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Quelle solution politique pour le Tibet ?

 

III. LE DÉVELOPPEMENT DU TIBET : LUMIÈRES ET OMBRES

Si la position des autorités chinoises en ce qui concerne la dimension politique de la question tibétaine n'est pas des plus solides, elle apparaît beaucoup plus confortable en ce qui concerne la dimension économique. En effet, il est indéniable que le Tibet s'est considérablement développé depuis son « retour à la mère patrie ».

Pour autant, la politique chinoise de développement du Tibet n'est pas un succès univoque. L'envers du décor laisse apparaître une marginalisation économique et culturelle des Tibétains de souche, caractéristique d'une situation de type colonial.

A. UNE MISE EN VALEUR INDÉNIABLE

L'autonomie accordée au Tibet a clairement pour vocation de lui permettre d'accéder plus facilement au développement économique. Selon le Livre blanc précité, « l'autonomie régionale ethnique a pour point capital d'accélérer le développement social et économique des régions autonomes ethniques et de garantir la jouissance pour les ethnies minoritaires du droit égal de développement. Ces 40 dernières années, sous la direction juste et grâce au soutien énergique de l'Etat, la région autonome du Tibet a pleinement exercé son droit d'autonomie accordé par la loi dans le développement économique et social et élaboré une série de mesures politiques s'adaptant à la situation réelle du Tibet, ce qui a élevé considérablement le niveau de modernisation et le niveau de vie de la population au Tibet ».

1. Le cadre institutionnel de l'autonomie

La Région Autonome du Tibet (RAT) a été fondée en 1965, quinze ans après la « libération pacifique » du pays. C'est l'une des cinq régions autonomes que compte la Chine, avec la région autonome ouïgoure du Xinjiang, la région autonome de Mongolie intérieure, la région autonome hui du Ningxia et la région autonome zhuang du Guangxi. La RAT ne réunit qu'un peu plus de deux millions sur les six millions de Tibétains vivant en Chine.

La loi du 31 mai 1984 sur l'autonomie des régions ethniques définit un cadre général pour toutes les régions autonomes de Chine. Conformément à cette loi, l'Assemblée populaire de la région autonome du Tibet jouit non seulement du pouvoir d'élaborer une réglementation locale, accordé à toutes les provinces chinoises ordinaires, mais aussi du pouvoir d'élaborer des règlements d'autonomie en fonction des caractéristiques politiques, économiques, culturelles et éducatives des Tibétains. L'organe législatif de la région autonome peut également modifier et compléter certaines lois de l'Etat. C'est ainsi que la RAT a fixé, compte tenu des conditions géographiques particulières du Tibet, la durée du travail à 35 heures par semaine, soit 5 heures de moins que la durée de travail légale nationale.

Les autorités chinoises font valoir que les cadres politiques et administratifs de la RAT sont majoritairement tibétains. Selon les statistiques officielles, les Tibétains et les membres d'autres ethnies minoritaires représentent 87,5 % des postes de président et vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire de la RAT, 69,23 % des membres de ce Comité permanent, 57 % des postes de président et vice-président de la RAT, 90,42 % des membres du Comité permanent local de la Conférence consultative politique du peuple chinois et 89,4 % des membres de ce Comité local, enfin 77,97 % du personnel des organismes gouvernementaux au niveau de la région autonome, de la préfecture et du district.

Mais ces pourcentages doivent être appréciés à la lumière du fait que, dans le système politique chinois, la hiérarchie des élus du suffrage universel reste seconde par rapport à la hiérarchie des représentants du parti communiste, détenteur du monopole du pouvoir. Or, les instances tibétaines du parti sont largement dominées par des Chinois d'origine han. Ainsi, le poste hautement stratégique de secrétaire régional du parti communiste pour le Tibet a toujours été dévolu à un Chinois d'origine han. Cette fonction sensible a d'ailleurs été exercée de 1988 à 1992 par Hu Jintao, l'actuel secrétaire général du parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine.

2. Des infrastructures modernes

Le Tibet ancien était à peu près complètement dépourvu d'infrastructures économiques. Il suffit de lire les récits des voyages effectués par l'aventurière française Alexandra David-Néel dans la première moitié du XXème siècle pour mesurer l'archaïsme des moyens de communication du Tibet traditionnel, où les durées de trajet se mesuraient en nombreuses semaines.

