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ANNEXE 3 : LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, UNE PRIORITÉ RÉELLE DANS DE NOMBREUX PAYS

La comparaison des efforts de recherche de différents pays, un exercice toujours délicat, est le plus souvent effectué avec l'indicateur de la dépense intérieure de recherche et développement (DIRD) qui rassemble l'ensemble des dépenses effectuées dans tous les secteurs économiques d'un pays, quelles que soient l'origine des ressources et la nationalité des bailleurs de fonds.

Cet indicateur tient donc compte non seulement de l'effort effectué par les administrations, les institutions sans but lucratif et les entreprises du pays considéré, mais également de son pouvoir d'attraction vis-à-vis des centres de recherche d'entreprises étrangères ou d'organisations internationales.

La comparaison des niveaux en valeur absolue permet d'évaluer les puissances des appareils de recherche respectifs.

Néanmoins, pour évaluer les efforts consentis par les pays et les différents degrés de priorité assignés à la recherche, il convient aussi d'utiliser le ratio dépense intérieure de recherche et de développement / PIB.

Il convient enfin de comparer les dépenses de recherche en fonction de l'origine de leur financement - entreprises, recherche publique et autres sources -.

1. Le retard de l'Union européenne

Dans le domaine de l'effort global de recherche, l'Union européenne se caractérise par deux traits majeurs par rapport aux Etats-Unis et au Japon.

Les dépenses globales intérieures de recherche de l'Union européenne, ont représenté 141,2 milliards d'euros en 1998. Les Etats-Unis, la même année, ont dépensé 202,2 milliards d'euros et le Japon 102,6 milliards d'euros. Les dépenses européennes représentent ainsi 70 % de celles des Etats-Unis et 137 % de celles du Japon.

Figure 18 : DIRD 1998 en milliards d'écus

Ces écarts en niveau correspondent à des écarts relatifs, par rapport au PIB, très importants.

En 1999, les dépenses de R&D du Japon se sont élevées à 3,1 % du PIB, celles des Etats-Unis à 2,7 % du PIB et celles de l'Union européenne à 1,8 % du PIB.

Par ailleurs, depuis 1994, les Etats-Unis et le Japon se caractérisent par une croissance soutenue de leurs dépenses de R&D exprimées en pourcentage du PIB, ce qui traduit une priorité réelle donnée à la recherche, à la fois par les pouvoirs publics et les entreprises. En revanche, l'Union européenne n'a enrayé la diminution de ses efforts que depuis 1997, et ceci d'une manière très timide (voir figure suivante).

Figure 19 : Evolution des dépenses de R&D en % du PIB 4

Il faut souligner par ailleurs que ces écarts en terme de ratios de DIRD / PIB se traduisent par des écarts en valeur absolue considérables.

Ainsi, on estime qu'en 1999, l'Union européenne aura dépensé 75 milliards d'euros de moins que les Etats-Unis dans la R&D, soit 491 milliards de francs.

Au total, depuis 1990, le déficit de l'Union européenne en terme de dépenses de R&D par rapport aux Etats-Unis aura atteint environ 485 milliards d'euros, soit 3 181 milliards de francs.

Figure 20 : L'insuffisance des efforts de R&D de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis 5, 6

Ainsi, les priorités réelles divergent entre l'Union européenne considérée globalement et les Etats-Unis.

Ce constat d'ensemble, inquiétant à de nombreux égards, recouvre au demeurant des divergences sensibles entre les pays.

2. Des efforts divergents selon les pays

Ainsi que le résume la figure ci-après, l'effort de la France mesuré par le ratio DIRD/PIB est passé de 2,37 % en 1991 à 2,18 % en 1998, selon une baisse continue similaire à celle du Royaume-Uni, qui toutefois se trouve à un niveau inférieur (1,83 % en 1998).

Les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne se trouvent, pour leur part, à des niveaux supérieurs et dans une tendance à la hausse.

Figure 21 : Niveau et évolution du ratio DIRD/PIB en % des principaux pays de l'OCDE (DIRD : dépense intérieure de recherche et développement) 7

2.1. Concernement collectif pour la recherche et impact de la science

Un autre indicateur important est celui de la dépense intérieure de recherche et de développement par habitant, qui traduit, d'une manière ou d'une autre, l'importance donnée par la collectivité nationale à cette activité.

La figure suivante montre qu'à partir de situations comparables en 1991, l'Allemagne a opéré une mobilisation largement supérieure à celle de la France. Par ailleurs, les niveaux atteints par les Etats-Unis et le Japon étaient très supérieurs à ceux de la France en début de période, avec un écart qui s'est considérablement accru en fin de période. On constate par ailleurs que l'écart se réduit avec le Royaume-Uni.

Figure 22 : Niveaux et évolution de l'effort de recherche par habitant (DIRD/population) dans les grands pays de l'OCDE 8

Un autre indicateur concerne la présence des différents pays dans les grandes revues internationales. Il donne une indication à la fois du niveau de dépenses dans la recherche et de la productivité de ces dépenses.

Une analyse bibliométrique faite par l'Office of Science and Technology britannique, sur la période 1981-1998, montre que la France arrive en 6ème position, en terme de publications et de citations dans les revues scientifiques à audience mondiale. Les biais méthodologiques d'une telle étude ne sont pas négligeables, en particulier ceux induits par la notion de publications d'audience mondiale, et par le rôle de la langue anglaise et des revues scientifiques anglophones. Toutefois, les résultats de cette étude méritent l'attention.

