Allez au contenu, Allez à la navigation

COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DE LA CULTURE, DE L'EDUCATION ET DE LA COMMUNICATION


Mercredi 6 juin 2018

- Présidence de Mme Catherine Morin-Desailly, présidente -

La réunion est ouverte à 09 h 30.

Audition de Mme Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente. - Avant de commencer notre audition, je souhaite la bienvenue à notre collègue Céline Brulin, en remplacement de M. Pierre Laurent. Ce dernier est désormais membre de la commission des affaires étrangères, à la suite de la démission de M. Thierry Foucaud.

Conformément aux dispositions de l'article 47-4 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, nous auditionnons ce matin, pour la première fois, la nouvelle présidente-directrice générale de Radio France, Mme Sibyle Veil sur son rapport d'orientation.

En notre nom à tous je la félicite pour sa nomination et je lui souhaite pleine réussite dans sa mission qui est aussi essentielle que difficile.

Notre commission suit depuis de très nombreuses années la situation de l'audiovisuel public et en particulier celle de Radio France.

Nous connaissons la qualité des programmes de Radio France et le grand professionnalisme de ses personnels, qui possèdent un savoir-faire unique qui doit être préservé.

Toutefois, la situation du groupe de radio public nous inquiète depuis longtemps quant à sa capacité à se réformer et à faire face à certains projets comme la rénovation de la Maison de la radio. La forte dégradation financière des comptes de l'entreprise en 2014 et l'insuffisance des réponses de l'actionnaire nous ont amené à donner un avis défavorable au projet de contrat d'objectifs et de moyens (COM) présenté par votre prédécesseur. Même si la situation comptable semble s'être quelque peu améliorée nos interrogations demeurent sur l'avenir de Radio France et nous aurons beaucoup de questions à vous poser.

Il va de soi que l'avenir de Radio France est à rechercher dans un rapprochement avec les autres entreprises de l'audiovisuel public.

Comme vous le savez, en 2015, notre commission a émis des propositions en faveur d'un rapprochement structurel progressif de l'ensemble des entreprises de l'audiovisuel public accompagné d'une réforme de son financement et de sa gouvernance. Les annonces de la ministre de la culture, lundi dernier, semblent ouvrir la voie à des changements majeurs, qui n'interviendront qu'en 2019 pour l'essentiel. Ces changements, il nous appartient de les préparer dès maintenant : sans tabou, sans « chausser » uniquement des lunettes budgétaires et dans le seul souci de l'intérêt général en gardant pour objectif une ambition culturelle et éducative.

Votre mission, madame la présidente, est donc passionnante puisqu'il vous revient de préserver l'identité et les forces de Radio France tout en préparant des rapprochements devenus inéluctables.

Mme Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France. - Le projet stratégique que je vais vous présenter est celui que j'ai porté devant le CSA, lors de mon audition publique, à l'issue de laquelle j'ai été nommée au poste de présidente-directrice générale de Radio France. Bien évidemment, il est à compléter des orientations données avant-hier par la ministre pour faire évoluer les sociétés de l'audiovisuel public.

Pour moi, le plus important est qu'un média de service public tel que Radio France ne doit pas faire ce que le secteur privé ne sait pas faire, mais il doit le faire autrement. Il doit proposer des programmes fédérant tous les publics, des émissions qui créent des liens, fabriquent l'air du temps. Nous sommes des médias d'offre et non de demande.

Radio France est une entreprise en mouvement qui a pris une avance, encore fragile, et à consolider. Cette entreprise doit affronter trois défis importants. Tout d'abord elle doit être une entreprise à l'ère du numérique. Elle doit réfléchir à la manière d'offrir au public une diversité de programmes. En outre, ses missions de service public sont interrogées par les mutations sociales, l'État actionnaire, mais aussi la représentation nationale, qui lui demandent de se repenser dans la perspective des mutations de l'audiovisuel public.

Radio France est une organisation de 4 500 salariés qu'il faut accompagner dans des stratégies financières et de modèle économique durables et équilibrées. Il faut également accompagner l'ensemble des salariés afin d'obtenir un média agile, capable de s'adapter aux évolutions très rapides à venir.

Radio France est un acteur qui a pris de l'avance. En effet, dès 2014, nous avons commencé un travail de complémentarité entre les différentes chaînes et les offres, afin d'être bien positionnés sur les missions de service public. Nous avons ainsi des chaînes d'affinités thématiques : la culture avec France Culture, la musique avec France Musique, la création musicale avec Fip. Nous avons également des chaînes tournées vers des publics, comme les jeunes avec Mouv' ou la proximité avec les stations France Bleu.

Enfin, nous avons une chaîne du lien social, qui fédère les auditeurs autour des débats sociétaux : France Inter s'adresse au collectif, en comparaison aux autres chaînes citées. Nous avons travaillé pour dupliquer les publics, afin que chaque chaîne s'adresse à un public, avec une offre identifiée. Cela a permis de nourrir l'audience. Nous avons ainsi connu la saison dernière un très bon niveau d'audience.

Sur la base de cette clarification des offres linéaires, a été développée la présence des chaînes sur le numérique, par des podcasts notamment, par nos applications, mais aussi par une présence sur tous les carrefours d'audience. Or, nous constatons que le public que nous sommes allés chercher sur Internet est venu nous écouter à la radio. On a diversifié notre public. Nous avons notamment gagné 800 000 auditeurs de moins de 35 ans. À contre-courant de nos concurrents, la part de jeunes et la diversité de notre public sont en augmentation.

Nous devons désormais anticiper pour pouvoir intégrer les évolutions très rapides des technologies qui vont venir, à un horizon de cinq ans.

Il est ainsi essentiel d'amplifier la transformation numérique en touchant aux deux bouts de la chaîne : la fabrication des contenus et la maîtrise des relations avec nos auditeurs et le public sur Internet. En effet, de plus en plus d'acteurs s'interposent entrent nos contenus et nos auditeurs. Nous devons garder la maîtrise de notre public. Il faut améliorer l'accès à nos offres. Pour cela, il est essentiel de prendre en compte le cadre de cette transformation numérique, notamment en agissant sur le renforcement de notre référencement sur les nouveaux supports. Dans les voitures connectées, il n'y a plus d'autoradio, mais une interface où nous sommes mis en concurrence avec des sites de streaming. Nous devons faire en sorte de continuer à être référencés dans les voitures ainsi que par les assistants vocaux. Ces derniers représentent une transformation très importante. Aujourd'hui, 20 % des requêtes sur Google se font par la voix. D'ici à cinq ans, cette proportion sera passée à 50 %. En effet, après avoir travaillé sur le clavier et sur l'écran digital, l'élément de connexion le plus naturel est la voix. Les commandes vocales vont se diffuser. D'ailleurs, Amazon vient de lancer cette semaine son assistant vocal et son enceinte connectée - écho. Il faut penser la manière d'être présent sur ces nouveaux supports. Nous développons actuellement une application dénommée « focus » avec Google, permettant d'accéder à la demande à des contenus spécifiques d'information.

