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Allocutions

Son Excellence Frédéric GRASSET
Ambassadeur de France au Maroc
Son Excellence Hassan ABOUYOUB
Ambassadeur du Maroc en France

Frédéric GRASSET

 

Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc en France, et moi-même faisons finalement le même métier : notre principale fonction consiste à faire pression sur nos administrations respectives... La question essentielle, pour le Maroc qui vient de constituer son nouveau gouvernement, est la modernisation. Le Maroc en a bien conscience et a commencé, dans cet esprit, à transformer ses institutions politiques. Avec l'avènement de Mohammed VI, c'est une nouvelle étape qui a commencé, sans pour autant remettre en cause la continuité traditionnelle dans ce pays. Avec les élections du 27 septembre, le Maroc a transformé les conditions d'exercice d'une démocratie raisonnée, respectueuse du pouvoir royal. Les élections ont aussi apporté une photographie précise de la situation politique au Maroc. L'une des grandes familles politiques marocaines a atteint, à cette occasion, une représentativité prévisible : il faut saluer le courage des responsables marocains d'avoir accepté l'existence de cette famille politique islamiste modérée.

 

Depuis plusieurs années, l'économie marocaine croît à un rythme annuel de près de 4 %. Ce rythme est néanmoins insuffisant pour permettre au Maroc de relever le défi de la pauvreté et, dans certaines régions, du sous-développement. Pour ce faire, le Maroc joue la carte de l'ouverture. Il aurait pu succomber au réflexe protectionniste. Mais ce n'est pas la tradition du Maroc, qui a fait le choix de l'ouverture à l'extérieur, essentiellement à l'Union européenne, du moins à ce jour. La conséquence immédiate de ce choix stratégique fondamental est l'effort de mise à niveau. Nous aurons à examiner les outils qui pourront aider le Maroc à passer dans les meilleures conditions cette période de transition. Le Maroc est aujourd'hui engagé dans une politique exemplaire de lutte contre la pauvreté, d'alphabétisation, d'aménagement de l'espace urbain. L'existence d'un « bonus social » est essentielle pour la réussite de ce programme. C'est le terrain de l'éducation, de la santé, de l'accompagnement, sur lequel va se développer la coopération avec les partenaires du Maroc, au premier rang desquels la France.

 

Sur le plan institutionnel, on l'a vu, tout va changer, mais tout va être comme avant. Le Maroc ne s'est pas engagé dans la voie d'une monarchie constitutionnelle, comme en Espagne ou en Suède. Le système consensuel continue à prévaloir : il a montré sa capacité à traiter de manière satisfaisante les problèmes les plus complexes et à assurer la stabilité politique du pays, à la plus grande satisfaction des partenaires économiques du Maroc.

 

Les relations bilatérales franco-marocaines sont exceptionnelles. C'est bien simple : nous sommes premiers partout. Mais ce n'est pas pour autant que nous allons le rester, et nous devons continûment réfléchir aux moyens d'améliorer notre performance. Comme de bons commerçants, nous devons assurer un haut niveau de service après-vente. Autrement dit, il faut maintenir un niveau de coopération élevé. Nous devons confirmer notre soutien au Maroc dans ses relations avec l'Union européenne.

 

Je souhaite attirer votre attention sur cet aspect méconnu de la relation franco-marocaine : chaque année, 25 000 Marocains acquièrent la nationalité française. Vous imaginez sans peine le terreau humain exceptionnel que cela représente, pour bâtir entre nos deux pays une relation en profondeur. Le Maroc est pratiquement le seul pays au monde dans ce cas. Nous allons devoir les accueillir en termes d'éducation, d'emploi, de santé, d'investissements. Pour vous, investisseurs français, ces personnes constituent très certainement un vivier de collaborateurs dans lequel je vous invite à puiser davantage que vous ne le faites aujourd'hui. C'est un point capital pour l'avenir de la relation franco-marocaine. L'ampleur de ce phénomène, je crois, n'a pas encore été bien mesurée.

 

Pour le reste, vous savez déjà tout : premier investisseur, premier fournisseur, premier client. Hors OCDE, le Maroc se situe au niveau de pays comme la Chine ou la Russie, qui ont pourtant une tout autre dimension géographique et affichent des taux de croissance bien plus élevés. Les entreprises représentées dans cette salle pourront nous parler des avantages offerts par leurs implantations au Maroc, ainsi que de leurs difficultés, notamment sur le plan social.

