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Les grands investisseurs en Roumanie

Le système bancaire en Roumanie :
expérience et opportunités

Patrick GELIN,
Directeur Général de BRD-Groupe Société Générale

I. L'expérience de la Société Générale en Roumanie

Il y a quelques années, la Société Générale a pris la décision stratégique d'investir dans la banque de détail dans les pays émergents. En 1999, le premier investissement d'envergure concernait la Roumanie avec l'acquisition de 51 % du capital de la Banque Roumaine de Développement (BRD).

 

L'expérience est considérée comme très positive pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le marché roumain est en pleine expansion. Depuis quelques années, une classe moyenne émerge et accède à la consommation de masse. Les crédits à la consommation se développent dans ce pays. De plus, l'environnement culturel est favorable. Le niveau d'éducation est élevé. Les techniciens et les ingénieurs sont d'un excellent niveau. Malgré les progrès de l'anglais, le français reste une langue largement comprise. L'influence économique, politique et culturelle de la France est forte en Roumanie.

 

Toutefois, nous avons rencontré des difficultés et il reste certaines réformes, notamment structurelles, à mettre en oeuvre. Nous avons tiré les leçons suivantes des problèmes concrets rencontrés dans cette expérience de post-privatisation. Tout d'abord, quand vous voulez investir en Roumanie, il est nécessaire d'expatrier un grand nombre de cadres français, au moins dans la première phase. Il faut aussi s'entourer d'expertise juridique, comptable et financière compétente et indépendante. Tous les grands cabinets sont représentés en Roumanie. Il est inévitable de procéder à des restructurations afin de moderniser l'outil, former le personnel et introduire une dynamique au service de vos objectifs. Par exemple, la BRD est engagée dans une vingtaine de projets de modernisation. En conséquence, il faut s'inscrire dans la durée et avoir une vue à moyen terme. Avec une communication efficace et des résultats tangibles rapidement, l'adhésion du personnel aux changements n'est pas un problème.

II. Comment la Banque Roumaine de Développement peut-elle accompagner une PME française qui souhaite s'implanter en Roumanie ?

La BRD est la deuxième banque de Roumanie, avec 20 % de parts de marché et 4 500 personnes. La première banque roumaine est une banque d'Etat, en instance de privatisation. La BRD est une banque locale avec un réseau de 200 agences, 1,2 millions de clients privés et 100 000 clients commerciaux et une excellente image de marque.

 

De plus, la BRD est totalement intégrée au Groupe Société Générale, tant au niveau des procédures et des méthodes qu'au niveau commercial. Beaucoup de produits ont été développés en Roumanie avec l'assistance de la maison-mère. Les produits et les services sont pratiquement identiques à ceux qui existent en France. La BRD peut vous offrir toute la gamme de financement, en monnaie locale comme en devises, à court terme comme à moyen terme. La Société Générale est aussi la première banque en crédits export en Roumanie, toutes sources de financement confondues. La seule rigidité concerne les taux qui sont tous révisables en monnaie locale étant donnée la forte inflation. Il n'y a pas encore de taux fixes. La BRD propose aussi des produits de cash management pour gérer les trésoreries, un fonds commun de placements pour gérer les excédents de trésorerie et dispose d'une salle des marchés pour les opérations de change et de taux un peu complexes.

 

Par ailleurs, la BRD a mis en place une organisation spécifique afin d'accueillir les sociétés françaises qui veulent s'implanter en Roumanie. La plupart des grandes sociétés françaises sont suivies de manière centralisée à Bucarest afin de faciliter les relations avec les maisons-mère en France et avec les correspondants commerciaux de la SG. Un Bureau Français traite toutes les demandes d'information et accompagne les premiers pas des sociétés venant en reconnaissance en Roumanie. Le personnel y parle français et plusieurs expatriés sont totalement dédiés à l'action commerciale sur place. Enfin, l'étendue de notre réseau permet de servir les entreprises sur tout le territoire roumain. Nous avons aussi une filiale commune avec la Société Générale, la Corporate Finance qui exerce des fonctions de conseil en fusion et en acquisition.

