son coucher, dans les lieux mentionnés à l'article L. 424-6. » ;

2° bis Au troisième alinéa, les mots : « l'alinéa précédent » sont remplacés par les mots : « le premier alinéa » ;

3° Il est inséré, après le troisième alinéa, un alinéa ainsi rédigé :

« Tous les moyens d'assistance électronique à l'exercice de la chasse, autres que ceux autorisés par arrêté ministériel, sont prohibés. » ;

4° Le dernier alinéa est remplacé par deux alinéas ainsi rédigés :

« Toutefois, le déplacement en véhicule à moteur d'un poste de tir à un autre est autorisé, dès lors que l'action de chasse est terminée et que l'arme de tir est démontée ou déchargée et placée sous étui.

« Les personnes souffrant d'un handicap moteur peuvent faire usage d'un véhicule à moteur pour se rendre à leur poste. Elles ne peuvent tirer à partir de leur véhicule qu'après avoir mis leur moteur à l'arrêt. »

II bis. - La deuxième phrase du premier alinéa de l'article L. 424-5 du même code est ainsi rédigée :

« Ces départements sont l'Aisne, les Ardennes, l'Aube, l'Aude, les Bouches-du-Rhône, le Calvados, la Charente-Maritime, les Côtes-d'Armor, l'Eure, le Finistère, la Haute-Garonne, la Gironde, l'Hérault, l'Ille-et-Vilaine, les Landes, la Manche, la Marne, la Meuse, le Nord, l'Oise, l'Orne, le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, la Seine-Maritime, la Seine-et-Marne, la Somme et la Vendée. »

III. - Le 3° de l'article L. 424-6 du même code est complété par les mots : « sous réserve de disposer du droit de chasse sur celle-ci ».

IV. - L'article L. 424-8 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 424-8. - Pour les espèces dont la chasse est autorisée, sont interdits, en période de fermeture de la chasse de l'espèce considérée :

« 1° Pour le gibier mort :

« a) La vente, la mise en vente, le transport pour la vente, la détention pour la vente et l'achat d'animaux qui ne sont pas nés et n'ont pas été élevés en captivité ;

« b) La mise en vente, la vente, le transport, le colportage et le fait d'acheter sciemment du gibier tué à l'aide d'engins ou d'instruments prohibés ;

« 2° Pour le gibier vivant :

« a) La vente, la mise en vente, le transport pour la vente, la détention pour la vente et l'achat d'animaux qui ne sont pas nés et n'ont pas été élevés en captivité ;

« b) Le prélèvement ou l'introduction d'animaux dans le milieu naturel, à l'exception de ceux qui ont été autorisés par l'autorité administrative à des fins de repeuplement ou à des fins scientifiques ou réalisés en application des articles L. 424-4 et L. 427-4 à L. 427-8. »

V. - L'article L. 424-9 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 424-9. - Pour les espèces dont la chasse est autorisée, sont interdits, en période d'ouverture de la chasse de l'espèce considérée :

« 1° Pour le gibier mort :

« a) La vente, la mise en vente, le transport pour la vente, la détention pour la vente et l'achat des oiseaux, à l'exception de ceux dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé de la protection de la nature ;

« b) La mise en vente, la vente, le transport, le colportage et le fait d'acheter sciemment du gibier tué à l'aide d'engins ou d'instruments prohibés ;

« 2° Pour le gibier vivant :

« a) La vente, la mise en vente, le transport pour la vente, la détention pour la vente et l'achat d'animaux qui ne sont pas nés et n'ont pas été élevés en captivité ;

« b) Le prélèvement ou l'introduction d'animaux dans le milieu naturel, à l'exception de ceux qui ont été autorisés par l'autorité administrative à des fins de repeuplement ou à des fins scientifiques ou réalisés en application des articles L. 424-4 et L. 427-4 à L. 427-8. »

VI. - L'article L. 424-10 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 424-10. - Nonobstant les dispositions des articles L. 424-8 et L. 424-9, le grand gibier tué accidentellement et en tout temps à la suite d'une collision avec un véhicule automobile peut être transporté sous réserve que le conducteur en ait préalablement prévenu les services de la gendarmerie nationale ou de la police nationale. »

VII. - Il est inséré, après l'article L. 424-10 du même code, un article L. 424-10-1 ainsi rédigé :

« Art. L. 424-10-1. - En tout temps, la validation du permis de chasser ou l'agrément du piégeur valent autorisation de transport des appelants vivants, et l'autorisation de détention de rapaces, autorisation de transport des escaps. »

M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 897 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le I de cet article :

I. 1° Les deux derniers alinéas de l'article L. 424-3 du code de l'environnement sont remplacés par les dispositions suivantes :

« Dans ce cas, les dispositions des articles L. 425-4 à L. 425-14 ne sont pas applicables et la participation aux frais d'indemnisation des dégâts de gibier prévue à l'article L. 426-5 n'est pas due. Cependant, la sortie de tout ou partie du gibier tué de la propriété visée au premier alinéa donne lieu à un marquage d'identification dont les modalités sont établies par le schéma départemental de gestion cynégétique.

« II. - Les établissements professionnels de chasse à caractère commercial peuvent être formés de territoires ouverts ou de terrains clos au sens du I du présent article. Ils possèdent cette qualité par l'inscription au registre du commerce ou au régime agricole et ils sont assujettis au régime de la T.V.A. Leur activité est soumise à déclaration auprès du préfet du département et donne lieu à la tenue d'un registre.

« Dans ces établissements, les dates de chasse aux oiseaux d'élevage sont fixées par arrêté du ministre chargé de la chasse.

« Dans les établissements qui répondent aux critères du premier alinéa du I du présent article, l'entraînement des chiens de chasse est autorisé dans des conditions fixées par décret. »

2° En conséquence, le sixième alinéa (5°) de l'article L. 413-4 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

« 5° les établissements professionnels de chasse à caractère commercial visés à l'article L. 424-3. »

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Comme je l'ai dit, cet amendement répond à la préoccupation de M. de Montesquiou.

Le statut juridique des enclos mérite effectivement d'être clarifié en même temps que celui des chasses à caractère commercial, que celles-ci s'exercent sur des territoires clos ou sur des territoires ouverts.

Il s'agit donc de conférer à cette activité économique une condition juridique très précise qui se traduit par l'inscription au registre du commerce et l'assujettissement au régime de la TVA. En contrepartie, ces établissements acceptent de se soumettre au contrôle de l'autorité administrative, notamment lors de la sortie du gibier, au moyen d'un marquage spécifique, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. Cela suppose donc de compléter l'article L. 413-4 du code de l'environnement, qui énumère les établissements soumis au contrôle de l'autorité administrative, pour y ajouter les établissements professionnels de chasse à caractère commercial.

La chasse des oiseaux d'élevage dans ces territoires de chasse particuliers relève d'un régime spécifique. La loi doit aussi prévoir le régime juridique applicable aux épreuves d'entraînement des chiens sur certaines espèces de gibier.

Cette proposition d'amendement est l'aboutissement d'un travail de réflexion entre l'administration et les différents acteurs cités.

M. le président. Le sous-amendement n° 951, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

I. - Supprimer la seconde phrase du deuxième alinéa du texte proposé par l'amendement n° 897 rectifié pour rédiger le I de cet article.

II. - Supprimer le cinquième alinéa du texte proposé par l'amendement n° 897 rectifié pour rédiger le I de cet article.

La parole est à M. Serge Lepeltier, ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Plusieurs problèmes sont posés par cet amendement. C'est la raison pour laquelle je propose le sous-amendement n° 951.

En effet, l'amendement présenté par M. le rapporteur traite des établissements professionnels de chasse à des fins commerciales. Il a pour objet de favoriser le développement de l'emploi en milieu rural, la chasse permettant une meilleure valorisation du gibier d'élevage que la seule filière viande. Cela répond à un certain nombre de questions en matière d'équilibre entre la chasse et les préoccupations écologiques.

En outre, les dispositions proposées permettraient d'encadrer les activités commerciales de chasse par le contrôle de l'administration, dont elles instituent le principe.

Toutefois, et j'en viens aux problèmes qui se posent, par ce sous-amendement, je propose de supprimer de l'amendement n° 897 rectifié la disposition relative au marquage d'identification du gibier, qui fera l'objet d'un amendement ultérieur, et celle qui est relative à l'entraînement des chiens de chasse, lequel fera, lui, l'objet d'une circulaire.

De plus, l'expertise juridique relative à l'assujettissement à la TVA n'ayant pas encore été conduite, je propose également, par ce sous-amendement, de ne pas évoquer ce sujet.

Ainsi sous-amendé, l'amendement n° 897 rectifié me semble répondre aux préoccupations qui se sont manifestées.

M. le président. L'amendement n° 844 rectifié, présenté par M. de Montesquiou, est ainsi libellé :

I. Compléter le texte proposé par le I de cet article pour modifier l'article L. 4243 du code de l'environnement par deux alinéas ainsi rédigés :

« Dans les établissements de chasse commerciale ouverte et close, les oiseaux pourront être chassés du 1er septembre au dernier jour de février. Cette disposition ne concerne que les établissements à caractère commercial (inscription au registre du commerce ou au régime agricole dans le cadre des 20 % du chiffre d'affaires, et assujetti à la T.V.A). Ces établissements seront soumis à déclaration auprès des préfets et tiendront des registres des animaux lâchés sur la chasse.

« Un décret en Conseil d'Etat précise le statut des chasses commerciales ouvertes et closes pour l'application du présent article. »

II. En conséquence, à la fin du premier alinéa du I de cet article, remplacer les mots :

sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé

par les mots :

sont remplacés par trois alinéas ainsi rédigés

La parole est à M. Aymeri de Montesquiou.

M. Aymeri de Montesquiou. L'article 57 du projet de loi propose une série de mesures très diverses concernant l'exercice de la chasse. Les chasses commerciales, qu'elles soient ouvertes ou closes, ont donc toute leur place ici.

Le souci du législateur doit être d'encadrer la pratique de la chasse dans les établissements concernés, activité qui génère un chiffre d'affaires annuel de 150 millions d'euros. Ce souci correspond à un objectif essentiel : instituer davantage de transparence dans les pratiques de ces établissements, car ils n'ont pas toujours la réputation d'être de rigoureux gestionnaires.

En effet, si le permis de chasser est obligatoire pour pratiquer dans ces établissements, des zones d'ombre demeurent. Il est notamment important que soient fixées par la loi les dates de chasse aux animaux, ce qui permettra d'imposer un strict respect de cette obligation par les chasseurs.

M. le président. Quel est l'avis de la commission sur le sous-amendement n° 951 et sur l'amendement n° 844 rectifié ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je suis favorable au sous-amendement n° 951. L'entraînement des chiens de chasse ne constitue pas un acte de chasse. C'est un acte différent. Je suis favorable au règlement de ce problème par voie réglementaire.

En ce qui concerne l'amendement n° 844 rectifié, il est en partie - je dis bien en partie - satisfait par l'amendement n° 897 rectifié. C'est la raison pour laquelle je demande à M. Montesquiou de bien vouloir le retirer.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 844 rectifié ?

M. Serge Lepeltier, ministre. J'émets le même avis que M. le rapporteur puisque l'amendement n° 897 rectifié, sous-amendé, répond en très grande partie à la question qu'il soulève.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. Je voudrais attirer l'attention à la fois du Gouvernement et de nos collègues sur les chasses commerciales, qui n'ont pas la meilleure réputation qui soit auprès du grand public. Le moins que l'on puisse faire, c'est de bien les encadrer sur le plan législatif.

Il serait souhaitable, monsieur le ministre, que, dans des délais assez rapprochés, des échanges aient lieu sur ce sujet entre les fédérations départementales des chasseurs, les éleveurs de gibier et les organisateurs de ce type de chasses, afin que nous mettions définitivement un terme aux comportements inacceptables lors de certaines chasses commerciales.

En matière de bonnes pratiques de la chasse commerciale, vous pourrez trouver de bonnes références en vous rapprochant de l'Office national de la chasse et de l'Office national des forêts. Ils ne pratiquent pas des chasses commerciales tel qu'on l'entend, mais avec du gibier lâché. C'est tout à fait honorable, cela se rapproche des conditions de vie ou de comportement du gibier sauvage. Seul ce type de chasse est acceptable sur le plan commercial.

Par ailleurs, je trouve assez choquant l'organisation de chasses commerciales au grand gibier, notamment au sanglier.

Sachant que les fédérations de chasseurs rencontrent bien des difficultés, notamment financières, du fait des dégâts de gibier, il faudra un jour mettre un terme à certains types de comportements. En effet, dans certaines parties du territoire, des chasses commerciales se pratiquent dans des enclos où l'on élève des sangliers, qui s'échappent parfois de leur territoire et provoquent des dégâts.

Faire de l'argent avec la chasse, pourquoi pas ? Cela fait partie de l'économie, mais certaines limites ne doivent pas être dépassées. Des garde-fous doivent donc être mis en place.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 951.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 897 rectifié, modifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, l'amendement n° 844 rectifié n'a plus d'objet.

L'amendement n° 313, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

I - Dans le texte proposé par le 1° du II de cet article pour compléter le premier alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement, remplacer les mots :

une heure avant le lever

par les mots :

au lever

II - A la fin du même texte, remplacer les mots :

une heure après son coucher

par les mots :

à son coucher

Cet amendement n'est pas soutenu.

Je suis saisi de trois amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 79, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Supprimer le 3° du II de cet article.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. En l'état actuel, le projet de loi prévoit que « tous les moyens d'assistance électronique à l'exercice de la chasse, autres que ceux autorisés par arrêté ministériel, sont prohibés ».

Or, jusqu'à présent, le problème était réglé par un arrêté du 1er août 1986 qui posait la même règle mais de manière inverse : les moyens d'assistance électronique à l'exercice de la chasse étaient autorisés, sauf interdiction expresse de l'administration.

Je dois avouer que je suis totalement réservé quant à la nouvelle rédaction qui nous est proposée, et ce pour différentes raisons.

D'abord, on entre dans le règne des interdits.

Je sais bien qu'il est important de fixer des interdits quand il s'agit de sujets graves, de problèmes de santé ou de sécurité routière par exemple, mais, si on pose des interdits partout, ...

M. Michel Charasse. On ne peut plus rien faire !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. ...on ne peut, en effet, plus rien faire. Bientôt, on ne pourra plus aller se balader dans la nature !

M. Michel Charasse. On ne peut plus boire, plus manger, plus rouler et j'en passe !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je suis donc contre sur le plan du principe.

Ensuite et surtout, cet article tend à laisser entendre qu'une multitude d'objets électroniques plus sophistiqués les uns que les autres et d'engins extraordinaires permettraient de chasser de manière quasi artificielle.

Ce n'est pas le cas. Il faut savoir que peu d'objets électroniques apparaissent chaque année - en 2003, il y en a eu deux - et que l'on n'en utilise pas beaucoup en France.

Un des principaux est le sonnaillon électronique, qui, en arrêtant d'émettre lorsque le chien se met à l'arrêt, permet aux chasseurs malentendants de chasser comme les autres. (Sourires.)

Mes chers collègues, un chasseur passionné chasse longtemps. Or, avec l'âge, on voit et on entend un peu moins bien.

Il y a plus de chasseurs malentendants qu'on ne pense, et le sonnaillon électronique, qui est apparu assez récemment, est une vraie trouvaille.

Je cite le sonnaillon parce que les exemples sont peu nombreux. Les deux autres objets électroniques bien connus sont le collier de repérage des chiens courants et le collier de repérage des rapaces de chasse en vol.

Certes, de temps en temps, de petits gadgets font leur apparition. Peut-être assisterons-nous demain à un brusque changement et verrons-nous tous les fabricants d'objets électroniques se mettre à faire preuve d'une imagination extraordinaire et proposer des dizaines de nouveautés chaque année, mais, pour l'heure, tel n'est vraiment pas le cas !

Dans ces conditions, je ne comprends pas, premièrement, pourquoi un problème simple qui, jusqu'à présent, était traité sur le plan réglementaire devrait l'être désormais dans la loi et, deuxièmement, pourquoi on devrait procéder par la voie de l'interdit sauf exception.

C'est pourquoi je propose la suppression de ce petit alinéa.

Enfin, monsieur le ministre, si je me permets d'insister, c'est aussi parce que j'estime qu'il n'est pas bon de prendre des mesures qui, chaque fois, ont pour effet de nous mettre une catégorie différente de chasseurs à dos.

En l'occurrence, et c'est pourquoi j'ai cité l'exemple des sonnaillons électroniques, ce sont les chasseurs de bécasses qui sont très demandeurs et qui souhaitent que nous revenions sur cette disposition.

A quoi sert de brimer cette catégorie de chasseurs, d'autant qu'il se trouve que les bécassiers sont ceux qui ont la meilleure réputation,...

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. ...notamment auprès des écologistes et de l'administration ? Ces chasseurs sont sérieux dans leur travail d'analyse scientifique du gibier qu'ils prélèvent chaque année et ils sont aussi relativement sérieux quant à la quantité qu'ils prélèvent ; ils établissent un rapport annuel qu'ils transmettent - je fais là allusion à un de nos précédents débats - sans passer par l'Observatoire à Bruxelles.

Ce sont ces chasseurs qui nous demandent pourquoi nous voulons brimer une partie d'entre eux, et j'avoue que je les suis bien volontiers, raison pour laquelle je propose cet amendement.

M. le président. L'amendement n° 745, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier, Terrade et les membres du groupe communiste républicain et citoyen, est ainsi libellé :

Au début du texte proposé par le 3° du II de cet article pour modifier l'article L. 4244 du code de l'environnement, ajouter les mots :

Exception faite des personnes malentendantes, lesquelles sont autorisées à utiliser des prothèses auditives électroniques et à équiper leurs chiens de sonnaillons électroniques émettant un signal sonore,

La parole est à M. Gérard Le Cam.

M. Gérard Le Cam. Je reprends un amendement qui avait été déposé par mon ami André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, et repoussé à l'Assemblée nationale.

