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B. LA MODERNISATION ÉCONOMIQUE ?

1. Les bases économiques de la Syrie

a) Les secteurs économiques

Avec un PIB par habitant d'environ 1.000 $, la Syrie fait partie des pays relativement pauvres (135ème rang mondial sur 226).

L'industrie, marquée par l'obsolescence de nombre de ses équipements, est encore peu développée, puisqu'elle représente seulement environ 10 % du produit intérieur brut. Il s'agit avant tout d'une industrie extractive qui concerne :

- le pétrole : 29ème rang mondial avec une production de 26 millions de tonnes. Le pétrole représente 75 % des recettes d'exportation syriennes avec 3,8 milliards de dollars. Mais l'exploitation tend à diminuer. La Syrie dispose encore de 10 ans de réserves. De manière conjoncturelle, la Syrie bénéficie des cours du pétrole et de l'importation de pétrole irakien à bas prix qui lui permet d'accroître ses exportations ;

- le gaz naturel sur lequel les autorités font peser leurs efforts, notamment pour le substituer au pétrole, réservé à l'exportation, pour les besoins intérieurs ;

- le phosphate, dont les réserves sont estimées à plus d'un milliard de tonnes. 75 % de la production sont destinés à l'exportation.

L'industrie manufacturière proprement dite représente moins de 6 % du PIB et concerne avant tout le textile (30 % du PIB manufacturier et 15 % des exportations), l'agroalimentaire et le bâtiment. Depuis peu, les autorités syriennes ont engagé une politique de développement du tourisme. La Syrie, avec ses sites naturels ou historiques, dispose en effet d'un potentiel considérable en la matière. D'autre part, elle souhaite ainsi souligner son rôle de carrefour des civilisations et des cultures, renouer avec sa tradition d'ouverture sur le monde et améliorer une image ternie par l'autoritarisme du régime en particulier dans les années 1970-1980. Le ministre du Tourisme, Salah Al-Qalaah, a pu présenter à votre délégation une véritable stratégie de développement du tourisme en Syrie. De 36.000 lits à l'heure actuelle, la capacité hôtelière devrait passer à plus de 170.000 lits d'ici 2020 à raison de 8.000 créations par an. 10.000 emplois environ seraient ainsi créés chaque année. Le tourisme, qui a connu une forte progression depuis 1990 (700.000 voyageurs en 1990, plus de 3,5 millions en 2000) souffre cependant aujourd'hui du contexte de l'après 11 septembre.

L'agriculture fournit plus de 30 % du PIB et occuperait le quart de la population active. Les principales cultures sont l'orge et le blé. Le coton est une culture d'exportation. Avec 250.000-275.000 tonnes exportées annuellement, la Syrie occupe le 9ème rang mondial (environ 6 % des exportations du pays). Légumes (olives, tomates, légumes secs) et fruits (raison, oranges) occupent une place croissante dans l'agriculture et dans les exportations de la Syrie.

L'agriculture est évidemment dépendante des conditions climatiques. Au début des années 1990 elle a bénéficié d'un climat très favorable qui a permis d'atteindre l'autosuffisance alimentaire. 1999 aura été une année moins favorable, marqué par une exceptionnelle sécheresse. Cependant, la Syrie poursuit avec constance un programme d'irrigation : sur 5,5 millions d'hectares cultivés, plus de 1,2 million d'hectares irrigués contre 600.000 en 1988.

Enfin, les services concourent pour 50 % à la formation du PIB. Il s'agit essentiellement du commerce. Cependant la Syrie souffre d'un régime des changes complexe et caractérisé par l'inconvertibilité de la livre syrienne ainsi que d'un système bancaire et financier très peu performant.

b) Le commerce extérieur

Pays en voie de développement, la Syrie importe principalement des biens d'équipement et exporte surtout des matières premières sans valeur ajoutée. Tributaire des prix mondiaux du pétrole, du phosphate et du coton, la balance commerciale syrienne traditionnellement déficitaire depuis 1991 est redevenue légèrement bénéficiaire (40 millions de dollars) au cours du premier semestre 2001 en raison de la hausse du prix des produits pétroliers. Premier partenaire commercial de Damas, l'Union européenne conserve sa prédominance.