L'une des premières tâches à laquelle se sont attelés les Chinois une fois qu'ils se furent rendus maîtres du Tibet, a été la réalisation de routes stratégiques pour l'acheminement de leurs troupes. La route reliant Lhassa à Chengdu, au Sichuan (2 413 km) avait été commencée en territoire chinois dès 1944, la partie tibétaine étant construite après 1950 ; la route reliant Lhassa à Xining, au Qinghai (2 000 km) est construite entre 1952 et 1954 ; et celle de Lhassa au Xinjiang (1 179 km) en 1956-1957. La main-d'oeuvre tibétaine utilisée à cette époque était le plus souvent non rémunérée. Aujourd'hui, le Tibet compte 43 700 km de routes, dont plus de 3 000 km asphaltées.

Un troisième aéroport vient d'être mis en service, tandis qu'en juillet 2006 a été inaugurée la ligne de chemin de fer Qinghai-Tibet, entre Golmud et Lhassa. Cet ouvrage pharaonique de 1 110 km de long, qui a coûté 2,5 milliards d'euros et culmine à 5 072 mètres d'altitude, est de nature à accentuer le désenclavement de la RAT.

Le développement des infrastructures hydroélectriques, d'une puissance installée de 500 MGW, devrait permettre à la RAT d'atteindre l'autosuffisance en électricité d'ici la fin de la XIème programmation quinquennale en 2010. Compte tenu de la dispersion de l'habitat sur le haut plateau, l'élargissement de l'accès à l'électricité (1 million d'habitants ne sont pas encore couverts) pourrait être facilité par le recours à l'énergie solaire.

Enfin, le Tibet est de plein pied dans le XXIème siècle, avec la mise en place d'un système de télécommunications moderne. La couverture radio et télévision de la RAT est presque totale, tandis que le réseau de téléphonie mobile s'étend rapidement dans les zones urbanisées.

3. Une croissance économique rapide

La mesure de la croissance économique du Tibet depuis son annexion à la Chine se heurte à l'absence de séries statistiques continues et homogènes. Le régime antérieur ignorait les bases mêmes de la macroéconomie et de la comptabilité nationale, tandis que le régime actuel ne se risque pas à avancer des chiffres pour la période troublée des années 1950 à 1970. En pratique, les données disponibles remontent rarement au delà du mouvement « d'ouverture et de réforme » initié à partir de 1978 par Deng Xiaoping.

Sur la période récente, le Tibet a connu une croissance économique encore un peu plus rapide que le reste de la Chine. Au cours des cinq dernières années, le PIB tibétain a progressé de 12 % annuellement. En 2005, il a atteint 25,6 milliards de yuans, soit 1,4 % du PIB national.

Le PIB par habitant s'élève aujourd'hui environ à 1 000 dollars, ce qui situe la RAT au 25ème rang sur 31 provinces chinoises.

4. Une société en développement

Les divers indicateurs disponibles montrent une société tibétaine en développement. Ainsi, la région autonome du Tibet connaît, selon les chiffres officiels, une forte croissance démographique depuis la « libération pacifique ».

Selon les auteurs de « Cent questions sur le Tibet », cette évolution favorable dément les allégations de « la clique du Dalaï-Lama », c'est-à-dire du gouvernement tibétain en exil, d'après lequel 1,2 million de Tibétains seraient morts violemment depuis 1950, au combat, sous la torture, en prison ou, surtout, de faim. Il faut toutefois préciser que le chiffre avancé par le gouvernement tibétain en exil se rapporte à la population du Grand Tibet, et pas à la population du seul Tibet central auquel correspond la RAT.

Qui doit-on croire ? Il est vraisemblable que l'on ne connaîtra jamais le nombre exact des victimes des événements qui ont accompagné la « libération pacifique » puis la « réforme démocratique » du Tibet.

Ce qui est certain, c'est que la modernisation des conditions sanitaires s'est traduite par une très forte baisse de la mortalité infantile, qui a diminué de 43 % à 3,1 %, ce qui a permis à la population tibétaine d'amorcer sa révolution démographique. L'espérance de vie est ainsi passée de 36 ans avant 1950 à 67 ans aujourd'hui.

Le réseau de soins médicaux et sanitaires existant au Tibet offre des taux de 2,5 lits d'hôpitaux, 1,84 médecin et 3,57 agents de santé pour 1000 habitants, qui se comparent favorablement au reste de la Chine.

Les indicateurs éducatifs officiels sont également bien orientés. Le taux de scolarisation de base atteindrait aujourd'hui plus de 90 %, tandis que les taux d'accès aux cycles supérieurs tendent également à s'élever.