Il s'agit de résoudre un problème réel pour les chasseurs malentendants qui ont besoin d'un équipement spécifique pour suivre le mouvement de leurs chiens. S'il s'agissait de malvoyants, je n'aurais pu défendre leur cause, car, pour chasser, on doit avoir une bonne vue. (Sourires.) En revanche, un handicap auditif n'est pas un handicap majeur, et l'autorisation d'utiliser des prothèses auditives électroniques ou d'équiper les chiens de sonnaillons électroniques pourrait aider les chasseurs malentendants.

J'espère que la Haute Assemblée sera sensible à ce problème qui concerne, comme vient de le souligner M. le rapporteur, de très nombreux chasseurs.

M. le président. L'amendement n° 314, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le 3° du II de cet article pour insérer un alinéa après le troisième alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement, supprimer les mots :

, autres que ceux autorisés par arrêté ministériel,

Cet amendement n'est pas soutenu.

Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'amendement n° 79 porte sur un problème auquel je suis très sensible pour y avoir beaucoup réfléchi. Il est en effet très important puisque nous sommes là au coeur de la relation entre l'écologie et la chasse.

Il faut en définitive se poser la question de ce qu'est la chasse.

Je crois pour ma part que la chasse est d'abord une relation entre un homme et un animal. Cette conception est en tout cas conforme à la tradition et il me semble qu'il faut revenir à quelques idées simples.

La chasse, dans sa nature même et telle qu'elle a toujours existé, est une rencontre entre un homme et un animal. C'est, monsieur Carrère, ce que vous disiez lorsque vous parliez de la chasse telle qu'elle est pratiquée sur le plan populaire.

La chasse, c'est ce contact étroit avec la nature dans ce qu'elle a de plus simple, c'est cette connaissance intime de la nature et des animaux que tout chasseur doit posséder et qu'il est souvent d'ailleurs le mieux à même de maîtriser, c'est cette confrontation entre deux vies, entre deux intelligences, c'est ce combat dont l'homme ne sort pas toujours vainqueur. Si tel n'était pas le cas, la notion même de chasse disparaîtrait. Si le chasseur sortait systématiquement vainqueur de la chasse, où serait ce doute, ce « stress » qui appartient au chasseur et donne sa valeur au fait de gagner ?

La chasse suppose que le chasseur mette en jeu toutes les ressources de son instinct, de son intelligence, de sa connaissance authentique de la nature et de l'espèce qui est chassée dans la stratégie qui l'oppose à l'animal.

C'est sous cet angle que se pose la question des moyens d'assistance électronique. En effet, dans cette conception de la chasse, qui est, j'en suis convaincu, celle de l'immense majorité des chasseurs, quel sens donner à la multiplication de ces instruments électroniques qui, disons-le tout net, peuvent conduire à retirer au gibier toute chance ?

L'homme acquiert une supériorité qui n'est pas due à son intelligence ou à ses connaissances mais simplement à un instrument sophistiqué...

M. Jean-Louis Carrère. C'est quand même le produit de l'intelligence de l'homme !

M. Serge Lepeltier, ministre. ...contre lequel, il faut bien le dire, le gibier ne peut rien.

Nous sommes au coeur même de ce qu'est la chasse. Tolérer une artificialisation trop poussée ne serait d'ailleurs pas compris, j'en suis persuadé, par la majorité des chasseurs. Pour la plupart d'entre eux, c'est précisément l'incertitude du résultat, la confrontation avec l'intelligence, la ruse de l'animal et les hasards de la traque en pleine nature qui donnent tout son piment à l'exercice.

Par ailleurs, comment faisaient les utilisateurs de ces appareils avant que ces derniers n'existent ? C'est une question qu'il faut se poser.

Je crains enfin que le recours à des instruments électroniques, surtout s'il devait se généraliser, ne nuise profondément à l'image de la chasse. Or c'est bien à un surgissement de moyens électroniques nouveaux, toujours plus performants et toujours plus miniaturisés, que l'on risque d'aboutir si l'amendement n° 79 est adopté.

J'ajouterai simplement que la réglementation actuelle n'interdit pas l'utilisation de moyens électroniques à la chasse. L'arrêté du 1er août 1986 prohibe seulement les émetteurs-récepteurs radiotéléphoniques et les magnétophones.

J'ai trouvé que M. le rapporteur avait une vision très modeste du développement des moyens électroniques. Dans le domaines des technologies, on le sait, la recherche va très vite et il suffit de feuilleter les revues de chasse pour constater au travers des publicités que les moyens électroniques, colliers de repérage des chiens ou détecteurs à infrarouge par exemple, sont déjà fort nombreux.

La question soulevée est extrêmement importante puisque la définition même de la chasse et son image sont en jeu.

Bien sûr, j'ai compris que l'objectif de M. le rapporteur était de permettre aux personnes malentendantes d'exercer ce loisir qui leur est cher.

Le problème n'est pas nouveau. Il doit être traité convenablement, et je vous donne la garantie que je veillerai personnellement à la rédaction de l'arrêté ministériel qui autorisera l'usage des dispositifs visés dans certains cas particuliers, dont celui de ces personnes.

En revanche, il ne faut pas inverser, comme tend à le faire cet amendement, la charge de la preuve, c'est-à-dire autoriser l'utilisation tous azimuts de moyens électroniques alors même que nous pouvons autoriser par arrêté ministériel ces moyens dans les cas spécifiques que défend M. le rapporteur.

Si nous inversions la charge de la preuve en autorisant de façon générale dans la loi les moyens électroniques et en n'interdisant que quelques-uns de ces moyens, je crains que les progrès de la technique ne dépassent rapidement l'arrêté ministériel, au risque, je le répète, de mettre en péril ce qui fait la nature même de la chasse et de ternir gravement son image dans l'opinion publique.

Je suis donc, vous l'aurez compris, contre l'amendement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Si l'amendement n° 79 est adopté, l'amendement n° 745 sera entièrement satisfait.

M. Michel Charasse. Bien sûr !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. J'invite donc M. Le Cam à adopter l'amendement de la commission.

J'ajoute, monsieur le ministre, que cet amendement n'a pas pour effet d'inverser la charge de la preuve. C'est au contraire le texte du Gouvernement qui change totalement de stratégie.

Jusqu'à présent, tout fonctionnait très bien. L'administration faisait « son boulot » : quand elle apprenait l'existence de techniques ou de moyens électroniques abusifs, elle les interdisait.

Je souhaite, moi aussi, que si demain apparaît un nouveau gadget totalement contraire à l'éthique de la chasse il soit interdit, mais, lorsqu'on dit qu'il ne faut pas généraliser les moyens électroniques, on laisse entendre que des milliers de gadgets électroniques apparaissent tous les ans. Or ce n'est pas vrai.

En fait, il n'était pas besoin d'évoquer ce sujet dans ce projet loi : il n'y aurait pas figuré que nous n'en débattrions pas aujourd'hui.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote.

M. Jean-Louis Carrère. J'interviendrai uniquement, monsieur le ministre, dans un souci de défense de l'esthétique de la chasse.

Je suis un passionné de la chasse depuis très longtemps. J'ai vu jadis mes amis chasser le chamois dans les Alpes, l'isard dans les Pyrénées, à l'approche, avec des fusils à broche d'une portée, pour les meilleurs canons, de 40 mètres. C'était un type de chasse pratiqué par des hommes rompus à la moyenne montagne, voire à la haute montagne, qui réussissaient à prendre les vents et à s'approcher. Qu'ont-ils fait pour contourner les difficultés de l'approche, monsieur le ministre ? Ils ont dressé des chiens. Ils sont venus très nombreux, ils ont fermé des cols et quand ils avaient des fusils qui ne portaient pas assez loin, comme on leur interdisait l'utilisation des armes nouvelles et de la lunette, qui a donné lieu à un fameux débat, ils traquaient le gibier. C'était légal, mais les animaux se faisaient massacrer dans les cols et toute esthétique avait disparu.

Le débat a resurgi et l'on en vient, peu à peu, pardonnez-moi de vous le dire, monsieur le ministre, à nier le progrès technologique. Il faudrait l'interdire pour des raisons « esthétiques » cela, confine à l'obscurantisme !

Je suis, quant à moi, plutôt partisan de réguler la chasse, de tenir compte de ces avancées technologiques, de résoudre le problème du prélèvement de gibier et de protéger les espèces.

Le reste me paraît totalement artificiel. Cela supposerait mes chers amis, que l'on ait interdit les armes automatiques, les fusils à canon rayé, les munitions très performantes...

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Les points rouges.

M. Michel Charasse. Oui, les points rouges.

M. Jean-Louis Carrère. ...qui, au lieu de causer des dégâts et de blesser le gibier, le tuent... Non !

Je suis bien plus favorable à l'édiction de règles qui protègent les espèces et fixent une éthique de la chasse qu'à l'interdiction d'un certain nombre d'inventions.

Je sais ce à quoi pensent certains : aux appelants avec enregistrement des oiseaux sur bande sonore. On peut considérer que cela ne relève pas du progrès technologique et que ce sont des moyens inadaptés à la pratique de la chasse !

Je rappelle simplement, puisque vous voulez interdire l'utilisation de tels moyens, par exemple pour l'alouette des champs, la grive ou le pigeon ramier, que les hommes et les femmes ont acquis une telle pratique d'imitation qu'ils parviennent, maintenant, avec leur gorge à mieux reproduire le ramage de ces oiseaux que les bandes sonores.

Monsieur le ministre, il faut savoir que l'ingéniosité humaine arrive à dépasser la technique.

Personnellement, je ne crois pas qu'il faille nier les inventions. Il faut plutôt, je le répète, réguler les prélèvements et protéger les espèces. Le reste n'est, pour moi, qu'un faux débat.

M. le président. La parole est à M. Michel Charasse, pour explication de vote.

M. Michel Charasse. Je suis assez favorable, et même plus que favorable, à l'amendement de M. Poniatowski pour une raison très simple : l'Etat a déjà le pouvoir de police. Et, comme M. le ministre vient de le rappeler, il en a usé avec l'arrêté de 1986.

Dès lors, mes chers collègues, pourquoi toujours encombrer les textes législatifs de mesures supplémentaires qui ne sont pas utiles puisque l'Etat, à travers l'autorité publique, l'autorité administrative, a seul la police de la chasse et que, dans le cadre des textes généraux qui sont relatifs à la police de la chasse, l'Etat peut réglementer comme il l'a déjà fait ?

Lorsque M. le ministre nous rappelait l'arrêté de 1986, je me suis demandé pourquoi il le faisait, considérant que, si l'on avait pu prendre un arrêté en 1986, il était possible de le modifier ou de le compléter par arrêté.

Il serait beaucoup plus utile que l'arrêté de 1986 soit révisé parce qu'il a vieilli, parce que la technologie va vite. Cela nous éviterait, en outre, d'en arriver aux situations ahurissantes ou abracadabrantes dont le projet de loi nous menace.

Celui qui porte un appareil auditif parce qu'il entend mal, devra-t-il le poser quand il va à la chasse ? Il aurait le droit de le porter dans la vie courante, mais pas à la chasse !

Celui qui a une jambe de bois dans la vie courante, on ne va pas l'obliger à s'en défaire pour aller à la chasse ! (Sourires.)

M. Michel Mercier. Si, parce que cela fait du bruit ! (Nouveaux sourires.)

M. Michel Charasse. Mais, s'il a aussi un petit moteur pour courir plus vite dans la vie quotidienne, faudra-t-il qu'il le pose pour aller à la chasse ?

On peut multiplier les exemples. On peut envisager, un jour, qu'un système GPS permettra de repérer les animaux dans les forêts : à mon avis, cela doit déjà exister !

M. Jean-Louis Carrère. C'est fait pour les poissons : il y a les sonars.

M. Michel Charasse. Je crois, monsieur le ministre, qu'il vous revient de réviser l'arrêté de 1986 en prenant un critère simple que vous avez énoncé en filigrane dans votre discours : dans le respect de l'animal, du plaisir de la chasse, des règles de la chasse et de l'honneur de la chasse, la question qui se pose est celle de savoir ce qui est loyal et déloyal vis-à-vis de l'animal. Le reste, c'est du « baratin » pour faire plaisir à des groupuscules de boutonneux excités : n'entrons pas dans ce débat !

Par conséquent, je voterai l'amendement de M. Poniatowski et j'ajouterai que je fais confiance au ministre pour réviser l'arrêté de 1986, le nettoyer, le mettre à jour et ne retenir que ce qui est déloyal à l'égard de l'animal parce que, d'une façon générale, les vrais chasseurs - j'en suis un, pas un des meilleurs, mais j'en suis quand même un - sont des gens loyaux vis-à-vis de l'animal.

M. le président. La parole est à M. Gérard Le Cam, pour explication de vote.

M. Gérard Le Cam. Je prends acte de l'engagement de M. le ministre par rapport à la question des malentendants. Je vais donc retirer cet amendement.

Personnellement, je ne vois pas l'intérêt de supprimer ou de maintenir le 3° de l'article 57 : sur le fond, je pense qu'il ne changera pas grand-chose. Ce qui est essentiel, c'est que ce débat ne donne pas du Sénat l'image d'une assemblée cherchant à favoriser tous azimuts l'utilisation des nouvelles technologies électroniques.

On sait très bien que l'on utilise aujourd'hui les portables dans les battues, alors que le talkie-walkie est interdit. J'ai eu l'occasion de l'utiliser dans un enclos -sans être un défenseur des enclos, il s'est trouvé que j'ai été invité -où cela pouvait présenter un intérêt : celui de ne tirer qu'une fois la bête identifiée, ce qui améliorait la qualité de la chasse.

Cependant, on sait très bien que si on libéralise toutes ces pratiques, il va y avoir des abus intolérables.

M. Gérard Le Cam. Il ne faut donc pas poursuivre dans ce sens. On est déjà allé suffisamment loin, avec l'amélioration des armes, qu'il s'agisse des points rouges, de la portée des carabines ou de la portée des armes classiques à plombs. Le rapport s'est déjà renforcé du côté du chasseur par rapport au gibier ; n'allons pas plus loin !

Cela étant, on peut faire confiance au Gouvernement pour que, dans sa sagesse, il prévoie quelques exceptions pour des personnes souffrant d'un handicap et désireuses de pratiquer occasionnellement la chasse.

M. Michel Charasse. Bien sûr !

M. le président. L'amendement n° 745 est retiré.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Je souhaiterais apporter quelques précisions complémentaires.

Comme vous venez de le dire, monsieur le sénateur, effectivement la question des malentendants est en soi résolue puisque nous la réglerons par arrêté ministériel.

Je dirai, à l'intention de M. Carrère, que le débat relatif aux moyens technologiques est ouvert par le projet de loi, puisqu'il peut avoir lieu à propos de l'arrêté ministériel les autorisant. Cc débat serait même beaucoup plus positif pour la chasse que l'autorisation générale qui est proposée.

Celle-ci ferait en outre courir le risque que l'administration - on peut le regretter, mais c'est ainsi - ne soit pas en mesure de conduire une veille technologique suffisante pour interdire à temps les dispositifs artificiels de la chasse.

A cet égard, l'exemple des talkies-walkies est assez révélateur : ils sont interdits, mais, comme les portables ne le sont pas, on utilise les portables...

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 79.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 80, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le premier alinéa du texte proposé par le 4° du II de cet article pour remplacer le dernier alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement :

« Toutefois, le déplacement en véhicule à moteur d'un poste de tir à un autre est autorisé, dès lors que l'arme de tir est démontée ou déchargée et placée sous étui, dans les conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique défini à l'article L. 421-7.

La parole est à M. Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. On va croire une fois de plus, que la commission cherche à susciter un problème, alors que, comme dans l'amendement précédent, elle n'invente rien de nouveau, mais veut remettre de l'ordre dans un dispositif qui doit être créé alors que tout fonctionnait très bien jusqu'à maintenant.

Cet amendement concerne la chasse au chien courant. Dans une bonne vingtaine de départements français, et plus particulièrement dans les régions du sud de la France - Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon - on pratique la chasse au chien courant parce que, les territoires de chasse étant très vaste, il arrive qu'au milieu de l'acte de chasse, alors que l'on est toujours en battue, les chiens sont transportés plus loin.

Je tenais à faire cette mise au point parce que j'ai entendu beaucoup de choses à ce propos et parce qu'il ne faudrait pas laisser croire qu'il s'agit de permettre aux chasseurs de courser le gibier dans leur 4x4, avec leur fusil, la fenêtre ouverte, ou de se précipiter sur lui dès qu'il savent où il se trouve.

A l'Assemblée nationale, on a omis de tenir compte de cette pratique traditionnelle. Personnellement, je ne pratique pas cette forme de chasse parce que je ne chasse pas dans les régions où elle a cours, mais je tiens à permettre à ceux qui l'exercent dans la vingtaine de départements du sud de la France de continuer à le faire.

J'ai apporté une restriction à mon amendement, car je ne voulais pas qu'il soit considéré comme une incitation à étendre cette forme de chasse. C'est la raison pour laquelle j'ai tenu à préciser, dans une petite phrase qui n'est pas innocente, que «  le déplacement en véhicule à moteur d'un poste de tir à un autre est autorisé [...] dans les conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique défini à l'article L.421-7 ». 

Je ne voudrais pas que, demain, cette forme de chasse puisse brusquement se pratiquer là où elle n'existait pas.

Comme le préfet est de toute façon le dernier à viser le schéma départemental, il pourra veiller à ce qu'on ne l'autorise pas brusquement.

J'espère, monsieur le ministre, que cet amendement sera adopté et que nos collègues députés ne le remettront pas en cause. Vous pourrez alors donner des consignes aux préfets des régions où cette chasse ne se pratique pas pour qu'ils ne la laissent pas faire son apparition.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Nous sommes, là encore, au coeur de ce que doit être et a été de tout temps la chasse : une relation entre un animal et un homme. Si nous outrepassons les possibilités humaines, que ce soit avec des moyens électroniques ou par l'utilisation de véhicules à moteur, nous vidons la chasse de ce qu'elle a de plus beau !

