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Quelle solution politique pour le Tibet ?

 

ANNEXES

I. LES PRINCIPAUX ENTRETIENS DE LA DÉLÉGATION

II. EXTRAITS DE « CENT QUESTIONS SUR LE TIBET »

III. COMPOSITION DU GROUPE D'INFORMATION

ANNEXE I - LES ENTRETIENS DE LA DÉLÉGATION

I. ENTRETIEN AVEC DES REPRÉSENTANTS DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SOCIALES ET DE L'ASSEMBLÉE POPULAIRE DE LA RÉGION AUTONOME DU TIBET

M. Shen, vice-président de l'Académie des sciences sociales du Tibet :

L'académie des sciences sociales est spécialisée en tibétologie. Elle réunit 127 chercheurs, dont 95 Tibétains, 20 Hans et 6 représentants d'autres ethnies. Cinq instituts dépendent de l'académie, ainsi qu'une maison d'édition spécialisée et deux périodiques bilingues.

Depuis 25 ans, l'académie des sciences sociales remplit deux missions : d'une part, protéger le patrimoine culturel du Tibet ; d'autre part, mener des recherches en tibétologie. En 1989, a été créée une maison d'édition en langue tibétaine. Celle-ci publie des livres anciens, qui n'existaient que sous forme manuscrite.

Par exemple, le livre sacré de la religion Bön a été publié, en collaboration avec une maison d'édition japonaise. Je précise que par le passé le Bön, religion originelle des Tibétains mais devenue minoritaire face au bouddhisme, a souffert de discriminations. Nous avons aussi publié l'épopée de Gésar de Ling, et des histoires populaires.

Chaque année, une conférence internationale réunit les tibétologues du monde entier. Elle se tiendra cette année en Allemagne. Les chercheurs de l'académie des sciences sociales du Tibet sont pleinement reconnus par leurs pairs étrangers.

M. Louis de Broissia, sénateur :

Existe-t-il une littérature contemporaine en tibétain ?

M. Shen :

On compte une vingtaine de romanciers de langue tibétaine à Lhassa, qui sont regroupés au sein d'une association.

M. Louis de Broissia :

L'enseignement du tibétain est-il facultatif ou obligatoire ? Est-il ouvert dans les universités situées dans d'autres provinces de Chine ?

M. Shen :

La plupart des cours sont assurés en tibétain dans l'enseignement primaire et dans le premier cycle du secondaire, en chinois et en anglais dans le second cycle. Des cours spéciaux de tibétain existent à l'université du Tibet, qui est ouverte aux étudiants venant de toute la Chine. Mais la tendance actuelle est plus à l'apprentissage des langues étrangères que du tibétain.

L'usage du tibétain est garanti par la loi. Les administrations doivent observer le bilinguisme tibétain et chinois.

M. Zhang Yongnian, vice-président de la commission pour le développement et la réforme de l'assemblée populaire du Tibet :

La région autonome du Tibet a une superficie de 1,2 millions de km2 et 4.000 de frontières extérieures. Elle comporte 6 départements et 73 districts. A la fin de 2005, sa population était de 2,77 millions d'habitants, non compris les militaires en poste au Tibet. Elle réunit 26 ethnies différentes, dont 92 % de Tibétains.

En 1950, a eu lieu la « libération pacifique » du Tibet. En 1965, est intervenue la création de la région autonome du Tibet. Depuis, le développement économique a été très rapide. En 2005, le PIB du Tibet était de 25,6 milliards de yuans, soit 0,14 % du PIB national. La croissance a été annuellement de 12 % sur les cinq dernières années. Le PIB par habitant s'élève à 9.070 yuans, soit environ 1.000 dollars, ce qui place le Tibet au 25ème rang des 31 provinces chinoises. Les recettes fiscales se sont élevées en 2005 à 1,2 milliards de yuans.

Le principal mode de transport est la route, avec 43.700 km de routes, dont 3.286 asphaltées. En juillet 2006, une liaison ferroviaire a été inaugurée. Deux aéroports sont en service.

La capacité de production électrique installée est de 500 MGW, à 95 % hydraulique. L'autosuffisance n'est pas encore atteinte, mais celle-ci est prévue pour 2010. A la fin de 2005, 1,7 million de personnes avaient accès à l'électricité. L'élargissement de la couverture devrait se faire largement grâce à l'énergie solaire.

En ce qui concerne les télécommunications, tous les districts ont accès aux communications à large bande, et tous les villages au téléphone. Quasiment tous les villages ont accès à la télévision (86,9 %) et à la radio (90,9  %).

Le développement social se traduit notamment par le fait qu'à la fin de 2005, tous les enfants ont accès à la scolarité obligatoire de 6 ans, et 40 districts sur 73 ont une scolarité obligatoire de 9 ans. Le taux d'illettrisme a été abaissé à 15 %.

Le Tibet compte 15.000 lits d'hôpitaux, et 2,9 personnel médical pour 1.000 habitants. Il existe un système de coopératives médicales pour les paysans et les pasteurs, où ceux-ci trouvent des soins gratuits.

Le revenu annuel moyen s'élevait à la fin de 2005 à 8.411 yuans dans les villes et à 2.078 yuans dans les campagnes. Il existe un minimum social de 230 yuans par mois dans les villes, et un système d'allocation pour les paysans et les pasteurs extrêmement pauvres.

Le programme de développement quinquennal 2006-2010 prévoit de renforcer la protection de l'environnement, et d'augmenter les revenus des paysans et des pasteurs. L'objectif est d'atteindre le niveau moyen chinois de revenu par habitant, qui est de 1.700 dollars actuellement.

