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Séance du 5 octobre 2021 (compte rendu intégral des débats)

PRÉSIDENCE DE Mme Nathalie Delattre

vice-présidente

Mme la présidente. La séance est reprise.

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Situation sanitaire outre-mer

Débat organisé à la demande de la délégation sénatoriale aux outre-mer

Mme la présidente. L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la délégation sénatoriale aux outre-mer, sur la situation sanitaire outre-mer.

Nous allons procéder au débat sous la forme d’une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l’auteur de la demande dispose d’un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répond pour une durée équivalente.

À l’issue du débat, l’auteur de la demande dispose d’un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes.

Dans le débat, la parole est à M. le président de la délégation qui a demandé ce débat. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)

M. Stéphane Artano, président de la délégation sénatoriale aux outre-mer. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, au cours des dernières semaines, les outre-mer ont été confrontés à la pire crise sanitaire que notre pays ait connue depuis le début de l’épidémie de covid-19. Ce constat, c’est le ministre des outre-mer lui-même, Sébastien Lecornu, qui l’a dressé le 9 septembre dernier au Sénat lors du débat sur le projet de loi relatif à la prorogation de l’état d’urgence sanitaire dans les outre-mer.

Le rapporteur de la commission des lois, notre collègue Philippe Bas, qui est également membre de la délégation sénatoriale aux outre-mer, a eu des mots très forts pour évoquer cette situation : « Aujourd’hui, nous sommes tous Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais, Polynésiens… Nous sommes tous ultramarins. Nous avons tous une pensée pour nos compatriotes qui sont si nombreux dans le deuil, la souffrance de la maladie, l’angoisse, quand on voit l’épidémie se répandre à une vitesse dont nous n’avions jamais fait l’expérience. »

À l’heure où je vous parle, alors que l’épidémie recule dans l’Hexagone et dans certaines collectivités, d’autres territoires, comme la Nouvelle-Calédonie ou la Guyane, connaissent une flambée préoccupante. C’est ce contexte inédit dans les outre-mer, avec des pics jamais atteints auparavant, que nous devons avoir à l’esprit, alors que s’ouvre la présente session parlementaire 2021-2022 et que l’occasion nous est offerte de rappeler le lourd tribut que notre pays, et les outre-mer en particulier, a payé et continue de payer à cette pandémie.

Face à une telle situation, et après avoir échangé avec mes collègues, j’ai souhaité saisir le président du Sénat, Gérard Larcher, afin de modifier l’ordre du jour – la conférence des présidents avait prévu un débat en séance publique sur la politique du logement – pour nous consacrer entièrement à la situation sanitaire dans les outre-mer. Je tiens à remercier les rapporteurs Victorin Lurel, Micheline Jacques et Guillaume Gontard, qui ont d’emblée soutenu cette démarche et ont permis qu’un débat s’organise en priorité sur ce sujet, afin de prendre la mesure de la situation d’urgence sanitaire, encore très prégnante dans nos territoires.

Même si cette situation évolue, et on a vu au cours de ces derniers temps à quel point l’évolution pouvait être fulgurante, un tel phénomène interpelle l’ensemble de la représentation nationale.

Les taux d’incidence, le nombre de victimes, la « priorisation » durant certaines phases aiguës, la mobilisation et le dévouement extraordinaires des équipes de soignants, que nous saluons, le recours à la réserve sanitaire… tous ces faits récents nous conduisent à nous interroger sur la gestion de la crise, sur son efficacité et sur les leçons à en tirer pour chacun de nos territoires.

Par ailleurs, comme vous le savez, le président Gérard Larcher a aussi souhaité que la mission commune d’information du Sénat sur les effets des mesures prises ou envisagées en matière de confinement ou de restrictions d’activités – la mission est présidée par notre collègue Bernard Jomier et ses rapporteurs sont Jean-Michel Arnaud et Roger Karoutchi – se saisisse de la situation spécifique des territoires ultramarins pour en examiner les conséquences tant sanitaires qu’économiques et sociales. Elle va ainsi se pencher sur les causes de la dernière vague épidémique et dégager des préconisations.

Les travaux de la mission ont démarré la semaine dernière, avec une table ronde abordant ces deux volets, et les auditions vont se poursuivre jusqu’à mi-novembre. Il a été convenu – j’en remercie encore vivement le président, Bernard Jomier – que les membres de la délégation aux outre-mer y seraient associés. La mission commune va organiser notamment des tables rondes géographiques permettant de mieux appréhender la situation propre à chaque territoire.

