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I. POURQUOI ACCROÎTRE L'EFFORT DE R&D ?
DE LA R&D AUX PERFORMANCES ÉCONOMIQUES

Avec une croissance annuelle de leur PIB de 3,6 % au troisième trimestre 2003, les États-Unis connaissent une reprise économique qui creuse encore un peu plus l'écart avec les pays de l'Union Européenne, dont la croissance est évaluée à seulement 0,6 %44(*). Ce phénomène confirme la tendance enregistrée dans les années 1990, au cours des quelles seuls quelques pays de l'OCDE, notamment les États-Unis, ont vu la croissance de leur PIB par habitant accélérer45(*), alors que d'autres, comme la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont subi une décélération de la croissance de leur PIB (OCDE, 2003). En 2000, les États-Unis bénéficiaient du PIB par habitant le plus élevé des pays de l'OCDE alors que celui de l'Union Européenne se situait 30 % en dessous, et celui de la France à peine au-dessus de la moyenne européenne (Graphique 1).

Graphique 1. PIB par habitant en Europe, aux États-Unis et au Japon

dans l'optique des SPA, année 2003

Source : DG Affaires économiques et financières, Commission Européenne

Comment expliquer de tels écarts de croissance entre les pays et, plus particulièrement, l'avance des États-Unis sur l'Europe ? La dynamique des innovations en est sans doute en grande partie responsable. Nous verrons dans cette partie que l'Europe accuse un grand retard de R&D par rapport aux Etats-Unis, alors même que l'effort de R&D conditionne les performances économiques d'un pays. Nous montrerons ensuite comme les mécanismes économiques induits par la R&D sont intégrés au modèle Némésis.

LES ENJEUX DE L'OBJECTIF DE BARCELONE

Le troisième rapport européen sur les indicateurs de la science et de la technologie montre l'ambition d'un tel programme (Commission Européenne, 2003a). Depuis le début des années 1990 l'écart de dépenses de R&D entre l'Union Européenne et les États-Unis n'a cessé de se creuser.46(*) La comparaison internationale des intensités de R&D, rapport entre les dépenses de R&D et le PIB, fait ressortir ce décalage (Graphique 2) : Le Japon consacre 2,98 % de son PIB à la R&D, les Etats-Unis 2,52 % et l'Union Européenne 1,93 %.47(*)

Graphique 2. Intensité de R&D pour la dernière année disponible1

12002 pour l'Autriche, les États-Unis, la Finlande, la France et le Royaume-Uni ; 2001 pour l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'Irlande, le Portugal et la Suède  ; 2000 pour la Grèce, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Japon.

Source : Eurostat

Les pays de l'Union Européenne présentent de grandes disparités de dépenses de R&D (tableau 1). Ils se partagent en trois groupes :

(1) L'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie dont les dépenses de R&D représentent près des trois quarts des dépenses de l'Union. Entre 1995 et 2000, leurs dépenses n'ont augmenté, en terme réel, que de 9,7 % alors que celles de l'Union européenne augmentaient de 14,1 %.

(2) Les pays du Nord (Danemark, Finlande et Suède) représentent le dixième de la R&D de l'Union. Leurs dépenses de R&D sont fortement accrues entre 1995 et 2000 (+ 33 %).

(3) La Grèce, l'Irlande et le Portugal consacrent le moins de moyens à la R&D (1,6 % des dépenses européennes). Ils ont connu une très forte hausse de leurs dépenses entre 1995 et 2000 (+45,7 %).

Les autres pays de l'Union occupent une place intermédiaire dans ce classement.48(*) Si la France occupe une place honorable dans l'Union, avec un volume élevé de R&D et une intensité de 2,23 % supérieure à la moyenne européenne, le faible taux de croissance de ses dépenses de R&D et la baisse de son intensité de R&D, dans une période où la plupart des économies ont renforcé leur effort, met en évidence l'importance pour elle d'une politique d'innovation plus volontariste.

Tableau 1. Les dépenses de R&D au sein de l'Union Européenne

 

Dépenses de R&D

En 2000

(millions d'€)

Part dans les dépenses de R&D européenne (%)

Taux de croissance annuel

de 1995 à 2000

Allemagne

52 074

31,7

3,5

France

30 153

18,4

2,0

Royaume-Uni

28 766

17,5

1,8

Italie

11 524

7,0

1,2

Suède

8 608

5,2

5,1

Pays-Bas

7 564

4,6

4,2

Espagne

6 276

3,8

6,7

Belgique

4 618

2,8

6,0

Finlande

4 423

2,7

13,5

Autriche

3 922

2,4

5,5

Danemark

3 405

2,1

5,9

Irlande

1 076

0,7

6,7

Portugal

815

0,5

11,4

Grèce

795

0,5

12

Union Européenne

164 228

100

3,4

L'objectif de Barcelone est donc un objectif ambitieux pour l'Europe dans son ensemble, et la France en particulier. Si l'intensité de la R&D continue d'évoluer selon la tendance la plus récente, elle ne devrait dépasser 2,3 % en 2010. Le scénario le plus pessimiste prévoit une intensité de seulement 1,8 % en 2010. L'écart se creuserait ainsi encore avec les Etats-Unis, dont l'intensité devrait atteindre 2,6 à 3,1 %, et le Japon, dont l'intensité serait de 3,2 à 3,8 %.

