c) Un pays aux vastes ambitions

De la transition économique à la " vision 2020 "

Les pouvoirs publics ont toujours eu une attitude active en matière de développement économique en Malaisie. Après la NEP, introduite en 1970 et qui fut déclinée en plusieurs plans pluriannuels (jusqu'au cinquième plan couvrant la période 1986-1990), la " politique nationale de développement " (NDP) a défini les objectifs de la période 1990-2000. Depuis lors, les objectifs économiques pour les 20 prochaines années ont été rassemblés dans une stratégie dénommée " Vision 2020 " , élaborée par le gouvernement du Dr Mahathir.

Dans un entretien accordé à la " Lettre diplomatique " 20 ( * ) , l'Ambassadeur de Malaisie en France résume ainsi le contenu de cette vision :

" Vision 2020 prévoit que la Malaisie devienne une nation pleinement développée d'ici 2020 .

" Compte tenu de l'évolution historique et de la composition ethnique unique de la Malaisie, ce développement doit se réaliser selon notre propre moule et non selon celui des autres. Vision 2020 précise clairement et explicitement que la Malaisie ne doit pas se développer uniquement sur le plan économique. Elle doit devenir une nation pleinement développée à tous les niveaux : économique, politique, social, spirituel, psychologique et culturel .

" C'est dans cette perspective que Vision 2020 fixe neuf objectifs stratégiques ou défis, le premier étant de créer une nation malaisienne unie dans laquelle serait partagée la volonté d'une destinée commune. Les objectifs sont de parvenir à la maturité démocratique du pays ; réaliser une société où morale et éthique sont respectées ; une société scientifique et progressiste, profondément humaine, juste économiquement et prospère. "

De fait, la Malaisie nourrit de vastes ambitions .

Pour les atteindre, elle table sur la formation de sa main-d'oeuvre -une priorité clairement affichée- et sur le développement d'infrastructures d'envergure internationale.

Une politique volontariste en matière d'infrastructures

Un tiers des crédits du septième plan (couvrant la période 1996-2000) a été consacré aux infrastructures. Outre l'autoroute Nord-Sud en Malaisie péninsulaire, il existe cinq aéroports avec des liaisons internationales -dont le superbe aéroport international de Kuala Lumpur, aux dimensions gigantesques, récemment mis en service et disposant d'un fort potentiel de développement-.

La péninsule compte cinq ports internationaux (Port Klang, Penang, Johor, Kuantan et Kemaman) équipés pour recevoir des porte-conteneurs, tandis que le port de Bintulu, au Sarawak, est principalement destiné à l'industrie du gaz naturel liquéfié. En outre, le port de Tonjung Pelapas Tanjung ouvert en janvier 2000, et situé à l'extrême sud de la Malaisie, s'affiche comme un concurrent direct du port de Singapour, dont il n'est distant que de 40 kilomètres. Il dispose d'équipements modernes pour, notamment, le transbordement des conteneurs et a conclu un partenariat avec l'une des premières compagnies mondiales de transport maritime.

En matière d'infrastructures de télécommunications , la Malaisie fait preuve, avec le projet, déjà cité, de " Multimedia Super Corridor " (MSC) d'une grande ambition. Le principe est que l'offre crée la demande.

Symboliquement bordé au nord par les tours jumelles " Petronas ", les plus hautes du monde avec 451 mètres, et au sud par l'ambitieux aéroport international, le super couloir multimédia est une zone franche qui fait bénéficier les entreprises qui y sont implantées d'un statut privilégié (cf. ci-dessus).

Ce projet illustre les grandes ambitions de la Malaisie. Ainsi, " Cyberjaya ", coeur névralgique du MSC, qui ne compte actuellement que quelques milliers d'habitants, est conçue pour accueillir 240.000 personnes. Putrajaya , la nouvelle capitale administrative, devrait quant à elle, à terme, recevoir 250.000 habitants.

LE SUPER COULOIR MULTIMÉDIA " MSC "

Ambition : le projet de super couloir multimédia, annoncé par le premier ministre en août 1995, est un des moyens pour atteindre en 2020 le statut de pays pleinement développé.

Le projet : le MSC est une zone de 15 kilomètres de large sur 50 kilomètres de long , entre Kuala Lumpur et l'aéroport international et comprenant la nouvelle capitale administrative en construction (Putrajaya). Ce projet vise à attirer dans cette zone les sièges régionaux et les laboratoires de recherche des plus grandes multinationales de l'informatique et du multimédia, via des incitations techniques (infrastructures de télécommunications) et fiscales .

Les moyens mis en oeuvre : les investissements dépassent 50 milliards de francs sur 10 ans. Telekom Malaysia va par exemple investir 20 milliards de francs pour le déploiement d'un réseau de fibre optique à très haut débit.

PRINCIPAUX COÛTS DE DÉVELOPPEMENT DU PROJET MSC
(en milliards de francs)

Les principales applications : le gouvernement a identifié sept applications prioritaires :

- réseau multimédia entre administrations (" gouvernement électronique ") ;

- écoles multimédia ;

- télémédecine : développement d'un réseau informatique médical national ;

- lancement d'une carte à puce personnelle multifonctions pour tous les Malaisiens (faisant office de carte d'identité, passeport, permis de conduire, porte-monnaie électronique, ...) ;

- centre de recherche technologique " Cyberjaya " avec Université multimédia ;

- centre marketing ;

- " centre de réseaux mondiaux " pour les multinationales implantées.

Les entreprises impliquées : sur plus de 300 candidats, environ 250 entreprises ont déjà obtenu le " statut MSC ", dont plus de 30 multinationales (Sun, NTT, Oracle, Ericsson, Hewlett Packard, Intel, Alcatel, Siemens, BT, Motorola, Lucent Technologies, ...).

Les secteurs d'activité concernés sont principalement la création de logiciels (37 %), l'intégration de systèmes (15 %), l'industrie du contenu (19 %) et les télécommunications (10 %).

Source : Poste d'expansion économique de Kuala Lumpur

Cette ambition en matière de nouvelles technologies correspond à la stratégie gouvernementale de créer davantage de valeur ajoutée, pour faire sortir, d'ici à 2020, la Malaisie de son statut d'économie intermédiaire entre des pays moins développés comme la Thaïlande, l'Indonésie et les Philippines et des pays plus avancés comme Hong Kong, Singapour, Taïwan ou la Corée du Sud. Cet objectif n'a pas été remis en cause par la crise asiatique de 1997-1998.

* 20 N° 47, 3 e trimestre 1999, entretien avec le Dr Rajmah Hussain.

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