Je tiens à saluer la démarche dans laquelle la mission a choisi de s’inscrire. Celle-ci est de nature à permettre une analyse approfondie et territorialisée. En effet, les situations sont très contrastées. Il existe des territoires qui, jusqu’à présent, ont été plus ou moins épargnés et qui ont pu prévenir la propagation du virus, alors que d’autres sont très durement frappés.

Naturellement, on ne fera pas l’économie du débat sur le taux de vaccination, sujet sur lequel beaucoup a déjà été dit, mais il est aussi important, comme l’ont souligné nos collègues Victoire Jasmin, Jocelyne Guidez ou Victorin Lurel lors de la première audition, d’appréhender les aspects information et communication sur le sujet. Ce n’est pas un hasard si, au Sénat comme à l’Assemblée nationale, les parlementaires souhaitent que l’on approfondisse les modalités d’anticipation et de gestion de la crise. Comme l’a indiqué l’une des personnes auditionnées le 28 septembre dernier : « Il faut utiliser les prochaines semaines pour se préparer nationalement et localement à une possible cinquième vague, qui, hélas, adviendra probablement. » La crise sanitaire appelle à faire preuve de responsabilité.

Hôpitaux saturés, lits de réanimations débordés, appels à la réserve sanitaire, évacuations sanitaires spectaculaires, prorogations de l’état d’urgence… la dégradation soudaine de la situation sanitaire dans certains territoires s’est traduite par des images-chocs et des bilans dramatiques. La pandémie a éclairé sous une lumière crue la réalité de l’offre de soins dans les outre-mer. C’est cette réalité qu’il convient aussi de regarder en face.

Nos inquiétudes sont également d’ordre économique. Notre délégation s’est saisie très tôt, dès le mois d’avril 2020, des conséquences de la pandémie de covid-19 sur les économies ultramarines, déjà fragilisées. Avec mes collègues Viviane Artigalas et Nassimah Dindar, nous avons dressé un premier état des lieux et produit une soixantaine de recommandations sur l’urgence économique outre-mer. La mission pourra s’appuyer sur ces travaux, ainsi que sur ceux du Conseil économique, social et environnemental et sur ceux des chambres de commerce et d’industrie des outre-mer, car ils restent d’actualité.

Au fil de nos auditions, la délégation s’était non seulement intéressée aux mesures d’urgence mises en place pour sauvegarder le tissu économique dans les outre-mer, mais elle avait aussi identifié des secteurs clés – tourisme, secteur aérien, BTP –, à soutenir après la quasi-mise à l’arrêt des activités. Elle avait également alerté sur la situation financière dégradée des collectivités locales, qui méritent aussi un accompagnement adapté.

Nos collègues nous ont d’ores et déjà alertés sur la hausse générale des prix des matières premières, du coût du fret, du prix de l’énergie et, au-delà, de nombreux intrants.

Que propose le Gouvernement face à toutes ces légitimes inquiétudes et ces multiples défis, monsieur le secrétaire d’État ? En vérité, cette crise sanitaire nous amène à soulever la question cruciale de l’avenir de nos territoires. Nous devons absolument y apporter des réponses si nous ne voulons pas continuer à subir les vagues épidémiques et leurs conséquences humaines, économiques et sociales ravageuses.

De fait, la crise a révélé de terribles inégalités entre les territoires en matière d’offre de soins. Le taux d’équipement des outre-mer en hôpitaux ou en équipements sanitaires et médico-sociaux est toujours en dessous de la moyenne nationale. Quels efforts budgétaires et quels investissements pouvez-vous annoncer pour les prochains mois ?

Compte tenu des disparités persistantes constatées selon les territoires, avec actuellement une sorte de « plateau vaccinal », comment allez-vous renforcer la pédagogie autour de la vaccination ? Comptez-vous par ailleurs renforcer le rôle des instances de dialogue et de concertation, comme les conseils territoriaux de santé ?

Quels moyens supplémentaires seront mis en œuvre pour former et recruter davantage de personnels, mieux les équiper et les rétribuer ?

Comment comptez-vous améliorer les possibilités d’évacuation sanitaire, comme l’élément militaire de réanimation (EMR), et adapter ces moyens à l’isolement et au caractère insulaire, voire archipélagique ?