Nous travaillons également avec l'industrie automobile. Demain, dans les voitures autonomes, le son sera en concurrence avec l'image. Nous devons l'anticiper afin que le son reste un élément important. Des innovations sont en cours, dans le domaine du son 3D notamment.

Vis-à-vis de notre public, nous devons comprendre comment évoluent les modalités de consommation des contenus. Aujourd'hui, le public a pris l'habitude de choisir le moment où il va consommer un contenu radio, télévisuel ou cinématographique. Nous devons être capables de proposer des contenus sur mesure. Par exemple, France Culture n'est pas une radio où un flux musical vous accompagne, vous avez besoin de choisir le moment de l'écoute. Le développement du numérique a permis d'accroître la connaissance des émissions de cette chaîne. Les podcasts ont fait augmenter l'audience des émissions de France Culture.

Nous devons pouvoir proposer des catalogues d'offres qui ne se périment pas en fonction de l'actualité. Les contenus des émissions comme celles de France Culture sont des contenus patrimoniaux, que l'on peut conserver à l'image d'un livre. Ces accès personnalisés nécessitent des investissements importants, notamment techniques en matière de gestion des bases de données. En outre, le rôle d'un média de service public est de prescrire du contenu culturel. En cela, il faut développer un algorithme qui va faire des recommandations, non pas par similarité, comme c'est le cas sur Facebook où vous vous retrouvez alors enfermé dans une bulle cognitive, pas qui vous ouvrira à un contenu culturel nouveau. Internet est ainsi un levier pour donner un accès plus important à nos offres. Après avoir écouté une émission culturelle sur France Inter, une émission sur France culture pourrait être suggérée. De même, après avoir écouté une émission de musique classique sur Fip, une émission sur France Musique correspondant au goût musical serait mise en avant. Cela permet d'élargir les univers de la connaissance.

Nous travaillons également sur l'interactivité. France Inter est le média du lien social. D'ailleurs, il y a quelques années son slogan était « Intervenez ». L'interactivité est très présente sur cette chaîne, tout comme sur les chaînes France Bleu. Il faut créer un univers numérique sur lequel on anime le débat, on fait vivre une agora virtuelle.

Le numérique permet d'améliorer le rôle du service public, de diversifier les publics. Il nous faut donner encore plus de singularité à nos contenus, afin qu'ils soient très distinctifs de ceux des radios concurrentes du secteur privé.

Vous le voyez, l'innovation technique a une dimension très forte. Nous étions présents au salon Vitatech il y a quelques jours, ainsi qu'à Station F dans le cadre de la mission French tech. Nous menons des partenariats avec des incubateurs. Par exemple nous travaillons sur la géolocalisation afin que des offres sur un festival culturel proche de l'endroit où vous êtes vous soient suggérées.

Avant-hier, la ministre a fait plusieurs annonces, sur lesquelles Radio France est bien positionné. L'une des priorités est ainsi la jeunesse. Elle a deux dimensions. Il faut faire en sorte que toutes les radios touchent toutes les catégories d'âge. Nos antennes doivent rajeunir. Nous avons en outre besoin d'un média générationnel. Mouv', qui vise les 12-29 ans, est très bien positionné. Il a réussi à se faire connaître ; les jeunes ont pris l'habitude de se divertir et de s'informer sur cette radio. Un sondage de l'IFOP montre que 74 % des jeunes connaissent la marque Mouv' et 49 % ont eu un contact avec elle. La proposition éditoriale de cette radio est intéressante : il y a non seulement une culture musicale urbaine, mais aussi une proposition d'informations sur des sujets du quotidien et de l'engagement civique, beaucoup de débats.

Il faut également démocratiser la culture, en étant présent à la radio, et sur le portable de chaque Français. On peut éventuellement imaginer des partenariats avec d'autres acteurs du service public audiovisuel. Dans les prochains jours, on annoncera un média social de la culture, permettant de mettre en commun des contenus culturels des différents médias, dans un format rendant possible la diffusion sur les réseaux sociaux. Cela doit notamment permettre de faire connaître la pluralité de nos offres. Nous réfléchissons également à inverser la chronologie des contenus, dans la mesure où de plus en plus de personnes écoutent une émission au moment qu'elles choisissent. Les contenus pourraient d'abord être mis en ligne puis diffusés.

Autre priorité, l'information. Franceinfo a servi de socle à un média global radio, télévisé et numérique. Il est le deuxième site Internet d'information en continu. L'audience de la radio a augmenté, grâce à la nouvelle visibilité qui lui a été donnée. L'enjeu est désormais d'augmenter l'audience de la chaîne de télévision. C'est également un média qui porte la lutte contre les fausses nouvelles. Il faut éviter une dérive américaine, où le public vient chercher des contenus qui confortent ses opinions. Dès lors comment apporter des contenus permettant de décrypter le monde ? Nous avons lancé l'émission « les idées claires » sur France Info et France culture, sur les idées reçues, qui s'appuie sur des experts.

Enfin la proximité est essentielle et j'ai beaucoup insisté sur cette priorité lors de mon audition par le CSA. Radio France est très bien positionné, avec 44 stations locales et 10 heures par jour de d'informations, d'interactivité locales. Dans beaucoup de départements ruraux, France Bleu est la première ou la deuxième radio écoutée. La ministre de la culture a annoncé vouloir créer un média de proximité global, par une coopération entre France Bleu et France 3, permettant de créer une heure en plus de programmation locale par jour, passant ainsi à 10 heures par jour pour les radios et à 6 heures pour la télévision.

Dans quelle mesure France Bleu peut-elle apporter un contenu entrant en résonnance avec cette demande ? L'offre numérique a permis la création de liens et dès l'automne, nous expérimenterons des matinales communes, des émissions politiques, la couverture d'événements culturels, sportifs, de débats liés à la problématique de l'emploi et de la formation. Le 28 mai, France Bleu et France 3 ont déjà relayé la journée de l'apprentissage pour lui donner une plus grande visibilité. En bref, il faut mettre en place une coopération intelligente entre France Bleu et France 3.