 

La Roumanie pâtit d'un déficit d'image à l'extérieur. Toutefois, la réalité est différente. Les grandes sociétés françaises implantées en Roumanie sont nombreuses et interviennent dans différents secteurs. Les PME françaises sont encore sous-représentées, ce qui n'est pas le cas des PME italiennes très présentes dans le nord-ouest du pays, dans les secteurs, par exemple, du textile, du cuir et de la mécanique. Ce sont des exemples à suivre. Sur place, vous trouverez des structures d'accueil extrêmement fortes : Ambassade et Poste d'Expansion Economique, la Chambre de Commerce, les conseillers du Commerce Extérieur et les grandes et moyennes entreprises françaises. La BRD considère qu'elle a un rôle important dans la promotion des investissements français en Roumanie.

Alcatel Romania - Onze ans d'expérience sur le marché roumain des télécommunications

Dan BEDROS,
PDG Alcatel Roumanie

La Roumanie ne mérite pas cette image négative. Ce pays a un problème de transition, de passage du monde communiste au monde capitaliste. Il n'y a pas de recette, c'est un problème que le pays doit résoudre seul. Pour cette raison, la Roumanie a besoin de l'aide et de la compréhension de tous.

 

Alcatel a été un des premiers groupes français à s'installer en Roumanie, en 1991, en créant une société mixte avec une entreprise roumaine, qui est née en 1968 et a développé l'informatique dans le pays. Alcatel France est devenu l'actionnaire majoritaire de cette société, la Banque Mondiale possède 10 % des actions et Romtelecom 6 %. A cette époque, nous n'avons pas imaginé une telle croissance du marché. Les intentions étaient de créer une société de 100, 150 personnes avec un CA de 15 millions de dollars. La réalité, aujourd'hui, est que la société a atteint un CA de 100 millions de dollars et emploie 1 000 personnes.

 

La société occupe 40 % du marché de la téléphonie fixe. Une autre croissance importante pour Alcatel est liée à la participation d'Alcatel comme actionnaire de France Telecom et à l'entrée de cette société sur le marché de la téléphonie mobile en Roumanie, en 1996. Cela a doublé l'activité d'Alcatel. Sur les 1 000 employés, 300 travaillent dans le Département « Opération », 400 développent des logiciels, et 200 personnes travaillent dans les activités industrielles. Alcatel a réalisé, au cours des 11 années, des exportations de 700 millions de dollars pour la France et a créé une valeur locale de 200 millions d'euros.

 

L'activité d'Alcatel s'est développée sur la téléphonie mobile avec 80 % des équipements d'Orange, le chemin de fer, la télévision par câble. Alcatel participe aussi à un appel d'offre pour Transelectrica. Toutes ces activités confèrent à Alcatel le statut de premier fournisseur de télécommunication. Alcatel Romania est aussi responsable de tous les pays des Balkans et développe des activités dans d'autres pays de l'Est. Nous travaillons aussi dans 170 pays du monde pour les équipements Alcatel. L'ingénierie roumaine est présente en Malaisie, en Amérique, en Chine, en Afrique et dans de nombreux pays du monde. Cela prouve que la compétence, en Roumanie, est élevée. Alcatel ne s'est pas seulement implanté pour accéder au marché local, mais, a assuré un développement régional. En raison de la crise mondiale des télécommunications, Alcatel est contraint de réduire sa présence dans tous les pays à l'exception de la Roumanie. Cela montre à quel point le marché se développe en Roumanie.

 

Alcatel investit beaucoup dans l'éducation et la recherche en Roumanie et s'implante dans des universités roumaines où sont créés des laboratoires Alcatel.

