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Les perspectives du retour au plein emploi

 

I. Scénario I : une croissance plus riche en emplois

L'objet de cette première partie est de proposer un cheminement crédible à moyen terme vers le plein emploi dans un contexte de productivité ralentie permettant d'assurer un contenu en emplois de la croissance plus élevé. Les répercussions macro-économiques des projections démographiques communément admises pour la France sont également analysées. Celles-ci font état d'un ralentissement de la population en âge de travailler duquel pourrait découler, si aucune modification du taux d'activité n'intervient, un ralentissement de la population active. L'évaluation des conséquences d'une variation du taux d'activité est aussi proposée. Enfin, l'ensemble des hypothèses sont traitées conjointement pour aboutir à deux types de scénarios globaux.

Ainsi, le premier (Scénario I.1) retient l'idée d'une croissance plus riche en emplois avec une évolution ralentie de la population active qui conduit à résorber le chômage de trois points à l'horizon de 2010. Compte tenu du niveau actuel, le taux approcherait par conséquent un niveau de 5 % retenu actuellement comme un taux de chômage correspondant au plein emploi à cet horizon.

Dans le second scénario (Scénario I.2), une action sur le taux d'activité est retenue. Dès lors, l'effet de long terme sur le taux de chômage est inférieur à celui du scénario I.1 (- 2.5 points contre - 2.9 points) mais, en revanche, une dynamique de croissance plus favorable émerge avec un PIB potentiel plus élevé et des surplus de PIB effectif en fin de période qui n'existent pas dans le premier cas.

1. Le maintien d'une productivité du travail en croissance ralentie par rapport aux années 1980 accompagnée d'une baisse du NAIRU conduirait à des suppléments de croissance à moyen terme.

Le ralentissement du rythme de croissance de la productivité du travail qui est retenu dans ce scénario est déduit d'une estimation dans laquelle on prolonge le trend observé sur les années 1990. La fin de période et, notamment l'année 2000, doit cependant être considérée comme atypique compte tenu des effets concentrés dus à la mise en place des « 35 heures » (cf. graphique).

Productivité du travail

(Pib / Emploi total)

Source COE-OEF, calculs des auteurs

(*) Prévisions OEF 2000-2010 (mai 2000) pour le compte central

Dans cette première étape, il s'agit en fait de simuler les répercussions macro-économiques du ralentissement de la productivité des années 1990 (résultante de l'augmentation du contenu en emplois de la croissance) par rapport au rythme observé dans les années 1980. Les écarts entre les deux tendances sont par conséquent retenus pour évaluer les suppléments d'emploi générés par une telle configuration. Pour y parvenir, et dans un premier temps, les écarts sont donc imposés sur la productivité du travail et le PIB est maintenu inchangé.

Dans un second temps, ces suppléments d'emplois sont imposés comme hypothèse de base des simulations. L'objectif est, en effet, d'analyser les conséquences macro-économiques d'une amélioration soutenue du marché du travail à travers un enrichissement du contenu en emplois de la croissance. Les évolutions de la productivité du travail qui sont à l'origine de ces estimations ne sont fixées qu'ex ante. Compte tenu des variations attendues sur le PIB effectif, la trajectoire est supposée s'écarter de l'hypothèse de départ. Ainsi, les fluctuations de la productivité ex post peuvent intervenir spontanément dans la formation des salaires et l'infléchir dans le sens d'un maintien du partage de la valeur ajoutée.

A long terme, les surcroîts d'emploi ainsi obtenus conduisent à une baisse significative du taux de chômage de l'ordre de deux points et demi (par rapport à un scénario sans baisse du rythme de la productivité du travail).

