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Séance du 28 mai 2019 (compte rendu intégral des débats)

compte rendu intégral

Présidence de Mme Valérie Létard

vice-présidente

Secrétaires :

Mme Catherine Deroche,

M. Daniel Dubois.

Mme la présidente. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quatorze heures trente-cinq.)

1

Procès-verbal

Mme la présidente. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.

Il n’y a pas d’observation ?…

Le procès-verbal est adopté sous les réserves d’usage.

2

Mise au point au sujet d’un vote

Mme la présidente. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. Hier, lors du scrutin public n° 125 sur les amendements identiques de suppression de l’article 8 du projet de loi pour la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris et instituant une souscription nationale à cet effet, seulement trois membres du groupe Les Indépendants – République et Territoires ont été comptabilisés comme ayant voté contre, tandis que les dix autres ont été comptabilisés comme ayant voté pour. Or les treize membres du groupe souhaitaient voter contre.

Mme la présidente. Acte vous est donné de cette mise au point, ma chère collègue. Elle sera publiée au Journal officiel et figurera dans l’analyse politique du scrutin.

3

Candidatures à une éventuelle commission mixte paritaire

Mme la présidente. J’informe le Sénat que des candidatures ont été publiées pour siéger au sein de l’éventuelle commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion du projet de loi pour la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris et instituant une souscription nationale à cet effet.

Ces candidatures seront ratifiées si la présidence n’a pas reçu d’opposition dans le délai d’une heure prévu par notre règlement.

4

Avenir du cinéma français

Débat organisé à la demande du groupe Les Républicains

Mme la présidente. L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Les Républicains, sur l’avenir du cinéma français.

Nous allons procéder au débat sous la forme d’une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l’auteur de la demande du débat dispose d’un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répond pour une durée équivalente.

À l’issue du débat, le groupe auteur de la demande dispose d’un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes.

Dans le débat, la parole est à M. Jean-Pierre Leleux, pour le groupe auteur de la demande.

M. Jean-Pierre Leleux, pour le groupe Les Républicains. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, il m’appartient, si j’ose dire, de « planter le décor » de notre débat sur l’avenir du cinéma.

Le cinéma est, certes, une industrie, mais aussi, et avant tout, un outil de démocratisation de la culture, d’ouverture sur le monde, un lieu où nous venons partager des émotions, des rêves et où s’anticipent les mouvements de notre société.

Hasard du calendrier, notre débat s’ouvre au moment où vient de s’achever le Festival de Cannes, qui contribue à faire rayonner le cinéma français à l’international. À cette occasion, comme chaque année, tous les acteurs du secteur se sont exprimés abondamment. Certains ont fait part de difficultés et d’inquiétudes qui seront certainement évoquées au cours de notre débat. Monsieur le ministre, vous-même vous y êtes largement exprimé et avez dessiné les contours d’un avenir possible.

En France, le cinéma est un secteur stratégique qui, selon les chiffres du ministère, emploie plus de 100 000 personnes et représente 0,5 % de notre produit intérieur brut. Rappelons que, selon les dernières statistiques du Centre national du cinéma, la France est le premier marché européen du cinéma en 2018, avec le niveau de fréquentation le plus élevé : plus de 200 millions d’entrées pour la cinquième année consécutive. Cela démontre qu’il s’agit de la sortie culturelle préférée des Français.

Le haut niveau de fréquentation des salles est lié à l’attractivité et à la diversité de l’offre de films, ainsi qu’à l’amélioration tant qualitative que quantitative des conditions de projection dans les salles. En cela, le développement des multiplexes depuis 1993 a certainement contribué à l’accroissement du nombre de spectateurs. Aujourd’hui, la France dispose du parc de salles le plus important et le plus dense d’Europe – le troisième du monde –, avec près de 6 000 écrans et un réseau encore bien ramifié dans les territoires.

Au sein de ce réseau d’exploitation, les films français rencontrent un important succès, avec une part de marché de près de 40 % et plus de 77 millions d’entrées, un chiffre en hausse de 1 % par rapport à 2017. Le secteur affiche une production importante de 300 films par an, y compris ceux qui sont coproduits avec d’autres pays. C’est beaucoup, peut-être trop selon certains, car tous ces films n’ont pas, tant s’en faut, le bonheur de rencontrer véritablement leur public. Cependant, la différence est frappante avec les autres pays européens, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, que ce soit en termes de nombre d’entrées, de films produits ou de parts de marché.

