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Colloque Moyen-Orient



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Poids économique de la région et opportunités

Sont intervenus :

Eric DAVID, chef du Bureau Proche et Moyen-Orient, Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, DGTPE
Marc MURCIA, Directeur, Direction Moyen Terme, COFACE
Pierre MOURLEVAT, Chef des Services économiques pour le Moyen-Orient

Les débats étaient animés par Agnès LEVALLOIS, Directrice adjointe, Rédaction de France 24

I. Une zone hétérogène et de nombreuses opportunités

Eric DAVID

Je traiterais des opportunités et de l'hétérogénéité de la zone à travers cinq idées générales.

Premièrement, le Moyen-Orient constitue un marché vaste, dynamique et durablement solvable.

Avec 160 millions de consommateurs, cette zone a vu ses flux entrants et sortants multipliés par dix en cinq ans. Son PIB cumulé atteint actuellement près de 1 000 milliards de dollars, suite à une forte croissance, essentiellement due au coût élevé du pétrole.

Détenteur de deux tiers des réserves mondiales de pétrole et consommateur de près d'un tiers d'entre elles, le Moyen-Orient est également propriétaire de 90 % des capacités de production existantes, auxquelles nous pourrions avoir recours en cas de crise pétrolière.

Cette zone bénéficie par ailleurs d'une croissance soutenue et d'une inflation globalement faible. L'enrichissement dû au pétrole lui a permis de dégager des excédents budgétaires significatifs favorisant son désendettement. Celui-ci oscille actuellement entre 5 % et 20 % du PIB, critères proches de ceux de l'Union européenne.

Les pays de la zone ont ainsi pu développer des capacités d'épargne et d'investissement, qui se traduisent par des avoirs extérieurs dont le montant est estimé entre 770 et 1 500 milliards de dollars.

Deuxièmement, le Moyen-Orient est confronté à des défis économiques structurels, en termes de démographie, de diversification et d'ouverture.

La démographie constitue le défi le plus important à relever. Les taux de chômage de ces pays ont en effet très fortement augmenté depuis le milieu des années 90, essentiellement en raison du taux de fécondité élevé. Ce chômage est particulièrement important en Arabie Saoudite où une politique de substitution des emplois a été mise en place, réservant un quota d'emplois aux Saoudiens. Cette politique reste néanmoins limitée dans un pays où, chaque année, 200 000 jeunes arrivent sur le marché de l'emploi.

Par ailleurs, ces pays doivent se diversifier afin de sortir de la dépendance énergétique. Dans ce sens, un secteur privé a été développé et les textes sur les investissements directs, auparavant très restrictifs, ont été assouplis.

Enfin, l'ouverture de cette zone passe par sa participation aux échanges internationaux. Outre leur coopération dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe, les pays du Moyen-Orient tentent de s'intégrer au commerce mondial, comme le montre l'adhésion de l'Arabie Saoudite à l'OMC en 2005. Dans ce sens, ils négocient actuellement un accord de libre échange avec l'Union européenne, qui devrait être conclu avant la fin de cette année.

Troisièmement, nous constatons dans cette région une hétérogénéité assez forte. En matière de sécurité tout d'abord, nous apercevons la présence d'un arc de crise (Irak, Iran, Yémen), qui se dessine autour d'une région centrale, composée des six pétromonarchies du Golfe, qui constitue une zone globalement plus stable, sur le plan politique.

La taille des marchés représente un autre facteur de différenciation. Nous pouvons ainsi constater l'écart qui existe entre les trois marchés les plus importants en termes de population, l'Arabie Saoudite (25 millions d'habitants), l'Iran (70 millions d'habitants) et, dans une moindre mesure, le Yémen (22 millions d'habitants), et les autres pays dont la population n'excède pas quatre millions d'habitants.

Les pays du Moyen-Orient se distinguent également dans leur relation au pétrole. Ainsi, seuls l'Arabie Saoudite, le Koweït le Qatar et l'Emirat d'Abou Dhabi peuvent durablement fonder leurs économies sur le pétrole. A l'inverse, le Yémen, Oman et Bahreïn voient leurs réserves s'épuiser. Enfin, l'Irak et l'Iran disposent de potentialités importantes encore sous-exploitées.

Nous assistons enfin à une grande variété en termes de richesse par habitant. Ainsi, le PIB par habitant de l'Arabie Saoudite est-il relativement faible, en valeur, par rapport à ce qu'il était dans les années 80. Aussi riche à cette époque qu'un citoyen américain, le citoyen saoudien l'est aujourd'hui deux fois moins. Nous pouvons également citer le PIB par habitant du Qatar, qui s'élève à 63 000 dollars, contre 1 600 dollars en Irak et 850 dollars au Yémen.

Quatrièmement, si les positions commerciales de la France dans cette région ont globalement progressé, cette progression doit beaucoup à des facteurs conjoncturels, comme l'absence des Etats-Unis en Iran et l'effacement progressif des Britanniques. Par ailleurs, sa part de marché, qui est inférieure à celles de l'Allemagne et du Royaume-Uni, reste très dépendante des exportations en matière d'armement et d'aéronautique.

Pour autant, la zone du Moyen-Orient ne constitue pas totalement une « chasse gardée » anglo-saxonne. Les entreprises françaises y sont aussi attendues et appréciées.

Par ailleurs, l'obtention des marchés publics n'est pas toujours liée à la qualité des relations politiques bilatérales. Ainsi les Américains ont-ils vu leur part de marché, au cours de ces dix dernières années passer de 12,5 % à 8,5 %, alors que la Chine, relativement peu présente politiquement, a quant à elle vu sa part fortement augmenter. Le soutien politique est par conséquent d'autant plus efficace que l'offre est compétitive, techniquement et financièrement.

De même, la prise en compte des traditions est essentielle. Ainsi, nos partenaires locaux se plaignent-ils souvent du manque de visites et de leur brièveté.

Enfin, la concurrence des pays asiatiques s'exerçant surtout sur des produits de base, il convient de nous concentrer sur des marchés à plus haute valeur ajoutée, sur lesquels l'offre française est particulièrement appréciée.

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