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Séance du 16 octobre 2018 (compte rendu intégral des débats)

Mme Dominique Estrosi Sassone, rapporteur. Très bien !

M. le président. Mes chers collègues, nous allons interrompre nos travaux pour quelques instants.

La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à seize heures trente-cinq, est reprise à seize heures quarante-cinq, sous la présidence de M. Gérard Larcher.)

PRÉSIDENCE DE M. Gérard Larcher

M. le président. La séance est reprise.

Explications de vote sur l'ensemble (début)
Dossier législatif : projet de loi portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique
 

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Hommage aux victimes des inondations

M. le président. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, le sud de notre pays a été frappé, ces derniers jours, par de très violents orages et de terribles inondations. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que les membres du Gouvernement, se lèvent.)

Le département de l’Aude a été particulièrement meurtri et reste aujourd’hui placé en vigilance rouge inondation, mais l’Aveyron, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Garonne et le Tarn ont également été touchés.

Le bilan humain est dramatique, avec, pour l’heure, treize morts recensées. Le bilan matériel est également très lourd. Des villages et des infrastructures publiques ont été dévastés.

Ce bilan tragique s’ajoute aux victimes que nous avons déplorées la semaine passée dans le département du Var.

Au nom du Sénat tout entier, je tiens à exprimer l’entière solidarité de notre assemblée à l’égard de nos concitoyens touchés par ces inondations, ainsi qu’à l’égard de nos collègues des départements concernés, notamment ceux de l’Aude, avec lesquels j’ai échangé, tout comme avec le président du conseil départemental de l’Aude et le maire de Trèbes, qui m’avait accueilli le 14 septembre dernier.

De manière unanime, nous adressons nos vives condoléances aux familles des victimes. Nous adressons également nos pensées et notre soutien à ceux qui ont tout perdu au cours des derniers jours, ainsi qu’à nos collègues maires qui voient leur commune dévastée.

Je tiens à saluer le professionnalisme et la totale mobilisation des services de l’État et des collectivités territoriales sur le terrain, ainsi que le dévouement des élus locaux, qui se sont trouvés, une fois encore, en première ligne.

Je vous invite à observer un moment de recueillement en hommage aux victimes de ces inondations et en signe de solidarité avec les habitants des départements touchés. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que les membres du Gouvernement, observent une minute de silence.)

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Souhaits de bienvenue à de nouveaux ministres

M. le président. Je salue les ministres et secrétaires d’État qui viennent d’entrer au Gouvernement ; certains visages ne nous sont pas totalement inconnus ! Au nom du Sénat, je leur souhaite la bienvenue dans cet hémicycle.

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Questions d’actualité au Gouvernement

M. le président. L’ordre du jour appelle les réponses à des questions d’actualité au Gouvernement.

Je rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat, sur le site internet du Sénat et sur Facebook.

Au nom du bureau du Sénat, j’appelle chacun à observer, au cours de nos échanges, l’une de nos valeurs essentielles : le respect des uns et des autres et celui du temps de parole.

inondations dans l’aude : le rôle des élus, l’efficacité du système d’alerte

M. le président. La parole est à M. Hervé Marseille, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.)

M. Hervé Marseille. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.

Nous nous associons pleinement, monsieur le président du Sénat, aux propos que vous venez d’adresser aux populations et aux communes durement touchées par les récentes inondations.

Beaucoup de familles ont été endeuillées ; certains ont perdu la vie, d’autres ont perdu ce qu’ils avaient construit au long de leur existence, leur maison, leurs biens, leurs souvenirs, leurs papiers, ce qui faisait leur quotidien. Nous exprimons notre compassion et apportons notre soutien à ces territoires et à ces familles.

Cette situation appelle deux observations de ma part.

Premièrement, au milieu de ces populations, il y a des élus, conseillers municipaux, adjoints et maires, qui, jour et nuit, sont avec celles et ceux qu’ils ont choisi de servir, souvent de manière bénévole, au détriment de leur vie personnelle et de leur vie de famille. Ils sont présents et doivent faire face à des situations graves, avec peu de moyens du fait de réformes successives, d’une réduction des budgets et d’une évaporation des compétences. On oublie que ces élus sont en outre souvent pénalement responsables : le maire est souvent personnellement mis en cause.

