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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

B. MIEUX COORDONNER LA PRÉSENCE FRANÇAISE AUX PÔLES

Notre présence ne doit pas seulement être confortée et développée, elle doit aussi être mieux coordonnée. Votre rapporteur reste frappé par la complexité de l'organisation de notre présence. Certes, la France n'est pas seule à être confrontée à cette difficulté, mais les visites effectuées à l'étranger conduisent tout de même à penser que, sans être totalement unifiée, la situation y est plus simple du fait de l'existence de un ou deux acteurs majeurs.

1. Peut-il y avoir un pilote dans l'avion polaire français ?

En France, de très nombreuses administrations ou institutions interviennent dans le domaine polaire en partageant toujours avec d'autres leurs compétences. Les principales sont : l'outre-mer et les TAAF, la recherche et l'IPEV, et le ministère des affaires étrangères. Les ministères de tutelle n'ont pas, en général, une vision précise de ce que devrait être la stratégie française dans ces régions. Les TAAF ne sont pas compétentes en Arctique, puisqu'il n'y a pas de territoire français, et même dans les zones subantarctique et surtout antarctique, la compétence est-elle de jure ou de facto partagée avec l'IPEV, l'essentiel de l'activité étant la recherche ? De même, le ministère des affaires étrangères conduit la délégation française dans toutes les conférences dépendant du traité de l'Antarctique. Mais les questions relatives à l'Arctique ne sont pas suivies par les mêmes directions (Europe du Nord et Amérique du Nord).

En fait, aucune administration n'a en charge la formulation d'une vision synthétique et stratégique de notre présence au pôle Nord et au pôle Sud. Pourtant, comme votre rapporteur le soulignait, la France et ses chercheurs y retrouvent largement les mêmes intervenants étrangers. Les partenariats se développent naturellement avec la confiance et la connaissance mutuelle, du ponctuel et du temporaire vers des relations globales et bipolaires. C'est le cas avec les États-unis et avec l'Allemagne, de plus en plus avec l'Italie. La Russie est demandeuse de coopération en Arctique avec la France en raison du succès de celles entreprises en Antarctique. Une telle approche pourrait également se développer avec plusieurs autres pays.

Il est également frappant de constater que les recherches en milieu polaire sont loin de n'avoir qu'une dimension scientifique car elles sont très symboliques et politiques. Comme dans le spatial, la présence aux pôles est la marque d'une nation puissante et scientifiquement développée. Au-delà de la seule présence, certaines découvertes peuvent avoir une dimension politique marquée. En Russie, le programme lunaire avait le même nom Vostok que la station continentale en Antarctique établie en 1957, nom qui était celui d'un des deux vaisseaux27(*) de Fabian von Bellingshausen. Aujourd'hui, la Russie tient à montrer sa capacité technologique retrouvée en étant la première à entrer dans un lac sous-glaciaire et à en tirer les enseignements. La Chine, de son côté, focalise ses ambitions sur le Dôme A. Cette région est en effet celle sur laquelle les espoirs des scientifiques se concentrent pour reconstituer le climat au-delà d'un million d'années. On comprend toute l'importance symbolique qu'aurait pour la Chine la paternité d'une découverte aussi importante au moment où elle se développe si vite, alors que, en tant que pays en développement, elle n'a pas d'obligation de réduction de ses émissions dans le cadre du protocole de Kyoto qui doit être renégocié d'ici 2012.

En dehors des grandes nations, il est également évident que la présence en Antarctique est un élément de visibilité important. A cet égard, l'exemple de la Belgique est intéressant, puisque ce pays a décidé de construire une station neuve28(*) pour l'année polaire internationale dans la région où avait été construite celle de l'année géophysique internationale et ainsi de renouer avec la tradition belge d'exploration d'Adrien de Gerlache à bord du navire Belgica. N'aurait-il pas été pourtant plus facile pour ce pays de s'associer à un autre disposant déjà d'une station ? N'aurait-il pas été politiquement symbolique de s'intégrer à une coopération européenne déjà existante comme sur Concordia ? Force est de constater que cela n'a pas été le cas. Sans doute le symbole national d'une station belge unie et indépendante en Antarctique est-il trop important alors que ce pays connaît de forte dissensions.

Les régions polaires offrent aussi aux micro-états l'occasion de développer une action internationale, comme Monaco avec l'action du Prince Albert II, dans la continuité de l'action scientifique de son grand-père.

Face à ces enjeux, votre rapporteur estime que la France devrait se doter d'un véritable « pilote » de notre présence aux pôles. Il aurait pour responsabilité de développer une vision synthétique, politique et stratégique de notre action et de nos partenariats au Nord et au Sud. Il serait chef de file des délégations françaises dans l'ensemble des réunions et conventions internationales traitant de l'Arctique ou de l'Antarctique.

Plusieurs solutions sont envisageables.

La première serait de confier cette mission au directeur de l'Institut Paul-Émile Victor, organisme intervenant au Nord et au Sud et négociant les partenariats. Votre rapporteur y serait favorable. Cependant, l'IPEV a une mission essentiellement technique d'opérateur en lien avec le monde de la recherche. De plus son directeur, chercheur de formation, n'est pas nécessairement familiarisé avec les aspects politiques, juridiques et diplomatiques. Il lui faudrait, en outre, s'appuyer sur une équipe plus étoffée.

La deuxième option serait de créer un poste d'ambassadeur pour les questions polaires comme cela se fait pour d'autres sujets transversaux et de grandes thématiques comme les droits de l'homme ou l'environnement. Cela permettrait de donner une continuité et une visibilité à la présence française dans les questions arctiques et une unité plus affirmée pour les réunions internationales ayant trait à l'Antarctique. Elle serait également conforme aux caractères diplomatiques et juridiques marqués de ces négociations. Cet ambassadeur aux questions polaires pourrait s'appuyer pour les questions techniques sur les administrations compétentes, et bien évidemment sur l'IPEV pour toutes les questions de recherche.

* 27 Le second était le Mirny, nom de la base côtière russe par laquelle transit le fret vers Vostok.

* 28 La station « Princesse Elisabeth ».