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Rencontre Djibouti, hub économique de la Corne de l'Afrique



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Actes de la Rencontre
Djibouti, hub économique de la Corne de l'Afrique

Lundi 20 octobre 2008

Ouverture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis DUVERNOIS,
Sénateur, Président du Groupe interparlementaire France-Corne de l'Afrique

Je tiens d'abord à vous saluer et vous souhaiter la bienvenue au Sénat. Comme vous le savez, le Sénat vient de se renouveler et d'élire son nouveau Président en la personne de M. Gérard Larcher. L'action sénatoriale s'inscrit néanmoins dans la continuité et dans la durée. Je voudrais rappeler que le 2 mars 2006, ici même, nous avons réuni près de 200 dirigeants chefs d'entreprises autour de la thématique suivante : « Pour un renforcement de la Corne de l'Afrique ». Ce colloque, dont les actes sont disponibles sur le site du Sénat, avait rencontré un très grand succès.

Forts de cette expérience, nous avons souhaité poursuivre avec le soutien des autorités djiboutiennes cette opération. C'est dans ce cadre que ce matin nous sommes de nouveau ensemble. Cette rencontre a pour but de préparer dans les meilleures conditions un grand forum économique à Djibouti au début du mois de février 2009. Permettez-moi de vous lire un message que vous adresse notre nouveau Président M. Gérard Larcher, témoignant ainsi de l'intérêt que le Sénat et son nouveau Président élu porte à nos activités :

« Monsieur le Président et cher Collègue,

Je suis très heureux de savoir qu'à votre initiative doit se tenir un colloque sur Djibouti. Depuis un certain nombre d'années, Djibouti n'est plus seulement un haut lieu géopolitique et stratégique, il est en train de devenir un pôle de développement économique, non seulement pour la République djiboutienne, mais aussi pour un certain nombre de pays de la Corne de l'Afrique.

Porte d'entrée du Marché commun d'Afrique orientale et australe (COMESA) qui représente quelque 350 millions de consommateurs, mais aussi vers un certain nombre de pays de la Corne de l'Afrique et de la péninsule arabique, situé au carrefour de l'Océan Indien et de la Mer Rouge, une Mer Rouge dont le rôle économique et stratégique ne cesse de monter en puissance, Djibouti est un pays qui se caractérise par une sécurité dans une zone en proie à différents conflits. En concentrant votre colloque sur les aspects non seulement géostratégiques mais aussi financiers et économiques, vous marquez l'intérêt que le Parlement et l'ensemble des autorités portent à ce pays et à son avenir.

En vous remerciant de votre initiative, je souhaite que cette journée puisse apporter les compléments d'information qui favoriseront les investissements français à Djibouti. »

Mesdames et Messieurs, Messieurs les Ambassadeurs, mes chers Collègues,

A mon tour de vous exprimer ma fierté et le plaisir que j'ai d'ouvrir cette rencontre consacrée à « Djibouti, hub économique de la Corne de l'Afrique », sur laquelle se sont mobilisés un grand nombre d'intervenants : nos ambassades respectives de Djibouti en France et de France à Djibouti, nos amis d'UbiFrance et du MEDEF International, les Conseillers de l'Assemblée des Français de l'étranger - je salue la présence parmi nous d'André Massida, Conseiller du commerce extérieur et chef d'entreprise à Djibouti - , Kassar International - qui animera la table ronde - et encore beaucoup d'autres qu'il serait, hélas, trop long d'énumérer.

A tous, je tiens à dire un grand merci pour leur engagement dans un projet auquel Djibouti et les entreprises françaises ont beaucoup à gagner.

Aussitôt après mon élection à la présidence du Groupe interparlementaire France-Pays de la Corne de l'Afrique en 2002, j'ai pu mesurer le déficit de présence économique française dans cette région de l'Afrique, qui occupe pourtant une position géostratégique capitale.

C'est pourquoi, lors de la mission d'une délégation de notre groupe à Djibouti en mai 2004, j'ai lancé avec le soutien de notre Ambassade - notre Ambassadeur était à l'époque M. Philippe Selz que je salue - le projet d'un large forum économique destiné à valoriser toutes les potentialités d'un marché de 350 millions d'habitants, le Marché Commun d'Afrique Orientale et australe (ou « COMESA »), qui s'étend jusqu'aux frontières de l'Afrique du Sud.

