Allez au contenu, Allez à la navigation



Colloque Asie centrale et Caucase (jeudi 25 mars 2010)

Table ronde Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan)

La table ronde est présidée par Aymeri de MONTESQUIOU et Jean-Jacques GUILLAUDEAU, avec :

Paul ANDREYS, gérant , SFEC (traitement de l'eau)
Éric COKINI, directeur, Adéa Entreprises
(investissement et conseil)
Catherine GRASSET, vice-président Kazakhstan & Azerbaïdjan, Total Exploration & Production
Pierre HUBERT, chargé d'affaires CEI, Areva
Jean-Michel MEUNIER, représentant de la Société Générale au Kazakhstan, président du Conseil de surveillance de ProstoKredit, CCEF
Matthieu MITTERRAND, directeur général, Asia Gulf Services, membre du Comité exécutif de CIFAL Groupe, CCEF
Daniel PATAT, chef du Service économique à Bakou, compétent pour le Turkménistan
Hélène ROGÉ, Attachée économique, Service économique à Tachkent

Aymeri MONTESQUIOU

Je souhaite à nouveau souligner combien cette région est passionnante, combien elle correspond aux possibilités françaises et combien les attentes de ces pays sont réelles. L'entente politique particulière entre les chefs d'État constitue également un atout considérable même si elle ne dispense pas les entreprises d'être compétitives.

Paul ANDREYS

Je suis gérant d'une SARL et je m'apprête à faire mentir tous ceux qui ont affirmé que l'export n'était pas pour les PME. En effet, celui-ci est avant tout un état d'esprit. La société pour laquelle je travaille emploie 15 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros, dont 40 à 50 % à l'export.

Notre aventure a commencé par le Maghreb dans les années 90. Mon prédécesseur a bénéficié, pour poursuivre l'ouverture de la société, d'accompagnements, d'associations et de partenariats. Nous avons récemment bénéficié d'un FASEP sur le Kazakhstan. Celui-ci nous permettra, je l'espère, de nous développer durablement dans ce pays.

Si la visite de Nicolas Sarkozy a constitué un atout pour notre entreprise, il est manifeste que la large diffusion de la culture française dans le pays est un élément favorable à notre implantation. Ainsi, le 18 mars dernier, une personne à Astana m'a souhaité bonne fête, à l'occasion de l'anniversaire de la création de la Commune de Paris en 1871 ! Mon entreprise profite en outre de l'aura des grands groupes français.

Il est par ailleurs extrêmement important d'avoir des contacts et des partenaires. Le Kazakhstan est un pays de réseaux mais surtout d'accueil et il est important de prendre le temps de cet accueil. J'ai par exemple fait honneur à une famille en lui rendant visite et celle-ci m'a remercié lorsque je suis parti.

Il n'est pas toujours aisé de choisir des partenaires sérieux qui puissent tenir leurs engagements. La mise en commun de l'information est primordiale. A Lyon, nous avons formé un club Maghreb avec la CCI dans le cadre duquel nous pouvons échanger des informations. Ainsi, il serait intéressant de pouvoir échanger des expériences, notamment sur les hôtels et les conditions de voyages.

Avoir une maison des entreprises françaises, une base commerciale, serait de la plus haute utilité. Nous sommes aidés par Ubifrance et les missions économiques mais ces structures ne peuvent pas se substituer à notre secrétariat.

Régis GENTÉ

Catherine Grasset, suite aux évolutions récentes du cadre législatif au Kazakhstan, Total reste-t-il confiant dans le potentiel énergétique du pays ? Pouvez-vous par ailleurs apporter des précisions sur l'influence chinoise ?

Catherine GRASSET

Nous sommes présents au Kazakhstan depuis 1992 avec une participation de 17 % dans le gisement géant de Kashagan. La première phase lancée en 2004 devrait être mise en production fin 2012 avec 300 000 barils/jour mais les réserves, gigantesques, laissent espérer une production qui pourra aller à terme jusqu'à 1,5 millions de barils/jour.

Les deux contrats que nous avons récemment signés - sur le gisement Khvalynskoïe opéré par Loukoil et sur la prise de participation dans un permis à terre au nord du pays - témoignent de notre confiance dans le potentiel du Kazakhstan. Le dernier accord nous permettrait de devenir opérateurs dans ce pays.

Enfin, nous restons moteurs sur le développement de voies d'accès vers le Sud comme alternatives à l'exportation vers la Russie ou la Chine. Dans ce cadre, nous avons mené une étude conceptuelle pour le KCTS (Kazakhstan Caspian Transportation System).

