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IV. LES INNOVATIONS DANS LE DOMAINE DE TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EXPLIQUENT LES ÉCARTS DE CROISSANCE ACTUELS.

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC)65(*) sont à l'origine d'une troisième révolution industrielle. Elles recouvrent de nombreuses innovations, telles que les microprocesseurs et autres composants microélectroniques (dont les performances ne cessent d'être améliorées), les fibres optiques et les lasers, les logiciels,... Ces innovations ont redonné un coup d'accélérateur à la hausse de la productivité globale des facteurs (OCDE, 2001, 2003a et 2003b). Elles ont contribué à la forte progression du PIB par habitant dans la deuxième moitié des années 1990 aux États-Unis, en Finlande, au Canada, en Grèce, en Islande et en Suède.

Entre 1995 et 1999, aux États-Unis, la productivité du travail a augmenté de 79 % dans le secteur des équipements de télécommunication et de 264 % dans le secteur des équipements informatiques, alors que la productivité de l'industrie manufacturière dans son ensemble n'augmentait que de 26 %. Dans le même temps, en France, la productivité du secteur des équipements de télécommunication s'est élevée de 57 %, au sein d'une industrie dont les gains de productivité ont seulement été de 16 %. Or, le secteur des TIC représente 11 % dans la valeur ajoutée aux États-Unis et 9,8 % en France. La moindre importance du secteur des TIC combinée à une progression plus lente de la productivité en France qu'aux États-Unis explique en partie les écarts de croissance entre ces deux pays

Une deuxième explication des écarts de croissance résulte de la dynamique des investissements du secteur des TIC. La baisse régulière des prix des investissements, de 15 % par an66(*) entre 1970 à 1998, a favorisé ces investissements. Si la France et les États-Unis ont d'abord connu des évolutions de prix similaires, un écart semble se creuser de 1995 : le taux de décroissance annuel des prix aux États-Unis a été de 37 % alors que celui de la France n'a été que de 20 % (Cohen, Debonneuil, 2000). C'est une des raisons pour lesquelles l'investissement en produits TIC des entreprises correspondait, en 1999, à 4,5 % du PIB américain, contre 2,4 % pour les pays de l'Union Européenne et seulement 2,05 % pour la France. Cela représente le tiers de la FBCF aux États-Unis et en Finlande, et moitié moins en France, au Japon et en Allemagne67(*). L'investissement dans les TIC a ainsi contribué, entre 1995 et 1999, pour 0,9 point de pourcentage à la croissance annuelle du PIB aux États-Unis. L'Australie et la Finlande ont connu une contribution comparable. Le Japon, l'Allemagne, la France et l'Italie sont ceux qui ont le moins bénéficié de ces investissements. La contribution du capital sous forme de TIC au PIB par habitant de la France a été de 0,4 point (Colecchia, Shreyer, 2002). Les travaux de Jorgenson et al. (2002) et Melka et al. (2002), repris par Debonneuil et Fontagné (2003), montrent également que la contribution des TIC à la croissance de la valeur ajoutée a été moitié moindre en France qu'aux États-Unis. Le tableau 2 montre que l'accélération de la croissance américaine dans la deuxième moitié des années 1990 tient essentiellement à un surcroît d'accumulation du capital qui provient pour moitié des investissements dans les TIC, alors que le manque de dynamisme de la France s'explique par un manque d'investissement, une sous utilisation du travail et une moindre productivité globale des facteurs.

Tableau 3. Décomposition de la croissance des États-Unis et de la France.

 

1990-1995

1995-2000

 

États-Unis

France

États-Unis

France

Capital

1,25

1,28

2,27

1,37

(dont TIC)

(0,55)

(0,28)

(1,11)

(0,60)

Travail

0,86

0,05

1,30

0,54

Productivité globale des facteurs

0,23

-0,24

0,63

0,74

Valeur ajoutée

2,35

1,09

4,2

2,65

Source : Debonneuil et Fontagné (2003).

Les TIC affectent également les taux de croissance par le biais des effets d'entraînement dont elles sont la source. Elles permettent la constitution de réseaux entre fournisseurs, mais aussi entre producteurs et consommateurs, grâce à Internet. Elles favorisent des changements dans les entreprises en permettant d'améliorer l'organisation du travail, de réduire les coûts de transaction et de rationaliser la production. Elles stimulent l'innovation dans les services. La hausse de la productivité globale des facteurs intègre ces différents effets. En conséquence, le taux de croissance annuel de la productivité globale des facteurs entre les années 1980 et 1990 a été de 0,5 % aux États-Unis alors que la France a accusé une baisse 0,9 % par an (OCDE, 2001).

La divergence croissante entre les rythmes de croissance aux États-Unis et dans la plupart des pays de l'Union Européenne, en particulier en France, trouve une explication théorique et empirique dans le moindre dynamisme des innovations en Europe, qui se répercute sur la productivité globale des facteurs et la compétitivité, en particulier dans le secteur des TIC. Nous avons tour à tour assimilé innovation et progrès technique, innovation et R&D. Les dépenses de R&D constituent la source principale de l'innovation. Elles ne suffisent cependant pas à décrire le comportement d'innovation des entreprises et de l'Etat. Il faut donc étendre l'analyse aux autres incitations à l'innovation pour comprendre pourquoi les États-Unis sont plus en mesure que d'autres d'innover, avec les conséquences que cela a sur leurs performances économiques. Néanmoins, nous ne développons pas ce point dans ce rapport68(*) et présentons maintenant la manière dont le progrès technique est endogénéïsée dans le modèle Némésis.

* 65 Selon la définition de l'OCDE, le secteur des TIC comprend une partie de l'industrie manufacturière (essentiellement la fabrication de matériel informatique et de matériel de télécommunication), des services liés à la fourniture de ces biens (commerce et location de machines de bureau et de matériel informatique) et des services immatériels (télécommunications, activités informatiques et services de radio et télévision). La France utilise une définition très proche de celle de l'OCDE, alors que les Etats-Unis ont une définition plus extensive. Les comparaisons internationales dans ce domaine sont donc à mener avec précaution (Didier, Martinez, 2000).

* 66 L'évolution des prix est corrigée de l'effet qualité, qui tend à augmenter les prix au fur et à mesure que les performances des TIC s'améliorent.

* 67 L'écart entre les Etats-Unis et l'Europe est d'autant plus marqué que la part de l'investissement des entreprises européennes dans le PIB reste bien plus faible que celle des entreprises américaines et que le rythme annuel d'accroissement du volume des investissements de l'Union européenne a été de seulement 2,8% entre 1990 et 2000, contre 8,1% aux Etats-Unis (Kergueris, 2002).

* 68 Ces arguments sont développés dans un autre rapport en cours de rédaction sur l'objectif de 3% d'effort de R&D dans les pays européens.

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