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Les effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé

5 avril 2001 : Les effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé ( rapport de l'opecst )

 

 

D. LES MÉTAUX LOURDS ET LES PRODUITS DE SANTÉ

1. Les thermomètres

Le mercure présente certaines caractéristiques physiques qui ont été mises à profit pour entrer dans la fabrication de produits courants : son coefficient de dilatation a servi aux appareils de mesure de température et de pression (thermomètres, baromètres, manomètres...). Son excellente conductivité a servi aux petits matériels électriques (piles, lampes au néon...). La plupart de ces usages ont été prohibés, mais l'interdiction porte sur les nouvelles mises sur le marché. Des stocks anciens, encore chargés de mercure, restant en usage, et présentant parfois des risques pour les utilisateurs.

a) Les thermomètres à mercure

Le mercure a été utilisé très tôt, au XVIIème siècle, comme fluide dans les thermomètres du fait de son coefficient de dilatation élevé, mais c'est seulement au XVIIIème siècle que l'on définit la température des rejets sains, et au XIXème siècle que la prise de température fut un acte de routine médicale. Pendant plus de 100 ans, les thermomètres utilisés furent des thermomètres à mercure, banalisés dans toutes les familles françaises. Il y aurait entre 15 et 20 millions d'unités.

Bien que beaucoup plus chers que les thermomètres à mercure (de l'ordre de deux à trois fois le prix), les produits de remplacement sont apparus dans les années 70 : thermomètres électroniques (fabriqués en Chine) et thermomètres à infrarouge (essentiellement d'origine américaine).

Dès lors que les produits de substitution étaient disponibles, les efforts pour limiter les usages du mercure ont été accélérés à la fin des années 80. En novembre 1995, le Conseil supérieur d'Hygiène Publique de France recommande d'interdire le thermomètre à mercure. Cette interdiction est effective quelques années plus tard. L'arrêté du 24 décembre 1998 interdit la mise sur le marché de thermomètres médicaux à mercure. Cette interdiction, qui concerne les nouveaux thermomètres, a été complétée par une circulaire ministérielle demandant de ne plus utiliser de thermomètres à mercure dans les établissements de soins à partir de septembre 1999.

Le remplacement des thermomètres à mercure est effectif dans les établissements de soins depuis 2000 et progressif chez les particuliers. On estime que le parc annuel se renouvelle au rythme de 10 % par an.

b) Les risques liés aux thermomètres à mercure

Bien que banalisé, le thermomètre à mercure n'est pas sans inconvénient ni danger. Outre les risques infectieux liés au nettoyage insuffisant de l'appareil, mais non spécifique au thermomètre à mercure, les principaux risques sont liés au bris. Le risque est évidemment lié à l'usage. La casse, très rare chez les particuliers, peut être importante, voire très importante en milieu hospitalier, du fait de l'usage intensif des thermomètres. On estime la durée de vie d'un thermomètre à 1 à 2 mois (ou 6 à 12 thermomètres par lit et par an). Le bris est lié soit aux manipulations (lors du « secouage » du thermomètre pour la remise à zéro), soit aux mouvements du malade (une prise de température correcte demande plusieurs minutes, et le thermomètre peut être « oublié » par le malade).

On estime la consommation annuelle de thermomètres à 5 millions, dont 90 % en milieu hospitalier pour assurer le remplacement de thermomètres cassés. Les personnels hospitaliers évoquent parfois les « séries noires » dans un service où une dizaine de thermomètres sont cassés dans une journée.

Ces bris occasionnent des rejets mercuriels susceptibles d'avoir des incidences sur la santé.

- Les conséquences directes

Le bris d'un thermomètre est responsable de lésions traumatiques locales (perforations...) et de plaies cutanées. Ces plaies sont bénignes tant qu'il n'y a pas de contact avec le mercure. Dans le cas contraire, le contact entraîne une réaction inflammatoire et un risque toxique.

L'autre risque est l'ingestion de mercure par les enfants. Il existe plusieurs cas par semaine. L'ingestion est elle aussi bénigne la plupart du temps car le mercure est très peu absorbé dans le tube digestif, mais il peut y avoir complication soit lorsque le mercure est piégé dans l'appendice, soit lorsque le mercure ingéré passe dans l'arbre respiratoire et entraîne alors des réactions inflammatoires.

- Les conséquences indirectes par le biais des vapeurs de mercure

Ce risque paraît normalement limité compte tenu du volume concerné (un thermomètre contient environ 2 grammes de mercure, soit 0,1 cm3). Mais le bris a souvent lieu dans les chambres des malades, c'est-à-dire des milieux fermés, peu aérés, chauffés..., autant de facteurs qui favorisent les rejets de vapeurs et leur nocivité. Les chambres d'hôpitaux peuvent être saturés en mercure et un bris dégage des vapeurs toxiques directement inhalées.

La pire des solutions consiste à utiliser l'aspirateur. L'aspirateur chauffe le mercure, la vaporise, et recontamine les pièces à chaque utilisation. Dans quelles proportions ?

Montant des vapeurs de mercure dans différents sites

Atmosphère standard 4 mg/m3 d'air, soit 0,004 ug/m3

Atmosphère en ville entre 0,01 et 0,17 ug/m3 d'air

Recommandation OMS

comme valeur maximum d'exposition permanente 1 ug/m3

Mesure chez l'habitant,

après bris d'un thermomètre et aspiration 4,2 ug/m3

Mesure après bris de thermomètre

en hôpital 14 ug/m3

Valeur limite d'exposition permanente

en milieu professionnel 50 ug/m3

Mesure dans le flexible de l'aspirateur

après aspiration du mercure d'un thermomètre 4.000 mg/m3

(4.000.000 ug/m3)

Ces risques ont été considérablement réduits depuis deux ans, avec l'interdiction de mise sur le marché des thermomètres au mercure et le remplacement des thermomètres à mercure dans les hôpitaux, où les risques de bris étaient importants et le remplacement des anciens, au rythme de 10 % par an. Néanmoins, ce risque n'a pas été évincé dans la mesure où il existe toujours un stock important de thermomètres de mercure dans les foyers français, encore estimé à 12 millions d'unités (soit 24 tonnes de mercure).

Les Français sont peu sensibilisés à ce risque mercuriel et l'on regrettera que la vente de produits n'ait pas été accompagnée d'une notice de précaution d'emploi en cas de bris. On se contentera de rappeler ici quelques règles de conduite élémentaire.

Quelle conduite tenir en cas de bris de thermomètres ?

Les gestes interdits

Les gestes recommandés

- passer l'aspirateur (le mercure serait vaporisé et remis en circulation) - risque maximum

- utiliser un balai (idem)

- jeter le mercure dans l'évier (le mercure s'accumule dans le siphon et est libéré en vapeurs avec l'eau chaude)

- collecter le mercure par feuille, essuie-tout, ruban adhésif*

- placer le mercure dans une boite hermétique en plastique

- remettre le mercure à une pharmacie ou un établissement de soins

* La récupération est plus difficile lorsque le mercure tombe sur une moquette. L'usage de l'aspirateur est toujours la pire des solutions. La collecte est facilitée par le saupoudrage de la zone avec de la poussière de zinc, avec laquelle le mercure va s'amalgamer.

Une information régulière dans la presse grand public diffusée en pharmacie pourrait être utile.