Voilà quelques-unes des nombreuses questions que nous voulions vous soumettre, monsieur le secrétaire d’État. Je laisserai bien entendu mes collègues, que je remercie chaleureusement de leur présence, les compléter. Je ne doute pas que le débat sera riche. Nous attendons des réponses précises à des préoccupations concrètes faisant suite à la crise inédite que nous connaissons. (Applaudissements.)

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Adrien Taquet, secrétaire dÉtat auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de lenfance et des familles. Madame la présidente, monsieur le président de la délégation sénatoriale aux outre-mer – cher Stéphane Artano –, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi d’avoir moi aussi une pensée pour les victimes, les malades et leurs familles dans les territoires ultramarins. Je salue également les professionnels de santé qui sont à leurs côtés : certains viennent des outre-mer, d’autres de métropole.

En un peu plus d’un an et demi de crise sanitaire, la situation dans les différents territoires d’outre-mer a fortement varié, avec des trajectoires propres à chacun d’entre eux.

Je me réjouis que le débat organisé sur l’initiative de la délégation sénatoriale aux outre-mer nous permette de faire collectivement le point à date sur la situation sanitaire et d’approfondir un certain nombre de sujets grâce aux questions que vous poserez.

Aujourd’hui encore, certains territoires restent touchés par une vague épidémique de grande ampleur, mettant à rude épreuve les populations, les systèmes de soins et les organisations publiques. Vous le savez, les difficultés tiennent en grande partie à la contagiosité accrue du variant delta, mais également à une faible couverture vaccinale, ainsi qu’à des facteurs saisonniers ou structurels face auxquels nous devons sans cesse adapter notre stratégie.

La concomitance et l’intensité des vagues épidémiques ont justifié l’adoption de mesures de freinage fortes et précoces, ainsi, parfois, que leur maintien dans la durée. Comme je l’évoquais, la situation sanitaire dans les outre-mer est, à ce jour, particulièrement contrastée.

En Guyane, la situation reste malheureusement très préoccupante. Si le pic semble avoir été atteint voilà quelques jours, le taux d’incidence demeure aux alentours de 13,5 %, soit le chiffre observé le plus élevé, à égalité avec ce que l’on constate en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, le niveau actuel d’admissions en soins critiques n’avait encore jamais été atteint. L’ouest du territoire est particulièrement touché. Cette quatrième vague semble être encore en plein développement dans ce territoire, ce qui est un motif d’inquiétude.

Face à une telle situation, des actions fortes ont été entreprises. Des mesures de couvre-feu différenciées en fonction de la circulation du virus ont notamment été décidées. De plus, comme vous le savez, depuis hier et jusqu’au 13 octobre inclus, les établissements d’enseignement du second degré, c’est-à-dire les collèges et les lycées, ne sont autorisés à accueillir que les élèves des classes et des niveaux concernés par le passage d’un examen ou d’un diplôme.

Seule la zone dite « bleue », réservée à l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) de l’est, se distingue par une faible circulation virale et n’est donc plus concernée par les mesures de freinage.

Pour alléger la pression hospitalière, des renforts ont été mobilisés, avec notamment l’arrivée de cinquante personnes samedi dernier. Cette aide permet d’ouvrir de nouveaux lits de réanimation et de compenser une partie des arrêts maladie des personnels soignants.

Parallèlement, des évacuations sanitaires ont été réalisées vers la Guadeloupe et l’Hexagone.

La Nouvelle-Calédonie, où se trouve actuellement le ministre des outre-mer – il vient d’ailleurs de commencer sa semaine de quarantaine –, est toujours confinée. Si les indicateurs laissent espérer une amélioration, la saturation hospitalière constitue malheureusement encore le quotidien des soignants, qui sont surmobilisés. Là aussi, renforts et évacuations se sont multipliés. Les équipes sanitaires travaillent quotidiennement à la définition du besoin précis pour que les missions puissent être menées à bien.

Ailleurs, la situation s’est améliorée, y compris très récemment.

Dans les Antilles, la situation, tant épidémiologique qu’hospitalière, est meilleure. Les indicateurs continuent ainsi d’aller dans le bon sens en Guadeloupe et en Martinique, avec des taux d’incidence en forte baisse. En Guadeloupe, le déconfinement a débuté le 22 septembre selon un plan en trois phases, mais la vigilance doit évidemment rester de mise. À Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la situation est également de plus en plus favorable.

Il en va de même à la Réunion, où la situation sanitaire continue aussi de s’améliorer, avec une poursuite du ralentissement de la circulation virale et une diminution du nombre d’hospitalisations, d’admissions en réanimation et de décès.