L'utilisation d'un véhicule comme moyen de chasse et de rabat est donc interdite de longue date, principalement dans un but de protection du gibier.

Le déplacement en véhicule alors que l'action de chasse n'est pas terminée a eu tendance à se développer ces dernières années, mais seulement sur certains territoires de chasse très spécifiques, ceux qui ont récemment vu la densité des sangliers, en particulier, s'accroître fortement, et, qui plus est, uniquement pour des chasses au chien courant, comme le rappelait le rapporteur. Il s'agit donc non pas d'un moyen de chasse traditionnel, mais bien plutôt d'une pratique liée à la banalisation de l'automobile et à l'augmentation récente de la densité du gibier.

Régulariser ces pratiques interdites, mais tolérées dans quelques départements, reviendrait à autoriser partout la chasse avec un véhicule. Certes, celui-ci ne devrait pas être utilisé pendant l'action de chasse ; mais on voit bien à quoi cela pourrait aboutir !

Cet amendement est donc totalement contraire à l'esprit comme à la lettre de la loi et offrirait une facilité qui n'est pas compatible avec l'éthique que la plupart des chasseurs entendent respecter.

En outre, il néglige une difficulté que vous, mesdames, messieurs les sénateurs, qui êtes les représentants des élus locaux, connaissez certainement : dans le monde rural, les communes se heurtent toujours davantage aux problèmes qui naissent de l'utilisation de véhicules à moteur tels que les 4x4 ou, de plus en plus souvent, les quads. En adoptant cet amendement, vous officialiserez, contre la volonté de nombreux maires ruraux, une pratique qu'ils préféreraient voir limiter.

Je voudrais également appeler votre attention sur les problèmes très réels de sécurité à la chasse que posent déjà ces pratiques et que la généralisation de celles-ci ne ferait que rendre plus aigus. Le schéma départemental n'est pas une sécurité, monsieur le rapporteur ! Vous savez très bien comment il est défini ; vous savez très bien que, progressivement, des pressions s'exerceront.

Le risque que nous devons combattre pour les années à venir est bien ce risque de généralisation. Dans ces conditions, je suis défavorable à l'amendement n° 80.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote.

M. Jean-Louis Carrère. Il y a une cinquantaine d'années, monsieur le ministre, dans la partie gasconne de la forêt des Landes, lorsqu'on chassait le lièvre - aucune interdiction n'existait ! -, je vous assure que tous les agriculteurs et tous les forestiers avaient leur vélo. En ce moment, d'ailleurs, passe en boucle sur la chaîne Seasons un film qui montre un chasseur landais d'un certain âge - c'est l'un de mes amis - en train, aujourd'hui encore, de suivre sa meute à vélo.

Ensuite, il y a eu les Mobylettes - encore une évolution ! Peut-être un jour finira-ton en Airbus, comme l'évoquait le Premier ministre ? (Sourires.) Je ne sais pas comment terminera la chasse !

Redevenons sérieux : l'augmentation du nombre des routes, qui rendent très dangereuse la chasse au chien courant, nous contraint de plus en plus souvent, lorsque nous sommes responsables d'une meute de chiens qui est en train de poursuivre des sangliers ou des grands gibiers comme des cerfs ou des biches, à déplacer la ligne de tir, à ranger nos armes et à suivre les chiens pour les arrêter et empêcher qu'ils ne provoquent des accidents, en particulier des accidents de la circulation.

Il n'est absolument pas concevable, monsieur le ministre, de modifier aussi peu que ce soit cette pratique de la chasse au chien courant, que l'on rencontre en Languedoc-Roussillon, en Midi-Pyrénées et en Aquitaine. Ce serait la méconnaître totalement, et méconnaître les territoires de chasse.

M. Poniatowski prend dans son amendement la précaution, qui est nécessaire, d'exiger que le fusil soit démonté, rangé et déchargé. Il faut savoir que nous avons dû nous battre et que certaines fédérations de chasseurs ont vraiment été obligées de « prendre le taureau par les cornes » pour imposer aux chasseurs de ne pas poursuivre le gibier. Ils y sont parvenus.

Je ne crois pas que vous pourrez régler la chasse de manière administrative et un peu...

Mme Jacqueline Gourault. ... dirigiste !

M. Jean-Louis Carrère. ... dirigiste, c'est le mot, avec un point de vue parisien et en méconnaissant complètement les pratiques qui ont cours sur les territoires.

Cela ne me paraît pas aller contre l'éthique de faire en sorte que les chiens courants ne provoquent pas d'accident et qu'un sanglier ne soit pas tué par les chasseurs du village voisin, ce qui déclencherait une rixe bien plus importante que si on avait autorisé les chasseurs à aller de poste à poste avec leur voiture ! (Rires.)

M. le président. La parole est à M. Daniel Soulage, pour explication de vote.

M. Daniel Soulage. L'amendement présenté par M. le rapporteur me paraît particulièrement important.

Il s'agit en effet de permettre, dans des conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique, le déplacement en véhicule à moteur d'un poste de tir à un autre dès lors que l'arme de tir est démontée, ou déchargée et placée sous étui.

Je comprends parfaitement que l'administration veuille éviter les abus, et il est évidemment tout à fait répréhensible de poursuivre le gibier avec un véhicule : de telles pratiques doivent être condamnées. Mais nous devons rendre la chasse possible dans de bonnes conditions et dans toutes les régions. Pour le Sud-Ouest, en particulier, l'adoption de l'amendement proposé par le rapporteur est tout à fait indispensable.

J'y insiste : ces déplacements se font l'arme démontée, ou déchargée et placée dans un étui, ce qui ne correspond jamais qu'à la situation actuelle. Personnellement, en tant que maire rural, je n'ai jamais été gêné et je n'ai jamais entendu que mes collègues des communes voisines aient été gênés par cette pratique.

Cet amendement est attendu par les chasseurs, mais aussi par les agriculteurs, qui voient les gros gibiers se multiplier. Aussi, je souhaite qu'il soit adopté et je vous encourage vivement, mes chers collègues, à le voter, comme je m'apprête à le faire moi-même.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. J'ai le sentiment que le rapporteur, en voulant bien faire, en a dit tant que ses propos ont provoqué de la part de M. le ministre des réactions qui, à mon avis, n'étaient pas justifiées : l'amendement de M. le rapporteur ne fait que reprendre les dispositifs en vigueur, dispositifs dont on pourrait d'ailleurs se demander s'ils ne relèvent pas plutôt du règlement ; mais je passe sur cet aspect des choses.

Le seul ajout proposé dans cet amendement consiste dans la référence au schéma départemental de gestion cynégétique. Il n'est donc pas susceptible de dénaturer les textes !

N'allons pas chercher midi à quatorze heures ! La situation actuelle donne satisfaction depuis des décennies et le nombre d'accidents n'a pas augmenté, ni parmi les chasseurs ni parmi les civils. Alors, adoptons l'amendement et passons à autre chose !

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. J'avais tout à l'heure invoqué des arguments portant essentiellement sur le fond. J'en ajouterai un qui concerne la forme, et je remercie M. Vasselle de l'avoir rappelé.

Avant la loi de juillet 2000, ces questions n'étaient jamais évoquées : il y avait une pratique, sans interdiction ni autorisation.

Puis on s'est aperçu que certains, notamment certains gardes, la contestaient. Le Sénat avait donc pris l'initiative de la réglementer dans la loi par un amendement tendant à compléter l'article L. 224-4 du code rural par un alinéa ainsi rédigé :

« Toutefois, le déplacement en véhicule à moteur d'un poste de tir à un autre est autorisé dès lors que l'arme de tir est démontée, ou déchargée et placée sous étui. »

Le sénateur qui avait présenté cet amendement l'avait défendu ainsi : « Essentiellement dans les massifs forestiers, » - il pensait notamment à ceux du Sud-Ouest - « et tout particulièrement lors d'une chasse à tir aux gros gibiers, il est nécessaire de se déplacer en auto d'un poste à un autre, sans pour autant commettre le délit de braconnage. Cela nous semble être une affaire de bon sens. »

Ce sénateur avait été convaincant, puisque nous avions adopté sa proposition à l'unanimité. Il s'appelait, monsieur le président, M. Raffarin. (Exclamations.)

Je ne comprends pas pourquoi on persiste à vouloir remettre en cause des dispositifs qui fonctionnent bien et que nous avons adoptés il n'y a même pas quatre ans. C'est inutile ! Comme vient de le souligner Alain Vasselle, mon amendement vise à revenir au texte que nous avions adopté en 2000, mais en l'assortissant d'un garde-fou : l'obligation que ces pratiques soient mentionnées dans le schéma départemental permettra d'éviter l'extension des chasses de ce type.

En toute franchise, ma proposition me paraît très raisonnable.

M. Michel Mercier. Monsieur le ministre, abandonnez !

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Nous avons tous bien compris les éléments du débat. Cependant, c'est l'évolution même des pratiques de chasse, M. Soulage l'a rappelé, qui nous oblige à une plus grande précision.

Par ailleurs, je ne me montrerai pas aussi optimiste que le rapporteur sur l'aptitude des schémas départementaux à mettre un terme à la généralisation de telles pratiques !

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 80.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je suis saisi de deux amendements identiques.

L'amendement n° 222 rectifié est présenté par MM. Détraigne, J.L. Dupont, Nogrix et Moinard.

L'amendement n° 315 est présenté par Mme Blandin.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

Supprimer le second alinéa du texte proposé par le 4° du II de cet article pour remplacer le dernier alinéa de l'article L. 4244 du code de l'environnement.

Ces amendements ne sont pas soutenus.

Je suis saisi de deux amendements identiques.

L'amendement n° 316 est présenté par Mme Blandin.

L'amendement n° 877 est présenté par le Gouvernement.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

A la fin du texte proposé par le II bis de cet article pour la deuxième phrase du premier alinéa de l'article L. 4245 du code de l'environnement, remplacer les mots :

, la Somme et la Vendée

par les mots :

et la Somme

L'amendement n° 316 n'est pas soutenu.

La parole est à M. le ministre, pour défendre l'amendement n° 877.

M. Serge Lepeltier, ministre. Cette question de la chasse de nuit - elle concerne ici la Vendée - avait été déjà débattue lors de l'examen de la loi « chasse » du 30 juillet 2003.

Je rappelle que la fédération départementale des chasseurs de Vendée était elle-même hostile à la chasse de nuit. Elle avait alors fort justement observé que cette pratique n'était pas traditionnelle dans le département. Elle n'avait donc pas soutenu les demandes de quelques chasseurs en ce sens.

Par la suite, le conseil d'administration de la fédération a émis un avis contraire, sans toutefois justifier son revirement par des arguments probants. Finalement, les chasseurs vendéens, réunis en assemblée générale le 24 avril dernier, ont refusé que la chasse de nuit soit autorisée en Vendée.

Il me paraît donc raisonnable de suivre l'avis de cette assemblée générale et de respecter le souhait majoritaire des chasseurs vendéens.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission a émis un avis favorable sur cet amendement.

Comme vous venez de le rappeler, monsieur le ministre, les chasseurs se sont comportés d'une manière très responsable puisque c'est par un vote des membres de la fédération auquel plus de dix mille d'entre eux ont participé qu'ils se sont prononcés défavorablement sur la chasse de nuit dans leur département.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 877.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je suis saisi de huit amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 957, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit les IV à VII de cet article :

IV. L'article L. 424-8 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L 424-8. - I. - Le transport, la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux vivants d'espèces dont la chasse est autorisée ou des animaux licitement tués à la chasse sont :

« 1° libres toute l'année pour les mammifères,

« 2° interdits pour les oiseaux et leurs oeufs, sauf pour :

« - leur transport à des fins non commerciales ;

« - les espèces dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé de la chasse.

« II. - Toutefois, des restrictions peuvent être apportées par l'autorité administrative à ces dispositions pour prévenir la destruction ou favoriser le repeuplement du gibier.

« III. - Le transport, la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux vivants ou morts d'espèces dont la chasse est autorisée provenant d'élevages légalement autorisés sont libres toute l'année.

« IV. - Nonobstant les dispositions des paragraphes I et III, la vente, le transport pour la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux licitement tués à la chasse ou morts provenant d'élevages visés au III sont autorisés s'ils respectent les dispositions relatives à la traçabilité des produits prévues aux articles L. 2321, L. 23211, L. 2322 et L. 2323 du code rural et si les animaux ont fait l'objet d'une inspection sanitaire conformément aux articles L. 2311, L. 2312 et L. 2313 du code rural.

« V. - Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article. »

V. L'article L. 424-9 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L 424-9. - Le grand gibier tué accidentellement et en tout temps à la suite d'une collision avec un véhicule automobile peut être transporté sous réserve que le conducteur en ait préalablement prévenu les services de la gendarmerie nationale ou de la police nationale. »

 

 

VI. L'article L. 424-10 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L 424-10. - Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les oeufs, de ramasser les oeufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux nuisibles.

« Les détenteurs du droit de chasse et leurs préposés ont le droit de recueillir, pour les faire couver, les oeufs mis à découvert par la fauchaison ou l'enlèvement des récoltes. »

VII. L'article L. 424-11 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L 424-11. - L'introduction dans le milieu naturel de grand gibier et de lapins, et le prélèvement dans le milieu naturel d'animaux vivants d'espèces dont la chasse est autorisée sont soumis à autorisation préfectorale, dans des conditions et selon des modalités fixées par un arrêté conjoint du ministre chargé de la chasse et du ministre chargé de l'agriculture. »

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Le gibier tué à la chasse en France doit être commercialisé dans les mêmes conditions que le gibier importé ou provenant d'élevages ; le principe doit être la liberté de circulation dès lors que sont garanties la légalité de la chasse, la qualité sanitaire des produits et leur traçabilité.

Cette disposition facilitera l'émergence d'une véritable filière de production, de transformation et de vente de la venaison dans notre pays.

Le commerce des oiseaux est encadré par la directive du Conseil du 12 avril 1979. Elle ne l'autorise que pour un nombre limité d'espèces. Il est plus clair de poser le principe de l'interdiction puisque la directive ne l'autorise que pour sept espèces.

Enfin, l'introduction dans le milieu naturel du grand gibier et de lapins, potentiellement générateurs de dégâts, doit être encadrée ; le lâcher de petit gibier doit rester libre.

Le prélèvement d'animaux vivants dans le milieu naturel doit également être encadré. C'est l'objet de cet amendement.

M. le président. L'amendement n° 898, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger ainsi le IV de cet article :

IV - 1°) A la section 4 du chapitre IV du titre II du livre IV du code de l'environnement, l'intitulé de la sous-section 1 est ainsi rédigé :

« Sous-section 1 »

« Règles de droit commun »

°) L'article L 424-8 du code de l'environnement est ainsi rédigé :

«  Art. L 424-8.- I. - Le transport, la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux vivants d'espèces dont la chasse est autorisée sont :

« 1° libres toute l'année pour les mammifères, sauf restrictions utiles qui seraient apportées par arrêté du ministre chargé de la chasse,

« 2° libres toute l'année pour les oiseaux dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé de la chasse.

« II. - Le transport, la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux licitement tués à la chasse sont :

« 1° libres toute l'année pour les mammifères,

« 2° libres pendant la période de chasse des oiseaux sauf restrictions apportées par l'autorité administrative à ces dispositions pour prévenir la destruction ou favoriser le repeuplement dans la nature.

« III. - Toutefois, la vente, le transport pour la vente, la mise en vente, la détention pour la vente et l'achat des animaux licitement tués visés ci-dessus sont autorisés aux conditions suivantes :

« - ces animaux ont fait l'objet d'une inspection sanitaire conformément aux articles L. 231-1, L. 231-2 et L. 231-3 du code rural ;

« - et ils sont soumis aux dispositions relatives à la traçabilité des produits prévue aux articles L. 232-1, L. 232-2 et L. 232-3 du code rural.

« IV. - Le transport des oiseaux dont la chasse est autorisée, à partir d'un département où la chasse est ouverte vers un département où elle ne l'est pas est autorisé dès lors que ce gibier est transporté par un chasseur en mesure, d'une part, d'établir que ce gibier a été légalement capturé et, d'autre part, de justifier son origine.

« V. - Les associations communales et intercommunales de chasse agréées ainsi que les associations de chasse peuvent organiser, dans le département, des repas associatifs non commerciaux.

« VI. - Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application des dispositions du présent article. »

La parole est à M. le rapporteur, pour présenter l'amendement n° 898.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je remercie le Gouvernement pour le dépôt de cet amendement. J'avais rédigé ce long amendement n° 898, mais le vôtre, monsieur le ministre, nous donne satisfaction.

Il diffère toutefois de l'amendement de la commission sur quelques points. Il met notamment l'accent sur le fait que le commerce des oiseaux n'est autorisé par la directive du 12 avril 1979 que pour un nombre très limité d'espèces.

Dans une première rédaction d'ailleurs, sur un problème qui me tenait à coeur, celui du lâcher de gibier, qui fait l'objet de l'article L. 424-11, vous aviez soumis à autorisation administrative tous les lâchers de gibier.

Dans votre nouvelle rédaction, vous ne soumettez à autorisation que les lâchers de sangliers et lapins, cela signifie que pour tous les autres gibiers les lâchers seront autorisés et cela me convient tout à fait. Je suis donc prêt à retirer l'amendement n° 898.

Au demeurant, je souhaiterais, monsieur le ministre, obtenir l'assurance que la rédaction que vous proposez supprime plusieurs difficultés.

Soyons bien d'accord : le transport d'oiseaux d'un département où la chasse est encore ouverte vers un département où elle est fermée sera possible et il n'y aura pas de risque de procès-verbal. Sur ce point, nos rédactions divergent. Je voudrais être sûr qu'avec votre rédaction ce transport sera autorisé.