C’est, de toute évidence, le dispositif légal et financier mis en place par la puissance publique voilà fort longtemps qui a permis de soutenir le cinéma français et de préserver son dynamisme, sa créativité et sa diversité, y compris dans les périodes où la production nationale ne rencontrait pas le succès attendu.

Le système français repose sur un principe vertueux consistant à faire remonter une partie des recettes de la diffusion vers la création, ce qui permet d’ailleurs de faire financer la création française par la diffusion de films étrangers, et particulièrement américains. Relèvent de ce système la taxe sur les billets de cinéma, mais aussi les obligations de financement des télévisions historiques, des éditeurs vidéo, des distributeurs de programmes. Il bénéficie également de crédits d’impôt, qui se sont révélés extrêmement efficaces, notamment le crédit d’impôt international, qui concerne les œuvres dont tout ou partie de la fabrication a lieu en France. C’est un excellent soutien pour la filière cinématographique française.

La défense de l’exception culturelle et d’un secteur économique créateur d’emplois a légitimé l’ensemble de ces aides. Aujourd’hui, le cinéma français se porte bien – « encore bien », allais-je dire. En effet, l’industrie cinématographique française est confrontée à une transformation rapide de son environnement technologique, économique et financier, qui soulève des interrogations chez tous les acteurs. Ce bouleversement concerne la diffusion des contenus et les comportements des publics, qui évoluent également.

Sous l’effet de la généralisation des technologies numériques, la circulation des œuvres s’intensifie et les marchés s’ouvrent. On assiste donc à l’accélération des mouvements de concentration capitalistique des acteurs du secteur, qu’ils soient producteurs, distributeurs, exploitants ou diffuseurs. On peut dès lors craindre pour la survie de tout un tissu d’entreprises indépendantes qui deviennent peu rentables ou sous-capitalisées, mais qui restent essentielles pour la vitalité du cinéma français.

Derrière le nombre rassurant de films produits, l’écart se creuse entre les grandes productions qui disposent de moyens importants et des films plus modestes qui restent peu de temps à l’affiche. Nous avons besoin des deux : d’une diversité artistique représentant notre exception culturelle et d’un cinéma plus conquérant, qui assurera notre visibilité à l’étranger.

L’arrivée de nouveaux acteurs dans le paysage audiovisuel et cinématographique – je pense aux grandes plateformes comme Netflix, Amazon et bientôt Disney, qui investissent beaucoup dans les séries – bouleverse tous ces équilibres. Netflix a connu une croissance mondiale très forte entre la fin de l’année 2012 et la fin de l’année 2018, passant durant cette période de 30,4 millions d’abonnés à plus de 139 millions. Elle est maintenant la plateforme la plus prolifique du monde. Le taux d’abonnement à Netflix au sein de la population française a plus que doublé en une seule année, passant de 7,7 % à 15,6 %.

L’enjeu aujourd’hui est donc la confrontation concurrentielle entre ces différents modes de consommation, d’écoute et de visionnage de l’image animée. Nous avons le devoir de nous adapter à de nouveaux défis. Si nous regardons derrière, nous pouvons être fiers de notre filière cinéma, mais si nous regardons devant, nous pouvons être inquiets d’un bouleversement technologique et systémique qui pourrait, si nous ne nous remettons pas en cause, nous broyer.

Concentration horizontale et verticale des acteurs mondiaux ; équilibre entre émergence en France d’acteurs puissants et exigence de diversité dans la création ; adoption par les géants du net de notre conception du financement de la création et du respect du droit d’auteur ; remise en cause de nos règles, désormais inadaptées à un marché ouvert et mondial ; ouverture à de nouveaux financements ; chronologie des médias : voilà quelques sujets, parmi bien d’autres, qui seront certainement évoqués au cours de notre débat.

À mon sens, dans la guerre mondiale désormais ouverte dans ce domaine de la communication cinématographique, s’il nous sera difficile de gagner la bataille des tuyaux, nous disposons en France de tous les éléments, en matière de création et d’innovation, pour gagner celle des contenus ! C’est là notre force ; il faudra la soutenir. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains, du groupe Union Centriste et du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Franck Riester, ministre de la culture. Madame la présidente, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, cela faisait longtemps – une bonne dizaine d’heures ! – que nous n’avions pas eu l’occasion d’échanger sur les questions culturelles ! (Sourires.)