Radio France n'achète pas de contenus, elle est donc un lieu de production très important. Il faut l'ouvrir à la jeunesse et à la création. Nous allons développer des incubateurs à production, mais aussi créer un label « studio Radio France » pour développer nos ressources et valoriser ce que l'on sait faire. Je vais vous donner un exemple. L'orchestre de Radio France a enregistré la bande originale du film Valérian. C'est un soutien à l'industrie cinématographique. En outre, on rapatrie la musique de film en France, alors qu'elle est pour l'instant majoritairement produite au Royaume-Uni. C'est également générateur de ressources propres.

Enfin, l'enjeu de la trajectoire économique de l'entreprise ne doit pas être oublié, avec une trajectoire budgétaire équilibrée dans le temps.

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente. - La commission s'est lancée dans un travail d'évaluation du service public de l'audiovisuel. Nous nous intéressons notamment au rapprochement entre France Bleu et France 3. Dans ce cadre, nous nous sommes rendus à Bordeaux il y a quelques semaines.

M. Jean-Pierre Leleux. - Quelques mots peut-être avant de vous poser mes questions. Je me joins tout d'abord aux voeux de réussite exprimés par notre présidente.

Je souhaite également réaffirmer mon attachement aux propositions faites en 2015 avec notre collègue André Gattolin pour asseoir véritablement l'avenir de l'audiovisuel public.

Lundi dernier, la ministre de la culture a dessiné un constat selon lequel l'audiovisuel public restait prisonnier de la dictature de l'audience et innovait insuffisamment. Elle a aussi dénoncé la coupure avec les jeunes générations. Pour sortir de cette culture de l'audience, il faut opérer une rupture qui doit prendre la forme de la suppression de la publicité sur les antennes publiques, à la radio comme à la télévision. Je rappelle que la publicité représentait près de 48,5 millions d'euros pour Radio France en 2017 et qu'elle est de plus en plus audible sur les antennes et visible sur les sites du groupe.

Or il y a une contradiction dans les orientations présentées lundi par la ministre puisqu'on ne peut renforcer l'ambition dans les programmes, réaffirmer la spécificité de l'audiovisuel public, évoquer des objectifs en termes d'éducation et de culture sans que soit évoqués parallèlement le sort de la publicité et la question globale du financement.

Autre sujet d'interrogation, les économies sur lesquelles le Gouvernement reste très discret. Or la réduction des effectifs constitue le seul véritable levier pour faire des économies et les mutualisations à travers des regroupements de rédactions et de services au niveau national comme local ne sont qu'à peine esquissées.

J'en viens à mes questions, Madame la présidente, qui seront au nombre de quatre. Je vous serais reconnaissant de répondre successivement à chacune d'elles.

Concernant tout d'abord le contrat d'objectifs et de moyens. Souhaitez-vous qu'il soit modifié pour tenir compte de la situation actuelle de l'entreprise et de votre projet ou bien pensez-vous que le document actuel, préparé par votre prédécesseur, doive perdurer, même s'il ne reflète plus la réalité ? Quels sont vos axes de transformation de l'entreprise qui ne figurent pas dans ce document ?

Mme Sibyle Veil. - Le contrat d'objectifs et de moyens (COM) est un outil indispensable pour se projeter sur une trajectoire pluriannuelle. On s'est d'ailleurs beaucoup appuyé dessus. Cet outil doit être crédible pour pouvoir engager des discussions sur cette base avec l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise. Il couvre actuellement la période 2015-2019. L'année 2019 sera ainsi consacrée à la négociation de la prochaine trajectoire pluriannuelle. Toutefois, à chaque changement de majorité, il y a une inflexion de la vision qu'a l'État pour le service public, mais également de sa trajectoire financière. Peut-être faut-il revoir cet outil pour qu'il se cale sur le mandat gouvernemental ?

Le contrat d'objectifs et de moyens comprenait une dimension de clarification des offres, de modernisation de l'entreprise, qui est en cours, et de redressement de la situation financière. Il a permis la mise en place d'un outil de gestion modernisé, avec un pilotage budgétaire, un contrôle interne, un suivi d'objectifs et une gouvernance modernisée. Les recommandations de la Cour des comptes ont été prises en compte pour gagner en efficience. Au total, nous avons fait mieux que la trajectoire prévue par le COM. Il prévoyait un déficit de 19 millions d'euros en 2015, celui-ci fut au final de 13 millions d'euros et nous sommes, en 2018, à l'équilibre. Il y aura certainement des échanges lors du prochain projet de loi de finances sur les moyens budgétaires donnés pour la dernière année du COM.

M. Jean-Pierre Leleux. - Concernant les programmes, vous évoquez dans votre rapport d'orientation la nécessité - que nous partageons - pour Radio France de s'adresser au public le plus large possible. C'est un vrai sujet d'autant plus que tous les Français ne se sentent pas représentés sur certaines antennes. J'ai pris connaissance avec intérêt du rapport d'exécution du COM pour 2017 et notamment de l'indicateur relatif à la perception de l'image de Radio France. Sur les 19 affirmations testées auprès du public, les trois résultats les moins satisfaisants concernent, dans l'ordre, l'indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, l'indépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques et l'impartialité dans la présentation de l'information. Quelles évolutions éditoriales envisagez-vous pour répondre à cette défiance d'une partie du public ?

Mme Sibyle Veil. - Une enquête d'opinion portant sur la perception, par essence, ne reflète pas la réalité. Le rôle du PDG de Radio France est d'assurer l'indépendance de ses médias et de ses rédactions. C'est notre crédibilité qui est en jeu, et aucun compromis n'est possible sur cette indépendance. En ce qui qui concerne les intérêts économiques, nous sommes très peu dépendants de la publicité. Elle représente une ressource de 40 millions d'euros sur un budget total de 670 millions d'euros et leur présence est très faible sur notre antenne. Ces dernières années, ce n'est pas le volume de publicité qui s'est accru, mais sa diversité. C'est peut-être l'une des raisons pour laquelle on a l'impression qu'il y en a plus. L'audience a continué à augmenter malgré cette diversification. Pour rappel, il n'y a que trois minutes de publicité sur les deux heures de matinale.

La perception de l'impartialité de l'information est compliquée et vous avez raison de vous interroger sur ce point. Nous travaillons beaucoup sur les retours de nos auditeurs. D'ailleurs, le retour fait par Médiamétrie, une fois par trimestre, n'est pas suffisant. Il nous faut des indicateurs qualitatifs et plus réguliers, afin que l'antenne s'approprie mieux ces retours du public. Nous allons lancer en juin une grande enquête participative sur nos contenus puis à la rentrée, nous allons mettre en place une plateforme participative par chaîne, avec une ouverture qui se veut la plus large possible.

