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Colloque Moyen-Orient



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V. La concurrence chinoise et une présence française à renforcer

Le Golfe fait partie des destinations privilégiées des exportations chinoises, qui y ont été multipliées par sept depuis 2000. La Chine est ainsi devenue le deuxième fournisseur du Golfe après les Etats-Unis. Sa part de marché est passée de 5 % en 2001 à près de 10 % en 2006.

La Chine n'est pas la seule à progresser sur ces marchés. C'est le cas de tous les pays émergents, au détriment des pays plus traditionnels. Si elle se maintient à peu près, les parts de marché de la France sont passées en dessous de 5 %. Cet écart ne s'explique pas par un moindre dynamisme, mais parce que notre progression est inférieure à celle de la Chine.

Sur cette zone, comme ailleurs, la stratégie chinoise s'avère extrêmement cohérente. Elle consiste à renforcer sa position commerciale, notamment en utilisant le port de Dubaï, essentiellement sur les biens de consommation courante. Les importations chinoises ont en effet considérablement aidé Dubaï à devenir le troisième port le plus important, après Hong Kong et Singapour. Par ailleurs, la Chine se développe dans les grands projets d'infrastructure, notamment dans le BTP où le prix de la main-d'oeuvre chinoise est particulièrement concurrentiel.

Désormais, la Chine participe également au grand projet d'exploration et de production des hydrocarbures, même si cette présence n'est pas encore évidente.

En outre, les Chinois interviennent dans les secteurs industriels d'infrastructure, directement en concurrence avec nos offres.

Ce renforcement de la position stratégique de la Chine s'accompagne d'une sécurisation de ses approvisionnements énergétiques.

Face à ce mouvement inexorable, comment pouvons-nous ajuster nos stratégies ?

Nous devons tout d'abord exclure d'intervenir sur les biens de consommation à bas prix, sur lesquels la pression concurrentielle de la Chine est trop forte, afin de nous concentrer sur d'autres niches.

Il convient également de tabler sur notre visibilité politique. Ainsi les Chinois ont-ils été les premiers, en 2003, à rouvrir une ambassade en Irak. Malgré l'excellent climat politique dont nous bénéficions avec les pays du Golfe, nous devons renforcer notre présence et la fréquence de nos visites.

Par ailleurs, malgré l'avantage donné au consortium chinois par la règle du moins-disant, celui-ci déçoit souvent ses partenaires par sa pratique de la rallonge de prix en cours de contrat et ses retards très importants. Nous devons quant à nous mettre en avant nos alliances locales et nos technologies. Nous pouvons également envisager, sur certains projets, de nous allier à ce consortium ou encore de lui faire sous-traiter un certain nombre de nos contrats.

En conclusion, dans cette zone en croissance considérable, si la Chine et les nouveaux entrants sont susceptibles de prendre des positions contre les pays européens, il ne s'agit pas pour autant d'un véritable « rouleau compresseur ».

De la salle

Vous avez mis en avant le fait que le Moyen-Orient représentait un marché sain, dynamique et stable. Or les marchés financiers du Golfe persique constituent probablement la plus grande plateforme de blanchiment d'argent sale.

Il s'agit par ailleurs du secteur bancaire qui prend le moins de risques dans ses investissements.

Enfin, la très grande fluidité de ces masses financières gigantesques constitue une menace pour les marchés de la City.

Par conséquent, même si le Moyen-Orient présente de réelles opportunités, il convient de nous méfier de cette « grande messe incantatoire » organisée par les responsables de ces pays.

Pierre MOURLEVAT

Si je souscris à l'idée de ne pas verser dans un optimisme béat, je nuancerai vos propos.

Le blanchiment semble surtout concerner le secteur bancaire de Dubaï, qui constituerait un refuge pour les capitaux iraniens, voire pour des mouvements de type terroriste.

Néanmoins, les autorités monétaires des Emirats Arabes Unis mettent actuellement en place des mécanismes de régulation et des centres de traitement qui me paraissent rigoureux. Savoir jusqu'où ces mécanismes peuvent être fiables dépasse le cadre de ce débat.

Par ailleurs, si je reconnais que les banques de la zone ont plutôt tendance à s'impliquer dans des projets locaux d'immobilier qu'auprès des grandes entreprises, elles présentent au moins l'avantage d'être assainies.

Le processus de rationalisation est encore en cours d'achèvement. Dans ce sens, il me semble que l'apport de centres financiers offshore peut aider à la moralisation, d'autant plus que les règles suivies sont d'origine anglo-saxonne.

Enfin, la formation de consortiums permet aux banques locales de s'intégrer dans de grands projets.

D'une manière générale, il me semble que nous ne sommes confrontés à aucun risque systémique.

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