Je suis ravi de vous retrouver pour évoquer un sujet d’actualité, après ce très beau Festival de Cannes, qui a une nouvelle fois mis en avant le cinéma, en particulier le cinéma français. Je tiens à vous remercier de votre invitation à débattre de l’avenir du cinéma français. Cher Jean-Pierre Leleux, je vous remercie d’avoir pris l’initiative de ce débat, au nom du groupe Les Républicains. Je salue surtout votre sens du calendrier !

L’avenir du cinéma français, c’est le cinéma de Mati Diop, tantôt social et réaliste, tantôt onirique et mystique, un cinéma qui mélange les genres et surprend constamment ; c’est le cinéma ardent, percutant, furieusement authentique de Ladj Ly, dont l’empathie nous emmène au-delà des apparences, des clichés, des idées reçues sur nos quartiers ; c’est le cinéma résolument féministe de Céline Sciamma, qui chemine au plus près de l’émotion pour scruter l’étincelle qui déclenche la passion.

Mati Diop, Ladj Ly, Céline Sciamma : tous les trois ont été récompensés samedi soir au Festival de Cannes. Cela me porte à croire que l’avenir du cinéma français est déjà là. Il est fait de leurs visages et de leurs noms. Il est fait de leur talent, de leur jeunesse, de leur audace folle, de leurs films merveilleux. Il est fait de ces voix qu’ils portent jusqu’à nous, et des regards qu’ils posent sur le monde : des regards singuliers, qu’ils nous font partager et qui changent un peu les nôtres.

En tant que ministère des artistes, le ministère de la culture a une responsabilité : la responsabilité d’aider les cinéastes de demain à émerger, de leur permettre de s’exprimer, de créer, de se révéler, de rayonner.

Le cinéma français nous a rappelé à quel point il est capable de rayonner. Il a rayonné à Cannes ; je viens de l’évoquer. En plus des trois films français présents au palmarès, deux autres sont des coproductions françaises. C’est sans précédent dans l’histoire du Festival de Cannes.

Le cinéma français a rayonné aussi dans nos salles. En 2018, les films français y ont représenté plus de 40 % des entrées. À titre de comparaison, la part de marché du cinéma national est de 24 % en Allemagne, de 18 % en Espagne ou de 12 % au Royaume-Uni. C’est un succès d’autant plus significatif que la fréquentation de nos salles de cinéma s’est maintenue à plus de 200 millions d’entrées, pour la dixième année consécutive, soit quasiment le double du nombre annuel d’entrées en Allemagne.

Ces chiffres sont éloquents : la France est une nation de cinéphiles. Ainsi, 65 % de nos concitoyens se rendent au cinéma au moins une fois par an, ce qui en fait la sortie culturelle la plus populaire. Et ils s’y rendent partout sur le territoire : une salle sur deux se trouve dans une commune de moins de 10 000 habitants ; c’est d’ailleurs dans les plus petites agglomérations que la fréquentation a tout particulièrement progressé au cours des dernières années.

Le cinéma français rayonne également sur l’économie du pays. Grâce à la réforme des trois crédits d’impôt dédiés à la production cinématographique et audiovisuelle, la France est redevenue attractive pour les tournages. Le taux de délocalisation des dépenses des films français a été divisé par deux. Plus de 500 millions d’euros de dépenses de tournage supplémentaires ont été effectuées dans notre pays chaque année. Enfin, 15 000 emplois ont été créés. Aujourd’hui, la filière du cinéma et de l’audiovisuel représente 0,8 % du PIB et 340 000 emplois.

Ces chiffres, ces succès, ce rayonnement du cinéma français ne viennent pas de nulle part. Ils sont le fruit d’une politique publique volontariste engagée par la France voilà soixante-dix ans et patiemment poursuivie depuis, une politique en faveur du cinéma qui a doté la France d’un modèle unique au monde, appréhendant et incluant tous les maillons de la filière : auteurs, producteurs, distributeurs, ainsi que l’ensemble des diffuseurs, qu’il s’agisse des salles de cinéma, des éditeurs de vidéos, des chaînes de télévision, des fournisseurs d’accès à internet, des plateformes de téléchargement à l’acte ou par abonnement.

Pour permettre au cinéma français de briller demain davantage encore, il faut défendre ce modèle. Pour cela, il faut l’adapter aux grands enjeux d’aujourd’hui et de demain. J’en vois trois.