Total est présent au sein du Conseil des affaires franco- kazakhes. Il est également le seul groupe français du conseil des investisseurs étrangers.

Aujourd'hui, l'influence de la Russie dans la région a tendance à décliner alors que la Chine se positionne très rapidement, étant capable d'investir des montants considérables et de monter des projets à un rythme que nous sommes incapables de tenir.

Aymeri de MONTESQUIOU

Ce matin, Jean-Jacques Guillaudeau a indiqué que la Chine représentait 28 % du pétrole exploité au Kazakhstan. Cette présence crée des tensions dans le pays et a provoqué des grèves il y a deux semaines. Il y a deux mois, des Kazakhs ont manifesté devant la mise à disposition d'un million d'hectares pour des exploitants chinois. Je pense par conséquent que le Kazakhstan n'allouera pas de territoires supplémentaires à la Chine.

Régis GENTÉ

Pierre Hubert, le Kazakhstan est devenu le premier producteur d'uranium en 2009. Pouvez-vous décrire les étapes du projet minier qui vous a conduit à considérer le Kazakhstan comme un pays hautement stratégique ?

Pierre HUBERT

Areva construit des centrales nucléaires et gère le cycle complet du combustible, depuis son extraction jusqu'à son recyclage.

Le Kazakhstan est le premier pays dans lequel nous produisons. Nous avons commencé à prospecter cette zone au début des années 90. Après quelques années de prises de contacts, nous avons conclu une alliance avec le producteur national Kazatomprom. En 2000, nous avons obtenu des permis miniers pour 25 ans puis avons lancé une étude de faisabilité et réalisé un pilote. Enfin, en 2004, nous sommes parvenus à établir tous les accords constitutifs de la société d'exploitation d'uranium au Kazakhstan à partir de deux gisements.

Nous sommes opérateurs dans cette société et nous y détenons une participation de 51 %. En 2005, nous avons obtenu des Kazakhs qu'ils agrandissent notre périmètre et qu'ils prolongent la durée de vie de la convention à 35 ans. En 2008, nous avons obtenu de pouvoir produire 4000 tonnes d'uranium à partir de ces gisements.

Ainsi, nous avons dû nous adapter en permanence et gérer des éléments de circonstances. En 2009, par exemple, le président de Kazatomprom a été arrêté puis mis en prison, comme beaucoup des dirigeants qui l'entouraient. Par ailleurs le Kazakhstan sera bientôt le premier producteur d'uranium au monde et aura donc besoin d'acide sulfurique. Or, ce composant fait défaut dans le pays et nous envisageons la possibilité de construire notre propre usine de production d'acide sulfurique.

Régis GENTÉ

Jean-Michel Meunier, où en sont les plans de développement au Kazakhstan ?

Jean-Michel MEUNIER

La mise en place des plans de développement comprend plusieurs étapes. Au cours des deux dernières années, la holding industrielle Samruk a été créée et fusionnée avec le fonds souverain Kazina. L'État détient ainsi des participations dans de nombreuses entreprises qui couvrent entre 40 et 50 % du PNB kazakh.

La holding Samruk-Kazina a joué un rôle important pendant la crise financière. Elle a recapitalisé les banques et distribué des crédits à différents secteurs. L'arrivée du nouveau ministre de l'industrie, qui vient d'être promu Vice-premier ministre, correspond à la mise en place d'un « programme de développement accéléré de l'industrie et de l'innovation au Kazakhstan ». Il s'agit d'un plan décennal divisé en deux périodes de cinq ans qui prévoit une planification relativement poussée et marque le retour d'une politique volontariste.

Le programme impose une diversification de l'économie et met en exergue la nécessité de nationaliser la production. Il prévoit que de nombreux intrants utilisés dans le montage des équipements industriels devront être produits localement. Des pénalités sont prévues en cas de non respect des normes.

Pendant cinq ans, les ressources de matières premières n'augmenteront pas. Kashagan, par exemple, commencera à produire en 2012 mais ne génèrera des volumes importants que plus tard. D'autres secteurs de l'économie devront ainsi être développés grâce au plan et à la nouvelle équipe gouvernementale. Le problème du financement demeure néanmoins présent dans la mesure où il n'y a plus, dans le pays, de sources financières. L'Etat doit intervenir pour se procurer les financements que les banques ne sont pas en mesure d'obtenir. Enfin, les investissements étrangers devront jouer un rôle dans ce développement et les banques nationales pourront intervenir dans deux ou trois ans.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Pour compléter les propos de M. Meunier, je rappellerai que la part du secteur public dans le PIB kazakh est estimée entre 65 et 72 %. Par ailleurs, si la production de pétrole n'augmentera pas de manière spectaculaire au cours des prochaines années, la production d'électricité nucléaire connaitra une véritable ascension.