Je me proposais en outre de régler un autre problème. J'avais précisé qu'il fallait permettre que les associations communales de chasse agréées puissent organiser des repas associatifs non commerciaux où serait servi un gibier, et ce même hors période de chasse.

Je crois que votre rédaction le permet, bien qu'elle ne soit pas explicite. J'aimerais tout de même que vous me rassuriez à ce sujet.

Enfin, dans le texte adopté par l'Assemblée nationale, figurait un article qui simplifiait fort opportunément les règles de transport des appelants et de détention des rapaces.

Votre texte ne reprend pas expressément cette simplification. Là encore, je souhaite être rassuré. Il faut faire attention à ce problème des appelants.

M. Jean-Louis Carrère. La chasse à la palombe !

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Absolument.

Si vous me rassurez sur ces points, monsieur le ministre, non seulement je retirerai l'amendement n° 898, mais je retirerai également les amendements n°s899 et 900, qui seront satisfaits par le vôtre.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. L'ensemble des points évoqués, monsieur Poniatowski, ne me semble pas présenter de difficultés.

Il n'y a pas de problème pour le transport d'oiseaux entre un département où la chasse est ouverte et un autre où elle est fermée.

Pour la question du gibier hors période de chasse : pas de difficultés, non plus.

Sur les rapaces, le transport des appelants, nos préoccupations vont dans le même sens.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je retire donc les trois amendements de la commission.

M. le président. Les amendements n°s 898, 899 et 900 sont retirés.

L'amendement n° 317, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Supprimer le dernier alinéa (b) du 1° du texte proposé par le IV de cet article pour article L. 424-8 du code de l'environnement.

Cet amendement n'est pas soutenu.

L'amendement n° 200 rectifié ter, présenté par MM. Moinard et  Vanlerenberghe, Mmes Létard et  Férat, MM. Darniche,  Gélard,  J.L. Dupont et  Nogrix, Mmes Gourault,  G. Gautier et  Desmarescaux, MM. Lecerf,  Seillier et  Türk, est ainsi libellé :

Dans le dernier alinéa (b) du 2° du texte proposé par le IV de cet article pour l'article L. 4248 du code de l'environnement, supprimer les mots :

à des fins de repeuplement ou

La parole est à Mme Gisèle Gautier.

Mme Gisèle Gautier. Dans sa rédaction initiale, l'article 57 interdit, pour le gibier vivant dont la chasse est autorisée, en période de fermeture de la chasse de l'espèce considérée, le prélèvement ou l'introduction d'animaux dans le milieu naturel, à l'exception de ceux qui sont autorisés par l'autorité administrative à des fins de repeuplement.

Ce terme de « repeuplement » est trop restrictif et peut être la source d'imbroglios juridiques, la notion de repeuplement n'étant pas clairement définie. Cette nouvelle disposition pourrait compliquer sérieusement l'exercice de leur activité par les éleveurs professionnels, alors qu'elle constitue une activité économique à part entière en milieu rural, génératrice d'emplois, et un moyen pour les agriculteurs, qui constituent 80 % des éleveurs, de diversifier leur exploitation.

C'est pourquoi il semble préférable de supprimer du texte de cet article la référence au repeuplement.

M. le président. L'amendement n° 899, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le texte proposé par le V de cet article pour l'article L 424-9 du code de l'environnement :

« Art. L. 424-9. - Le grand gibier tué accidentellement et en tout temps à la suite d'une collision avec un véhicule automobile peut être transporté sous réserve que le conducteur en ait préalablement prévenu les services de la gendarmerie nationale ou de la police nationale. »

M. le rapporteur a retiré cet amendement.

L'amendement n° 201 rectifié ter, présenté par MM. Moinard et  Vanlerenberghe, Mmes Létard et  Férat, MM. Darniche,  Gélard,  J.L. Dupont et  Nogrix, Mmes G. Gautier et  Desmarescaux, MM. Lecerf,  Seillier et  Türk, est ainsi libellé :

Dans le dernier alinéa (b) du 2° du texte proposé par le V de cet article pour l'article L. 4249 du code de l'environnement, supprimer les mots :

à des fins de repeuplement ou

La parole est à Mme Gisèle Gautier.

Mme Gisèle Gautier. Cet amendement est amendement de coordination avec l'amendement n° 200 rectifié ter.

M. le président. L'amendement n° 900, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le VI de cet article :

VI. L'article L. 424-11 du code de l'environnement devient l'article L. 424-10 du même code.

M. le rapporteur a retiré cet amendement.

L'amendement n° 318, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Supprimer le VII de cet article.

Cet amendement n'est pas soutenu.

Quel est l'avis de la commission sur les amendements n° 200 rectifié ter et n° 201 rectifié ter ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Ils vont être totalement satisfaits par l'amendement du Gouvernement.

Toutefois, il faut souligner que ces amendements soulèvent un problème important : derrière ces mots d'« introduction » et de « repeuplement », se présente un problème d'éthique de la chasse.

On doit pouvoir permettre, me semble-t-il, d'introduire du gibier hors période de chasse. Car, quel est le meilleur gibier ? C'est celui qu'on introduit quand il est jeune plutôt que celui qui est lâché au dernier moment. Les lâchers de dernier moment, on sait bien que cela existe, il y en aura toujours. Mais la vraie chasse se fait avec du gibier qui a été lâché quand il était jeune, qui s'est habitué à la nature, qui a eu le temps d'apprendre à bien voler pour que, au moment de l'ouverture de la chasse, il soit capable de se défendre.

Je le répète, madame Gautier, l'amendement déposé par le Gouvernement donne entièrement satisfaction aux deux amendements que vous avez présentés. C'est la raison pour laquelle la commission vous invite à les retirer.

M. le président. Mme Gautier, les amendements n s200 rectifié ter et 201 rectifié ter sont-ils maintenus ?

M. le président. Les amendements n° 200 rectifié ter et 201 rectifié ter sont retirés.

Je mets aux voix l'amendement n° 957.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 57, modifié.

(L'article 57 est adopté.)

Art. 57 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 58 (priorité)

Article additionnel avant l'article 58 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 470, présenté par M. Charasse, est ainsi libellé :

Avant l'article 58, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Conformément à la jurisprudence du Conseil d'Etat, le préjudice résultant de la prolifération d'animaux sauvages appartenant à des espèces protégées ouvre droit à une indemnisation par l'Etat dès lors que, excédant les aléas relatifs à l'activité en cause, il revêt un caractère grave et spécial.

Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article.

Cet amendement n'est pas soutenu.

Art. additionnel avant l'art. 58 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. additionnel après l'art. 58 (priorité)

Article 58 (priorité)

I. - Les sections 1 et 2 du chapitre V du titre II du livre IV du code de l'environnement deviennent les sections 3 et 4.

Les articles L. 425-3, L. 425-3-1 et L. 425-5 du même code deviennent respectivement les articles L. 425-8, L. 425-9 et L. 425-14.

Les articles L. 425-2 et L. 425-4 du même code sont abrogés.

II. - Il est rétabli, dans le chapitre V du titre II du livre IV du même code, une section 1 intitulée « Schémas départementaux de gestion cynégétique », comprenant les articles L. 425-1 à L. 425-3.

III. - L'article L. 425-1 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 425-1. - Dans le cadre des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats prévues à l'article L. 414-8, un schéma départemental de gestion cynégétique est mis en place dans chaque département. Ce schéma est établi pour une période de six ans renouvelable. Il est élaboré par la fédération départementale des chasseurs, en concertation notamment avec la chambre d'agriculture et les représentants des intérêts forestiers. Il prend en compte le document départemental de gestion de l'espace agricole et forestier mentionné à l'article L. 112-1 du code rural. Il est approuvé, après avis du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage, par le préfet, qui vérifie notamment sa compatibilité avec les principes énoncés à l'article L. 420-1. »

IV. - Le II de l'article L. 421-7 du même code devient l'article L. 425-2 et est ainsi modifié :

1° Le 3° est complété par les mots : « et à l'affouragement prévues à l'article L. 425-5 » ;

2° Au 4°, après le mot : « préserver », sont insérés les mots : «, de protéger par des mesures adaptées ».

V. - Le IV de l'article L. 421-7 du même code devient l'article L. 425-3.

VI. - L'article L. 421-7 du même code est abrogé.

VII. - L'article L. 421-5 du même code est ainsi modifié :

1° Au quatrième alinéa, les mots : « l'article L. 421-7 » sont remplacés par les mots : « l'article L. 425-1 » ;

2° Le cinquième alinéa devient l'avant-dernier alinéa.

VIII. - Après la section 1 du chapitre V du titre II du livre IV du même code, il est rétabli une section 2 ainsi rédigée :

« Section 2

« Equilibre agro-sylvo-cynégétique

« Art. L. 425-4. - L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage abondante et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles.

« Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers.

« L'équilibre sylvo-cynégétique vise à permettre la régénération des habitats forestiers sans recourir à des protections artificielles.

« L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection des productions économiques sensibles et de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés. L'indemnisation mentionnée à l'article L. 426-1 participe de cet équilibre. Des évolutions de pratiques et de systèmes de production intégrant l'objectif de maîtrise de la faune sauvage y contribuent.

« Il tient compte des principes définis à l'article L. 1er du code forestier ainsi que des dispositions des orientations régionales forestières et agricoles et des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats.

« Le préfet veille à la prise en compte optimale de cet objectif lors de l'élaboration du schéma départemental de gestion cynégétique.

« Art. L. 425-5. - L'agrainage et l'affouragement du grand gibier ne peuvent être autorisés par le préfet, conformément aux dispositions du schéma départemental de gestion cynégétique qu'en raison de la situation climatique ou pour protéger des cultures en période sensible. »

IX. - A la section 3 du chapitre V du titre II du livre IV du même code, sont insérés les articles L. 425-6, L. 425-7 et L. 425-10 à L. 425-13, ainsi rédigés :

« Art. L. 425-6. - Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques.

« Pour le grand gibier, il est fixé après consultation des représentants des intérêts agricoles et forestiers pour une période qui peut être de trois ans et révisable annuellement ; il est fixé pour une année pour le petit gibier.

« Pour assurer un équilibre agricole, sylvicole et cynégétique, le plan de chasse est appliqué sur tout le territoire national pour certaines espèces de gibier dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. Lorsqu'il s'agit du sanglier, le plan de chasse est mis en oeuvre après avis des fédérations départementales des chasseurs.

« Art. L. 425-7. - Toute personne détenant le droit de chasse sur un territoire et qui désire obtenir un plan de chasse individuel doit en faire la demande. Toutefois, lorsque le contrat de location ou de mise à disposition gratuite du droit de chasse le prévoit expressément, la demande est faite par le propriétaire ou son mandataire.

« Lorsque le titulaire du droit de chasse n'est pas le propriétaire du territoire pour lequel la demande est présentée et que ce dernier ne loue pas son droit de chasse, le propriétaire peut faire connaître son désaccord éventuel et formuler sa propre demande de plan de chasse.

« Les propriétaires mentionnés au précédent alinéa peuvent se regrouper en association ou en association syndicale libre prévue au 15° de l'article 1er de la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales. Dans ce cas, c'est le représentant de l'association qui, dûment mandaté à cet effet, représente les propriétaires pour l'accomplissement des démarches prévues au présent article. »

« Art. L. 425-10. - Lorsque l'équilibre agro-sylvo-cynégétique est perturbé ou menacé, le préfet suspend l'application des dispositions du plan de chasse précisant les caractéristiques des animaux à tirer, afin de faciliter le retour à des niveaux de populations compatibles avec cet équilibre et cohérents avec les objectifs du plan de gestion.

« Art. L. 425-11. - Lorsque le bénéficiaire du plan de chasse ne prélève pas le nombre minimum d'animaux qui lui est attribué, il peut voir sa responsabilité financière engagée pour la couverture des frais supportés pour l'indemnisation mentionnée à l'article L. 426-1 et la prévention des dégâts de gibier mentionnée à l'article L. 421-5.

« Il en est de même pour les personnes ayant formé l'opposition prévue au 5° de l'article L. 422-10 et qui n'ont pas procédé sur leur fonds à la régulation des espèces de grand gibier.

« Le propriétaire qui ne peut être indemnisé sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-1 peut demander réparation des dommages qu'il a subis au bénéficiaire du plan de chasse qui ne prélève pas le nombre minimum d'animaux qui lui est attribué.

« Art. L. 425-12. - Lorsque l'équilibre sylvo-cynégétique est fortement perturbé, le propriétaire peut demander le remboursement de tout ou partie des dépenses de protection indispensables qu'il a engagées pour assurer la pérennité des peuplements forestiers :

« a) Au détenteur du droit de chasse bénéficiaire d'un plan de chasse sur les parcelles endommagées, si celui-ci n'a pas réalisé le minimum du plan de chasse ;

« b) Supprimé........................................................................................ ;

« c) A l'Etat si la décision d'attribution du plan de chasse prise par l'autorité administrative est inférieure aux demandes du propriétaire ou de son mandataire, ou de la fédération départementale des chasseurs, dans la mesure où ces demandes étaient compatibles avec le schéma départemental de gestion cynégétique.

« Art. L. 425-13. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application de la présente section. »

X. - A l'article L. 429-1 du même code, la référence : « L. 425-4, » est supprimée.

XI. - Le même code est ainsi modifié :

1° A la fin du dernier alinéa de l'article L. 422-14, les mots : « l'article L. 421-7 » sont remplacés par les mots : « la section 1 du chapitre V du titre II du livre IV » ;

2° Dans le troisième alinéa de l'article L. 424-2, la référence : « L. 425-5 » est remplacée par la référence : « L. 425-14 » ;

3° A la fin de la deuxième phrase de l'article L. 427-6, la référence : « L. 425-2 » est remplacée par la référence : « L. 425-6 » ;

4° Dans l'article L. 427-9, les mots : « des articles L. 425-1 à L. 425-3 » sont remplacés par les mots : « de la section 3 du chapitre V du titre II du livre IV ».

XII. - Dans la dernière phrase du troisième alinéa de l'article L. 1er du code forestier, les mots : « aux articles L. 425-1 à L. 425-4 » sont remplacés par les mots : « à la section 3 du chapitre V du titre II du livre IV ».

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, sur l'article.

M. Alain Vasselle. M. Ladislas Poniatowski, en qualité de rapporteur, a informé tout à l'heure la Haute Assemble et le ministre qu'il renvoyait à un article ultérieur, je me demande s'il ne s'agit pas de cet article 58, l'équilibre sylvo-cynégétique.

Le problème posé à travers l'application du plan de chasse est celui de la maîtrise des dégâts provoqués par les cervidés et surtout par les sangliers.

Nous connaissons, dans certains départements français, c'est le cas du département que je représente, une prolifération et une augmentation exponentielle de leur nombre. Nous constatons, avec surprise, que cette progression a pratiquement, pour l'exercice 2003, doublé d'une année sur l'autre dans des zones à plan de chasse.

Or le plan de chasse a été, jusqu'à aujourd'hui, utilisé comme un outil de gestion et de régulation des populations pour les faire progresser. Il a permis notamment de faire croître des populations de chevreuils. Cela a été le cas également, dans certains territoires, pour les populations de cervidés bien entendu, mais aussi de sangliers.

Or nous sommes aujourd'hui dans une situation qui devient insupportable non seulement pour la forêt, mais également pour l'agriculture.

Permettez-moi de dire que certains chasseurs sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. En effet, lorsqu'ils ont participé aux appels d'offre concernant la location des domaines de l'ONF, ils ont fait des surenchères sur des locations, entre eux.

A partir du moment où ils louent des territoires de chasse à des prix très élevés, leurs actionnaires ou leurs chasseurs exigent un nombre d'animaux important afin de compenser le paiement qu'ils assurent.

Certains détenteurs de droit de chasse limitent donc certains prélèvements pour faire progresser les populations. Naturellement, ces populations, en progressant, provoquent des dégâts.

Ainsi, le plan de chasse, cet outil de gestion qui, jusqu'à peu, ne posait pas de problème parce que l'objectif principal était de favoriser l'augmentation du cheptel doit aujourd'hui être utilisé à travers le minimum et le maximum.

Je serais intéressé de connaître les intentions du ministre et de son administration sur l'application du contrôle du minimum de prélèvement, parce que pour le maximum, on sait faire, mais pour le minimum, c'est sans doute un peu plus délicat !

Comment allons-nous situer le minimum ? A partir de quel moment allons-nous sanctionner le détenteur de droit de chasse qui n'aura pas réalisé le prélèvement minimum ?

Le second point découle d'une expérience que connaît bien Ladislas Poniatowski et que j'ai évoqué à plusieurs reprises dans le cadre du groupe d'études sur la chasse.

Nous appliquons le plan de chasse pour le petit gibier de la même façon que nous appliquons le plan de chasse pour le grand gibier.

Autrement dit, les gardes de l'Office nationale de la chasse, lorsqu'ils contrôlent l'application du plan de chasse pour le petit gibier, perdreaux, faisans, lièvres, requièrent les mêmes modalités d'application que pour le grand gibier. À ce titre, lorsque le gibier est tué, il doit être bagué sur place.

Or, lorsque des chasses sont organisées sous forme de battue, cela devient très compliqué, en fonction des quotas accordés, d'imposer une formalité aussi stricte.

Par des dispositions réglementaires, votre prédécesseur, monsieur le ministre, a déjà permis l'expérimentation d'un assouplissement du mode d'application du plan de chasse pour le petit gibier : il a permis que le baguage ou le marquage soit effectué à la fin de chaque traque et non pas au moment du tir.

Lorsqu'on est en position de tir, en poste, que des rabatteurs sont situés en face, que les chasseurs se déplacent pour aller baguer le gibier, cela pose aussi des problèmes de sécurité.

Je souhaite donc, monsieur le ministre, que vous nous donniez des assurances quant à l'assouplissement de l'application du plan de chasse pour le petit gibier lorsque ces chasses sont organisées sous forme de battues.

