Allez au contenu, Allez à la navigation



 

CONCLUSION

Traversé de courants internes contraires, objet de fortes pressions extérieures, confronté aux attentes d'une population très jeune, le Royaume d'Arabie saoudite tente de résoudre ces contradictions par des évolutions maîtrisées.

Soumises à une urgence sociale, les autorités doivent trouver le bon rythme pour conduire les changements et répondre aux aspirations et aux besoins de la population, tout en préservant les repères des éléments les plus conservateurs de la société.

En dépit du capital de sympathie dont jouit la France, les relations bilatérales restent insuffisantes dans de nombreux domaines : économique, sécuritaire et même politique.

L'évolution incertaine du Royaume ne peut laisser indifférent dans une région troublée dont l'équilibre est déterminant pour l'ensemble du monde occidental.

EXAMEN EN COMMISSION

La commission a examiné le présent rapport d'information au cours de sa réunion du mercredi 30 mars 2005.

Un débat a suivi l'exposé du président Serge Vinçon.

M. André Boyer a considéré que la jeunesse était effectivement le principal enjeu pour l'avenir du pays. L'accroissement démographique, le chômage et le défaut de motivation pour le secteur privé sont autant de défis. Evoquant la séparation des sexes dans la société saoudienne, il a rappelé que les femmes et les hommes bénéficiaient désormais d'une instruction comparable et que des pressions s'exerçaient en faveur de changements dans la condition féminine. Evoquant ensuite la coopération franco-saoudienne de défense, il a considéré que l'ère des grands contrats d'équipement était désormais révolue, 40 % du budget de la défense étant consacré à des dépenses sociales. Le devenir des prospects actuels est pour le moins incertain, les autorités mettant désormais l'accent sur les dépenses de sécurité et de formation.

M. Philippe Nogrix s'est dit inquiet quant à l'avenir du pays : la marche vers la démocratie doit être relativisée, la famille princière ayant seule la capacité d'identifier les élites et la redistribution des richesses ne s'effectuant pas de façon équitable. Il a indiqué que les entreprises françaises perdaient des parts de marché en raison des conditions d'attribution en vigueur très particulières. Il convient de valoriser les compétences françaises dans le domaine sécuritaire et de donner aux entreprises les moyens de travailler sur une longue période, ce qui paraît difficile pour les PME. Sur les questions internationales, il a relevé la perplexité des Saoudiens face à certaines positions françaises, notamment sur le dossier nucléaire iranien, alors qu'Israël, relèvent-ils, n'est pas l'objet des mêmes pressions. Il a enfin estimé que la relation saoudo-américaine n'était pas dénuée d'ambiguïté.

M. Jacques Blanc a considéré pour sa part que la spécificité de la société saoudienne rendait son évaluation difficile. Par ailleurs, la particularité du système politique saoudien invite également à la prudence dans les appréciations portées. Il a souligné qu'Israël demeurait au coeur des préoccupations des Saoudiens et que les manifestations politiques libanaises leur faisaient craindre une certaine contagion.

Mme Dominique Voynet a souhaité savoir si les clés de répartition de la rente pétrolière étaient connues et si par ailleurs la délégation avait pu aborder la question de l'application du Protocole de Kyoto, pour laquelle l'Arabie saoudite souhaite apparemment reporter ses efforts sur les pays en développement.

M. André Rouvière a souhaité savoir dans quelle mesure l'Arabie saoudite se préparait à la pénurie annoncée de pétrole.

M. Jean François-Poncet s'est interrogé sur la question de la succession au sein de la famille royale.

Mme Josette Durrieu a souhaité connaître la perception saoudienne du projet américain de grand Moyen-Orient.

M. Serge Vinçon, président, a apporté les éléments de réponse suivants :

- la répartition de la rente pétrolière n'est pas transparente. Une partie est consacrée à l'entretien de la famille royale, qui comprend entre 5 et 12.000 personnes. Cette rente a également servi à développer les infrastructures du pays dans des proportions considérables ;

- les questions d'environnement n'ont pas été abordées lors des entretiens ;

- la succession est réglée par la loi fondamentale pour l'actuelle génération des princes. Dans l'hypothèse du décès du Roi Fahd, le prince héritier Abdallah serait amené à lui succéder et la succession passerait ensuite de frère en frère, le dernier étant âgé d'une soixantaine d'années. La question de la succession sera plus difficile lors du passage à la génération suivante des fils des princes actuellement au pouvoir, dans la mesure où elle consistera à privilégier une branche dynastique au détriment des autres, ce qui pourrait générer certaines tensions ;

- la pénurie de pétrole ne menace pas l'Arabie dans l'immédiat. Le pays dispose de 25 % des réserves mondiales et l'évolution des techniques devrait lui permettre de maintenir un niveau de production important sur une période relativement longue ;

- le grand Moyen-Orient et les réformes imposées de l'extérieur ne sont pas perçus de façon positive, mais plutôt comme un facteur de déstabilisation.