En Polynésie française, la tendance générale est également à la baisse des indicateurs, permettant d’envisager une levée progressive du couvre-feu.

À Mayotte, les indicateurs épidémiologiques sont en diminution depuis plusieurs semaines, mais la prudence doit rester de mise.

Je le répète après vous, monsieur le président, nous devons rester vigilants. Là où les données montrent une amélioration, elles montrent aussi parfois, non pas un relâchement, mais une moindre mobilisation, notamment autour des dépistages.

La communication, l’information, la pédagogie et la sensibilisation doivent se poursuivre auprès des populations, des relais d’opinion et des relais communautaires pour rappeler les gestes barrières et l’importance de la vaccination. Les efforts en matière de campagne vaccinale doivent être poursuivis.

La vaccination, c’est justement ce qui permet et permettra, de plus en plus, d’améliorer la situation hospitalière. Débutée très tôt, puisque les premières doses sont arrivées dès janvier dans de nombreux territoires, la campagne vaccinale est montée en puissance progressivement, mais ne permet pas encore aujourd’hui de produire les effets attendus, du fait, vous le savez, de réticences extrêmement fortes.

La vaccination atteint un niveau satisfaisant à Saint-Pierre-et-Miquelon et s’en rapproche à la Réunion et en Polynésie, même si elle doit bien sûr être encore encouragée. La dynamique est également plutôt positive en Nouvelle-Calédonie, mais les efforts doivent se maintenir.

Trop de territoires restent cependant en retard dans cette campagne de vaccination.

En Martinique, la couverture vaccinale demeure insuffisante, et laisse craindre un retour à des niveaux élevés de circulation de virus si les mesures de freinage étaient levées trop rapidement. Même chose en Guadeloupe, où la rentrée scolaire a fait l’objet d’une vigilance renforcée. Si les taux de vaccination n’augmentent pas, une nouvelle vague n’est malheureusement pas à exclure.

La Guyane se distingue malheureusement par une vaccination très limitée en population générale, mais aussi chez les soignants.

Enjeu peut-être sous-estimé au départ, la lutte contre les fausses informations a fait l’objet d’une mobilisation complète de l’ensemble des acteurs concernés. C’est un effort collectif indispensable pour renforcer l’adhésion de nos concitoyens aux mesures nécessaires à la lutte contre l’épidémie.

Je parlais de la Guyane à l’instant. Les opérations « d’aller vers » y sont massives depuis des mois ; la promotion vaccinale y est adaptée aux différentes langues du pays, et est assurée par des professionnels et des associations de terrain, que je remercie pour leur engagement. Pourtant, les chiffres restent insatisfaisants. Les enquêtes sur l’hésitation vaccinale conduites régulièrement laissent craindre une véritable épidémie de fausses informations, et une instrumentalisation des inquiétudes relatives au vaccin. Il nous faut compter sur l’engagement de tous pour dépasser cette situation.

À Mayotte, l’agence régionale de santé (ARS) a déployé une communication extrêmement large, diversifiée, traduite en shimaoré, par exemple, pour encourager le respect des gestes barrières et la vaccination.

Vous avez aussi naturellement un rôle important à jouer, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, avec les élus locaux, sur le terrain, pour déconstruire les messages fantaisistes et alarmistes que certains se plaisent à diffuser. Je tiens à saluer la mobilisation d’un grand nombre d’entre vous et j’invite tous les élus à rejoindre ce mouvement, en responsabilité.

Depuis le début, nous affrontons ensemble cette crise sanitaire. Par-delà les différends politiques et les critiques liées aux méthodes, aux organisations ou aux temporalités – nous y reviendrons –, je pense que nous devons toujours nous retrouver lorsqu’il s’agit de garantir la sécurité et la bonne santé de nos compatriotes ultramarins.

Évidemment, la vaccination n’est pas l’unique sujet à l’ordre du jour. Parfois confrontés à des situations difficiles, devant s’accommoder de mesures d’ordre public strictes mais nécessaires, les citoyens de l’ensemble des territoires d’outre-mer ont fait preuve d’une résilience et d’une solidarité importante.

Cette solidarité s’est aussi manifestée dans l’Hexagone. Ici aussi, l’engagement des équipes médicales a été total, et elles sont venues soutenir l’action de celles et ceux déjà présents au début de la crise en outre-mer. Des renforts continuent ainsi à être mobilisés autant que de besoin pour appuyer les territoires en difficulté.

