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IV. DES LIENS PRIVILÉGIÉS ENTRE LA FRANCE ET LA RUSSIE : UNE COOPÉRATION DYNAMIQUE DANS LES DOMAINES CULTUREL, UNIVERSITAIRE ET SCIENTIFIQUE

A. LES OUTILS ET RÉSEAUX DE NOTRE COOPÉRATION

1. La présence française en Russie : les instruments de diffusion de notre langue et de notre culture

Le renouveau de la coopération entre la France et la Russie, au début des années 1990, s'est traduit par le redéploiement de notre réseau culturel en Russie. Celui-ci s'étend sur l'ensemble du territoire, et comprend :

- le Service de coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France à Moscou ; il en existe 7 antennes en province, implantées à Ekaterinbourg, Irkoutsk, Nijni-Novgorod, Novossibirsk, Rostov sur le Don, Samara et Saratov ;

- le Centre culturel français de Moscou, dont la relocalisation est programmée (projet d'installation commune avec l'Institut Goethe) mais pas encore réalisée : le site actuel souffre en effet d'un manque de visibilité et de difficultés d'accès ;

l'Institut français de Saint-Pétersbourg, ouvert en 1992, articule son action avec l'Alliance française (créée en 1991, elle existait déjà à Saint-Pétersbourg entre 1907 et 1917) en attendant de fusionner avec elle ; l'Institut a ouvert, dans ses locaux, une médiathèque mettant à disposition du public des ouvrages, revues, films et disques français ;

7 autres alliances françaises, associations chargées de promouvoir la présence de la langue et de la culture françaises et de développer les échanges intellectuels, artistiques et universitaires, sont ouvertes en province (dans les villes où sont implantées les antennes du service de coopération et d'action culturelle) ; l'ouverture de 2 nouvelles alliances est envisagée à Kazan en 2005 (à l'occasion du millénaire de la ville) et à Khabarovsk en Extrême-Orient ; il s'agit d'un retour historique : à la veille de la révolution russe, la Russie comptait plus de 20 alliances françaises ;

2 centres régionaux de langue française fonctionnent à Krasnodar et Voronej ; 2 autres sont en cours de création à Perm et Togliatti.

Enfin, Moscou et Saint-Pétersbourg abritent des établissements scolaires et universitaires francophones, qui constituent des marqueurs de la présence française et de bons relais pour la diffusion de notre langue :

- le Lycée français de Moscou accueille 582 élèves de la maternelle à la terminale (10 % sont Russes) ; le nouveau bâtiment, baptisé « Lycée Alexandre Dumas », a été inauguré le 20 janvier 2005, par le ministre français des affaires étrangères, M. Michel Barnier, et le ministre russe de l'éducation et des sciences, M. Andreï Foursenko ;

- la « Petite école française de Saint-Pétersbourg », structure associative créée en 2002 et homologuée par l'AEFE, accueille 34 élèves ; un projet d'ouverture d'un collège est en cours ;

- les deux Collèges Universitaires Français jouent un rôle important pour l'enracinement d'une élite francophone en Russie.

LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES FRANÇAIS (CUF)
DE MOSCOU ET SAINT-PÉTERSBOURG

Les Collèges Universitaires ont été créés respectivement en 1991 et 1992 sur l'initiative de M. Marek Halter et de M. Andrei Sakharov. Marek Halter est toujours le Président du conseil d'administration des Collèges et anime l'Association des Amis des Collèges Universitaires Français.

L'idée originelle était de créer un foyer de diffusion de la culture française en favorisant l'invitation de grandes personnalités des lettres et des sciences sociales et humaines. Progressivement, les Collèges se sont transformés en de véritables institutions d'enseignement. Quatre disciplines sont actuellement enseignées : sociologie, droit, littérature et histoire, et un élargissement à la philosophie est en train de se réaliser tandis que l'idée d'une section d'économie s'impose.

Ces Collèges dispensent un enseignement pluridisciplinaire sur deux ans, aboutissant au niveau licence puis maîtrise. Durant la première année, les étudiants doivent impérativement suivre les enseignements dans deux disciplines. Ils se spécialisent au niveau de la deuxième année.

Le ministère des Affaires étrangères envoie chaque année 30 professeurs français, répartis sur 4 matières (environ 60 heures de cours par matière). Il recrute 4 répétiteurs par collège, chargés des travaux dirigés.

Une bibliothèque de 12 000 volumes à Moscou, et de 4 500 à Saint-Pétersbourg, ainsi que de périodiques sont à la disposition des étudiants. Depuis mars 1997, les diplômes délivrés selon les cas par l'EHESS, les Universités de Paris-I, Paris-II, Paris-IV, Paris-V, Paris-VIII, et Aix-Marseille-III, donnent aux étudiants qui le souhaitent la possibilité de s'inscrire en DEA en France. La haute qualité des étudiants issus des Collèges est reconnue désormais par les universitaires français et russes.

Les Collèges reçoivent environ de 1 000 à 1 500 inscriptions par an, étudiants et auditeurs libres confondus. Le manque d'assistants est aujourd'hui une des principales limites au développement du Collège.

Il ne fait donc aucun doute que les Collèges Universitaires Français ont amplement rempli leur mission. Non seulement ils ont permis d'afficher de manière visible et lisible l'engagement français dans le domaine universitaire en Russie, mais ils sont indiscutablement devenus des centres d'excellence.

Source : Renaud Fabre et Jacques Sapir, « Echanges et coopérations universitaires franco-russes - Bilan, Perspectives, Propositions », Rapport au Ministre de l'éducation nationale, Avril 2002.