(1) Une balance commerciale légèrement bénéficiaire en raison du niveau élevé des cours du pétrole

Les exportations de la Syrie ont connu une augmentation sensible et soutenue au cours des années 80 avec la mise en production des champs pétroliers : entre 1980 et 1990, elles ont doublé pour atteindre 4,22 milliards de dollars. Leur progression a été plus lente au cours de la décennie suivante puisqu'elles atteignaient 4,98 milliards de dollars en 2000 et, bien qu'à un niveau comparable en volume, elles devraient être légèrement supérieures en valeur en 2001 en raison de la bonne tenue des cours du brut.

Les importations syriennes ont connu, au cours de la même période, une évolution similaire : l'augmentation des recettes d'exportation a engendré de nouvelles capacités d'importation. Bien qu'affectées en partie à l'équipement, l'entretien et la modernisation des forces armées, une part substantielle de ces ressources a été utilisée pour des projets de développement d'infrastructures civiles, au développement de l'industrie manufacturière, en particulier textile, et pour acquérir à l'étranger des biens de consommation non disponibles localement en raison d'une production locale insuffisante ou de qualité insatisfaisante. Il convient de préciser que l'augmentation des importations syriennes a été consécutive et légèrement différée avec l'accroissement des exportations, ce qui a permis à la Syrie de dégager un excédent commercial au cours des années 90.

(2) Les exportations syriennes restent fortement spécialisées

Les exportations syriennes sont caractérisées par une forte spécialisation sectorielle puisque les ventes d'hydrocarbures, avec 3,78 milliards de dollars en 2000, représentaient plus de 75 % des recettes d'exportation du pays, immédiatement suivies par le coton avec 6,5 %. Cette spécialisation sectorielle sur des produits aux cours de vente extrêmement volatils et fixés sur un marché international où les autorités syriennes ne disposent d'aucune influence, fragilise les comptes extérieurs de la Syrie et rend le pays très dépendant d'une conjoncture sur laquelle il n'a aucune prise.

Par ailleurs, l'effet prix, en raison des cours élevés du brut, a fortement joué en faveur du maintien des exportations syriennes à un niveau élevé marquant une progression sensible de + 21 % entre les premiers semestres 2000 et 2001. Les exportations syriennes ont ainsi atteint 2,85 milliards de dollars au premier semestre 2001. Cet effet prix masque cependant une stagnation des volumes exportés, la production pétrolière syrienne étant tendanciellement orientée à la baisse en raison de l'épuisement des champs en exploitation.

Enfin, les exportations du brut irakien par l'oléoduc Kirkouk-Baniyas en marge de l'embargo imposé par les Nations unies qui ont débuté à la fin du premier semestre 2001 et qui sont estimées entre 150.000 et 170.000 barils/jour, augmentent d'autant les capacités d'exportation de la Syrie.

Les importations, quant à elles, progressent de 12 % pour atteindre, sur la période considérée, 2,81 milliards de dollars contre 2,51 milliards de dollars pour la même période en 2000. Une bonne récolte agricole en 2001, combinée avec une politique énergique de relance économique par l'investissement, a contribué, en améliorant la disponibilité des liquidités des ménages et les achats de biens d'équipement, à l'accroissement des importations.

(3) L'Europe est le premier client et le premier fournisseur de la Syrie

Avec 1,17 milliard de dollars, les pays développés représentent 41,7 % des importations syriennes.

Premier fournisseur avec 30,9 % des exportations totales au premier semestre 2001 ou 870 millions de dollars contre 28,8 % pour l'année 2000, l'Europe voit sa part de marché progresser de 14,1 % sur la période considérée. L'Italie, avec 260 millions de dollars (+ 18,9 %) reste le principal fournisseur de la Syrie devant l'Allemagne (+ 9,1 % à 210 millions de dollars) et la France (+ 12,5 % à 160 millions de dollars). Le bloc des anciens pays communistes (Chine incluse), avec 530 millions de dollars, soit 18,8 % des exportations totales, représentent le second fournisseur de la Syrie. Les partenaires arabes et le continent américain représentent respectivement 3,8 % et 4,1 % des importations syriennes. On note un certain raffermissement de la position européenne malgré le souci syrien de diversifier ses approvisionnements et la signature de divers accords commerciaux avec plusieurs pays du Proche-Orient.