Aymeri de MONTESQUIOU

Il convient de souligner la jeunesse des équipes dirigeantes du Kazakhstan et leur niveau de compétence. Par ailleurs, l'État kazakh comme l'État français ont un poids très important dans l'économie nationale. Ainsi, je suis convaincu que la place française a une forte attractivité sur la place kazakhe.

Régis GENTÉ

Matthieu Mitterrand, existe-t-il une véritable amélioration du climat de l'investissement au Turkménistan ?

Matthieu MITTERRAND

S'il est vrai que le nouveau président turkmène a la volonté d'ouvrir son pays et d'en changer l'image, le climat des affaires n'est pas encore optimal au Turkménistan. Il est toujours difficile d'obtenir un visa par ce pays, les interlocuteurs changent régulièrement, ne sont pas toujours formés et ne parlent pas toujours anglais. Le président décide de tout et les ministres ont peur de défendre un dossier techniquement auprès de lui. Enfin, le processus de décision est très lent, l'obtention des diverses autorisations pouvant prendre entre deux et trois mois. Aujourd'hui, avoir l'appui présidentiel n'est plus suffisant, ce qui complique l'entrée en vigueur des contrats.

En dépit de ces entraves, le Turkménistan essaie de s'ouvrir. Je reste pour ma part convaincu qu'il s'agit d'un pays dans lequel il faut investir maintenant pour s'assurer une position avantageuse dans le futur.

Régis GENTÉ

Nous constatons, à travers ces témoignages, la disparité des chemins empruntés par ces jeunes États. L'Ouzbékistan n'a pas la réputation d'être un pays facile d'accès. Éric Cokini, l'Ouzbékistan a-t-il une économie à deux vitesses ?

Éric COKINI

La stratégie de l'Ouzbékistan est claire depuis l'indépendance. Le pays a souhaité dans un premier temps développer l'exploitation des ressources naturelles et les transports, investir dans des technologies permettant d'apporter une valeur ajoutée aux ressources naturelles en les transformant en produits. L'Ouzbékistan a mis en place de nouvelles industries, notamment automobiles avec les usines Daewoo et General Motors, et a modernisé les infrastructures afin de réaliser des économies en énergie et en eau.

Concernant l'import- export, la stratégie du gouvernement a été conditionnée par le souci d'éviter tout choc social. Elle consiste en la mise en place progressive et contrôlée d'une économie de marché. Cela explique le peu d'impacts de la crise asiatique de 1998 et de la crise mondiale actuelle sur ce pays. Le crédit hypothécaire et à la consommation est peu significatif en Ouzbékistan.

Les Ouzbèkes souhaitent maintenir une dette extérieure inférieure à 10 % du PIB et éviter de «dilapider » les ressources en devises étrangères en limitant les importations au moyen de tarifs douaniers élevés et d'un contrôle des changes. La politique fiscale avantageuse pour les investisseurs étrangers vise à favoriser la production locale.

Pour les fournisseurs d'équipement et les investisseurs potentiels, il est important de prendre en compte la politique et la culture du pays. L'importation des biens de consommation courante n'est toujours pas d'actualité. En revanche, la production locale est fortement encouragée et les produits se vendent bien compte tenu de la faible concurrence. Les marges sont confortables en raison de coûts de revient très bas qui s'expliquent par une exonération de tout droit d'importation, par des salaires raisonnables, par des exemptions fiscales et par les économies réalisées sur les coûts de transport.

La difficulté consiste à bien préparer le projet en amont et à convertir la monnaie locale.

Deux grandes centrales hydroélectriques seront modernisées et d'autres, plus petites, seront mises en place par le gouvernement. Le secteur gazier est très dynamique depuis quelques années et bénéficiera de près de 15 milliards de dollars d'investissement dans les trois années qui viennent. La Corée, la Russie ou encore la Malaisie réaliseront ces investissements. L'irrigation fait également l'objet de nombreux projets, de même que le secteur minier et l'agriculture.

Tous les projets que je viens de citer ont été conclus dans le cadre de visites présidentielles. Je suis convaincu que l'Ouzbékistan présente un potentiel important de projets pour les entreprises françaises. Toutefois, celles-ci ont besoin d'un soutien politique français significativement plus actif.