Lorsqu'il s'agit d'une chasse à la botte traditionnelle, on peut évidemment maintenir les dispositions : le chasseur se déplace, tue son gibier et, au moment où il le ramasse, il peut baguer.

Voilà les deux points sur lesquels je voulais intervenir, monsieur le ministre, mes chers collègues, en espérant être entendu.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur, sur l'article.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Avec l'examen de l'article 58, nous abordons notamment la très délicate question de la définition de l'équilibre sylvo-cynégétique et des moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.

Avant d'examiner les nombreux amendements déposés, je souhaite rappeler la position très clairement adoptée par la commission des affaires économiques sur le sujet, que viendront d'ailleurs conforter quelques amendements extérieurs auxquels la commission a donné un avis favorable.

S'agissant de la définition même de l'équilibre sylvo-cynégétique, j'entends défendre celle qui résulte de la loi d'orientation forestière du 9 juillet 2001, laquelle dispose, à l'article L.1 du code forestier, que cet équilibre doit permettre « la régénération des peuplements forestiers, dans des conditions économiques satisfaisantes pour le propriétaire ».

Certes, lors de la discussion relative à la loi forestière, nous avions, dans un premier temps, adopté un amendement indiquant que l'équilibre devait permettre « une régénération sans protection artificielle », pour nous rallier ensuite, en deuxième lecture, à la position de l'Assemblée nationale.

En effet, cette définition, appliquée à la lettre, revenait à programmer à plus ou moins long terme la disparition du grand gibier.

S'agissant de la définition du plan de chasse qui fait aussi référence à cet équilibre sylvo-cynégétique, nous avions également, un temps, retenu la définition d'une régénération sans protection, mais en ajoutant la précision suivante : « A défaut, si des protections s'avèrent nécessaires, il faut définir les modalités de prise en charge de ces protections ». Nous savions bien que l'objectif de plantations forestières sans protection était impossible à atteindre.

Finalement, en commission mixte paritaire, nous avons préféré harmoniser les rédactions en privilégiant la prise en compte des « conditions économiques satisfaisantes de l'exploitation forestière » pour définir ce fameux équilibre.

Je maintiens aujourd'hui cette position, car il n'est pas raisonnable d'inscrire dans un texte de loi une définition totalement irréaliste, alors même qu'elle fonde toute une série de mesures à mettre en oeuvre.

Je considère, en outre, que l'appréciation des termes « conditions économiques satisfaisantes » est, certes, délicate, mais qu'elle est possible. Les forestiers, d'ailleurs, savent bien que l'on parle de « plantation tirée d'affaire » ou de « régénération acquise » lorsque, au moment de solder des subventions ou de réceptionner des travaux forestiers, on constate un taux de reprise de 80 %. Au-dessous de ce seuil, on pourrait considérer que les conditions économiques de l'exploitation forestière ne sont pas atteintes.

L'amendement n° 87 rectifié de la commission, en précisant que l'évaluation des conditions économiques doit se faire pour le territoire forestier concerné, a pour objet de conforter ce dispositif.

S'agissant, enfin, des moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à cet équilibre, la commission a fait certains choix.

Nous avons choisi, tout d'abord, de privilégier le schéma départemental de gestion cynégétique, pour définir, en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés, c'est-à-dire bien sûr les agriculteurs et les forestiers en particulier, toutes les dispositions permettant d'atteindre l'équilibre agro-sylvo-cynégétique. Nous en avons déjà parlé tout à l'heure au moment du débat sur les orientations régionales.

Le préfet, quant à lui, aura l'obligation de vérifier que cet équilibre est bien pris en compte avant de l'approuver et de le rendre ainsi opposable à l'ensemble des chasseurs.

Ensuite, nous avons privilégié, et même renforcé, en émettant un avis favorable sur un amendement de notre collègue Yann Gaillard, la possibilité donnée à tous les propriétaires forestiers de déposer leur propre demande de plan de chasse. Là encore, ce sera au préfet d'arbitrer entre les demandes des chasseurs et celles des propriétaires forestiers.

Je considère, en effet, que l'application des nouvelles dispositions relatives au plan de chasse, et tout particulièrement l'instauration d'un minimum obligatoire d'animaux à tuer que vient d'évoquer notre collègue Alain Vasselle, constitue la meilleure solution possible pour parvenir à un équilibre sylvo-cynégétique raisonnable et acceptable par tous.

C'est d'autant plus vrai que, s'il apparaît que cet équilibre est fortement perturbé, le bénéficiaire du plan de chasse et même l'Etat pourront être mis en cause financièrement et assujettis à la prise en charge des protections artificielles que le propriétaire forestier devra mettre en place pour protéger ses plantations.

J'ai bien conscience que tout le dispositif proposé n'est sans doute pas pleinement satisfaisant, notamment pour une catégorie précise de propriétaires forestiers : il s'agit des propriétaires situés sur des territoires de chasse banale ou d'associations communales de chasse agréées, puisque - vous connaissez tous la règle - ces propriétaires sont privés du droit de chasse et n'en retirent aucun bénéfice financier.

Désormais, ces propriétaires disposeront tout de même d'un petit moyen d'action pour protéger leurs forêts, puisqu'ils pourront déposer leur propre demande de plan de chasse et même se regrouper en association pour mieux se faire entendre. Toutefois, il faut avoir conscience que, pour ceux qui souhaitent conduire une gestion forestière sur le long terme, tout en étant privés du droit de chasse, la question des dégâts de gibier est loin d'être résolue, car le coût des protections multiplie fortement l'investissement initial.

Il faut, d'une part, affiner les statistiques pour mieux les identifier et, d'autre part, profiter du temps disponible d'ici à la deuxième lecture du projet de loi au Sénat pour éventuellement corriger le dispositif de l'article 58 afin de mieux prendre en compte les préoccupations de tels propriétaires.

Dans l'immédiat, le dispositif adopté par la commission des affaires économiques me semble cohérent, car il met en place les outils nécessaires pour atteindre un équilibre sylvo-cynégétique tenant compte non seulement d'un impératif légitime de rentabilité économique des exploitations forestières, mais aussi de la nécessaire préservation de la biodiversité de nos forêts.

M. le président. L'amendement n° 81, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit la première phrase du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 425-1 du code de l'environnement :

Un schéma départemental de gestion cynégétique est mis en place dans chaque département.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'article 58 est consacré au schéma départemental de gestion cynégétique. Plutôt que de placer ce schéma sous la tutelle des orientations régionales, comme cela figure dans la rédaction du texte issu des travaux de l'Assemblée nationale, je vous propose de bien affirmer, en début d'article, qu'« un schéma départemental de gestion cynégétique est mis en place dans chaque département ».

L'Assemblée nationale a d'ailleurs souhaité atténuer le lien juridique qui pouvait exister entre les orientations régionales et le schéma, en indiquant que le schéma est établi dans le cadre de ces orientations.

Je vous propose de redonner toute leur capacité d'initiative, et donc toute leur efficacité, aux fédérations chargées de l'élaboration du schéma départemental, lequel doit surtout tenir compte des caractéristiques particulières des territoires.

M. le président. Le sous-amendement n° 953, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

I - Compléter l'amendement n° 81 par un II ainsi rédigé :

L'avant-dernière phrase du même texte est complétée par les mots :

ainsi que les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats mentionnées à l'article L. 414-8.

II - En conséquence, faire précéder cet amendement de la mention :

I

La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement émet un avis favorable sur l'amendement n° 81 sous réserve de l'adoption de ce sous-amendement.

Comme je le disais tout à l'heure, je souhaite que soit maintenue l'articulation entre, d'une part, les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats et, d'autre part, les schémas départementaux de gestion cynégétique.

En effet, il faut bien prendre conscience que ces deux catégories de documents, même s'ils ne sont pas établis à la même échelle, doivent cependant être en cohérence dans les domaines qu'ils traitent. A défaut, nous serions alors en pleine contradiction.

Il convient donc d'assurer une meilleure intégration des questions cynégétiques dans la planification territoriale à travers la définition des orientations régionales pour une gestion durable de la faune, que celle-ci soit d'ailleurs chassable ou non chassable.

C'est bien dans le cadre des orientations régionales que doivent s'inscrire les schémas départementaux de gestion cynégétiques établis par les fédérations départementales de chasseurs, en tenant compte non seulement des intérêts agricoles, mais aussi des intérêts forestiers du département. Cela doit naturellement se faire en cohérence avec les principes de gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats, afin de permettre tout simplement, mais très fortement, une gestion équilibrée des écosystèmes par la chasse.

Par ce sous-amendement, le Gouvernement répond à l'objectif d'assurer l'équilibre entre agriculteurs, forestiers et chasseurs, équilibre qui me paraît essentiel.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Le fait que le Gouvernement désire instaurer une cohérence entre le contenu du schéma et celui des orientations nous convient parfaitement. Cela ne diminue pas l'efficacité et le rôle du schéma, et la trouvaille du mot « cohérence » est une excellente idée, monsieur le ministre.

Par conséquent, la commission émet un avis favorable sur le sous-amendement n° 953.

M. le président. La parole est à M. Gérard Le Cam, pour explication de vote sur l'amendement n° 81.

M. Gérard Le Cam. Personnellement, je ne perçois pas très bien qui, finalement, a le dernier mot dans cette affaire : les schémas départementaux vont-ils devoir se conformer aux orientations régionales, ou est-ce l'inverse ?

Il y a là un vrai problème qui n'est pas élucidé dans le projet de loi. J'aimerais donc obtenir quelques éclairages sur cette question importante.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Monsieur Le Cam, selon l'organisation que nous prévoyons, les schémas départementaux devront tenir compte des orientations régionales. C'est dans ce sens-là que le dispositif est mis en place, même si aucun encadrement n'est prévu.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 953.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 81, modifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 319, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Dans la troisième phrase du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 425-1 du code de l'environnement, après les mots :

en concertation notamment avec

insérer les mots :

les associations de protection de la nature et de l'environnement,

Cet amendement n'est pas soutenu.

L'amendement n° 584 rectifié, présenté par MM. Vasselle et  François, est ainsi libellé :

Dans la troisième phrase du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 425-1 du code de l'environnement, après les mots :

avec la chambre d'agriculture

insérer les mots :

, les représentants de la propriété privée rurale

La parole est à M. Alain Vasselle

M. Alain Vasselle. Cet amendement est défendu, monsieur le président.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Comme elle l'a fait tout à l'heure pour un amendement quelque peu similaire, la commission émet un avis défavorable sur cet amendement. En effet, la chambre d'agriculture représente d'ores et déjà les intérêts de la propriété privée agricole et elle est associée à l'élaboration du schéma départemental.

Monsieur Vasselle, pour le coup, vous n'avez aucune inquiétude à avoir. En fait, le schéma est très souple. Si la fédération s'aperçoit qu'il manque quelqu'un ou qu'une catégorie est sous-représentée, il lui sera toujours possible d'inviter les personnes concernées au dernier moment.

M. le président. Monsieur Vasselle, l'amendement n° 584 rectifié est-il maintenu ?

M. Alain Vasselle. Non, je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 584 rectifié est retiré.

L'amendement n° 254 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Sido,  Valade,  Vinçon,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Dans la dernière phrase du texte proposé par le III de cet article pour l'article L.4251 du code de l'environnement, après les mots :

Il est approuvé, après avis du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage

insérer les mots :

dont la composition comprend un représentant au moins des organisations représentatives des propriétaires forestiers dans le département

La parole est à M. Yann Gaillard

M. Yann Gaillard. Les organisations forestières seront attentives au sort de cet amendement, qui leur tient particulièrement à coeur. Nous souhaitons que la commission des plans de chasse comporte un représentant des organisations des propriétaires forestiers, soit publics, soit privés, suivant leur importance.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur Gaillard, je partage tout à fait votre souhait de voir les propriétaires forestiers mieux représentés au sein du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage.

Toutefois, une telle disposition ne peut pas figurer dans un texte législatif puisqu'il s'agit d'un problème d'ordre réglementaire. Votre amendement est donc plutôt un amendement d'appel en direction de M. le ministre, qui pourra sans doute vous rassurer.

Par conséquent, monsieur Gaillard, je vous demande de bien vouloir retirer votre amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Je partage l'avis défavorable que vient d'exprimer M. le rapporteur. En effet, en l'occurrence, nous nous situons très clairement dans le cadre réglementaire plutôt que dans le cadre législatif. Il ne faut tout de même pas trop « charger » la loi.

Pour autant, je suis moi aussi très favorable au souhait de M. Gaillard, qui consiste à faire siéger les représentants des propriétaires forestiers au sein du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement n° 254 rectifié est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. Non, je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 254 rectifié est retiré.

L'amendement n° 82, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Compléter in fine la dernière phrase du texte proposé par le III de cet article pour l'article L. 425-1 du code de l'environnement par les mots :

et les dispositions de l'article L. 425-4

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'amendement n° 82 est important puisqu'il tend à répondre à une forte attente des propriétaires forestiers.

L'article L. 425-1 du code de l'environnement reprend les dispositions actuellement en vigueur s'agissant des modalités d'adoption du schéma départemental de gestion cynégétique, à savoir qu'il est soumis à l'avis du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage, puis approuvé par le préfet, qui vérifie notamment sa compatibilité avec les principes généraux relatifs à l'exercice de la chasse.

Par cet amendement, il vous est proposé d'ajouter que le préfet s'assure également de la compatibilité du schéma de gestion avec les dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'environnement, qui définissent justement l'équilibre agro-sylvo-cynégétique. Il me paraît en effet essentiel que le schéma permette de débattre de cette question dès lors que les représentants et du monde agricole et du monde forestier sont associés à son élaboration. Il convient également de sensibiliser les préfets à la nécessaire prise en compte de cet équilibre dans les propositions du schéma de gestion.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Compte tenu de tout ce que j'ai dit précédemment sur l'équilibre nécessaire entre les agriculteurs, les propriétaires forestiers et les chasseurs, je suis bien évidemment favorable à cet amendement, qui prend en compte, dans les schémas départementaux de gestion cynégétique, cet équilibre agro-sylvo-cynégétique.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 82.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 83, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le 1° du IV de cet article :

° Le 3° est complété par les mots : «  et à l'affouragement prévues à l'article L 425-5 ainsi qu'à la chasse à tir du gibier d'eau à l'agrainée » ;

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement traite du délicat problème de la chasse à tir du gibier d'eau à l'agrainée.

Je l'avoue, c'est une chasse que je ne connais pas et que je ne pratique pas. En réalité, elle est pratiquée dans quelques départements côtiers de l'Atlantique, c'est-à-dire en Loire-Atlantique, en Vendée, en Charente-Maritime et un tout petit peu en Bretagne Sud. Il s'agit donc véritablement d'une pratique très particulière et je reconnais que, en termes d'éthique de la chasse, il ne s'agit pas forcément d'une chasse très excitante.

Pour autant, monsieur le ministre, cette chasse existe et l'idée du présent amendement m'a d'ailleurs été quelque peu « soufflée » par votre administration. En effet, un groupe de travail sur la simplification des textes relatifs à la chasse a été instauré par votre ministère. Il était prévu que le schéma de gestion cynégétique établisse les prescriptions s'y rapportant, car cela relève à l'évidence de l'éthique de la chasse et des bonnes pratiques cynégétiques.

Le problème est que les pratiques n'étaient pas expressément autorisées, que les interdits n'étaient pas précisés. Afin d'éviter que certains adeptes de cette chasse soient verbalisés et d'autres pas, le groupe de travail a décidé de l'autoriser.

Je me suis donc inspiré des propositions du groupe de travail

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. M. le rapporteur semblait gêné de présenter cet amendement qui vise à insérer, dans le schéma départemental de gestion cynégétique, des prescriptions relatives à la chasse à tir du gibier d'eau à l'agrainée.

Cette chasse, je le souligne, est actuellement interdite pour tous les gibiers. C'est pourquoi je suis très réservé sur le principe même d'admettre le tir à proximité des postes d'agrainage. Cette pratique présente un aspect choquant dans la mesure où le gibier est très désavantagé par rapport au chasseur.

Là encore il s'agit d'une question d'éthique. L'image de la chasse risque, peut-être plus encore qu'avec l'utilisation d'instruments électroniques, d'être sensiblement atteinte par ces pratiques. C'est pourquoi je suis défavorable à cet amendement.

M. le président. La parole est à M. Alain Vasselle, pour explication de vote.

M. Alain Vasselle. Il s'agit d'un sujet extrêmement délicat, qu'il n'est pas facile de réglementer.

M. le rapporteur a fait référence à quelques pratiques de chasse en usage dans certains départements français en donnant le sentiment qu'elles étaient exceptionnelles.

Il faut être nuancé. Pour ma part, je ne suis pas persuadé que, demain, les agents des offices nationaux de la chasse qui effectueront les contrôles auront une interprétation souple du dispositif mis en oeuvre. Or, une interprétation stricte risquerait de condamner la plupart des territoires de chasse sur lesquels on agraine quotidiennement les canards colverts qui vivent sur les étangs.

Si la disposition était adoptée, plus aucune chasse qui élève des colverts sur ses étangs ne pourra continuer l'agrainage quotidien et assurer l'alimentation de ces animaux qui, pour la plupart, dépendent complètement de cet apport de cette nourriture.

Les colverts ne sont pas des oiseaux migrateurs comme les autres. Autant j'entends que cette disposition puisse s'appliquer à des oiseaux migrateurs de passage, autant les colverts sont dans une situation particulière, liée d'ailleurs à la nature même de leur statut. Or, pour le moment, le colvert est assimilé aux autres oiseaux migrateurs.

Je crains que l'adoption de cette disposition ne provoque de nombreuses levées de boucliers de la part des chasseurs d'oiseaux migrateurs.

Monsieur le ministre, allez voir ce qui se passe dans une région proche de chez vous, en Sologne ! Si cette disposition est adoptée, demain, vous pourrez verbaliser tous les territoires de chasse qui existent en Sologne et qui élèvent des canards. Actuellement, il ne reste en Sologne que le grand gibier, les grandes pattes, le sanglier et le canard. Le reste est constitué de chasses artificielles, de gibiers lâchés et de gibiers d'élevage.