Le tableau I présente les résultats d'une simulation intégrant les hypothèses relatives à la croissance de l'emploi mais aussi une trajectoire du NAIRU cohérente avec l'évolution de l'emploi effectif. A court terme, le NAIRU ne varie pas, le taux de chômage ne baissant que très marginalement et le « coin fiscal » restant inerte. A partir de la cinquième année, le retrait devient plus sensible mais les tensions nominales persistent sur le marché du travail car le taux de chômage effectif et le taux de chômage d'équilibre convergent. Ce n'est qu'à moyen terme, lorsque la baisse du NAIRU alimente la croissance de l'emploi potentiel et, dès lors celle du produit potentiel, qu'une détente sur les prix est possible malgré la poursuite de la baisse de la productivité du travail. Ces effets déflationnistes n'apparaissent qu'en raison du déplacement vers le bas du seuil d'indexation des salaires sur les prix dû à la variation du NAIRU. De surcroît, les tensions sur l'appareil productif sont réduites par l'élévation du potentiel de croissance. Ainsi, un scénario qui n'intégrerait pas cette baisse du NAIRU présenterait des tensions inflationnistes et salariales et conduirait in fine à des effets restrictifs sur l'activité. En effet, hormis les effets de prix, ce scénario présente un effet sur l'activité favorable puisque le PIB se situe en fin de période près d'un point au-dessus du niveau du compte de référence.

La baisse des coûts salariaux unitaires de production qu'autorise la baisse des salaires nominaux et ce, malgré le ralentissement des gains de productivité du travail, a pour conséquence de stimuler les exportations par des effets de compétitivité-prix alors que la consommation des ménages reste, quant à elle, bornée par des salaires réels en baisse. Ces derniers sont, bien entendu, indexés sur les variations des prix à la consommation mais leur variation ne serait pas aussi forte s'ils ne s'adaptaient pas aussi à la baisse de la productivité du travail sur le long terme.

Des conditions monétaires plus accommodantes à travers des baisses de taux d'intérêt sur les échéances courtes et longues favorisent le soutien de l'activité grâce, en particulier, à une amélioration du rendement du capital (la productivité du capital est en hausse et son coût en baisse).

Le solde public bénéficie clairement de l'amélioration enregistrée sur le plan de l'emploi par l'allégement des prestations sociales versées. En fin de période, les recettes fiscales contribuent également à la réduction du déficit grâce aux suppléments d'activité.

Les enseignements déduits de ce scénario de croissance plus riche en emplois sont les suivants :

(i) il apparaît crédible de prolonger un rythme ralenti de croissance de la productivité du travail et, ainsi, de maintenir une croissance plus riche en emplois à condition de bénéficier d'effets-prix adéquats. Ceux-ci doivent correspondre à un partage de la valeur ajouté qui soit lui-même cohérent avec l'évolution de la productivité du travail et, donc, avec une formation des salaires sensible à celle-ci.

(ii) La baisse du taux de chômage d'équilibre qui peut accompagner celle du taux de chômage effectif - soit qu'elle résulte d'une politique de l'emploi permettant de réduire le chômage structurel, soit qu'elle ressorte de la configuration macro-économique d'ensemble (par exemple, une dynamique à l'américaine intégrant des gains de productivité, des baisses de prix et un stock de capital en croissance) - est également indispensable à l'apparition de ces effets-prix par deux voies :

- à court terme, par son influence sur la variation des salaires (effet Phillips),

- à moyen-long terme par l'élévation du produit potentiel de l'économie. L'existence d'un NAIRU élevé est une contrainte qui pèse sur l'emploi potentiel dans la fonction de production et limite, par conséquent, les effets positifs émanant de la croissance de la population active.

