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Colloque Sénat-UbiFrance sur l'Ukraine



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Christine Lagarde
Ministre délégué au Commerce Extérieur

Sergiy Teriokhine
Ministre de l'Economie d'Ukraine

Ioulia Timochenko
Premier Ministre d'Ukraine

Christian Poncelet
Président du Sénat

Actes du colloque

Rencontres Ukraine
Lundi 13 juin 2005

En présence de :

Christian PONCELET, Président du Sénat

Avec la participation de :

Ioulia TIMOCHENKO, Premier Ministre d'Ukraine

Christine LAGARDE, Ministre délégué au Commerce extérieur

Sergiy TERIOKHINE, Ministre de l'Economie

Sous l'égide de :

Jean-Pierre PLANCADE, Président du Groupe interparlementaire France-Ukraine du Sénat

Ouverture

Christian PONCELET

Président du Sénat

Le Sénat est très fier et très heureux d'accueillir aujourd'hui ce séminaire sur l'Ukraine, dans le cadre de son partenariat toujours fructueux avec UBIFRANCE.

Cette manifestation sera honorée cet après-midi par la présence de Madame Timochenko, que j'ai eu l'honneur de recevoir ce matin même à la Présidence. Je l'avais rencontrée pour la première fois il y a deux ans. Elle était alors dans l'opposition. C'est dire la densité et la constance des liens qui, de longue date, unissent notre assemblée à l'Ukraine. Cette manifestation se déroule sous l'égide du groupe interparlementaire France-Ukraine, dont je salue le Président, mon collègue et ami le sénateur Jean-Pierre Plancade. C'est la deuxième fois que le Sénat organise un colloque sur l'Ukraine puisqu'un premier colloque a eu lieu en octobre 1997. Mais ce second colloque intervient à un moment privilégié de l'histoire ukrainienne, après le changement démocratique de régime à la faveur de la « Révolution orange » de l'hiver dernier.

De fait, l'Ukraine a été propulsée au centre de l'actualité internationale. L'élection de Victor Ioutchenko à la présidence ne marque pas seulement la fin d'une époque. Elle clôt la période de transition post-soviétique du pays. La France a contribué de manière substantielle à l'observation du scrutin du 26 décembre 2004 en mettant une centaine d'observateurs à la disposition de la mission de l'OSCE, parmi lesquels deux sénateurs : mes collègues et amis Jean-Guy Branger et Pierre Fauchon. La mobilisation inédite sur la place de l'Indépendance à Kiev et dans d'autres villes du centre et de l'ouest du pays a révélé l'existence d'une société civile considérée jusqu'alors comme embryonnaire. La « Révolution orange » a témoigné de la maturité démocratique de la population qui a surpris jusqu'à ses protagonistes. Je forme le voeu que ces récents événements soient annonciateurs d'un nouveau départ et de grandes réformes.

Sans aborder le fonds du dossier - je laisse ce soin aux intervenants qui vont se succéder à la tribune toute la journée - je voudrais simplement rappeler que l'Ukraine est un pays avec lequel la France entretient des relations anciennes et suivies et que les derniers développements nous encouragent à poursuivre avec encore plus de vigueur et d'enthousiasme.

Le soutien de la France au processus de réformes en Ukraine se traduit notamment par un renforcement de la coopération administrative et des actions en faveur de la consolidation de l'Etat de droit. La France met aussi l'accent sur le renforcement de la coopération universitaire. Elle a accueilli plusieurs centaines d'étudiants ukrainiens en 2004 et délivré plus de 150 bourses. Un accord bilatéral sur la reconnaissance mutuelle des diplômes de troisième cycle sera prochainement signé. La France va, par ailleurs, aider à la mise en place de deux masters conjoints franco-ukrainiens répondant aux standards européens. Dans le domaine scientifique, la France a mis en place avec le Ministère de l'Education et des Sciences d'Ukraine un programme qui permet de financer des mobilités de chercheurs dans le cadre de projets sélectionnés conjointement. Dans le domaine culturel, la France jouit, cette année encore, d'une forte visibilité grâce à l'organisation à Kiev et dans les autres grandes villes d'Ukraine, du « printemps français », mois culturel consacré à la création contemporaine. La France contribue, enfin, de manière significative à l'effort de la communauté internationale pour renforcer la sûreté nucléaire sur le site de Tchernobyl.

En revanche, et j'en viens à ce qui me tient tout particulièrement à coeur, comme à vous-même je n'en doute pas, la France pourrait faire encore beaucoup plus et beaucoup mieux sur le plan économique. Les sociétés françaises marquent un intérêt croissant pour la prospection du marché ukrainien -votre présence ici même en témoigne- mais leurs succès restent inégaux selon les secteurs. Cette affirmation se vérifie notamment si l'on compare notre position avec celle, par exemple, de nos voisins anglais ou italiens. La France n'est ainsi qu'au 9ème rang des fournisseurs de l'Ukraine, au 12ème rang des investisseurs et au 43ème rang de ses clients. Certes, les échanges commerciaux avec l'Ukraine sont en augmentation. Toutefois, ils restent en retrait par rapport aux bons résultats de l'économie ukrainienne.