Ces élus demandent de la considération et la reconnaissance de leur implication au quotidien ; c’est bien le moins. Or, avec le #BalanceTonMaire, je crois que l’on a atteint les limites. Monsieur le Premier ministre, il faut vraiment que l’on revienne à un niveau de dialogue républicain qui permette au moins le respect mutuel.

Deuxièmement, j’observe que, à l’occasion de chacune de ces épreuves terribles, la même réponse est donnée : on va créer de nouveaux systèmes d’alerte. Mme Royal a mis en place le système d’alerte et d’information des populations, le SAIP, d’autres ont imaginé d’autres dispositifs, mais on voit bien que l’on n’avance pas…

Après Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Vaison-la-Romaine et bien d’autres catastrophes encore, comment envisagez-vous l’avenir ? Au moment où Météo France connaît d’importantes baisses de budget, comptez-vous mobiliser les moyens nécessaires pour que, à l’heure du numérique, l’on puisse enfin disposer de systèmes d’alerte permettant d’épargner des vies, d’éviter que de tels drames ne se réitèrent ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste et sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le président Marseille, dans la nuit de dimanche à lundi, un épisode climatique d’une incroyable intensité, jamais vue dans la région, a causé des dégâts humains et matériels absolument considérables. Son intensité a dépassé celle de l’épisode le plus dramatique resté dans la mémoire collective, qui remonte à 1891. Nous sommes donc au-delà d’un événement centennal.

En me rendant hier sur les lieux avec des élus du territoire, députés et sénateurs, j’ai pu constater la détresse de ceux qui ont tout perdu, l’incroyable dignité de ceux qui, bien qu’accablés par le désastre, restent droits, l’exceptionnelle mobilisation des forces de secours – policiers, gendarmes, militaires de la sécurité civile, sapeurs-pompiers, bénévoles de la Croix-Rouge –, des élus locaux et de tous ceux qui ont souhaité apporter leur soutien à des compatriotes, à des concitoyens confrontés à un drame. Ils ont été remarquables. En parcourant, hier, les rues dévastées de Villegailhenc ou de Trèbes, je n’ai entendu aucune mise en cause.

Vous avez évoqué, monsieur le sénateur, la considération due aux élus qui s’engagent, tous les jours, aux côtés de leurs concitoyens. Je connais votre passé de maire, vous connaissez le mien : je partage en tous points l’appel à la reconnaissance que vous avez formulé.

Vous savez qu’il appartient souvent aux maires, parmi tous les élus, d’être les porteurs des très mauvaises nouvelles.

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Hier, j’ai rencontré le maire de Trèbes, qui a vécu, il y a quelques mois, l’événement dramatique dont tout le monde se souvient, avec le décès du colonel Beltrame. Il m’a dit avoir plusieurs décès à annoncer. Il en avait le ventre retourné, mais il restait droit et il faisait son travail. Je le dis devant le Sénat réuni : j’ai beaucoup de respect pour le maire de Trèbes, comme pour tous les autres maires qui ont été confrontés à des difficultés redoutables. (Applaudissements sur toutes les travées.)

Ensuite, vous avez évoqué la question délicate de la circulation de l’information et de la vigilance. Je ne prétends pas y apporter une réponse définitive. Il faudra, avec beaucoup d’humilité, continuer à apprendre des événements qui se sont produits pour améliorer, encore et encore, notre niveau de réactivité et notre capacité à affronter des phénomènes difficiles à appréhender.

En l’occurrence, les prévisions météorologiques donnaient à penser – je ne mets en cause personne en disant cela – que le phénomène climatique serait intense, certes, mais passager. C’est la raison pour laquelle le classement en vigilance orange avait été décidé.

Or, durant la nuit de dimanche à lundi, entre 2 et 4 heures du matin, il est apparu que ce phénomène, qui devait transiter au-dessus de l’Aude, est devenu stationnaire, avant de se déclencher avec une intensité jamais vue. Le préfet de l’Aude a activé, très tôt dans la nuit, le centre opérationnel départemental et le classement en vigilance rouge a été décidé. Mais, nous le savons tous, faire circuler une information dans de bonnes conditions à 3 heures du matin est tout sauf facile.