 

La France accompagne le développement économique du Maroc en mobilisant tous ses instruments de coopération : le financement du développement économique ; la mise à niveau du secteur privé marocain, en particulier les PME-PMI ; le financement des infrastructures de base (agriculture, eau, routes...) ; la réponse aux situations d'urgence. Il ne s'agit pas d'une coopération figée, mais d'une coopération vivante, que nous cherchons à améliorer en permanence par un travail en commun très fructueux. Pour une fois, il faut souligner la volonté de mouvement et de réforme de la machine administrative : le Maroc constitue pour nous un terrain d'expérimentation pour la réforme de la décentralisation.

 

Dans les années qui viennent, l'Union européenne va devenir un acteur essentiel de la coopération et du développement de cette région. La France devra peser sur les grandes orientations et décisions qui seront prises à Bruxelles, pour qu'elles soient conformes à ses intérêts et à ceux du Maroc. Faisons en sorte que les intérêts du Maroc et les nôtres concordent.

 

Nous sommes engagés dans la renégociation de la convention de 1984, rythmée par des visites ministérielles et des contacts au plus haut niveau, avant la visite du Président Chirac, en principe en 2003. Toutes ces rencontres doivent notamment servir à donner des statuts aux acteurs nouveaux de la coopération : les administrations, mais aussi les écoles, les entreprises, les investisseurs, et les collectivités territoriales, à qui je me devais d'adresser un salut particulier compte tenu du lieu où nous nous trouvons, le Sénat.

 

Il nous faudra aussi travailler en priorité sur l'amélioration du volet agricole. Il faut avoir conscience que cette exceptionnelle relation franco-marocaine est jalousée par d'autres partenaires. Nous devons rester vigilants, ne pas nous endormir sur nos lauriers et travailler ensemble en faveur de la modernisation.

 

Enfin, quel que soit le rôle des partenaires et de la coopération, le destin économique, politique et social du Maroc est entre les mains des Marocains eux-mêmes.

Hassan ABOUYOUB

 

Je tiens à remercier le Président Poncelet, qui porte au Maroc une amitié toute particulière. Je tiens à saluer la performance réalisée par le CFCE pour l'organisation remarquable de ce colloque et à remercier l'ensemble des organisateurs.

 

A ce stade, je crains de ne pas pouvoir ajouter beaucoup de choses à ce qui vient d'être dit. Tout cela est l'aboutissement de deux décennies de réformes. C'est en effet à partir de 1983 que le Maroc a emprunté la voie de la réforme, avec humilité, en cherchant à ne pas refaire les erreurs du passé mais sans renier les fondamentaux. Le Maroc est en train de se dépouiller des réflexes traditionnels d'autocensure : un véritable débat s'est engagé. Les réformes ont aussi ouvert la voie à la fin des monopoles et des privilèges, notamment à travers l'accord de libre-échange. Enfin, nous disposons maintenant des instruments de travail : des institutions et une constitution qui, si elles sont critiquées, fonctionnent bien, mais aussi un cadre juridique et fiscal pour les affaires conforme aux attentes des Européens.

 

La relation entre le Maroc et la France est interpellée. L'évolution de l'Europe fera que la France n'aura plus, dans ce partenariat stratégique, les mains aussi libres qu'avant. De surcroît, je suis convaincu que nous allons bientôt mettre en place une union douanière au Maghreb, ouvrant la voie à un véritable processus d'intégration, au moins sur le plan commercial. Les conditions sont aujourd'hui réunies, grâce aux accords conclus avec l'Union européenne.

 

Comment financer le coup d'accélérateur nécessaire à l'aménagement du territoire ? Les fonds structurels européens ont permis, en leur temps, à l'Espagne ou à la Grèce de faire un saut qualitatif important en quelques années. Je ne pense pas que le Maroc puisse en faire l'économie. Par ailleurs, il y a entre la France et le Maroc des liens humains très forts, une communauté humaine partagée qui doit maintenant nous permettre de mettre sur la table des problèmes pour lesquels nous n'avons pas encore trouvé de réponse intelligente. Nous avons également à réinventer les modalités de notre partenariat en faveur de l'entreprise. Nous rentrons en effet dans des logiques d'investissements différentes, dans la mesure où l'on est entré dans l'ère des services publics concédés dans l'eau, l'électricité ou le téléphone. Nous devons nous pencher sur les problèmes de la gestion des expatriés, sur les moyens de tirer le meilleur parti, au plan scientifique et technique, de l'expérience que la diaspora marocaine est en train d'accumuler.

 

Le Maroc joue un rôle pionner au sein du Maghreb. Dans une certaine mesure, l'accélérateur de ce grand dessein régional se trouve à Paris. Je souhaite que nous puissions trouver les moyens d'y travailler ensemble.

 

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