L'investissement du Groupe Hyparlo en Roumanie
et le succès du premier hypermarché
- Projets pour de futurs investissements

Jean ARLAUD,
Coordinateur pour les opérations en Roumanie de Carrefour

Carrefour est le numéro deux mondial de la distribution. Le Groupe Hyparlo est la société qui a créé l'hypermarché en Roumanie. C'est une société familiale dont la majorité du capital est détenu par ma famille et qui reste régionale avec une implantation dans le centre et le sud-est de la France et dans le nord de l'Italie. Hyparlo est côté en bourse sur le second marché. Nous sommes franchisés Carrefour et bénéficions de l'enseigne, de la communication et des centrales d'achat Carrefour. Nous exploitons quinze hypermarchés en France, en Italie et en Roumanie. Le CA est de 1,2 milliards d'euros et nous employons environ 4 000 personnes. La société est une très grosse PME.

 

Pourquoi avons-nous décidé d'aller en Roumanie ? Cette décision a été prise en 1997-1998 pour quatre raisons : tout d'abord, la Roumanie est le second pays de l'Est en taille et en population ce qui constitue pour la distribution un fort potentiel. En effet, il faut ouvrir un certain nombre d'hypermarchés dans un pays afin d'atteindre la taille critique. Ensuite, en Roumanie, il n'y avait pas de concurrence. Nous savions que nous serions les premiers à installer des hypermarchés. De plus, la Roumanie est un pays latin. La langue est proche de la nôtre et beaucoup de roumains parlent notre langue. Ceci constitue un avantage dans un métier où la communication est importante. Enfin, le niveau culturel et universitaire est très élevé ce qui permet d'avoir des équipes d'un très bon niveau. Notre encadrement est, aujourd'hui, presque intégralement roumain, seul le directeur est français.

 

Au départ nous avions une image négative de la Roumanie. Mais, depuis trois ans, ce pays a évolué très rapidement, en particulier, Bucarest qui change de jour en jour avec de nouveaux bâtiments, de nouvelles routes, une plus grande propreté de la ville, un aéroport moderne. De plus, l'inflation diminue, la croissance augmente.

 

Nous avons réussi notre entrée en Roumanie et le premier hypermarché fonctionne très bien. La Roumanie est un axe important du développement de notre groupe et nous n'avons aucun regret.

François OLIVER,
Directeur hypermarché Carrefour en Roumanie

Le premier hypermarché Carrefour en Roumanie est un succès. Le chiffre d'affaires réalisé en six mois correspond au CA prévu pour la première année. Nous employons 700 collaborateurs et, l'année prochaine, nous pensons employer 2 000 personnes. Nous avons pratiquement 50 000 références de produits qui sont à 98 % roumaines. Le premier hypermarché développé est un centre commercial dans lequel nous avons des partenaires qui ouvrent différents magasins (bricolage, meubles) sur ce site qui fera plus de 35 hectares. Pour la seconde implantation, nous avons écouté nos clients qui souhaitaient davantage de proximité et nous avons acheté un site près de la Gare du Nord qui sera ouvert l'année prochaine. Ce site fait 9 000 mètres carrés et il y aura 8 000 mètres carré de galeries marchandes. L'objectif est d'ouvrir cinq hypermarchés dans la capitale et de nous développer dans les villes de plus de 300 000 habitants.

 

Les clés de ce succès ont été de favoriser l'approvisionnement et les fournisseurs roumains qui sont de grande qualité ainsi que notre stratégie de formation. En ce qui concerne la formation, nous avons sélectionné une cinquantaine d'étudiants roumains des meilleures universités et nous leur avons fait passer une maîtrise française et un diplôme de chef de rayon en France. A leur retour en Roumanie, ces personnes ont pris en charge la gestion du magasin. Dans les futurs magasins, l'objectif est d'employer uniquement des Roumains. L'Institut Franco-Roumain de Gestion que nous avons créé s'est déplacé à Bucarest dans une des meilleures universités de la ville. Il y a actuellement 120 élèves. Beaucoup de sociétés participent à cet institut : la BRD, Renault, KPMG, Danone, l'Oréal. Nous sommes très satisfaits des personnes formées et, dans notre entreprise en Roumanie, il y a déjà eu 170 promotions internes.

