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Colloque sur le Maroc (15 décembre 2005)



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Système bancaire, contrôle des changes et financement
des affaires

Joël SIBRAC
Président du Directoire, Banque Marocaine pour le Commerce et l'Industrie (BMCI)

Le secteur bancaire marocain est devenu moderne et efficace, avec une forte présence des banques françaises. Il a connu un mouvement de concentration significatif aujourd'hui achevé, tandis que la Banque centrale du Maroc renforçait son indépendance et préparait les intervenants aux accords de Bâle 2. Dix-sept banques possèdent aujourd'hui une licence d'exploitation mais sept banques contrôlent le marché. Le principal acteur est constitué par le réseau public des Banques Populaires. Viennent ensuite Attijariwafa, la BNPE et des banques contrôlées majoritairement par des actionnaires étrangers, parmi lesquelles la BMCI (filiale de BNP-Paribas) et le Crédit du Maroc, filiale du groupe Crédit Lyonnais-Crédit Agricole. Il convient également de signaler le rôle des six banques implantées dans la zone franche de Tanger. Enfin, la CDG, Caisse de Dépôt et de Gestion, est extrêmement active dans les secteurs de l'immobilier et du tourisme, en accompagnant les projets d'intérêt général et en intervenant dans une logique d'amorçage pour des projets plus modestes. Les réseaux de ces banques totalisent 2 100 agences, pour un taux de bancarisation moyen du pays inférieur à 25 %.

Du point de vue des produits, on peut être surpris de constater que les banques offrent toute la gamme des produits et services existants par exemple en France (leasing, crédits d'épargne et à la consommation, factoring, etc.). Un certain retard existe dans le capital risque et le capital développement mais ceci semble lié davantage à la taille du marché, qui ne permet pas nécessairement la possession de portefeuilles diversifiés. Enfin, la Bourse poursuit son développement, avec 50 sociétés cotées pour une capitalisation boursière d'environ 25 milliards d'euros.

S'agissant des conditions de fonctionnement proposées, depuis deux ans, la Banque centrale a décidé d'imposer un spread, c'est-à-dire une marge minimum sur les crédits, de 150 points de base au-dessus du taux des Bons du Trésor et de 100 points de base pour les sociétés financières. En matière de contrôle des changes, un guide synthétique a été réalisé par la Mission économique au Maroc. Il est à noter que ce contrôle des changes tend à se simplifier, même s'il nécessite des démarches administratives.

Témoignages d'entreprises

I - L'expérience de Delattre Levivier Maroc
Jean-Claude BOUVEUR, Président-Directeur général, Delattre Levivier Maroc, Président de la section Maroc des Conseillers du Commerce extérieur de la France

Il est tout à fait possible d'accomplir l'acte d'investissement au Maroc dans la sérénité et de façon durable. Le premier exemple que je décrirai, à l'appui de ce constat, est celui d'une entreprise de mécanique lourde installée depuis les années 50 au Maroc mais ayant connu de grandes difficultés dans les années 80, du fait de la panne d'investissements qu'a connue ce pays. Cette entreprise compte un millier de salariés, pour un capital de 3,5 millions d'euros environ et un chiffre d'affaires de près de 400 millions de dirhams. Nous représentons aujourd'hui 20 % de la capacité de production dans le domaine de la mécanique au Maroc et nous sommes certifiés ISO 9001 (avec seulement quatre expatriés dans notre personnel). En termes de compétitivité, le coût horaire de production, toutes charges incluses, avoisine 18 euros, contre 40 euros de l'heure pour une usine comparable en France.

Présent au Maroc depuis 34 ans, j'ai été témoin des changements considérables engagés par le Maroc. Nous avons ainsi connu des taux bancaires très élevés (15 à 17 %), l'absence de tribunaux de commerce, une douane qui faisait obstacle aux importations et exportations et des difficultés fiscales liées au transfert de change, toutes choses ayant considérablement évolué. Il existe aujourd'hui, en outre, une main-d'oeuvre bien formée et des moyens logistiques adaptés. Le Maroc constitue aujourd'hui un pays attractif et la PME souhaitant s'implanter dans ce pays doit d'abord se demander si elle désire s'attaquer au marché local, pour lequel les acteurs sont déjà nombreux, et où l'informel peut jouer un rôle significatif.

Dans le domaine du textile, notre PME de 250 personnes fabrique de la veste structurée. Dans ce secteur, les principaux handicaps du Maroc résident dans l'absence de filière de production de la matière première en amont. Le Maroc se situe dans la sous-traitance « pure », qui présente des perspectives aléatoires, à un moment où les grands groupes optent en masse pour la co-traitance ou, de plus en plus, le produit fini. Cette évolution n'a pas échappé aux autorités du pays, qui ont signé une convention avec l'association des professionnels du secteur, en vue de faire évoluer celui-ci vers plus de qualité et vers le produit fini. Ce plan s'accompagne de mesures importantes :

· des réductions tarifaires pour les intrants de tissu ;

· un traitement fiscal favorisant l'implantation de plates-formes d'exportation ;

· un programme d'assistance technique et de mise à niveau ;

· des programmes de financement ;

· des fonds de garantie permettant la restructuration financière des entreprises ;

· des fonds de promotion du secteur textile-habillement ;

· des programmes de formation ;

· des mesures incitatives à l'investissement, avec le fonds Hassan II, qui peut assumer jusqu'à 15 % des coûts d'un projet.

Si la prise de conscience semble relativement tardive pour le secteur, ces mesures devraient permettre au Maroc de récolter les dividendes des différents accords de libre échange signés par le pays.