Au plus fort de la crise, et encore aujourd’hui, le Gouvernement a donc mis en œuvre toutes les mesures nécessaires pour apporter la réponse adaptée aux enjeux précis des différents territoires d’outre-mer, avec leurs spécificités. Les énergies ont été mobilisées, les organisations utiles ont été trouvées, et les défis logistiques ont été relevés.

À nous, collectivement, de garantir que cela continuera à l’avenir, bien au-delà de la crise sanitaire. C’était le sens de vos propos, monsieur le président, et c’est l’engagement du Ségur de la santé, dont les premiers effets se font sentir, avec force, dans les territoires d’outre-mer.

Ensemble, le Gouvernement, les parlementaires, les élus et autorités locales continueront ce travail partenarial qui a fait ses preuves, permettant qu’à aucun moment de la crise le moindre territoire de la République ne soit délaissé, abandonné ou mis de côté. Les outre-mer, dans toute leur diversité, leurs forces respectives, leurs préoccupations spécifiques, ont traversé et continuent de traverser cette crise sanitaire, certes en lui payant un lourd tribut, mais en pouvant compter, dès la première seconde et jusqu’à la dernière, sur la solidarité de la Nation tout entière.

Que cela soit pour moi l’occasion de remercier une fois encore l’ensemble des équipes du secteur sanitaire et social, au sein de l’Hexagone comme dans les outre-mer.

Je me tiens désormais à votre disposition pour répondre, au nom du ministère des solidarités et de la santé, aux questions que vous pourriez vous poser. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

Débat interactif

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question et son éventuelle réplique, en application du nouveau règlement sur les temps de parole. Le Gouvernement dispose pour répondre d’une durée équivalente.

Dans le débat interactif, la parole est à Mme Catherine Conconne.

Mme Catherine Conconne. Monsieur le secrétaire d’État, j’avais l’embarras du choix pour ma question, tant les sujets sont nombreux, mais j’ai choisi de vous parler d’éducation.

Des dizaines de milliers d’élèves des outre-mer n’ont pas pu reprendre normalement le chemin de l’école depuis la rentrée, et sont des victimes directes de l’épidémie de covid-19, alors même que le virus est généralement sans gravité pour eux.

Voilà plus d’un an et demi que nos enfants, nos adolescents se trouvent régulièrement, et pour de longues périodes, éloignés de leurs établissements scolaires. En 2019, avant cette crise, les taux d’illettrisme dans nos territoires étaient déjà alarmants : 35 % des jeunes faisant leur Journée défense et citoyenneté avaient des difficultés de lecture en Martinique, 30 % en Guadeloupe et 50 % à Saint-Martin, quand la moyenne nationale se situait à 11,8 % !

Les dix-huit mois qui viennent de s’écouler auront sans doute, malheureusement, aggravé cette situation dramatique. Vous savez, monsieur le secrétaire d’État, que l’enseignement à distance pose problème, chez nous peut-être encore plus qu’ailleurs, tant les inégalités sociales sont marquées. Tous nos enfants n’ont pas forcément accès à un ordinateur ou à Internet, et tous nos parents ne sont pas en mesure d’aider dans le travail scolaire… Deux enfants sur trois vivent dans des familles monoparentales, dont les mères ne sont pas toujours accompagnées pour faire face à cette situation qui perdure.

Il était certes nécessaire de repousser la rentrée aux Antilles, et je ne le discute pas, mais le retour à l’école doit être une priorité absolue, de même que la mise en place urgente de mesures ambitieuses de soutien pour que les enfants qui ont souffert de la situation puissent rattraper leur retard. Que faites-vous, que comptez-vous faire pour que les chances futures de nos enfants ne soient pas durablement compromises par la période que nous venons de traverser ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Adrien Taquet, secrétaire dÉtat auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de lenfance et des familles. Madame la sénatrice, la crise sanitaire, en effet, n’a pas été neutre pour les écoliers martiniquais, pas plus d’ailleurs qu’elle ne l’a été pour les écoliers de la métropole.

Fermées dès le 17 mars 2020, les écoles ont néanmoins pu rouvrir rapidement, car tel était le souhait, non seulement du Président de la République, mais aussi, me semble-t-il, de l’ensemble des Français. En tant que secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, j’y étais également particulièrement attaché.

En respectant des gestes barrières stricts, mais ô combien nécessaires, les écoliers ont pu retrouver les bancs de l’école. C’est ainsi le cas depuis le 13 septembre en Martinique, avec un léger décalage par rapport à la métropole.