M. Jean-Pierre Leleux. - Concernant la masse salariale, notre commission avait regretté l'absence de véritable baisse dans le COM. Le rapport d'exécution pour 2017 indique que non seulement la masse salariale ne diminue pas mais qu'elle continue à augmenter puisqu'elle a atteint 406,2 millions d'euros en 2017, contre un objectif de 394,6 millions d'euros. Comment expliquez-vous ce dérapage ? Comment se fait-il que vos outils de pilotage financier n'aient pas permis de mettre en évidence cette dérive ? Quel est, enfin, votre objectif de baisse de la masse salariale dans les deux ans qui viennent ?

Mme Sibyle Veil. - Sur ce point, il faut regarder la tendance, et pas seulement l'objectif fixé par le COM. Nous avons développé des offres supplémentaires. Par exemple, pour la chaîne télé Franceinfo, tout est produit en interne et cela se traduit sur la masse salariale. Mais, cela n'a pas entraîné une déviation de la trajectoire budgétaire. Les économies ont été faites sur d'autres postes de dépenses. En outre, il y a eu beaucoup de départs, nécessitant des mesures pour les financer. La réduction des effectifs s'accompagne toujours à moyen terme de décaissement de trésorerie. L'un des éléments de la trajectoire du COM concernait le nombre de contrats à durée déterminée. Nous sommes en conformité avec cette trajectoire, à un écart près. Nous allons un peu plus lentement. Aussi, en 2018, nous allons continuer les efforts de 2017, et alors que le COM prévoyait pour cette année, le remplacement d'un départ sur deux, nous allons rester sur le niveau de 2017 avec le remplacement d'un départ sur trois. Il y a ainsi une année de décalage. La variable la plus difficile à maîtriser est celle des CDD. En effet, tout étant produit en interne, nous avons besoin d'y recourir pour remplacer des gens partis en vacances.

M. Jean-Pierre Leleux. - Ma dernière question concerne le chantier de la Maison de la radio. Le coût final estimé était en février 2017 de 432 millions d'euros. Depuis lors, le rapport de M. Weiss a actualisé le coût final estimé entre 447 et 453 millions d'euros à la date de juin 2017 auxquels s'ajouteraient d'ici 2023 entre 66 et 86 millions d'euros du fait des retards accumulés et des défauts du chantier. Pouvez-vous, dans ces conditions, nous indiquer le nouveau coût final estimé en 2023 compte tenu du scénario retenu ?

Mme Sibyle Veil. - C'est un chantier qui se déroule en site occupé. Nous continuons à produire à côté des marteaux piqueurs. Cette difficulté, liée notamment aux vibrations, avait été sous-estimée. En 2008, la fin de chantier était prévue pour 2015, 2016. En réalité, il faut déménager au fur et à mesure les antennes.

Ce chantier est dû à l'injonction de la préfecture pour la sécurité incendie. Nous cassons des pans entiers pour modifier les orientations des sorties de secours. En outre, le chantier s'accompagne d'une opération de désamiantage. De manière très concrète, nous avons délocalisé une partie de nos bureaux et outils de travail à l'extérieur du bâtiment, avec des déménagements réguliers.

Le nouveau calendrier essaie de définir une date réaliste. Un expert mandaté par l'État doit apporter de l'objectivité.

En outre, la dimension contractuelle et financière ne doit pas être occultée. Il faut gérer les marchés. Nous avons étudié les différents scénarios. Nous n'avons pas décidé de résilier les marchés, scénario le plus coûteux, mais avons choisi une version intermédiaire. Les règles de la commande publique ont une dimension pénale et on ne peut pas transiger là-dessus. Nous sommes dans l'attente du scénario juridique avant de pouvoir chiffrer précisément les moyens nécessaires. Nous les estimons actuellement à 66 millions d'euros, peut-être un peu plus. La fin des travaux est prévue pour fin 2022, avec un réeménagement en 2023.

Une des raisons du retard tient à l'extension du chantier aux studios moyens, situés à la base de l'édifice. L'injonction préfectorale prévoyait de les réhabiliter dans un second temps. Tous les travaux d'experts ont indiqué qu'il était plus économe de les faire en même temps, ce qui a été fait. Enfin, l'équipe a en partie été changée, pour une plus grande maîtrise.

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente. - Les montants en jeu laissent rêveurs les élus locaux que nous sommes et qui peinent à trouver des financements pour aider des projets locaux.

M. Jacques Grosperrin. - J'ai apprécié votre présentation très directe. Je souhaite rendre hommage à France Bleu. Je suis inquiet du rapprochement entre ces stations et France 3. France Bleu devra ainsi passer le nombre d'heures de contenus locaux à 13 heures par jour. De manière très concrète, qui va assurer la charge financière de cette augmentation de contenus et de ce rapprochement : France Bleu ou France 3 ? Comment faire travailler ensemble deux cultures différentes ? France Bleu est spécialisé dans la réalité du quotidien. Il peut y avoir une difficulté à travailler avec France 3. Qui va dessiner la ligne éditoriale ? Enfin, le modèle de Franceinfo fonctionne-t-il bien ?

M. André Gattolin. - Je salue vos développements sur les évolutions technologiques à venir. Les assistants vocaux risquent de conduire à une fragmentation par des intermédiaires qui ne sont ni nationaux, ni publics.

La proximité ne doit pas seulement être vue par le prisme géographique. France Inter développe une proximité affinitaire : grâce à la relation créée avec l'auditeur, Qualimat avait été créé en 1974. L'expérience a été à nouveau tentée à Radio France depuis 1990 avec Ipsos, qui a élaboré des indicateurs. C'est une très forte richesse, car cela remet les auditeurs et télespectateurs au coeur du projet.

Enfin, qu'en est-il des fictions radiophoniques ? France Culture produit des contenus, France Inter aussi. Y-a-t-il une unité commune dédiée à la fiction ? France Bleu et les territoires mériteraient aussi d'en faire. La fiction est dans l'âme de la radio. Je rappellerai seulement l'existence en 1946 de « Plateforme 70 ou l'âge atomique » qui a été un grand moment radiophonique. On ne peut pas faire que des débats.

M. Michel Laugier. - Le Président Macron a tenu des propos très durs vis-à-vis de l'audiovisuel public. Comment cela a-t-il été ressenti à Radio France ?

Comment voyez-vous concrètement le rapprochement entre France Télévisions et Radio France ? Quelle est la part du budget consacré au numérique, et quelle est son évolution ? Enfin, Franceinfo est désormais à la fois un média radiophonique et télévisuel. Va-t-il y avoir une rationalisation de l'offre des chaînes d'informations ?

