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Colloque sur le Maroc (15 décembre 2005)



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Maroc : entre dynamisme et transition

Saad BENDOUROU
Conseiller économique, Ambassade du Royaume du Maroc

Mesdames et Messieurs, je voudrais rendre hommage aux organisateurs de cette manifestation, tout particulièrement Ubifrance et le Sénat, auxquels l'on doit le grand succès de cette 2ème Journée franco-marocaine. Cet évènement coïncide avec la célébration du 50ème anniversaire de l'indépendance du Maroc. Comment ne pas mesurer le chemin parcouru dans la coopération bilatérale depuis cinquante ans ? On peut sans excès parler d'une idylle basée sur le respect et la solidarité. Le groupe interparlementaire d'amitié du Sénat compte 121 membres et un nombre impressionnant d'actions menées de part et d'autre témoignent de l'excellence des relations qui existent entre le Maroc et la France.

Les relations qui lient nos deux pays sont marquées par un partenariat pour la coopération culturelle et le développement, signé en 2003, qui se départit du schéma classique du fait de l'implication d'autres acteurs non gouvernementaux. L'un de ses objectifs est la re-dynamisation de la coopération économique, par un intense échange de visites depuis plusieurs années, et notamment la récente visite du Premier ministre français au Maroc, le 27 septembre dernier. On peut également souligner la mise en place d'un groupe d'impulsion économique qui a pour tâche d'accélérer les échanges entre nos deux pays. A la fin du mois de janvier se tiendra le forum du partenariat. Une délégation du MEDEF doit également se rendre au Maroc au mois de février. L'Ambassadeur du Maroc en France, de son côté, prévoit le tour des régions françaises, appelé « Maroc-Hexagone 2006 ».

Avec près de 10 milliards d'euros de volume d'échanges, la France et le Maroc entretiennent une coopération économique dense. La France a aussi choisi le Maroc comme terre d'investissements : elle y est le 1er investisseur, avec plus de 1 000 entreprises implantées, dont les principales entreprises du CAC 40. Le facteur humain n'est pas à négliger dans nos relations bilatérales : il existe plus de 800 000 Marocains en France et plus de 30 000 Français au Maroc. Le Maroc est un pays en mouvement, qui a engagé ces dernières années des réformes importantes. Il existe une volonté réelle d'enraciner la démocratie dans le pays, avec la préparation, par exemple, d'élections législatives en 2007 et la rénovation du cadre juridique marocain qui accompagnera cette échéance. La dynamique sociale est également présente, à travers l'émergence d'une société civile. En témoigne la réforme récente du Code de la Famille, ou les discussions en cours concernant la révision du Code de la Nationalité.

Le Maroc a également décidé de relever plusieurs défis intérieurs, à commencer par les déficits sociaux. L'INDH (Initiative nationale pour le Développement humain) doit ainsi permettre, à travers plusieurs programmes cibles, de lutter pour le développement de l'alphabétisation, de l'éducation et des territoires marocains. Le marché intérieur marocain est en croissance et connaît une stabilité macroéconomique depuis plusieurs années. Notre pays n'en est pas moins ouvert sur le monde, par exemple à travers l'Accord d'association de 1996 ou des accords de libre-échange avec la Turquie et un certain nombre de pays de l'Est. L'environnement des affaires marocain s'améliore et est conforme aux normes européennes. L'ouverture à la concurrence touche aujourd'hui plusieurs secteurs de l'économie, tels que les télécommunications ou les infrastructures portuaires. Surtout, le Maroc est animé par une vision stratégique du développement économique, avec une volonté de développement des secteurs traditionnels mais aussi une impulsion donnée au développement de secteurs de pointe.

Le Maroc accorde aussi une place prépondérante aux relations avec l'Union européenne. Un certain nombre d'accords ont été signés depuis 1969, avec un protocole additionnel en 1988 et un autre accord signé en 1996. La France et le Maroc sont deux pays méditerranéens, qui ont une responsabilité commune dans la consolidation du partenariat euro-méditerranéen. Le Maroc s'engage aujourd'hui dans une nouvelle phase de rapprochement vis-à-vis de l'Union européenne et a obtenu le statut de « voisin de l'Europe ». Nous nous efforçons de développer ce statut avancé et nous attendons un signal fort de l'Union européenne dans le cadre de cette nouvelle politique, qui soit accompagné d'une enveloppe budgétaire conséquente et de mécanismes financiers qui traduiraient la politique de voisinage souhaitée par l'Union européenne. Nous souhaitons bien sur le soutien et l'appui de la France dans le cadre de cette politique.