Quels sont maintenant les impacts à moyen terme de cette crise sur l’école ? Quelles peuvent être les conséquences de cette interruption, même temporaire, de l’enseignement sur les enfants en matière d’apprentissage et d’acquisition des connaissances ?

Au niveau national, les données dont dispose aujourd’hui le ministère de l’éducation nationale montrent que les retards pris avec la crise sont en passe d’être rattrapés et compensés. Chez les jeunes enfants, la capacité à réparer rapidement ce qui a pu être fragilisé est particulièrement forte. Nous devons aussi saluer l’effort remarquable de nos professeurs, qui ont œuvré pour la maîtrise des savoirs fondamentaux en accompagnant le retour en classe des élèves depuis septembre 2020. Nous sommes fiers de cet engagement des équipes éducatives.

Nous ajoutons une volonté forte de poursuivre au bénéfice des élèves les transformations qui sont engagées depuis 2017, en dépit des aléas de la crise sanitaire. Cela passe par l’élévation du niveau général et l’égalité des chances, avec la volonté d’assurer partout la maîtrise des savoirs fondamentaux, la personnalisation des parcours et la mise en œuvre de l’école inclusive.

J’ai bien entendu votre remarque sur les difficultés liées à la fracture numérique. J’y ai été confrontée également pour certains publics dans l’Hexagone. La crise sanitaire a toutefois permis d’accélérer un certain nombre de projets visant à la réduire.

Je rappelle pour conclure les chiffres forts de l’effort éducatif en Martinique : 100 % des classes de CP et de CE1 en réseau d’éducation prioritaire (REP) y ont été dédoublées, ainsi que 46 % des classes de grande section.

Avec le ministre de l’éducation nationale, je reste toutefois particulièrement vigilant, en Martinique comme ailleurs, sur les sujets que vous avez soulevés, madame la sénatrice.

Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Conconne, pour la réplique.

Mme Catherine Conconne. Je regrette une réponse totalement stéréotypée qui ne reflète en rien la réalité.

Mme la présidente. La parole est à M. Thani Mohamed Soilihi.

M. Thani Mohamed Soilihi. Monsieur le secrétaire d’État, voilà quelques semaines, nous exprimions ici notre soutien et notre solidarité envers les territoires ultramarins, frappés de plein fouet par une vague de covid-19 sans précédent.

Nous l’avions rappelé unanimement, cette situation de catastrophe sanitaire est la résultante de nos vulnérabilités structurelles et des faibles taux de vaccination.

Sur ce dernier point, les causes sont multiples et complexes, dans des territoires où la méfiance envers les institutions de l’État est nourrie chaque jour par une désinformation accrue, engendrée par des diplômés des réseaux sociaux plutôt que par des facultés de médecine.

À cela peut s’ajouter une communication des autorités sanitaires jugée parfois trop généraliste dans certains territoires.

Depuis, nous avons voté la prolongation de l’état d’urgence sanitaire dans les outre-mer jusqu’au 15 novembre 2021. Un mois après ce dixième texte d’urgence, où en sommes-nous ?

Près de 3 millions de doses ont été livrées et 2,3 millions d’injections réalisées ; les initiatives « aller vers » ont été renforcées, montrant partout leurs effets ; des renforts sanitaires humains et matériels ont été envoyés ; les opérations Évasan ont permis d’évacuer certains de nos compatriotes vers l’Hexagone ; les mesures de confinement et de couvre-feu ont été allégées sur certains territoires.

Cet ensemble de mesures de solidarité nationale permet de limiter la propagation du virus tout en soutenant nos économies déjà bien fragiles.

Cependant, les situations sont encore très disparates selon les territoires. Je pense aux difficultés que connaissent la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie actuellement.

Monsieur le secrétaire d’État, comment pourrons-nous affronter une prochaine vague avec des systèmes de santé si fragiles ?

Que prévoit le Gouvernement pour permettre à nos territoires structurellement en retard de se doter d’un système de santé plus résilient et robuste ?

Avant de conclure mon propos, je tiens à saluer le courage de nos collègues Georges Patient, Teva Rohfritsch ou encore Catherine Conconne, qui ont adopté une ligne claire face aux colporteurs d’inepties et de contrevérités.

Le mensonge prend souvent l’ascenseur, tandis que la vérité passe par l’escalier. Ne craignons pas d’emprunter collectivement cet escalier ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)