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Rapport d'information n° 35 (2002-2003) de M. Joseph KERGUERIS, fait au nom de la délégation du Sénat pour la planification, déposé le 29 octobre 2002

Disponible au format Acrobat (873 Koctets)

II. 2. LES DIFFÉRENTS SECTEURS INVESTISSEURS

La comptabilité nationale distingue plusieurs agents économiques qui investissent : les ménages, les administrations publiques et les entreprises. Parmi ces dernières, trois secteurs sont parfois distingués : les sociétés non financières, les entreprises individuelles, et les sociétés financières. Les sociétés non financières comprennent également les entreprises détenues majoritairement par les administrations publiques appelées autrefois les grandes entreprises nationales (GEN). En 2000, la FBCF totale en France s'est élevée à 276,5 milliards d'euros, soit 19,6 % du PIB. L'investissement des administrations publiques représentait 42,2 milliards d'euros (3 % du PIB). L'investissement des ménages s'établissait à 81,5 milliards d'euros (5,8 % du PIB). Cette dernière dépense est constituée essentiellement d'achat et d'entretien de logement (4,9 % du PIB), le reste (0,9 % du PIB) étant le fait des entreprises individuelles.

Les sociétés non financières ont dépensé pour plus de 141 milliards d'euros en 2000 en FBCF, alors que la FBCF des sociétés financières, très dynamique, atteignait 11,4 milliards d'euros. Au total, l'investissement productif qui correspond à l'investissement de toutes les entreprises françaises, sociétés financières et non financières, et entreprises individuelles, a représenté en 2000 164,6 milliards d'euros, soit 11,7 % du PIB.

Dans les années 1990, l'évolution de la composition de la FBCF des entreprises (tableau 2) fait ressortir l'essor des services marchands, qui passent de 57 % de l'investissement total en 1990 (78 milliards d'euros) à près de 65 % en 1999 (98,6 milliards d'euros), alors que l'investissement industriel régresse en monnaie courante (de 42,1 à 35,3 milliards d'euros). Ainsi en 1999, l'investissement des activités de services principalement marchands représentait plus de trois fois celui de l'industrie.

Tableau 2

Formation brute de capital fixe des entreprises par branche, à prix courants

       

FBCF

Part dans la VA

       

en milliards d'euros

en % du total

       

1990

1999

1990

1999

1999

Ensemble

132,4

147,1

100

100

100,0

 

Agriculture, sylviculture, pêche

8,6

9,6

6,5

6,5

3,7

 

Industrie

 

42,1

35,3

31,8

24,0

25,9

   

Industries agricoles et alimentaires

6,0

4,4

4,5

3,0

3,3

   

Industries des biens de consommation

4,7

4,0

3,5

2,7

4,2

   

Industrie automobile

3,5

3,1

2,6

2,1

1,9

   

Industries des biens d'équipement

4,1

4,4

3,1

3,0

4,7

   

Industries des biens intermédiaires

16,1

14,0

12,2

9,5

8,5

   

Energie

 

7,7

5,5

5,8

3,7

3,3

 

Construction

3,7

3,5

2,8

2,4

5,6

 

Services principalement marchands

78,0

98,6

58,9

67,1

64,8

   

Commerce

11,4

13,7

8,6

9,3

12,5

   

Transports

13,2

13,3

10,0

9,1

5,2

   

Activités financières

10,1

10,2

7,7

6,9

5,8

   

Activités immobilières

14,4

23,9

10,9

16,3

15,4

   

Services aux entreprises

20,2

28,8

15,3

19,6

18,7

     

Postes et télécommunications

6,2

6,4

4,7

4,4

2,7

     

Conseils et assistance

4,3

6,3

3,2

4,3

8,4

     

Services opérationnels

8,8

14,4

6,6

9,8

5,9

     

Location sans opérateur

5,7

11,8

4,3

8,0

1,2

     

Loc. de véhicules automobiles

2,8

5,5

2,1

3,8

0,4

   

Services aux particuliers

8,6

8,7

6,5

5,9

7,1

Sources : INSEE, comptes nationaux

Cette évolution correspond à une tendance de fond des économies industrialisées, à la suite de la montée du secteur tertiaire. Cela montre aussi le caractère limitatif (ou partiel) des enquêtes centrées sur l'investissement industriel qui ne décrivent ou ne retracent qu'une part de moins en moins importante de l'investissement (mais qui reste déterminante pour la compétitivité de notre économie). Peut-être faudrait-il développer un suivi conjoncturel de l'investissement dans les secteurs tertiaires.

Aujourd'hui, l'investissement est essentiellement le fait du secteur tertiaire des services. Dans celui-ci, le rôle des activités immobilières et des services opérationnels (notamment, la location sans opérateur, d'automobiles, de matériel informatique, de machines et équipements divers) devient prépondérant dans les années 1990. Pendant cette décennie, leur contribution à la croissance de l'investissement productif en France représente près de 100 % du total (+15,1 milliards d'euros entre 1990 et 1999 pour une variation totale de 15,3 milliards d'euros). De telles transformations du secteur productif s'expliquent par un mouvement continu d'externalisation. Les entreprises françaises, comme leurs homologues étrangères, trouvent préférable la location de services (immobilier, biens d'équipement et transport) plutôt que d'investir par leurs propres moyens.

Répartition des entreprises au régime réel des bénéfices industriels
et commerciaux suivant la taille des effectifs

Effectif

Proportion cumulée du Chiffre d'affaire

Proportion cumulée de l'investissement
des entreprises

0

4,5

17,9

1

6,0

19,9

2 à 4

10,1

23,3

5 à 9

16,0

27,2

10 à 19

21,8

31,2

20 à 49

33,5

39,9

50 à 99

39,9

46,9

100 à 199

46,9

56,0

200 à 499

57,2

64,9

Source : INSEE (SUSE), Année 1998

Proportionnellement à leur chiffre d'affaires, les petites et moyennes entreprises investissent plus que les grandes. Les entreprises de moins de 20 salariés, qui représentent 21,8 % du chiffre d'affaires total des entreprises françaises investissement pour plus de 31 % de l'effort total d'investissement des entreprises. Une politique de soutien à l'investissement doit donc tenir compte du rôle important des PME.