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Colloque Sénat-Ubifrance sur l'Afrique du Sud (12 octobre 2006)



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L'Afrique du Sud,
un partenaire incontournable en Afrique

L'Afrique du Sud en Afrique

Raphaël BELLO,
Chef du Bureau Afrique-Maghreb - MINEFI-DGTPE

La présence croissante de l'Afrique du Sud en Afrique est un phénomène récent, qui doit être mis en parallèle avec l'implication grandissante de la Chine sur le continent africain. Outre les relations privilégiées qu'elle entretient avec les États-Unis et l'Europe, l'Afrique du Sud développe à présent des relations de proximité avec les pays africains, cette tendance s'accompagnant d'un phénomène d'internationalisation des entreprises.

Aujourd'hui, ce sont 20 à 25 % des exportations sud-africaines, représentant 11 milliards de dollars, qui sont destinées à l'Afrique, alors que cette part n'était que de 4 % en 1991. L'Afrique australe est principalement concernée ; suit l'Afrique orientale et occidentale. L'Afrique du Sud détient en Afrique une part de marché globale située entre 6 et 7 % ; elle se place juste après la Chine, premier fournisseur de l'Afrique sub-saharienne, et de pays tels que la France et le Royaume-Uni.

D'un point de vue sectoriel, c'est la diversité des exportations qui caractérise la présence sud-africaine en Afrique. Outre les secteurs traditionnels des mines et du bâtiment, l'Afrique du Sud se montre performante en matière de services. Les trois grands distributeurs sud-africains disposent d'un réseau de 440 magasins en Afrique. Ainsi Vodacom est particulièrement implanté en Tanzanie et au Nigeria ; Eskom, du secteur de l'énergie, est présent dans 32 pays africains.

Les entreprises sud-africaines ont un intérêt objectif à pénétrer des marchés africains en croissance. Par ailleurs, les échanges de l'Afrique du Sud avec le reste du continent sont largement excédentaires et lui permettent d'afficher un solde positif de 8 milliards de dollars. Les autres pays africains présentent des opportunités commerciales certaines ; les retours sur investissements sont très élevés et généralement deux fois supérieurs à ceux obtenus en Afrique du Sud. Il est à noter par ailleurs que l'environnement des affaires en Afrique connaît une amélioration : les annulations de dettes et les possibilités de financements multilatéraux attirent les investisseurs. Le mouvement des entreprises sud-africaines fait écho à la diplomatie développée par le gouvernement, tournée vers l'animation et l'arbitrage sur le continent. Les pouvoirs publics sud-africains n'ont cependant pas mis en place de politique volontariste d'accompagnement de l'implantation de leurs entreprises en Afrique ; la politique de pénétration du marché africain par les entreprises sud-africaines n'est pas particulièrement agressive ou prédatrice ; elle reste équilibrée, maîtrisée et raisonnable.

Les sociétés françaises ont tout intérêt à profiter de la stratégie d'implantation équilibrée des entreprises sud-africaines en Afrique, en proposant des partenariats visant à exploiter les complémentarités sectorielles et géographiques qui se font jour. Ainsi, Eskom pourrait offrir des opportunités de partenariats ; un pays tel que la République démocratique du Congo constitue un terrain favorable au développement des partenariats.

Gérard GAVEAU,
Directeur - Onudi

L'Afrique du Sud se classe au rang des dix premiers investisseurs dans le monde. Globalement, le montant des stocks d'investissement en Afrique s'élève à 29 milliards d'euros. En l'espace de quinze ans, par ailleurs, les investissements sud-africains en Afrique ont représenté 920 nouveaux projets de 287 entreprises différentes, soit une augmentation de 600 %. Force est de constater que les investissements sud-africains sur le reste du continent croissent à grande allure, dessinant un mouvement inverse à celui que connaissent des pays comme la France.

Afin d'aider dans leurs activités les autorités et agences de promotion des investissements en Afrique, l'Onudi réalise chaque année une enquête visant à mieux comprendre les comportements et perceptions des investisseurs étrangers en Afrique. L'enquête 2005 s'est centrée sur quinze pays, représentant 35 % du montant des investissements internationaux destinés à l'Afrique. L'Onudi a exploité le témoignage de 1 500 entreprises étrangères installées en Afrique. Parmi elles, 90 entreprises sud-africaines (hors mines et hydrocarbures) ont été sollicitées, les investissements sud-sud constituant un des sujets de l'étude.

Grâce à cette enquête, nous avons pu établir la grande diversité géographique des investissements sud-africains en Afrique. Si 90 % de ces investissements sont orientés vers la Sadec, en termes de valeur, l'on observe néanmoins un mouvement d'orientation accrue des fonds vers l'Afrique de l'Ouest et centrale. Les entreprises sud-africaines, néanmoins, sont encore absentes des pays d'Afrique francophone.

Il est à noter que contrairement aux pratiques européennes, ces entreprises sud-africaines investissent très peu dans les secteurs traditionnels et bien davantage dans les services, les infrastructures, la construction, les finances ou encore le tourisme.

J'ajouterai que les investissements sud-africains sont récents. 50 % sont sud-africains à 100 %, la moitié restante passant par des joint-ventures, ce qui démarque les entrepreneurs sud-africains des Asiatiques qui délaissent massivement les joint-ventures. Par ailleurs, 70 % des investissements sud-africains réalisés en Afrique le sont par des sociétés transnationales, 20 % seulement par des PME. Les Sud-africains se révèlent également les plus dynamiques ; en moyenne, au cours des trois dernières années, chaque entreprise sud-africaine du panel a investi 8 millions de dollars, tandis que les sociétés européennes n'ont consacré que 3 millions de dollars en moyenne à l'Afrique. Les entreprises sud-africaines en Afrique sont également celles qui rémunèrent le mieux leurs salariés. Elles effectuent également des dépenses largement supérieures en matière de formation : ce sont 800 euros qui sont consacrés à chaque salarié par an en la matière, contre 260 euros seulement de la part des entreprises européennes et 70 euros de la part des sociétés asiatiques. Les entreprises sud-africaines apparaissent également les plus satisfaites des performances de leurs implantations en Afrique. Elles sont moins critiques à l'égard de l'évolution de l'environnement des affaires. Enfin, ce sont ces entreprises sud-africaines qui connaissent une croissance de leurs ventes et de leur chiffre d'affaires la plus importante.

En conclusion, il semble que l'intérêt des investisseurs sud-africains pour l'Afrique soit appelé à se confirmer et à s'inscrire dans la durée. Il semblerait pertinent que les entreprises françaises s'appuient sur cette tendance pour développer leur positionnement en Afrique.

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