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Le discours de Belleville     (23 avril 1875) (suite)

 

" On a fait une Constitution, on ne l’a pas beaucoup discutée. On a organisé des pouvoirs, on ne les a pas très minutieusement et, si je puis le dire, on ne les a pas très analytiquement examinés et coordonnés. On a été vite, et cependant savez-vous ce qui est arrivé ? C’est que l’œuvre vaut mieux, peut-être, que les circonstances qui l’ont produite ; c’est que, si nous voulons nous approprier cette œuvre et la faire nôtre, l’examiner, nous en servir, la bien connaître surtout, afin de bien l’appliquer, il pourrait bien se faire que cette Constitution, que nos adversaires redoutent d’autant plus qu’ils la raillent, que nos propres amis ne connaissent pas encore suffisamment, offrît à la démocratie républicaine le meilleur des instruments d’affranchissement et de libération qu’on nous ait encore mis dans les mains. (Profonde sensation).

(…) Vous savez que cette Constitution est courte ; elle contient deux lois et trois chapitres : il y a une Chambre des députés nommés par le suffrage universel direct ; il y a un Président de la République nommé par la Chambre des députés et par la seconde Chambre, seconde Chambre qui compose le troisième pouvoir et qui est le Sénat.

(…) Je dis tout d’abord, qu’il n’y a pas à s’y méprendre et que ceux qui ont eu les premiers l’idée de constituer un Sénat ont voulu, dès l’origine, créer là une citadelle pour l’esprit de réaction, organiser là une sorte de dernier refuge pour les dépossédés ou les refusés du suffrage universel. (Hilarité. – Bravos). Il n’est pas douteux que dans l’esprit de tous les législateurs, la première pensée qui a présidé à l’organisation du pouvoir législatif en deux Chambres a été une pensée de résistance contre la démocratie républicaine. (Marque générale d’assentiment). Mais il faut voir si ceux qui ont eu cette pensée l’ont bien réalisée. Il s’agit de reconnaître si, étant par hasard imprégnés eux-mêmes, et plus profondément qu’ils ne le croyaient, de l’esprit démocratique qui palpite dans tout le pays, et voulant créer une Chambre de résistance, une citadelle de réaction, ils n’ont pas organisé un pouvoir essentiellement démocratique par son origine, par ses tendances, par son avenir. Messieurs, quant à moi, telle est ma conviction, et je vais essayer de l’établir.

Un Sénat, vous n’ignorez pas que c’est une institution qui remonte fort loin dans les annales des hommes. Il y en a eu dans tous les pays de l’Europe, sous les latitudes les plus diverses, avec les régimes les plus variés et les plus opposés, dans l’antiquité et dans les temps modernes.

(…) Le Sénat sera composé de 300 membres, dont 225 seront choisis par le corps électoral (…). Le corps électoral qui nomme les 225 membres est formé de quatre éléments : les députés, c’est à dire les représentants les plus autorisés du suffrage universel dans le département ; les conseillers généraux et les conseillers d’arrondissement, c’est à dire l’expression du suffrage des divers groupes de citoyens qui composent le département, et, enfin, les délégués de chaque commune.