Enfin, le sens de l'hospitalité des Ouzbèkes est fantastique. Dans la culture ouzbèke, la création de liens d'amitié est nécessaire à l'établissement de la confiance, qui ouvre elle-même la porte à une communication de qualité.

Régis GENTÉ

Hélène Rogé, qu'implique la volonté de diversification de l'économie pour les entreprises françaises ? Des contrats n'ont-ils pas été signés récemment entre Paris et Tashkent?

Hélène ROGÉ

Si l'Ouzbékistan n'a pas été profondément touché par la crise, il n'a pas pour autant été totalement épargné. Le gouvernement a d'ailleurs mis en place un programme anticrise qui prévoyait un volet relatif à la localisation de la production.

Les Ouzbèkes veulent aujourd'hui moderniser et diversifier le tissu industriel dont ils ont hérité de l'époque soviétique, sachant que 70 % des investissements étrangers se concentrent dans le domaine de l'énergie. Les autorités sont demandeurs d'un transfert des technologies européennes, offrant de réelles opportunités aux entreprises françaises dans les domaines définis comme prioritaires (production, industrie pharmaceutique, automobile, électrique, agroalimentaire etc.). Enfin, les Ouzbèkes souhaitent malgré tout attirer les investisseurs dans le domaine de l'énergie pour améliorer l'efficacité énergétique du pays.

Ce désir de modernisation s'est dernièrement concrétisé par la création de la zone économique libre de Navoi, et partant, de nouvelles opportunités pour les Européens. Les Espagnols ont par exemple vendu un TGV au gouvernement et un important projet de chemin de fer, financé par la BAD (Banque Asiatique de Développement) est en cours de préparation pour relier l'Ouzbékistan et l'Afghanistan. Les entreprises françaises ne sont pas de reste et se sont dernièrement distinguées dans le domaine des passeports biométriques et de l'énergie.

Si l'Ouzbékistan est un marché difficile, il offre de véritables opportunités pour les grands groupes et pour les PME. Cifal, J-C Decaux ou encore Sanofi Aventis sont déjà présents sur place. Il convient également d'avoir à l'esprit que les négociations prennent plus de temps qu'en Europe. Enfin, il est important d'être présent sur place pour créer une véritable relation avec les partenaires ouzbèkes.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Nous n'avons pas parlé des Coréens alors qu'ils sont, juste après les Chinois, les plus actifs dans la région. La Corée a été le premier pays à investir dans la zone au moment de l'indépendance et ceci, pour deux raisons très simples : le pays s'est construit sur l'export et les États d'Asie centrale abritent une forte communauté coréenne sur laquelle les investisseurs ont pensé pouvoir s'appuyer.

Ainsi, les Coréens deviennent des adversaires frontaux dans des domaines d'excellence de l'industrie française et arrivent sur place avec des financements publics.

Jean-Luc FECHNER, Groupe Casino

Quel est le niveau de développement de la grande distribution dans ces pays ?

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Le potentiel de développement de la grande distribution en Asie centrale est sans doute important. Le Kazakhstan accuse à cet égard un retard assez conséquent. Le principal opérateur étranger dans le pays est Ramstore et l'implantation récente de Métro a été assez remarquée. La situation est pour moi comparable à celle de la Corée au début des années 90.

Ainsi, il me semble qu'il existe dans ce pays un grand potentiel de développement d'un mode de distribution à la française qui a fait ses preuves un peu partout en Asie. Enfin, la présence forte d'industriels du secteur agroalimentaire comme Lactalis ou Danone constitue un atout supplémentaire

Hélène ROGÉ

Il me semble que, s'agissant de la grande distribution, la situation de l'Ouzbékistan est similaire à celle du Kazakhstan. On trouve à Tachkent des centres commerciaux tenus par des Turcs et de plus en plus de centres commerciaux pour la distribution de produits alimentaires. Toutefois, les Ouzbèkes sont plutôt enclins à faire leurs courses dans les bazars.

Éric COKINI

En Ouzbékistan, de nombreux bazars permettent à la population de s'approvisionner en toute sorte de produits. Les supermarchés installés à Tachkent et dans les grandes villes du pays offrent des produits à des prix plus élevés que dans les autres lieux d'achats. Cependant, l'implantation de supermarchés peut permettre de développer la production locale de biens de consommation courante.