Nous pouvons féliciter les secours, bien sûr, mais nous devons encore faire des progrès, car nous ne saurions nous satisfaire d’un tel bilan.

Le dernier grand épisode climatique de cet ordre qu’a connu ce département remonte à 1999. La pluie était tombée pendant quarante-huit heures et l’on avait déploré vingt-six décès – je parle sous le contrôle des sénateurs qui, si j’ose dire, se souviennent dans leur chair de ce drame.

À la suite de cet épisode, des décisions ont été prises ; des travaux ont été financés ; deux plans ont été mis en œuvre, le premier mobilisant 80 millions d’euros, le second de 20 millions à 30 millions d’euros ; des transformations de l’urbanisme ont été envisagées ; des digues ont été construites.

Tout indique –en tout cas, c’est ce que m’ont dit les élus locaux – que notre niveau de réponse s’est amélioré depuis 1999 et que, sans les décisions prises depuis lors, le bilan aurait été bien plus terrible encore.

On peut bien sûr s’interroger sur les moyens d’améliorer encore notre réponse collective, mais, en matière de mobilisation pour la sécurité civile, l’Aude est souvent présentée comme un département pilote, parce que le risque y est élevé. Vous pouvez compter sur le Gouvernement pour veiller à améliorer encore notre niveau de réponse ! (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)

inondations

M. le président. La parole est à M. Michel Amiel, pour le groupe La République En Marche. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)

M. Michel Amiel. Monsieur le ministre de l’intérieur, vous ne serez pas étonné, vu la gravité des événements, que ma question porte également sur le sujet difficile des inondations.

Permettez-moi tout d’abord de m’associer, à l’instar de M. le président du Sénat, à la détresse des familles touchées par les inondations survenues dans le département de l’Aude, spécialement à Trèbes. Je partage leur peine et puis comprendre la colère qu’elles expriment parfois, rarement en fait, loin de toute polémique.

Je tiens aussi à saluer la compétence et l’efficacité des services de secours, en particulier des sapeurs-pompiers, toujours en première ligne lors de ce type d’événements, sans oublier les élus locaux, dont je fus longtemps comme maire, ni les bénévoles.

Au-delà de la compassion, se posent, comme toujours, des questions techniques.

Elles portent sur les méthodes d’information et d’alerte en situation de crise, particulièrement en cas d’événements se produisant la nuit ou à des moments d’affluence routière, sur la prévention de ce type de sinistres dans le cadre, précisément, des plans de prévention des risques d’inondation, pas toujours au rendez-vous, sur la prévention plus en amont encore, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, que l’on ne peut pas ne pas évoquer, tant ces événements sont aujourd’hui récurrents.

Certes, depuis les événements de 1988 à Nîmes ou ceux de 1992 à Vaison-la-Romaine, un certain nombre de mesures ont été prises, et parfois inscrites dans la loi, mais cela reste insuffisant.

Malgré les plans de prévention, de nouvelles constructions apparaissent en zones potentiellement inondables : 15 % de la population française, soit 9 millions de personnes, vit ainsi dans des secteurs qui, à plus ou moins long terme, seront touchés par une inondation d’intensité remarquable. D’ailleurs, l’Europe a proposé une directive-cadre sur l’eau, suivie d’une directive « inondations » à décliner dans chaque secteur hydrographique.

Monsieur le ministre, dans quelle direction pensez-vous orienter vos efforts afin d’atténuer encore les conséquences de ces phénomènes, dont on voit bien, hélas, le caractère de plus en plus inéluctable ? (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et du groupe Union Centriste.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’intérieur, dont c’est la première intervention dans notre hémicycle en cette qualité. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. – Exclamations amusées sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Christophe Castaner, ministre de lintérieur. Monsieur le sénateur Amiel, M. le Premier ministre et M. le président du Sénat se sont exprimés en s’appuyant sur leur vécu d’élus locaux : ils connaissent la difficile mission de nos forces de l’ordre et de sécurité civile et de nos maires.

Ce qui s’est passé à Trèbes ou à Villegailhenc, notamment, montre bien la nécessité de travailler sur la prévention, le plus en amont possible.