M. Louis de Broissia :

Quelles sont les perspectives de peuplement, avec l'arrivée du chemin de fer ?

M. Zhang Yongnian :

La région autonome du Tibet est ouverte aux autres régions de la Chine, et le système de l'économie de marché repose sur la libre circulation des personnes. Mais les personnes venant d'autres régions au Tibet sont en grande majorité des hommes d'affaires ou des touristes, qui ne s'y installent pas.

L'Etat central n'envoie pas de colons au Tibet. Ce sont les entreprises qui y sont installées qui ont besoin de personnes compétentes. Les fonctionnaires de l'Etat bénéficient effectivement de primes durant leur séjour au Tibet. Mais ils retournent ensuite dans leurs régions d'origine.

M. Louis de Broissia :

Les échanges du Tibet avec d'autres pays se développent-ils ?

M. Zhang Yongnian :

On observe un développement des échanges avec le Népal et l'Inde. Beaucoup de touristes étrangers passent par le Népal pour se rendre au Tibet.

M. Louis de Broissia :

Quelles sont les recettes liées au tourisme ?

M. Zhang Yongnian :

Le tourisme représente 9 à 10 % du PIB du Tibet. Le XIème programme quinquennal donne la priorité à ce secteur d'activité. La saison touristique est actuellement concentrée sur les mois de juillet à septembre. Nous espérons qu'elle pourra débuter dès le mois de juin, avec l'arrivée du train. En 2005, on a compté 1,8 millions de touristes au Tibet, dont 100.000 ressortissants étrangers. Mais 2,6 millions sont attendus pour 2006.

M. Jean Faure, sénateur :

Il me semble que, dans les temples que nous avons visités, les moines sont devenus des gardiens de musée ?

M. Zhang Yongnian :

Effectivement, une formation en anglais est donnée à certains moines pour qu'ils puissent servir de guides.

M. Louis de Broissia :

J'appelle votre attention sur le fait que, partout dans le monde, les touristes cherchent de l'authenticité. S'ils viennent au Tibet, ce n'est pas pour y retrouver les standards chinois.

M. Zhang Yongnian :

Notre plan de développement du tourisme a été élaboré en collaboration avec des agences étrangères. Nous faisons attention à conserver le style tibétain, comme vous avez pu le constater en visitant les environs du Potala. Nous avons maintenant en projet de développer l'accueil dans les familles.

M. Laba Tseren, directeur de la commission des affaires ethniques et culturelles du Tibet :

La commission des affaires ethniques et religieuses est un organe du gouvernement autonome du Tibet. Nous pratiquons une politique de liberté religieuse, conformément à la Constitution, aux lois et aux règlements de la Chine.

Il existe trois religions au Tibet : outre le bouddhisme, lui-même divisé en plusieurs écoles, on trouve l'islam et le christianisme.

Avant 1959, le Tibet était sous un régime théocratique de servage féodal. Les moines étaient très nombreux, ce qui contribuait au retard de l'économie. Les privilèges des moines contrastaient avec l'absence de droits politiques et la grande pauvreté du reste de la population. La «réforme démocratique » intervenue après 1959 a aboli les droits féodaux des monastères et mis en place des comités de gestion démocratiques. Une politique d'égalité entre croyants et non croyants a été observée, ainsi que de non ingérence dans les affaires internes des monastères.

A partir de la fin des années 1960, la Révolution culturelle a été une faute importante, qui a entraîné beaucoup de dégâts dans les monastères. Mais une correction est intervenue au début des années 1980, avec un retour à une politique de liberté de croyance et la restauration des monastères, qui font partie du patrimoine culturel du Tibet.

On compte aujourd'hui environ 1.700 monastères et 40.000 religieux. Les moines sont représentés au sein de l'assemblée populaire du Tibet, ainsi que par l'association des bouddhistes du Tibet. Ils peuvent exercer des responsabilités politiques. Ainsi, le président honoraire de l'association des bouddhistes du Tibet est devenu vice-président de la Conférence consultative du peuple de Chine.

Beaucoup d'étrangers ont des idées préconçues, qui croient que la liberté religieuse n'existe pas au Tibet. Or, toutes les activités religieuses sont libres : la formation, les discussions philosophiques, les conférences...

M. Louis de Broissia :

J'apprécie votre franchise, lorsque vous avez évoqué les dégâts de la Révolution culturelle. Je me demande pourquoi on ne voit nulle part au Tibet le portrait du Dalaï-Lama ?

M. Laba Tseren :

Il est vrai que la Révolution culturelle a causé beaucoup de dégâts, mais dans toute la Chine, pas seulement au Tibet. Le Dalaï-Lama a fui à l'étranger en 1959 et n'a jamais cessé depuis ses activités sécessionnistes. Son prestige est donc atteint aux yeux de la population tibétaine. Le Tibet a pu se développer grâce aux efforts de la population et à la politique conduite par l'Etat central, pas grâce aux Dalaï-Lama.

M. Louis de Broissia :

Mais où en sont les rencontres entre les émissaires du Dalaï-Lama et ceux de Pékin ? Le passé peut être douloureux, mais c'est la construction de l'avenir qui importe.

M. Laba Tseren :

La politique du gouvernement chinois n'a jamais varié : le reste dépend du Dalaï-Lama. Celui-ci se contredit sur le Tibet. Il cherche à briser l'ordre normal des choses dans les monastères. Par exemple, au début de 2006, il a interdit le culte du Choukden.

M. Thierry Repetin, sénateur :

Les moines sont-ils salariés par l'État ?

M. Laba Tseren :

Les moines ne sont pas normalement salariés, sauf s'ils sont par ailleurs fonctionnaires de l'État.