Les pays industrialisés sont aussi les principaux clients de la Syrie avec 66,7 % des exportations. Au sein de ce groupe, l'Union européenne se taille la part du lion : premier fournisseur de la Syrie, elle est traditionnellement son premier client. Au premier semestre 2001, les pays de l'Union européenne absorbaient ainsi 62,4 % des exportations syriennes, marquant une progression de 23,3 %, symétrique à celle des exportations totales en valeur de la Syrie qui ont, elles, progressé de 21,8 %.

Les pays du Proche et Moyen-Orient absorbaient 14 % des exportations syriennes, en progression de 4,3 %, part quasi identique à celle des PECO qui progressait, quant à elle, sur la période considérée, de 16,8 %.

Les exportations syriennes sont traditionnellement constituées de produits pétroliers, de coton, de fruits et légumes et d'articles de bonneterie. En 2000, le pétrole représentait ainsi 76 % des ventes totales de la Syrie.

Echanges Syrie de 1980 au premier semestre 2001

 

1980

1990

2000

1er semestre 2000

1er semestre 2001

Exportations

2,11

4,12

4,98

2,34

2,85

Importations

4,12

2,4

5,35

2,51

2,81

Total

6,23

6,52

10,33

4,85

5,66

Solde

- 2,01

1,82

- 0,37

- 0,17

0,04

Importations syriennes, les 8 premiers fournisseurs

Les 8 premiers fournisseurs

1er semestre 2000

 

Les 8 premiers fournisseurs

1er semestre 2001

Pays

Importations du pays

% total

 

Pays

Importations du pays

% total

Italie

0,22

8,76

 

Italie

0,26

9,25

Allemagne

0,2

7,96

 

Allemagne

0,21

7,47

France

0,14

5,57

 

France

0,16

5,69

Turquie

0,1

3,98

 

Turquie

0,11

3,91

Corée du Sud

0,1

3,98

 

Corée du Sud

0,11

3,91

Etats-Unis

0,09

3,58

 

Etats-Unis

0,1

3,55

Chine

0,09

3,58

 

Chine

0,1

3,55

Ukraine

0,09

3,58

 

Ukraine

0,09

3,2

Exportations syriennes, les 8 premiers clients

Les 8 premiers clients

1er semestre 2000

 

Les 8 premiers clients

1er semestre 2001

Pays

Exportations du pays

% total

 

Pays

Exportations du pays

% total

Allemagne

0,63

26,25

 

Allemagne

0,65

22,8

Italie

0,32

13,67

 

Italie

0,53

18,59

Turquie

0,23

10,0

 

France

0,27

9,47

France

0,22

9,4

 

Turquie

0,26

9,12

Espagne

0,11

4,7

 

Espagne

0,11

3,85

Autres UE

0,04

1,7

 

Autres UE

0,1

3,5

Etats-Unis

0,04

1,7

 

Etats-Unis

0,09

3,15

Portugal

0,04

1,7

 

Royaume-Uni

0,04

1,42

2. La nécessité de profondes réformes structurelles

a) Les maux de l'économie syrienne

L'économie syrienne souffre de trois maux essentiels : c'est une économie contrainte, une économie bureaucratisée, une économie en panne de financement.

C'est une économie contrainte par la faiblesse de ses ressources internes et sa dépendance à l'égard de quelques productions comme le pétrole8(*)... ou l'eau9(*). C'est une économie bureaucratisée, dans l'agriculture où les coopératives d'Etat restent importantes, dans l'industrie, marquée par les conceptions marxistes de division du travail et l'effort consenti au profit de l'industrie lourde ainsi que par une sous-productivité très importante10(*) dans les services. C'est enfin une économie avec un secteur bancaire embryonnaire et maîtrisé par l'Etat. Ce dernier point est à l'origine du troisième mal de l'économie syrienne : son défaut de financement.

