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Inde : un géant en apprentissage

 

TROISIÈME PARTIE : QUELLE INDE DANS VINGT ANS ?

Dans les décennies à venir, l'Inde aura à répondre à de nombreux défis, comme cela a été évoqué dans la deuxième partie du présent rapport. Il est naturellement difficile de prédire si l'issue des transformations, parfois spectaculaires, que l'Inde connaît depuis la fin du siècle dernier sera positive.

Les membres de la délégation estiment, toutefois, qu'un point mérite une attention particulière des observateurs occidentaux et notamment français : la question centrale des inégalités dans ce pays.

On peut, en effet, imaginer plusieurs évolutions de la situation dans ce domaine. Naturellement, selon la conception occidentale, marquée par la mise en place de l'Etat providence, il n'est pas possible d'imaginer le développement économique sans réduction des inégalités, souvent assimilée au développement social.

A l'issue de la mission d'information qu'ils ont mené, les membres de la délégation considèrent que trois hypothèses peuvent être imaginées dans ce domaine :

- selon un premier scénario, l'Inde ne parviendrait pas à gérer les écarts croissants de richesse, qui se traduiraient par une montée des tensions sociales. Celles-ci pourraient prendre la forme d'oppositions croissantes entre des zones du pays à niveau de développement de plus en plus éloigné, ou encore d'explosions sociales dans des zones urbaines en croissance anarchique. Il faut noter que pourraient également se superposer à ces difficultés des tensions religieuses, en particulier en milieu urbain, comme la délégation a pu l'étudier à Mumbai. Ce scénario sombre n'apparaît pas très probable à ce jour, tant la société indienne a fait preuve jusqu'à maintenant de stabilité sociale, de capacité d'adaptation, de pragmatisme et, point important et spécifique à ce pays, d'un haut degré d'acceptation des inégalités ;

- la seconde hypothèse, à l'inverse, correspond à un rapprochement de la voie de développement qu'on connu les pays développés, c'est-à-dire un schéma où le développement économique nourrit et se renforce du développement social exprimé par la réduction des inégalités, la diffusion de l'instruction, des loisirs et de la protection contre les grands risques de la vie. Le développement d'une culture de masse ouverte sur le monde, notamment à travers la télévision et plus encore Internet, pourrait peser dans ce sens. Les membres de la délégation estiment, toutefois, que le regard occidental peut être tenté d'accorder à cette hypothèse plus de consistance qu'elle n'en a réellement ;

le dernier scénario mérite, aux yeux de votre commission, une attention particulière car il est celui qui lui semble le plus vraisemblable et, en même temps, le plus porteur d'impact potentiel sur les pays occidentaux : ici, l'Inde réussit son développement économique tout en conservant largement ses structures sociales traditionnelles, fondées sur une spiritualité omniprésente et des inégalités beaucoup plus importante que dans les pays aujourd'hui développés. Une telle éventualité constituerait une remise en cause profonde du mode de vie occidental, car la preuve serait faite que le développement économique et le développement social ne sont pas nécessairement liés, dans un pays donné.

Il est clair que la compétition avec un pays économiquement développé, mais dépourvu d'un système de protection et de redistribution sociales, serait beaucoup plus déstabilisante pour les pays occidentaux. Dans cette perspective, la France et l'Europe auront l'obligation, d'une part, d'être très attentives à l'évolution future de ce grand pays et, d'autre part, à faire preuve d'inventivité et de capacité d'adaptation pour savoir moderniser et transformer leur modèle sans en renier les principes.

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Lors de sa réunion du mercredi 10 janvier 2007, sur la proposition de son rapporteur, la commission des affaires économiques a adopté le présent rapport à l'unanimité.