Le premier enjeu est celui de l’égalité et de la diversité. Dans le cinéma, comme dans trop d’autres domaines, nous sommes encore loin de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous sommes toutefois sur la bonne voie. Cette année, treize réalisatrices ont été sélectionnées au Festival de Cannes, toutes sélections confondues. C’est un record. Ce n’est pas suffisant et beaucoup reste à faire, mais nous progressons, notamment grâce à la mise en place par le Centre national du cinéma et de l’image animée, le CNC, d’une mesure forte : un « bonus parité » pour l’attribution de ses aides, chère Frédérique Bredin. Un quart des films soutenus depuis le début de cette année ont pu en bénéficier. Il faut aller encore plus loin sur la question de l’égalité, comme sur celle de la représentation de la diversité. Trop souvent, les écrans ne montrent qu’une partie de notre société ; trop souvent, ils occultent sa diversité. Or, pour que le cinéma parle à tous, il faut qu’il parle de tous. C’est pourquoi le CNC organisera de nouvelles assises à la rentrée prochaine, sur le thème de la diversité. J’en suis convaincu, pour continuer à attirer le public dans les salles, le cinéma doit s’emparer encore davantage de ces questions.

Le deuxième enjeu est celui de la régulation des géants du numérique. Ce n’est pas parce que ce sont des géants qu’ils peuvent échapper à toute régulation. Ils nous disent en être conscients, mais tous ne le démontrent pas… Cependant, certains sont même demandeurs : Facebook s’est montré prêt à coopérer avec la France sur le sujet des contenus haineux et de la violence en ligne lors de la rencontre entre le Président de la République et Mark Zuckerberg.

Mais ils doivent également coopérer sur d’autres sujets et contribuer, comme les autres acteurs, au financement de la création, à la diversité culturelle et au respect des droits des auteurs. Il nous faut donc intégrer les acteurs du numérique à notre modèle de financement de la création audiovisuelle et cinématographique.

Cela passe d’abord par un rééquilibrage du poids de la fiscalité et de la réglementation entre les diffuseurs « historiques » du cinéma et les nouveaux entrants que sont les plateformes numériques. C’est un enjeu d’équité, de neutralité technologique et économique et de simplification. En matière fiscale, un premier pas a été franchi avec la mise en place, en 2018, d’un prélèvement de 2 % sur le chiffre d’affaires des plateformes de diffusion, qu’elles soient gratuites ou payantes. Mais nous souhaitons aller plus loin, ce qui contribuera à consolider les ressources du CNC dans le cadre du projet de loi de finances pour 2020.

L’intégration des nouveaux acteurs à notre modèle passera aussi par le projet de loi qui transposera la directive « services des médias audiovisuels », ou SMA. Il s’agira d’une loi ambitieuse.

Elle sera ambitieuse en matière d’obligations de diffusion : la directive SMA prévoit que les plateformes proposent au moins 30 % d’œuvres européennes. Non seulement c’est un minimum, mais nous ferons en sorte que les œuvres européennes soient mises en valeur dans les recommandations personnalisées.

La loi sera ambitieuse aussi en matière d’obligations d’investissement.

Enfin, elle le sera pour garantir l’indépendance de nos entreprises de production par rapport aux plateformes. L’arrivée de ces nouveaux financeurs, riche en potentialités, ne doit pas transformer notre filière en une simple activité de sous-traitance.

La transposition de la directive doit également permettre d’inscrire dans la loi les règles de transparence sur les données d’exploitation des œuvres qui s’appliqueront à tous les diffuseurs, plateformes comprises. C’est indispensable pour s’assurer du respect du droit d’auteur et des droits voisins. Plus généralement, cette transparence est la base de la relation de confiance entre tous les acteurs de la chaîne de valeur.

La loi offrira enfin l’occasion de renforcer la lutte contre les sites pirates, notamment de piratage « en flux » et de téléchargement direct.

Le dernier enjeu de l’adaptation de notre politique est le nécessaire renforcement des entreprises de production et de distribution, parce que pérenniser l’exception culturelle, ce n’est pas seulement aider à la création des œuvres.

Mme la présidente. Il faut conclure, monsieur le ministre.

M. Franck Riester, ministre. C’est aussi permettre à la production et à la distribution d’attirer de nouvelles sources de financement privé et de mieux se structurer ; je pense en particulier à la production indépendante.