 

Mon message aux investisseurs est que le pays change très vite. Il possède un fort potentiel avec, notamment, au niveau agricole, des richesses énormes. Dans le secteur agroalimentaire, les possibilités de développer des produits de bonne qualité sont importantes. Aussi, dans ce secteur, des investisseurs devraient s'installer en Roumanie. De plus, ils seraient bien accueillis dans nos structures et dans les structures déjà existantes. L'investissement en Roumanie est très intéressant et génère une grande satisfaction.

L'expérience d'Alstom en Roumanie,
à l'aide de ceux qui désirent investir

Didier VARLOT,
CEO Alstom

Cela fait sept ans que je dirige la filiale d'Alstom en Roumanie et j'ai pu constater les évolutions. Les raisons qui rendent possible une installation en Roumanie sont les suivantes. Tout d'abord, la Roumanie est un pays où existe un marché, notamment, en ce qui concerne les infrastructures. Dans ce domaine, les besoins sont importants et il existe un programme ambitieux du gouvernement qui a reçu le soutien de toutes les institutions financières internationales.

 

Toutefois, la Roumanie n'est pas un pays dans lequel on part à l'aventure. Il faut se préparer. Dans un premier temps, il faut se renseigner sur le marché, sur sa continuité, sur les concurrents et sur les habitudes des clients. Par exemple, les clients d'Alstom sont des clients d'Etat et nous devons savoir s'ils ont l'habitude de payer. Il est nécessaire, aussi, d'être convaincu pour investir en Roumanie. Ensuite, il faut savoir comment y aller. Il est possible de s'implanter, en Roumanie, de plusieurs manières : en allant en Greenfield, en privatisant, en s'associant. Le conseil qu'Alstom a suivi est d'investir pas à pas, en fonction des projets confiés. En ce qui concerne les infrastructures, les projets sont importants et exigent de gros investissements susceptibles d'être ensuite réutilisés d'où la nécessité de prudence mais aussi de fermeté. Par exemple, en 1999, il y a eu une période noire en Roumanie où tous les indicateurs étaient au rouge. Il faut donc savoir remettre en cause ce que l'on fait en permanence et s'adapter aux nouvelles conditions sans, toutefois, renoncer. Il faut être capable de changer de voies.

 

En pratique, je vous donnerai les conseils suivants. Il ne faut pas lésiner sur les expatriés. Pour une PME, cela peut constituer un coût important mais il est possible de recruter un VIE, un coopérant pour développer une présence. Ensuite, comme les Italiens, il faudrait « chasser davantage en meute ». Ainsi, sur place, dès le départ, il faut contacter les institutions françaises : les Chambres de Commerce, les Conseillers du Commerce extérieur, les missions économiques, et s'appuyer sur la communauté française. Il ne faut pas aller seul en Roumanie, il faut s'appuyer sur l'expérience des autres. Et surtout, il faut être patient, prudent car la Roumanie n'est pas un pays qui se dévoile facilement et il faut la conquérir.

La confiance de Vivendi Water dans l'économie de marché
roumaine et l'effet des investissements de Vivendi Water
sur les PME locales et françaises

Jean Patrice POIRIER,
Directeur pour l'Europe du Sud-Est et l'Asie Centrale de Vivendi Water

Vivendi Water a de nombreux plans de développement en Roumanie, en particulier, dans le domaine de l'eau et de l'assainissement puisqu'un grand nombre de villes s'apprêtent à ouvrir la participation au secteur privé, dans le cadre de partenariats public-privé. Vivendi est installé de manière durable en Roumanie.

 

Vivendi Environnement a quatre métiers : énergie, eau, propreté et transport. Ces quatre métiers intéressent la Roumanie et nous sommes intéressés par la Roumanie pour ces quatre métiers. Toutefois, je vais centrer ma présentation sur le secteur de l'eau.