On ne sait en effet pas assez que l'Ukraine a renoué, depuis 2000, avec une croissance soutenue. C'est d'ailleurs l'un des paradoxes de la révolution démocratique de décembre que de s'être déroulée dans un contexte économique particulièrement favorable. La progression du PIB a en effet atteint 12 % l'année dernière, après s'être chiffrée à 9,4 % en 2003 et 9,2 % en 2001. Les « fondamentaux » des finances publiques sont nettement positifs, avec une monnaie stable, une inflation maîtrisée, une balance commerciale excédentaire et une dette publique en forte baisse, redescendue sous la barre des 30 % du PIB. Ces bonnes performances sont en partie le fruit travail du Président Victor Ioutchenko puisque c'est lui qui a initié, de décembre 1999 à avril 2001, une politique de réformes structurelles décisives et de gestion prudente des grands équilibres. A moyen terme, l'Ukraine semble présenter un grand potentiel de développement avec un vaste marché de 47 millions d'habitants dont le pouvoir d'achat, certes encore faible, augmente progressivement. Il reste que ces résultats demeurent fragiles tant que l'Ukraine n'aura pas mené à leur terme un certain nombre de réformes structurelles inachevées ou inappliquées. Bien des questions demeurent en suspens, tant sur le plan économique que sur le plan politique.

Ainsi, l'essentiel des exportations (47 %) est constitué par les ventes d'acier et de produits chimiques à faible valeur ajoutée, pour lesquels la demande est actuellement forte, mais dont les cours mondiaux peuvent connaître des fluctuations rapides. La dépendance à l'égard des importations d'hydrocarbures peut également constituer un handicap pour une industrie encore fortement consommatrice en énergie. Par ailleurs, le système financier demeure fragile : le secteur bancaire, caractérisé par un nombre élevé d'établissements souvent sous-capitalisés, a besoin d'une restructuration, tandis que la capitalisation boursière reste peu développée.

Sur le plan politique, le Conseil européen des 16 et 17 décembre 2004 a souligné son souhait que l'Union européenne développe une relation spécifique et renforcée avec l'Ukraine, dans le cadre de la politique de voisinage et en tirant pleinement parti du plan d'action négocié entre l'Ukraine et la Commission européenne et adopté le 21 février dernier. Ce plan prévoit notamment un renforcement du dialogue politique, un approfondissement des relations commerciales et économiques, un soutien au processus de rapprochement législatif, notamment à travers l'assistance technique et des actions de jumelage et surtout la perspective d'un accord renforcé en 2008, remplaçant l'actuel Accord de Partenariat et de Coopération. Il est sans doute prématuré d'aller plus loin pour l'instant. En effet, il convient déjà de renforcer nos liens économiques.

Comme à l'ordinaire, je suis convaincu qu'UBIFRANCE saura, une fois encore, apporter des réponses claires et concrètes aux questions que nos exportateurs intéressés par le marché ukrainien peuvent se poser. Je ne doute pas que, pour ce qui le concerne, le groupe interparlementaire contribuera à la réussite de ce colloque. Car le Sénat, je l'ai souvent rappelé, considère comme de sa mission de soutenir nos entreprises, qui sont non seulement créatrices d'emplois et de prospérité, mais aussi exportatrices de notre savoir-faire et de notre culture. Je souhaite à tous d'excellents travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un très bon souvenir et que vous y reviendrez.

Eric ELGHOZI

Directeur Général adjoint, Ubifrance

Monsieur le Président, je vous remercie pour les propos que vous avez tenus à propos de l'Ukraine. Soutenant l'élan qui a été initié, ils sont extrêmement importants. Mes remerciements vont également à la Mission économique et à l'Ambassadeur de France à Kiev. Les présences, cet après-midi, de Madame Timochenko et de Madame Lagarde, témoignent de l'importance des relations entre nos deux pays.

Les rencontres dédiées à l'Ukraine que nous organisons ont un double-objectif : favoriser les échanges d'expérience entre les sociétés françaises intéressées par le marché ukrainien et développer des partenariats. Nous espérons que cette rencontre France-Ukraine permettra de l'atteindre. Demain, 15 experts seront présents au sein d'UBIFRANCE. Ils seront à même de répondre à toutes les questions que vous vous posez sur le marché ukrainien. Ce dernier, s'il n'est pas sans complexité, est prometteur, même s'il demande une bonne connaissance du terrain. Enfin, des entreprises françaises y sont d'ores et déjà présentes : elles pourront vous faire bénéficier de leur expérience.

Au cours de la matinée, plusieurs interventions porteront sur le paysage économique, politique et financier. Une première table-ronde, intitulée « Vendre et distribuer en Ukraine », prendra place. Cet après-midi, nous aurons l'honneur d'assister aux interventions de Madame Timochenko et de Madame Lagarde. Ce colloque s'achèvera par une seconde table-ronde, intitulée « Investir et produire en Ukraine ». Bien évidemment, nous ne quitterons pas cette salle sans avoir répondu à toutes vos questions.

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