Avant d’aborder ce sujet, je tiens à souligner la mobilisation exceptionnelle de nos forces de sécurité civile. Plus de 1 000 personnes ont été présentes, dès les premières heures, pour faire face aux conséquences de ce phénomène exceptionnel : 300 litres d’eau au mètre carré sont tombés très brutalement, avec une pointe à 5 heures du matin, à un moment où, de toute façon, aucune information, aucun signal d’alerte n’aurait été efficace. Ces femmes et ces hommes se sont mobilisés, avec les élus et les services communaux, pour sauver des vies chaque fois que possible, grâce à des centaines d’interventions, dont près de 180 hélitreuillages.

Évidemment, chacune et chacun pense aux personnes décédées ou disparues, aux neuf blessés graves aujourd’hui soignés dans nos hôpitaux. Il nous faut nous mobiliser pour les accompagner, ainsi que celles et ceux qui ont tout perdu. À cet égard, je vous annonce que le Gouvernement mobilisera les moyens d’intervention sociale pour que chaque adulte, chaque enfant soit aidé financièrement dans les heures qui viennent, à hauteur de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant.

Il nous faudra aider aussi les communes dans le processus de reconstruction. Un fonds exceptionnel sera mobilisé à cette fin. M. le Premier ministre a demandé que les services se déploient sur place pour accompagner les élus.

Reste, monsieur le sénateur Amiel, que vous avez raison : l’essentiel est dans l’anticipation, dans une vision de la construction qui intègre la mémoire du risque. Très souvent, en effet, nous oublions très vite, trop vite, le vécu, le risque, et nous laissons quelquefois construire ou aménager dans de très mauvaises conditions. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche. – M. Jean-Marc Gabouty applaudit également.)

prévention des inondations

M. le président. La parole est à M. Guillaume Arnell, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.

M. Guillaume Arnell. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.

Il est chez nous un dicton qui dit : quand il pleut, c’est souvent à verse. Nous avons tous vu les images dramatiques des terribles inondations qui touchent l’Aude depuis hier. Elles ont, hélas, causé le décès de treize personnes, selon le dernier bilan.

À cet instant, j’exprime, au nom du groupe du RDSE, toute notre solidarité aux familles des victimes, ainsi qu’à l’ensemble de la population durement éprouvée. Nous adressons nos remerciements aux agents de l’État et des collectivités territoriales et aux sauveteurs qui se sont mobilisés.

Ces images m’en rappellent malheureusement d’autres : celles de l’ouragan Irma, qui a frappé les Antilles, notamment mon territoire, Saint-Martin, en septembre 2017, laissant derrière lui destruction et désolation. On comprendra donc que je me devais d’intervenir cet après-midi, pour apporter un témoignage de la solidarité de nos concitoyens d’outre-mer.

Les conséquences concrètes du changement climatique sont désormais bien là, n’en déplaise aux climatosceptiques. Tous ces phénomènes sont parfaitement documentés, aussi bien dans leurs causes que dans leur répétition. Nous ne pouvons que constater les funestes conséquences de l’action de l’homme.

Il arrive un moment où statistiques et expertises doivent s’effacer devant l’impératif de préserver des vies humaines. Ce moment est largement advenu.

Ainsi, il y a des chiffres auxquels nous ne devons pas nous habituer : ceux des victimes, qui s’accroissent catastrophe après catastrophe, ceux des destructions aussi, qui frappent parfois de manière répétée les mêmes territoires. Nous ne pouvons plus accepter ces morts sans réagir !

Monsieur le Premier ministre, nos compatriotes ont bien conscience de la complexité de l’action publique dans la gestion des catastrophes naturelles. Toutefois, nous disposons encore d’un levier sur lequel nous devons agir davantage : la prévention de ces catastrophes très en amont et une amélioration de la formation des populations à la culture du risque.

M. le président. Il vous faut conclure, mon cher collègue.

M. Guillaume Arnell. Monsieur le Premier ministre, comment comptez-vous renforcer l’action de l’État pour assurer une prévention plus efficace des catastrophes naturelles qui, nous le savons, seront plus nombreuses à l’avenir ? (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire.