De fait, la Syrie ne dispose toujours pas d'un secteur bancaire performant. Depuis la prise du pouvoir par le Baas, le secteur bancaire est un monopole de l'Etat. Mais ce secteur souffre tout à la fois de l'inadaptation de son organisation, de son exemption des règles concurrentielles et de la défiance des investisseurs. Aussi son rôle dans le financement de l'économie privée est-il bien modeste.

b) Des réformes structurelles très progressives

- Rénover le secteur public

S'il n'est pas encore officiellement envisagé de procéder à d'importantes privatisations, les autorités ont néanmoins pris conscience des lourds handicaps de ce secteur : faible productivité, appareil productif vieilli, productions souvent inadaptées au marché, mauvaise gestion financière et corruption.

Comme l'a expliqué à votre délégation le dynamique ministre syrien de l'Industrie, Issam Al-Zaïm, le Gouvernement syrien s'est, pour l'instant, engagé dans trois voies pour faire face à cette situation :

- en premier lieu, adapter les entreprises publiques à une « gestion de marché ». Il s'agit d'une part de déconcentrer la prise de décision au profit des Présidents-directeurs généraux d'entreprises et, d'autre part, d'adopter une gestion par objectif ;

- en deuxième lieu, ouvrir certains monopoles à la concurrence, notamment en matière d'importation, de métallurgie, de textiles, de production laitière.

- enfin, l'organisation du secteur public doit être réformée grâce à la suppression des six organes centraux qui en sont actuellement chargés. Les 104 sociétés du secteur public devraient être contrôlées par des bureaux spécialisés dont la mission serait de favoriser le développement d'une planification stratégique, le renforcement de la formation, l'introduction des nouvelles technologies. Certaines sociétés pourraient par ailleurs être fusionnées.

Cette restructuration ne peut se faire que progressivement. Le risque est grand, en effet, de voir la réforme des entreprises publiques entraîner une forte hausse du chômage.

c) Vers un nouveau système de financement de l'économie ?

Cette réforme comporterait trois volets :

1.- Une réforme du système bancaire ;

2.- La révision du régime des changes ;

3.- La création d'une bourse des valeurs mobilières.

(1) La réforme du système bancaire

Elle repose sur la loi n° 28 de 2001 et permet la création de banques privées. Cependant leur capital doit être détenu à 51 % par des intérêts syriens. Ils convient de noter que six banques privées à capitaux libanais ont par ailleurs été établies dans des zones franches.

Cependant la réforme bancaire est retardée par un certain nombre d'obstacles : absence de certaines spécifications techniques (ratios prudentiels, règles de comptabilité) ; carence de l'infrastructure technique nécessaire à un système de paiement interbancaire. En ce domaine, une coopération a été établie entre la Banque centrale syrienne et la Banque de France.

L'ouverture de la première banque privée est attendue pour le premier trimestre 2003.

(2) La révision du système des changes

La Syrie vit toujours sous l'emprise d'un système de taux de douze multiples. Le nombre de ces taux est monté jusqu'à 7. Ce régime est un puissant obstacle à l'afflux de capitaux et à l'ouverture commerciale. Aujourd'hui encore, l'écart entre le taux officiel et le taux du marché « libre » est de 1 à 12. Peu à peu un taux plus proche de la réalité économique, soit un dollar pour quarante-deux livres syriennes, tend à s'imposer. Par ailleurs, depuis 2001, certaines transactions peuvent se faire au taux du marché (50 livres syriennes pour un dollar).

(3) La création d'une bourse de valeurs mobilières

Cette création viserait à donner au secteur privé un accès direct à l'épargne nationale. Elle a reçu l'accord du parti Baas.

* 8 Or, les réserves syriennes sont faibles : 10 ans seulement.

* 9 Il convient de rappeler qu'aucun des grands fleuves de Syrie n'y a ses sources. L'Oronte naît au Liban, le Tigre et l'Euphrate en Turquie, ce qui, compte tenu des relations entre les deux pays, est un facteur de vulnérabilité.

* 10 Le secteur public contribue pour moins de 30 % au PIB, mais il emploie plus de 42,5 % de la population active.