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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

2. L'insuffisance des moyens logistiques polaires

La question des moyens dévolus au Marion Dufresne est étroitement liée à la faiblesse structurelle des moyens logistiques affectés à la recherche polaire française.

D'un point de vue international, cette situation est clairement préjudiciable à notre pays et, pour tout dire, inacceptable, même si les responsables ont appris à « faire avec » ou plutôt « sans ».

Le constat est sans appel. La France est le seul grand pays polaire à n'avoir ni brise-glace, ni avion, ni hélicoptère - hors ceux basés sur les deux navires de liaison, le Marion Dufresne et l'Astrolabe. Aucune des bases françaises de l'océan austral n'est accessible par avion. Toutes les liaisons aériennes que la France souhaite avoir avec l'Antarctique doivent être réalisées par des appareils étrangers via la Nouvelle-Zélande, McMurdo ou Mario Zuchelli et peut-être demain via Casey, puisque l'Australie vient d'acheter un Airbus pour effectuer la liaison entre Hobart et cette station. Ensuite, les hommes et les petites charges sont transportés par de petits avions, en général pour la France affrétés par l'Italie, pour rejoindre Concordia ou Dumont d'Urville.

Tous les autres instituts polaires disposent soit en pleine propriété, soit via des affrètements, des moyens évoqués ci-dessus. L'absence de moyens gros porteurs est un réel handicap pour la gestion des programmes scientifiques puisque nous ne sommes pas autonomes ou ne pouvons guère proposer une collaboration complète sans la logistique adaptée.

On peut aussi s'interroger sur la sécurité des personnels alors que la France ne dispose d'aucun moyen pour les secourir dans de brefs délais. Est-il complètement normal, pour un pays comme le nôtre, de s'en remettre à des capacités étrangères ?

La logique de stricte nécessité et la coopération ont pour l'instant prévalu pour pallier ces difficultés mais cela peut-il durer alors que la France souhaite être un acteur important en Antarctique et le moteur d'une coopération européenne structurée autour de Concordia ?

La situation est d'autant plus préoccupante que les moyens logistiques dont nous disposons sont mis à l'épreuve.

L'Astrolabe arrive à la fin de son contrat d'affrètement et peu de solutions alternatives sont disponibles. Cette question doit être réglée en urgence. Le bon état général du navire permet d'envisager la reconduction pour cinq ans du contrat d'affrètement sous la condition que le prix proposé soit acceptable. C'est vraisemblablement la solution à privilégier. Dans le cas contraire, il faudrait envisager soit une solution nationale soit une solution en coopération avec d'autres pays intéressés par un accès à l'Antarctique dans cette zone.

Par ailleurs, plusieurs éléments du raid sont vieillissants et doivent être remplacés. D'autres devront être acquis pour accroître les capacités.

Enfin, il faut prendre en considération le développement futur de la station Concordia. Celle-ci devrait être de plus en plus gourmande en logistique, en énergie et en moyens de communication. C'est un réel défi pour l'IPEV puisque tout doit transiter par Dumont d'Urville et par le raid dont les capacités de transport conditionnent les projets futurs.

Dès lors, là aussi le constat s'impose d'un réel besoin de mise en perspective de nos objectifs scientifiques et politiques et des moyens actuellement disponibles.

Pour votre rapporteur, il est très clair qu'un effort très important doit être engagé pour le secteur polaire, mais modeste au regard d'autres besoins financiers, pour mettre au niveau international nos moyens logistiques et ainsi conforter notre atout principal sur l'Antarctique qu'est Concordia.

Une réflexion paraît également indispensable dans la zone subantarctique, et tout particulièrement à Kerguelen, où en dehors du passage du Marion Dufresne il est très difficile de beaucoup s'éloigner de la base puisque les équipes ne disposent d'aucun moyen maritime ou aérien pour se déplacer dans l'île ou dans l'archipel. En effet, le navire La Curieuse qui était affrété par l'IPEV à cette fin est aujourd'hui à quai depuis plusieurs années en raison de l'impasse budgétaire dans laquelle se trouve l'IPEV, liée à la pression financière croissante de l'affrètement du Marion Dufresne. C'est une solution coûteuse et qui dégrade la valeur du capital. Si l'IPEV ne devait pas retrouver rapidement les moyens de l'utiliser, il faudrait songer à s'en séparer.