SCENARIO I - CROISSANCE PLUS RICHE EN EMPLOIS

TABLEAU 1

BAISSE DU RYTHME DE CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL ET BAISSE DU NAIRU

FRANCE

Ecarts variantiels en % sauf (1) et (2)

Année

1

2

3

5

10

PIB

0

0

0

0

0,9

Consommation

0

0

0

0,1

0

Investissement privé non résidentiel

0

0

0

0

1,0

Exportations

0

0

-0,1

-0,3

1

Importations

0

0

0

-0,2

-1,1

Emploi -secteur privé

0

0,1

0,3

0,7

3,1

Taux de chômage (1)

0

-0,1

-0,2

-0,5

-2,3

NAIRU (1)

0

0

0

-0,4

-2,5

Produit potentiel

0

0,1

0,1

0,3

1,7

Stock de capital

0

0

0

0

0,1

Rapport capital-travail

0

-0,1

-0,2

-0,6

-2,3

Productivité apparente du capital

0

0

0,1

0,1

0,8

Productivité apparente du travail

0

-0,1

-0,3

-0,6

-1,6

Salaires nominaux

0

0

-0,1

0

-3,1

Coût unitaire du travail

0

0,1

0,2

0,6

-2,2

Prix à la consommation

0

0

0,1

-0,4

-1,9

Coin fiscal

0

0

0

-0,1

-0,3

Taux d'activité (1)*

0

0

0

0

0

Taux d'intérêt nominal à court terme (1)

0

0

0

0

-0,5

Taux d'intérêt nominal à long terme (1)

0

0

0

0

-0,3

Balance courante (2)

0

0

0

0

0,6

Solde public (2)

0

0

0,1

0,3

1,4

 

(1) Ecarts en points (2) Ecarts en points de PIB (*) Population active/Population en âge de travailler

Source : COE avec le modèle multinational OEF

2. Les données démographiques : avantage ou contrainte ?

Nous analysons dans cette section l'impact des tendances démographiques sur la résorption du chômage en distinguant deux éléments :

(i) les évolutions de la population qui, par nature, s'imposent à court-moyen terme au système économique,

(ii) les variations du taux d'activité qui peuvent résulter de décisions de politique économique et qui intègrent la dynamique prévalant sur le marché du travail. D'une part, plus l'emploi est dynamique, plus la population est incitée à se présenter sur le marché et à entrer dans la catégorie des actifs. D'autre part, l'évolution d'autres facteurs économiques, comme le niveau ou l'évolution des salaires réels par exemple, peuvent être incitatifs à l'entrée sur le marché.

Nous constaterons notamment que le ralentissement démographique n'est pas, contrairement à une première intuition basée sur la détermination mécanique du taux de chômage effectif, une solution viable pour atteindre le plein emploi car il limite le potentiel de croissance d'une économie (voir l'exemple américain versus le cas européen et, en section II, la simulation portant sur les conséquences de l'existence d'un écart significatif du rythme de croissance de la population active). A contrario, la hausse du taux d'activité soutiendrait la croissance de la population active et réduirait un handicap, devenu structurel pour l'économie française, celui du sous emploi (le taux d'emploi est faible en France, également par rapport à ses partenaires européens, et en baisse alors que dans le cas des Etats Unis ou des Pays Bas, il est en forte croissance).

2.1. Le ralentissement de la population en âge de travailler : une contrainte de croissance à long terme

Les hypothèses retenues dans le cadre de cette étude sont basées sur l'idée d'un ralentissement du rythme de progression de la population en âge de travailler qui irait en s'accentuant au cours de la décennie 2000 avec notamment une baisse à partir de 2006 (l'augmentation actuelle est de l'ordre de 150 000 par an, elle passerait à un peu plus de 100 000 par an de 2000 à 2005 puis se transformerait en une baisse à partir de 2006). Un premier choc sur le rythme de croissance est introduit en 2001, -0,2% par rapport au compte de référence puis le niveau est maintenu jusqu'en 2006. A cette date, un second choc plus important a lieu , -0,6% par rapport au niveau du compte de référence jusqu'à la fin de la période de simulation.

La simulation présentée dans le tableau 2 est réalisée à taux d'activité constant. Par conséquent, les hypothèses introduites sur la population en âge de travailler se répercutent intégralement sur les évolutions de la population active. Ainsi, le taux de chômage est amené à baisser automatiquement. Or, ce retrait n'est pas aussi important que pourraient le faire penser les hypothèses retenues a priori car des effets restrictifs sur l'activité découlent du bouclage macro-économique. Ces derniers détériorent l'emploi et amoindrissent l'effet attendu sur le chômage.

