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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

2. 40 à 50 ans d'observations continues

Ces sites exceptionnels auraient pu rester sous-exploités par les chercheurs. Il n'en est rien.

La recherche biologique française dans ses régions bénéficie de près de 50 ans de travail continu sur les mêmes colonies. En effet, dès le départ, les scientifiques français ont progressivement constitué une base de données des populations des différentes espèces présentes. La base prend ainsi en compte des données homogènes sur 40 ans pour le manchot empereur en terre Adélie ou le grand albatros à Crozet. Ce sont 27 espèces d'oiseaux de mer et de pinnipèdes qui sont suivis annuellement.

Elle rassemble des données de comptage des populations dans le temps pour chaque colonie dans les différents sites. Le nombre de couples, le succès de la reproduction, la survie des jeunes et des adultes et leurs conditions physiques sont évidemment suivis avec précision. Toutes ces données peuvent être corrélées avec des observations météorologiques. Cette base comporte également des informations individuelles. La plupart des espèces de prédateurs supérieurs dans ces régions sont des animaux longévifs qui vivent plusieurs dizaines d'années et se reproduisent lentement. Cette spécificité s'explique par le ralentissement du métabolisme en raison du froid, mais aussi par la nécessité de s'adapter à l'abondance des proies. Si elle est constante sur le moyen terme, elle peut varier fortement d'une année à l'autre. Les espèces doivent donc pouvoir donner la priorité à la survie des adultes sur la reproduction. Par exemple, les albatros à sourcils noirs se reproduisent pour la première fois à l'âge de 10 ans. Ils ont un poussin par an. Les grands albatros peuvent, quant à eux, vivre 70 ans, ils ont un poussin tous les deux ans. Les mêmes individus sont ainsi suivis depuis plusieurs dizaines d'années pour certains, ce qui est évidemment exceptionnel. Il n'est pas rare que le même grand albatros ait vu passer deux ou trois générations de chercheurs !

Aujourd'hui, cette base de données continue sur 40 à 50 ans et est gérée au laboratoire de Chizé. Elle est entièrement informatisée et permet de faire des sorties selon les desiderata des chercheurs.

Très peu de pays au monde disposent d'informations aussi précises. Les chercheurs français ne se comparent guère qu'aux Britanniques du BAS qui sont présents depuis une durée similaire aux Malouines, en Géorgie du Sud, aux Sandwich du Sud, et à Rothera dans la Péninsule (du nord au sud).

Ces données sont évidemment indispensables pour toute analyse dans le long terme des interactions entre les populations des différentes espèces et l'environnement, et pour l'étude des espèces elles-mêmes, compte tenu de leur longévité.