Tableau 8 : Analyse bibliométrique des publications et des citations dans des publications d'audience mondiale sur la période 1981-1998 9

Pays

Part dans les publications d'audience mondiale

Part dans les citations dans des publications d'audience mondiale

Etats-Unis

34,2

47,9

Royaume-Uni

8,2

9,2

Japon

7,8

5,8

Allemagne

7,4

6,2

France

5,5

4,7

Canada

4,5

4,6

Italie

3,0

2,3

Il faut remarquer à cet égard que l'Observatoire des sciences et techniques français (OST) met en évidence une baisse de l'indicateur d'impact des publications scientifiques françaises, qui passe de 0,98 en 1982 à 0,92 en 1997 10.

Par ailleurs, il semble que l'Europe concurrence bien les Etats-Unis pour la recherche académique, avec 33,5 % des publications mondiales académiques contre 32,6 % pour les Etats-Unis.

Mais l'avance de ces derniers pour les dépôts de brevets est considérable, démontrant une vitalité incomparable de leur recherche industrielle.

2.2. Les Etats-Unis déterminés à accroître leur avance

Les Etats-Unis ont clairement adopté une stratégie offensive dans la recherche, en mobilisant à la fois la recherche universitaire et la recherche industrielle. Cette dernière constitue un atout déterminant.

Une caractéristique essentielle de la recherche aux Etats-Unis est en effet que l'industrie assure près de 70 % de l'effort de recherche contre 30 % pour le budget fédéral. Cette structure particulière du financement de la recherche est le résultat d'une évolution de plusieurs années (voir figure suivante).

Figure 23 : Evolution du ratio des dépenses de R & D publique et privée par rapport au PIB aux Etats-Unis 11

Mais une autre caractéristique importante de la recherche aux Etats-Unis est l'importance de la recherche militaire. Même si les crédits budgétaires pour la recherche militaire ont nettement diminué, ils représentent encore plus de 40 milliards de dollars.

Figure 24 : Répartition entre le civil et le militaire de l'effort de R & D financé par le budget fédéral aux Etats-Unis

De fait, si les Etats-Unis connaissent une diminution de l'importance relative des crédits fédéraux dans le financement de la recherche, une tendance récente consiste à faire augmenter dans les crédits fédéraux la part consacrée à la recherche civile.

Ainsi, les demandes budgétaires de l'administration Clinton pour l'année fiscale 2001 se traduisent par une hausse de 6 % pour la recherche civile à 43,4 milliards de dollars, contre une baisse de 2 % de la recherche militaire à 42,0 milliards de dollars. Pour l'agence publique chargée de distribuer les crédits fédéraux aux laboratoires, la National Science Foundation, l'augmentation demandée atteint 17 %.

Il est donc clair que les Etats-Unis ne préparent pas un relâchement de leurs efforts.

2.3. La relance de l'effort de R & D au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni représente un cas intéressant de redynamisation de l'effort national, après plusieurs années d'abandon.

En tout état de cause, le diagnostic que fait le Gouvernement britannique sur l'état de la recherche au Royaume-Uni est que, malgré la négligence des majorités précédentes, la science et la technologie gardent toutes leurs possibilités d'un renouveau.

Le constat sur la force de la science britannique tient en trois chiffres. La population du Royaume-Uni représente 1 % de la population mondiale, mais le pays finance 4,5 % de la science mondiale et produit 8 % des publications scientifiques mondiales, ce qui le met au second rang mondial derrière les Etats-Unis et augure bien de ses atouts pour l'avenir.

En conséquence, le Gouvernement a lancé en 1994 le programme UK FORESIGHT, après une évaluation approfondie de sa politique de la science, de l'ingéniérie et de la technologie. Il s'agit d'une vaste entreprise de consultation, de réflexion et d'anticipation des tendances en matière de science et de technologie 12.

En 1995, le premier ensemble de perspectives et de recommandations a été publié et a donné lieu à quatre années d'approfondissement et d'applications. Une nouvelle étape du programme a débuté en avril 1999.

A cette occasion, la recherche publique a travaillé sur la définition des futurs besoins technologiques du pays et publié un rapport afférent intitulé " Long Term Technology Review ". Des rapports sectoriels ont également été élaborés par des panels sur les sujets indiqués dans le tableau suivant.

Tableau 9 : Les travaux de prospective du programme UK FORESIGHT

panels thématiques

le vieillissement de la population

la prévention des crimes et délits

les techniques de production en 2002

thèmes de base

éducation, compétences et formation

le développement durable

panels sectoriels

l'environnement citadin et les transports

les produits chimiques

la défense, l'aérospatial et les systèmes

l'énergie et l'environnement naturel

les services financiers

la chaîne alimentaire et les cultures industrielles

les soins pour la santé

information, communication et médias

les matériaux

les services aux entreprises et aux consommateurs

Le livre blanc du Gouvernement 13, un document essentiel pour cet exercice, présente les investissements programmés à partir de 2000 pour relancer la recherche.

Les universités et les instituts de recherche bénéficient, sur une période trois ans, pour rénover leurs bâtiments et équipements, d'un financement de 750 millions de livres, soit 8,5 milliards de francs, apportés par le Joint Infrastructure Fund, constitué par les pouvoirs publics et le Wellcome Trust.

En outre, un programme de 1 milliard de livres, soit 11,35 milliards de francs doit financer sur deux ans des investissements dans les infrastructures de recherche. Ce programme est financé à hauteur de 775 millions de livres (8,8 milliards de francs) par le Gouvernement et de 225 millions de livres (2,55 milliards de francs) par le Wellcome Trust.

Un effort additionnel de 250 millions de livres (2,8 milliards de francs) est consenti pour la recherche dans les domaines de la génomique, de l'électronique et des technologies de base comme les nanotechnologies, les ordinateurs quantiques et les biotechnologies.