M. David Assouline. - Je vous félicite pour votre nomination par le CSA et j'insiste sur cette instance de nomination. Ce n'est pas l'État qui vous a nommée, et c'est essentiel pour assurer l'indépendance de Radio France. Vous avez la chance d'être à la tête d'une entreprise magnifique, dont les salariés font du bon travail et sont perçus comme de vrais professionnels, à une époque où on demande à chacun de faire un peu de tout.

L'enjeu du service public n'est pas de rechercher de l'audience, mais de faire de la qualité et de permettre à son audience d'avoir accès à la culture.

Dans la collaboration à venir avec France Télévisions, comment allez-vous défendre la radio qui repose sur un imaginaire particulier ? Nous sommes aujourd'hui dans une civilisation de l'image. Comment ne pas tuer la spécificité de la radio, car ce qui ne passe que par le son permet l'imaginaire ?

J'ai trouvé très maladroite, voire choquante, la présence de l'ensemble des patrons de l'audiovisuel public derrière la ministre de la culture avant-hier, au regard de la perception de votre indépendance. Vous n'êtes pas des hauts fonctionnaires d'une administration centrale.

La manifestation de votre indépendance s'est peut-être faite dans l'annonce des matinales communes entre France Bleu et France 3, puisque vous avez indiqué qu'elles concerneraient Paris et Aix-en-Provence, au moment où la ministre annonçait que ni Paris ni Marseille n'étaient visées.

Près de 300 millions d'euros d'efforts budgétaires vont être demandés d'ici 2022, avec 50 millions d'euros prévus dans le prochain budget. Dans ces conditions, pensez-vous être en mesure de pouvoir assumer vos missions actuelles ?

M. Pierre Ouzoulias. - Le chantier de la réhabilitation de Radio France a été une dérive sociale, avec un recours massif à des travailleurs détachés.

À titre personnel, à part le rugby, je ne regarde plus la télévision. Pour moi, en tant qu'élu, la radio est très utile, car elle permet de faire connaître des pluralités d'opinion et de les confronter.

Comment est assurée votre indépendance ? Dans la presse, il y a un conseil éditorial auxquels participent les journalistes. Comment renforcer la gouvernance démocratique pour la définition de la ligne éditoriale ? L'indépendance des médias vient aussi de l'intérieur.

Mme Sibyle Veil. - La coopération entre France Bleu et France 3 doit se faire dans le maintien des spécificités des contenus. Je partage votre question tout comme les équipes. L'expérience de France Info a montré qu'exposer certains contenus à la télévision nécessite une réflexion particulière. L'exemple de la matinale belge est intéressant à suivre, car certaines chaînes radiophoniques et télévisuelles ont déjà sauté le pas. Pour moi, le rapprochement doit se faire à partir de la radio, car son modèle de production est beaucoup plus économe. Il suffit de l'enrichir pour faire de la télévision. Il ne faut pas non plus trahir l'ADN de France Bleu et de ses 44 stations locales. La matinale constitue également un enjeu de service car elle donne des informations sur l'actualité immédiate, le trafic routier.

L'expérimentation nous permettra de dégager ce qui a du sens. Sans doute, cela sera le cas dans les agglomérations. Par ailleurs, la production ne doit pas coûter plus cher, ni faire faire des économies sur les radios. Je préfère que l'on continue à faire de la radio, d'autant que France Bleu est la structure la plus rationalisée, après les dernières réformes. L'effectif moyen est de 30 personnes par station, ce qui ne permet pas de produire des images. Le défi est donc double : trouver le moyen de produire des images et rencontrer un intérêt éditorial.

Il y a eu entre la ministre et moi un quiproquo, mais nous parlions de la même chose. Je faisais référence aux stations, et elle aux régions. Une expérimentation va également être menée en Bretagne sur des débats politiques. J'ai rencontré, il y a quelques mois, M. Jean-Noël Jeanneney qui était PDG de Radio France dans les années 1980 où il avait développé le réseau des radios locales.

L'enjeu de la ligne éditoriale de France Info est important : il faut faire des choix qui marquent pour rencontrer un public. La gouvernance est donc importante.

La convergence existe déjà sur Internet. Des coopérations doivent être engagées sur les sites, d'autant plus que l'enjeu de visibilité est important, de sorte de générer suffisamment de puissance et de trafic. Nous allons apporter nos contenus respectifs et coproduire des contenus en commun conçus pour le numérique.

La fiction est un enjeu important. Radio France est le premier employeur de comédiens en France. Les podcasts sont un terrain d'exploration. Il faut continuer car le public adhère à cette démarche et les enceintes des assistants vocaux peuvent donner une deuxième vie à la fiction.

Pour pouvoir faire des propositions aux auditeurs, il faut être capable d'analyser les données. Souvent nous n'en disposons pas car elles sont sur les réseaux sociaux. Ces derniers communiquent assez peu avec nous. En tant que service public, nous devons être exemplaires dans la manière dont les données sont récoltées. L'exemple de Cambridge analytica a démontré les problématiques auxquelles nous sommes confrontés.

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente. - La traçabilité des entreprises traitant les données est primordiale.

Mme Sibyle Veil. - Nous sommes au début de cette aventure et nous devons engager des investissements importants dans la collecte de données. Par ailleurs, il faut être vigilant dans le choix des entreprises qui traiteront ces dernières.

Les prises de position du Président de la République ont suscité des questions en interne. Les équipes de Radio France sont très fières de ce qu'elles font et nous le faisons valoir auprès de l'État actionnaire.

Radio France peut être le fer de lance de la réforme de l'audiovisuel public, car sur plusieurs aspects, nous avons défriché les enjeux.

Les annonces faites avant-hier par la ministre ont été coconstruites avec les entreprises publiques de l'audiovisuel. Elles appuient et donnent une impulsion à ce que nous avons réalisé en interne. Toutefois, il ne faut pas qu'elles conduisent à travestir l'identité de la radio. En outre, toute transformation a un coût, notamment en début de période. Nous avons procédé à un travail sur nos métiers et notre organisation afin d'agir sur les coûts de fonctionnement. Enfin, je vais travailler avec les syndicats pour faire évoluer les métiers des salariés de Radio France en raison des avancées technologiques.

La part du budget consacré au numérique est en augmentation, et au-delà de ce que prévoyait le COM. Nous avons effectué des redéploiements importants en interne pour ne pas dégrader le redressement financier. Des gains de productivité ont été réalisés. Nous construisons un socle pour l'analyse des données, mais il faudrait au moins multiplier par trois les investissements dans ce secteur.

