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III. L'AUDIOVISUEL EXTÉRIEUR : UN DISPOSITIF ENFIN COHÉRENT

« Selon le gros et traditionnel défaut français, quand on ne sait pas quoi faire, on fait des rapports » faisait remarquer en 1998 M. Philippe Baudillon, à l'époque président-directeur général de Canal France International (CFI). Compte tenu du nombre de rapports67(*) relatifs à l'audiovisuel extérieur publiés au cours des dix dernières années, on peut légitimement s'interroger sur l'existence d'une véritable politique en la matière.

Cette interrogation, a priori triviale, prend tout son sens à la lecture des rapports précédemment évoqués. Un rapide coup d'oeil sur leur structure permet en effet de constater que les diagnostics, réalisés pourtant sur un laps de temps relativement long, restent désespérément les mêmes : changements de stratégie, dispersion des opérateurs, absence d'instance de pilotage, telles semblent être les caractéristiques structurelles de notre action audiovisuelle extérieure.

A ces diagnostics récurrents répond un volontarisme de bon aloi de la part de la classe politique. Chacun s'accorde en effet sur l'idée que notre pays doit développer une politique audiovisuelle internationale ambitieuse aux objectifs multiples. La France doit en effet relever le défi des images et des sons afin de tenir son rang par rapport aux Etats anglo-saxons en proposant au monde des programmes qui favorisent la diversité culturelle, qui soutiennent la francophonie, qui informent les Français expatriés, et qui donnent de notre pays une image dynamique et moderne.

A l'issue de ses travaux sur le sujet, votre rapporteur ne partage pas la vision pessimiste de ses prédécesseurs sur l'action audiovisuelle extérieure française. En dépit des problèmes en suspens, il a pu constater que de véritables efforts de rationalisation des structures ont été accomplis au cours des dernières années et espère qu'un projet aussi fédérateur que la chaîne d'information internationale pourra ouvrir de nouvelles perspectives à notre capacité de projection audiovisuelle.

LES DIFFICULTÉS DE NOTRE POLITIQUE AUDIOVISUELLE EXTÉRIEURE :
DES DIAGNOSTICS CONVERGENTS

Rapport Péricard (1987)

Chapitre 1

2. Une action menée en ordre dispersé

3. La gageure de la coordination administrative

3.1. Les clivages ministériels

3.2. La difficile recherche de la cohérence

Rapport Decaux (1989)

Première partie : le constat

I. Une dispersion administrative considérable

II. Un secteur public faible et désorganisé

III. Des groupes privés faiblement internationalisés

Rapport Balle (1996)

Deuxième partie : un bilan en demi teinte

Des objectifs multiples et parfois contradictoires

Une trop grande concurrence entre opérateurs publics

Une coordination ministérielle insuffisante

Rapport public de la Cour des Comptes (2002)

II. La stratégie et les outils de l'action audiovisuelle extérieure

A. La fréquence des changements de stratégie

B. La complexité du dispositif institutionnel

III. Une politique d'action audiovisuelle extérieure qui reste à définir

A. La nécessité de définir une cohérence d'ensemble

B. Une plus grande implication des opérateurs nationaux

La complexité de notre dispositif institutionnel est certainement le lieu commun le plus répandu en matière d'action audiovisuelle extérieure. Longtemps justifiée, cette critique systématiquement avancée a pourtant perdu de son actualité.

Votre rapporteur a en effet constaté que la structure de notre dispositif d'action audiovisuelle extérieure a été clarifiée : se résumant par le passé à un empilement de politiques et d'instruments, elle se décline désormais en deux pôles internationaux aux objectifs redéfinis, le premier consacré à la radio et le second à la télévision.

A. LE PÔLE RADIOPHONIQUE

Lors du Conseil audiovisuel extérieur de la France (CAEF) du 23 novembre 1995, la France a décidé de se doter d'un véritable pôle radiophonique extérieur. Celui-ci s'est progressivement constitué autour de Radio France Internationale (RFI).

La rationalisation des structures de ce pôle radiophonique s'est accompagnée de choix stratégiques couronnés de succès permettant de diffuser le point de vue français sur l'actualité à plus de 30 millions d'auditeurs réguliers.

1. RFI au coeur du processus de clarification des structures

Suite à la disparition progressive de la Sofirad68(*), société anonyme à capitaux publics gérant les participations détenues par l'Etat dans un nombre important de services de radio et de télévision, RFI est devenu le principal instrument de l'action de l'Etat en matière de radiodiffusion extérieure. A ce titre, la société a été au coeur du mouvement de clarification du pôle radiophonique.

