Groupe interparlementaire d'amitié

France - Pays Baltes

COURAGEUSE LETTONIE !

Rapport d'information

sur la mission effectuée par une délégation du groupe

en Lettonie

du 19 au 21 avril 2009

Présenté par

M. Denis BADRÉ,

Président du groupe d'amitié

et

M. Jacques LEGENDRE,

Président délégué pour la Lettonie

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N° GA 88 - Novembre 2009

REMERCIEMENTS

La délégation du groupe d'amitié France-Pays baltes s'étant rendue en Lettonie du 19 au 21 avril 2009 était conduite par M. Denis BADRÉ, Président, et composée de MM. Jacques LEGENDRE, vice-président délégué pour la Lettonie et Bertrand AUBAN, vice-président 1 ( * ) .

Durant cette brève mission, le programme des audiences et des entretiens a été particulièrement dense et intéressant, et n'aurait pas pu être couvert sans l'excellente organisation qu'ont su mettre en place, chacun pour ce qui les concernait, le groupe d'amitié Lettonie-France de la Saeima sous l'autorité de sa Présidente, Mme Sandra KALNIETE, les autorités et les services de cette assemblée parlementaire et, côté français, l'Ambassadeur de France, S. Exc. M. Pascal FIESCHI et tous ses collaborateurs, sans omettre Mme FIESCHI qui n'a pas ménagé ses efforts lors de deux réceptions offertes par l'ambassadeur au cours desquelles la délégation a pu s'entretenir avec des représentants d'entreprises françaises et différentes personnalités étrangères.

Les sénateurs adressent leurs plus chaleureux remerciements à tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont contribué à la préparation et au bon déroulement de cette visite.

Le groupe interparlementaire France-Pays baltes du Sénat comptait 21 membres au 1 er novembre 2009 : MM. AUBAN Bertrand, Vice-Président, BADRE Denis, Président, BLANC PAUL, DESESSARD Jean, Président délégué (Estonie), FORTASSIN François, Vice-Président, FRASSA Christophe-André, FRIMAT Bernard, GÉLARD Patrice, Vice-Président, GOURNAC Alain, Vice-Président, HAENEL Hubert, HUMBERT Jean-François, KRATTINGER Yves, LAGAUCHE Serge, Vice-Président, Mme LAMURE Élisabeth, Présidente déléguée (Lituanie), M. LEGENDRE Jacques, Président délégué (Lettonie), Mme MALOVRY Lucienne, MM. NACHBAR Philippe, Secrétaire, RAOULT Paul, REVET Charles, SUTOUR Simon, THIOLLIÈRE Michel.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Au terme d'une brève mais dense mission en Lettonie en avril dernier 2 ( * ) , la délégation du groupe d'amitié France-Pays baltes du Sénat conduite par M. Denis Badré, Président, et composée de MM. Jacques Legendre, Président délégué pour la Lettonie et Bertrand Auban, vice-président, revient porteuse d'un message d'espoir et de confiance que lui ont unanimement délivré tous ses interlocuteurs sur place : la Lettonie, durement frappée par une crise économique et financière d'une ampleur exceptionnelle, mise énormément sur la solidarité de ses partenaires de l'Union européenne pour l'aider à sortir de cette passe difficile.

La délégation revient aussi pleine d'admiration pour un peuple qui, courageusement, a accepté sans état d'âme des mesures de redressement que sans doute fort peu d'États européens auraient pu faire admettre à leur population : coupes sombres dans tous les budgets publics, importantes diminutions des effectifs publics, réduction significative des salaires dans la fonction publique, suppression des avantages acquis, assainissement des crédits bancaires et hypothécaires, etc... Ces mesures sont ressenties d'autant plus durement dans un pays où le système de protection sociale est loin d'être aussi performant que dans d'autres États d'Europe de l'Ouest.

Cela étant, si la Lettonie est aujourd'hui gravement malade au plan économique -comme la presse occidentale le répète à l'envi- elle n'est certainement pas en état de « mort clinique », ainsi que l'a récemment titré un grand quotidien français : elle renvoie au contraire au reste de l'Union européenne l'image d'un malade combattif, bien résolu à s'en sortir et dont la volonté de redressement est à tous égards exemplaire. Le Tigre letton, pour reprendre l'expression des observateurs internationaux jusqu'en 2008, est touché, certes, mais sa détermination reste entière.