Deux mécanismes peuvent être identifiés comme étant à l'origine du retrait du PIB :

- la baisse du niveau potentiel de production, résultante directe de celle de la population active, constitue la première cause de retrait du PIB effectif. Cette réduction du potentiel de production déplace le seuil de déclenchement des tensions inflationnistes vers le bas ;

- les enchaînements qui s'en suivent en matière de prix et de salaires constituent la seconde cause à l'origine des effets restrictifs. Dans un premier temps, la baisse du chômage provoque une légère tension sur les salaires nominaux qui se répercute sur la formation des prix à la consommation à court terme. Les coûts unitaires salariaux n'enregistrent qu'en partie cette pression car la productivité du travail n'est, tout d'abord, pas affectée. En revanche, à moyen terme, l'adaptation de l'emploi à la baisse du PIB est partielle. Dès lors cette phase du cycle de productivité conduit, à une évolution défavorable des coûts unitaires de production qui pénalise la compétitivité des entreprises. La contribution négative du commerce extérieur à la croissance renforce l'effet restrictif enregistré par le PIB. La réaction des autorités monétaires à ces pressions inflationnistes accentue, à moyen terme, la contrainte que fait peser la baisse des anticipations de demande sur l'investissement des entreprises.

2.2. Les effets bénéfiques d'une hausse progressive du taux d'activité

Les dommages causés par un ralentissement démographique sur la croissance peuvent être diminués, voire annulés, par une politique économique qui redresserait le taux d'activité de la population en âge de travailler ou, plus spontanément, par une plus forte participation de cette population qui serait motivée par de meilleures perspectives sur le marché du travail.

Le tableau 3 propose l'évaluation des répercussions d'une augmentation du taux d'activité imposée de façon exogène. Puis, nous prolongeons l'analyse en menant une estimation des effets composés d'une baisse de la population active et d'une hausse du taux d'activité afin d'obtenir des conséquences bénéfiques à la fois sur le plan de l'emploi et sur celui de l'activité. Ainsi, le tableau 4 présente une simulation dans laquelle le taux de chômage ne baisse pas mais qui conserve, en revanche, une partie des effets stimulants de l'augmentation du taux d'activité.

La hausse du taux d'activité augmente le potentiel de croissance en dynamisant la population active. Cette augmentation du potentiel de croissance conjuguée, dans un premier temps, à un accroissement du taux de chômage conduit à une détente des salaires nominaux. L'indexation entre prix et salaires est ensuite quasi-unitaire. Cependant, l'augmentation de la productivité du travail permise par les surplus de PIB effectif et un ajustement partiel de l'emploi définissent un contexte dans lequel les coûts unitaires salariaux se rétractent avec une intensité supérieure à celle des prix (le rapport capital-travail évolue en faveur de l'emploi). Dès lors, cette évolution des coûts réels favorise la compétitivité-prix et, par conséquent, les exportations. L'élargissement des capacités de production constitue un facteur supplémentaire d'amélioration de la balance commerciale. Le solde public n'est pas affecté par la dégradation du taux de chômage car les recettes fiscales bénéficient des suppléments d'activité générés.

Le tableau 4 met en évidence la possibilité d'éviter les coûts, en termes de croissance à long terme, d'un ralentissement démographique si le taux d'activité est plus dynamique. De l'ampleur de l'augmentation de ce dernier dépendra la dégradation du taux de chômage. Ici, le taux de chômage ne varie pas à long terme et le PIB effectif se situe au-dessus de son niveau en fin de période (+ 0,3% en 2010). Les enchaînements désinflationnistes provoqués par l'augmentation du taux d'activité prévalent et permettent, à travers la réduction des coûts réels du travail, de stimuler l'activité.