 

Il y a cinq ans, le groupe Vivendi a décidé de faire des efforts sur ce pays après des succès en République Tchèque et en Hongrie. Au début, les succès ont été modestes. Ensuite, en 2000, notre implantation est devenue durable puisque Vivendi a gagné deux appels d'offre : un pour la gestion de l'eau de Bucarest et un pour une autre ville.

 

La gestion de ces deux villes représente un CA d'environ 80 millions d'euros et emploie 3 500 personnes. Nous y investissons environ 20 millions d'euros par an et nous allons investir pour une usine d'eau potable, environ 50 millions d'euros au cours des deux prochaines années. Les Roumains attendent de nous des investissements, une réorganisation des services et une amélioration de la qualité des services à la population à un prix acceptable. Enfin, un troisième rôle qui nous est attribué est un rôle de clarté avec les consommateurs, avec la collectivité publique qui nous autorise à faire notre métier et avec l'ensemble de nos fournisseurs. Nous appliquons des règles transparentes dans ces relations, tout doit être écrit. Ceci constitue un réel apport de notre part car les entreprises roumaines ne sont pas habituées à travailler de cette manière. Nous choisissons toujours la meilleure offre, le meilleur rapport qualité-prix. L'intérêt du consommateur final est la seule considération que nous prenons en compte. Nous favorisons aussi un développement local puisque nous investissons et développons des relations avec des PME locales et françaises.

 

La Roumanie est un pays et un marché attractif. Un de ses points forts est la volonté d'adhérer à l'Union Européenne, volonté politique qui a des conséquences dans d'autres domaines. La Roumanie est en marche vers l'UE, ce qui signifie que les objectifs à atteindre sont clairs, mais ne sont pas encore atteints. La Roumanie a un PIB annuel par habitant de 1 500 euros alors que, dans l'Union, les PIB annuels par habitant sont de l'ordre de 20 000 euros. Un autre point fort de ce pays est la qualité des relations humaines et des ressources humaines. Dans le domaine de l'eau, il y a des ingénieurs et des managers motivés et de qualité. Vivendi Water a dix expatriés pour gérer les 3000 employés et espère réduire encore ce nombre. Enfin, la Roumanie fait de nombreux efforts d'évolutions réglementaires afin de protéger les investissements étrangers.

 

Parmi les points faibles de ce marché, on note que l'administration roumaine est tatillonne. Il faut en permanence résoudre des problèmes administratifs locaux et cela constitue une perte de temps et un obstacle. Dans ce domaine, des progrès restent à faire. Un autre obstacle pour nous qui travaillons dans le service public, est le fait que la presse ne soit pas toujours objective et à tendance à mettre en avant les détails négatifs. Sur ces deux points, Vivendi Water fait des efforts, à la fois, pour convaincre les autorités roumaines de fournir les autorisations nécessaires et, à la fois, pour expliquer aux médias et faire de la communication afin de ne pas être mal compris. Ce conseil est valable quel que soit le secteur d'activité.

 

Nous pouvons offrir beaucoup d'opportunités aux PME roumaines et françaises. En ce qui concerne les PME roumaines, un exemple illustre notre philosophie. Pour la gestion des abonnés de la seconde ville où nous travaillons, nous avons changé de système de gestion informatique et avons lancé un appel d'offre. Une société roumaine a été choisie même si elle ne répondait pas à tous les critères techniques. Ce risque a été pris car nous souhaitons faire travailler les entreprises roumaines et nous souhaitons qu'elles se développent elles-même vers plus de technologie. C'est aussi dans notre intérêt car le système choisi sera moins cher que s'il avait été acheté sur le marché international. De plus, si cette PME fonctionne bien, il sera ensuite possible de la faire travailler au niveau international. En ce qui concerne les PME françaises, dans tous nos investissements, nous avons besoin d'équipements technologiques qui ne sont pas encore produits en Roumanie et des appels d'offre sont lancés régulièrement et sont ouverts au marché international.