Afin de pousser cette rationalisation à son terme, RFI a repris successivement les participations de la Sofirad dans Radio Paris Lisbonne en juillet 1996 et dans la SOMERA (c'est-à-dire RMC Moyen-Orient) en novembre 1996.

Filiale à 100 % de RFI, RMC MO est l'exemple parfait d'une politique de rationalisation des structures intelligemment menée. Diffusant majoritairement en arabe près de 17 heures 30 de programmes par jour sur le Proche et le Moyen-Orient, cette filiale a permis de renforcer la position de RFI dans une zone géographique stratégique où sa présence était jusqu'alors insuffisante. Rencontrant un succès considérable, elle représente aujourd'hui près de 38 % de l'audience totale de RFI.

Les complémentarités existant entre RFI et Radio Paris Lisbonne sont, quant à elles, moins évidentes. Si le ministère des affaires étrangères considère que « RPL vient utilement compléter le réseau des reprises FM de RFI en Europe », l'audit mené par l'Inspection générale des finances est beaucoup plus sévère : « ... RPL a une audience sondée comme nulle sur la zone du Grand Lisbonne aux premier et deuxième semestres 2003. L'intérêt de maintenir cette filiale n'apparaît pas clairement alors qu'elle a coûté 441 000 euros de subventions à RFI en 2002 ».

2. Un instrument qui a su se réformer

Parallèlement à l'intégration des anciennes filiales de la Sofirad, RFI a réalisé des choix stratégiques couronnés de succès permettant de répondre efficacement aux habitudes d'écoute d'un public de plus en plus exigeant.

a) L'adaptation des vecteurs de diffusion

Les ondes courtes ont longtemps été le vecteur de diffusion privilégié des radios internationales. Ces ondes ont en effet la propriété de rebondir sur le sol et la ionosphère et de parcourir à moindre frais des distances considérables. RFI diffuse ainsi son signal sur la quasi-totalité des terres habitées à partir de quelques émetteurs de ce type dont ceux exploités par Télédiffusion de France situés à Issoudun (Indre) et Montsinéry (Guyane).

Les ondes courtes ont cependant les défauts de leurs qualités : si elles couvrent des distances lointaines et permettent ainsi aux radios internationales de préserver leur indépendance à l'égard des autorités locales, leur ergonomie est difficile et leur qualité de réception aléatoire. L'audience des ondes courtes s'est par conséquent effondrée lors de « l'ouverture » progressive de la bande FM en Europe de l'Est et en Amérique latine au cours des années 1980 et 1990.

Pour faire face à cette situation et économiser des frais de diffusion devenus inutiles, RFI a choisi d'abandonner la diffusion de ses programmes en ondes courtes et de développer l'utilisation de la bande FM.

RFI a ainsi, dès 1998, supprimé la diffusion de ses programmes en ondes courtes en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord69(*). Cette rationalisation du dispositif de diffusion des programmes de RFI a été relancée en 2003 avec la réduction du volume de diffusion en ondes courtes vers l'Europe de l'Est.

Parallèlement à la réduction de ses émissions en ondes courtes, RFI a développé sa diffusion en FM selon deux modes différents. La société a d'abord mené une politique ambitieuse de partenariats locaux permettant la reprise des programmes de la station par près de 80 partenaires à travers le monde. Mais RFI a surtout été la première radio internationale à se doter d'un réseau FM lui permettant de toucher les décideurs et les faiseurs d'opinion des principales capitales économiques du monde. Composé de 38 relais en 1995, ce réseau en comprend aujourd'hui 113 répartis géographiquement de la manière suivante :

- 27 en Europe ;

- 5 sur la zone Asie-Océanie ;

- 7 au Proche et Moyen-Orient ;

- 68 en Afrique et dans l'Océan indien ;

- 7 en Amérique latine et aux Antilles.

Enfin, RFI, comme ses principales concurrentes, s'est lancée dans la diffusion de ses programmes par Internet, vecteur de diffusion efficace et en expansion rapide. Votre rapporteur estime que ce type de diffusion doit constituer une priorité pour la station et rappelle qu'un décalage d'audience important existe d'ores et déjà avec BBC World : cette dernière recense en effet près de 227 millions d'impressions et de téléchargements audio sur son site contre 11,3 millions de visites par an en moyenne sur le site de RFI70(*).

Au terme de cette rationalisation et en attendant le passage de l'onde courte analogique à l'onde courte numérique, RFI peut désormais s'appuyer sur un outil technique performant, alliant diffusion en FM dans les principales villes et diffusion en ondes courtes ou satellitaire sur le reste des territoires.

b) Une programmation reformatée

Si RFI a su adapter son dispositif de diffusion aux nouvelles habitudes d'écoute du public, elle s'est également efforcée de faire évoluer son contenu, en diffusant un volume croissant d'émissions et en passant d'un format généraliste à un format « tout actualité ».