Cette fermeté face à l'adversité n'est pas pour nous surprendre, c'est même un trait de caractère dont la Lettonie a donné maintes preuves tout au long de son histoire mouvementée, y compris dans les périodes récentes.

Dans sa configuration actuelle, la Lettonie a accédé à l'indépendance en 1991. Elle a adhéré à l'OTAN en mars 2004, avant même d'entrer dans l'Union européenne, qu'elle n'a rejoint que deux mois plus tard (chronologie assez révélatrice du souci primordial de cet État balte, de garantir son indépendance et sa sécurité extérieure).

Marqués par les dominations successives russes et allemandes jusqu'à la fin de la première Guerre mondiale, les Lettons n'avaient en fait joui que d'une brève parenthèse d'indépendance entre 1918 et août 1940, date à laquelle leur pays a été incorporé de force à l'Union soviétique. Occupée l'année suivante par l'Armée allemande (juin 1941) puis par l'Armée rouge (octobre 1944), la Lettonie aborde alors une des périodes les plus sombres de son histoire, ponctuée d'épisodes sanglants et de déportations massives, tour à tour vers les camps de concentration allemands ou vers les camps du Goulag.

Au total, la Lettonie aurait perdu pendant cette période plus du dixième de sa population -au demeurant très composite- et il n'est guère de famille lettone, même aujourd'hui, qui n'en garde la trace. La Présidente du groupe d'amitié Lettonie-France de la Saeima (le Parlement monocaméral letton), Mme Sandra KALNIETE, en est un vivant exemple, puisqu'elle-même est née et a vécu sa toute petite enfance dans un camp de travail sibérien, où ses parents avaient été déportés.

Ce passé assez chaotique explique les espoirs et la conviction que placent les Lettons dans une Union européenne qui, au-delà de ses objectifs économiques, représente avant tout à leurs yeux un espace de liberté et de considération envers leur pays. Le groupe sénatorial d'amitié regrette d'ailleurs que l'Europe ne prête pas plus d'attention à la Lettonie , au point que trop souvent, les opinions publiques occidentales ne savent même pas bien la distinguer de ses deux voisins de la Baltique, l'Estonie au nord et la Lituanie au sud.

Quoi qu'il en soit, pour les Lettons, l'Union européenne est aussi porteuse d'un défi très difficile à relever, surtout dans le contexte actuel : le passage à l'Euro en 2012, avec ce qu'il implique de rigueur budgétaire et de sacrifices économiques pour un pays sous le coup de la crise financière internationale et dont les fondamentaux ne remplissent pas pour le moment- les critères de Maastricht.

De fait, la Lettonie, qui connaissait depuis la fin des années 90 une période de forte croissance économique, s'est soudainement enlisée dans la crise à partir du dernier trimestre 2007, avec la fragilisation subite de son système bancaire -l'effondrement l'année suivante de la Banque Parex en a été le révélateur- un fort repli de sa production et une rapide poussée corrélative du chômage. Le mouvement s'est poursuivi et accentué en 2008, beaucoup d'observateurs occidentaux étant dès lors convaincus que la Lettonie ne pourrait plus se qualifier pour l'euro dans les délais initialement prévus.

Mais avec courage et détermination, les Lettons ont réagi selon leur habitude : ils se sont mobilisés pour faire face à la crise, adoptant un ensemble de mesures que, jusqu'à présent, l'opinion publique semble accepter bravement.

Les autorités lettones ont aussi refusé de s'engager sur la pente facile d'une dévaluation de la monnaie nationale -le Lat- dont le cours élevé pénalise pourtant les exportations. Cette inflexibilité monétaire est même posée comme un dogme politique auquel, visiblement, les personnalités rencontrées tout au long de la mission ne sont pas disposées à renoncer.