Orson Welles disait qu'à la radio, l'écran est plus grand qu'au cinéma. Les générations les plus jeunes sont des générations d'images. Elles ont grandi avec YouTube, et consomment des contenus en les regardant sur leur téléphone, elles interagissent sur la base de l'image. Il nous faut travailler l'image dans le cadre du numérique. Il faut de la spontanéité que ne possède pas la télévision.

Nos contenus doivent continuer à être référencés par les assistants vocaux, en réponse à des questions des internautes. Nous travaillons pour pouvoir utiliser nos contenus en réponse, et les concevoir pour qu'ils puissent être accessibles en tant que références. Il faut rester sur le son, et ne pas faire ce que l'on ne sait pas faire.

Le président d'un média doit garantir l'indépendance de celui-ci. Mais, et je tiens à le dire, je n'ai pas eu connaissance d'intervention politique ces dernières années. Cela ne se fait plus, car cela ne serait pas accepté par les journalistes. Avec la transparence qui existe aujourd'hui, cela se saurait immédiatement. Il n'y a donc plus de demande politique en ce sens.

Nous n'avons pas pour l'instant d'informations sur la future trajectoire économique. Des chiffres apparaissent dans la presse, mais il reste trop d'inconnus : quel sera le montant ? Comment sera-t-il réparti entre les médias ? Comment se répartira-t-il année par année ? La transformation que nous connaissons demande un investissement important au démarrage. Ces derniers doivent bénéficier à l'ensemble de l'audiovisuel. Ce qui serait préjudiciable c'est que le financement du chantier de réhabilitation de Radio France entraîne un rétrécissement des offres.

Enfin, je tiens à rappeler que nous disposons de studios capables de réaliser des émissions télévisées, car ils accueillaient autrefois l'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF).

M. Claude Kern. - Quel est l'avenir des stations Fip dans les régions ? De nombreux auditeurs et animateurs de Fip sont inquiets du projet de Radio France de supprimer des animations locales. Or, ce sont elles qui suscitent l'intérêt des auditeurs. La possibilité de retrouver ces informations sur le site Internet national ne suffit pas à pallier à la suppression de ces animations locales. Les stations Fip proposent de créer cinq stations réparties sur l'ensemble du territoire. Quelle suite allez-vous donner à cette proposition ?

Mme Catherine Dumas. - J'ai été très frustrée par les annonces de la ministre. Plus le monde est grand et le son voyage, plus nous avons besoin de proximité. C'est une des missions essentielles du service public. Comment comptez-vous développer cette mission essentielle, notamment en termes d'emplois et de vie quotidienne ?

Mme Maryvonne Blondin. - Dans les nouveaux temps de décrochages locaux, une place aux langues régionales est-elle prévue ?

Dans certaines régions, des organes de presse régionale ont mis en place des télévisions locales. Cela sera-t-il pris en compte dans le rapprochement entre France Bleu et France 3 ?

En matière de ressources humaines, estimez-vous avoir les compétences nécessaires pour mener à bien les évolutions que vous avez présentées ? Quelle est la politique de Radio France en matière de responsabilité sociale ? Enfin, pouvez-vous apporter des précisions sur la situation des intermittents recrutés par Radio France ?

Mme Annick Billon. - Quelle a été et va être la part des investissements en 2017, 2018 et 2019 ? Vous êtes la première femme à la tête de Radio France depuis 1981. cela a-t-il une importance à vos yeux ? Notre commission a mené une audition commune avec la délégation aux droits des femmes de Mme Sylvie Pierre-Brossolette, qui nous a indiqué que la part des femmes expertes intervenant dans les médias était limitée. Vous fixez-vous des objectifs dans ce domaine ?

Pouvez-vous nous présenter le rétroplanning de la coopération prévue avec France 3 ?

Quel public touchez-vous par le numérique ? L'investissement numérique vous a-t-il permis de toucher de nouveaux publics, notamment plus jeunes ?

Mme Colette Mélot. - Je salue les ambitions sur le numérique et la jeunesse annoncées avant-hier, ainsi que la plateforme de décryptage des fake news et le maintien de la suppression de la publicité après 20 heures.

Je suis en revanche dubitative sur les réformes de structure et surtout le rythme de leur mise en oeuvre. La ministre a expliqué que l'audiovisuel allait devenir un média qui anticipe les mutations liées à la technologie et aux modes de diffusion à venir. Elle a parlé du haut débit. Pour nous qui représentons les territoires, nous souhaitons rappeler les difficultés rencontrés par certains d'entre eux. Certes, le haut débit doit être généralisé d'ici 2022. Peut-il y avoir un frein à votre ambition de développement du numérique en raison des difficultés à connecter certains territoires au haut débit ?

Mme Sibyle Veil. - La réforme de Fip part d'un constat. Fip a un rôle de soutien à la création, de diffusion d'activités culturelles, en irriguant toutes les régions de France, et pas seulement les villes. Le redéploiement doit pouvoir couvrir l'activité culturelle de l'ensemble et pas seulement celle des villes où se situe la station.

Nous devons garder nos radios de proximité, car elles nous permettent de répondre aux sujets du quotidien : l'emploi, l'actualité sportive et culturelle, l'information. Elles représentent nos auditeurs, et nos auditeurs se sentent représentés à travers les animateurs et intervenants de ces antennes. Aussi, il faut bien penser la complémentarité entre les radios de proximité et les télévisions régionales.

Vous avez évoqué les télévisions locales développées par des organes privés. Plus il y a d'offres dans ce secteur, plus il y a des rencontres avec le public. En effet, si plusieurs chaînes locales existent, cela crée des habitudes. Elles ne se cannibalisent pas, mais s'additionnent. En revanche, nous devons voir comme nos médias peuvent s'insérer dans ce qui existe déjà. Nous devons dialoguer avec la presse quotidienne régionale, qui connaît actuellement des difficultés financières.

Les réorganisations doivent se faire dans le respect du dialogue social. Au cours des dernières années, beaucoup de « permittents » ont été intégrés en CDI. Nous avons toutefois des vrais intermittents, dans les salles recevant du public, et des comédiens. Nous sommes vigilants sur les conditions qu'on leur offre, notamment en termes d'heures travaillées.

Entre 2017 et 2018, les investissements ont fortement augmenté. Ils ont porté sur l'infrastructure technique. Nous avons également investi dans la formation des employés.