Investissements pour un développement solide
et pour des services de qualité

Anthony VAN DER HEIJDEN,
Président de Banca Tiriac

Après plusieurs années durant lesquelles les indicateurs économiques étaient mauvais, la Roumanie réalise son potentiel économique. Les facteurs positifs incluent la stabilité politique et la croissance économique. Au niveau politique, le Parti de la Démocratie Sociale contrôle le processus gouvernemental, ce qui lui permet de rester uni malgré les différences de générations. L'opposition ne semble pas pouvoir menacer ce parti aux prochaines élections. Toutefois, les attentes économiques du peuple ne sont pas satisfaites et ne pourront pas l'être sans des investissements étrangers.

 

Tous les partis politiques en Roumanie souhaitent que le pays entre dans l'OTAN et dans l'Union Européenne. Beaucoup des critères d'entrée dans l'UE ont déjà été remplis par la Roumanie. Le pays a aussi passé des accords avec le FMI et la Banque Mondiale pour une somme de 2 milliards de dollars. C'est le second pays après la Russie. En 2001, le gouvernement a rempli tous les objectifs macro-économiques prescrits par le FMI. Le déficit budgétaire interne et externe est maintenu à un taux inférieur à 3 % du PIB. Le PIB est en hausse pour la troisième année et, en 2001, cette croissance était la plus élevée de la région. La croissance, en 2002, sera, selon les prévisions, de 4,5 % en dépit du ralentissement mondial. Les exportations augmentent plus vite que les importations ce qui indique que les investissements ont des effets sur le niveau des exportations. Les travailleurs contribuent aussi à ce développement des exportations. Les travaux publics sont en forte croissance ce qui permet de faire évoluer les infrastructures. Il reste encore des efforts à faire dans le domaine du tourisme. Le secteur touristique en Roumanie ne pourra se développer que si les hôtels sont privatisés.

 

Toutefois, il existe aussi des aspects négatifs. La corruption et l'inefficacité bureaucratique sont excessives. Cependant, la Roumanie n'est pas pire que d'autres pays. De plus, le fait que les médias et les cercles officiels évoquent ces problèmes traduit une évolution positive. Il faut ajouter ces deux difficultés aux coûts des affaires. Les investisseurs doivent prendre en considération le poids de l'économie parallèle. Il n'y a pas de donnée officielle, mais, on croit que l'économie informelle représente, environ, 50 % du PIB. Il y a des preuves que l'immobilier, les nouvelles constructions, les rénovations de maisons, les enregistrements de voiture et les restaurants profitent de cette économie parallèle. Seule cette économie peut expliquer, par exemple, le développement de la téléphonie mobile en Roumanie.

 

Tous les indicateurs montrent que la Roumanie est sur point d'atteindre une croissance économique durable. Une demande de biens et de services est apparue. Notre banque a investi afin d'améliorer le système bancaire, a proposé de nouveaux produits de cash management et a encouragé leur utilisation. Je suis, particulièrement, fier de deux réalisations : la création d'un service de traitement des comptes clients et l'introduction de services aux consommateurs. La Banque Tiriac est la plus grande banque de Roumanie. La taille n'est pas toujours un avantage. Nous avons conscience que notre environnement d'affaires, nos ressources humaines et techniques doivent être renforcées et nous sommes prêts à prendre des mesures dans ce domaine.

L'expérience du Groupe Lagardère en Roumanie

Alain DUCRAY,
Directeur International de Développement Media, Groupe Lagardère

Jean-Luc Lagardère a une affection particulière pour la Roumanie. Le Groupe est implanté dans ce pays depuis 1996. Je vais présenter quatre investissements réalisés en Roumanie, deux dans le monde des technologies et deux dans le monde des médias.