2. Un préalable nécessaire : intensifier l'apprentissage des langues respectives

L'avenir de la coopération entre la France et la Russie repose sur une condition déterminante : l'apprentissage des langues respectives.

Or la part faite au sein de chacun des pays à l'enseignement des langues respectives connaît une évolution préoccupante.

Dans le rapport précité, le Conseil économique et social tire le signal d'alarme : « Si cette orientation à la baisse du nombre de locuteurs bilingues devait se poursuivre, elle ne manquerait pas de poser, à terme, des problèmes redoutables, non seulement pour la pérennité des échanges culturels entre les deux pays et le rapprochement des deux peuples, mais, d'une manière plus générale, pour la poursuite de notre coopération avec la Russie et la réussite des implantations scientifiques et économiques françaises dans le monde russe. »

a) L'étiolement de l'enseignement du russe en France

L'apprentissage de la langue russe en France poursuit un déclin régulier depuis trente ans, après avoir connu un développement sensible dans les années 1960 et 1970.

Comme le relève notre collègue Jacques Legendre dans son rapport sur l'enseignement des langues étrangères17(*), la langue russe a perdu 54 % de ses effectifs sur la décennie 1990 (-6 % en 1998, -7 % en 1999 et -8 % en 2000), avant de connaître un ralentissement moins rapide depuis 2001.

De plus, « l'étiolement du corps enseignant suit l'érosion des effectifs » d'élèves. La moyenne d'âge des professeurs de russe atteint 55 ans. Or le nombre de postes ouverts aux concours de recrutement du CAPES et de l'agrégation restent insuffisants pour répondre aux besoins de renouvellement.

En 2003-2004, un peu plus de 15 000 élèves du second degré apprennent le russe, proposé dans 164 collèges et 512 lycées (3 500 en LV1, 4 200 en LV2, 6 200 en LV3) et 1 181 sont inscrits au CNED. On recense 177 appariements scolaires entre établissements français et russes.

Dans l'enseignement supérieur, 2 957 étudiants sont inscrits en enseignement spécialisé de russe en 2001-2002 (dont 1 910 en langue et civilisation et 839 en langues étrangères appliquées), ce qui représente 2,3 % des étudiants en langues. Environ autant apprennent le russe dans les différentes filières de l'enseignement supérieur.

Enfin, on estime à 4 000 le nombre d'auditeurs qui suivent des cours de langue russe organisés par diverses associations.

b) Le recul du français en Russie

L'apprentissage de la langue française s'est relativement mieux maintenu en Russie. Toutefois, s'il était autrefois de bon ton, à la cour impériale de Russie et dans l'élite culturelle et scientifique du pays, d'utiliser le français comme langue véhiculaire, les locuteurs francophones sont aujourd'hui beaucoup moins nombreux.

Le recul du français (comme de l'allemand) s'explique notamment par la disparition des quotas imposés à l'époque soviétique et par la progression de l'anglais. En effet, seul l'apprentissage d'une langue étrangère est obligatoire dans le système éducatif russe actuel.

L'introduction, dans le cadre de la réforme en cours du système éducatif, de l'apprentissage d'une seconde langue étrangère, devrait servir de levier pour renforcer la place du français.

En 2002, 52 000 élèves étudient le français dans l'enseignement secondaire. Proportionnellement, deux fois plus de jeunes Russes apprennent le français que l'inverse. Il existe, en outre, 372 écoles spécialisées de français.

La plupart des étudiants apprennent le français en seconde langue, après l'anglais, soit en vue d'accéder à une formation universitaire complémentaire en France, soit par choix à visée professionnelle, concernant notamment les domaines de la banque, de l'assurance et des services.

3. La coopération décentralisée : l'exemple du partenariat entre les villes de Novgorod et de Strasbourg

La présence de la France et ses échanges avec la Russie se prolongent au niveau local par des actions de coopération décentralisée.

Au même moment que la mission en Russie de la délégation de la commission, se tenait à Irkoutsk, à l'occasion du forum économique du Baïkal (du 14 au 18 septembre 2004), un Forum franco-russe de coopération décentralisée, sur le thème du tourisme.

A cet égard, la ville de Velikiy Novgorod offre un exemple dynamique et réussi de coopération avec la ville de Strasbourg.

Deux projets communs, bénéficiant de financements européens dans le cadre du programme TACIS, ont déjà pu aboutir :

- le premier dans le domaine de l'urbanisme,

- le second dans le secteur du tourisme, avec la création de l'« Isba Rouge », premier office de tourisme de Russie.

Cet office, situé au coeur de la ville de Novgorod, bénéficie de partenariats publics et privés (par exemple les commerçants de la ville). Il contribue à la diffusion de l'image de cette ville de 228 000 habitants, la plus ancienne cité russe, république de marchands18(*) restée indépendante jusqu'en 1478, aujourd'hui classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

Novgorod et sa région accueillent environ 240 000 visiteurs par an (les Français occupent le quatrième rang).

Un troisième projet, en cours, concerne le domaine de l'action territoriale et de la déconcentration administrative.

* 17 « Pour que vivent les langues. L'enseignement des langues étrangères face au défi de la diversification », Jacques Legendre, au nom de la Commission des affaires culturelles du Sénat, Rapport d'information n° 63 (2003-2004).

* 18 Novgorod est membre de la « Ligue de la Hanse », ligue de villes commerçantes formée au Moyen-âge ; cette ligue, qui existe encore aujourd'hui, a participé au financement pour la restauration de la cathédrale Sainte-Sophie.