La rédaction de M. le rapporteur est empreinte de sagesse. Elle permettra de définir une réglementation au plan départemental, avec le préfet et toutes les autorités concernées. L'élaboration du schéma départemental se fera avec les chasseurs, mais aussi avec le maximum de personnes possible afin de recueillir un consensus sur la gestion des populations d'animaux, notamment de la petite faune.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'intervention de M. Vasselle me permet de préciser que la chasse à l'agrainée est également pratiquée dans certaines zones humides intérieures de notre pays, notamment en Sologne, en Camargue, dans les Dombes ou dans le Forez.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 83.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 84, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Compléter in fine le IV de cet article par deux alinéas ainsi rédigés 

° bis Après le 4° est inséré un alinéa ainsi rédigé :

"5° Les dispositions permettant d'atteindre l'équilibre agro-sylvo-cynégétique."

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement reprend un sujet que nous avons déjà abordé longuement sur l'équilibre agro-sylvo-cynégétique.

Monsieur le ministre, ce que j'ai supprimé tout à l'heure, je le réintroduis maintenant.

Notre souci est de veiller à l'équilibre du schéma départemental. L'important est que tout le monde soit présent lors de l'élaboration d'un schéma, les propriétaires forestiers comme les autres acteurs, monsieur Gaillard.

L'ajout de cet alinéa : « les dispositions permettant d'atteindre l'équilibre agro-sylvo-cynégétique » permettra au préfet de refuser d'avaliser le schéma départemental si des mesures y figurant sont déséquilibrées ou peuvent se révéler menaçantes pour la forêt. Il pourra demander aux acteurs concernés de revoir leur copie et de lui soumettre de meilleures propositions pour atteindre l'équilibre agro-sylvo-cynégétique.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Eu égard à mes prises de positions antérieures, je suis favorable à cet amendement.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 84.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'amendement n° 85, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Supprimer le troisième alinéa du texte proposé par le VIII de cet article pour l'article  L 425-4 du code de l'environnement

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement de pure forme qui vise à renvoyer les dispositions propres à l'équilibre sylvo-cynégétique à la fin de l'article L.425-4 du code de l'environnement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement ne peut qu'être défavorable à cet amendement.

Je comprends l'objectif rédactionnel de M. le rapporteur : il souhaite réorganiser et clarifier l'ordre des alinéas de cet article et distinguer entre l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et l'équilibre sylvo-cynégétique. Sa proposition améliore la lisibilité du code de l'environnement.

Toutefois, cette nouvelle rédaction pose un problème de fond.

La référence à la régénération des habitats forestiers sans recourir à des protections artificielles est supprimée, ce qui pose un problème de fond.

Cette suppression dénature le consensus équilibré qui a été trouvé lors des débats en première lecture à l'Assemblée nationale.

Je sais qu'il s'agit d'un sujet sensible pour tous les forestiers et j'ai en mémoire les débats qui ont eu lieu dans cette enceinte sur le projet de loi relatif à la forêt, en 2001. Le Sénat avait alors adopté un compromis permettant le renouvellement naturel ou artificiel des peuplements forestiers sans protection particulière.

Les dégâts forestiers du grand gibier, en constante augmentation, sont provoqués à 95 % par les chevreuils et par les cerfs. Les pertes économiques sur les peuplements forestiers sont liées aux retards, voire à l'impossibilité de régénération et de croissance des arbres et à la dégradation de la qualité des bois. A cela s'ajoutent les surcoûts importants des boisements et régénérations occasionnés notamment pas la nécessité de recourir à des protections.

Le montant total des dégâts est impossible à chiffrer. Un expert de la Fédération nationale des chasseurs a indiqué que la facture de l'indemnisation des dégâts de gibier passerait de 22 à 60 millions d'euros si les dégâts forestiers étaient pris en compte. Si le montant du préjudice subi est difficile, voire impossible, à évaluer, l'ampleur du problème est cependant incontestable.

Le renouvellement des peuplements forestiers est une condition fondamentale du développement durable de la forêt. Les sylvicultures mises en oeuvre en forêt publique et en forêt privée s'inscrivent dans le cadre d'orientations régionales forestières, établies en concertation avec l'ensemble des acteurs du monde rural.

Or, dans bien des cas, la régénération naturelle ou artificielle des peuplements forestiers est compromise par une pression excessive du gibier, obligeant le propriétaire forestier à protéger, à ses frais, les régénérations, ce qui pour le chevreuil conduit à doubler environ le coût de la plantation et pour le cerf à le quadrupler.

De plus, le recours aux protections constitue une artificialisation du milieu. L'engrillagement généralisé des jeunes peuplements, dans le cas des régénérations naturelles, contribue non seulement à cloisonner le territoire, mais aussi à soustraire les zones de gagnage les plus intéressantes pour le grand gibier, accroissant ainsi la pression des animaux sur les parcelles non protégées et occasionnant une perte de biodiversité.

La volonté du Gouvernement n'est pas d'éradiquer les populations d'ongulés. Il souhaite concilier la présence d'une faune abondante et variée avec le développement d'activités agricoles et forestières économiquement rentables. Nous sommes au coeur de l'équilibre entre agriculture, forêt et chasse. Or cet équilibre n'est pas atteint aujourd'hui pour bon nombre de propriétaires forestiers, notamment pour ceux qui ne tirent pas de revenus de l'exercice de la chasse. C'est bien le problème qui est posé.

Pour cette raison, le Gouvernement est défavorable à une définition de l'équilibre sylvo-cynégétique qui ne fait pas référence à la régénération des peuplements forestiers sans le recours aux protections artificielles.

C'est pourquoi j'émets un avis défavorable sur cet amendement qui ne me semble pas simplement rédactionnel.

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur le président, mes explications vaudront aussi pour l'amendement n° 87 rectifié.

Monsieur le ministre, vous dites ne pas être favorable à l'éradication complète. Il s'agit, je le rappelle, d' « assurer une régénération sans protection artificielle ». Je ne sais pas comment on pourrait y parvenir sans éradication.

Soyons clairs : sans protection artificielle, il ne faudrait pas qu'il y ait plus de quatre chevreuils et un cerf sur cent hectares.

En d'autres termes, le respect d'un tel équilibre nous obligerait à prendre demain, sur tous les massifs forestiers, des mesures radicales pour obtenir cette densité de gros gibiers.

Nous étions parvenus à un accord voilà deux ans. J'ai repris la définition du code forestier. J'en ai même renforcé la portée dans le sens que souhaitaient les propriétaires forestiers en prévoyant que cet équilibre devait permettre une régénération des peuplements forestiers dans des conditions économiques satisfaisantes pour le propriétaire, en tenant compte des parcelles régénérées.

Certes, cet amendement ne leur donne pas entière satisfaction puisqu'ils souhaitaient le maintien de cet alinéa. Mais on ne pourra pas parvenir à un équilibre de cette manière.

M. Jean-Louis Carrère. C'est incompatible avec le maintien des peuplements.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Tout à fait ! C'est pourquoi je considère que ce n'est pas raisonnable. Pourquoi revenir sur un accord acquis voilà deux ans ?

Toutes les mesures figurant aux articles L.425-7 et L.425-10 à L.425-12 renforcent l'obligation de parvenir à cet équilibre. Elles vont donc dans le sens d'une protection réelle de la forêt.

Je connais bien les problèmes de la forêt, probablement autant que ceux de la chasse, puisque c'est un secteur dans lequel je possède aussi des intérêts puisque je suis propriétaire avec mes frères et soeurs d'une petite forêt. Mais mon action n'est pas guidée par des intérêts personnels. Je ne souhaite pas au travers de mes propositions remettre en cause demain cet équilibre. Je crois que celui que l'on a trouvé n'est pas si mauvais.

Le dispositif, si nous l'adoptons, est très sévère pour les chasseurs. Celui qui n'aura pas rempli son plan de chasse devra ainsi participer au financement d'une indemnité, notamment de protection. Celui qui n'aura pas rempli ses minima auxquels il était fait allusion tout à l'heure sera également concerné.

L'année après l'instauration du nouvel équilibre, le propriétaire forestier, quel qu'il soit, y compris celui que je considère comme le plus brimé dans l'ensemble de ce montage, c'est-à-dire celui qui est propriétaire, mais qui ne possède pas le droit de chasse dans sa propre forêt, aura dorénavant le droit de demander son plan de chasse. Il pourra dans tous les cas faire en sorte que le plan de chasse de ceux qui chassent chez lui soit beaucoup plus important.

Autrement dit, si jamais on s'aperçoit l'année suivant l'instauration de ce nouvel équilibre qu'il existe des massifs dans lesquels un déséquilibre perdure, un rattrapage pourra avoir lieu.

Les chasseurs doivent être conscients que ce dispositif est très sévère pour eux. Certains d'entre eux vont souffrir, et c'est nécessaire, parce que la densité de gros gibier est beaucoup trop forte dans certains massifs français. Compte tenu de l'équilibre d'ensemble qui est proposé dans ce texte qui me semble bon, monsieur le ministre, je trouve totalement déraisonnable la mention d'une régénération sans protections artificielles.

J'y suis, bien sûr, hostile. C'est la raison pour laquelle je propose la suppression de cette mention et une nouvelle définition dans l'amendement n° 87, qui, je crois, n'est pas trop mauvaise.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 85.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 86 présenté par M. Poniatowksi au nom de la Commission des Affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le quatrième alinéa du texte proposé par le VIII de cet article pour l'article  L. 4254 du code de l'environnement :

« L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection et de dispositifs de dissuasion ainsi que le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés. La recherche de pratiques et de systèmes de production prenant en compte la présence de la faune sauvage y contribue.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement a déjà été défendu.

M. le président. Le sous-amendement n° 483 présenté par M. Gaillard, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit la dernière phrase de l'amendement n°86 :

La recherche de pratiques et de systèmes de production prenant en compte à la fois les objectifs de production des gestionnaires des habitats agricoles et forestiers et la présence de la faune sauvage y contribue.

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Je retire cet amendement.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je le reprends, monsieur le président.

M. le président. Je suis donc saisi d'un sous amendement n° 483 rectifié, présenté par la commission.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je tiens également à défendre la propriété forestière dans cet équilibre, car j'estime qu'il faut aussi défendre la forêt. Je reprends ce sous-amendement et souhaite qu'il soit adopté.

M. le président. Le sous-amendement n° 954, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Compléter le texte proposé par l'amendement n° 86 pour le quatrième alinéa du texte proposé par le VIII de cet article pour l'article L. 425-4 du code de l'environnement par une phrase ainsi rédigée :

L'indemnisation mentionnée à l'article L. 426-1 peut contribuer à cet équilibre.

La parole est M. Serge Lepeltier, ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. Il est défendu, monsieur le président.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'avis de la commission est favorable.

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n°  483 rectifié.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 954.

(Le sous-amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 86, modifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 87 rectifié, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit l'avant-dernier alinéa du texte proposé par le VIII de cet article pour l'article  L.  425-4 du code de l'environnement:

« L'équilibre sylvo-cynégétique tend à permettre la régénération des peuplements forestiers dans des conditions économiques satisfaisantes pour le propriétaire, dans le territoire forestier concerné. Il prend en compte les principes définis à l'article L 1er du code forestier ainsi que les dispositions des orientations régionales forestières.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement a été défendu, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 88, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Supprimer le dernier alinéa du texte proposé par le VIII de cet article pour l'article  L. 425-4 du code de l'environnement.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement tend à supprimer le dernier alinéa du texte proposé par le VIII de l'article 58 pour l'article L 425-4, car il constitue ce que nous avons considéré comme une intrusion peu acceptable du préfet dans le mode d'élaboration des schémas de gestion cynégétique. Il est indiqué qu'il veille à la prise en compte optimale de cet équilibre lors de l'élaboration du schéma de gestion cynégétique.

Cela traduit en général un sentiment de défiance envers les chasseurs et les acteurs locaux qui n'a pas lieu d'être puisque la concertation prévue avec les représentants de la chambre d'agriculture et les représentants des intérêts forestiers sur le contenu du schéma condamne en quelque sorte les protagonistes à réussir.

En outre, comme le prévoit la rédaction de l'article L. 425-1, le schéma départemental est approuvé, après avis du conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage, par le préfet, qui peut refuser de signer un document qu'il juge incomplet ou trop déséquilibré sur ce point.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Concernant l'amendement n° 88, le Gouvernement y est favorable. L'expression « prise en compte optimale » ne paraît pas judicieuse. Par ailleurs, le problème de la vérification par le préfet de la prise en compte de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique dans les schémas départementaux a été réglé avec l'adoption de l'amendement n° 84.

Concernant l'amendement n° 87 rectifié, l'avis est défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 87 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 88.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 89, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le texte proposé par le VIII de cet article pour l'article L 425-5 du code de l'environnement:

« Art. L 425-5. - L'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique. »

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. C'est le dernier amendement qui risque de poser problème. Il prévoit que l'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique.

Ces pratiques, que le texte veut interdire, ont un objet bien précis, que je comprends et que je défends. Des abus ont été commis. Certains chasseurs se trouvant sur des territoires en général peu étendus ont pu pratiquer l'agrainage ou l'affouragement pour tenter d'attirer le gibier de leurs voisins. C'est un comportement qui n'est pas admissible lorsque l'on est un chasseur qui se respecte. L'agrainage est tellement abusif dans certains endroits que ce n'est plus de la chasse, mais de l'élevage. L'objectif est donc bien d'interdire ces abus.

En le supprimant, on crée un autre danger, autrement plus important. Les dégâts provoqués par le gros gibier seraient de plus en plus importants. Observez dans vos départements respectifs ce que chaque fédération départementale dépense chaque année pour indemniser les dégâts agricoles.

L'agrainage a lieu au moment des semis et des récoltes, c'est-à-dire au moment où les risques de dégâts causés par le gibier sont les plus grands. Il existe, en effet, des chasseurs qui donnent une mauvaise image de la chasse en agrainant d'une manière intense pendant toute la période de la chasse. Il faut sanctionner ces chasseurs.

Mais interdire purement et simplement l'agrainage et l'affouragement, c'est de la folie furieuse. Demain, si on l'interdit, les dégâts dus au gros gibier vont se multiplier !

C'est la raison pour laquelle, monsieur le ministre, je propose de l'autoriser avec un bémol astucieux. Ainsi, cet amendement prévoit que l'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma départemental de gestion cynégétique.

Pourquoi viser le schéma départemental ? Dans chaque département, les fédérations de chasse sont composées à 95% des gens sérieux, qui connaissent bien leur territoire et qui veulent donner de la chasse une bonne image. Ils connaissent notamment dans leur département leurs « brebis galeuses ».

Dans un schéma départemental, il est tout à fait possible de prendre une série de mesures restrictives. On peut préciser que l'agrainage et l'affouragement sont totalement interdits, par exemple, dans un massif périurbain, ou qu'ils ne sont autorisés que pendant les semis, période à laquelle je faisais allusion tout à l'heure. On peut aussi indiquer que ces pratiques sont interdites aux sociétés de chasse dotées d'un territoire de chasse trop petit, pour éviter les abus auxquels je faisais allusion tout à l'heure.

Voilà pourquoi, mes chers collègues, je propose l'inverse de la mesure qui est proposée. Il ne s'agit surtout pas d'interdire l'agrainage et l'affouragement brutalement du jour au lendemain, car ils se pratiquent partout.

Si vous les supprimez, les chasseurs vont être vent debout, et je les comprendrais tout à fait. La barrière de protection que je mets en disant que ces pratiques seront définies dans le schéma départemental est une manière d'éviter les abus.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le texte tel qu'il est présenté n'interdit pas l'agrainage, il l'encadre. Il n'est pas question de l'interdire. Car, comme le dit le rapporteur, cela aurait des conséquences très difficiles. Mais ce qui nous est proposé par le rapporteur est de l'organiser par le biais du schéma départemental, alors que le projet de loi prévoit que le préfet met en place la réglementation de ces pratiques.

La pratique régulière de l'agrainage et de l'affouragement maintient des populations de grand gibier au-delà des capacités d'accueil des habitats. Au fil des années, ces pratiques entraînent des surpopulations constatées dans de très nombreuses situations avec des conséquences dramatiques pour la collectivité. L'agrainage et l'affouragement ont pour effet la concentration d'animaux, augmentant le risque de propagation des épizooties.

Enfin, l'impact de ces concentrations ponctuelles sur le milieu naturel et sur la diversité biologique est important.

Compte tenu de ces éléments, il est important de confirmer le caractère exceptionnel des pratiques d'agrainage et d'affouragement. Le risque est qu'elles deviennent tout à fait habituelles. Ces pratiques doivent être réservées au soutien des populations naturelles, au repeuplement des petits gibiers, à la protection des cultures en période sensible et à la survie du gibier en cas de circonstances climatiques exceptionnelles.

La notion de période sensible correspond à une réalité de terrain, comme le texte le prévoit, et peut être facilement précisée dans le cadre des schémas départementaux de gestion cynégétique en fonction des pratiques agricoles départementales.

C'est pourquoi je crois utile de maintenir les pouvoirs du préfet pour autoriser ces pratiques, et de les encadrer par des conditions précises dans l'intérêt même des chasseurs sur lesquels repose la charge de l'indemnisation des dégâts causés.

C'est pourquoi je suis défavorable à l'amendement de la commission.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 89.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 255 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Sido,  Valade,  Vinçon,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Dans le deuxième alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-6 du code de l'environnement, après les mots :

pour une période qui peut être de trois ans et révisable annuellement ;

insérer les mots :

la commission départementale d'indemnisation des dégâts de gibier visée à l'article L.426-5, compétente pour examiner les demandes de plan de chasse pour le grand gibier est complétée par trois représentants des organisations représentatives des propriétaires forestiers dans le département ;  

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Cet amendement est symétrique à celui qui a été présenté tout à l'heure sur les plans de chasse.