Mesdames, messieurs les sénateurs, je veux que l’avenir du cinéma français soit radieux. Pour cela, notre cinéma devra être plus paritaire, plus représentatif de la diversité. Il devra intégrer les acteurs du numérique à son modèle de financement, et sa production et sa distribution devront être renforcées.

Voilà quelques-uns des combats que nous aurons à livrer. Pour les mener, vous pouvez compter sur ma détermination. La France est la patrie du cinéma, et elle le sera encore demain ! (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains et du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)

Débat interactif

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question, avec une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente.

Dans le cas où l’auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires, à la condition que le temps initial de deux minutes n’ait pas été dépassé.

Dans le débat interactif, la parole est à M. Olivier Léonhardt.

M. Olivier Léonhardt. Sur ce sujet de l’avenir du cinéma français comme sur nombre d’autres, rien ne sera possible sans un partenariat étroit entre l’État et les territoires, rien ne sera efficace sans un travail en confiance avec les acteurs et les élus locaux, qui accompagnent au quotidien les dynamiques d’innovation et de développement économique.

C’est une des leçons qu’il faut tirer du grand débat national. Je me félicite que le Président de la République ait appelé à un nouvel « acte de décentralisation ». Ce nouvel acte de décentralisation, il faut maintenant le traduire le plus rapidement possible dans les faits, car des dynamiques locales particulièrement remarquables sont à l’œuvre et doivent être encouragées et soutenues.

C’est le cas du projet du Backlot 217, situé dans mon département, l’Essonne, sur le site de l’ancienne base aérienne 217, au Plessis-Pâté. C’est un lieu exceptionnel, avec 300 hectares de terrains qui ont d’ores et déjà accueilli des décors extérieurs destinés au tournage de films, notamment LEmpereur de Paris, nominé pour le César 2019 du meilleur décor.

Aujourd’hui, le succès du Backlot 217 est le fruit d’un partenariat actif entre Cœur d’Essonne agglomération et la société TSF Studios, acteur cinématographique majeur en France et en Europe depuis 1979. Cette dernière souhaite désormais investir 14 millions d’euros pour construire 14 000 mètres carrés de plateaux, et 10 hectares de terrains supplémentaires pourraient être proposés afin de réaliser ce projet.

À ce sujet, Serge Siritzky, personnalité reconnue du cinéma et des métiers de l’audiovisuel, disait lui-même, dans un rapport remis au CNC au mois de mars dernier, que l’emplacement et la superficie du Backlot 217 permettraient « d’accueillir un studio de taille répondant aux standards internationaux », à l’instar de ceux que l’on trouve chez nos voisins européens.

Mme la présidente. Il faut conclure, mon cher collègue.

M. Olivier Léonhardt. Dernièrement, les médias se sont également fait l’écho de ce futur « Hollywood à la française ».

Monsieur le ministre, je souhaite poursuivre cette discussion avec vous à l’issue de cette séance, car le sujet est important. Je vous remercie, madame la présidente, de m’avoir accordé quelques secondes supplémentaires. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Franck Riester, ministre de la culture. Monsieur le sénateur, c’est avec grand plaisir que j’échangerai avec vous sur ce sujet après cette séance.

Vous avez raison, les collectivités territoriales sont des acteurs essentiels de la culture et des politiques culturelles partout sur le territoire. Le rôle de l’État est d’accompagner leurs initiatives.

Vous avez évoqué la décentralisation : l’État, en matière culturelle, va aller plus loin en termes de déconcentration, en donnant davantage de pouvoirs aux DRAC. Il est prêt à envisager, région par région, comme il l’a fait en Bretagne, d’éventuelles délégations de compétence en matière d’industries culturelles, notamment de cinéma.

J’en viens au sujet particulier que vous avez abordé. Grâce à la richesse du cinéma français, à l’ambition que nous avons en matière cinématographique et audiovisuelle et aux outils qui sont à notre disposition, comme le crédit d’impôt, qui permet non seulement d’éviter la délocalisation de tournages de films ou de séries hors de nos frontières, mais aussi d’attirer des tournages venant de l’étranger, nous pouvons mener une politique de développement d’une filière « tournages » sur notre territoire.

Il existe un projet à Nice, avec les studios de la Victorine, un autre à Cannes, un autre encore dans les Hauts-de-France, où le festival Séries Mania permet d’entrevoir des perspectives très intéressantes. En région parisienne, il y a le projet que vous avez évoqué et un autre à Bry-sur-Marne, en lien avec l’Institut national de l’audiovisuel, l’INA.