Mme Brune Poirson, secrétaire dÉtat auprès du ministre dÉtat, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le sénateur Arnell, permettez-moi d’avoir d’abord une pensée particulière pour les victimes et leurs proches, ainsi que pour les sinistrés, dans l’Aude ou sur votre territoire, Saint-Martin.

Je salue, à la suite du ministre de l’intérieur, l’extraordinaire travail des services de secours de l’État, des pompiers et des gendarmes, qui ont œuvré sans relâche sur le terrain.

Cet événement centennal, malheureusement, ne pouvait être évité. Nous savons que le changement climatique, qui est une réalité dès à présent, nous impose de mieux prévenir et anticiper ce type de situations.

Nous n’avons pas attendu cet événement dramatique pour commencer à agir. Ainsi, en août dernier, j’ai lancé une campagne de prévention et de sensibilisation au côté des services de Météo France dans le Tarn-et-Garonne. Il s’agissait d’inciter les populations à adopter de bons réflexes face aux menaces climatiques.

En outre, nous avons investi dans un supercalculateur qui devrait permettre à Météo France de prévoir, avec une plus grande précision et une puissance quatre fois plus élevée, ces événements météorologiques particulièrement puissants, la difficulté en la matière tenant à leur caractère extrêmement localisé.

Par ailleurs, en mars 2017, le ministère de la transition écologique et solidaire a mis en place le système Vigicrues Flash, qui permet de donner aux élus locaux une information en temps réel sur l’évolution de l’événement météorologique. J’invite l’ensemble des collectivités territoriales qui n’ont pas encore souscrit à ce service à le faire dès que possible.

M. le président. Veuillez conclure, madame la secrétaire d’État.

Mme Brune Poirson, secrétaire dÉtat. Les services du ministère de la transition écologique et solidaire se tiennent à la disposition des élus. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)

projet de loi sur l’école

M. le président. La parole est à Mme Céline Brulin, pour le groupe communiste républicain citoyen et écologiste.

Mme Céline Brulin. Monsieur le président, notre groupe s’associe pleinement au message de solidarité que vous avez adressé aux départements qui viennent d’être touchés par des intempéries meurtrières et au soutien que vous avez apporté à nos services publics mobilisés pour secourir et protéger nos concitoyens.

Monsieur le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, vous avez présenté hier devant le Conseil supérieur de l’éducation un texte portant sur l’avenir de l’école. Le rejet de vos orientations par cette instance traduit les nombreuses inquiétudes que suscite un projet construit sans concertation avec la communauté éducative et dont on peine à comprendre la cohérence.

Ces inquiétudes sont partagées dans nos territoires. Si l’abaissement de l’âge de la scolarité obligatoire à trois ans, prôné de longue date par notre groupe, est à saluer, nous nous inquiétons des moyens de sa mise en œuvre. En effet, les communes participeront au financement de cette mesure, y compris pour les écoles maternelles privées. Vos annonces sur la création d’un fonds de compensation ne dissipent pas les craintes qu’inspire à de nombreux maires la prise en charge de ces dépenses supplémentaires sur le long terme.

De même, les assistants d’éducation ne peuvent être, à nos yeux, que des soutiens aux enseignants titulaires. Leur permettre d’exercer des fonctions d’enseignement risque d’accroître les inégalités territoriales s’ils remplacent des enseignants de plein exercice dans les territoires ruraux ou les quartiers populaires, où les problématiques de recrutement sont le plus importantes.

Enfin, nous sommes nombreux à souhaiter que vous renonciez à ramener, qui plus est par ordonnance, le nombre d’académies à treize, ce qui éloignerait davantage encore ces instances des réalités du terrain. À cet égard, les résultats de l’expérimentation menée en Normandie devraient vous inviter à la prudence et au débat.

Monsieur le ministre, comptez-vous tenir compte de ces inquiétudes et de bien d’autres ayant émergé ces derniers jours au sein de la communauté éducative ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice Brulin, je vous remercie de votre question, qui me permet d’évoquer le très important projet de loi qui sera soumis à l’examen du Sénat au début de l’année prochaine. J’ai souvent entendu les sénatrices et les sénateurs demander la tenue de débats de fond sur les questions d’éducation. Nous en avons déjà eu certains, mais la discussion de ce projet de loi représentera évidemment à cet égard une occasion toute particulière.