 

En 2001, Eurocopter France, filiale de Lagardère, a pris 51 % d'une nouvelle entité, Eurocopter Romania en partenariat avec une société roumaine. Cette création faisait suite à de longues discussions entre le Premier Ministre Adrian Nastase et le Président d'Eurocopter et elle est née de la volonté de restructurer le secteur. Eurocopter Romania où le Groupe Lagardère a investi initialement plusieurs millions de dollars, a plusieurs missions : la fabrication sous licence de l'hélicoptère léger EC135 pour le marché roumain avec un important transfert de technologie, la maintenance des Pumas pour le monde entier et le traitement de contrats export. L'entreprise emploie 230 personnes et projette de fabriquer trente EC135, dans les cinq ans à venir. Les équipes roumaines ont été extrêmement coopératives. Des collaborateurs roumains ont été formés dans une usine allemande d'Eurocopter. Malgré des retards, l'entreprise, aujourd'hui, fonctionne bien.

 

Phénix est un réseau de radio-communication pour les forces de sécurité roumaines. Le 12 avril 1997, un contrat a été signé avec le service de télécommunications spécial qui dépend directement de la Présidence. Ce contrat concerne la fourniture d'un réseau de radio-télécommunications numérique sécurisé à partir d'une technologie de Matra. D'un montant de 91 millions de dollars, il a bénéficié d'un financement à 100 % mis en place par un groupe de banques françaises et les conventions de crédits ont été signées, du côté roumain, par un organisme dépendant du Ministère de la Défense. Le réseau Phénix couvre l'ensemble du territoire national. Le contrat prévoit l'utilisation de sociétés locales pour la réalisation de prestations et un engagement de coopération technique, économique et industrielle pour une valeur de 18 millions d'euros à réaliser dans les sept ans. Aujourd'hui, le réseau roumain est entièrement déployé et nos engagements de coopération économique et industrielle pratiquement accomplis. Un projet de densification du réseau est en cours.

 

En 1996, le Groupe Lagardère, avec Europe 1, s'est installé en Roumanie. Entre 1996 et 2000, nous avons tenté de comprendre le fonctionnement du pays et nous avons pris des participations minoritaires dans deux radios : Radio totale et Radio 21. En mai 2000, en réponse à un appel d'offre, Europe 1 a lancé la première radio nationale privée roumaine : Europa FM. Deux ans plus tard, cette radio est devenue la première radio privée du pays, attirant 1,6 millions d'auditeurs quotidiens (8,2 % des Roumains). Elle s'adresse principalement aux Roumains âgés de 25 à 45 ans, elle est la radio de référence en Roumanie. Depuis le début de ces opérations, 10 millions d'euros ont été investis afin d'équiper ces radios de studios modernes, d'installer les 36 émetteurs d'Europa FM et de former des équipes locales aux techniques les plus avancées de la radio, du marketing, de la régie et des ventes. L'ensemble des radios emploie 138 personnes et une trentaine de personnes temporairement. Un gros problème est le sous-développement du marché publicitaire dominé, aujourd'hui, par la télévision qui représente 80 % des investissements globaux.

 

Un autre exemple d'investissement est le développement du magazine Elle, en Roumanie. Le Groupe Lagardère a trouvé un partenaire pour lancer Elle en Roumanie. L'édition du magazine se maintient à 30 000 exemplaires par mois et comporte une trentaine de publicités, ce qui est important et représente 23 % du marché publicitaire des magazines. L'activité dégage un profit. En conséquence, la licence a été renouvelée pour cinq ans.

 

Le Groupe Lagardère est plus que jamais attentif aux opportunités de développement offertes par la Roumanie dans le cadre et les limites de sa stratégie globale.

Questions-réponses

De la salle

 

Quelles sont les stratégies pour conserver les intelligences en Roumanie ? Y a-t-il des structures d'accueil pour utiliser comme expatriés les Roumains étudiant ou travaillant en France ?

 

Jean-Patrice POIRIER

 

Nous faisons suivre aux cadres roumains détectés par les managers des cycles de formation dans le monde, afin de comprendre comment nous fonctionnons au niveau global. Ceci est un moyen de les maintenir dans le pays, avec nous, car on constate en Roumanie, dans nos métiers, une fuite des cerveaux.