On le voit, notre pays dispose d’un véritable potentiel pour développer la création audiovisuelle et cinématographique, et créer non seulement des emplois, mais aussi une véritable filière économique, au service de la création et de l’économie de notre pays.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Ravier.

M. Stéphane Ravier. Représentant plus de 100 000 emplois, le cinéma français est une industrie, qui se trouve, à son tour, gravement menacée. L’arrivée en force de plateformes telles que Netflix ou Amazon a conduit le président de Gaumont, Nicolas Seydoux, à tirer la sonnette d’alarme, en évoquant une « guerre culturelle » entre ces plateformes et le cinéma. La fréquentation des salles a même baissé de 4,3 %.

Dès lors, ceux-là mêmes qui étaient les apôtres de l’ouverture, du multiculturalisme et de la diversité dans tous les secteurs de l’économie sont pris de panique devant le scénario possible de la perte, pour certains, de juteux bénéfices, et, pour d’autres, de leur emploi. On n’hésite pas à brandir l’« exception culturelle française », sorte de préférence nationale à peine déguisée… (MM. David Assouline et Roger Karoutchi sesclaffent.)

Au-delà de l’ironie et de l’hypocrisie, convenons que le cinéma français est une exception. Avant d’être une industrie, il est un art. Si, outre-Atlantique, le cinéma rapporte, en France, il apporte : il apporte des émotions aux spectateurs grâce à des scénaristes de génie, des metteurs en scène exceptionnels, des acteurs qui, pour certains, sont devenus des monstres sacrés, au point que le calamiteux Festival de Cannes a été obligé cette année de rendre un hommage au très politiquement incorrect Alain Delon ! (M. Roger Karoutchi rit.)

De la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol aux Petits Mouchoirs, en passant par Les Tontons flingueurs, Bienvenue chez les Chtis, La Grande Vadrouille ou encore Tous les matins du monde, le cinéma français est riche d’être terriblement français. Ce qui constituait l’exception de notre cinéma, c’est qu’il était beau, vrai, indépendant, talentueux, audacieux, dérangeant, enraciné : en un mot, populaire !

Attaqués par le libéralisme consumériste et par le prêt-à-penser, qui se traduit par le prêt-à-filmer, le prêt-à-jouer, les Français se détournent d’un cinéma subventionné, politisé, aseptisé, qui ne les fait plus rêver, qui ne les divertit plus, dans lequel ils ne se reconnaissent plus.

Rappelons-nous ce cri de détresse poussé par Louis de Funès, alias Don Salluste, ministre des finances à la cour d’Espagne dans La Folie des grandeurs, alors qu’il vient d’être révoqué par la reine : « Mais qu’est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire ! » (Sourires.)

Monsieur Riester, vous qui êtes encore ministre, que pouvez-vous faire pour préserver cette exception culturelle et populaire que représente encore le cinéma français ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Franck Riester, ministre de la culture. Monsieur le sénateur, je m’en tiendrai dans ma réponse au début et à la fin de votre intervention, ayant eu quelque difficulté à suivre le reste de votre propos…

Oui, le cinéma est un art qui crée des émotions exceptionnelles, partagées par les spectateurs dans des salles dont je tiens à réaffirmer devant vous, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, la place essentielle. Ces boîtes noires rassemblent des Françaises et des Français d’origines diverses, de milieux sociaux variés, qui n’ont pas forcément les mêmes idées mais se retrouvent autour d’un film. C’est un élément fondamental, une spécificité qu’il faut défendre.

Par ailleurs, comme je l’ai dit dans mon propos liminaire, si le cinéma français est vivant, c’est grâce à soixante-dix ans de mobilisation de tous les intervenants dans la filière, les producteurs, les diffuseurs, les metteurs en scène, les réalisateurs, les acteurs, tous les techniciens qui, de près ou de loin, travaillent sur les films, les compositeurs de musique – on oublie trop souvent la dimension musicale du cinéma.

Les pouvoirs publics ont bien évidemment eux aussi joué leur rôle, en mettant en place un écosystème bénéfique à la création cinématographique française et à sa diversité, laquelle s’est une nouvelle fois exprimée de la plus belle des manières lors du dernier Festival de Cannes, qui est décidément le plus beau festival de films du monde.