Bruno AUBERT
Ministre Conseiller près l'Ambassade de France au Maroc

La ligne générale stratégique adoptée par les autorités marocaines depuis plusieurs années nous inspire une véritable confiance quant à son orientation résolument réformiste et libérale. Le Maroc est un pays en transition et décrit lui-même de cette façon le processus dans lequel il est engagé. Comme tous les pays en transition, l'enjeu consiste à s'arracher d'un certain nombre de handicaps ou de lourdeurs qui freinent le processus. L'on peut être interrogatif sur la vitesse des réformes ou le degré de mobilisation de certains acteurs ; il n'en demeure pas moins que le cap fixé, à nos yeux, est le bon. C'est ce qui détermine notre implication et notre soutien dans ce mouvement.

Le Maroc est soumis à de fortes contraintes : comme tous les pays du Sud de la Méditerranée, il connaît une croissance obérée par l'aléa climatique et par le poids de l'agriculture, avec une formation sociale dans laquelle le poids du monde rural demeure très important, et des différentiels de développement criants. La question sociale, reconnue et prise en compte par les autorités, constitue aussi une véritable contrainte. Le Maroc appartenant au monde arabo-musulman, se trouve aussi affecté par un certain nombre d'interrogations identitaires. Une sensibilité islamiste existe dans le pays et peut faire naître des interrogations de l'extérieur, parmi les éléments que les autorités doivent prendre en compte.

Dans ce contexte, ces autorités maintiennent une ligne constante : la libéralisation économique et sociale, qui touche tant le statut de la femme que celui de la presse ou encore l'Islam. A travers les travaux de l'instance « Equité et régulation », le Maroc a également su se pencher sur son histoire de façon très courageuse, sur l'initiative de Sa Majesté Mohammed VI. Tout ceci témoigne d'une grande confiance en soi et dans sa capacité à assumer le poids ou les contradictions de son histoire. Par ailleurs, depuis plusieurs années, le Maroc a fait le choix d'un traitement politique de l'islamisme, ce qui a permis à une frange importante de cette sensibilité d'être représentée dans les institutions politiques, au Parlement et dans certaines collectivités locales. Nous pensons que le maintien de cette ligne constitue un facteur de stabilité important.

Sur le plan géopolitique, le positionnement du Maroc, au carrefour du Monde arabe, de l'Europe et de l'Afrique, soumet ce pays aux aléas de l'appartenance à son espace. Il s'agit d'un pays arabo-musulman concerné au premier chef par la menace terroriste, au même titre que l'Europe, comme l'ont démontré les évènements de Casablanca en 2003. La question de l'immigration se pose également avec acuité : nous avons vu récemment des groupes de migrants tenter de franchir de force la frontière séparant le Maroc de l'Europe. Nous voyons là un élément qui doit inciter le Maroc à renforcer son ancrage aux cotés de l'Union européenne.

La relation bilatérale franco-marocaine est exceptionnelle et privilégiée. Ceci s'explique en large partie par le passage du protectorat à l'indépendance : celui-ci s'est déroulé sans déchirement majeur, laissant dans la classe politique française et marocaine le souvenir d'une coopération prenant ses racines dans un processus politique négocié. Aujourd'hui, plus de 800 000 Marocains vivent en France et plus de 30 000 Français vivent au Maroc. Nous accueillons aussi, chaque année, environ 30 000 étudiants marocains, ce qui constitue le premier contingent d'étudiants étrangers en France. La France est le 1er partenaire commercial du Royaume et notre aide publique au développement est considérable. S'il faut y voir, pour une part, l'effet d'un héritage, ce constat traduit également une volonté. Au-delà de la rénovation de la convention de coopération et de ses instruments, nous visons une véritable adaptation de nos actions et de nos priorités aux besoins de développement du Maroc. Nous avons mis au point des instances formelles qui se réunissent régulièrement, par exemple le Forum civil du partenariat, et il n'y a pas un domaine du développement du Maroc auquel nous soyons étrangers. L'enjeu consiste à fixer des orientations claires et visibles par tous dans le cadre de notre soutien aux réformes engagées.