Dans un deuxième temps, nous avons organisé, avec Ubifrance, un colloque ici même, en mars 2006, qui a réuni près de 200 participants.

Après une nouvelle mission à Djibouti fin 2006, nous avons également effectué une grande « tournée diplomatique et économique » dans le Golfe en 2007, à laquelle notre actuel ambassadeur, M. Dominique Decherf, s'est lui aussi activement associé ; je voudrais à cet égard tout particulièrement le remercier pour son engagement aux côtés de notre Groupe pour que cette journée et le prochain forum de février 2009 constituent des succès.

La rencontre d'aujourd'hui, représente l'avant-dernière étape - pour ne pas dire notre « répétition générale » ! - avant le forum proprement dit, qui devrait se tenir à Djibouti en début d'année prochaine.

Sans entrer dans le fond du débat et avant de céder la parole à M. Kassar qui va animer nos travaux ce matin, permettez-moi d'exprimer une conviction et de formuler un souhait.

La conviction, tout d'abord : pour se maintenir dans le peloton de tête de pays qui comptent au sein d'un environnement mondialisé et de plus en plus concurrentiel, la France doit savoir tirer un meilleur parti de ses liens privilégiés avec quelques pays amis, ceux où son crédit de considération reste le plus élevé.

Djibouti et les États qui l'entourent figurent parmi ces pays et il serait vraiment dommage de ne pas nous en souvenir... Notre importante présence militaire dans la région en témoigne. L'emploi de la langue française au côté de l'enseignement de l'arabe dans le réseau scolaire à Djibouti est en outre un atout partagé, dans cette Corne de l'Afrique, et plus largement au sein de l'Afrique de l'Est majoritairement anglophone. Le Sommet de la francophonie a de nouveau souligné l'importance culturelle, économique, et géopolitique de l'usage du français au sein d'un vaste ensemble de plus de 60 pays au sein des cinq continents.

Un souhait ensuite : celui de pouvoir apporter notre contribution, non seulement à l'essor de nos entreprises dans cette partie de l'Afrique, mais aussi à la promotion économique de la République de Djibouti qui - je le souligne - a su préserver sa stabilité politique intérieure depuis son indépendance.

A tous je souhaite une excellente et fructueuse matinée.

Participant actuellement au Sommet de la francophonie, M. Alain Joyandet, Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, m'a chargé de l'excuser. Il m'a confirmé qu'il serait des nôtres pour notre forum à Djibouti début février 2009, et nous a en outre fait parvenir ce sympathique message.

La vidéo du message d'Alain Joyandet est diffusée.

Alain JOYANDET,
Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie

« Mesdames, Messieurs, en quelques mots, je souhaite saluer l'heureuse initiative du Sénateur, mon ami Louis Duvernois, Président du groupe interparlementaire d'amitié France-Pays de la Corne de l'Afrique, qui vous réunit ce matin à l'occasion de ce colloque Sénat-Ubifrance-Medef International sur Djibouti. Seul Etat francophone de la Corne de l'Afrique, Djibouti est un Etat stratégique majeur, une porte ouverte idéale pour la conquête d'un marché régional de 350 millions de consommateurs. Son nouvel élan de croissance offre des opportunités importantes pour les entreprises françaises et pour renforcer l'influence de notre pays. Les relations entre la France et Djibouti sont des relations anciennes. Alors, à celles et ceux d'entre vous qui ne connaissent pas encore ce pays, je serais tenté de dire avec Jean-François Deniau, cet éternel amoureux de Djibouti et de Tadjoura - je cite - « j'aime le désert qui est le frère de la mer », car justement, Djibouti allie ces deux atouts, et bien d'autres encore, à la croisée des routes du commerce mondialisé. Votre rencontre d'aujourd'hui est également importante car elle prépare le grand forum économique France-Djibouti qui se tiendra début février 2009 à Djibouti. Nous nous retrouverons à cette occasion. Dans cette attente, je vous souhaite de fructueux travaux. Je vous remercie et vous souhaite une excellente journée. »

Dominique DECHERF
Ambassadeur de France à Djibouti

Mes premiers mots seront pour remercier le Sénateur Louis Duvernois pour son dynamisme inlassable, ainsi que le Chef de l'Etat de Djibouti, Son Excellence Ismail Omar Guelleh. C'est en effet, sur ses propositions, lors de sa visite à Paris le 11 décembre 2007 que nous sommes réunis aujourd'hui.