II - L'expérience de Renault
Philippe CORNET, Directeur Afrique du Nord et francophone, Renault

Renault s'est implanté au Maroc en 1922 et dispose dans le pays d'un réseau de concessionnaires anciens et fidèles. Sur le plan industriel, Renault a pris le contrôle de la Somaca, créée en 1962 à partir de capitaux d'Etat essentiellement. Renault a repris la participation de l'Etat marocain dans cette société, après avoir racheté la participation de Fiat l'an dernier. Nous avons ainsi atteint 66 % du capital et, après avoir racheté les participations des petits actionnaires, seuls Peugeot et Renault (majoritaire) devraient rester présents au capital.

Les attraits du Maroc sont nombreux à nos yeux : ils résident dans la situation géographique du pays, dans la sécurité juridique qu'il offre, ainsi que dans sa stabilité politique et économique. La qualité de l'encadrement intermédiaire et de haut niveau constitue un autre atout important. S'y ajoute un réseau de sous-traitance performant. Renault souhaite attirer des sous-traitants au Maroc, notamment pour la fabrication de la Logan, pour laquelle a été défini un coefficient d'intégration (correspondant à la part du volume de travail confié aux entreprises marocaines).

Cependant, le Maroc présente aussi des contraintes, à commencer par de très fortes contraintes logistiques. Le coût de la logistique est extrêmement élevé, comme en Tunisie et en Algérie, et le projet de Tanger-Méditerranée nous paraît très prometteur de ce point de vue. Un autre handicap du pays réside dans l'énergie : le coût d'énergie par véhicule construit est très élevé. Le troisième handicap porte sur la formation des opérateurs. A la Somaca, 20 % des ouvriers sont analphabètes, alors que dans le dispositif Renault, l'opérateur doit lire sa fiche de montage. Un effort considérable de formation a donc été engagé, avec le soutien des pouvoirs publics. Pour l'avenir, notre usine ne pourra vivre que si l'on peut exporter. C'est pourquoi un enjeu clé résidera dans la concrétisation des accords internationaux de libre échange signés, car force est de constater qu'à ce jour, ces accords sont restés sans effet sur le terrain.

III - L'expérience de Lafarge
Jacques LEFEVRE, Vice-président du Conseil d'administration, Lafarge, Président du Comité mixte marocain, MEDEF International

Lafarge est présent depuis plus de 70 ans au Maroc et sa présence ne s'est jamais interrompue. Nous y réalisons un chiffre d'affaires de 2 milliards de dirhams, pour un effectif de 1 400 personnes. Nous détenons 70 % du marché marocain du ciment et nous produisons presque exclusivement pour le marché intérieur. Le Maroc illustre à merveille notre stratégie de base : investir le cash flow dégagé par les économies « mures » dans les économies à forte croissance. Avec un marché de 30 millions d'habitants, le Maroc constitue typiquement une zone dans laquelle nous souhaitons investir, d'autant plus que nous y trouvons un environnement des affaires satisfaisant, avec en particulier, outre les atouts déjà cités, une grande ouverture au progrès technologique et managérial, ainsi que des éléments favorables aux entreprises fortement capitalistiques.

Au chapitre des handicaps du pays, il est important de savoir que si les prix sont libres en droit, ils sont conseillés en fait. Le coût des facteurs peut connaître des variations importantes et même la main-d'oeuvre tend à se renchérir, par rapport à un certain nombre de pays. Par ailleurs, un contexte de monnaie forte peut commencer à faire naître des craintes d'exportations parmi les acteurs économiques.

Lafarge Maroc est une société détenue à 50 % par Lafarge et à 50 % par la maison mère de l'OMA. Ce type de schéma, fruit de l'Histoire, est très spécifique mais fonctionne bien (avec des décisions majeures prises paritairement et un contrôle managérial exercé par Lafarge).

Il est possible d'opérer majoritairement ou même seul au Maroc. Il importe donc d'analyser préalablement la nécessité d'un partenariat (aussi utile soit-il). Il convient également de choisir ses partenaires avec minutie, en sachant que la culture des affaires, au Maroc, n'est pas celle de la France, notamment dans le champ des PME-PMI. Il est préférable, en particulier, de ne pas devoir aller en justice.

Le MEDEF International a fait quatre observations à propos des accords de libre échange conclus par le Maroc. S'agissant des accords conclus avec la Turquie, la Tunisie, l'Egypte et la Jordanie, il apparaît que les considérations politiques ont joué un rôle important. On peut par ailleurs se demander si ces accords signifient que la conclusion d'un accord spécifique au Maghreb est repoussée sine die. L'impact du libre échange sur l'économie marocaine demeure incertain. Cet impact devrait être fortement limité pour les entreprises françaises.

Enfin, s'agissant de l'image qu'a le MEDEF International du pays, si le Maroc dispose fondamentalement d'une bonne image, à court terme des interrogations persistent sur la compétitivité du pays, en particulier de la part des PME-PMI. Cela explique leur attentisme, alors qu'elles constituent le principal réservoir de création d'entreprise. Ces interrogations s'expliquent par la présence de plusieurs éléments : un faible taux de croissance, un marché de petite taille, la pauvreté relative en ressources naturelles, le déficit budgétaire, la montée des coûts et l'existence de secteurs en crise (textile). Pour autant, le Maroc offre des atouts significatifs, et produit notamment un effort considérable en matière d'infrastructures dont les premiers fruits commencent à apparaître. La pratique des affaires tend également à évoluer, avec une nouvelle génération habituée à davantage de transparence que celle qui l'a précédée.

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