A travers la coopération, nous avons plusieurs objets d'attention dont certains sont particulièrement sensibles pour un pays émergent comme le Maroc, qui doit développer son attractivité. Je citerai trois de ces éléments.

· la déclinaison des politiques de réformes, notamment dans le domaine économique

Dans un rapport récent, la Banque mondiale semble s'alarmer quant au rythme des réformes entreprises au Maroc, en soulignant la nécessité d'une mobilisation plus efficace, sans remettre en cause les grandes orientations fixées. Ces questions font l'objet d'un véritable dialogue entre les autorités françaises et marocaines dans la mesure où elles touchent à nos intérêts communs. Nos deux pays ont ainsi décidé la mise en place du « Groupe d'impulsion économique », chargé de proposer des moyens innovants pour mettre en résonance les secteurs d'avenir marocains et les pôles de compétitivité français, en vue de favoriser la création d'emplois ici et là-bas.

· l'environnement des affaires

La question de la sécurité juridique constitue un facteur clé de l'attractivité d'un pays et tous les pays émergents peinent à créer un environnement juridique parfaitement satisfaisant pour les investisseurs. Le diagnostic me semble bien établi par les autorités marocaines et les grands groupes français sont pleinement conscients de leurs modes d'insertion au Maroc. Toutefois, des remarques nous parviennent parfois de la part de PME, qui estiment que le cadre juridique marocain gagnerait à être affiné. Ce point fait l'objet d'une véritable concertation entre les deux pays.

· le système de formation

La question de la formation est également déterminante pour un pays émergent, et ce point a fait l'objet d'un diagnostic très sévère, il y a quelques années, par les autorités elles-mêmes. A ce jour encore, le système d'éducation-formation au Maroc est peut-être relativement inadapté aux besoins de son économie. Là aussi, des constats sont établis et une concertation existe entre nos deux pays. Les autorités marocaines sont tout à fait conscientes des insuffisances qui perdurent, et ce volet constitue un des axes stratégiques de notre coopération, notamment du fait de ses implications sur les échanges économiques.

Paulette BRISEPIERRE

Je signale qu'il y a quelques années, j'ai été à l'origine d'un accord pour la protection des biens et des équipements des Français au Maroc et des Marocains en France. Cet accord, signé par Sa Majesté Hassan II peu avant sa disparition, fonctionne assez bien aujourd'hui. De nombreux problèmes ont pu être résolus grâce à lui et il s'agit d'une garantie importante pour les nouveaux investisseurs.

Environnement économique et relations commerciales

Evolution de l'économie marocaine,
secteurs porteurs et projets

Daniel MAÎTRE
Chef de la Mission économique au Maroc, Mission économique de Rabat

La situation économique du Maroc est celle d'un pays qui a réussi sa stabilisation. Nous sommes aujourd'hui devant une économie dont les grands équilibres sont rétablis : la balance des paiements est positive de 3,8 % du PIB en 2004, avec des réserves de changes confortables (13 milliards d'euros, soit dix à onze mois d'importation), une devise stabilisée, accrochée au panier euro/dollar. La dette publique est également en baisse, et représente 75 % du PIB aujourd'hui. La dette extérieure, point le plus délicat, représente environ 25 % du PIB et est en baisse constante depuis plusieurs années. L'inflation a, elle aussi, très nettement reculé, et n'est que de 1,5 % en 2004. 2005 sera une mauvaise année, du fait de la conjonction de facteurs négatifs (notamment le gel, l'hiver dernier, et récemment le recul du secteur du textile, après la fin de l'Accord multi-fibres). La croissance devrait cependant rebondir en 2006. En moyenne, ces dernières années, elle a varié de 3 à 3,5 %, en fonction des aléas climatiques.