Je suis la première femme nommée à la tête de Radio France depuis 1981, c'est un enjeu de diversité. La part des femmes expertes sur nos antennes a augmenté et je soutiens cette démarche. D'ailleurs, dans les enquêtes sur la perception de la diversité dans les médias, nous sommes bien placés, notamment sur France Inter. Des progrès sont encore à faire sur d'autres antennes. Aujourd'hui, environ 40 % des experts sont des femmes.

Les langues régionales constituent un enjeu important. Certaines de nos stations y sont particulièrement sensibles. Je pense à France Bleu Elsass, France Bleu Breizh Izel, ou France Bleu Corse Frequenza Mora. Nous allons continuer à les soutenir.

La coopération entre France Bleu et France 3 est prévue pour l'automne. Cela prend du temps, car il faut concevoir son plan éditorial et son modèle économique. Une coopération plus rapide aura lieu en matière de numérique. Plusieurs vont voir le jour dans les prochaines semaines. La plateforme sur les fake news va être mise en ligne aujourd'hui. Elle sera annoncée ce soir lors du comité stratégique. Un média social de la culture sera en ligne pour la saison des festivals. Il faut refléter l'ensemble des festivals qui animent l'activité culturelle dans les régions. Il sera disponible aux alentours du 21 juin. Enfin, une plateforme éducative gérée par France Télévisions va être créée et nous y contribuerons.

Le rythme du déploiement du haut débit pose la question de la bascule vers une offre délinéarisée. Tant qu'il n'y a pas de haut débit sur l'ensemble du territoire, le réseau hertzien restera. Aujourd'hui 88 % de l'écoute radio se fait par le hertzien. Il ne faut pas basculer trop vite. D'ailleurs, dans d'autres pays, certains médias qui l'ont fait ont perdu des auditeurs. En outre, c'est un enjeu d'égalité territoriale.

Nomination de rapporteurs

La commission désigne M. Stéphane Piednoir rapporteur sur la proposition de loi n° 941 (AN) relative à l'interdiction de l'usage du téléphone portable dans les écoles et les collèges sous réserve de son adoption par l'Assemblée nationale et de sa transmission.

Par ailleurs, la commission désigne M. Laurent Lafon rapporteur pour avis sur le projet de loi n° 904 (AN) pour la liberté de choisir son avenir professionnel sous réserve de son adoption par l'Assemblée nationale et de sa transmission.

Audition de M. Patrick Bauret, secrétaire général de la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (FILPAC-CGT), M. Pascal Lefèbvre, secrétaire fédéral, administrateur de la Fédération, et M. Pascal Le Boulc'h, membre du Bureau fédéral, responsable fédéral de la communication et de la vie syndicale

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente. - Nous continuons notre travail sur la crise de Presstalis et notre réflexion sur l'avenir de la distribution de la presse. Après avoir entendu la semaine dernière M. José Ferreira, président des Messageries lyonnaises de presse (MLP), nous avons le plaisir d'accueillir ce matin MM. Patrick Bauret, secrétaire général de la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (FILPAC-CGT), Pascal Lefèbvre, secrétaire fédéral, administrateur de la Fédération, et Pascal Le Boulc'h, membre du Bureau fédéral, responsable fédéral de la communication et de la vie syndicale.

M. Michel Laugier, rapporteur. - Comment analysez-vous la crise en cours à Presstalis ? Y-a-t-il une différence entre les déposants au niveau 2 et notamment quelle est la situation des dépositaires de Presstalis, dont certains sont en grande difficulté financière ? Comment les collaborateurs de Presstalis ont-ils accueilli le plan présenté par la présidente et quelle est la nature du dialogue existant avec la direction ?

M. Patrick Bauret, secrétaire général de la FILPAC-CGT. - Je vous remercie de votre invitation et tiens tout d'abord à préciser que notre organisation couvre l'ensemble du secteur de la presse.

Très attachés à la presse, nous sommes particulièrement inquiets des annonces de réforme de la loi Bichet de 1947. Cette loi est l'un des fondements du pluralisme de l'information dans notre pays. Trois grands principes devront guider toute évolution de la loi : liberté et indépendance de la diffusion, solidarité coopérative entre éditeurs et impartialité de la distribution. Nous refusons que la presse soit placée sous le joug du marché ou de l'État. La loi Bichet garantit depuis 1947 une distribution de tous les titres sur l'ensemble du territoire et il est indispensable de préserver ce principe.

S'agissant des messageries, nous ne pouvons que déplorer l'accumulation de mauvaises décisions stratégiques qui, au final, les ont appauvries, en dépit d'importantes aides de l'État, de modifications législatives et de plans de licenciement successifs.

Les aides à la presse ont été dévoyées : elles ne jouent plus leur rôle et contribuent aujourd'hui à la concentration des titres au lieu d'en favoriser la diversité et le pluralisme. Nous proposons de concentrer les aides de l'État sur les titres en difficulté et dans les zones géographiques les plus difficiles à desservir.

Nous appelons enfin de nos voeux un meilleur contrôle des géants de l'internet afin de garantir le pluralisme et la liberté d'information, fondements de notre démocratie.

M. Pascal Le Boulc'h, membre du Bureau fédéral de la FILPAC-CGT, responsable fédéral de la communication et de la vie syndicale. - Je tiens à préciser que nous ne sommes qu'une fédération et que nous ne nous substituons pas aux syndicats qui négocient avec la direction. Nous n'avons donc pas de relations privilégiées avec la direction de Presstalis dans ce dossier.

S'agissant de notre analyse de la crise de cette entreprise, nous regrettons l'empilement des plans (le premier remonte à 1982 !), sans réforme structurelle. Le niveau 3, qui concerne la distribution, y est régulièrement oublié et il manque toujours une autorité de surveillance du secteur, qui contrôle notamment les aides à la distribution de la presse.

Nous sommes favorables à une fusion des deux messageries existantes, Presstalis et les MLP. L'actuelle concurrence organisée au sein de ce duopole est mortifère et aboutit à une situation de concurrence déloyale entre les deux entreprises.

En matière de gouvernance, nous ne sommes pas favorables à confier la surveillance du secteur à l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) pour deux raisons principales : les enjeux de la distribution postée ne sont pas les mêmes que ceux de la distribution au numéro et l'ARCEP a déjà un nombre significatif de missions. Nous serions en revanche plus favorables à confier cette responsabilité au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui pourrait ainsi garantir le respect des principes éthiques de la loi Bichet et assurer le contrôle des aides à la presse aujourd'hui dévoyées au profit des plus gros titres et des territoires les plus faciles à desservir.