(1) Une production renforcée et adaptée aux attentes du public

RFI a d'abord augmenté de manière spectaculaire son volume de production d'informations. Le nombre de journaux en français est ainsi passé de douze à cinquante cinq et, sur la période 1995-1999, le volume de production originale d'information en français a progressé de 62 %. Le volume horaire des émissions en langues étrangères s'est également sensiblement accru avec l'ouverture successive de rédactions en laotien, cambodgien, albanais et l'augmentation du volume des émissions produites en anglais, en portugais, en serbe et en croate.

Les horaires de production et de diffusion en langues étrangères ont quant à eux été aménagés afin de mieux correspondre aux habitudes d'écoute du public. Les émissions en espagnol et brésilien ont ainsi été reformatées en 1996 afin de pouvoir être reprises par des radios partenaires aux heures de grande écoute et pallier à l'effondrement de l'écoute en ondes courtes dans les régions hispanophones et lusophones. Des aménagements similaires ont été apportés aux émissions en russe en 1998, en roumain en 1999 et en anglais en 2000.

(2) Un nouveau format : le « tout actualité »

Depuis 1996, RFI a abandonné son format généraliste pour proposer à son public un format dit « tout-actualité ». La grille des programmes est désormais constituée de tranches d'une demi-heure comprenant dix minutes d'information auxquelles succèdent vingt minutes de programmes. Cette nouvelle ligne éditoriale a incontestablement permis d'améliorer la crédibilité et le sérieux des informations fournies par RFI.

Toutefois, votre rapporteur estime que la question du format le plus adapté aux radios internationales en général et à RFI en particulier n'est pas complètement réglée. En effet, la multiplication des stations FM commerciales doit inciter la tutelle et les responsables de RFI à s'interroger sur les cibles à atteindre et les programmes à proposer. Comme tend à le montrer le succès de Radio Sawa71(*) et du format « music and news » auprès des jeunes arabophones, la station ne pourra faire l'économie d'une analyse fine de ces deux paramètres qui conditionnent, à n'en pas douter, l'avenir de la station.

(3) Une faiblesse récurrente : la diffusion en langues étrangères

De façon générale, il convient de souligner que la diffusion de RFI en langues étrangères, qui est le coeur de l'action de toute grande radio internationale, est le point faible de RFI. Pour certaines langues (le turc par exemple) elle n'atteint pas un volume de productions suffisant pour fidéliser l'auditeur. Pour d'autres, sa production est devenue inutile au regard de la saturation locale de l'information. Une refonte du spectre des langues à RFI est donc un des points majeurs du futur contrat d'objectifs et de moyens que l'entreprise doit élaborer en concertation avec ses tutelles.

(4) Bruxelles : une aire de diffusion incontournable pour RFI

Lors de son déplacement à Bruxelles, votre rapporteur a pu constater, non sans un certain étonnement, que si la station de radio BFM disposait d'une fréquence lui permettant de diffuser son signal sur cette ville, tel n'était pas le cas de RFI.

Nul ne peut par conséquent, dans cette capitale européenne majoritairement francophone, siège de la Commission et lieu de rendez-vous privilégié des décideurs politiques et des « faiseurs d'opinion » -public cible de la radio- recevoir les émissions de la seule radio internationale d'actualité diffusée en français.

Votre rapporteur estime que Bruxelles doit constituer une zone de diffusion prioritaire pour RFI et espère que les pouvoirs publics se saisiront de ce dossier capital pour l'avenir de la station dans les meilleurs délais.

* 67 La Cour des Comptes, dans son rapport public 2002 soulignait que « depuis [1992] pas moins de dix rapports ont été dénombrés dont l'objectif était d'éclairer le Gouvernement sur le sujet ». On peut ajouter que cette remarque était formulée avant que ne soit lancée officiellement la « réflexion » sur la future chaîne d'information internationale...

* 68 La Sofirad a été officiellement mise en liquidation le 9 avril 2001. Elle porte encore les participations minoritaires de l'Etat dans Africa n°1, radio panafricaine de droit gabonais, et dans Médi 1, radio de droit marocain dont le siège est à Tanger.

* 69 RFI a ainsi réduit d'un tiers le volume de ses programmes diffusés en ondes courtes pour une économie budgétaire estimée à 12,2 millions d'euros.

* 70 Calculs mesurés par Xiti et cités in Rapport d'audit de Radio France Internationale, Inspection générale des finances, décembre 2003.

* 71 Radio Sawa a été créée en 2002 par le Broadcasting Board of Governors américain, à destination d'un public jeune dans les pays arabophones.

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