Le message est simple : vous inciter à voir par vous-même le dynamisme de Djibouti. Je reprendrai une citation d'un historien de Djibouti : « Les groupes français sont prêts à se mobiliser, à investir des millions de francs à Djibouti, à deux conditions : que leur engagement financier soit sécurisé par le pouvoir politique à une époque où personne ne croit à l'avenir de Djibouti ; que ces capitaux servent à planter des jalons essentiels pour ouvrir la voie de l'Ethiopie au négoce français, puis pour inscrire Djibouti dans une stratégie de la mondialisation ». Cette citation est ancienne, j'y ai simplement transformé « Côte française des Somalies » en « Djibouti », et « stratégie impériale » en « mondialisation » : ou la doit-on au Professeur Colette Dubois qui a rédigé ce propos dans les années 30, mais je constate que ces deux conditions sont toujours valables.

Depuis 2000, Djibouti s'est de nouveau réveillé. Quant au pouvoir politique, le Président Guelleh veut favoriser les partenariats français, et a d'ailleurs incité, lors de sa visite à Paris, à travailler en priorité sur le renforcement des liens économiques. Cette volonté s'est manifestée par un accord sur la promotion et la sécurisation des investissements français le 13 décembre 2007.

Personne ne croit à l'avenir de Djibouti écrivait-on dans les années 1930 : ce n'est plus le cas, au regard des investissements massifs réalisés notamment par Dubaï (700 M $ pour des investissements tels que le port et le palace Kempiski) et du concours des banques internationales. Le 7 octobre dernier, le Conseil d'administration de la Banque mondiale a approuvé le document sur la réduction de la pauvreté, document qui représente 700 M $ d'investissements publics de 2008 à 2013.

La sécurité est en effet marquante à Djibouti, tant à l'intérieur - la stabilité politique - qu'à l'extérieur. Sur ce dernier point, deux exemples récents peuvent vous en convaincre. La tentative érythréenne de modifier les frontières au Nord a conduit à un déploiement des forces françaises à côté des forces djiboutiennes. La position djiboutienne a en outre été unanimement approuvée. S'agissant du problème de piraterie maritime en Somalie, la France a pris le leadership en agissant sur le terrain, mais aussi en faisant voter les résolutions 1816 et 1838 les 2 juin et 7 octobre dernier à l'ONU, afin que la Défense européenne intervienne. Il n'y a enfin aucune ambiguïté sur le renouvellement de l'accord de défense liant la France et Djibouti. La première condition me paraît donc remplie.

Quant à la deuxième condition - économique -, des experts plus compétents que moi vont vous la démontrer.

On évoque souvent la pression des Chinois en Afrique. Ils ne sont pas très présents à Djibouti en raison de l'absence de matières premières. En revanche, j'ai rencontré récemment l'Ambassadeur de l'Inde à Addis-Abeba, dont le pays s'inscrit dans le sillage des investissements arabes. Des partenariats triangulaires pourraient ainsi être conclus tant avec l'Inde qu'avec nos amis des pays du Golfe. Avec l'Inde, se manifeste réellement la situation de Djibouti comme carrefour entre Europe et Asie, autant qu'entre Afrique et monde arabe.

Yves GAZZO,
Chef de la représentation en France de la Commission européenne

Le pays évolue très bien dans un environnement géopolitiquement difficile. Djibouti a d'ailleurs parfois, dans le passé récent, contribué à résoudre certains conflits.

La lutte contre la pauvreté est soutenue par la Commission européenne. Le 10ème FED prévoit ainsi 40 M € et se concentrera sur les problématiques d'eau, d'assainissement et d'énergie. Ces initiatives visent à créer un cadre favorable aux investisseurs. D'ailleurs, les installations de banques et les IDE sont en forte augmentation. Ces éléments créent un contexte positif. La Commission a par ailleurs décidé d'augmenter son niveau de représentation (élévation du bureau au rang de délégation). Djibouti s'intègre dans une optique plus large d'intégration régionale en tant que siège de l'IGAD et de port d'entrée sur l'Ethiopie. La BEI (Banque européenne d'investissement) a par ailleurs repris ses activités.

Si les Européens sont là pour soutenir la mise en place des infrastructures, physiques ou humaines, et contribuer à la sécurité, les investisseurs européens doivent parallèlement se montrer plus nombreux, afin de permettre le développement, non seulement de Djibouti, mais de l'ensemble de la région, voire d'instaurer les bases d'un commerce prometteur entre Europe et Asie.

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