M. Michel Laugier. - Quelle est votre analyse des difficultés rencontrées par le niveau 2 ?

M. Pascal Le Boulc'h. - Nous sommes passés en quelques années de 1 200 à environ 40 dépositaires. Le niveau 2 est inévitablement impacté par le niveau 1. Certains territoires connaissent d'importantes difficultés. C'est le cas de la région parisienne qui est un territoire difficile à desservir, où les deux messageries n'empruntent pas les mêmes canaux et où la succession des plans sociaux a eu un impact sur les compétences et partant, sur la qualité de la distribution.

M. Michel Laugier. - Quelle est votre perception, en tant que membre du personnel, du plan présenté par la présidente de Presstalis?

M. Pascal Lefèbvre, secrétaire fédéral de la FILPAC-CGT, administrateur de la Fédération. - Ce plan a été imposé par la présidente sous la menace d'une liquidation judiciaire de l'entreprise. Il a certes été signé par notre organisation mais dans le but d'offrir aux salariés concernés des mesures d'accompagnement social.

Sur le fond, ce plan, qui réduit la masse salariale et retire certaines compétences au siège, ne résout rien et n'apporte aucune amélioration structurelle. Il est à craindre qu'un nouveau plan de restructuration ne soit nécessaire à très court terme.

Un nouveau syndicat patronal est en train de se constituer et de pousser l'idée, notamment auprès des parlementaires, d'une concentration des aides à la presse sur les seuls titres d'information politique et générale (IPG). Nous y sommes très hostiles et considérons qu'une telle évolution serait contraire à la loi de 1881, aux ordonnances de 1944 et à la loi Bichet de 1947. Certains titres, comme Lesbia Magazine, Têtu, ou les magazines consacrés à la chasse ou à la pêche, qui bénéficient des aides à la presse, en seraient désormais exclus. Cela nous semble contraire à la liberté d'information des citoyens et au pluralisme.

M. Michel Laugier. - Vous préconisez la fusion des deux messageries existantes mais sur quel modèle, celui de Presstalis ou celui des MLP ? Par ailleurs, ne faudrait-il pas distinguer entre les « flux chauds » et les « flux froids » ?

M. Pascal le Boulc'h. - Je n'ai pas d'idée préconçue sur le format du groupe qui résulterait de la fusion que nous préconisons entre les deux messageries. Il n'y a pas d'opposition de principe à une distinction entre les flux chauds et les flux froids. On voit bien que certains titres profitent du système : mots fléchés, gadgets et « faux numéro 1». Ces titres viennent alourdir la distribution et le législateur doit en tenir compte, même si les barèmes prennent déjà en compte la distinction entre les quotidiens et les magazines. Il est en tout état de cause nécessaire de réaliser une mutualisation qui éviterait de travailler avec deux plates-formes.

M. Pierre Ouzoulias. - Je veux attirer votre attention sur la question de l'impact du numérique. Sur internet, je dispose d'alertes qui me permettent d'être informé en direct des sujets qui m'intéressent. Ce système est rentable pour Google qui bénéficie donc indirectement d'une information qu'il ne produit pas. Il me semble donc que les bénéficiaires du système doivent être mis à contribution.

M. Patrick Bauret. - J'abonde dans votre sens et je veux même aller plus loin : les GAFA doivent financer la distribution et la presse. Les kiosques numériques doivent diffuser toute la presse, pas uniquement celle qu'ils choisissent suite à des accords commerciaux. Le respect du pluralisme en dépend. Sous la précédente législature une « taxe Google » avait été mise en place, principalement pour aider au développement du numérique car, comme vous le savez, ce dernier est beaucoup moins rentable que la presse papier. Les acteurs de l'internet doivent entrer dans le système de la loi Bichet et y contribuer. Le problème se pose de manière cruciale dans les zones rurales où il est difficile d'accéder à l'information. Si l'on veut éviter cela, le numérique doit compenser, s'impliquer et rendre des comptes. Aujourd'hui, la situation des MLP est certes meilleure que celle de Presstalis, mais il ne faut pas occulter le fait que leurs coûts de distribution sont moins importants car elles ne s'occupent pas de la presse quotidienne. Une fusion des deux permettrait une harmonisation et une optimisation des plates-formes. Par ailleurs, je souligne la très faible contribution du secteur de la publicité. Certains magazines en comportent beaucoup, d'autres nettement moins, ils sont pourtant traités de la même manière. Pour résumer, je vois donc deux sources de revenus pour assurer l'avenir de la filière : le numérique et la publicité.

M. Michel Laugier. - Je rappelle que la distribution se fait également par La Poste et par le portage à domicile. Je voudrais connaître votre sentiment sur le procès fait aux plans sociaux d'avoir constitué un coût insupportable pour Presstalis.

M. Patrick Le Boulc'h. - Je ne conteste pas que les plans sociaux aient un coût. Je tiens cependant à rappeler que le nombre d'employés de Presstalis est passé de 6 000 au début des années 80 à moins de 1 000 aujourd'hui. Nous avons perdu des compétences et aucune solution n'a été trouvée. Les plans sociaux ne résultent pas d'une volonté des salariés mais de la direction et ils ont été négociés. Je note que le plan de Mme Benbunan consiste encore une fois à supprimer des postes sans qu'une solution viable ne semble émerger. Par exemple, à Paris, les salariés du niveau 2 ne sont plus que 80 : peut-on les rendre coupables du déficit, ou bien est-ce les éditeurs qui ne contribuent pas suffisamment ?

M. Michel Laugier. - Selon nos informations le montant des fonds propres négatifs s'établiraient à - 350 millions d'euros a minima en 2017.

M. Patrick Le Boulc'h. - Ces chiffres nous ont tout autant surpris que vous. La précédente direction ne nous avait pas fait part de cet état catastrophique.

M. Patrick Bauret. - Vous mettez l'accent sur le niveau 3, que sont les kiosquiers et les librairies, niveau qui apparaît être le plus malmené. Nous avons rencontré récemment l'association des diffuseurs de presse, avec laquelle nous avons plusieurs points de convergence tels que revaloriser le métier, multiplier les points de vente, la condition étant de prendre des mesures fortes, par exemple sur les pas de porte en centre-ville ou les aides à apporter en termes d'exonérations de charges. Ces pistes pourraient limiter l'installation de points de vente en grande surface qui ne sont pas la panacée en matière de pluralisme de l'information. Il y a là un vrai défi pour notre République de soutenir la diffusion de la presse au niveau 3. Il serait important que le législateur ait une vraie réflexion sur la place des kiosquiers et librairies en centre-ville les plus malmenés, après les ouvriers du livre, alors qu'ils sont les vecteurs de diffusion d'idées, de pluralisme et de culture.

La réunion est close à 12 heures 15.