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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

3. Peut-on porter un diagnostic sur le bilan de masse de l'Antarctique ?

Dans le cas de l'Antarctique, l'opinion publique a aussi été fortement sensibilisée lors du décrochement de gigantesques icebergs au cours des 10 dernières années.

L'interprétation qu'il convient de donner à ces mouvements reste difficile. Ils s'expliquent vraisemblablement dans plusieurs cas par la dynamique naturelle de la calotte antarctique qui vêle régulièrement de très grands icebergs tabulaires. Dans d'autres cas, en revanche, tout particulièrement dans la Péninsule dans le cas de la dislocation de la plate-forme de Larsen B, il s'agirait plutôt de l'impact du changement climatique.

Plus généralement, le bilan de masse de l'Antarctique est très mal connu. En 2003, Frédérique Rémy (LEGOS, livre cité ci-dessus) notait une incertitude de l'ordre de 20 à 30 %. De nombreux mécanismes échappent aux connaissances actuelles et à nos capacités de modélisation.

Comme pour l'Arctique, la communauté scientifique attend beaucoup des observations satellitaires pour comprendre les phénomènes en cours et les mesurer.

Le passé apporte aussi des éléments pour les scénarios de l'avenir. C'est par exemple le cas du fonctionnement de l'Antarctique au cours du dernier maximum glaciaire il y a 18 000 ans. La température était inférieure de 10°C et les précipitations moitié moins importantes. Les parties ouest et est ont réagi différemment.

L'Ouest était plus important qu'aujourd'hui en volume et en surface. Le volume de glace et la forme de la calotte dépend en effet très largement du niveau de la mer. Si celui-ci est plus faible, la glace peut s'appuyer sur le socle rocheux, s'étendre plus largement et soutenir un volume plus important en amont. Son altitude était plus élevée de 80 m par rapport à aujourd'hui comme l'a montré le forage de Byrd.

En revanche, à l'Est, l'altitude était plus faible d'environ 200 m car dans cette zone véritablement continentale et non pas archipélagique, le volume de la calotte dépend essentiellement de l'importance des précipitations plus faibles en période glaciaire en raison de l'assèchement de l'atmosphère.

Cela suggère qu'un mécanisme inverse est susceptible de se produire : amincissement et réduction en surface de la calotte occidentale en même temps que s'affaibliraient les plates-formes glaciaires flottantes et épaississement de la calotte orientale en raison de l'augmentation des précipitations.

Cependant, en raison de l'isolement et de l'inertie thermique du continent, le réchauffement ne peut pas avoir un impact rapide sur l'Antarctique. En effet, au cours de la dernière déglaciation, l'essentiel de la fonte s'est produite au Nord : les calottes d'Amérique et d'Asie ont totalement disparue tandis que l'Antarctique connaissait relativement peu de changement. Sur les 120 m d'élévation du niveau de la mer, 10 m seulement seraient liés à l'Antarctique. Certains retraits glaciaires ou quelques manchotières fossiles comme celle proche de Terra Nova Bay suggèrent des modifications réelles, mais limitées au regard de l'ensemble du continent.

L'hypothèse la plus probable est donc, dans l'état actuel de nos connaissances et compte tenu des observations réalisées, que la Péninsule antarctique continue de connaître un réchauffement rapide qui n'affecterait toutefois pas dans un horizon proche l'équilibre général des masses du continent, la calotte de l'est se renforçant. En revanche, les glaciers des îles subantarctiques reculent très rapidement.

Pour votre rapporteur, trois éléments doivent donc être soulignés :

- le très grand intérêt de ces recherches qui visent à répondre à des questions fondamentales sur l'avenir du climat et donc la nécessité, pour les équipes françaises, d'y prendre toute leur part ;

- le soutien financier indispensable aux équipes de recherche qui doivent pouvoir rester au plus haut niveau international alors que la concurrence se fait plus forte. Les équipes de glaciologie, notamment, ont besoin de moyens pour effectuer de manière automatique les analyses traditionnelles et pour progresser dans de nouveaux champs. Elles ont besoin de puissance de calcul. Elles doivent pouvoir accueillir de jeunes chercheurs en thèse ou en post-doctorat. Leurs moyens sur le terrain (logistique et système de forage) doit aussi leur permettre d'avoir la meilleure position possible dans les programmes internationaux. C'est l'ensemble de ces facteurs qui permet au final d'avoir accès à la matière à analyse et d'être les premiers à publier les résultats dans les grandes revues ;

- la nécessité de mettre en place, au moins au niveau européen, des observatoires de long terme des régions polaires. Les programmes d'observation doivent se poursuivre au-delà d'un premier PCRD ou d'une mission de l'ESA.