Au moment de la visite de la délégation sénatoriale, ces personnalités semblaient s'accorder également sur un autre point : ces « remèdes de cheval », pour pénibles qu'ils fussent, leur semblaient aptes à enrayer la progression de la crise, avec même une possible reprise à partir de 2011 ; et passé ce cap délicat, ces mêmes mesures -à condition de ne pas être remises en cause- leur paraissaient mettre la Lettonie à même de se qualifier pour l'Euro en 2012, plus vite que d'autres et plus compétitive qu'avant.

Tel est le paysage général, à la fois difficile et enthousiasmant, dans lequel le groupe sénatorial d'amitié France-Pays baltes du Sénat à souhaité répondre à l'invitation de ses homologues de la Saeima. Le présent rapport n'est toutefois qu'un cliché instantané d'une situation susceptible d'évoluer selon plusieurs scénarios, du plus favorable (la stabilisation économique puis une reprise permettant à la Lettonie d'être au rendez-vous de l'Union économique et monétaire en 2012) au plus pessimiste (poursuite sur une pente négative pouvant aboutir à une quasi-faillite du pays provoquant à son tour, de proche en proche, celle d'autres États de l'Union européenne).

Force est de reconnaître que dans le semestre ayant suivi la visite des sénateurs français, le paysage économique letton n'a pas connu de réelle embellie et que si le premier train des mesures prises -y compris une injection massive de capitaux internationaux (un prêt du FMI, notamment)- a permis d'éviter le pire, la situation générale demeure pour le moins préoccupante. Reste que le collapsus généralisé ne s'est pas produit, et on peut souhaiter que les nouvelles restrictions budgétaires annoncées pour 2010 enrayent la tendance actuelle.

Se gardant de tout pronostic, la délégation du groupe d'amitié s'en tiendra donc à un simple diagnostic, tiré pour l'essentiel des très intéressantes auditions qu'elle a eues sur place avec des représentants du Gouvernement, des membres du Parlement et différents responsables lettons (un bref compte rendu de chacune de ces auditions figure d'ailleurs à la fin du présent rapport).

A ce stade, le groupe interparlementaire France-Pays baltes du Sénat tient surtout à sensibiliser l'opinion publique française et nos autres partenaires de l'Union européenne aux difficultés que la Lettonie traverse actuellement et à la nécessaire solidarité dont nous devons faire preuve envers ce pays ami.

PROGRAMME DÉTAILLÉ DE LA MISSION

Dimanche 19 avril

17h50

Arrivée de la délégation à Riga - Installation à la maison des invités de la Saeima

19h30

Réception à l'ambassade de France avec les représentants de Chambre de Commerce et d'entreprises françaises

Lundi 20 avril

09h30

Rencontre avec le Président de la Banque centrale de Lettonie

10h30

Rencontre avec la direction de l'École suédoise d'économie de Riga

11h30

Rencontre avec la direction de l'Université de Lettonie

12h30

Déjeuner offert par le Président de la commission des Affaires étrangères de Saeima

14h20

Audience avec le ministre des Affaires étrangères

15h00

Audience avec le ministre de l'Economie

16h00

Visite du musée de l'Occupation

17h15

Rencontre avec M. Rolands LAPPUKE à la Résidence de France

19h30

Dîner à la Résidence de France avec des personnalités lettones et étrangères

Mardi 21 avril

09h30

Audience avec le Président de la Saeima

10h10

Réunion avec le Président et plusieurs députés de la commission de l'Économie nationale, de la Politique agraire, environnementale et régionale de la Saeima

11h00

Réunion avec le Président et plusieurs députés de la commission du Budget et des Finances

12h10

Rencontre avec la Présidente et les députés du groupe d'amitié Lettonie-France

13h30

Déjeuner offert par la Présidente du groupe interparlementaire Lettonie-France

15h10

Visite de l'Institut Français

16h45

Départ pour l'aéroport de Riga - 18h30 Retour en France

* 1 La délégation était accompagnée par un conseiller du service des Relation internationales, en remplacement de Mme Anne-Laure SAINT-DIZIER, secrétaire exécutif du groupe d'amitié, empêchée.

* 2 La délégation a séjourné à Riga du dimanche 19 avril (soir) au mardi 21 avril (en fin d'après-midi).

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