Il s'agit des commissions d'indemnisation des dégâts de gibier où nous, propriétaires forestiers, souhaitons être représentés. Nous prévoyons trois représentants. C'est une précision plutôt d'ordre réglementaire, me rétorquera-t-on. Je suis d'accord pour que cela soit renvoyé au décret, mais le principe doit tout de même être acté.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cette présence me semble moins justifiée que dans la situation évoquée par l'amendement précédent, puisqu'il s'agit malgré tout de dégâts agricoles.

Cela dit, je suis favorable sur le principe à la demande de notre collègue Yann Gaillard. Mais il s'agit là d'une précision relevant du domaine réglementaire, monsieur le sénateur.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. En effet, la composition de cette commission pourrait être revue au niveau réglementaire pour tenir compte de l'attente formulée par les auteurs de l'amendement.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. Je le retire, monsieur le président.

M. le président. L'amendement n° 255 rectifié est retiré.

L'amendement n° 90, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans la seconde phrase du dernier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-6 du code de l'environnement, après le mot : 

départementales

insérer les mots :

ou interdépartementales

la parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement purement rédactionnel, monsieur le président.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Avis favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n  90.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 256 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Valade,  Vinçon,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Après les mots :

ce dernier ne loue pas son droit de chasse,

rédiger comme suit le deuxième alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-7 du code de l'environnement :

le titulaire du droit de chasse informe de sa demande de plan de chasse individuel, le ou les propriétaires du territoire ou leurs mandataires qui le souhaitent. Ces derniers peuvent alors faire connaître leur désaccord éventuel et formuler leur propre demande de plan de chasse.

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Il s'agit de prévoir l'information du propriétaire par le titulaire du droit de chasse. Je crois d'ailleurs que le rapporteur s'est montré tout à l'heure favorable à cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement participe à l'équilibre d'ensemble de cet article 58. L'avis est donc favorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 256 rectifié.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'amendement n° 388, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Dans la première phrase du dernier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 4257 du code de l'environnement, remplacer les mots :

prévue au 15° de l'article 1er de la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales

par les mots :

de propriétaires

La parole est à M. Serge Lepeltier, ministre.

M. Serge Lepeltier, ministre. L'ordonnance portant actualisation, simplification et clarification des dispositions applicables aux associations syndicales de propriétaires, en cours d'élaboration dans le cadre de la mise en oeuvre de l'article 12 de la loi du 2 juillet 2003 habilitant le Gouvernement à simplifier le droit prévoit l'abrogation de la loi du 21 juin 1865 relative aux associations syndicales.

Il apparaît donc nécessaire de supprimer la référence à cette loi et, pour lever toute incertitude quant au statut de l'association syndicale libre évoquée dans cet article, de préciser expressément que l'association syndicale libre en question est une association syndicale libre de propriétaires. Cette précision rend inutile la référence à l'ordonnance.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission est tout à fait favorable à cette correction technique.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 388.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 257 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Gruillot,  Moinard,  Valade,  Vinçon,  Émin,  Cazalet,  Fournier,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Avant le texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 42510 du code de l'environnement, insérer un alinéa ainsi rédigé :

Le préfet met en place des dispositifs de marquage et de contrôle adaptés afin d'être informé des conditions d'exécution de chaque plan de chasse dans le département

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Il s'agit de la mise en place de dispositifs de marquage pour contrôler le respect des plans de chasse.

Ces dispositions ont peut-être un caractère extra-législatif. Nous serions favorables à ce qu'elles soient prises par voie réglementaire.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Sur le fond, la commission est tout à fait favorable à cette mesure. Mais, monsieur Gaillard, je vous signale que l'article R. 225-10 résultant de l'article 3 du décret du 5 août 1994 prévoit un dispositif totalement identique, et même plus détaillé. Il est donc inutile de prévoir le même dispositif au niveau législatif.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement a le même avis que la commission. Les dispositions prévues par cet amendement existent déjà au niveau réglementaire.

M. le président. Monsieur Gaillard, l'amendement n° 257 rectifié est-il maintenu ?

M. Yann Gaillard. Non, monsieur le président, je le retire.

M. le président. L'amendement n° 257 rectifié est retiré.

L'amendement n° 91, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-10 du code de l'environnement, remplacer les mots :

objectifs du plan de gestion

par les mots :

objectifs du plan de chasse

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Le paragraphe IX de l'article 58 du projet de loi complète les dispositions du code relatives au plan de chasse et à son exécution en prévoyant une série de dispositions lorsque l'équilibre agro-sylvo-cynégétique est menacé ou perturbé.

L'amendement proposé apporte une précision : le niveau des populations de gibier souhaité doit être compatible avec les objectifs du plan de chasse. A notre avis, le terme « plan de gestion » n'est pas approprié. C'est la raison du dépôt de cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Cet amendement rétablit une rédaction cohérente. Le Gouvernement y est donc favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 91.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'amendement n° 420 rectifié bis, présenté par MM. Charasse et  Carrère, est ainsi libellé :

Dans le premier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 42511 du code de l'environnement, après les mots :

qui lui est attribué

insérer les mots :

et sauf en cas de force majeure

La parole est à M. Jean-Louis Carrère.

M. Jean-Louis Carrère. Il s'agit de l'exécution d'un plan de chasse. Si le bénéficiaire d'un plan de chasse s'est trouvé dans l'impossibilité absolue de chasser, il doit en être tenu compte pour le calcul des sommes susceptibles d'être mises à sa charge.

C'est pour cela que nous demandons l'insertion des mots : « et sauf en cas de force majeure ».

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission a jugé cette précision tout à fait judicieuse puisque le bénéficiaire d'un plan de chasse ne peut être considéré comme responsable, notamment en cas de tempête, de période de neige ou de gel de grande durée interdisant la pratique de la chasse.

La commission émet donc un avis favorable. Mais soyons vigilants. Si les termes « force majeure » s'applique aux cas que je viens de citer, ne va-t-il pas en viser d'autres qui poseront un problème ?

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'intérêt de cet amendement est indéniable puisqu'il peut s'appliquer à un certain nombre de situations analogues à celles que le défenseur de l'amendement a évoquées.

Toutefois, le cas de force majeure justifiant l'exonération de la responsabilité financière du bénéficiaire du plan de chasse n'est pas précisément défini. Cela peut poser un problème. Donc, les conditions de modification du plan de chasse au cours de la campagne seront fixées plutôt par voie réglementaire.

C'est pourquoi je sollicite le retrait de cet amendement. A défaut, j'émettrai un avis défavorable.

M. le président. Monsieur Carrère, l'amendement n° 420 rectifié bis est-il maintenu ?

M. Jean-Louis Carrère. Non, monsieur le président, je le retire.

M. le président. L'amendement n° 420 rectifié bis est retiré.

L'amendement n° 661, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier,  Terrade et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

Dans le premier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 42511 du code de l'environnement, remplacer les mots :

couverture des

par les mots :

participation aux

La parole est à M. Gérard Le Cam

M. Gérard Le Cam. Les amendements n°s 660 et 661 vont dans le même sens que l'amendement précédent.

L'amendement n° 660 vise à ajouter des conditions supplémentaires renforçant la protection des bénéficiaires de plan de chasse en cas de demande de réparation des dommages par le propriétaire.

Cet amendement prévoit en effet que doit être prouvée une carence dans la bonne exécution du plan de chasse. Il s'agit de faire en sorte que la responsabilité financière des bénéficiaires de plan de chasse ne puisse leur être imputée qu'en cas de mauvaise exécution du plan de chasse.

L'amendement n° 661 vise également à ce que la responsabilité financière des bénéficiaires du plan de chasse ne puisse leur être que partiellement imputée.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. S'agissant de la mise en jeu de la responsabilité des bénéficiaires d'un plan de chasse qui n'exécutent pas leur minimum, il doit pouvoir être possible de moduler le montant de leur participation afin de tenir compte d'un certain nombre de circonstances. Par exemple, le système pourrait être progressif pour pénaliser les récidivistes.

Néanmoins, comme je l'ai dit à M. Le Cam en commission, je m'interroge sur les difficultés d'interprétation des termes « participation » et « couverture ». Le mot « couverture » sous-entendrait la totalité des frais supportés, alors que le mot « participation » signifierait seulement un certain pourcentage.

La commission s'en remet à la sagesse du Sénat sur l'amendement n° 661.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. La responsabilité du bénéficiaire du plan de chasse doit être engagée lorsqu'il ne prélève pas le nombre minimum d'animaux qui lui est attribué.

J'observe que, si l'auteur de l'amendement propose une atténuation de la responsabilité du bénéficiaire, il ne précise pas sur quoi elle serait fondée.

Même si l'on comprend l'esprit de cet amendement, il est tout de même assez difficile de l'approuver. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement émet un avis défavorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 661.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. L'amendement n° 320, présenté par Mme Blandin, est ainsi libellé :

Supprimer le deuxième alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-11 du code de l'environnement.

Cet amendement n'est pas soutenu.

Je suis saisi de trois amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 92, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Supprimer le dernier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 425-11 du code de l'environnement.

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. L'article L. 425-11 du code de l'environnement est fondamental, car il prévoit la possibilité de mettre en cause la responsabilité financière du bénéficiaire du plan de chasse pour la couverture des frais d'indemnisation et de prévention des dégâts de gibier lorsque le minimum d'animaux fixé par le plan de chasse n'a pas été prélevé.

Ayant considéré que le dispositif trop imprécis pouvait conduire à engager la responsabilité des bénéficiaires de plan de chasse pour des dépenses non actuellement prises en charge par les fédérations, l'Assemblée nationale a précisé le premier alinéa de l'article pour rester dans le champ d'application de l'indemnisation administrative, à savoir les cultures et récoltes agricoles.

Le Gouvernement a fait adopter un dispositif complémentaire. Il s'adresse aux seuls propriétaires forestiers qui peuvent demander réparation des dommages subis au bénéficiaire du plan de chasse n'ayant pas prélevé le nombre minimum d'animaux.

De fortes interrogations apparaissent quant à la portée de ce dernier alinéa. S'agit-il d'un nouveau régime juridique inédit étranger à l'indemnisation et à la réparation prévue par la loi de 1937, voire au régime de responsabilité des articles 1381 à 1384 du code civil sur le fondement desquels les propriétaires forestiers peuvent d'ores et déjà obtenir réparation d'un préjudice ?

Cette procédure a-t-elle un caractère administratif ou judiciaire ? Selon quelles modalités s'exercera ce nouveau droit ? Se pose également la question de l'évaluation des dégâts sylvicoles. Le projet de loi ne répond pas à ces interrogations, ce qui est difficilement acceptable.

C'est pourquoi nous avons proposé de supprimer le dernier alinéa du texte proposé par le IX de l'article 58 pour l'article L.425-11 du code de l'environnement et d'en rester, s'agissant des sylviculteurs, au dispositif proposé à l'article L. 425-12 que j'évoquais tout à l'heure. Lorsque l'équilibre sylvo-cynégétique est fortement perturbé, le propriétaire peut demander le remboursement de tout ou partie des dépenses de protection indispensables qu'il a engagées. Il peut se retourner soit contre le bénéficiaire du plan de chasse, soit contre l'Etat.

M. le président. L'amendement n° 876, présenté par MM.  Charasse et  Carrère, est ainsi libellé :

Dans le dernier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 42511 du code de l'environnement, après les mots :

du plan de chasse qui

insérer les mots :

, sauf en cas de force majeure,

La parole est à M. Jean-Louis Carrère.

M. Jean-Louis Carrère. Il a été défendu.

M. le président. L'amendement n° 660, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier,  Terrade et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

Compléter le dernier alinéa du texte proposé par le IX de cet article pour l'article L. 42511 du code de l'environnement par les mots :

et lorsqu'il est prouvé une carence dans la bonne exécution du plan de chasse

La parole est à M. Gérard Le Cam

M. Gérard Le Cam. Il a été défendu.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. La commission n'est pas défavorable à l'amendement n° 876. Si l'amendement n° 92 est adopté, ce que j'espère, cet amendement deviendra sans objet.

La commission est défavorable à l'amendement n° 660.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement est défavorable aux amendements n°s 876 et 660.

L'amendement n° 92 pose un problème de principe. Il s'agit de l'indemnisation des propriétaires forestiers en cas de dégâts sylvicoles. Comme je le disais tout à l'heure, les dégâts forestiers du grand gibier sont en constante augmentation. Si le montant total des dégâts est impossible à chiffrer, l'ampleur du problème est cependant incontestable.

L'indemnisation administrative de ces déprédations était systématiquement refusée au double motif qu'il n'était pas prévu de financement dans ce but et que les arbres forestiers ne constituaient pas une « récolte ». Cette position avait été battue en brèche par un arrêt de la Cour de cassation du 24 octobre 1990.

Comme l'a rappelé tout à l'heure M. le rapporteur, l'amendement déposé par le Gouvernement à l'Assemblée nationale n'a pas pour objectif d'intégrer les dégâts sylvicoles dans le système d'indemnisation administrative financé par les fédérations départementales.

La victime d'un dégât peut obtenir réparation en mettant en oeuvre le dispositif d'indemnisation judiciaire fondé sur la responsabilité civile.

La disposition sur le plan de chasse a plusieurs mérites : elle incite le détenteur du droit de chasse à veiller à assurer la régulation des populations de grand gibier sur le fonds concerné ; elle invite l'administration à accorder un plan de chasse suffisant et à fixer un minimum ; elle conduit la fédération départementale des chasseurs à rappeler à ses adhérents la responsabilité qui leur incombe en tant que gestionnaire de la faune sauvage ; enfin, elle rappelle au propriétaire qu'il doit administrer correctement son bien.

Une telle démarche, qui concerne en premier lieu les fonds forestiers, servira également les intérêts agricoles en rendant sa pleine efficacité au plan de chasse et évitera l'intervention de l'Etat par des battues administratives.

Enfin, cela permettra de mettre chacun devant ses responsabilités et d'apaiser le climat des relations entre agriculteurs, forestiers et chasseurs sur un sujet sensible.

En cas de contentieux, il incombe au plaignant d'apporter la preuve que le bénéficiaire du plan de chasse n'a pas réalisé le minimum. Cette contrainte impose la mise en oeuvre de procédures de contrôle de la bonne exécution des plans de chasse de la part de l'autorité administrative comme cela est prévu dans le code de l'environnement. Le préfet peut instituer, sur tout ou partie d'un département, l'obligation pour les titulaires d'un plan de chasse de présenter à un agent de l'Etat ou de ses établissements publics tout ou partie de l'animal prélevé.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement est défavorable à l'amendement n° 92. Il préfère que l'on revienne à la rédaction adoptée par l'Assemblée nationale.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 92.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. En conséquence, les amendements nos 876 et 660 n'ont plus d'objet.

L'amendement n° 258 rectifié, présenté par MM. Gaillard,  Joly,  Leroy,  François,  Jarlier,  Badré,  Cazalet,  Émin,  Fournier,  Gruillot,  Moinard,  Mouly,  Valade,  Vinçon,  César,  Grillot,  Hérisson,  du Luart,  Vasselle et  Vial, est ainsi libellé :

Compléter cet article par un paragraphe ainsi rédigé :

... - Dans la troisième phrase du premier alinéa de l'article L. 222-1 du code forestier, les mots : « de l'article L. 4252 » sont remplacés par les mots : « du troisième alinéa de l'article L. 4256 »

La parole est à M. Yann Gaillard.

M. Yann Gaillard. Il s'agit d'un amendement rédactionnel.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Favorable.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 258 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'article 58, modifié.

(L'article 58 est adopté.)

Art. 58 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 59 (priorité)

Article additionnel après l'article 58 (priorité)

M. le président. L'amendement n° 901, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Après l'article 58, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Au chapitre V du titre II du livre IV du code de l'environnement, il est inséré une section 5 ainsi rédigée :

« Section 5 - Plan de gestion

« Art. L. ... - Sur proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, le préfet inscrit, dans l'arrêté annuel d'ouverture ou de fermeture de la chasse, les modalités de gestion d'une ou de plusieurs espèces de gibier lorsque celles ci ne relèvent pas de la mise en oeuvre du plan de chasse. »

L'amendement n° 955 rectifié, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Après l'article 58, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après la section 4 du chapitre V du titre II du livre IV du code de l'environnement, il est inséré une section 5 ainsi rédigée :

« Section 5

« Plan de gestion cynégétique

« Art. L. 425-15. - Le plan de gestion cynégétique est élaboré par un ou plusieurs détenteurs de droits de chasse. Il est approuvé par le préfet après avis de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs.

« Il définit les objectifs et les moyens nécessaires à la protection, à l'amélioration et à l'exploitation rationnelle de la population d'une ou de plusieurs espèces et de son habitat.

« Dans son arrêté annuel d'ouverture de la chasse, le préfet peut prendre des dispositions particulières pour les territoires couverts par le plan de gestion cynégétique. »

M. le président. La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur, pour défendre l'amendement n° 901.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je me rallie à l'amendement n° 955 rectifié que propose le Gouvernement, bien qu'il y ait une petite différence entre les deux textes.

L'important est d'introduire dans la législation le plan de gestion pour le petit gibier. Je fais une proposition, vous en faites une autre, monsieur le ministre, qui est légèrement différente.

Pour ma part, je m'appuie sur les fédérations de chasse, tandis que vous prévoyez que ce plan de gestion cynégétique puisse être élaboré par un ou plusieurs détenteurs du droit de chasse. Ce n'est pas une mauvaise chose, car beaucoup de fédérations sont très sensibles au plan de chasse de petit gibier, alors que certaines le sont moins.

Je retire donc l'amendement n° 901 au profit de l'amendement n° 955 rectifié.

M. le président. L'amendement n°901 est retiré.

Je mets aux voix l'amendement n° 955 rectifié.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 58.