 

Nous ne recrutons pas à Paris des Roumains pour les expatrier, ce serait le monde à l'envers. Nous expatrions, contraints et forcés, des cadres performants, connaissant bien les métiers et les manières de travailler, avec l'espoir qu'ils formeront des gens sur place et, ensuite, rentreront. Recruter des Roumains en France pour les expatrier n'est pas l'objectif même si cela se produit exceptionnellement.

 

Dan BEDROS

 

Chez Alcatel, en Roumanie, 800 ingénieurs travaillent et, seulement 2 % partent ailleurs car nous offrons un salaire correct et de nombreux avantages à nos employés (assurance, crédits immobiliers...). De plus, pour les ingénieurs qui développent des logiciels, le salaire net est égal au salaire brut.

 

François OLIVER

 

Nous avons créé, avec une dizaine d'entreprises, l'Institut Franco-Roumain de Gestion afin de fixer les cerveaux roumains. Tous nos cadres et agents de maîtrise sont issus de cette formation et certains ont triplé leur salaire en un an.

 

De la salle

 

Monsieur van der Heijden, il est difficile pour les PME roumaines de trouver des fonds pour garantir leur cash flow. Pourriez-vous demander au gouvernement de considérer le problème qu'ont les petites entreprises à obtenir des capitaux ?

 

Anthony VAN DER HEIJDEN

 

Vous n'êtes pas le premier à poser cette question. Dans la transition du communisme à l'économie de marché, il manque un chaînon dans la société. Aussi est-il nécessaire de mettre en place une structure. Des accords et un travail de la Banque Mondiale ont été menés dans ce sens, mais cela ne semble pas un succès. Une banque commerciale considère le risque crédit. Les PME ont souvent un risque crédit important. Le gouvernement devrait promouvoir un système différent où seraient considérés, pour les PME, d'autres critères que le risque crédit comme conditions à l'allocation des crédits.

 

Patrick GELIN

 

Le marché du crédit en Roumanie est liquide, c'est-à-dire que les banques recherchent des emplois pour leurs actifs. Cependant, les bons projets, les bons bilans et les bons comptes d'exploitation sont rares. Les sociétés sont sous-capitalisées, les prévisions financières sont inexistantes. Nous avons des règles pour l'analyse des risques et nous les appliquons en Roumanie. Même si nous avons confiance en l'entrepreneur, il doit faire un effort de transparence. Cela concerne rarement les PME liées à un groupe étranger car, en général, nous avons des contacts avec le groupe et un soutien qui nous permet d'accorder les financements. A partir de janvier 2003, un régime de provisions relativement sévère sera mis en oeuvre en Roumanie. Dans ce cadre, nos risques seront jugés selon la situation financière des entreprises et nous serons obligés, pour les cas où la situation n'est pas correcte, de provisionner. Il suffira d'un ou deux ratios négatifs pour que le système de provisions se déclenche.

 

En ce qui concerne les aspects positifs, la BRD a 800 millions d'euros d'actif de crédit dont la moitié sur des PME. Nous sommes très présents sur ce marché et, aussi, sur les micro-crédits.

 

De la salle

 

Nous avons l'impression qu'il y a un paradoxe. Le marché roumain évolue en ce qui concerne les nouvelles technologies, de manière réelle mais, aussi, insuffisante. Un haut niveau de compétence des roumains est constaté. Néanmoins, j'ai l'impression que ce constat est fait à l'étranger mais pas encore en Roumanie.

 

Dan BEDROS

 

Je ne crois pas que cela soit un paradoxe. Je pense qu'il s'agit d'un problème de communication, de connaissance des marchés. La Roumanie a une politique très dynamique en matière d'informatique et elle se dirige vers les toutes nouvelles technologies. Les exportations du secteur informatique sont de 200 000 dollars annuels. Il y a beaucoup d'ingénieurs compétents en Roumanie, certains partent à l'étranger mais cela ne me semble pas être un problème.

 

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