Répondre à l'objectif de Barcelone nécessite non seulement de renforcer l'effort de R&D à l'horizon 2010, mais aussi d'augmenter la part de la recherche financée par les entreprises. Aux Etats-Unis, au Japon et dans l'Union Européenne, les entreprises prennent la part la plus large dans le financement et l'exécution de la R&D (graphiques 3 et 4). Les entreprises européennes sont néanmoins beaucoup moins engagées que leurs concurrentes dans l'effort de recherche communautaire.49(*) Depuis 1995, la part de la R&D financée par les entreprises n'a cessé d'augmenter aux États-Unis comme en Europe, mais beaucoup plus rapidement aux États-Unis (+8,4 % par an en moyenne entre 1995 et 1999) que dans l'Union Européenne (+4,9 % par an). L'écart s'est ainsi creusé au cours de ces quatre années.

En France, la part de la R&D financée et exécutée par les entreprises est légèrement inférieure à la moyenne de l'Union Européenne. Les entreprises y jouent un rôle bien moindre que dans les pays du Nord50(*), la Belgique, l'Allemagne et l'Irlande dans le financement de la R&D. Elles participent également moins à la réalisation de la R&D que les entreprises de Suède, d'Irlande, de Belgique, d'Allemagne, de Finlande et de Royaume-Uni51(*). Elles restent néanmoins le secteur dominant dans l'accomplissement de la R&D.

NB. Pour des raisons techniques, les graphiques de l'étude ont été imprimés en noir et blanc. Ils sont regroupés dans l'annexe suivante « Cahier des graphiques » et imprimés en couleurs afin d'en permettre une meilleure lisibilité.

Graphique 3. Les sources de financement de la R&D en 1999

(en % de la R&D totale)

Graphique 4. Les dépenses de R&D par secteurs utilisateurs en 1999

Notes : Le Luxembourg n'est pas pris en compte dans la moyenne de l'Union Européenne.

Source : European Report on Science and Technology Indicators, 2003.

En contrepartie, la part de la R&D financée et exécutée par le gouvernement est plus élevée en Europe qu'aux États-Unis et au Japon.52(*) La part et le volume de la R&D financés par le gouvernement ont décru à la fin des années 1990 dans l'Union Européenne (-4,3 % entre 1995 et 1999) comme aux États-Unis (-6,7 %) mais a augmenté au Japon (+1 %) en raison de son premier plan pour la science et la technologie, dont l'objet est d'encourager la R&D. Selon les projections de la Commission Européenne, la réduction de la part gouvernementale dans le financement de la R&D selon la tendance actuelle devrait conduire à financer entre 0,4 % et 0,5 % du PIB en 2010 (contre 0,8 % en 1991et 0,66 % en 1999). Les gouvernements européens doivent donc impérativement augmenter le volume de R&D qu'ils financent s'ils veulent atteindre l'objectif fixé de 1 % du PIB en 2010. Ce financement participe à la dynamique de la recherche des entreprises, et donc à l'augmentation de l'effort de R&D lui-même.

Le gouvernement est le seul secteur à effectuer plus de R&D en Europe qu'aux Etats-Unis. Si on inclut les universités, le secteur public réalise plus du tiers de la recherche en Europe, alors qu'il n'en conduit que 22 % aux États-Unis et 24 % au Japon. La R&D du gouvernement tend à diminuer de façon similaire depuis 1991 aux États-Unis et en Europe, alors qu'il augmente au Japon, qui mène une politique volontariste pour la recherche.

Le gouvernement français a financé 10 908 millions d'euros de R&D en 1999, soit 0,8 % de son PIB et près de 21 % de la R&D financée par les gouvernements en Europe. Comme l'Allemagne, le Danemark et l'Autriche, la France est caractérisée par l'importance de sa recherche publique. C'est le seul pays où la part de la recherche publique dans le total de la R&D est plus élevée que la part de l'enseignement supérieur. Les recherches conduites au sein du CNRS sont en grande partie la cause de cette particularité. Le contraste est très important avec la Grèce et le Portugal, dont la R&D est essentiellement financée par le gouvernement (sa part est respectivement 48,7 % et 69,7 % dans la R&D totale), mais aussi exécutée par lui et, surtout, par les universités (qui réalisent 49,5 % de la R&D en Grèce et 38,6 % au Portugal). Les financements étrangers interviennent assez peu dans la recherche française. Avec une part de 7 % du financement de la R&D, la France profite plus de cette source que l'Allemagne (2,1 %), la Finlande (3 %) et la Suède (3,5 %) mais bien moins que la Grèce (24,7 %), l'Autriche (19,9 %) et le Royaume-Uni (17,3 %).