Art. additionnel après l'art. 58 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 60 (priorité)

Article 59 (priorité)

I. - La section 1 du chapitre VI du titre II du livre IV du code de l'environnement est ainsi modifiée :

1° Son intitulé est ainsi rédigé : « Procédure non contentieuse d'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier aux cultures et aux récoltes agricoles » ;

2° L'article L. 426-1 est ainsi rédigé :

« Art. L. 426-1. - En cas de dégâts causés aux cultures ou aux récoltes agricoles soit par les sangliers, soit par les autres espèces de grand gibier provenant d'une réserve où ils font l'objet de reprise ou d'un fonds sur lequel a été exécuté un plan de chasse, l'exploitant qui a subi un préjudice peut en réclamer l'indemnisation à la fédération départementale des chasseurs. » ;

3° L'article L. 426-3 est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Dans le cas où le montant du préjudice déclaré par l'exploitant est plus de dix fois supérieur à celui de l'indemnité avant abattement, les frais d'expertise sont déduits de cette indemnité. » ;

4° L'article L. 426-5 est ainsi modifié :

a) La dernière phrase du premier alinéa est remplacée par quatre phrases ainsi rédigées :

« Une commission nationale d'indemnisation fixe chaque année, pour les principales denrées, les valeurs minimale et maximale des prix à prendre en compte pour l'établissement des barèmes départementaux. Elle fixe également, chaque année, aux mêmes fins, les valeurs minimale et maximale des frais de remise en état. Lorsque le barème adopté par une commission départementale ne respecte pas les valeurs ainsi fixées, la commission nationale d'indemnisation en est saisie et statue en dernier ressort. Elle peut être saisie en appel des décisions des commissions départementales. » ;

b) La dernière phrase du deuxième alinéa est supprimée ;

c) Le troisième alinéa est ainsi rédigé :

« Afin d'assurer le financement de l'indemnisation des dégâts de grand gibier, la fédération départementale des chasseurs peut exiger de certaines catégories d'adhérents des participations particulières. Celles-ci prennent la forme soit d'une participation personnelle de l'adhérent, soit d'une participation par animal à tirer d'espèce de grand gibier, soit de ces deux types de participations. »

II. - A l'article L. 426-7 du même code, après les mots : « dommage causé » sont insérés les mots : « aux cultures et » et, à l'article L. 426-8, le mot : « cultivateurs » est remplacé par le mot : « exploitants ».

III. - A l'article L. 427-1 du même code, le mot : « nuisibles » est remplacé par les mots : « mentionnés aux articles L. 427-6 et L. 427-8 ».

IV. - Supprimé.

M. le président. L'amendement n° 645, présenté par M. Le Cam, Mme Beaufils, M. Coquelle, Mmes Didier,  Terrade et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le 2° du I de cet article pour l'article L. 4261 du code de l'environnement, après les mots :

l'exploitant

insérer les mots :

ou le particulier

La parole est à M. Gérard Le Cam.

M. Gérard Le Cam. A travers cet amendement, je souhaite simplement attirer l'attention sur le fait que les exploitants agricoles ne sont pas les seuls susceptibles de subir des préjudices liés à la chasse. De la même façon que cela existe en matière de dégâts causés aux récoltes, nous nous devons de prendre en compte les cas où les dégâts sont causés aux biens d'un particulier. De tels cas se sont déjà produits et je pourrais en citer des exemples. Il n'est pas normal que, dans de telles situations, rien ne soit prévu pour indemniser les victimes.

Mon amendement permet de traiter tous les citoyens de façon équitable et ne peut que les encourager à mettre leurs terres au service de la chasse ; sinon, c'est l'effet inverse qui risque de se produire.

Tel est l'objet de cet amendement, qui, à mon avis, est de bon sens.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Voilà deux ans, la commission avait émis un avis défavorable sur un amendement identique, monsieur Le Cam, et elle n'a pas changé d'avis.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. L'extension aux particuliers du bénéfice de l'indemnisation des dégâts causés aux récoltes serait extrêmement lourde pour les fédérations. Il n'est pas envisagé à l'heure actuelle d'indemniser plus que les activités économiques.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement est opposé à cet amendement.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n°645.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 902, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le 2° du I de cet article pour l'article L. 426-1 du code de l'environnement, remplacer les mots :

un préjudice

par les mots :

un dommage nécessitant une remise en état ou entraînant un préjudice de perte agricole

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Cet amendement tend à expliciter le sens à donner au terme « préjudice » sur la base duquel les fédérations des chasseurs doivent indemniser les agriculteurs pour les dégâts commis par le gros gibier et les sangliers. Quand il s'agit de cultures agricoles, qui est le terme ajouté par l'Assemblée nationale en première lecture, la fédération peut indemniser leur remise en état, par exemple, dans le cas d'une prairie retournée.

C'est la raison pour laquelle je propose de remplacer les mots : « un préjudice » par les mots : « un dommage nécessitant une remise en état ou entraînant un préjudice de pertes agricoles ».

L'amendement n° 421 rectifié, présenté par MM. Charasse et  Carrère, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le 2° du I de cet article pour l'article L. 426-1 du code de l'environnement, après les mots :

l'exploitant qui a subi un préjudice

insérer les mots :

causé sciemment par imprudence, négligence ou manque de précaution

La parole est à M. Jean-Louis Carrère

M. Jean-Louis Carrère. Si des animaux s'enfuient d'une réserve par suite d'un bris de clôture commis par des tiers cherchant ou à voler du gibier ou à pénétrer dans la réserve, il n'est pas équitable que le propriétaire des biens détruits soit tenu de supporter les conséquences financières des gestes commis par autrui.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Monsieur Carrère, en matière d'indemnités, il faut être prudent.

Vous avez raison sur un point : il n'est sans doute pas équitable que le propriétaire des biens détruits soit tenu de supporter les conséquences dans le cas de figure bien précis que vous évoquez, à savoir un bris de clôture. Mais il ne serait pas équitable non plus que celui qui a subi les dégâts, c'est-à-dire l'agriculteur, ne reçoive aucune indemnité.

Par conséquent, sur le principe, vous avez raison. Vous évoquez un cas de figure difficile, peut-être injuste, mais il serait encore plus injuste que l'agriculteur qui a subi des dégâts en fasse les frais. Tels sont les motifs pour lesquels la commission a émis un avis défavorable sur cet amendement.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. En ce qui concerne l'amendement n° 902, il est vrai que la remise en état des terres agricoles à la suite, par exemple, du retournement d'une prairie par des sangliers, constituait déjà un dommage pouvant faire l'objet d'une indemnisation par les fédérations. Toutefois, le fondement législatif de cette pratique était incertain. L'amendement n° 902 permettant de remédier à cette situation, le Gouvernement l'approuve.

Pour ce qui est de l'amendement n° 421 rectifié, le Gouvernement y est opposé, puisque le propriétaire est responsable des biens placés sous sa garde.

M. Jean-Louis Carrère. Je ne pense pas que vous gagnerez ...

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 902.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. L'amendement n° 421 rectifié est-il maintenu, monsieur Carrère ?

M. Jean-Louis Carrère. Non, monsieur le président, je le retire.

M. le président. L'amendement n° 421 rectifié est retiré.

L'amendement n° 93, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans le texte proposé par le 2° du I de cet article pour l'article L. 426-1 du code de l'environnement, après les mots :

fédération départementale

insérer les mots :

ou interdépartementale

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Il s'agit d'un amendement purement rédactionnel.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 93.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 559 rectifié, présenté par Mme Gourault, MM. J.L. Dupont et  Nogrix et Mme Férat, est ainsi libellé :

Compléter le texte proposé par le 2° de cet article pour l'article L. 426-1 du code de l'environnement par deux alinéas ainsi rédigés :

« En tout état de cause, l'indemnité fait l'objet d'un abattement proportionnel dont les taux sont fixés par décret en Conseil d'Etat.

« En outre, elle peut être réduite s'il est constaté que la victime des dégâts a, par un procédé quelconque, favorisé l'arrivée du gibier sur son fonds ou refusé les mesures de prévention qui lui auraient été proposées. »

La parole est à Mme Jacqueline Gourault.

Mme Jacqueline Gourault. Plusieurs fédérations départementales de chasseurs ont développé une politique de prévention des dommages de grand gibier. Toutefois, il peut arriver qu'un agriculteur refuse les mesures de prévention proposées, ce qui risque d'entraîner une augmentation des dommages subis par lui et par ses voisins.

Il n'est pas rare que les déclarations de dégâts soient majorées de façon abusive par rapport à la réalité exacte des dommages. Il en résulte que le coût de l'expertise est très lourdement majoré si, par exemple, le montant de l'indemnisation demandé provoque la venue sur les lieux d'un expert national.

En conséquence et en concertation avec les représentants du monde agricole, il est opportun, me semble-t-il, de « moraliser » le texte de loi. Il serait tout à fait anormal d'indemniser un agriculteur qui a lui-même contribué à la survenue de dommages. Tel est l'objet du présent amendement.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Sur la première partie de votre amendement, madame Gourault, je ne peux qu'être opposé au principe d'un abattement systématique.

S'agissant de la seconde partie, si l'amendement que je vais présenter dans quelques instants est adopté, vous aurez entièrement satisfaction.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Le Gouvernement partage l'avis de la commission.

M. le président. L'amendement est-il maintenu, madame Gourault ?

Mme Jacqueline Gourault. Non, monsieur le président, je le retire.

M. le président. L'amendement n° 559 rectifié est retiré.

L'amendement n° 903, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Après le 2° du I de cet article, insérer un 2° bis ainsi rédigé :

2° bis - Le troisième alinéa de l'article L. 426-3 est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Il en va de même lorsque la victime des dégâts a refusé les modes de prévention qui lui ont été proposés par la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs. »

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. Je vais en partie vous donner satisfaction, madame Gourault, puisque l'article L.426-3 du code de l'environnement précise d'ores et déjà que l'indemnisation des dégâts peut être réduite s'il est prouvé que la victime des dégâts a favorisé l'arrivée du gibier sur ses terres en pratiquant notamment des cultures de nature à l'attirer.

Il est proposé d'ajouter ici que l'indemnité puisse être réduite si l'agriculteur a refusé les mesures de prévention proposées par la fédération de chasse, par exemple, la pose d'une clôture.

En effet, il est anormal qu'un réclamant s'affranchisse de toute prévention lorsque les modalités, en l'occurrence une clôture, lui ont été proposées par la fédération de chasseurs, dont il convient de rappeler qu'elle a pour mission tant la prévention que l'indemnisation des dégâts.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 903.

(L'amendement est adopté à l'unanimité.)

M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 904, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Rédiger comme suit le c) du 4° du I de cet article :

c) Le troisième alinéa est remplacé par deux alinéas ainsi rédigés :

« Dans le cadre du plan de chasse mentionné à l'article L. 425-6, il est institué, à la charge des chasseurs de cerfs, daims, mouflons, chevreuils et sangliers, mâles et femelles, jeunes et adultes, une contribution par animal à tirer destinée à assurer une indemnisation aux exploitants agricoles dont les cultures ou les récoltes ont subi des dégâts importants du fait de ces animaux. Le montant de ces contributions est fixé par l'assemblée générale de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs sur proposition du conseil d'administration.

« Lorsque le produit des contributions visées à l'alinéa précédent ne suffit pas à couvrir le montant des dégâts à indemniser, la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs prend à sa charge le surplus de l'indemnisation. Elle en répartit le montant entre ses adhérents ou certaines catégories d'adhérents. Elle peut notamment exiger une participation personnelle des chasseurs de grand gibier et de sanglier ou une participation pour chaque dispositif de marquage ou une combinaison de ces deux types de participation. Ces participations peuvent être modulées en fonction des espèces de gibier, du sexe, des catégories d'âge, des territoires de chasse ou unités de gestion. »

La parole est à M. Ladislas Poniatowski, rapporteur.

M. Ladislas Poniatowski, rapporteur. En toute logique, puisque l'indemnisation des dégâts de gibier est désormais à la charge des fédérations de chasseurs, l'article 58 du projet de loi abroge l'article L.425-4 du code de l'environnement, qui instaurait au bénéfice de l'Etat une taxe par animal à la charge des chasseurs de grand gibier et qui servait au financement de la réparation des dégâts agricoles.

Il convient de transposer le dispositif actuel, qui est applicable aux chasseurs, et de l'inscrire à l'article L.426-5 du code de l'environnement qui rassemble désormais l'intégralité des dispositions relatives à la procédure et au financement de l'indemnisation des dégâts agricoles par les fédérations départementales des chasseurs.

Le premier niveau de financement est arrêté par l'assemblée générale de la fédération qui fixe le montant des contributions demandées aux chasseurs de sangliers et de grand gibier, dispositif qui succède aux taxes parafiscales précédentes, et le surplus de l'indemnisation qui doit être couvert par les fédérations résulte des participations que la fédération demande, soit à tous ses adhérents, soit à certaines catégories seulement.

Cette précision est importante, car, dans les fédérations à faible effectif, il pourra être nécessaire de faire supporter le surplus d'indemnisation par l'ensemble des adhérents, même si c'est un peu injuste. Quand il faut payer des dégâts, on va chercher l'argent là où il l'est et, malheureusement, de temps en temps, les dégâts de grand gibier seront également payés par des chasseurs de petit gibier dans les petits départements.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Les taxes de plan de chasse qui contribuaient au financement de la prévention et de l'indemnisation des dégâts de gibier sont supprimées à partir de cette année en raison de leur nature de taxes parafiscales.

M. le rapporteur propose d'y substituer des cotisations qui seront fixées en assemblée générale des fédérations. Je suis favorable à ce dispositif, qui est calqué sur celui des taxes.

M. le président. La parole est à M. Jean-Louis Carrère, pour explication de vote.

M. Jean-Louis Carrère. S'agissant d'un texte sur la chasse, dans lequel on entend régler un certain nombre de pratiques cynégétiques et favoriser la chasse, ce que l'on nous propose est fort de café !

En effet on supprime une taxe pour introduire des cotisations et, ensuite, comme celles-ci sont insuffisantes, on demande aux chasseurs de tuer le gros gibier qui fait des dégâts ! Quant aux propriétaires forestiers, ils prêtent leurs terres et ils se voient indemnisés ! Pour ma part, chers amis, je trouve que l'on va un peu loin.

Autant j'ai supporté toute la soirée la sempiternelle répétition de la règle de la propriété, parce que je pense qu'elle est juste, autant l'appel qui est fait de manière sonnante et trébuchante et sans cesse répétée en direction des chasseurs au bénéfice des propriétaires forestiers me paraît vraiment insupportable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n°904.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. L'amendement n° 94, présenté par M. Poniatowski, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :

Dans la première phrase du texte proposé par le c) du 4° du I de cet article pour le troisième alinéa de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, après les mots :

fédération départementale

insérer les mots :

ou interdépartementale

Compte tenu du vote qui vient d'intervenir, cet amendement est sans objet.

Je mets aux voix l'article 59, modifié.

(L'article 59 est adopté.)

Art. 59 (priorité)
Dossier législatif : projet de loi relatif au développement des territoires ruraux
Art. 60 bis (priorité)

Article 60(priorité)

I. - Le V de l'article L. 428-3 du code de l'environnement est complété par les mots : «, ou en temps prohibé ».

II. - Les articles L. 428-4 et L. 428-5 du même code sont remplacés par trois articles L. 428-4 à L. 428-5-1 ainsi rédigés :

« Art. L. 428-4. - I. - Est puni d'une peine de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 ? d'amende le fait de chasser lorsque sont réunies les circonstances suivantes :

« 1° Pendant la nuit ou en temps prohibé ;

« 2° Sur le terrain d'autrui ou dans une réserve de chasse approuvée par l'Etat ou établie en application de l'article L. 422-27 ;

« 3° A l'aide d'engins et d'instruments prohibés ou d'autres moyens que ceux autorisés par les articles L. 424-4 et L. 427-8 ou en employant des drogues et appâts de nature à enivrer le gibier ou à le détruire ;

« 4° Lorsque l'un des chasseurs est muni d'une arme apparente ou cachée.

« II. - Est puni des mêmes peines le fait de mettre en vente, vendre, acheter, transporter ou colporter du gibier en dehors des périodes autorisées en application de l'article L. 424-8, lorsque le gibier provient d'actes de chasse commis dans l'une des circonstances prévues aux 1°, 2° et 3° du I du présent article.

« III. - Est puni des mêmes peines le fait, en toute saison, de vendre, mettre en vente, transporter, colporter ou acheter sciemment du gibier tué à l'aide d'engins ou d'instruments prohibés, lorsque ce gibier provient d'actes de chasse commis dans l'une des circonstances prévues au 1° ou 2° du I.

« Art. L. 428-5. - I. - Est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 ? d'amende le fait de commettre l'une des infractions suivantes :

« 1° Chasser sur le terrain d'autrui sans son consentement, si ce terrain est attenant à une maison habitée ou servant d'habitation, et s'il est entouré d'une clôture continue faisant obstacle à toute communication avec les héritages voisins ;

« 2° Chasser dans les réserves de chasse approuvées par l'Etat ou établies en application des dispositions de l'article L. 422-27 ;

« 3° Chasser en temps prohibé ou pendant la nuit ;

« 4° Chasser à l'aide d'engins ou instruments prohibés, ou par d'autres moyens que ceux autorisés par les articles L. 424-4 et L. 427-8 ;

« 5° Employer des drogues ou appâts qui sont de nature à enivrer le gibier ou à le détruire ;

« 6° Détenir ou être trouvé muni ou porteur, hors de son domicile, des filets, engins ou instruments de chasse prohibés,

« avec l'une des circonstances suivantes :

« a) Etre déguisé ou masqué ;

« b) Avoir pris une fausse identité ;

« c) Avoir usé envers des personnes de violence n'ayant entraîné aucune interruption totale de travail ou une interruption totale de travail inférieure à huit jours ;

« d) Avoir fait usage d'un véhicule, quelle que soit sa nature, pour se rendre sur le lie