Robert PEJAC, Directeur général, Synergy Resources

Notre PME, qui est installée au Kazakhstan depuis 2004, emploie aujourd'hui un peu moins de 100 personnes. Elle opère dans le secteur des services pétroliers et miniers. Depuis quelques années, il existe une obligation légale de local content (recours obligatoire à des produits ou à des services locaux, parfois à hauteur de plus de 50 %). Si cette mesure peut encourager les entreprises étrangères à produire localement, le problème des work permits complique la mission des investisseurs. L'obtention de ces permis est de plus en plus contraignante alors qu'il est difficile de trouver des spécialistes sur le marché local. Ainsi, il nous faudrait plus de temps pour garder nos spécialistes européens et parfaire la formation du personnel kazakh.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

La situation est en effet paradoxale : le Kazakhstan demande plus de transferts de technologies et de savoir-faire mais rend en même temps plus difficile la venue des experts étrangers. Nous avons transmis le message au ministre de l'industrie, au ministre de l'économie et au Premier ministre. La question des visas de travail et du statut des VIE et des VIA sera abordée lors de la prochaine Commission mixte entre le Kazakhstan et la France

Thomas COMPTE, Vice-président sales Europe, Vallourec

Nous sommes confrontés à la concurrence des Chinois qui reçoivent des soutiens massifs de leurs pouvoirs publics. Comment les institutionnels français peuvent-ils contrebalancer cet avantage compétitif ?

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

La seule méthode efficace consiste à présenter des procédures anti-dumping à l'OMC. Il s'agit néanmoins de dossiers lourds qui demandent un temps important. Il est également possible de démontrer aux clients que si les produits sont plus chers, c'est parce qu'ils sont de meilleure qualité.

Thomas COMPTE, Vice-président sales Europe, Vallourec

J'évoquais surtout les incentives financiers des autorités chinoises qui couvrent les risques et permettent d'assurer des financements sur un ou deux ans. Ces procédés rendent l'offre chinoise encore plus compétitive.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Nous ne disposons que de la Coface qui ne peut offrir que ce qu'elle a dans l'état actuel de ses finances.

Aymeri de MONTESQUIOU

Il est manifeste qu'aujourd'hui, la Chine possède les plus grandes réserves monétaires du monde. L'année dernière, les Chinois ont donné 10 milliards de dollars au Kazakhstan, dont 2 milliards à usage libre. La qualité des produits et la bonne utilisation des crédits internationaux peuvent constituer une réponse au problème.

Patrick GREGOIRE, Chef de zone export, RAGT Semences

La culture du tournesol se développe fortement des deux côtés de la frontière sino-kazakhe. Me conseillez-vous, à moyen terme, de produire au Kazakhstan pour vendre au Kazakhstan et en Chine ou de produire de l'autre côté de la frontière?

Aymeri de MONTESQUIOU

Je pense qu'il est plus facile de s'implanter au Kazakhstan et j'ignore s'il est possible de le faire en Chine. Le Kazakhstan a un potentiel agricole très important et il me semble aisé d'augmenter par exemple sa production de blé de 20 % en améliorant les semences ou la manière de cultiver la terre. L'introduction de la culture de tournesol au Kazakhstan est enfin tout à fait intéressante.

Azamat KAYYRALIEV, Président de l'Association des Kirghizes de France

Il ne faut pas oublier que quatre des cinq pays d'Asie centrale sont turcophones. De plus, le poids de l'histoire ne doit pas être négligé et les 70 ans de domination soviétique ne peuvent pas être effacés d'un claquement de doigts. Si la Chine est proche de la zone, je pense que les marchés d'Asie centrale sont toujours ouverts. Comme l'a dit le sénateur de Montesquiou, il convient d'investir avec l'aide des fonds internationaux. Aujourd'hui, la France manifeste un réel intérêt à l'égard du Kirghizstan. A partir de cette année, sa représentation diplomatique dans le pays prendra la forme d'une ambassade.

Les Indiens, intéressés par le lithium, l'uranium et de molybdène, sont présents dans la région. La société Areva travaille-t-elle dans ces domaines ? Par ailleurs, que doit faire le Kirghizstan pour attirer les sociétés françaises ?

Pierre HUBERT

Il existe une usine d'affinage à côté de Bichkek qui travaille sur de l'uranium en provenance du Kazakhstan. De petites sociétés avaient commencé des travaux au Kirghizstan pour trouver de l'uranium mais j'ignore si ces derniers ont abouti. Il est vrai qu'il est nécessaire d'investir dans des travaux géologiques et qu'Areva cible souvent des lieux qui sont plus proches de la production que du greenfield.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Ce petit pays qui compte 5 millions d'habitants et dont les réserves en hydrocarbures sont faibles peine à attirer les investisseurs. Deux secteurs sont néanmoins porteurs au Kirghizstan: l'eau et l'électricité d'une part ; le tourisme avec une nature exceptionnelle d'autre part.