L’abaissement à trois ans de l’âge de la scolarisation n’est pas une mesure prise de façon inopinée : elle a été annoncée par le Président de la République voilà plusieurs mois, à l’occasion des assises de la maternelle. Son inspiration s’inscrit dans la grande ligne de l’histoire de la République. On ne change pas l’âge de la scolarité obligatoire tous les jours ; c’est la troisième fois que cela arrive. La France deviendra le pays du monde où l’instruction obligatoire commence le plus tôt.

Cette évolution devrait tous nous rassembler. D’ailleurs, madame la sénatrice, vous avez rappelé que votre groupe la proposait dans des programmes précédents.

Il faudrait se demander pourquoi les majorités successives n’avaient jusqu’à présent pas pris cette mesure, dont on parle pourtant depuis quinze ans. Il y a, certes, quelques petits obstacles, mais ils ne sont rien par rapport à l’objectif social fondamental de scolariser chaque année 20 000 élèves de plus. Entre trois à six ans, c’est un âge clé de la vie pour agir contre les inégalités sociales, qui se reflètent notamment dans la maîtrise du langage.

Vous devriez donc soutenir cette mesure sociale, qui sera accompagnée des dispositions techniques nécessaires. Bien entendu, nous respecterons la Constitution : il y aura des compensations pour les communes.

Quand Jules Ferry a instauré l’instruction obligatoire, il a dû lui aussi affronter de nombreuses oppositions, parce qu’il imposait aux communes une obligation. Mais quelle belle obligation c’était !

Travaillons ensemble sur cette mesure et sa compensation, qui sera effective. Il est dommage de cultiver des inquiétudes a priori, alors qu’il s’agira d’un très grand progrès démocratique. Nous aurons largement l’occasion d’en débattre, ce dont je me réjouis. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)

inondations dans l’aude

M. le président. La parole est à M. Roland Courteau, pour le groupe socialiste et républicain. Nous lui renouvelons l’expression de notre solidarité. (Applaudissements.)

M. Roland Courteau. À la suite du cataclysme qui vient de frapper notre département, Gisèle Jourda et moi-même souhaitons vous adresser une question, monsieur le Premier ministre.

Notre département est, dix-neuf ans après la tragédie de 1999, une nouvelle fois en deuil. Ce fut l’apocalypse, l’horreur, l’inimaginable ; puis le chaos, après le déluge. Lourd est le tribut humain : treize victimes, devant lesquelles nous nous inclinons. Des populations sont marquées à vie, en état de choc, des pans de vie ont été anéantis.

Mes chers collègues, nous étions au-delà du hors-norme, dans le phénoménal, le monstrueux, dans l’insupportable avec ces appels au secours dans la tempête et la nuit et, au bout de ce cauchemar, un terrible sentiment d’impuissance. À jamais nous porterons les stigmates de ce nouveau cataclysme, même si, dans l’horreur de la tragédie, le formidable élan de solidarité réchauffe bien des cœurs qui pleurent encore.

Monsieur le Premier ministre, vous étiez hier dans l’Aude. Gisèle Jourda et moi-même vous en remercions. Nous saluons la mobilisation très importante des services de secours et de sécurité, d’un dévouement extrême, celle des élus locaux, tout aussi remarquable. Nous vous remercions, monsieur le président du Sénat, pour vos messages de solidarité et d’amitié.

Notre histoire, dans l’Aude, est marquée de coups du sort impitoyables, mais nous avons toujours su résister face à l’adversité. Le pourrons-nous encore cette fois ? Saurons-nous retrouver une fois de plus, au plus profond de nous-mêmes, cette volonté acharnée forgée dans de trop nombreuses épreuves ? Je m’interroge. Nous voulons encore le croire, si nous sentons que l’on ne nous laissera pas seuls pour refaire et pour reconstruire. Alors oui, pour peu que nous sentions à nos côtés la solidarité nationale dans la durée, ainsi que la solidarité européenne avec l’activation du fonds de solidarité de l’Union européenne, nous relèverons la tête, cette fois encore. Merci de nous y aider. (Applaudissements nourris et prolongés sur toutes les travées.)