Le Maroc constitue également une économie en phase d'ouverture. Cette ouverture se décline dans tous les domaines. Elle touche les investissements directs étrangers (IDE), qui sont souhaités, avec pour aspect le plus visible les IDE intervenant dans le cadre des privatisations (qui sont importants et couronnés de succès). Il existe aussi une politique délibérée de conclusion d'accords commerciaux avec tous les partenaires du Maroc et cela me paraît fondamental car ce choix implique l'exposition de l'économie marocaine au niveau international, avec tous les efforts d'adaptation à la globalisation que cela suppose. Ce grand chantier de la mise à niveau de l'économie marocaine passe par un certain nombre de réformes transversales. Outre les privatisations, une réforme importante a porté sur le Code du Travail. On peut également mentionner le départ volontaire de très nombreux fonctionnaires, de façon à réduire le poids de la masse salariale dans le budget de l'Etat marocain, libérant ainsi des marges de manoeuvres pour l'investissement productif. Dans le domaine social, l'assurance médicale obligatoire a par exemple été introduite dans le cadre de l'INDH.

Un autre volet des réformes consiste en la mise en place de politiques sectorielles. Celles-ci ont commencé par le tourisme, avec le Plan Azur défini à l'horizon 2010, et bâti de façon impressionnante sur un diagnostic exhaustif des mesures à prendre pour atteindre les objectifs fixés (à savoir, principalement, l'accueil de 10 millions de touristes en 2010). Une stratégie industrielle a également été mise au point, avec l'aide du cabinet McKinsey, dont le rapport a été repris à leur compte par les autorités marocaines. Sur la base des diagnostics sectoriels, des programmes d'action vont être définis, ce qui a déjà été fait pour le textile. D'autres suivront. Il demeure cependant des points à surveiller. Ceci concerne notamment le déficit budgétaire, que d'aucuns peuvent juger trop élevé, notamment en 2005, où il atteindra 7 % du PIB, du fait du poids des hydrocarbures et du coût des mesures de soutien au départ volontaire des fonctionnaires.

S'agissant des secteurs qui nous paraissent devoir le plus attirer l'attention des acteurs économiques français, il convient tout d'abord de rappeler que la quasi-totalité des entreprises du CAC 40 sont présentes au Maroc. Environ 1 000 entreprises françaises et plus de 500 succursales y sont implantées. Différents accords sont intervenus récemment entre nos deux pays, par exemple dans le domaine des télécoms, et les opportunités sont nombreuses, dans le domaine des concessions de service public entre autres. Des secteurs prioritaires ont été identifiés par les autorités marocaines, dans le cadre d'un diagnostic qui nous paraît tout à fait pertinent. Il s'agit du secteur touristique, du textile-habillement (plus ouvert à la concurrence chinoise mais dans lequel de nombreuses opportunités existent encore) ou encore de l'artisanat. A cet égard, l'artisanat marocain s'avère de grande qualité et bon marché, même s'il gagnerait à se professionnaliser.

Dans le domaine agroalimentaire, le Maroc s'appuie sur des avantages comparatifs évidents dans le domaine agricole. L'enjeu consiste à introduire davantage de valeur ajoutée dans la production marocaine. Le secteur s'ouvre en tout cas, comme en témoigne récemment le lancement d'appels d'offres par les administrations publiques agricoles. Un sous-secteur de l'agroalimentaire, celui de la transformation des produits de la pêche, occupe une place importante et les produits de la pêche pourraient sans doute être mieux valorisés qu'ils ne le sont aujourd'hui. S'agissant des secteurs nouveaux, une grande publicité a été faite autour de l'ouverture de centres d'appel. L'enjeu consiste à miser sur l'apport de valeur ajoutée à ce type de services, grâce à une main-d'oeuvre bien formée, francophone et moins coûteuse. Plus généralement, la sous-traitance est en plein développement, en particulier dans des secteurs tels que l'automobile, l'aéronautique et l'électronique.

Si le Plan Emergence n'atteignait ses objectifs qu'à hauteur de 80 %, il permettrait tout de même de créer 350 000 emplois dans les années qui viennent, pour une croissance de l'ordre de 7 % par an dans quelques années. Ceci atteste du potentiel de développement du Maroc, à la faveur du processus de transformation dans lequel il s'est engagé.

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