D. VALLÉES DE TSUM ET NUBRI

Les vallées reculées de Tsum et de Nubri, situées au nord de Gorkha, à la frontière avec la région autonome du Tibet, sont considérées par les Tibétains comme des « pays cachés » ( beyul ). Sous ce terme, les Tibétains désignent des « pays » que Padmasambhava, l'introducteur du bouddhisme tantrique au Tibet au VIII e siècle, aurait « cachés » pour qu'ils soient « découverts » à une époque donnée, annoncée dans des prophéties, par un être prédestiné, un « découvreur de trésor » (tertön) .

Ces « pays cachés », dont un grand nombre existe en Himalaya, appartiennent au courant des « trésors » ( terma ), tout comme les textes ou les objets supposés cachés par Padmasambhava et ses disciples. Cette tradition, essentiellement nyingmapa , existe également dans les autres écoles. Ces « pays » ne sont nullement accessibles à tous, mais à ceux qui possèdent une foi profonde. Ces derniers, selon la tradition, peuvent y trouver refuge dans toute période de crise, qu'elle fasse suite à des conflits politiques intérieurs ou bien à des menaces venant de l'extérieur.

Les habitants de Tsum et Nubri vivent traditionnellement d'agriculture et d'élevage et, depuis une dizaine d'années, leur niveau de vie s'est considérablement amélioré grâce à la cueillette du cordyceps sinensis (Tib. yartsa günbu ) 53 ( * ) , un champignon qui parasite une chenille, momifie son corps et s'en nourrit. Très prisé dans les médecines chinoise et tibétaine, son prix peut atteindre des sommes très élevées et son exploitation a entraîné des transformations considérables dans les régions himalayennes et sur le plateau tibétain.

La situation dans les vallées de Tsum et de Nubri, toujours coupées du monde trois mois après le séisme, est extrêmement difficile. L'arrivée des pluies de mousson et avec elles, des glissements de terrain, ne laisse que peu d'espoir d'une réouverture rapide des voies d'accès. De très nombreuses maisons ont été détruites et la population vit sous des tentes 54 ( * ) . La nourriture est actuellement apportée par hélicoptère ou par des porteurs qui doivent passer par Manang, un trajet d'une quinzaine de jours.

E. LANGTANG

Toujours en se déplaçant vers l'Est, et donc en se rapprochant de l'épicentre du séisme, on arrive dans le district de Rasuwa. C'est dans ce dernier, situé au nord de Katmandou, que se trouve le parc national de Langtang, autre lieu très fréquenté des touristes. Le village de Langtang, habité par une population de langue et culture tibétaines ainsi que par des Tamang, vivait de l'élevage, d'un peu d'agriculture mais surtout du tourisme. Parmi la soixantaine de maisons, il y avait plusieurs dizaines d'auberges. Aujourd'hui, seul un bâtiment est encore debout. Le village a été rasé de la carte par une avalanche de neige, de glace et de rochers qui a dévalé les pentes surplombant le village et l'a enseveli. On craint que plus de 200 personnes n'aient péri.

Dans ce district de Rasuwa, soixante monastères auraient été détruits.

La question se pose du danger des barrages hydroélectriques en région sismique. En effet, un barrage 55 ( * ) se construit actuellement sur la partie haute de la rivière Trisuli, non loin de la frontière tibétaine. Il fait partie de la série des trois barrages en cours de construction par l'entreprise d'État chinoise des Trois-Gorges et une douzaine d'autres sont en projet dans la perspective de faire des barrages en cascade.

Le barrage de Rasuwa aurait été sévèrement endommagé, et d'énormes éboulements ainsi que des chutes de débris ont entravé les tentatives de sauvetage : deux travailleurs ont été tués et plusieurs autres blessés. Quelques ingénieurs chinois sont restés sur place pour surveiller la situation. On peut imaginer le drame qui serait arrivé si le barrage avait été plus fortement endommagé et avait libéré son énorme torrent d'eau et de débris sur les villages en aval.


* 53 Childs, G. and Choedup Namgyal (2014) « Indigenous Management Strategies and Socio-Economic Impacts of Yartsa Gunbu (Ophiocordiceps sinensis) Harvesting in Nubri and Tsum (Nepal) », Himalaya, the Journal of the Association for Nepal and the Himalayan Studies. Vol. 34, n° 1.

* 54 Entretien avec K.P. Kafle (12 juillet 2015)

http://news.wustl.edu/news/Pages/Nepal-earthquake-faculty-reaction-2015.aspx

* 55 http://www.theecologist.org/News/news_analysis/2855302/in_nepals_next_big_quake_hydropower_dams_threaten_catastrophe.htm consulté le 18/08/2015.

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