La structure du financement et de l'investissement en R&D des différents secteurs met en évidence le retard pris par l'Union Européenne sur les États-Unis : la faible croissance de la R&D, en particulier celle conduite et financée par les entreprises, et la réduction du financement gouvernemental de la R&D en Europe expliquent en grande partie ce retard. Néanmoins, toute notre analyse tourne autour des dépenses de R&D qui est l'indicateur le plus évident de l'effort de R&D mais reste un indicateur partiel de l'activité d'innovation d'un pays.

Le concept d'innovation est défini dans le manuel d'Oslo de l'OCDE (1997) : « On entend par innovation technologique de produit la mise au point/commercialisation d'un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services objectivement nouveaux ou améliorés. Par innovation technologique de procédé, on entend la mise au point/adoption de méthodes de production ou de distribution nouvelles ou notablement améliorées. Elle peut faire intervenir des changements affectant - séparément ou simultanément - les matériels, les ressources humaines ou les méthodes de travail. » Cette définition distingue donc les innovations de produit, visant à une amélioration de ses caractéristiques, en particulier de sa qualité, des innovations de procédé, touchant les méthodes de production des entreprises. Les innovations sont bien plus qu'un simple aboutissement de la recherche et des inventions, comme le laissait penser le « modèle linéaire » de Schumpeter (1942). Elles sont le résultat d'allers et retours entre les laboratoires de recherche, qui détiennent le potentiel d'innovation d'une entreprise, le département de fabrication, qui cherche à minimiser les coûts de production, et les départements commerciaux, qui mènent des analyse de marché pour cerner les débouchés pour un nouveau produit ou processus de production. Ces interactions sont analysées par Kline et Rosenberg en 1986 dans le cadre de leur modèle « de liaison en chaîne. » Elles se nourrissent également de la diffusion des technologies et des produits (grâce à l'achat de technologie, de licences ou par l'imitation) et de l'apprentissage par la pratique.

* 44 Prévisions d'Eurostat (communiqué de presse du 15 janvier 2004).

* 45 Les pays de l'Union Européenne où la croissance tendancielle a augmenté sont l'Irlande, le Luxembourg, l'Espagne, les Pays-Bas et la Grèce.

* 46 En 2000, les Etats-Unis ont dépensé (en parité de pouvoir d'achat) 288 milliards d'euros de R&D, l'Union Européenne 164 milliards et le Japon 154. Au cours de la décennie, cet écart n'a cessé d'augmenter entre l'Union Européenne et les Etats-Unis : pour 100 euros dépensés aux Etats-Unis, les européens en ont dépensé 72 en 1991 et seulement 62 en 2000.

* 47 Le rapport entre les dépenses de R&D et le PIB définit l'intensité de R&D.

* 48 Une corrélation semble s'établir entre la faiblesse du volume de R&D des économies européennes et l'accroissement de leurs dépenses. Néanmoins, le niveau de dépenses de R&D des économies en forte croissance est si faible que de tels taux de croissance ne permettent pas de conclure à une convergence au sein de l'Union Européenne.

* 49 Les graphiques 3 et 4 doivent être analysés en gardant à l'esprit que, en 1999, les Etats-Unis ont investi 230 milliards d'euros dans la R&D, l'Union Européenne 155 milliards et le Japon 124 milliards. Ainsi, lorsque les entreprises américaines financent 66,8% de la R&D alors que les entreprises européennes n'en financent que 56,3%, elles financent 66 milliards d'euros de plus que leurs concurrentes. L'écart de performance dans la R&D, les 10% qui font la différence entre les entreprises exécutant la R&D, représente 71 milliards d'euros.

* 50 La Suède et la Finlande, avec respectivement 67,8% et 66,8% de R&D financée par les entreprises, dépassent les Etats-Unis. La Belgique (66,2%), l'Allemagne (65%), l'Irlande (64,1%) et le Danemark (58,4%) ont une part plus importante que la moyenne européenne, mais plus faible que les Etats-Unis.

* 51 Dans ces sept pays de l'Union Européenne, les entreprises exécutent plus de R&D que la moyenne européenne, mais moins qu'aux Etats-Unis : Suède (75,1%), Irlande (72,3%), Belgique (71,6%), Allemagne (71,4%), Finlande (70,9%) et Royaume-Uni (65,6%)

* 52 Le budget gouvernemental consacré à la R&D est néanmoins plus faible en Europe (53 milliards d'euros, soit 0,66% du PIB) qu'aux Etats-Unis (66 milliards d'euros, soit 0,76% du PIB). Il est de 24 milliards au Japon (0,58% du PIB).

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